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2 avril 2014 3 02 /04 /avril /2014 23:02

Le vitrail de la Passion de l'église saint-Conogan de Lanvénégen (56).

 

 


 

Remarque : deux éléments sont ici remarquables : la Communion de Judas, et le glaive transperçant la Vierge en pâmoison au pied de la croix.

 


   Ancienne trève de Guiscriff, aujourd'hui dans le diocèse de Vannes, Lanvénégen faisait jadis partie de la Cornouaille, et  était un des principaux bénéfices de cet ancien Evêché. Lanvénégen, du breton « lan » (lieu consacré) et « Wenegan », signifie "le territoire de saint Wénégan ou Conogan". Ce saint qui vivait au VIème siècle aurait gouverné l'église de Quimper immédiatement après saint Corentin.

 

statues-et-autre 1127v

 

 

      Une inscription gothique en relief sur le quatrième pilier sud  :

M[essire] B[ertrand] Rusquec*  rectur de Guisguri fit fair ceste eglise lan M Vcc VIII

 ... indique la date de 1508 comme repère pour le début des travaux de construction de l'église (qui conserve quelques éléments du XVe). La maîtresse-vitre ou Baie 0 est donc postérieure à 1508 et on la date vers 1515 [1508-1522]. Elle est consacrée à une Passion dont les éléments ont conduit Roger Barriè à penser qu'elle appartiendrait à un ensemble exécuté par un atelier quimpérois (Le Sodec) comme les Passions de Penmarc'h, Ergué-Gabéric, Plogonnec.

* Bertrand du Rusquec, d'abord seigneur du Rusquec en Locqueffret (Montre de Cornouaille 1481) puis recteur de Guiscuiff depuis 1476 environ (P. Hollocou). En 1580, le recteur sera Pierre de Rusquec, chanoine de Cornouaille comme son frère Jacques, archidiacre de Poher. Voir le château du Rusquec à Locqueffret sur Topic-topos. Armoiries losangé d’argent et de sable  ou bien un chef chargé de trois pommes de pin ?.

Eléments épars sur ce recteur et sa famille :

— En 1509, Bertrand du Rusquec résilie son bénéfice au profit de son frère cadet Thomas du Rusquec, et se retire au manoir presbytéral de Lanvénégen. (P. Hollocou). Thomas du Rusquec est encore en poste en 1531, où une procédure l' qui opposa aux habitants de la paroisse de Guiscriff dans l'évêché de Cornouaille  devant le conseil et la chancellerie de Bretagne.

 

 

— Dans la nuit du 11 décembre 1551, à Quimper, lors de la foire de la Saint-Corentin, Pierre du Rusquec accompagnait les seigneurs François et Georges Lesaudevez, "buvant et devisant aimablement" lorsqu'une rixe éclata entre François de Lesaudevez et René de Kerloaeguen. Le recteur et les assistants tentèrent de les séparer, mais François Lesaudevez frappa Kerloaguen à terre, désarmé, et lui infligea, comble de déloyauté, un coup au jarret, réitérant ainsi le "coup de Jarnac" survenu 4 ans auparavant. Voir Le Men, Un coup de Jarnac..., Bull. S.A.F 1880 pp 119-128.

— ...L'aîné des garçons, Jean du Rusquec, épouse vers l520 Françoise de Kerloaguen. De leur union naît Louis du Rusquec qui épouse, en juin l556, Marie de Lézongar. Deux ans plus tard, Louis du Rusquec est blessé à la bataille du Conquet ...

 —les manoirs et lieux nobles du Rusquec et de la Salle, possédés par Jean du Rusquec, écuyer, seigneur du Rusquec (1540)... (Archives de la Loire-Inférieure).

—Jacques du Rusquec, archidiacre de Pohaer, et Jean[sic], son frère, recteur de Guiscriff, tous deux chanoines de Cornouaille, avaient acquis le manoir de La Salle pour 4.500 écus de Rolland de Kerloaguen et Jeanne Lézongar, sa compagne, sieur et dame de Kerméheuzen. Le 14 Janvier 1594, ce manoir appartenait à Jacques et Pierre du Rusquec..

 —Le seigneur du Rusquec avait, dans le choeur de l’église de Loqueffret, du côté de l’évangile, une tombe « eslevée » et armoyée, portant un écusson en bosse avec image de la Trinité. 

Puisque la paroisse dépend du diocèse de Cornouailles, précisons que l'évêque en est Claude de Rohan (1501-1540), mais que, comme il est simple d'esprit, c'est Jean de Largez, abbé de Daoulas, qui administre le diocèse de 1501 à 1518.

Voilà pour les commanditaires du vitrail.

 


 Cette baie se compose de 4 lancettes trilobées et d'un tympan (entiérement restauré) de 10 mouchettes et écoinçons. Elle mesure 5,20 m de haut et 2,25 m de large. Les vitraux ont été restaurés par l'atelier Huchet du Mans en 1875, et l'impression immédiate du visiteur est d'avoir affaire à une très belle œuvre, claire, lisible et en bon état plutôt qu'à ces vitres si rongées par la corrosion qu'elles sont rébarbatives. 

Les lancettes se décrivent en trois registres superposés et en douze scènes.


               lanvenegen 1106c

 

                               I. Registre inférieur.


lanvenegen 1107c

 

1. Lavement des pieds.

On voit d'emblée la qualité de la restauration qui a éliminé une grande quantité de plomb de casse par l'utilisation fréquente d'un collage bord à bord (ultérieur au travail de Huchet ?). On remarque aussi le façonnage de la barlotière ou de la vergette qui s'arrondit respectueusement autour du nimbe du Christ. 

  Néanmoins, le contraste entre le groupe des apôtres à l'arrière-plan, entièrement restauré, et le visage de saint Pierre (reconnaissable à sa calvitie pariétale et à sa chape d'évêque), est flagrant. L'utilisation trop massive, par aplat, de la sanguine ou du jaune d'argent (chevelure de saint Jean, imberbe) est gênante.

Pierre est le seul des apôtres à être doté d'un nimbe. Le nimbe crucifère du Christ, et sa longue tunique bleu vont servir d'élément distinctif pour la plupart des panneaux suivants.

                                      lanvenegen 1108v

 

2. Cène, Communion de Judas.

1°) Il peut s'agir d'une simple interprétation du récit évangélique de Matthieu 26, 14-15 et 26, 20-25 :

 14 : Alors l'un des douze, appelé Judas Iscariot, alla vers les principaux sacrificateurs, et dit: Que voulez-vous me donner, et je vous le livrerai? Et ils lui payèrent trente pièces d'argent.

...

20 : Le soir étant venu, il se mit à table avec les douze. Pendant qu'ils mangeaient, il dit: Je vous le dis en vérité, l'un de vous me livrera. Ils furent profondément attristés, et chacun se mit à lui dire: Est-ce moi, Seigneur?  Il répondit: Celui qui a mis avec moi la main dans le plat, c'est celui qui me livrera. Le Fils de l'homme s'en va, selon ce qui est écrit de lui. Mais malheur à l'homme par qui le Fils de l'homme est livré! Mieux vaudrait pour cet homme qu'il ne fût pas né.  Judas, qui le livrait, prit la parole et dit: Est-ce moi, Rabbi? Jésus lui répondit: Tu l'as dit.

C'est ce que montre le vitrail de Chartres ( Verrière occidentale de la Passion). Judas est placé de l'autre coté de la table.

: Le vitrail de la Passion de la cathédrale de Chartres.

   Passion-6698ccccc.jpg

 

 

2°) On remarquera néanmoins qu'à Lanvénégen Judas ne tend pas la main vers le plat, mais reçoit une bouchée. C'est à l'évangile de Jean 13, 21-32 qu'il faut faire appel :

 

 Après avoir dit ces paroles, Jésus fut profondément troublé, et il déclara solennellement: «En vérité, en vérité, je vous le dis, l'un de vous me trahira.» Les disciples se regardaient les uns les autres, sans savoir de qui il parlait.  Un des disciples, celui que Jésus aimait, était à table à côté de Jésus. Simon Pierre lui fit donc signe de demander qui était celui dont parlait Jésus. Ce disciple se pencha vers Jésus et lui dit: «Seigneur, qui est-ce?»  Jésus répondit: «C'est celui à qui je donnerai le morceau que je vais tremper.» Puis il trempa le morceau et le donna à Judas, fils de Simon, l'Iscariot.  Dès que Judas eut pris le morceau, Satan entra en lui. Jésus lui dit: «Ce que tu fais, fais-le rapidement.» Aucun de ceux qui étaient à table ne comprit pourquoi il lui disait cela. Comme Judas tenait la bourse, quelques-uns pensaient que Jésus lui disait: «Achète ce dont nous avons besoin pour la fête» ou qu'il lui demandait de donner quelque chose aux pauvres. 30 Après avoir pris le morceau, Judas sortit aussitôt. Il faisait nuit. Lorsque Judas fut sorti, Jésus dit: «Maintenant, la gloire du Fils de l'homme a été révélée et la gloire de Dieu a été révélée en lui. [Si la gloire de Dieu a été révélée en lui,] Dieu aussi révélera sa gloire en lui-même, et il la révélera très bientôt.


Judas, de trois-quart,  agenouillé, robe verte et manteau rouge, tenant la bourse aux trente deniers dans la main gauche, reçoit de la main du Christ, dans un geste évoquant la Communion, une bouchée ovale de nourriture. Sa bouche est ouverte, et ses dents sont visibles. Entre le Christ et Judas se voit la table de la Cène, avec un plat, une assiette semblable à une patère, et un couteau dont la lame est pointé vers Jésus. Pierre est identifiée derrière Judas par la chape qu'il portait précédemment, et Jean (au milieu) à ses cheveux blonds et à l'absence de barbe.


3°) Les auteurs du Corpus Vitrearum y voient, non sans quelques raisons, une "Communion des apôtres", thème iconographique de l'église orthodoxe fréquent sur les icônes byzantines dès le VIe siècle*, et dans les décors d'abside dès le XIe ou dans la chapelle orthodoxe de Plérin (22) dans une réalisation récente, attesté aussi dans la cathédrale de Nantes dans un tableau de Delaunay (1861). Mais trouve-t-on ce thème traité dans l'Église catholique au XVIe siècle ? 

*Au VIe siècle dans la miniature de l’Evangéliaire de Rossano et celle de l’Évangéliaire syriaque du moine Rabbula, ou sur deux patènes du règne de Justin II (565-578), conservées l’une au Musée Archéologique d’Istanbul (Stûma) et l’autre à Dumbarton Oaks (Riha). La représentation de la Communion des Apôtres est utilisée ensuite au IXe siècle dans les psautiers, illustrant les Psaumes 109 (110), 4 «Tu es prêtre à jamais, selon l’ordre de Melchisédech » et 33, 9 (34, 8) « Goûtez et voyez comme le Seigneur est bon ».

— La Bibliothèque Mazarine (Paris) conserve sous la cote Ms 0412 un Missel à l'usage de Paris de v.1492 dont une miniature pour la Fête-Dieu f.195v, attribuée au Maître de Jacques  Besançon ou au Maître des Très petites Heures d'Anne de Bretagne, montre une Communion des apôtres, dans une représentation associée à Melchisédech offrant le vin et le pain à Abraham.

IRHT_08553-v.jpg

— Les Très Riches Heures du Duc de Berry Chantilly Ms 65, folio 189v, en offrent un autre exemple dans les Heures de l'année liturgique: dix apôtres sont visibles dont saint Pierre (au premier plan) et saint Jean :

File:382 MS 65 F189 V.jpg

 

— Voir aussi une autre exemple : La Bibliothèque Sainte-Geneviève, Chronique universelle (1520-1524).

4°) Mais dans ces Communions des apôtres, Judas n'est jamais représenté distinctement : c'est saint Pierre qui est en tête des douze, parfois saint Jean, et les autres disciples ne sont pas identifiables.

Pourtant, la tradition byzantine a parfois représenté Judas prenant la tête des apôtres pour recevoir la communion, soit s'éloignant pour recracher le pain. 

 "...dès le début du XIIe siècle, à Chypre, dans l’église de Panagia d’Asinou, la Communion des Apôtres a été peinte avec une variante, très isolée à cette date, qui apparaît encore dans quelques monuments, par la suite. La représentation du groupe des apôtres de droite innove doublement: il est conduit par saint Jean, qui boit au calice, et non pas saint Paul, absent de la scène. De plus, à droite de l’image, un apôtre, vu de profil, s’éloigne, tenant le pain consacré dans sa main, près de sa bouche. Ce personnage, vers lequel le Christ et certains apôtres dirigent leur regard, ne peut être que Judas qui s’éloigne en recrachant le pain."

    "Dans la composition de la Communion des Apôtres à Saint-Clément d’Ohrid en Macédoine (vers 1295), Judas nimbé (sic), en tête du groupe des Apôtres à droite, a la bouche ouverte et même ses dents sont représentées ! Une autre caractéristique iconographique est la représentation de Judas de profil, ce qui dans le langage des peintres et zoographes de l’Eglise signifie un personnage négatif. Judas a pris la place d’ « honneur », un élément qu’on peut rencontrer parfois dans la représentation de la Cène. D’après G. Millet, se référant au texte de Chrysostome, cette place d’ « honneur » s’explique par la volonté du peintre de montrer l’impudence de Judas, qui a pris à la Cène une place plus haute que le premier des apôtres lui-même. C’est probablement la même raison qui a motivé les célèbres peintres Michel Astrapas et Eutychès dans la représentation de Judas en tête des apôtres dans la Communion des Apôtres à Ohrid."

  Goran Sekulovski, Judas a-t-il sa place dans la composition iconographique de la "Communion des apôtres" ? © Rites de communion. Conférences Saint-Serge LVe Semaine d'Études Liturgiques, André Lossky, Manlio Sodi (éd.), Libreria Editrice Vaticana, 2010 (coll. « Monumenta Studia Instrumenta Liturgica », 59), p. 211-226. En ligne., voir l'illustration figure 3. 

 G. Sekulovski replace cette Communion de Judas dans le contexte théologique byzantin des discussions sur l'Eucharistie ( "Prenez et mangez en tous", —y compris Judas—) et sur la culpabilité de Judas, d'autant plus responsable qu'il avait bénéficié de la mansuétude du Christ lors du Lavement des pieds et de la Communion. C'est l'opinion de Jean Chrysostome (cf  G. Sekulovski - ‎2013 Jean Chrysostome sur la communion de Judas. in Studia patristica, vol. LXVII :  Judas était comme les autres apôtres, choisi parmi les Douze et aimé par le Christ)

 5°) Ces sujets traités par saint Augustin et les Pères de l'Église  ont-ils été débattus aussi par l'Église Romaine ? Par les clercs du XVe siècle ? Par les recteurs bretons (membre de la noblesse, comme Bertrand du Rusquec) ? En 1755, Claude Mey, avocat au Parlement de Paris et théologien, en traitre dans sa Lettre à Madame *** sur un point important en ligne

Sur le plan iconographique, Emile Mâle (l'Art au XIIe siècle) mentionne les Cènes du portail central de Saint-Gilles, de la frise de Beaucaire, d'un des piliers du cloître Saint-Trophime d'Arles, du linteau du portail de Champagne (Ardèche), de l'église de Vizille (Isère), et du portail de l'église de Vandeins ou à la cathédrale de Modène. Voir aussi le chapiteau de la Daurade, XIIe siècle (ici p.84 n°125).

La base mandragore de la Bnf signale le Ms arménien 333 folio 5v 

La très expressive enluminure du "psautier Robert de Lisle" de la British Library Arundel 83 folio 124v date de c1308-c1340.

   La "communion de Judas" est-elle représentée en vitrail ? Il existe un exemple in abstensia où Judas est signalé par un tabouret renversé, ayant quitté précipitamment la pièce après avoir mangé. Cela donne l'occasion de débats approfondis : cf. Rita Ramberti (Université de Bologne) et Laurence Riviale : À propos de la verrière de la Cène à Allouville-Bellefosse : la communion de Judas comme preuve du libre-arbitre de l'homme face au serf-arbitre de Luther in Journées d’études internationales du Corpus Vitrearum Haute-Normandie, 29 -30 novembre 2007. Laurence Riviale signale que, dans la très célèbre Cène de Léonard de Vinci pour le couvent dominicain de Milan, où l'on voit la main de Judas et celle de Jésus converger vers le même morceau de pain, le peintre avait initialement prévu de représenter la communion de Judas (travaux de Daniel Arasse). Cette fresque date de 1494-98 et ne précède que de quelques années le vitrail breton. Les mêmes influences s'y exercent sans-doute, notamment celle des Dominicains mettant en avant le libre arbitre dans leurs prédications. Dans la Cène, Enrica Crespino remarque que Judas est placé de face, à coté des autres apôtres, "comme un homme qui pouvait choisir entre le bien et le mal et qui choisit le mal".

Les seuls autres exemples que j'ai trouvé de Communion de Judas en vitrail sont :

1°) le Vitrail de la Cathédrale de Strasbourg où (au contraire) Judas est rejeté de l'autre coté de la table, à terre.

2°) un vitrail de l'église Saint-Alpin de Châlons-sur-Marne (baie I après 1515) où le Christ, assis à table avec ses apôtres tient dans ses mains un calice, et une hostie qu'il dépose sur les lèvres de Judas. (selon L. Riviale, Le Vitrail en Normandie, p. 265).

 

Le bas-côté sud, baie V : Passion du Christ, Cène (v. 1340)

La Cène et Judas vu par Bernard Buffet 1961 ici.

En résumé, l'artiste s'est peut-être contenté d'illustrer Jean 13, mais cela évoque si irrésistiblement une communion qu'on peut aussi y voir une évocation du thème théologique de la Communion de Judas, sacrilège pour les uns et preuve pour d'autres de la complexité complice et indulgente du lien entre Jésus et Judas. Néanmoins, l'image évoque plutôt la tendresse du Christ qu'un acte satanique de Judas, et aucune désapprobation n'est visible. 

 


                                        lanvenegen 1109v

 

 lanvenegen-8991v.jpg

 

      Comparer avec la "Communion des Apôtres" de la Passion d'Ergué-Gabéric :

vitraux 0961c

 

 3. Agonie de Jésus au Jardin des oliviers.

Je rappelle que l'on nomme traditionnellement "agonie" non pas les derniers instants du Christ sur la croix, mais cet épisode au Jardin des oliviers. En effet, le terme agonie signifie stricto sensu "angoisse de la mort" tant par son étymologie (vieux français aigoine, "angoisse", 1160 du grec  α ̓ γ ω ν ι ́ α),  que par son usage en latin chrétien.

 

 

L'artiste, fidèle à la tradition occidentale, suit le texte de Luc 22,39-46.

Jésus sortit pour se rendre, comme d'habitude, au mont des Oliviers,
et ses disciples le suivirent.
Arrivé là, il leur dit:"Priez, pour ne pas entrer en tentation".
Puis il s'écarta à la distance d'un jet de pierre environ.
Se mettant à genoux, il priait:
"Père, si tu veux, éloigne de moi cette coupe !
cependant, que ce ne soit pas ma volonté qui se fasse, mais la tienne".
Alors, du ciel, lui apparut un ange qui le réconfortait.
Dans l'angoisse, Jésus priait avec plus d'insistance;
et sa sueur devint comme des gouttes de sang qui tombaient jusqu'à terre.
Après cette prière, Jésus se leva et rejoignit ses disciples
qu'il trouva endormis à force de tristesse. Il leur dit:

"Pourquoi dormez-vous ? Levez-vous et priez, pour ne pas entrer en tentation".

Alors que les apôtres Jean, Jacques et Pierre (tenant le glaive qu'il va utiliser dans la scène suivante) sont "endormis à force de tristesse", l'ange apparaît à droite, désignant la coupe ; celle-ci déclenche une telle angoisse que le Christ présente un accès d'hématidrose, sueur de sang provoquée par un stress intense.  


lanvenegen-8990v.jpg

Détail 1 : le verre rouge est altéré par endroit. On sait que le verrier ne peut utiliser que des verres colorés en rouge (par l'oxyde de cuivre) extrêmement fins, car sinon ils seraient très sombres, presque noirs ; ces verres rouges sont donc toujours doublés, accolés à un verre incolore. Le verre rouge (parfois aussi fin qu'un papier à cigarette) est donc plus sensible à la décoloration. Autre exemple sur le manteau rouge de saint Pierre.

Détail 2 : en zoomant sur le visage de saint Jacques, on notera comment les cils sont dessinés en  traits fins particulièrement longs : on retrouvera très souvent ce procédé.

Détail 3 : le manche à tête d'oiseau du glaive de Pierre.

Détail 4 : le nimbe de saint Pierre diffère de celui des scènes précédente et suivante et est décoré d'une frise de cercles concentriques.

Détail 5 : la fleur au feuillage en rosette est rapprochée par R. Barrié de celle de Plogonnec.

Détail 6 : saint Jean porte une chaussure mauve, contraire à la règle iconographique consistant à représenter les apôtres pieds nus.

 

                                    lanvenegen 1110c

 

 

4. Arrestation du Christ au jardin de Gethsémani : baiser de Judas.

Cette scène est fixée depuis longtemps dans ses modalités iconographiques : Judas, suivi de la troupe des soldats, vient toujours de droite, Jésus et les apôtres viennent de gauche, et saint Pierre coupant l'oreille du serviteur du grand-prêtre se place derrière Jésus ; les armes se découpent dans le ciel. Auréoles d'un coté, casques de l'autre. Les corps sont serrés, en bousculade, sans espace libre entre eux.

184px-Giotjud.jpg Giotto


  "Et Jésus lui dit : Judas, c'est par un baiser que tu vas livrer le Fils de l'homme ! " Luc, 22:48.

  La puissance de l'oxymore inscrit dans le "Baiser de Judas" (signe d'amour qui est un signal militaire, une trahison et un arrêt de mort) est renforcée ici d'une part par la tendre intimité de la Communion que nous venons de voir, et d'autre part par la quasi gémellité des deux hommes, malgré la couleur jaune/rousse des cheveux et de la barbe de Judas qui stigmatise son statut de traître. Le baiser est prolongé par une étreinte à travers le geste du bras de Judas. En dessous, le restaurateur a placé une autre main tenant les fameux trente deniers que bientôt, pris de remords, Judas va rendre aux membres du Sanhédrin avant de se pendre.

 Nous sommes distrait de la collision frontale des deux troupes par le geste désemparé de Malchus, serviteur de Caïphe à qui Pierre vient de trancher l'oreille et qui tombe à la renverse avec sa lanterne; mais déjà la main de Jésus s'apprête à recoller le large pavillon auriculaire.

Détail 1: Pierre, qu'on identifiait à sa calvitie, est ici doté du  "toupet", mèche de cheveux qui persiste avec opiniâtreté au sommet du front, et que je considère comme l'un de ses attributs.

 



                                  lanvenegen 1111c

 

 lanvenegen-8986v.jpg

 

 

 

                               II. Registre médian.

 

lanvenegen 8969v

 

 


1. Comparution devant Caïphe.    

      Détail 1. Le soldat est vêtu comme un lansquenet avec plume au chapeau, épée, pantalon jaune rayé de noir :

220px-Dr%C3%A4kt%2C_Landsknekt%2C_Nordis Source

Détail 2. Caïphe, le grand-prêtre porte une doublure en fourrure d'hermine sur son manteau et son bonnet, comme un duc de Bretagne, mais la patte qui descend sur ses oreilles signale, dans le code iconographique, qu'il est Juif. Il compte sur ses doigts les raisons de sa condamnation, selon la méthode médiévale de l'argumentation, illustrant le verset de Matthieu 26:63 :"Jésus garda le silence. Et le souverain sacrificateur, prenant la parole, lui dit: Je t'adjure, par le Dieu vivant, de nous dire si tu es le Christ, le Fils de Dieu."

 .

 

 

                            lanvenegen 1116v     

 

2. Christ aux outrages.

 


                       lanvenegen 1115v

 

Bourreau et signes d'infamie.

Le bourreau placé au premier plan est affecté par l'artiste de plusieurs signes considérés au Moyen Âge comme infamant, et qui deviennent par la suite des signes de marginalité, d'appartenance à un groupe qui se moque des convenances ou qui utilise ces signes comme des marques d'affiliation; Ce sont :

a) La disparité des couleurs (comparer avec le Christ).

b) L'emploi de la couleur jaune.

c) Les rayures.

d) La boucle d'oreille.

lanvenegen-9001v.jpg


3. Mise en place de la Couronne d'épines.

      Une fois encore, l'image est très classique, opposant la passivité du Christ et sa position assise aux forces déployées par les bourreaux, qui utilise des bâtons en levier pour faire pénétrer les branches d'aubépines tressées en couronne. Ces forces s'organisent toujours en X, comme ici où l'axe du bâton est prolongé par le bras, le tronc tendu par l'effort, et la jambe au mollet contracté, et doublé par l'orientation de la tête, du cou et du regard.

Et encore une fois, le bleu uni de la robe du Christ (selon les évangiles, il devrait porter la robe pourpre en dérision) s'oppose aux rayures des chausses de l'un, aux "crevés" de l'autre, à la variété bariolée des couleurs (vert jaune et rouge), aux manches courtes ou retroussées.

                         lanvenegen 1114c

 

 

4. Comparution devant Pilate.

 

Le carton qui a servi à la Comparution devant Caïphe est repris et inversé :

 lanvenegen 1116v lanvenegen 1112c

 

Le même carton a été utilisé dans la Passion de Plogonnec et dans celle de Ergué-Gabéric, argument important pour évoquer un atelier commun : 

 

Plogonnec la-passion 0333ca   Ergué :  vitraux-8924c.jpg   

Dans le jeu des sept différences que cela permet, on remarque  le fond damassé rouge de Plogonnec, ou celui, bleu et mieux conservé, d'Ergué-Gabéric. Dans cette paroisse, on peut lire sur la cruche l'inscription VOEAIVRE et sur la manche du serviteur OREIOV (Oremus ?). Enfin, le petit chien qui aboie dans les jambes de Ponce et de son serviteur est absent à Lanvénégen.         

 

 

                            III. registre supérieur.

 

lanvenegen 8968c


1. Portement de croix.

Nous retrouvons   le soldat en armure et les deux bourreaux, dont l'un tire par les cheveux le Christ qui succombe sous le poids de la croix. La couronne d'épine a été omise, mais la sueur de sang est à nouveau visible. 

                         lanvenegen 1120v

 

lanvenegen-8977v.jpg


 

2. Crucifixion.

Détail 1 : le pélican (symbole christique) au sommet de la lancette.

Détail 2 :  Une épée est dirigée vers la poitrine de la Vierge en pâmoison.

Il s'agit de la matérialisation de la prédiction de Siméon rapportée dans l'Évangile de Luc lors de la présentation de Jésus au temple:

Siméon prit l'enfant (Jésus) dans ses bras et il bénit Dieu en ces termes :
" Maintenant maître, c'est en paix, comme Tu l'as dit que Tu renvoies ton serviteur, car mes yeux ont vu ton Salut, que Tu as préparé face à tous les peuples : lumière pour la révélation aux païens et gloire d'Israël, ton peuple. Le père et la mère de l'enfant étaient étonnés de ce qu'on disait de Lui. Siméon les bénit et dit à Marie, sa mère : 
" Il est là pour la chute et le relèvement de beaucoup en Israël et pour être un signe contesté. Toi-même, un glaive te transpercera l'âme. Ainsi seront dévoilés les débats de bien des cœurs " (Luc 2, 28-35)

— Détail 3 : inscription  Vere Filius di ...

Matthieu 27 :54 :   centurio autem et qui cum eo erant custodientes Iesum viso terraemotu et his quae fiebant timuerunt valde dicentes vere Dei Filius erat iste  (Le centenier et ceux qui étaient avec lui pour garder Jésus, ayant vu le tremblement de terre et ce qui venait d'arriver, furent saisis d'une grande frayeur, et dirent: Assurément, cet homme était Fils de Dieu.)

Le personnage à cheval qui désigne de l'index le Christ est donc le Centenier (ou Centurion, commandant une troupe de cent soldats romains), mais il est vêtu d'une robe rouge fourré d'hermine, comme Caïphe.

                                        lanvenegen 1121v

 

— Détail 4 : la coiffure du Centenier :

C'est le "bourrelet" ou "balzo" que j'ai observé jusqu'ici sur des statues de saintes et que je vois traité ici au masculin.

                      lanvenegen-9013v.jpg

      Comparaison :

Plogonnec : la-passion 0289c  Guengat baie-0 0387c baie-0 0384cc 

Ergué-Gabéric : vitraux 0957ccc

 

 

3. Déposition de Croix.

     Sous le regard de la Vierge, de saint Jean et de Marie-Madeleine,  Joseph d'Arimathie soutient le corps du Christ tandis que Nicodème arrache le clou de la croix.

                                  lanvenegen 1122v

 

   

 

 

4. Mise au tombeau.

Les cinq personnages qui assistent à la mise dans le sépulcre sont de gauche à droite Nicodème, Marie-Madeleine, Marie, Jean, et Joseph d'Arimathie.

Détail 1 : On note la façon dont le nimbe de Jean flotte en amande au dessus de sa tête. C'est le seul nimbe de ce type sur cette verrière. A Plogonnec, cette soucoupe dorée surplombe la tête de la Vierge.

Détail 2 : les marques des supplices apparaissent sur le corps de Jésus sous forme de lacérations.

                        lanvenegen 1123v

 

 lanvenegen-9011c.jpg

   Comparer à :

 

Plogonnec   la-passion 8777c Penmarc'h saint-nonna 5303c

 

 

 

                               IV. Tympan.

 

lanvenegen 8966v

 

 

 

   "A plusieurs personnages de ces tableaux il manquait soit la tête, soit quelque membre. La verrière a été confiée à M. Hucher, du Mans, bien connu dans notre diocèse. Habile peintre verrier, il excelle dans la restauration des vieux vitraux : il l'a prouvé à Lanvénégen. Les teintes neuves se fondent tellement bien avec les anciennes ; les retouches sont si bien dans le sentiment ancien, que vus à distance, on ne peut plus distinguer les morceaux neufs des vieux. Ainsi a été assurée l'existence de ces débris, témoins du passé, et si précieux pour l'histoire de l'art en France. Le tympan de la fenêtre a été entièrement refait. Il se compose de dix lobes, les quatre principaux qui forment un cœur parfait sont peuplés d'anges portant les instruments de la Passion. Les six autres, à droite et à gauche ou au-dessous, sont ornés de branches de grenadier avec feuilles, fleurs ou fruits. Sur ces branches on a eu l'heureuse idée de dessiner les armoiries des principaux seigneurs de Lanvénégen au commencement du XVe siècle, et contemporains de l'exécution du vitrail. Au sommet de la fenêtre, le soufflet contient les armes mi-partie du Chastel et du Chastelier, en mémoire de François du Chastel, seigneur supérieur de Guiscriff et de Lanvénégen par son mariage, en 1522, avec Claudine du Chastelier, dame de Gournoise. Ces armes sont : Fascé d'or et de gueules de 6 pièces, qui est du Chastel ; et d'or à 9 quintefeuilles de gueules posées 3, 3, 3, qui est du Chastelier, seigneur de Gournoise. A droite des lobes formant cœur, les armes de Guéguen, seigneur de Saint-Quijeau : d'or à l'arbre de sinople, le tronc chargé d'un sanglier passant de sable ; au-dessous, celles de la Teste, seigneur de Lescrann : de gueules au cygne d'argent tenant en son bec une croix dentelée de même ; à gauche, les armes de Kervenozaël, seigneur de Rozengat etc. : d'argent à 5 fusées rangées en fasce et accolées de gueules, surmontées de 4 molettes de même ; au-dessous, celles du seigneur de Lanzonnet : d'azur au cor d'argent accompagné en chef d'un fer de lance de même, la pointe en haut ; dans un à-jour formé par les 4 lobes mentionnés en premier lieu, se trouvent les armes des Saint-Pezran qui ont succédé aux Kervénozaël, comme seigneurs de Rozengat : de sable à la croix pattée d'argent. Grâce à cette importante restauration, cette verrière est devenue, sans contredit, l'une des plus remarquables du diocèse. Un peintre verrier, l'ayant examinée en 1891, n'a pas hésité à dire qu'il l'estimait vingt mille francs." J. M. Le Méné, Histoire archéologique, féodale et religieuse des paroisses du diocèse de Vannes, 1898, p. 424-425  

 Note : Ces armes de "Lanzonnet" se blasonneraient plutôt d'azur au greslier d'argent accompagné en chef d'un fer de lance (alias : d'un pal) de même la pointe en haut, qui est "de Laudanet ou de Landanet, Sr de Coëtlevars ou Coatlevarec, de Kerlamoilic, Rr de Conquarneau, Ar. du 3 septembre 1669." (Toussaint de Saint Luc  Mémoires sur l'Etat du clergé et de la noblesse de Bretagne). Jehan de Landanet (du nom d'un manoir d'Elliant)  a été anobli en 1425 par le duc Jean V, et son fils Henri est à la Montre de 1481. Cette famille d'Elliant posséda le manoir de la Rivière à Tourch. Ce sont les mêmes armoiries que la famille de Keratry. Voir discussion La Pérenne Annexe E.

Ayant relevé cette erreur, j'ai lu plus tard l'article de  Pierre Holocou ("Les armoiries de l'église Saint-Conogan de Lanvénégen", Bull. Soc. d'Archéol. Finistère 2006 pp. 169-185) qui s'est livré à une étude héraldique et historique détaillée pour conclure : 

   "Vers 1875, le recteur et le conseil de fabrique de l'église de Lanvénégen entreprirent de grands travaux dans l'église paroissiale. Sans-doute guidée par les conseils du chanoine Le Mené, la restauration de la grande verrière fut réalisée. Dans un contexte de restauration imminente de la monarchie en France, il fut décidé de représenter dans cette verrière les armoiries des familles nobles contemporaines de la construction de l'église au début du XVIe siècle. Une analyse rigoureuse de la géographie féodale de Lanvénégen au début du XVIe siècle montre que cette représentation des armoiries s'avère avoir été réalisée sans aucun respect de cette réalité. On trouvera ici matière à réflexion pour tous ceux qui font une confiance aveugle aux sources écrites ou mêmes aux « armoiries » reproduites dans certaines églises au cours du XIXe siècle." 

 

Concernant la confusion des armoiries de Landanet, il écrit "La légèreté du travail de recherche est ici étonnante".

 

                                               ÉTUDE TECHNIQUE

 

Extrait de la thèse de Roger Barrié 1979 : 

Restauration et conservation.

 

  "Tout le tympan fut refait en 1875 par l'atelier manceau de Hucher, ainsi que de nombreuses têtes du Lavement, la partie supérieure du Christ dans la Crucifixion, et la tête de Malchus. Bien que l'on ait tenté d'imiter la technique picturale ancienne, ces restaurations sont plates, dans un style soit trop sulpicien pour le saint Jean, soit trop expressif pour le Malchus, et en général avec un trait hâtif et plus appuyé que l'original; une couverte brune harmonise ces pièces avec les verres anciens. Les morceaux du soubassement de l'Agonie, refaits par l'atelier Gruber en 1971, sont artificiellement vieillis par aspersion de grisaille liquide qui imite les points de corrosion du verre ; l'enlevage y dessine les brins d'herbe, alors qu'ils sont obtenus par le trait de grisaille et que le jaune est plus pâle sur les pièces refaites par Hucher. Certains verres incolores anciens, teints en jaune, sont attaqués extérieurement ce qui indique que le jaune d'argent qui d'habitude protège bien, a été mal appliqué et a peu pénétré dans l'épaisseur de la matière. Aujourd'hui, malgré un jet de pierre dans le panneau de la Mise au tombeau, aucun rouge doublé n'est attaqué en profondeur, et les verres violet, mauve et vieux rose sont les mieux conservés."

Les verres.

 

  "Les verres violets de la tunique du Christ et surtout vieux rose de la robe de Pilate, très transparents paraissent beaucoup plus minces que les autres verres de couleur et incolores. Les pièces de vert un peu jaunâtre semblent doublés à la différence du verre vert acide du soldat près de Pilate et du bourreau de gauche dans le Couronnement, teint dans la masse. Le placage rouge très aminci dans le fond de l'Agonie donne une couleur légère, alors que les rouges des vêtements sont plus épais et donc d'une coloration plus soutenue. On observe quelques défectuosités de planimétrie. La largeur des pièces est moyenne, sauf pour le tombeau de la dernière scène ; les visages et les nimbes sont peints sur la même pièce, parfois deux visages ensemble. Les plombs suivent une découpe assez souple ; aucun galon de vêtement n'est mis en plomb, mais quelques sertissages minutieux pour des ceintures et la corde qui lie le Christ dans trois épisodes du supplice. Dans les scènes dont le carton est identique à ceux d'Ergué-Gabéric, on peut faire les mêmes remarques pour l'utilisation des plombs soulignant les profils des visages comme ceux de quatre personnages dans la Comparution devant Pilate." (Roger Barriè)

 


 

      Voir l'ensemble des verrières attribuées au même atelier quimpérois (Le Sodec ?) et utilisant les mêmes cartons :

Les vitraux anciens de l'église d'Ergué-Gabéric.

Les vitraux de l'église Saint-Nonna de Penmarc'h (29).

Le vitrail de la Passion (Maîtresse-vitre) de l'église St-Thurien de Plogonnec (29).

 

Sources et liens :

— GATOUILLAT (Françoise) HEROLD (Michel), Les Vitraux de Bretagne, Corpus vitrearum France recensement VII, Presses Universitaires de Rennes : Rennes 2005.

 — BARRIÉ (Roger)  Etude sur le vitrail en Cornouaille au 16e siècle : Plogonnec et un groupe d'églises de l'ancien diocèse de Quimper / ; sous la direction d' André Mussat, 1979  Thèse de 3e cycle : Art et archéologie : Rennes 2 : 1979. Bibliogr. f. 9-32. 4 annexes (vol. 2)

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Published by jean-yves cordier
2 avril 2014 3 02 /04 /avril /2014 22:50

Anne trinitaire de l'église Notre-Dame-du-Folgoët de Bannalec (29).

15e siècle.

Voir :

Groupes de Sainte-Anne Trinitaire de la vallée de l'Aulne.    

L'église du Vieux Bourg à Lothey : Anne trinitaire.

Sainte-Anne trinitaire du Musée départemental de Quimper.

Anne trinitaire de l'église de Plougasnou.

  Anne trinitaire de l'église de Guimaëc.

Sainte Anne trinitaire de Burgos.

Les statues de l'église de Plourin-les-Morlaix (2 : Anne trinitaire) .

etc...

                             anne-trinitaire 1058v

 

  Après avoir admiré en Bretagne de nombreux groupes intitulés "Anne trinitaire" et représentant la Vierge et l'Enfant accompagnés de sainte Anne, mère de la Vierge, j'éprouve, devant un nouvel exemple, beaucoup de curiosité à découvrir comment l'artiste va traiter ce thème avec ses figures imposées qui sont "le livre comme objet intermédiaire" et "la transmission corporelle par le jeu des mains et des pieds".

 Je retrouve vite ici les poncifs : la guimpe cachant entièrement les cheveux d'Anne (car elle est, sinon veuve, du moins retirée de la vie féconde) ; la tête couronnée de la Vierge, aux cheveux dénoués pour signifier au contraire sa fécondité. De même, la poitrine d'Anne est cachée et celle de Marie apparaît sous un décolleté arrondi. 

Mais au lieu de trouver deux femmes de la même taille, assises et tenant l'enfant, ou bien à l'inverse une Anne adulte tenant une Marie à taille de fillette qui maintient un poupon semblable à sa poupée, nous avons deux personnages adultes, de la même taille, réunis autour de l'enfant placé au milieu.

 Ce n'est qu'après coup que l'on voit que Marie est juchée sur un meuble, comme une enfant qu'on redresse en l'asseyant sur les annuaires des Postes ( Bottin par antonomase) ; et ce procédé est extrémement astucieux puisqu'il permet à l'artiste de signifier la différence de génération entre Marie et sa mère par la taille supérieure de sainte Anne, mais de le faire sans offenser  la Vierge en la diminuant. Mieux, celle-ci est grandie par les deux livres contenus dans le coffre : métaphoriquement, elle est elevée (à sa dignité) par le pouvoir des Écritures, celle de l'ancien Testament qui annonce sa venue (Isaïe 7,14 "Voici la jeune fille est enceinte et elle enfantera un fils") et celle du Nouveau Testament qu'elle et son Fils vont écrire par leur vie : Matthieu 1, 23 :Voici que la vierge concevra et enfantera un fils". Ce piédestal des Écritures, encore en puissance lorsqu'il n'est que lecture —celle-là même qui occupait Marie lorsqu'elle reçut la visite de Gbariel — devra s'accomplir et se faire chair, existence et Passion : c'est ce Verbe que représente le troisième livre, celui, prémonitoire, que sainte Anne présente à l'enfant. 

  Les trois personnages ne sont pas réunis par leur parenté, mais par leur connnaissance de leur rôle respectif dans un plan divin du Salut : tout l'enjeu est de traduire cette connivence sacrée dans leurs échanges. Parfois, le livre est l'objet médian tenu par chacun, ici c'est le Christ qui est médian : Anne se contente de poser la paume sur son bras, ce simple contact n'étant ni un soutien, ni une caresse, mais une imposition (ou une bénédiction ?). Marie le tient dans le creux de son bras gauche, mais vient aussi saisir son pied gauche, dans un geste qui n'a aucun sens en terme de maternage mais qui se justifie dans cette circulation des échanges. Quant au Christ, il tient — c'est là le plus inattendu — de sa main gauche l'extrémité d'une mèche de cheveux de sa Mère, mèche qui n'est pas là par hasard puisqu'elle se courbe à cet effet. Sa main droite est posée sur la poitrine de sa mère. Bien que cela soit un peu délicat de le souligner, l'artiste le met en scène si expressément qu'on ne peut le nier : l'Enfant Jésus se relie par ses mains aux deux symboles les plus féminins ou les plus liés à la fonction maternelle d'engendrement et de nutrition : les cheveux (symbole métonymique de la puissance sexuelle) et le sein. Du livre tenu par Anne, et par la chaîne des contacts des mains, nous parvenons à l'engenderment. Une savante mise en image de la parole de Jean 1 "Et le Verbe s'est fait chair".

  Dans les groupes assis, les corps d'Anne et de Marie s'unissent souvent jusqu'à se confondre, mais ici, ils forment deux colonnes distinctes, rassemblés par un bloc beige qui tend à mêler les robes aux lourds plis verticaux en un seul rideau. Le manteau d'Anne est bleu ourlé d'or et à revers rouge, couleurs qui s'inversent dans le manteau rouge parsemé de fleurs or et à revers bleu de la Vierge. Les deux robes sont couleur or.

 En dessous, devant le pied de la Vierge, se voit une boule rouge, qui est sans-doute la pomme-globe terrestre que l'Enfant-Jésus tient dans ses mains dans d'autres sculptures, à moins qu'il s'agisse d'un ornement d'un coussin.

J'ai consulté la notice de l'Inventaire du patrimoine, rédigée en 2001 par Sophie Tissier :  

Pierre : granit de grain très fin.

h = 125 ; la = 65 ; pr = 35

La Sainte Anne de Bannalec se distingue parmi les nombreuses représentation de la Sainte Parenté par l'originalité de sa composition. Ici, dans la formule de la juxtaposition horizontale, Anne est debout et la différence d'échelle entre Marie et elle est compensée par la position de Marie, juchée sur un coffre. La Vierge tient dans sa main le pied gauche de l'Enfant selon une iconographie courante du 15e siècle mais qui relève davantage de l'iconographie des Vierges de tendresse que celle des groupes trinitaires. Cette oeuvre, avec certaines maladresses d'exécution, est probablement due à un atelier local. Classé au titre objet le 27 avril 2001.

 

 

anne-trinitaire 1053c

 

 

                           anne-trinitaire 1088c

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Published by jean-yves cordier
2 avril 2014 3 02 /04 /avril /2014 22:17

Les vitraux de Gérard Lardeur à Bannalec (29).

Église Notre-Dame-de-Folgoët, 2001-2002.

 

Voir aussi:

Les vitraux de Gérard Lardeur à Langonnet.

Les vitraux de Gérard Lardeur à Saint-Sauveur (Finistère).

Vitraux contemporains du Finistère :

Les vitraux de Jean Bazaine à la chapelle Ty ar Zonj de Locronan (29).

Chapelle de la Madeleine à Penmarc'h : les vitraux de Jean Bazaine..

Les vitraux de l'église Saint-Louis de Brest : 2) commentaires.

Les vitraux de Manessier à Locronan, chapelle de Bonne-Nouvelle.

Les vitraux de Louis-René Petit à Saint-Jean-du-Doigt (29).

Vitrail de Jacques Le Chevallier : L'arbre de Jessé de l'église de Gouesnou .

etc.



             vitraux 1046c

 

 

                                 vitraux 1049v


 

                               vitraux 1035c

 

 

                             vitraux 1038v

 

 

 

                              vitraux 1040v

 

 

                                  vitraux 1042v

 

 

 

                  vitraux 1044v

 

Lien : 

Centre International du Vitrail : http://www.centre-vitrail.org/fr/lardeur-gerard,article-57.html

 


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Published by jean-yves cordier
1 avril 2014 2 01 /04 /avril /2014 21:36

L'église de Rosporden ? Sainte Madeleine et ses boucles d'oreille : impénitente ?

 


           sainte-madeleine 1217v

 


      Chacun connaît la Madeleine pénitente sculptée par Donatello (1455), et celle qui, sous les titres de La Madeleine à la flamme filante, La Madeleine à la veilleuse, La Madeleine au miroir et La Madeleine aux deux flammes, ont été peintes par Georges de La Tour entre 1638 et 1652. 

Madeleine repentante, tableau du Caravage (1593-1594).

 

Image illustrative de l'article Madeleine pénitente (Donatello)

George de la Tour, La Madeleine aux deux flammes, Metropolitan Museum of Art, New York, États-Unis  

Image illustrative de l'article La Madeleine aux deux flammes

 

 

 

 

  Lorsqu'elle ne s'habille pas de serpillières, ne se couvre pas la tête d'un seau de cendres, ne vit pas dans sa grotte de la Sainte-Baume comme une sauvage émaciée et vêtue de sa seule chevelure, elle pleure, lit Jean de la Croix et goûte, devant son miroir, à l'auto-complaisance de l'ascèse. Dénouant ses cheveux, endossant le cilice, ôtant ses bijoux qu'elle pose sur sa console, caressant un vieux crâne dérobé au cimetière, elle prend la pose devant son quinquet. Elle se fait réciter le Sermon sur  la mort de Bossuet, elle n'y résiste pas, elle pleure encore ; elle s'habitue à la douceur de cette amertume, aux charmes lancinants du remords. 

  Et puis elle souffle la bougie, essuie ses yeux, refait son maquillage et remet ses bijoux. Son confesseur se satisfera de cet exercice quotidien auquel elle se soumet avec délices. "Elle fait pénitence".

Ou bien, elle demande au peintre si elle peut se relever. Elle est la modèle du Caravage pour sa  "Madeleine repentante" (1593), elle se nomme Anna Annuncia Bianchini, "courtisane" c'est à dire prostituée romaine.

 

Galerie Doria-Pamphilj, Rome,Italie

  http://fr.wikipedia.org/wiki/Madeleine_repentante_(Le_Caravage)

  Image illustrative de l'article Madeleine repentante (Le Caravage)

 

 

      A Rosporden, Madeleine est toute autre, et porte fièrement sa robe grise qui souligne la convexité de son abdomen, le manteau vert céladon qui découvre habilement ses épaules, et son flacon de parfum ou d'onguents.  Les perles de jade de son collier s'accordent à la couleur de son manteau, et au bleu-vert de ses yeux. La liberté de ses longs cheveux suit celle de son cœur. Elle n'a renoncé ni à la gaieté foncière de son caractère, ni à son goût pour les belles choses, ni à sa beauté ; depuis qu'elle suit le Christ et qu'elle boit ses paroles, elle ne l'a jamais entendu conseiller de devenir triste et laide. Elle est fraîche comme les lis des champs, joyeuse comme les oiseaux du ciel, et Salomon dans toute sa gloire n'eut pas l'éclat de son teint.


                        sainte-madeleine 1226v

 

 

                      sainte-madeleine 1224c

      Elle s'est endimanchée pour son Seigneur, et les boucles que ses consœurs adeptes des macérations jettent sur leur tapis, pendent comme deux cerises d'or à ses oreilles. De son amour de la Beauté et la Vie, elle  est, résolument Madeleine impénitente.

 

     sainte-madeleine 1222c

 

Sources et liens :

http://doudou.gheerbrant.com/?p=16575

http://www.insecula.com/oeuvre/O0026928.html 

 


 

 


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Published by jean-yves cordier
1 avril 2014 2 01 /04 /avril /2014 16:11

La Mise au tombeau de l'église de Rosporden (29).

  Le haut-relief à neuf personnages de la Mise au tombeau intégré dans le coffre de l'autel de l'église Notre-Dame de Rosporden est l'œuvre d'art la plus intéressante de cet édifice. Réalisé en bois polychrome, il est daté de la fin du XVe siècle ou (Couffon) du XVIe siècle. 

Comme toute sculpture abritée derrière une vitre plus ou moins propre mais qui réfléchit tous les reflets des vitres du chœur ou l'oculus du pignon ouest, sa photographie n'est pas aisée.

retable-Mise-au-tombeau 1238c

 

Nous voyons neuf personnages, de gauche à droite deux saintes femmes, puis Joseph d'Arimathie soutenant la tête du Christ, la Vierge se penchant vers son Fils, saint Jean (imberbe) prêt à soutenir la Mère du Christ si elle défaille, un personnage à identifier (cf infra), et Nicodème qui soutient les pieds du Christ. Enfin la personne à genoux, le corps projeté en avant par le chagrin, presque ensevelie par son manteau, est Marie-Madeleine, terrassée par la perte indicible de celui auquel elle avait voué sa vie, et qu'elle suivait depuis sa conversion.

 

retable-Mise-au-tombeau 1239c

 

Le visiteur trouve dans l'église un pannonceau lui donnant les indications suivantes :

L'église de Rosporden possède une « Mise au tombeau » que l'on peut dater de la fin du XVe siècle. C'est la dernière période de l'âge gothique qui est encore en Bretagne, le Moyen-Âge, auquel se rattache visiblement cette œuvre remarquable. La Mise au tombeau de Rosporden serait donc un mémorial, un souvenir laissé par les Rospordinois d'un « Mystère » joué par eux devant l'église. Les personnages du groupe sont les Rospordinois qui remplirent les rôles des acteurs et qui furent aussi les donateurs de cette œuvre d'art.

 

La mise au tombeau de Rosporden présente encore un autre intérêt artistique. Dans ses études sur l'art religieux, Émile Male cite deux autres du même genre. On y reconnaît en effet, à la place occupée par Madeleine, une œuvre de l'école flamande. La traditions française la mettait de l'autre coté du tombeau, au pieds de Notre Seigneur. Elle a été restaurée de 1978 à 1981 et remise en place fin 1981.

 

On peut rapprocher ces lignes des renseignements procurés par l'article Mise au tombeau de Wikipédia (consulté le 1er avril 2014) : Wikipédia: article Mise au tombeau :

 Le xve siècle voit se développer des représentations assez stéréotypées, où le corps du Christ est allongé sur son linceul que tiennent Nicodème (aux pieds) et Joseph d'Arimathie (à la tête du Christ). La Vierge, saint Jean et une ou plusieurs saintes femmes, parfois des soldats, assistent à la scène ou y participent. Ces nombreuses Mise au tombeau sculptées conservées dans les églises sont souvent désignées par le nom de « Saint-Sépulcre » ou simplement le « Sépulcre ».

Jusqu'au xve siècle, les Mises au tombeau d'Europe du nord, comme les mises en scène des Mystères, habillent les personnages de vêtements contemporains. Même les centurions romains sont en armure médiévale. En Italie d'abord apparaissent des vêtements à l'antique, par exemple dans une Mise au tombeau d’Andrea Mantegna qui date d'environ 1470-1475, au burin et à la pointe sèche, conservée à la National Gallery of Art de Washington. Ce sera bientôt le cas dans toute l'Europe, comme en témoigne la Mise au tombeau de Jean de Joigny qui combine la mise en scène traditionnelle des sépulcres avec les draperies et les lignes sinueuses de l'art maniériste.

1. Le commentaire sur la place qu'occupe ici Marie-Madeleine demande à être précisé ; il est pourtant repris par le site Topic-Topos : "L'inspiration flamande se reconnaît par la position de sainte Marie Madeleine, qui est agenouillée devant le Tombeau, alors que la tradition française la place, avec les autres femmes, aux pieds du Christ." Marie-Madeleine est pourtant bien placée "aux pieds du Christ" (le lien qui unit Madeleine, et sa chevelure, avec les pieds de Jésus est indissoluble), mais elle est placée entre le spectateur et le tombeau, ce qui représente une difficulté à laquelle la plupart des artistes ne se confronte pas. Elle est éplorée, les deux mains jointes, vêtue exactement de la même façon que la Vierge d'un manteau bleu recouvrant sa tête. Son attribut principal, le flacon d'aromates, est absent.

Cette place en avant-scène s'observe, par exemple, ici :

 

Mise au tombeau du Christ dans le livre d'Heures de Marie de Bourgogne (1477)    Wikipédia

On l'observe aussi au Relecq-Kerhuon (29), à Saint-Pierre de Solesmes (Sarthe).

  2. Un autre détail a été souligné par le chanoine Abgrall dans les Notices rédigées pour le Bulletin diocésain d'histoire et d'Archéologie ou pour la Société Archéologique du Finistère ; il concerne la coiffure de la seconde Sainte Femme, à l'arrière-plan : il la rapproche de celle d'une femme portant une lanterne dans le  retable de Kerdévot, celle de l'une des Saintes-Femmes de la descente de croix de Quilinen. de celle de sainte Barbe de Guengat et des Piéta du Pénity de la chapelle de Bonne-Nouvelle de Locronan. Il oublie celle de sainte Marthe de l'église Saint-Nonna de Penmarc'h, ou celle des femmes des sablières de Notre-Dame de Quimperlé. Décrivant la photophore de Kerdévot, il écrit : "Sa tête est couverte d'une coiffure semblable à un turban, retenue par un ruban formant mentonnière, noué sur le sommet du chef et retombant sur le dos." 

 Ce "ruban formant mentonnière" est nommé Touret ou barbette, et il peut retenir une coiffe à corne, un turban ou balzo, ou devenir un bandage austère semblable à une guimpe. Comme il a également retenu mon attention, j'en donnerai les images suivantes :


retable-Mise-au-tombeau 1248c

 

Les femmes qui sont présentes autour du saint Sépulcre sont désignées sous le nom de "saintes femmes", mais elles portent parfois aussi le nom de Marie Salomé la Myrophore, femme de Zébédée et mère de Jacques et de Jean de Zébédée,  ou de Marie Cléophas, sœur de la Vierge et la mère de saint Jacques-le-Mineur. En effet, l'évangile de Jean 19, 25, signale sa présence au pied de la croix : "Près de la croix de Jésus se tenaient sa mère et la sœur de sa mère, Marie, femme de Cl[é]opas, et Marie de Magdala". On trouve aussi autour du tombeau sainte Véronique, présentant son voile.

Au premier plan, la sainte femme (Cléophas ou Salomé) porte une robe mauve à décolleté carré, aux manches courtes évasées par un plissé, un tablier d'étoffe d'or ; selon la mode, elle arrondit le ventre et le projette en avant en un élégant arc convexe. Sa coiffe est un balzo dont le bourrelet est entouré de tissu blanc à ligne dorée, porté très en arrière, presque vertical, et maintenu sur les cheveux par une coiffe dégageant le front soigneusement épilé.

Au second plan, sa collègue porte un somptueux manteau de satin doré, une robe au même décolleté carré que sa voisine qui s'ouvre sur une chemise fine au col en V, et, surtout, une toque couleur brique formée de deux parties : un fond arrondi, centré par un bouton sommital, et une couronne à laquelle est fixée la mentonnière (barbette* ?), ici plus large en haut et s'affinant sous le menton.

* la barbette est (CNRTL)  "une guimpe, sorte de mentonnière attachée sur la tête, couvrant le col et encadrant le visage que portaient les religieuses, les femmes âgées et les veuves." Cette description austère d'une pièce d'étoffe  destinée à cacher les chairs et les cheveux ne semble pas convenir à l'accessoire de mode que nous voyons ici.

Mes exemples : cliquez pour agrandir.

Sainte Barbe, Guengat (fin XVe). Sainte Marthe, Penmarc'h (XVIe?). 2 femmes des sablières de Quimperlé (1430).

L'église de Guengat II : Statues, sablières et inscriptions.

L'église Saint-Nonna à Penmarc'h : bannières et statues.


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3. Le chaperon et ses métamorphoses.

Je m'intéresse maintenant aux deux hommes de droite : Nicodème est au pied du caveau, mais qui est le personnage barbu ? Si on se reporte à la Mise au tombeau de la crypte de sainte-Croix de Quimperlé, qui réunit autour du Christ en plus des personnages habituels Gamaliel et Abibon, il peut s'agir d'un de ces deux noms. Saint Gamaliel, rabbin et docteur de la loi  et Saint Abibon ou Abibas son fils étaient fêtés le même jour que saint Nicodème dans les martyrologes, car leurs corps avaient été découverts à Capharmagale avec celui de Saint-Étienne. La tradition chrétienne (Clément, Recognitiones, 1, 65) prête à Gamaliel une conversion secrète au christianisme avec un de ses fils Abibas/Abibon/Diboan. Tous deux auraient été baptisés en même temps queNicodème par les apôtres Pierre et Jean.

La tradition chrétienne garde le souvenir de l'apparition de Gamaliel au prêtre Lucien, curé de Cafargamala (Kfar-Gamala) le vendredi 3 août 415, le rabbi indiquant où se trouvait sa relique qui aurait été alors retrouvée dans le même tombeau que celle de son fils Abibas, ainsi que saint Étienne et saint Nicodème. Saint Étienne reposerait depuis à Pise en Italie. Une représentation de cette tradition figure sur des tapisseries conservées au Musée national du Moyen Âge à Paris.

Quoiqu'il en soit, ce qui m'intéresse ici, c'est d'approfondir ma découverte toute récente de ce que c'est qu'un chaperon, un guleron, une patte et une cornette. 


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Il n'est pas exagéré de dire que le chaperon a été, à travers ses divers et complexes avatars, la coiffure portée dans toute l'Europe occidentale du Moyen-Âge jusqu'à la fin du XVe siècle (qui correspond à notre retable). Il est omniprésent dans la peinture flamande, mais, lorsqu'on a appris à le reconnaître, on le retrouve aussi dans chaque chapelle et église, réservant la surprise de sa trouvaille dans un détail de sculpture, au sommet d'une sablière, sur un vitrail ou uns statue, et jusque sous la forme de l'épitoge des avocats.

 On le trouve d'abord comme une capuche, qui s'enfile par la tête, couvre les épaules par une cape aux bords crantés ou fendus, et couvre aussi la tête qui n'apparaît que par l'orifice central qui entoure le visage. C'est la capuche qui a donné aux moines le nom de Capucins, cappucino en italien. Pendant tout le Moyen-Âge, c'est le couvre-chef des paysans et des gens du peuple des deux sexes, chaud, protecteur contre le vent et la pluie. Si Mère-Grand vous en a taillé un dans une belle étoffe rouge cerise, on vous nomme "le Chaperon Rouge".

 Mais si le quidam rabat le capuchon, il pend derrière son dos comme une poche. On trouva amusant de laisser cette capuche s'hypertrophier en une longue trompe, une corne traînant jusqu'aux reins, voire d'avantage. Ou bien, l'ouverture verticale de la capuche, qui entourait le visage, fut utilisée pour être posée sur le crâne, horizontalement, comme un bandeau. Mais que faire alors du cône de tissu, allongé en cornette ? Chacun pouvait soit l'enrouler en écharpe, soit le plier au dessus de la tête comme un turban, soit le passer dans sa ceinture.

 Étalé sous forme d'un patron de couturière, le chaperon (petite chape) prend la forme suivante : (source : A. Harmand 1929)

 Le Rozier des Guerres 1461-1483

On lui décrit alors trois parties : la pointe du capuchon prolongée en tuyau, c'est la cornette. La partie qui couvrait les épaules comme une courte pèlerine, une chape, c'est la goule, la goulée, le guleron (c'est pareil) ou la "patte". Le trou pour la tête, c'est la visagière. On comprendra mieux en allant voir chez Hemiole.com.

C'est donc après avoir utilisé le trou visagier à l'envers et l'avoir transformé en serre-tête que cet accessoire n'a plus ressemblé du tout à un capuchon, mais s'est transformé en ce chapeau innommable, sans queue ni tête, qui hante la peinture flamande (ou italienne, et française) :

       

 

Mieux encore, on se mit à l'ôter de sa tête, pour en garnir son épaule : la cornette le retenait devant, et la visagière  (dont le revers s'est transformé en bourrelet) ainsi que ce qui restait de la cape frangée nommée guleron ou patte pend comme un sac vide derrière l'épaule. C'est du dernier chic.

                                          


  Observons la coiffure de nos deux personnages : "Abibas" porte ce qui ressemble à n'importe quel chapeau, mais sa nature de chaperon se trahit par le guleron, porté sur l'épaule droite, et par la cornette si longue qu'il en fait revenir avec la main droite un repli sous son coude gauche afin qu'elle ne traîne pas. Quand à Nicodème ( il est à l'origine de notre adjectif "nigaud"), il laisse son guleron tomber de son galurin comme un Tartarin coinçant son mouchoir sous son béret pour se protéger du soleil.

 

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      Il me reste à soumettre ces improvisations au feu de vos observations rectificatives et de vos sages critiques.

 

 

 

Sources et liens :

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Published by jean-yves cordier
30 mars 2014 7 30 /03 /mars /2014 18:47

Les sablières, entraits et poinçons de l'église Notre-Dame et Saint-Michel de Quimperlé.

 

 

Pour une visite, amenez vos jumelles, et sept vertèbres cervicales neuves ! 

 

  Généralités.

   En 2003, Christel Douard a rédigé la notice Sablières, entraits et poinçons de l'église Notre-Dame pour l'Inventaire général du patrimoine culturel, avec un dossier photographique complet. C'est à cette notice que j'emprunte la présentation générale qui suit. Une restauration est manifestement intervenue depuis lors, ce qui suffit à justifier cet article. En outre, cet auteur n'avait donné que quelques indications sur l'identification des armoiries, et j'ai tenté de reprendre ce questionnement. 

1. L'église Notre-Dame :

 Dédiée à Notre-Dame, cette ancienne chapelle de la communauté des bourgeois de la ville prendra également le vocable de Saint-Michel en souvenir de l´ancienne église paroissiale voisine ruinée en 1765. On distingue, pour l´essentiel, deux campagnes de construction. D´un premier édifice bâti vers 1280 ne subsistent que les murs de la nef percés de baies et de grandes portes au nord et au sud et sans doute les traces d´un porche ouest (oculus sud), les autres parties ayant été ruinées au cours des guerres de Succession qui touchent la ville au milieu du 14e siècle. A la charnière des 14e et 15e siècles, une reprise hésitante et par endroits malhabile débute par la reconstruction du porche sud qui remplace un porche plus ancien probablement à étage, comme l´indique une porte haute bouchée qui pourrait correspondre à l´accès à un jubé de l´édifice originel. Egalement témoins du début de la reprise du chantier, les piliers ouest de la croisée du transept, cantonnés de colonnettes à chapiteaux, se greffent sur des piles carrées qui semblent correspondre à l´emplacement de l´ancien choeur.

Une campagne d´agrandissement décisive, affectant le couvrement de la nef et surtout la construction de la partie orientale de l´édifice, débute en 1416 ou 1418 et se termine au milieu du 16e siècle. Grâce aux libéralités du duc Jean V, de Henry de Lespervez, l'abbé de Sainte-Croix de Quimperlé et de familles bourgeoises et aristocratiques de la ville (leurs armoiries figurent aussi bien à l´extérieur qu´à l´intérieur), le chantier inclut la mise en place du porche nord (achevé en 1425), de la charpente de la nef (datée 1430), de la partie orientale de la croisée du transept (piliers circulaires portant des voûtes à pénétration directe), du massif de la tour et du chœur dans lequel est inhumé Henry de Lespervez en 1434. 

 

2. Les sablières et entraits.

 Couvrant la nef construite à la fin du 13e siècle, l'ensemble a été mis en place en 1430 dans le cadre de la reconstruction de l'édifice. Une partie des armoiries figurant sur les poinçons n'a pu être identifiée. L'édifice a été classé parmi les monuments historiques en 1915. 

L'église conserve les plus anciennes sablières sculptés de Bretagne (1430). Ensemble composé de 16 sablières et de 7 entraits à poinçons faisant partie d'une charpente de type à chevrons-portant-fermes lambrissée en berceau. Certains poinçons portent des marques de charpentiers. Les sablières sont numérotées de 1 à 16, en commençant par le mur sud, partie est, et en tournant dans le sens des aiguilles d'une montre. Les sablières 4, 5 et 12 ne portent qu'un décor floral stylisé. Les poinçons sont identifiés de A à G, d'est en ouest : armoiries ; hermine ; animal fabuleux ; homme ; femme ; cerf ; porc ; mouton ; bœuf ; chien ; lune ; sanglier ; loup (?) ; hybride ; phylactère Armoiries ducales et hermine héraldique (mur nord, partie est). Armoiries identifiées sans certitude : Lohéac et Jubin de Kervily. Par endroits, un cochon entouré d'un phylactère remplace l'hermine.Vermoulure généralisée. Polychromie (moderne) abîmée. Renforcement partiel des entraits et des poinçons par des pièces métalliques. oeuvre restaurée ; repeint

 

 

      I. Les sablières.

 

  Les sablières, comme les gargouilles, sont souvent le lieu où se déploie le "Ça" de la conscience collective, la partie animale des humains, alors que le "Surmoi" se réserve le décor à hauteur d'homme (statues pieuses) et que le Sacré et la nature angélique de l'être possède le chœur. A plusieurs mètres de hauteur, près de la voûte couverte en chataîgnier, la rencontre d'animaux monstrueux, grimaçant et menaçant n'est pas rare, tout comme celle des acteurs d'un théâtre des vices. Aussi, l'observateur ne sait jamais si ce qu'il découvre apporte une documentation sur la société de l'époque, ou bien sur le monde onirique qui l'habite.

 

A. Les motifs non emblématiques : personnages.

Ils permettent une découverte des costumes du début du XVe siècle. C'était alors (1430) le règne du roi Charles VI (1388-1422) et Charles VII (1422-1461), du duc de Bretagne Jean V le Sage (1389-1442), sous l'épiscopat de l'évêque de Cornouailles Bertrand de Rosmadec (1416-1444) ; la Bretagne est sous domination de l'Angleterre, mais l'équipée de Jeanne d'Arc conduit au sacre de Charles VII à Reims en 1429.

 

 

1. Homme en chapeau breton et cheveux longs ?

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2. Femme à coiffe en hennin à cornes à barbette.

Caricature de la Coquetterie, ou simple portrait d'une paroissienne ? 

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3. Autre élégante en hennin à fourche,  à barbette.

 

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4. Homme à chaperon en bonnet, avalé par un monstre aux allures d'engoulant.    

      Le chaperon  était une forme de cagoule ou, plus tard, de chapeau  très polyvalent porté dans toutes les parties de l'Europe occidentale au Moyen-Age. Initialement utilitaire, il a vu la pointe du capuchon venir former une longue queue en partie décorative qui pendait à l'arrière, puis il s'est développé en un casque protéiforme, complexe et onéreux  après que, vers 1300, ce qui était à l'origine l'ouverture verticale pour le visage a commencé à être utilisé comme une ouverture horizontale de la tête. Il était particulièrement en vogue dans le milieu du 15e siècle en Bourgogne, avant de cesser peu à peu d'être la mode à la fin du 15e siècle et de revenir à son statut utilitaire. Il est le couvre-chef le plus couramment porté par les hommes dans la peinture primitive flamande , mais sa construction complexe est souvent mal comprise.

 

  Le chaperon, très à la mode en 1430 quand ces sablières furent sculptées, est une sorte de cercle rembourré en turban qu'accompagne une bande de tissu qu'on peut rabattre sur l'épaule ou laisser pendre librement et  que l'on peut cranter ou agrémenter de franges, et qui  portait le nom de patte ou de guleron. Une autre partie, dérivée de la pointe du capuchon prolongée en longue corne, se nomme cornette. Pendant les guerres civiles à la fin du règne de Charles VI, le chaperon devint un signe de ralliement par la position respective de la patte et de la cornette. La cornette était portée à droite par les Bourguignons, et à gauche par les Armagnacs. 

Dans la gueule de ce monstre à la dentition de caïman, notre homme a coiffé un modèle dont le guleron se dresse en sac obscène ou évoquant un bonnet phrygien.


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5. Homme à chaperon à cornette déployée.

 Ici la cornette, d'étoffe blanche, réunie au guleron qui pend à droite, se déploie en un plissé complexe au dessus de la tête. Cela semble si extravagant que l'on est tenté de penser qu'il s'agit, sur cette sablière, d'une singerie, mais l'iconographie des couvre-chefs flamands, bourguignons, ou bien bretons en fournit des exemples tout aussi inattendus. On ne lésinait pas sur la quantité de tissu et un chaperon florentin de 1515 est connu pour avoir utilisé plus de dix mètres de drap. Comme on le voit ici, les chaperons, ou du moins les cornettes, sont la plupart du temps de la même couleur, mais l'emploi de soie damassée pouvait signaler la richesse du propriétaire.

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L’homme au chaperon bleu, vers 1429, Jan van Eyck, (Bucarest, Muzeul National de Artà) : cette œuvre est parfaitement contemporaine des sablières.

 

 6. Autre homme à chaperon.

Les sablières de Quimperlé vont nous offrir toute une gamme de chaperons, montrant l'étonnante diversité de l'évolution de ce chapeau dérivé initialement de la capuche des paysans et des moines. Le bourrelet qui ceint la tête est ici enroulé dans une étoffe bleue à rayure or, alors que la cornette de tissu blanc tombe sur le coté droit du visage en un pli soigneusement étudié. 

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 7. Homme à chaperon.

Variante du modèle précédent où la cornette forme un pli du coté gauche du visage avant de laisser pendre un pan godronné, symétriquement du coté droit.

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8. Homme à chaperon.

Le bourrelet forme un turban d'étoffe aux rayures multicolores, alors que la cornette  tombe comme un plumet blanc et mou sur le coté gauche. 

 

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9. Homme à chaperon.

Souriant sans redouter le voisinage de l'engoulant, celui-ci a replié ensemble  sa longue cornette kaki et son guleron en circonvolutions savamment tressés pour former un turban oriental.

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 Van Eyck 1433 

 

10. Homme à chaperon.

      Encore une variante : autour de la visagière façonné en rondel beige-vert, la cornette est dressée comme un bonnet bifide. 

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Voir aussi : 

La Mise au tombeau de l'église de Rosporden (29) : barbette et chaperon.

L'évolution du chaperon vers l'épitoge des avocats : statue de saint Yves in :  L'église Saint-Nonna à Penmarc'h : bannières et statues.

 


B. Les motifs non emblématiques : animaux et feuillages.

 

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C. Les hermines emblématiques. 

        Une série d'hermines passantes, emblème des ducs de Bretagne, montrent le rôle de commanditaire et mécène tenu par Jean V, mais aussi les liens de Quimperlé avec les Monfort, auxquels la ville s'était montrée fidèle lors de la guerre de succession.

 Cette hermine, comme en héraldique*, est  "passante" , c'est à dire "semblant marcher", de profil, trois pattes au sol décalées dans le sens de la marche et la patte avant dextre levée, et dirigé vers dextre (vers la gauche du spectateur) ; elle est "contre-passante" sur les sablières nord, où elle se dirige vers senestre, puisqu'elle doit obligatoirement se diriger vers le chœur de l'église.

*En héraldique, on parle de l'hermine, qui est un "meuble" (la figure de l'animal sur le blason), et d'hermines, qui qualifie une "fourrure".

Elle est "au naturel", c'est à dire dans la couleur naturelle de son meuble, blanche (et souvent, mais non ici, avec l'extrémité de la queue noire). Dans un exemple, la joue est colorée d'une marque tannée (brun cuir).

Elle est parfois colletée (portant un collier), ce collier — marqué de points jaunes comme autant de pièces d'or— servant de point d'attache à une cape flottante sur son dos ; cette cape ou manteau, mantelet,  est souvent qualifiée d'écharpe. A la différence d'hermines passantes qui figurent dans les armoiries des villes d'Auray (Hozier), de Vannes (depuis 1696) ou de Saint-Malo (depuis 1591), cette cape n'est pas mouchetée d'hermines (une "fourrure" en terme héraldique, blanc à tâches noires) mais dorée avec des lignes rouge et bleu.

Ces hermines traversent les boucles de phylactères aux rayures jaunes : trois d'entre elles portent des inscriptions.

La première, coté nord, indique la date de 1430 (transcription partielle) : LAN MIL § CCCC XXX 

Les deux autres, l'une au nord et l'autre au sud, portent   :  A MA VIE, devise des ducs de Bretagne. 

 

 

 

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Les "à la façon" : chien et cochon.

Il est difficile de dire s'il s'agit d'une caricature humoristique faite par le sculpteur, ou si (comme à Guengat avec le lièvre blanc traduisant Gwen gat) ces animaux sont emblématiques d'autres familles. 

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II. Les poinçons et entraits : armoiries et figures.

 


A. Eléments non héraldiques.

 

Les visages encapuchonnés dans la "visagière" du chaperon et peints en or  évoquent les astres, lune et soleil.

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Acanthes et pommes de pin.    

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B. Armoiries.    

Attention, ce chapitre est écrit par un néophyte roturier avec les moyens du bord, mais toute remarque et correction  par un héraldiste chevronné sera la bienvenue. Mes épaules de nain donneront volontiers appui à une grande pointure pour que nous y voyons plus clair et que mes bévues soient corrigées.

B1. En poinçons.

 

1. Armoiries de Bretagne d'hermine plain.

des ducs de Bretagne

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2. D'hermines au lambel de gueules.

Armoiries de la famille de Bretagne, c'est à dire des héritiers des ducs de Bretagne à partir de Jean V. 

Peut-être Arthur de Bretagne (1393-1458), fils de Jean IV et de Jeanne de Navarre, comte de Richemont puis duc de Bretagne de 1457 à 1458, connétable de France

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3. Armoiries des Rohan-Guéméné ou de Rohan-Gié.

      Écartelé : en 1 et 4 : contre-écartelé : en 1 et 4 : de gueules aux chaînes d'or posées en orle, en croix et en sautoir, chargées en cœur d'une émeraude au naturel (qui est de Navarre) ; en 2 et 3 : d'azur semé de fleurs de lys d'or à la bande componée d'argent et de gueules (qui est d'Évreux) ; en 2 et 3 : de gueules à neuf macles d'or, posés 3, 3, 3 (qui est de Rohan) .  

Je suppose que, lors d'un restauration, les armes de Navarre dont les rais d'escarboucles d'or doivent ressortir sur un fond rouge, ont été peintes avec un fond bleu comme les fleurs de lys voisines par un peintre peu au courant des subtilités de l'héraldique.

 

 

 

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      Cela se rapproche des armoiries de Charles de Rohan dit « Charles Ier de Rohan-Guéméné » (1375-1438), seigneur de Guéméné et auteur de la branche du même nom, fils de Jean Ier de Rohan (1324-1396), vicomte de Rohan, seigneur de Guéméné, et de Jeanne d'Évreux dite « Jeanne de Navarre » (1339-1409). Il adopta les armes de sa mère, plus prestigieuses, et mit un parti de Rohan et de Bretagne en abîme. 

  C'est cet élément central (en abîme) qui fait ici défaut.

Blason fam fr Rohan-Guéménée.svg wikipedia.Armorial_de_la_famille_Rohan

 armes de Rohan-Guéméné : voir armoiries penmarch maitresse-vitre

 

 

 

 

4.  Le même parti avec des armes d'argent à l'aigle éployé de sable  à la bande de gueules.

Du Guesclin (1320-1380) : d’argent à l’aigle bicéphale éployée de sable becquée et membrée de gueules, à la cotice du même brochant sur le tout 

Catherine du Guesclin  († 1461) dame du verger, seigneur et dame de la Morlière, de Châtelain épousa en 1406 Charles Ier de Rohan-Guéméné († 1436), fils de Jean II de Rohan-Guéméné et de sa seconde femme Jeanne de Navarre.

 

 

 

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B2 Sur les  entraits.

 

1. Armoiries de Henry de Lespervez De sable à trois jumelles d'or.

Henry de Lespervez a été abbé de Sainte Croix de Quimperlé entre 1409 et 1434, et il fut inhumé dans le chœur de l'église Notre-Dame ; la dalle funéraire se trouve aujourd'hui dans la crypte de l'abbatiale Sainte-Croix. Il est désigné comme commanditaire, avec le duc de Bretagne, du chantier de (re)construction de l'église menant à son agrandissement décisif, affectant le couverture de la nef et surtout la construction de la partie orientale de l´édifice, débute en 1416 ou 1418 et qui se termina au milieu du 16e siècle

 

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2. d'argent aux six macles de gueules à la fasce d'hermines.

 

???

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3. Pallé d'argent et d'azur de six pièces

de Rosmadec :

 

Bertrand de Rosmadec : aumônier du Duc Jean IV et évêque de Quimper en 1416. Il mourut le 07.02.1445 .

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4. De gueules à trois bandes d'or

 De Boessière, seigneur de Pleyben en Cornouaille ????

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5. D'argent à trois fusées de gueules.

 

KERGOULOUARN (DE), sr dudit lieu, de Kerlavan et du Rosmeur, par. de Plouvorn, Réf. et montres de 1448 à 1503, dite par., év. de Léon. D'argent à trois fusées de gueules. La branche aînée fondue dans Simon, puis Le Rouge. Moderne : Alain de la Marre, puis Berthou et la Bourdonnaye-Montluc.

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6. D'azur à deux poissons d'argent ?

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7. d'azur au Greslier d'argent , accompagné de trois Molettes de même,

Jourdain, S" de Couedoc, de Kericu , Rr de Hennebond et Quimper , de Couëdo, Kermadenay, le Bodelan, Kerrain, la Villeneuve ( inMémoires sur l'état du clergé et de la noblesse de Bretagne, Volume 3  Par Toussaint (de Saint-Luc), et in Nobiliaire et armorial de Bretagne. Edition 2, Tome 2) 

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Je n'ai sans-doute pas photographié l'ensemble des entraits  : l'Inventaire signale y identifier "sans certitude" les armoiries de Jubin de Kervily et de Louhéac, soit, respectivement, De gueule à la fasce d' argent accompagnée de trois quintefeuilles du même, deux et un (Jubin de Kervily).    et de vair plain (Loudéac). Je ne les ai pas observé.

 

Sources et liens :

Inventaire général du patrimoine, article Ensemble de sablières photographies Xavier Scheinkmann.

 

 

Sur le chaperon :

— Article Wikipédia Chaperon (headgear) :  http://en.wikipedia.org/wiki/Chaperon_(headgear)

— Adrien Harmand  Jeanne d'Arc, son costume, son armure : essai de reconstitution  Paris, Editions Leroux, 1929   in : http://lerozier.free.fr/chaperon.htm#haut

— France pittoresque :http://www.france-pittoresque.com/spip.php?article1538

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Published by jean-yves cordier
28 mars 2014 5 28 /03 /mars /2014 22:11

Exposition des sculptures d'Anna Quinquaud à Brest. Maternité malgache.

 

 

 1932 : Troisième voyage d'Anna Quinquaud. : Somalie, Ethiopie, Madagascar.

 

 Cartel de l'exposition :

 

Maternité malgache ou Farizara et son Zakakely. Plâtre, 1933. Musée du Quai-Branly, Paris. Ce modèle en plâtre d'une maternité sera taillé dans un granit pour l'hôtel de ville de Tananarive, ce qui explique son format. Il est inspiré d'une scène observée et photographiée par Anna Quinquaud. Son titre originel est Farizara et son Zazakely*. La manufacture de Sèvres la choisira pour une édition un grès tendre haut de trente centimètres. Les Antaisaka sont un peuple côtier de Madagascar. Ils vivent principalement dans le sud-est de l'île.

Zakakely signifie "enfant" en malgache : j'en déduis que Farizara est le nom de la jeune maman.

 


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Published by jean-yves cordier
27 mars 2014 4 27 /03 /mars /2014 23:38

 

            Nénégalley du Futah-Djalon :

 L'exposition

 Anna Quinquaud, une sculptrice en Afrique

au Musée des Beaux-Arts de Brest (5 février-17 mai 2014).

Voir aussi :

Premier voyage : Enquête sur une femme Bellah : l'exposition Anna Quinquaud au Musée des Beaux-Arts de Brest.

Troisième voyage : Sur la piste du Papango : la danse de l'oiseau par Anna Quinquaud à Brest.

 

Deuxième voyage 1930-1931 : le Fouta-Djalon.

 

J'emprunte au dossier pédagogique de l'exposition cette présentation :

Voyages de la maturité. 1930-1931 : peuples foulah, coniagui et bassari.

Anna Quinquaud a besoin de quatre années pour préparer son retour en Afrique, d’autant que cette fois elle part sans bourse, sur ses propres deniers, pour huit mois chez les peuples des montagnes du Fouta-Djallon, en Guinée française. Elle y vit, dans le chef-lieu de Pita, au milieu des Peuls sédentarisés, les Foulahs, aux profils racés et aux silhouettes longilignes.

Une expédition la mène vers les Coniaguis et les Bassaris, tribus marquées par l’art de la chasse et de la guerre. Les sculptures exécutées trahissent une belle plénitude, que ce soient Aïssatou, femme de Mamadou Alpha, d’une beauté altière, Kadé, fillette de Tougué, un peu boudeuse, Nénégalley, fille de Tierno Moktar, chef de Pita, et une Fillette foulah dans toute la saveur de la jeune enfance, ou encore une Maternité Pita, à l’élégance taillée dans un beau bloc de bois exotique, ceinte d’un voile que l’on peut imaginer bleu-clair. Bijoux et coiffures sont très justement rendus. L’Archer coniagui au repos à Youkounkoun semble leur protecteur. L’artiste a gagné en pureté et en simplicité. Les critiques sont unanimes à louer la beauté des sculptures rapportées de ce deuxième voyage en particulier lors de l’Exposition coloniale internationale de 1931.

 

 

 I. Nénégalley, fillette du Fouta-Djalon.


                               expo-anna-quinquaud-brest 0568c

 

Cartel de l'exposition : 

Nénégalley, fille de Tierno-Moktar chef de Pita (Guinée).

Bronze à patine verte, 1930.

Musée des Années Trente, Boulogne-Billancourt Dépôt du Fond National d'Art Contemporain.

 

La séduction de ce bronze tient à la simplicité des traits du visage autant qu 'aux précisions accordées aux bijoux. L'attention d'Anna Quinquaud pour les parures avec lesquelles les femmes africaines ornaient leur corps était entretenue par son frère, administrateur colonial, qui les avait étudiées en détail dans un mémoire.

 

 Bronze H. 0,40 x L. 0,17 x P 0,17 m   

 

  Le frère d'Anna Quinquaud, Joseph Quinquaud (1885 – 1946) était administrateur en chef de la France d'outremer. Il est l'auteur du tome I de  L'expansion française en Afrique occidentale : les missions de Beeckmann au Fouta-Djallon, Société de l'histoire des colonies françaises, Paris, 1942 puis Larose, Paris.  Il est aussi l'auteur d'un long article  intitulé "La pacification du Fouta-Djallon"  Revue d'histoire des colonies 1938 Volume 26  n° 116  pp. 49-134. (Persee.fr). On voit donc combien il connaissait le Fouta-Djalon. Hélas, je n'ai pas trouvé le mémoire de Quinquaud sur les parures africaines que signale le Musée. A défaut, je prends note de ce qu'indique Wikipédia dans l'article "Peul" :

 

Les femmes portent le pagne, bleu indigo, et le boubou de couleur très foncée, parfois noire. Les Peuls sédentaires adoptent parfois le style des ethnies avec lesquelles ils cohabitent. Les femmes portent le pagne, et le boubou, et attachent sur leurs têtes un morceau de tissu qui est la version féminine du turban, moussor.

Les femmes peules pratiquent le tatouage des lèvres et des gencives à l'indigo, des paumes de la main et des pieds. Elles percent leurs oreilles et y insèrent des anneaux d'or, ou des boucles d'oreille d'or imposantes et torsadées. Elles mettent un petit anneau en or ou en argent aux narines. Les jeunes filles ont à leurs poignets et à leurs chevilles, plusieurs anneaux d'argent ou de cuivre symbolisant leur richesse.

Les Peuls sont un peuple à cheveux longs, lisses à ondulés permettant un type de coiffure particulier où les cheveux sont ramenés sur le sommet du crâne, formant une coiffure en "gourde" célèbre chez les Wodaabe et les Bororos. Les femmes bororos ramènent en chignon leurs cheveux à l'avant, le reste des cheveux est sectionné en plusieurs parties qu'elles tressent, et qui retombent sur les côtés de la figure et à l'arrière de la tête. Les métissages ont multiplié les styles de coiffures. Celles-ci sont nombreuses, en forme de losange, triangle, et plusieurs noms leur sont donnés. Malgré la diversité des coiffures chez les femmes peules, le plus souvent les hommes et les femmes sont coiffés de la même façon. Chez les femmes, l'art de la coiffure est très développé. Pour la coiffure elles se servent de pièces de monnaie, de cauris, de beurre de karité, de perles. Les femmes portent des Saris comme les femmes Touaregs au Sahel, des robes multicolores à volants, des pagnes et des blouses indigo clair au Burkina Faso. Chaque groupe possède ses propres couleurs à base d'indigo plus ou moins clair, ses propres liserés, le graphisme est souvent à base de frises, de triangles, de losanges colorés. Les femmes sédentaires réalisent des coiffures en cimier. Les Peuls rasent parfois leurs cheveux suivant la mode arabe de piété, les femmes portent deux ou trois nattes simples avec un voile fin à l'arrière de la tête, simple ou richement décoré. Le "cheveu" est très investi chez les Peuls, et si leur nature le permet, la femme préfère les porter aussi longs que possible. Cependant, la coiffure féminine sera toujours « nattée », richement décorée ou semi-couverte en public.

 


 

Mais connaissez-vous le Fouta-Djallon ? Moi, j'en ignore encore tout, et je dois partir à la découverte du pays de la charmante Nénégalley, de son papa qui est le chef de Pita, et des surprises qui m'y attendent.


 II. A la découverte du Fouta-Djalon grâce à Foutapedia.

 

Foutapedia est, comme son nom l'indique, une encyclopédie sur le Fouta-Djallon de Guinée. Le nom me plait, ce sera mon guide.

Le Fouta-Djallon (avec un seul l, ou bien deux) est encore appelé Moyenne Guinée et est principalement peuplé de Peul. Je trouve dans Foutapedia une carte, et, sur celle-ci, la ville de Pita  maps, celle de la petite Nénégalley.

 

On voit que le relief est montagneux. Pita est à 998 mètres d'altitude et compte aujourd'hui 15 000 habitants. En-effet, "Grand comme deux fois la Suisse à laquelle il est parfois comparé («la Suisse africaine»), le Fouta Djallon est un plateau divisé en plusieurs massifs coupés par des vallées profondes. Le point culminant du Fouta est le Mont Loura, dans la préfecture de Mali, avec 1.515 mètres d'altitude. Son relief et sa pluviosité font du Fouta le château d'eau de l'Afrique de l'Ouest. Bafing-Sénégal, Gambie, Konkouré, Tinkisso-Niger y prennent leur source."

  Cette pluviométrie élevée (1771 mm/an sur 110 jours) crée déjà, pour un brestois, une affinité de bon aloi (1100mm/an en 211 jours). Je poursuis.

 "Éleveurs de tradition, les Peuls se sont peu à peu sédentarisés et ont développé une activité agricole basée sur la culture du fonio. L'élevage reste, malgré tout, une activité importante avec un cheptel abondant mais peu mis en valeur, le troupeau étant avant tout un signe de richesse et de prestige. La culture du riz, du maïs et du mil s'est aussi progressivement développée mais dans une moindre mesure.

En dehors de l'agriculture et de l'élevage, l'artisanat et le commerce sont les deux domaines d'activités des populations locales. Les principaux artisans sont les tisserands, les teinturières, les cordonniers, les vanniers, les potiers et les forgerons." 

Mais qu'est-ce que le fonio ?  une céréale (graminée) de terrains pauvres, de couleur blanche cultivée pour ses graines, qui doivent être décortiquée au pilon et au mortier, travail laborieux revenant aux femmes. On la fait cuire comme du riz (11 minutes) pour préparer bouillies, couscous, boulettes, pain et beignets. La tige mesurant 80 cm, on récupère aussi de la paille, bien utile.

  De l'histoire, je retiens (pour resituer le contexte du voyage d'Anna Quinquaud) que la région est devenue colonie française en 1893 : "Elle fut intégrée, avec le Sénégal, le Soudan français (Mali) la Côte d'Ivoire, à l’Afrique Occidentale Française (AOF) en juin 1895, avec Saint Louis (puis Dakar) comme capitale. La France imposa un système d'administration coloniale identique à celui appliqué dans les autres territoires africains de son empire colonial. L'émiettement en multiples chefferies rivales facilita l'emprise française sur le pays. La Guinée française devint par la constitution française du 7 octobre 1946 un «territoire d'outre-mer»."

Auparavant, avant la colonisation, "Après la fondation de l’Etat confédéral théocratique du Fouta Djallon, l’Etat a été subdivisé en neuf provinces ou diwé (en pular, singulier diwal) à savoir Bhuria, Fodé Hadji, Fougoumba, Kébali, Koïn, Kolladhè, Labè, Timbi et Timbo. Chaque chef de diwal exerçait son pouvoir avec une certaine autonomie politique en relations avec le pouvoir central de Timbo, capitale du Fouta Djallon."  Pita appartenait au diwal de Timbi. 

 Pour comprendre qui était "Tierno-Moktar", papa de Nénégalley, Futapedia me dirige vers l'article de Gilbert Vieillard, Notes sur les coutumes des peuls au Fouta-Djallon, Larose, Paris, 1939. "L'ancien Fouta compte actuellement 50 chefs de canton Peuls, dans les 5 cercles issus de son démembrement ; ils sont désignés par le mot lando, ou par leur titre personnel, généralement Alfâdyo, parfois Tierno ou Mobiddo. leur personnalité est double, ils ont un aspect fonctionnaire français, un aspect princier indigène. Le chef de canton est responsable d'un territoire qui souvent ne peut être traversé qu'en une semaine de marche et qui est situé à une distance du chef-lieu encore plus grande : il doit, sur ce territoire, percevoir les impôts, fournir les hommes, assurer des transports de matériel et de message, surveiller des travaux, entretenir la sécurité des personnes et des biens, recevoir et aider tous les gens de l'administration et des service techniques...il a donc à son service un secrétaire, lettré en arabe et en peul, et des hommes désignés sous le nom de batula, "hommes de cour". 

 Toujours selon Gilbert Vieillard, dans le Fouta-Djallon musulman, on compte "2/3 de "nobles", ci-devant pasteurs, conducteur de peuple et amis du loisirs, et 1/3 de serfs, de race agricole, mais abrutis par la servitude." 

 Tierno-Moktar, "chef Moktar" doit être un de ces nobles lettrés. Wikipédia m'indique : Le Fouta-Djalon fut un centre de culture théologique peul. Les grands poètes-théologues sont Thierno Samba de Mombéya, Thierno Saadou de Dalein, Thierno Aliou Bhoubha Ndian et Thierno Diawo de Pellel, ouThierno Mawiatou de Maci et Ramatoulaye de Télico. Ils sont considérés comme d'illustres personnalités issues de la noblesse du Fouta et prêchant le bon exemple (le Peul savant et pieux, fervent dans la religion).

On cite un marabout qui porte ce nom de Thierno Moktar : "Tierno Moktar, de Dalen (Hoore Komba) né vers 1850, de la famille Seleyanke (Dialluɓe) fils de Chékou Saadou, Karamoko réputé et auteur d'ouvrages foula. Tierno Moktar est un marabout instruit et intelligent qui continue à Dalen l'enseignement de son père, et donne entre temps des consultations juridiques. Il est le conseiller attitré du chef de province, Modi Gandou, et se flatte d'avoir été appelé à plusieurs reprises par Alfa Yaya à régler des procès difficiles. Il est le cousin de Tierno Ibrahima Dalen. Il a de nombreux disciples dans la province même à Dalen, et à Tunturun."

      Aujourd'hui,  la préfecture de Pita dispose d’une superficie de 4.320 km2 pour une population de 239.236 habitants dont 92% en zones rurales, 85% engagés dans l’agriculture et 55,7% femmes. L'une des fiertés du patrimoine traditionnelle, outre les tissus peuls teints à l'indigo (le lépi), le bonnet peul ou Puutoo et les cases en tenté ou en motifs dits meltol bitti, est la coiffure féminine en cimier nommée Dioubadé.

      

   Signification de " Foulah".

On rencontre lors de la visite de l'exposition le terme "foulah" ( "filette foulah", "femme foulah"). Il s'avère qu'il s'agit simplement d'un synonyme de "peul", en usage au XIXe siècle chez les voyageurs occidentaux : les Foulahs ou fellans. L'article Peul de Wikipédia cite une longue liste de synonymes, débutants par F (Foules, Fulah, Foullah, Fellah, etc.) ou par P (les Peules ou Poules, Pholeys, Peuhl, Poullar, Pullo, etc.). On lit en 1840 : "Les Foulahs , de sang pur, ont la taille svelte et élevée, la figure ovale, le nez aquilin, la peau colorée mais non pas noire, les extrémités des membres fines et petites."  

 

 

Un sénateur français  en visite au Foutah-Djallon en 1931 :

 

   "Le pays montagneux qu'habitent les Foulahs est dans l'Afrique tropicale une exception singulière. C'est un amas de hautes roches, hautes de plus de 1.000 mètres, dont la structure et les contours annoncent une antiquité plusieurs fois millénaire.

Dressé sous le soleil des tropiques, ce château fort de montagnes allongées et arrondies contient des vallons d'une végétation magnifique et variée : feuilles pourpres du manguier, fleurs jaunes des acacias, cannas pourpres, fleurs vieil argent, fleurs lilas, champs de jasmins naturels. Les routes n'ont plus l'aridité nue de la brousse des côtes : baobabs, fromagers, tulipiers, bambous, arbustes aux odeurs violentes, tous ajoutent à la montagne une vie forestière qu'accroissent les cours d'eau se ruant en cascades aux plaines de la Basse-Guinée. Dans les vallées, a culture vivrière et les pâturages se développent en agglomérations agricoles dont la vie pastorale tient à la fois de celle du paysan et de celle du chasseur. Le long des rives des cours d'eau s'accumule une verdure de jungle, toute tressée de lianes illuminées, d'orchidées sauvages, d'où s'envolent par milliers des oiseaux verts, rouges, or : perroquets, tourterelles, ramiers., etc. Le soleil et la pluie, ces deux grandes forces des tropiques, sont si dominateurs qu'en une journée, après la tornade, le paysage change d'aspect, les feuilles poussent, vert pâle ou rose, tellement vite qu'elles suivent un rythme régulier en s'épanouissant et donnent une décoration toute stylisée. Qu'elles sensations neuves que de traverser ces paysages portée en hamac par de robustes noirs, par vals et par rocs, sur des « ponts de singes » faits de lianes entrelacées souvent à 10 mètres au-dessus des torrents jaillissants ! Volupté forte et âpre de ces immensités en deçà desquelles on devine d'autres immensités aussi solitaires, aussi primitives !

 

Les agglomérations, très rares, sont traversées de sentiers étroits bordés de pieux ou de haies d'arbustes avec quelques grands arbres de-ci de-là ; dans les enclos, les orangers multiplient leurs pommes jaunes, leurs parfums pénétrants autour des maisons coniques de chaumes tressés d'où s'élève la mosquée primitive de l'Islam, le Missidi."

 in L'Illustration27 juin 1931 par Henry Bérenger, sénateur de la Guadeloupe, président de la Société coloniale des artistes français.

 

 

 III. Maternité, Pita. 


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   "Dans ce paysage vit la race foulah, race antique de sang mêlé, d'allure austère et plutôt triste remontant à des origines seigneuriales de grands ancêtres nomades venues d'Egypte et d'Éthiopie. Les femmes, longues et minces, ont une élégance qui les distingue très nettement du reste des négresses africaines. Un pagne blanc et bleu roulé à la hauteur des hanches, elles ont la tête le plus souvent encadrée d'un voile bleu clair : l'harmonie de ce bleu avec leur chair ambrée que cerclent des colliers d'ambre est une joie pour les yeux. Leurs coiffures sont savantes : cimiers aigus de métal posés sur des nattes tressées comme de la dentelle et encadrées de pièces de bois, de piécettes d'argent d'un effet original et vraiment esthétique. Le grain de leur peau est très fin, leurs grands yeux sont noirs et un peu bridés, le cou haut et gracile, la bouche petite et large, les attaches élégantes et rehaussées de henné, la démarche lente et hanchée, presque féline en son apparente langueur. Les hommes sont grands, minces, d'une singulière agilité, avec des figures allongées et méditatives qui respirent souvent la dureté et la duplicité un peu dédaigneuse des aristocraties musulmanes." 

  in L'Illustration27 juin 1931 par Henry Bérenger, sénateur de la Guadeloupe, président de la Société coloniale des artistes français.

                     expo-anna-quinquaud-brest 0669c

 

 

III. Femme de Fouta-Djalon.

      Cette sculpture, d'abord réalisé en terre cuite sur place en 1930, a été très célèbre pour avoir fait la couverture de L'Illustration du 27 juin 1931. Puis elle a été reproduit en grès par  la  La Hubandière (HB) qui a  sorti de ses ateliers en 1931 une dizaine de modèles en noir, rehaussés quelquefois d’or et de platine, puis en 1957, dix nouveaux exemplaires édités cette fois uniquement en faïence et noir.  Les établissements Jules Henriot, ont fait appel également à l’artiste. Puis en 2012, les faïenceries Henriot à Quimper procèdent à une nouvelle édition.

 

                             expo-anna-quinquaud-brest 0678c

 

 

 

 

IV. Fillette Foulah.

 

La quasi nudité contraste avec la présence d'un bracelet et d'un collier, et surtout avec la complexité du tressage des cheveux.

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V. Kadé, fillette de Tougué, 1931.

   Tougué est une préfecture  du Foutah-Djalon située à une centaine de kilomètres au nord-est de Pita est également peuplée en majorité de peuls, mais aussi de Djallonkés et de Diakankés. Malgré une richesse minière importante (bauxite), elle vit d'élevage, de la culture de fonio, de riz, de pomme de terre, d'oignons et d'arachide. C’est une zone privilégiée pour la production de fruits (mangue, agrumes, papaye, avocats, banane, goyave) et plusieurs d'autres productions potagères. Lire l'article de Foutapédia qui lui est consacrée.

 

  J'admire la retenue avec laquelle Anna Quinquaud evite toute recherche d'exotisme spectaculaire ( s'abstenant de représenter la fameuse coiffe en cimier) pour rendre l'intériorité  grave et fière de son modèle. En reprenant chacune des statues que j'ai photographiées, je constate que les yeux, s'ils ne sont pas réellement fermés, sont occultés, ne mettant pas en évidence le regard : de ce fait, puisque le contact oculaire ne s'établit pas, nous restons à distance, contemplant avec respect un recueillement dont on ne sait s'il traduit la souffrance (la jeune esclave Bellah), la lassitude résignée de peuples colonisés, le repli sur soi d'un être confronté aux intrusions des "blancs", une tristesse native, la difficulté d'être femme, ou (et c'est mon sentiment) la profondeur qu'atteint la vie intérieure lorsqu'un muet dialogue s'établi entre un modèle et un artiste, la contemplation attentive de l'un suscitant l'écoute réflexive de l'autre. 

 

La coiffure est faite de trois parties : en avant, les trois nattes tressées sur un crâne presque rasé ;  en arrière, un casque de mèches serrèes ; devant l'oreille, cet élément rectangulaire divisé par deux rainures et dont je ne sais s'il s'agit d'un décor en bois, ou bien à un tressage de cheveux comme sur cette photographie. On trouvait le même emploi dans la Maternité de Pita.


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      On trouve aussi cet élément pré-auriculaire de coiffure dans le Portrait de jeune femme de profil en bleu :

 

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VI. Archer coniagui.

"La colonisation s'était heurtée à une très forte résistance, en particulier chez les Peuls du Fouta-Djalon, les Coniaguis et les Guerzés."     

 Le cartel de l'exposition indique :

Archer coniagui au repos à Youkounkoun (Guinée).

 Bronze, patine brune, vers 1930. Musée d'Art et d'Archéologie, Guéret. Autant dans ses sculptures masculines que dans ses représentations féminines, Anna Quinquaud s'attache, comme ici, à une sobriété distinguée, faite de réserve et d'émotion retenue, ce qui montre sa distance à l'égard du naturalisme. Ici, pas de réalisme scrupuleux ou anecdotique, mais une expression générale, des volumes simplifiés, une attitude suggestive plus que décrite.


      Youkounkoun est une sous-préfecture du Nord de la république de Guinée, à quelques kilomètres de la frontière sénégalaise. Chef-lieu de préfecture au temps de la colonisation française, la « ville » perdit ce statut dans les années 1980 au profit de Koundara. Youkounkoun est la bourgade principale du pays Coniagui. 

Les cases sont aussi resserrées les unes par rapport aux autres, ce qui change des villages traditionnels Peuls et les soubassements des maisons sont en pierre et non en terre. Les Coniaguis et les Bassaris sont deux groupes ethniques cousin, d’origine Djallonké qui ont résisté à la vague de migration Peule, en se retranchant dans les zones arides. Ce sont des agriculteurs, des chasseurs, des cueilleurs au physique petit et trapu. Coiffés de leurs immenses chapeaux de plumes, ils perpétuent encore leurs cérémonies de rites initiatiques,  qui ont traditionnellement lieu en Avril et Mai. Ils conservent encore leurs coutumes et leurs habillement : les Hommes portent les étuis péniens, et les Femmes des petits caches sexe en perle ce qui témoigne de leur éloignement de l’ère moderne (Texte trouvé en ligne, daté du 19 juillet 2013).

 

Dans le numéro du 27 juin 1931 de L'Illustration, le sénateur radical-socialiste Henry Bérenger écrivait :

 

  "Au nord-ouest de cette contrée, au confins du massif du Fouta-Djallon, Mlle Quinquaud a séjourné dans les curieuses tribus des Coniaguis et des Bassaris, où elle a pris quelques-unes de ses sculptures les plus expressives. Races noires, encore fétichistes, où survivent les traditions de la guerre et de la chasse."

  "Les jeunes archers de quinze à vingt ans ont la souplesse musclée des félins, nus, portant seulement autour des reins la frange de cuir terminée par des pattes de scorpion, l'arc sur l'épaule, se reposant sur une seule jambe à la façon des échassiers. Après la circoncision, ces jeunes gens restent en brousse de deux à trois ans pour « l'initiation ». Cela consiste à lancer la flèche, à manier la lance, à supporter toutes fatigues, à endurer toutes souffrances, à mépriser la femme, à oublier tout ce qui a été la vie d'enfant pour devenir un être nouveau. Un geste symbolise cette transformation : au retour,, ils ne doivent pas reconnaître leur mère, même ils la battent pour bien montrer qu'ils l'ignorent. Alors elle, la mère, enivre son enfant avec du dolo et ils se reconnaissent sous l'emprise de l'alcool. Après cette initiation seulement, le jeune homme a droit à la femme. Ces jeunes guerriers sont de véritables génies de la montagne, frères des fauves, et qui conservent en eux l'hérédité de la cruelle Afrique noire et rouge d'autrefois." Henry Bérenger, sénateur de la Guadeloupe, président de la Société coloniale des artistes français.

 

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QUINQUAND Anna Archer Coniagui Au Repos À Youkounkoun (guinée)

 

      Il m'est difficile de ne pas évoquer l'Athena pensive du Musée de l'Acropole (460-450 av. J.C.), ce qui me prouve  combien Anna Quinquaud possède cette capacité de dépasser son regard de touriste coloniale pour dégager, dans un classicisme paradoxal, des types humains d'une grande profondeur. 


Archer au repos à Youkounkoun.


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  Poursuivant les évocations que l'œuvre précédente a fait naître, je pense, devant celle-ci, au topos du Chevalier pensif, dont la figure principale est Lancelot dans le Chevalier à la charrette, mais dont l'exemple qui me fascine le plus est celui de Perceval contemplant trois taches de sang laissées dans la neige par une oie sauvage. On peut aussi penser à Pinabel dans le chapitre II du Roland furieux de l'Arioste, découvert par la jeune Bradamante. Dans tous les cas, nous avons affaire à un "amant esbahi" que la découverte d'un signal donné plonge dans une stupeur méditative et peut-être mélancolique. Le jeune Marcel de la Recherche se rapproche de cet état face aux arbres d'Hudimesnil, ou lorsqu'il s'exclame "Zut, zut, zut zut" en brandissant son parapluie refermé après avoir vu "sur l'eau et à la face du mur un pâle sourire répondre au sourire du ciel". Il est un âge où le spectacle de la nature sauvage et des forces sexuelles qui l'animent plongent le héros dans l' abîme du mystère de Monde, et cette plongée précède en général ses exploits. Lorsque nous voyons l'Archer pensif de Quinquaud faire à son tour cette expérience de la mystique de la Nature, nous présumons que bientôt sa chasse sera fructueuse.

 


 VI. Laptot du Niger.

Je fais un écart pour placer ici une sculpture qui date du premier voyage, au Niger. Elle viendra en contrepoint de la précédente.

 

 

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Cartel de l'exposition : 

Laptot du Niger.

Bronze, 1925.

GAM fondeur.

Collection particulière.

Précédée d'un dessin, cette représentation d'un rameur à bord d'une barque à fond plat sur le fleuve Niger a été abordée en 1925 par un plâtre, une terre-cuite et ce bronze dont on connaît trois épreuves. La volonté d'Anna Quinquaud de traduire l'effort du marin qui doit peser sur la perche pour propulser sa barque est exprimée par le parallélisme entre la perche et le corps, qui fait contraste avec les lignes inclinées qui parsèment l'espace de la sculpture. La tension des muscles n'affecte en rien l'élancement du corps, conformément au désir de la sculptrice d'exprimer l'élégance physique de ses sujets.

« A son retour, Anna Quinquaud fit une fort belle exposition à la Galerie d'art contemporain boulevard Raspail. Une des pièces dominantes était ces laptots, ces nautoniers à la pagaie qui peuvent pendant tout un jour remonter le Niger en chantant la même chanson à six notes, accompagnée de six coups de rame » R. Rey, L'art et les artistes, novembre 1935.

 


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Source et liens.

— Dossier pédagogique de l'exposition de Brest :http://www.musee-brest.com/les-services/publics/expositions-temporaires/

— REY (Robert) "De la renaissance de l'exotisme : Anna Quinqaud" L'Art et les Artistes 1935/10 p. 57-65. Gallica  

—  Olivier de Sanderval, (Aimé) (1840-1919)  Conquête du Foutah-Djalon : ouvrage illustré de 200 gravures (photographies de l'auteur) carte gravée par Hansen. A. Challamel (Paris) :1899

On y voit la photographie d'une femme à coiffure en cimier

— PATENOTRE Dr H. — "La coiffure chez les Peulhs du Fouta-Djallon", Paris, in : Outre-mer, n" 4, Paris, t.III 1930  p. 406-419. (non consulté)

— Photographie de coiffure du Foutah 

— Couverture de la revue L'Illustration 27 juin 1931 n° 4608, et article de Henry Bérenger : voir le dossier pédagogique de l'exposition de Brest, page 20.

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Published by jean-yves cordier
27 mars 2014 4 27 /03 /mars /2014 22:02

 Enquête sur une femme Bellah, esclave et porteuse d'eau :

                      L'exposition

 Anna Quinquaud, une sculptrice en Afrique

au Musée des Beaux-Arts de Brest (5 février-17 mai 2014).

   En 1980, au terme de l'exposition Regards sur l'Afrique au Musée de Brest, Anna Quinquaud faisait donation d'une partie de son atelier (sculptures, dessins, photographies et documents)  au musée des Beaux-Arts de Brest. Certaines de ces œuvres ont été prêtées pour être exposées à Gray, Mont-de-Marsan, Roubaix, La Rochelle, Quimper, et Gueret dont l'hôpital a été baptisé du nom de l'artiste. La ville de Brest a baptisé Rue Anna Quiinquaud une artère du quartier de l'Europe.

                      expo-anna-quinquaud-brest 4182c

Anna Quinquaud est la fille du docteur et académicien Charles-Eugène Quinquaud et de Thérèse Caillaux, sculpteur, élève de Rodin et de Boucher. En 1924 elle obtient un deuxième grand prix de Rome en sculpture, mais aussi le prix de l'Afrique Occidentale Française. A la villa Médicis et à l'École de Rome, elle préfère  l’aventure lointaine et solitaire en Afrique. Elle s’immerge dans la découverte du continent africain qui s’avérera être pour elle une puissante source d’inspiration. Son œuvre est un hymne à la beauté de l’Afrique et à ses traditions ancestrales.

 Elle effectuera trois voyages :

1925-1926 Premier voyage en Afrique : Sénégal (Dakar), Soudan français [actuel Mali] (Djenné, Tombouctou), Niger et Mauritanie.

1930-1931 Deuxième voyage en Afrique. Choix de la Guinée française : Foutah-Djallon. Peuples Foulahs, Coniaguis et Bassaris  

1932 : Troisième voyage : Somalie, Ethiopie, Madagascar.

                                 

 

 

I. Femme Bellah, esclave et porteuse d'eau.

Lors du premier voyage, elle observe près de Tombouctou une jeune esclave et elle en réalise un plâtre : c'est celui qui illustre l'affiche de l'exposition : 

                                       

                      expo-anna-quinquaud-brest 0560c


Cette œuvre est accompagnée du cartel suivant :

 

Femme bellah, captive de Touareg

(Tombouctou, Mali)

Plâtre, Musée des beaux-arts, Brest Métropole océane.

 

La femme captive dite Femme bellah est un plâtre qui introduit des lignes obliques et verticales, suggestives d'un abandon résigné et calme. Observée sans aucun doute, cette scène représente une de ces captives que les chefs de tribus foulah s'arrogeaient à la manière de l'esclavage comme l'atteste les fers qu'elle porte au pieds*.

 

      * Je m'interroge sur la validité de cette interprétation : les esclaves africaines sont enchaînées par d'autres fers  qui sont la tradition, les relations de pouvoir, la dépendance économique, l'absence de possibilité de survivre en cas de fuite, les réseaux d'allégeance, la complexité des relations de servage mélant intimité familiale, concubinage, servitudes domestiques,  mais je n'ai pas trouvé confirmation qu'elles portent des fers aux pieds. Certes, René Caillé écrivait dans  son Voyage à Tombouctou  au sujet des Mandingues "dès qu'on soupçonne dans un esclave le projet de déserter, on lui met les fers aux pieds", mais je conserve un doute : peut-être s'agit-il sur cette sculpture seulement de bracelets de cheville.

 

Cette femme est torse nu, vêtue d'un pagne. Elle porte un bracelet — de cuivre ou d'argent— de bras à gauche et d'avant-bras à droite. La chaîne ou le bracelet qu'elle porte à la cheville passe facilement inaperçue. Les yeux clos, elle somnole, le bras gauche soutenu par une vasque ronde dont nous voyons le fond. 

J'ignore, lors de ma visite, la nature de l'objet rond sur lequel elle s'appuie et je néglige de m'en préoccuper ; peut-être une meule, peut-être l'équivalent du boulet de nos forçats ? 

Cette sculpture peut être rapprochée d'un détail d'un bas relief sculpté par A. Quinquaud pour la résidence Lucien Paye (pavillon de la France d'outre-mer) dans la Cité Internationale Universitaire de Paris (1951) : c'est ainsi que je comprends qu'il s'agit de la jarre d'une porteuse d'eau :


                        

  •  

     159-quinquaud-anna.jpg

 Poteries des femmes Songhay, Gorom-Gorom, Burkina Faso.

 

 

 

   Ayant négligé cet élément, c'était la coiffure qui avait attiré mon attention. En 1996, Madeleine Joret décrivait, dans les enclos des Bellah, dans des cases de bancos ou de vannerie couvertes de paille,  une femme en train de tresser en une multitude de nattes fines la toison crépue d'une jeune maman : "scène paisible d'une séance de coiffure qui dure plusieurs heures, se fait en famille, demande patience et habileté, se renouvelle tous les deux à quatre semaines.". Les cheveux sont parfois lustrés au beurre de karité.

  Rentré chez moi, ayant identifié la jarre, ce ne fut encore qu'après une longue observation que je constatais l'essentiel : la taille énorme et disproportionnée du récipient, qui, une fois rempli, doit être beaucoup trop lourd pour cette (très) jeune femme ; peut-être s'épuise-t-elle à puiser à longueur de journée l'eau afin de faire boire les dromadaires ? 

 Par ce détail, cette sculpture d'une femme Bellah rejoint la série des Porteuses d'eau d'Anna Quinquaud, observées tant au Soudan que lors de son second voyage.

Il suffira de cette sculpture pour nous faire ressentir l'empathie du regard de l'artiste observant combien cette jarre pleine est excessivement pesante :

Porteuse d'eau songoï (Tombouctou, Mali), Bronze. Collection Pierre et Dohti Dumonteil.

  1. Comme l'empire Mandingue l'empire Songoï (Songhaï, Songhay) a été puissant jusqu'au XVIe siècle autour de Gao, sa capitale, et Tombouctou, sa capitale culturelle. Il s'est opposé aux Peuls et aux Touaregs. Depuis, le peuple sanghaï constitue un groupe ethnique important du Mali et du Niger, pratiquant l'agriculture et l'élevage, ou la pêche sur le Niger. Quoiqu'il existe des classes privilégiées (noblesse, classe maraboutique), on trouve aussi des classes serviles, les tyindikata et les gabibi. Les Songhaï ayant été souvent rassiés par les Touaregs, beaucoup de Bellah sont d'origine songhaï.

2. La collection Pierre et Dohti Dumonteil a été constitué par les propriétaires de la célèbre galerie Dumonteil (Paris, New-York, Shangaï) spécialisée en bronzes animaliers ; Dohti Dumonteil, ambassadrice de l'art et de la haute-couture d'origine vietnamienne, ancienne égérie d'Yves Saint-Laurent, s'est éteinte en 2013.

Le visage exprime la souffrance, la poitrine plate témoigne de l'âge, le pagne autour des reins et l'absence de tout bijou disent le dénuement. Le pied cambré pour soulever le genou gauche fait physiquement ressentir la lourdeur du fardeau. Les tresses des cheveux sont la seule concession, si ce n'est à la coquetterie, du moins à la préoccupation de soi. 

                            expo-anna-quinquaud-brest 0585v

 


II. Autres femmes porteuses d'eau du Soudan par Anna Quinquaud :

 

1. Femme songoï. (Tombouctou, Mali). Bronze, 1926.

Cachet Grandhomme-Andro* fondeur. Collection particulière.

*Paris (1924-1929).

Le récipient à col étroit semble moins lourd, mais le visage de la jeune fille la montre à peine sortie de l'enfance. Elle porte des bracelets épais et plats (cuivre ?) au poignet et aux chevilles, et sur sa longue tunique, un pectoral en dessous d'un collier de billes ; La tête, aux cheveux réunis en chignon, est ceinte d'un cerceau de métal à trois masses rondes.

La pénibilité du travail n'apparaît pas ici, au profit d'une certaine fraîcheur juvénile, ou de la conviction de ses charmes, et de la supériorité relative de sa condition. On sentirait presque ce "Cœur à l'ouvrage" qu"évoque le sociologue Jean-Paul Kaufmann dans son analyse des tâches domestiques, où la répétitivité et les charmes de "l'habitude" atténue la rudesse du travail. 


                      expo-anna-quinquaud-brest 0589c

Les collections de Sèvres — Cité internationale de la céramique—  possèdent sous le titre Négresse à l'amphore ou femme porteuse d'eau songoï une version en plâtre peint et patiné de 1925, H. 49 cm,

 

 

 

2. Laveuse du Niger, (Soudan) Bronze. Collection Pierre et Dohti Dumonteil :

Pagne, collier de grosses perles, bracelet rond, bracelet de cheville, coiffure rassemblée à l'apex en chignon torsadé sur un crâne rasé. Charme de la petite main aux doigts écartés, image de la confiance et de l'abandon d'un enfant dans son sommeil.

                      expo-anna-quinquaud-brest-0581c.jpg

Le Musée de Brest possède un plâtre patiné qui porte le même titre :

Laveuse du Niger (Soudan).

Plâtre patiné. Musée des beaux-arts, Brest métropole océane.. Cette figure féminine associant deux attributs de la femme en Afrique, l'enfant et l'eau est l'une des premières d'une longue série de maternités qui passionnent Anna Quinquaud.

 

III. La femme et l'eau, deuxième et troisième voyages d'Anna Quinquaud.


  1.     Femme à la fontaine.

Bronze à patine brun-clair ; Cachet « Susse fondeurs ». Collection Pierre et Dohti Dumonteil.

La fonderie Susse-Fondeur, créée en 1758, est toujours en activité à Paris.

    expo-anna-quinquaud-brest 0596c

 

      2. Sur les route du Sud.

Bronze à patine brune, 1934, Musée d'Art et d'Archéologie, Guéret.

                        expo-anna-quinquaud-brest 0630c

 

3. Jeunes antandroy (Madagascar).

Les Antandroy – « ceux qui vivent dans les épines » – sont un peuple de Madagascar présent dans l’extrême sud de l'île, dans une région aride couverte de ronces.  

                      expo-anna-quinquaud-brest 0633c

 


Les Bellah, "anciens" esclaves des Touaregs.

Wikipédia m'apprend que

"Les Bellas (Bella ou bela en songhaï, Bouzou en haoussa, Ikelan en tamasheq) sont un groupe ethnique ou une caste issu du statut servile dans la société touareg. Affranchis depuis l'époque coloniale, les Bellas sont parfois encore victimes d'esclavage au Mali et au Niger, sans qu'il existe de statistiques à ce sujet."

J'apprends aussi que les Touaregs ont souvent razzié les Songhaïs, peuple métissé de la vallée du fleuve Niger, et la plupart des esclaves touaregs, les bellah, sont d'origine Songhaï.

Lors du voyage d'Anna Quinquaud, Tombouctou appartenait, comme colonie, au Soudan français, mais l'esclavage préexistait à la colonisation. En 1892, le Commandant Réjou écrivait (Huit mois à Tombouctou) ceci :

 BELLAHS. - La condition du bellah vis-à-vis du Touareg rappelle celle du captif de case chez les noirs du Soudan. Le bellah est un métis touareg et indigène. Il cultive pour l'Echaggaren auquel il est attaché, surveille ses troupeaux, exerce les différents métiers nécessaires au bien-être de son seigneur, l'accompagne à la guerre, et combat à son côté.  CAPTIFS. - La condition du captif chez les Touaregs est la même que partout ailleurs au Soudan. Le captif doit son travail à son maître; mais le maître est tenu à remplir certaines obligations vis-à-vis de son captif . La Case de l'oncle Tom et quelques romans ont faussé nos idées en France sur l'esclavage, tout au moins sur ce qu'il est au Soudan. La liberté vaudrait certainement mieux pour le captif, cela n'est point douteux ; mais il n'est pas malheureux. La loi musulmane le protège, et c'est un capital que le maître conserve avec soin.Le maître doit au captif le logement, la nourriture, les vêtements, et est contraint de lui accorder à certains jours de la semaine le droit de travailler pour lui. Le Coran défend les mauvais traitements; et, s'il est avéré qu'un maître a maltraité son captif, le conseil des anciens qui fonctionne dans chaque village le lui retire. Le captif peut toujours se racheter.

Plus tard, en 1955, Henri Lhote écrivait dans Les Touaregs du Hoggar, Paris, Payot à propos des iklans (Les Touaregs utilisent pour désigner leurs esclaves le terme d' iklan,ou  aklids.) que "Le Touaregs ont rendu une semi-liberté à un certain nombre d'entre eux. Ce sont les Iklan-n-Egef, ou captifs de dune. Au Soudan, on les désigne souvent sous le nom de Bellah ou de Bouzous."

Aujourd'hui, la persistance de l'esclavage chez les Touaregs reste un sujet très discuté mais aussi très actuel. Un article paru dans l'Express le 17 mai 2013 sous le titre Mali, La révolte des esclaves  sous la plume de  Boris Thiolay signalait ceci :

 

Dans un pays accablé de tant de maux, la tradition séculaire de l'esclavage, officiellement interdit, reste un fléau. Avec courage, une association lutte pour rendre la liberté à au moins 300 000 personnes et traîner leurs "maîtres" en justice. Un combat sans relâche.  [...] Au Mali, l'esclavage est un tabou absolu, un abcès qui ronge la société. A l'exception de quelques ethnies du Sud, il se pratique encore dans quasiment toutes les communautés. Les chiffres sont effarants. "Il y a au moins 300 000 esclaves à part entière dans le pays, assure Naffet Keïta, anthropologue à l'université de Bamako et directeur de l'ouvrage L'Esclavage au Mali (L'Harmattan, 2012). Mais, en incluant les descendants et les affranchis, méprisés en raison de leurs origines, la question concerne plus de 850 000 personnes, soit près de 7 % de la population (14,5 millions d'habitants)." Au terme de plusieurs mois d'enquête de terrain, Naffet Keita est parvenu à esquisser une géographie régionale de l'ampleur du problème : de 30 à 35 % de la population autour de Tombouctou (nord du pays), 30 % à Mopti (centre), 20 % à Gao (nord-est), de 12 % à 15 % à Kayes (ouest).

Ce phénomène, ancré depuis des siècles, est qualifié d'"esclavage par ascendance" : "La condition servile se transmet par la mère, poursuit l'anthropologue. Tout enfant né d'une femme esclave le sera à son tour, quel que soit le statut de son père." Ainsi, de génération en génération, ces enfants deviennent les serviteurs des descendants du maître. Ils sont leur propriété, à l'instar d'un animal ou d'un objet. Certes, ils sont assimilés culturellement - les Bellahs parlent tamacheq, la langue touareg ; les Harratines sont arabophones ; les Dyons connaissent le bambara... - et vivent auprès de leurs maîtres, mais ils n'ont aucun droit. "L'esclave ne possède rien, n'hérite de rien, reprend Intamat ag Ikadewan, le "sauveur" de Bellahs. Il ne peut pas se marier librement et ses enfants peuvent lui être pris à tout moment." Il y a aussi les brimades, les humiliations, les mauvais traitements. Sans compter les coups, parfois mortels, le droit de cuissage et les viols.  Face à cette réalité insoutenable, Intamat, le "Spartacus" touareg, a sonné, en lien avec Temedt, l'heure de la révolte des esclaves. Une fronde encore balbutiante, mais qui commence à rallier des partisans. Créée en 2006 par des militants et des notables originaires du Nord malien, l'association est à la pointe du combat, revendiquant aujourd'hui 38 000 membres. Dans ses antennes ouvertes à Gao, Kidal, Mopti, Ségou ou Sikasso, des correspondants locaux mènent des campagnes de sensibilisation auprès des esclaves, mais également des chefs traditionnels de différentes ethnies. Une tâche ardue. "Nous avons mis deux ans avant de simplement faire admettre aux autorités publiques l'existence du problème", explique Ibrahim ag Idbaltanat, le président, qui reçoit au siège de l'association, à Magnambougou, un quartier populaire de Bamako. "Nous devons aussi être prudents pour ne pas éveiller la suspicion des maîtres. Car le plus compliqué reste d'approcher les personnes réduites en esclavage."

En dépit de ces craintes, entre octobre 2011 et mars 2012, 22 personnes ont accepté de porter plainte auprès des tribunaux de Tombouctou, de Gao et de Menaka. Une première dans l'histoire du Mali. Leur demande, jugée recevable par la justice, a été soutenue par Temedt et des avocats locaux. Chaque dossier dont L'Express a eu connaissance révèle une vie bafouée, une litanie de souffrances venues d'un autre âge...  

Dans un document très complet édité en 2007 par Abdoulaye Macko et  la Coopération Allemande sous le titre "Etude de la communauté Bellah de Gourmah Rharous" ( région au sud-est de Tombouctou, l'auteur donne les éléments suivants :

  "On peut dire sans exagération que les Kel Tamacheq représentent près de 80% de la population dont 55% sont des Bellahs ou Kel Tamacheq noirs.

-Présentation des Bellahs

 L’histoire des Bellahs est l’une des plus méconnues du fait de l’absence d’écrits spécifiques. Dans les ouvrages consacrés aux Tamacheq et aux Touareg les Bellahs sont toujours dépeints comme des esclaves des Touareg. Bien que fondée sur des faits établis, cette affirmation n’est pas toujours vérifiée. Par le passé, en milieu Tamacheq, l’esclave ou « Akli » est la propriété de son maître. Ce dernier a le droit de vie ou de mort sur lui. Il est taillable et corvéable à merci. Il peut être vendu à volonté par son maître. Il a le droit de posséder des biens. Une fois mort, les biens de l’esclave reviennent non pas à sa descendance mais à son maître. L’esclave s’occupe des travaux domestiques, du gardiennage des troupeaux. L’esclave femme peut aussi allaiter les enfants de son maître, ce qui crée des liens de fraternité entre les enfants de la femme et ceux du maître. La femme esclave est souvent une concubine.  

Les Bellahs sont aujourd’hui organisés en fractions ou villages issus de l’éclatement des tribus.

Les différentes tribus sont :

- Les tribus des Touareg guerriers 

- Les tribus des Touareg vassaux 

- Les tribus du clergé musulman ou tribus marabouliques 

A ces tribus Kel Tamacheq on peut ajouter les deux groupes Kounta d’origine maure .

Les critères de répartition sociologique de la communauté Bellah sont très variés. Aussi pour la compréhension du texte nous avons choisi de repartir les Bellahs en 3 groupes : les Bellahs libres, les Bellahs affranchis et les Bellahs esclaves.

1-Les Bellahs libres. [...]

 

2-Les Bellahs Affranchis : Le statut d’affranchis s’acquiert de plusieurs manières :

- religieuse : certains marabouts Touareg affranchissent des esclaves pour se conformer aux règles et préceptes de l’islam,

- politique : les chefs des tribus ou de fractions affranchissent des esclaves et leur confèrent ainsi un rang supérieur à leurs frères. Ces affranchis seront chargés de la gestion des biens et intérêts de leurs chefs (contrôle des troupeaux et des champs, récupération des impôts). Fidèles et redoutables à la tâche, ces hommes de paille sont craints par les esclaves et les métayers.

3-Les Bellahs esclaves :

    Chaque fraction Touareg possède ses esclaves. Certains Bellahs libres ont eux-mêmes des esclaves. L’esclavage par ascendance fait que même émancipé l’ancien esclave continue à porter le nom de la fraction de son maître. Ainsi le statut d’esclave se perpétue de génération en génération bien que cela ne correspond à aucune réalité aujourd’hui. Aussi nous pouvons répartir les esclaves en deux groupes : les anciens esclaves et les esclaves.

3-1-Les anciens esclaves

Les Diambouratanes usités surtout à Menaka pour désigner les habitants Bellahs des quartiers de liberté créés par les colons français qu’on trouve dans tous les chefs lieu de cercle du Nord du Mali. A Rharous il existe un quartier nommé « diambourou » : il s’agit d’esclaves des Imghads (vassaux) qui ont été affranchis par les Français. Ce sont les premiers habitants de la ville.

Les Bellahs esclaves qui se sont émancipés d’eux-mêmes sont nombreux.

On a :

- des Bellahs qui ont créé des hameaux de culture ou qui ont profité de hameaux de culture créés pour eux par leurs maîtres pour s’émanciper. Le hameau de culture ou « Dabaye » est transformé par la suite en village dirigé par un Bellah. C’est le cas de plusieurs villages dont Dabaye Foumba et Koro Bellah dans la commune de Bambara Maoudé, de Djérel dans la commune de Fifo et de la ville de Gossi ;

- des esclaves qui se sont affranchis après la maîtrise du coran.

Il existe plusieurs fractions Bellahs créées par d’anciens esclaves. Plusieurs familles Bellahs ont abandonné la fraction de leur maître pour s’installer dans des villes et des villages, ce qui explique la croissance rapide des villes commeGossi, Bambara Maoudé, Rharous.

 

3-2-Les Bellahs esclaves

Dans la plupart des campements Imochagh (guerriers), des Inesleman (clergé musulman) et des Imghad (vassaux) nous avons aujourd’hui encore des Bellahs esclaves. Dans les campements, on reconnaît leur présence par leurs petites huttes situées à la périphérie. Ces esclaves généralement démunis dépendent entièrement de leurs maîtres. Ils s’occupent des travaux domestiques et des animaux. Lors du mariage de la fille du maître, celle-ci est accompagnée de jeunes esclaves filles et garçons qui se mettent à son service. Le ou la jeune esclave peut être affecté selon les besoins au fils ou à un parent du maître. Ces esclaves qu’ils soient esclaves de tente (Eklane-n-han) ou esclaves de dune (Eklane-n-edjef) font partie intégrante de la famille du maître. Ce sont des biens qui sont transmis par héritage. Leur sort est le plus préoccupant. Au moment où le cercle de l’esclavage se rétrécit, les maîtres veillent sur ceux qui leur restent fidèles. Il existe dans le Gourma de nombreux esclaves qui vivent indépendamment du maître mais qui restent toujours soumis à sa volonté. Ils demeurent à la fois esclaves et tributaires."

 

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Sources et liens :

http://www.brest.fr/uploads/tx_pmpresse/CP_Quinquaud.pdf   

http://www.quimper.co/docs/itinerairesafricains.pdf

http://www.loisiramag.fr/actualite/expositions/395/anna-quinquaud-itineraires-africains-dans-les-annees-30

Mont-de-Marsan :file:///C:/Users/jean-yves/Downloads/Dossier%20presse%20expo%20Anna%20Quinquaud.pdf

La Rochelle : http://www.alienor.org/musees/var/storage/original/application/4bf9be30a0d3c2515f55dcbbc5ed5ca9.pdf

 

Roger Botte, "Les habits neufs de l'esclavage", Cahiers d'études africaines, 2005 pp.651-666.

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Published by jean-yves cordier
24 mars 2014 1 24 /03 /mars /2014 23:24

A la recherche du Papango : La danse de l'oiseau, sculpture de Anna Quinquaud exposée à Brest.

 

Lors de ma visite de l'exposition Anna Quinquaud (1890-1984) au Musée des Beaux-Arts de Brest, j'ai admiré l'une des pièces maîtresses, intitulée Danse La Papanga (Oiseau). L'œuvre étant abritée par une vitrine, je n'ai obtenu qu'une photographie médiocre, mais qui témoigne bien de la curiosité que suscite le sujet, une danse exécutée en équilibre sur une étroite colonne à peine évasée en son sommet, comme des stylites anachorètes.

 

                    expo-anna-quinquaud-brest 0660c

 

Elle était accompagnée d'un titulus remarquable indiquant ceci : 

Danse « la Papanga » (oiseau) Plâtre, 1933. Musée des Beaux-Arts, Brest métropole océane.

 

   "«La « Papanga » ou « danse de l'oiseau » qui expose le corps à une gymnique d'exception, est un exercice complexe de sculpture au cours duquel l'artiste témoigne expressément de son admiration pour une danse scrupuleusement observée à Madagascar. Expression identitaire de l'Île Rouge, cette chorégraphie est traitée en sculpture avec la suggestion d'une action en train de se faire. Ainsi, par un léger débordement du pied droit, par la position allongée des bras et leur savante asymétrie, par le subtil décollement des pieds qui prélude au mouvement du danseur, pas la légère inclinaison avant du buste, elle rejoint la pensée de Gaston Bachelard pour qui le corps de l'oiseau « est fait de l'air qui l'entoure, sa vie est faite du mouvement qui l'emporte. En Afrique, l'oiseau offre aux populations une dimension symbolique associée à la vie, à la fécondité ainsi qu'à l'envol des âmes.." (© Musée B-A Brest)

                           expo-anna-quinquaud-brest 0656c

On voit que les responsables de l'exposition s'étaient très justement consacrés à décrire l'œuvre et la technique plutôt que le sujet représenté.  Il me restait donc à mener mon enquête sur cette curieuse danse, que Anna Quinquaud avait observé lors de son voyage à Madagascar en 1932. La documentation fournie par le Musée me permit ainsi d'apprendre que :

"Cette sculpture en plâtre de la sculptrice Anna Quinquaud  est un défi à la statuaire. Aux volumes stables, l’artiste préfère l’expression ample et la mobilité précaire d’un danseur, dont le corps, tout en légèreté et équilibre, incarne la grâce d’un mouvement arrêté. Anna Quinquaud témoigne ici de son admiration pour une danse qui figure parmi les expressions rituelles et identitaires de Madagascar. Elle découvre l’île en 1932, à l’occasion de son troisième et dernier voyage sur le continent africain. Observée au sein de l’ethnie Antaisaka, la danse de la Papanga, ou Danse aux oiseaux, représente une forme culturelle propre à ce peuple dont les traditions ont essaimées dans toute l’île."

 

Mon atlas m'apprend vite que les Antaisaka – « ceux qui viennent des Sakalava » – sont un peuple côtier de Madagascar. Ils vivent principalement dans le sud-est de l’île dans la province de Fianarantsoa. Il me reste à découvrir d'où vient ce nom de "papanga", et, comme dans un jeu de piste, au lieu de trouver tout de suite la réponse, le fil d'Ariane me fut fourni par une expression malgache. Sur l'île, si vous restez immobile au lieu de progresser, vous pouvez entendre un passant pressé vous lancer : " Eh, tu va rester encore longtemps à faire le papanga ?".

Car c'est au masculin que le terme est utilisé. "faire le papanga", c'est faire comme cet  oiseau de proie qui peut rester longtemps les ailes déployées sans presque bouger, bien connu à Madagascar et à la Réunion, la Papangue (au féminin cette fois-ci !).

 

I. La Papangue, rapace.

On le trouve dans les traités d'ornithologie sous les noms de Circus maillardi maillardi Verreaux, 1862,  le Busard de Maillard, quoique ce nom corresponde plutôt à son cousin endémique de la Réunion, et qu'à Madagascar et aux Comorres, il faille plutôt parler de Circus macrosceles Newton, 1863. On le trouve décrit par Milne-Edwards avec des lithographies de John Gerrard Keulemans.  C'est un rapace de grande taille, à l'œil et aux pattes jaunes, au bec noir et crochu, le mâle est bigarré brun-noir et gris clair teinté de touches blanches, la femelle brun clair avec des ailes grises. Le mâle est plutôt brun/noir.

Il se nourrit de petits mammifères, de petits oiseaux, d'amphibiens et de reptiles. Il était jadis la terreur des basses-cours.

"Histoire naturelle des oiseaux Vol. XII", in  Histoire physique, naturelle et politique de Madagascar 1876 publiée par Alfred Grandidier ; par MM. Alph. Milne Edwards et Alf. Grandidier, atlas 1, pl. 77 page 90  et planche XXVII.

                                    Description de cette image, également commentée ci-après

 

Source image :http://www.classicnatureprints.com/pr.Keulemans%20Birds/mad.circus.maillarde.html

 

                circus.maillarde.

 

Busard de Maillard (Circus maillardi) mâle, 1867 lithographie de Louis Antoine Roussin http://commons.wikimedia.org/wiki/File:Circus_maillardi_male_lithograph.jpg

 

                         File:Circus maillardi male lithograph.jpg

 

 

II. La danse  papangue, Papango .

      Curieusement, je n'ai pas trouvé de description de "la danse Papanga" chez les Antaisaka. Il existe à Madagascar de nombreuses danses traditionnelles, accompagnées par le tambour langoro ou amponga, le violon (lokanga), la flûte (sandina), l'arc musical (jejolava), la cithare Marovany, la mandoline triangulaire, et l'accordéon introduit après l'époque coloniale.  Chaque ethnie a sa danse propre, comme  la danse du fusil chez les Sakalava, la danse des Antandroy , celle des Merina avec leurs les danseurs Mpilalao, et la danse du pilon, danse commune aux ethnies côtières Bestimisaraka et Antakara qui marque les premières récoltes de riz de l'année. On trouve aussi les noms de danse comme  la danse d'introduction Afindrafindrao, Bahoejy,  le Malesa, l'Alalaosy,le  Kinetsanetsa, Antsa, Beko, Tosy, Djihe, et, propre aux Antaisaka, le chant polyphonique féminin Sakalava.

  Dans toutes les danses de différentes régions de Madagascar, pétries de symboles, aucun geste n’est gratuit. Les femmes harcèlent les hommes de leurs chants. Les pas saccadés font se déhancher les corps, coudes relevés. Les mâles piqués au vif répondent individuellement, rivalisant d’adresse pour attirer l’attention. Les pieds martèlent le sol. Les malgaches ont hérité de l’Afrique la danse avec les pieds, de l’Indonésie la danse avec les mains. Le ton se fait parfois grave, lorsque les chants sakalava appellent à la fin des mauvais jours, sur des mélodies teintées d’une pointe arabisée. Au Sud, au pays des épines, l’environnement hostile incite, sans doute plus qu’ailleurs, au dialogue avec les esprits. Le rythme des percussions s’accélère, se fait plus africain. Les instruments de musique témoignent du dénuement : la langoro, petit tambour à baguettes, la mandoline rectangulaire, de facture évidement artisanale… La force de la nature, oppressante, est omniprésente dans la chorégraphie.. Les chants se transforment souvent en incantations, pour que la pluie tombe, pour que l’amitié perdure entre les hommes… Les danses rappellent aussi les rituels guerriers, à grand renfort de lances et de démonstrations de la force masculine, faisant appel aux génies bienfaisants qui s’invitent dans le corps. Les danseurs et le public communient dans les rituels ancestraux, particulièrement vivaces chez les Antandroy. La transe du « bilo » en est le moment le plus fort : la cérémonie d’exorcisme arrive alors à son terme, la guérison par l’extraction du mal. Le Phoenix Magazine, 2013

...mais pas de "danse Papanga". Je ne découvre le sujet de la sculpture d'Anna Quinquaud que sous deux noms, la danse Papango, et la danse de l'épervier.

1. Les danses de l'épervier.

Les danses malgaches les plus appréciées sont celles qui imitent la gestuelle animale : épervier, crocodile, zébu surtout.  Les pas de danse évoquent parfois la façon caractéristique de la marche dans la sable. Le danseur déploie ses grands bras et semble guetter sa proie, en contrebas. Il n’agite que ses mains, comme des ailes dont le battement minuscule suffit à vaincre le pesanteur, dans ce ciel éternellement bleu. L'une des danses folkloriques les plus connues en Imerina est Mandihiza, Rahitsikitsika (Danse, Sieur-l'épervier) qui se rapporte au rituel des prémices du riz.

Les archives de la Bnf conservent sur Gallica un enregistrement ethnographique sur disque de 1931 présenté ainsi : 

 Rahitsika : chant et danse de l'épervier / Vanamana, chant / choeur, accompagnement d'accordéon, de hochet tubulaire, de kaiamba et de battements de mains; Madagascar : Face A : Rahitsika [Enregistrement sonore] : chant et danse de l'épervier / Vanamana, chant / choeur, accompagnement d'accordéon, de hochet tubulaire, de kaiamba et de battements de main.

 Doc. Exposition coloniale 1931.

 

2. La danse des Papangues des Betsimsarak.

Le Dr Lacaze a laissé une description précise de la Danse des Papangues en 1881 chez les Betsimsarak (qui occupent la côte est de Madagascar, et non la côte ouest comme les Antaisaka):  .

      Après la danse des Hovas ou de l'aristocratie, vint la danse des Betsimsarak ; les femmes seules y prirent part. En face de nous, dans le fond, huit belles Malgaches se placèrent en face les unes des autres et dansèrent la danse des papangues. La papangue est un oiseau de proie très-redouté des basses-cours; c'est une espèce d'épervier qui plane  La pagangue est un oiseau de proie très redouté des basses-cours : il plane sur tous les villages malgaches pour chercher à saisir saisir volailles, canards, oies, tout ce qu'il peut. La papangue a un vol majestueux, les ailes tantôt agitées, , tantôt étendues horizontalement et immobiles. Cette danse rappelle le vol de cet oiseau, et les femmes betsimsarak l'imitent avec les mouvements de leurs bras et de leurs mains ; cette espèce de pantomime est très gracieuse et mes regards se reposaient avec plaisir sur ce groupe d'une originalité franche et ne visant pas à copier une civilisation encore éloignée. Elle était accompagnée par le chant des femmes assises autour, chant monotone dont le rythme est appuyé et marqué par des battements de mains comme les danses populaires de l'Espagne.

 Dr Honoré Lacaze, 1868-1869.

"Souvenirs de Madagascar", Revue maritime et Coloniale vol. 68 page 627 1881.

 

Mais cette danse est réalisée à plusieurs danseuses, et Lacaze (père du futur amiral) ne signale pas que celles-ci se hissent au sommet d'une colonne.

 

3. La danse  de l'oiseau Papango chez les Bara.

 C'est chez les Bara, peuple semi-nomade des plateaux du sud de Madagascar occupant une grande prairie  reculée et pratiquement désertique,  ponctuée de palmiers Satrana, que l'on trouve la description de la danse la plus proche de celle représentée par  Anna Quinquaud.

Cette danse de l'épervier (on sait que "épervier" sert de dénomination vernaculaire pour tout rapace), ou danse de l'oiseau, danse du Papango, leur est propre, quoiqu'on la retrouverait chez les Zoulous ou les Bantous d'Afrique du Sud, et honorerait en le mimant leur ancêtre mythique, symbole de force. Elle est décrite ainsi par différentes sources trouvées en ligne :

"le danseur feint d'être fasciné par un pilier d'environ un mètre de haut. Il avance, recule, tourne autour. D'un coup, il saute au sommet et imite l'oiseau de proie, entrecoupant ses arrêts de piétinements." 

"La danse est ici mimétique des mouvements de ses ailes et s'apparente ici au rituel avant le sacrifice de la bête".

 "Les Bara et les Sahafatra, par exemple, miment le « papango » du haut d' »une stèle de 25 cm de diamètre et font montre d'une virtuosité peu commune en sautant sur ce perchoir et exécutant de façon très expressive les mouvements de l'oiseau et son vol plané au dessus des maisons à la recherche de nourriture. Les grands et forts Bara sont une ethnie composée de pasteurs nomades qui parcourent les grands espaces à la tête d’immenses troupeaux de zébus, symbole de richesse et fierté de tout un peuple. Le vol de bétail, encore d’actualité, est une tradition ancestrale. Acte glorieux et courageux, plein de séduction, par lequel, le Dahalo (voleur de bétail) prouve sa bravoure et ainsi reçoit les faveurs des belles demoiselles Bara.

Dès leur plus jeune âge, les Bara sont initiés au rodéo ainsi qu’à la lutte à mains nues appelée Ringa. Ces manifestations sont l’occasion de réunir la population nomade Bara.

Autrefois le ringa, sport spectaculaire, constituait un entraînement physique au combat.

Ces fêtes sont accompagnées de musique et de la curieuse danse du Papango, au cours de laquelle un homme juché sur un poteau de bois mime l’envol d’un oiseau de proie."

Deux documents photographiques sont disponibles en ligne :

1. Une Carte postale A1388   "n° 23 danseur Baras, danse du Papango" 1960 en vente chez Delcampe : un danseur qui a sauté sur un premier support (tronc) évasé de moins d'un mètre de haut puis sur un second support (deux mètres environ), se renverse en pont en arrière en prenant appui sur un troisième pieu un peu plus élevé. Photographie Fianarantsoa BP 1329 Madagascar. On distingue de son costume un short blanc entouré de collier, un tee-shirt sombre, cuisses et bras nus, un bracelet , et sa coiffure dont les longues mèches tressées portent des bijoux. 

 danseur-papango-Delcampe-1960.png

 

 

2. la photographie suivante ici :

                             

 

Pour finir, il existe à Madagascar, dans le bassin de l'ltomampy, pres de Befotaka, un mont Papanga, haut de 2200 m.

      La carte postale du danseur Bara peut être rapprochée d'une autre sculpture exposée à Brest, pour laquelle le musée conserve dans ses archives la photographie prise en 1934 à Madagascar et ayant servi de modèle : 

 

 expo-anna-quinquaud-brest 4059c

 

expo-anna-quinquaud-brest 4174c

 

 

Après ce périple ethnographique, je reviens à l'Oiseau d'Anne Quinquaud : le travail artistique est alors évident, avec ce dépassement de l'aspect anectodique ou touristique (— à l'époque : colonial) du sujet pour rendre cette intériorisation du danseur aux charmes androgynes, aspiré par la métamorphose, possédé par l'esprit animal, et par la sacralité de sa fonction.

 

 

 

expo-anna-quinquaud-brest-4061c.jpg

 

 

                             expo-anna-quinquaud-brest-4068c.jpg

 

 

                            expo-anna-quinquaud-brest-4070c.jpg

.

 

On comparera cette sculpture avec l'Hombre Pájaro [Homme-oiseau]  de Josué Manuel Belmonte-Cortez , qui appartient à sa série Anatomia del Alma.

Voir aussi, du même artiste et sur le même thème : Hombre pájaro III au Musée Européen d'Art Moderne MEAM de Barcelone : http://www.meam.es/obra/1002/hombre-p%C3%A1jaro.html

image :http://notascordobesas.blogspot.fr/2014/12/60-anos-de-arte-contemporaneo-en.html

 

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  • "Il faudrait voir sur chaque objet que tout détail est aventure" ( Guillevic, Terrraqué).  "Les vraies richesses, plus elles sont  grandes, plus on a de joie à les donner." (Giono ) "Délaisse les grandes routes, prends les sentiers !" (Pythagore)
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