Overblog Tous les blogs Top blogs Tourisme, Lieux et Événements Tous les blogs Tourisme, Lieux et Événements
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
24 mars 2024 7 24 /03 /mars /2024 20:26

Les vitraux de la nef de la cathédrale de Troyes : les baies 128 (1499 et XIXe) et 228 (1449) des saints et saintes,  par les  peintre-verriers Balthazar Godon et Jean Verrat ; don de Jean Huyard chanoine de la cathédrale, et Guillaume Huyard avocat du roi à Troyes  ; armoiries .

 

.

Voir sur les verrières hautes de la nef  de la cathédrale de Troyes :

 

 

 

.

Voir aussi sur mes 327 articles sur les vitraux de France :

 

.

PRÉSENTATION GÉNÉRALE.

.

Avec 1 500 m² de verrières, allant du XIIIe au XIXe siècle, la cathédrale de Troyes est   l’un des plus vitrées de France.  Elle possède un triforium totalement vitré, (situé à mi-hauteur et qui fait le tour du bâtiment), ce qui est assez exceptionnel. Les vitraux de la cathédrale de Troyes sont considérés comme une œuvre majeure de la peinture sur verre en France. 

 

Les 20 verrières hautes de la nef forment un ensemble homogène. Elles ont été réalisées entre 1498 et 1505 par plusieurs peintres-verriers  dont le nom de certains sont connus (Pierre Maçon, Jean Verrat, Balthasar Godon, Lievin Varin et le cartonnier Nicolas Cordonnier). Parmi les 66 « verriers » recensés dans les archives entre 1470 et 1560, 37 peuvent être considérés comme des peintres verriers. Regroupés autour de la collégiale Saint- Urbain, ils travaillaient au sein de structures familiales et fondaient des dynasties, comme les Verrat ou les Macadré. Leur atelier était une petite structure dirigée par un peintre verrier qui n’employait qu’un ou deux serviteurs, selon ses moyens, comme on le voit à Paris et en Provence (D. Minois).

Selon le rédacteur de la notice de l'Inventaire, rédigée en 1999, "Leur iconographie répond à la seule volonté des multiples donateurs. Leur véritable lien provient plus de la technique que du style : les peintres-verriers ont mis l'accent sur la lisibilité des compositions (larges registres de scènes, mise en valeur des faits et gestes des personnages par la réduction du rôle de l'architecture et des arrières-plans, modelé très appuyé, absence de chef-d'oeuvre et de gravure sauf dans la baie 233). Certains aspects rappellent les vitraux du milieu du 13e siècle des parties hautes du choeur : la gamme colorée très vive avec barbes et cheveux en pleine couleur, la mise en plomb des yeux de certains personnages, les fonds de mosaïque. Si la Renaissance italienne ne s'y fait pas encore sentir, Jean Lafond reconnaît une influence venue de l'est dans la verrière de saint Pierre (notamment l'atelier strasbourgeois de Pierre d'Andlau). Pour Emile Mâle, la présence dans ces verrières d'une forte veine d'inspiration populaire évoque l'imagerie d'Epinal."

Au contraire, Danielle Minois (2003 ; 2005) souligne la cohérence de ces ensembles qui illustrent en un discours argumenté et savant l’histoire du salut. "Seul un clergé cultivé a pu élaborer ces programmes ; il l’a donc imposé aux donateurs qui l’ont financé. Parce que « le choix des sujets des verrières posées dans les églises est un reflet de la vie intellectuelle et religieuse », elle signale en outre les réactions des commanditaires face à la Réforme à travers les thèmes choisis, surtout après 1550 : l’histoire de Daniel ou de Tobie, la légende de l’hostie profanée. Elle montre comment les mêmes thèmes peuvent changer de sens face à un climat de remise en cause de l’Église romaine." (L. Rivale)

Ces 20 verrières hautes de la nef se répartissent entre les baies du triforium (galerie à trois arcades entre chaque travée), qui portent les numéros 127 à 136, et, au dessus de celles-ci, les baies hautes homologues portant les numéros 227 à 236. Selon la numérotation internationale des vitraux, les baies nord portent un numéro impair et les baies sud un numéro pair.

Du côté nord du transept, l'auteur du carton des baies 213 et 215 réalisées par Jean Verrat et Balthazar Godon au début du XVIe siècle est connu, il s'agit de Nicolas Cordonnier, dit le Maître de la Légende de Santa Casa.

 

 

 

.

Nous avons donc ainsi :

a) du côté nord, depuis le transept vers le fond de la nef :

-baies 127 et 227 : Saints ; vie de saint Pierre.  réalisée en 1502, don d'Henri II de Lorraine Vaudémont, évêque de Metz ;

-baies 129 et 229 : Histoire de Tobie. 1500 ; don de Jean Fuestot l'Aîné (marchand et bourgeois de Troyes dans l'Aube) et de Denise Chappelain sa femme. Monogramme [du peintre verrier en tête de lancette de la baie 129].

-131 et 231 : Adoration des mages, et Histoire de Job. Don de Jeanne de Mesgrigny veuve de Jean Molé. 1501. Inscription et armoiries. Monogramme d'un verrier au tympan.

-133 et 233 : légende de saint Sébastien ; réalisée en 1501 par Lievin Varin, don de la confrérie de saint Sébastien .

- 135 et 235 : Légende de la Vraie Croix ; réalisées entre 1501 et 1502 par Jean Verrat, don de Claude Dorigny, veuve de Jean Péricart. Armoiries . Baie 135 très restaurée au XIXe.

b) du côté sud :

-baies 128 et 228 : Calvaire ; saints et saintes. 1499 ; peintre-verrier Balthazar Godon ; don de Jean Huyard chanoine de la cathédrale, et Guillaume Huyard avocat du roi à Troyes  ; armoiries .

-baies 130 et 230 : Arbre de Jessé. Verrières réalisées par Lievin Varin entre 1498 et 1499, don de Jean de Marisy et Guillemette Phélipe sa femme. En baie 230, toute la famille de Jean de Marisy et de Guillemette Phélipe (ses frères, ses 9 filles et belles-filles) est représentée au bas de cette verrière. Armoiries.

-baies 132 et 232 :  Annonciation et Nativité. Parabole du Fils Prodigue. Don de Guillaume Molé et Simone Boucherat , 1499.  Réalisée en 1499 peut-être par Pierre I maçon (inscription ne notant que son prénom). Armoiries identifiées, devise "en attendant", monogrammes [du verrier]

-baies 134 et 234 : Vie de Joseph fils de Jacob ; réalisée en 1499, don d'Agnès Bonjean, veuve de Jehan Thévenin (écuyer et notaire royal à Troyes) son mari . Armoiries identifiées et monogrammes en baie 134. Inscription mentionnant le commanditaire et la date en baie 234.

-baies 136 et 236 : Histoire de Suzanne et du prophète Daniel ; réalisées en 1499 , don de Jean Coiffart, marchand de Troyes et de Marguerite, sa femme (inscription) ; les vitraux du 15e siècle du triforium (baie 136) ont disparu et sont remplacés par des vitraux du 20e siècle sur le thème de l'histoire de Daniel.

.

.

Datation en 1499 et donateurs: par inscription.

Le bord inférieur des quatre lancettes médianes de la baie 228 porte l'inscription :

.

MAÎTRE JEHAN HUARD CHANOINE DE CESTE EGLISE ET Me GUILL[AUM]E HUYARD ADVOCAT DU ROY A TROYES  ET GRA|N]T MAIRE DE CESTE DICTE EGLISE ONT FAIT METTRE CESTE VERRIERE LAN MIL IIIIcc IIIIxx. ET XVIII [1498]

Les donateurs seront présentés avec les panneaux où ils figurent.

La date de réalisation des verrières est postérieure d'un an à leur donation, d'où la date estimée de 1499.

.

Attribution à Jean Verrat et Balthazar Godon : par document d'archive.

 

Dans les comptes de la fabrique 1498-1499 on trouve cette mention: "Payé à Jean Verrat et Balthazard verriers auxquels a esté deu pour la fin de la Verrière Monseigneur l'Advocad."

Jean Verrat et Balthazar Godon ont souvent travaillé ensemble entre 1497 et 1515, pour ces baies 128 et 228, pour les baies 213 des Saints du diocèse et 215 des Prophètes,apôtres et évangélistes  (1506) de la cathédrale,  pour la verrière de la Passion de l'église Saint-Syre de Montceaux-les- Vaudes (vers 1525-1530), ou avec Lyevin Varin pour la rose sud de la cathédrale de Sens (1502), L'invention des reliques de Saint-Etienne (1502), la Translation des reliques de Saint-Etienne (1502)  l'Arbre de Jessé (1503-1504).

Sur la baie 213, Jean Verrat a indiqué son nom, lacunaire : "l'an . mil . cinq [...]/ ble . homme Jehan [...]/ verrier . prie . Dieu"

Jean Verrat est seul mentionné pour les baies 135 et 235 de l'Exaltation de la Croix (1502).

Il est intervenu en 1512 en la cathédrale de Troyes pour "relever deux des panneaux de la verrière de Monseigneur de Metz" ou baies 127-227.

.

Sujet et relation avec le théâtre religieux en Champagne.

Le sujet est la représentation  de neuf saints et saintes vénérés dans le diocèse de Troyes (notamment saint Loup saint Nizier, sainte Hélène et sainte Mathie), rassemblés autour de la Vierge à l'Enfant.

Ce sujet met en évidence la présence  des reliques des saints locaux évangélisateurs du diocèse.  "Il est fréquent de sortir ces reliques lorsque la Cité est touchée par un fléau, afin d’invoquer la protection du saint, tout en récitant la litanie des saints protecteurs du diocèse et de la Cité. Établir le lien entre les reliques et les thèmes hagiographiques des verrières c’est nous permettre de valoriser le trésor de la cathédrale d’une part, l’ecclesia-matrix surtout, comme haut lieu de pèlerinage, et d’autre part de mettre en avant le chef spirituel du diocèse : l’évêque et ceux qui en sont délégués, les chanoines et les prêtres." 

https://abel-lamauviniere.webnode.fr/les-confrerie-sreligieuses-a-troyes/

Ce sujet n'est pas issu du théâtre médiéval, mais il est capital, pour la relation, que j'ai développée tout au long de la description des verrières de la nef, de ces peintures avec le Mistère du Vieil Testament à personnages, de remarquer que le donateur  Guillaume Huard a organisé en 1489 une représentation theâtrale de la Passion à Troyes :

5 novembre 1489.— « Ce jour, messieurs ont permis à messieurs maistres Guillaume Huyard et Symon Liboron, advocas en la court séculière, requérans qu'il pleust à messieurs leur bailler congyé, permission et licence, de jouer le Mystère de la Passion ou cloistre, y faire escharfault ; laquelle requestre messieurs ont consenti et ont permis mesdits sieurs que ceux qui vouldront jouer y puisse jouer, pourveu que trois ou quatre des plus souffisans se obligeront de rendre et restituer tous les intérestz et dommaiges tant ou cloistre que en l'esglise. » (Ibidem, 6G, 8, reg; f°37.) (Le théâtre à Troyes aux quinzième et seizième siècles / par Octave Beuve, 1913, p. 19).

https://gw.geneanet.org/royerc2?n=huyart&oc=&p=guillaume

 

Simon Liboron fut maire de Troyes en 1497.

 

 

.

Description.

Ces deux verrières occupent la cinquième travée de la nef, côté sud. 

 

La baie 228, avec six lancettes réunies deux à deux sous deux mouchettes, et un tympan à treize ajours et écoinçons, mesure 10 m de haut et  6 m. de large.

La baie 128, en dessous, au triforium, avec ses six lancettes réunies deux à deux sous un tympan à deux mouchettes et un soufflet, mesure 3, 50 m de haut et 6 m. de large.

.

 

 

Les baies 128 et 228 de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

Les baies 128 et 228 de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

Les baies 128 et 228 de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

Les baies 128 et 228 de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

.

.

LA BAIE 128.

.

 

Cette verrière réalisée en 1499 a été très restaurée au 19e siècle ; Anne-François Arnaud décrit à cet emplacement en 1837 les vitraux de la baie 130, Charles Fichot y décrit les fragments d'une Transfiguration et enfin, en 1905, Morel Payen y décrit les vitraux actuels.

Dans la baie 135, également profondément restaurée à la même époque, les tympans conservaient des armoiries et devises d'origine. Il ne semble pas que ce soit le cas ici.

Le Christ et saint Jean datent de la fin du XIXe siècle. Les 2 lancettes de gauche et les 2 lancettes de droite comportent encore quelques pièces de la fin du 15e siècle.

"Dans le triforium, on voit des fragments encore assez considérables d'un vitrail de la Transfiguration. Jésus-Christ, vêtu de blanc, le visage resplendissant comme le soleil, les mains étendues; autour de lui une banderole, où on déchiffre ces paroles du Sauveur à ses apôtres Surgite nolite timere, Levez-vous et ne craignez pas. A sa droite est Moïse, à sa gauche Élie. Les apôtres Pierre, Jacques et Jean contemplent avec admiration; quelques fragments d'inscription rappellent les paroles de saint Pierre: Domine, faciamus hic tria tabernacula, tibi unum, etc., Seigneur, faisons ici trois tentes, une pour vous, une pour Moïse, une pour Élie. (Charles Fichot)

.

La baie 128 de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

La baie 128 de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

.

.

n°1 : deux pharisiens assistant à la Crucifixion. n° 2 : deux saintes femmes.

.

Tympan : losanges rouges centrés sur un fleuron blanc ; croisillons bleus.

.

La baie 128 de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

La baie 128 de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

.

.

n°3 : Marie et Jean assistant à la Crucifixion. n° 4 : le Christ en croix  et Marie-Madeleine agenouillée au pied de la croix.

.

Tympan : losanges rouges centrés sur un fleuron blanc ; croisillons bleus.

.

La baie 128 de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

La baie 128 de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

.

.

n°5 et n°6 : pharisiens, notables et soldats assistant à la Crucifixion.

.

Tympan : losanges rouges centrés sur un fleuron blanc ; croisillons bleus.

.

La baie 128 de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

La baie 128 de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

 

.

.

LA BAIE 228.

Cette verrière a été mise en place en 1499 mais porte la date de 1498,  elle a été réalisée par Jean Verrat et Balthazar Godon, après le don de Jean Huyard chanoine de la cathédrale et de Guillaume Huyard avocat du roi à Troyes ; les vitraux d'origine du tympan ont été incendiés en 1700  et remplacés par des  losanges fleurdelisés par entrecrosiement des bandes bleues. L'ensemble a été  assez restauré à la fin du XIXe siècle, notamment les têtes de sainte Hélène, sainte Mâthie, saint Loup et de la Vierge.

La décoration de cette fenêtre ne ressemble en rien aux verrières précédentes, surtout comme facture. Les sujets dont elle se compose sont simplement la représentation de saints et de saintes honorés pour la plupart dans le diocèse de Troyes. Douze figures grandes comme nature, disposées sur deux rangs, occupent toute la hauteur des lancettes, dans des niches à colonnes et arcades feuillagées, au dessus d'un phylactère portant leur nom. Les six panneaux du registre inférieur sont tenus par deux putti, tandis que pour le registre supérieur, les arcades sont des tressages de rinceaux, avec des putti en tête de lancette pour les deux premiers.

Les donateurs occupent, respectivement présentés par saint Jean-Baptiste et par saint Guillaume, la première et la sixième lancette au registre inférieur.

.

 

 

La baie 228 de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

La baie 228 de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

.
.
I. LES DONATEURS.

.

1°) Le chanoine Jean Huyard présenté par saint Jean-Baptiste. Première lancette, registre inférieur.

N.b : les formes Huyart et Huyard sont équivalentes.

.

.

Jean-Baptiste s'identifie par son agneau tenant dans la patte gauche l'étendard de la résurrection, par sa barbe et ses cheveux longs, par sa tunique de poils de chameau. Il porte un manteau rouge.

Le chanoine porte l'habit de chœur avec l'aumusse fourré d'hermines à l'avant-bras gauche et le collier bleu du chapître de Troyes.

Le fond est orné de losanges bleus et verts fleuronnés par entrelacs de rubans rouges.

.

En 1504, plusieurs chanoines portaient le nom de Jean Huyart.

a) Il y avait d'abord Jean Huyart l'ainé, fils cadet de Nicolas Huyart, dit Vinneret, tabellion de la cour de Troyes. Il était, en 1438, chapelain de la chapelle de SainteMadeleine à la cathédrale, en 1444, maître ès-arts et chanoine prébendé de Saint-Etienne et de Saint-Urbain ; et  en 1449, chanoine de Saint-Pierre. En 1482, il était curé de Saint-Nizier. Il mourut le 27 mars 1505. Le 9 avril 1505, un executeur du testament de  Jean Huyard offre un livre de parchemin en grande lettre de forme muni de deux fermoirs d'argent émaillés contenant le canon de la messe.  C'est a priori notre donateur.

On mentionne un "Jehan Huyart seniori," dans un texte de 1531 : 

— A Nicolas Halins, ymagier, le XIIIIe jour de janvier, baillé la somme de six livres tournois, sur et en déduction de la somme de XXXVI 1. tournois à quoy il a marchandé à messieurs le doyen J. Huyart sen. et moy de faire trois ymages, assavoir Nostre Dame de Pité, Sainct Jehan et la Magdelene aux deux boutz, selon le volume et ordre que le maistre maçon de ceste église luy a donné, pour ce cy VI 1. t. J. Huyart Sen. = seniori : il s'agit de Jean Huyart, l'aîné. — Texte mentionné par KMV, p. 72, d'après Pigeotte, Etude sur les travaux d'achèvement de la Cathédrale de Troyes, p. 118. 

b) Ce Jean Huyart avait un neveu, nommé comme lui Jean Huyart, et surnommé le jeune ; à la mort de son oncle, il prit le nom de Jean Huyart l'ainé. Il était chanoine de Saint-Pierre au moins depuis 1487, et c'est lui qui fut nommé doyen de Lirey le 28 octobre 1504. Il fut également curé de Saint-Nizier, dont la reconstruction, commencée vers 1528, reçut probablement son concours; il y succéda peut-être immédiatement à son oncle; il fut aussi curé de Montceaux et de Vaudes. ("Monseigneur Jean Hyuart le vieil, chanoine de la cathédrale", doyen de  l'église Notre-Dame de Lirey, contribue à cette église). Dans une délibération à laquelle il assiste avec son neveu Jean Huyart le jeune, il est surnommé Vinneret. Il laisse par testament, le 20 novembre 1539, de quoi augmenter les fondations de son oncle et institue pour exécuteurs testamentaires son neveu Antoine Perricard, chanoine de Saint-Pierre, et Jean Colet, official de l'évêché. Sa mort arriva à Lirey le 14 juin 1540. Il est mentionné dans un baillage de 1509.

https://linceul.org/pour-scavoir/pour-scavoir.shtml, 

 

Ce Jean Huyard, ancien curé de l'église Saint-Nizier à Troyes, doyen de Lirey, chanoine de la cathédrale en même temps que marguillier et comptable de la fabrique, en 1533, et curé de Montceaux, offrit à l'église de Montceaux-lès-Vaudes un lutrin aigle portant ses armoiries et son portrait.

Jean Huyard avait été curé de Saint-Nizier de Troyes.

c) Un troisième Jean Huyart, neveu du doyen de Lirey et petit-neveu du premier Jean Huyart, était surnommé le jeune depuis que le doyen de Lirey avait été surnommé l'aîné; il fut pourvu du canonicat et de la prébende de son grand-oncle qui avait résigné en sa faveur le 26 mars 1505. De 1507 à 1536, le doyen de Lirey, son oncle, est la plus grande partie du temps à Lirey, où il surveille et active la reconstruction de l'église; aussi, dans les délibérations du chapitre de Saint-Pierre, l'on ne rencontre guère alors que le nom de Jean Huyart le jeune. Nous le trouvons cependant en 1520 à Saint-Étienne, où il rend compte de 15 sous qu'il a reçus de la confrérie de Sainte-Clotilde. Il est alors le seul Huyart faisant partie du chapitre de cette collégiale. Le vendredi 13 avril 1526, il assemble, avec Juvenel Coiffart, les officiers de la seigneurie d'Isles chez l'avocat Huyart, son frère, pour leur communiquer des pièces relatives à une affaire, pendante entre le chapitre de la cathédrale et le seigneur d'Isles.

 

Un autre Jean Huyart, de Lanis, né à Laines-aux-Bois , chanoine de la cathédrale, ne  parait pas avoir appartenu à la même famille. Il est mort vers 1532, et apparaît dans les comptes pour l'année 1525-1526 et 1527-1528

 

d) Pour mémoire, il existe un Etienne Huyart curé de Pont-sur-Seine, et un Etienne Huyart chanoine de la cathédrale au XVe

.

 

Les donateurs de la baie 228 de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

Les donateurs de la baie 228 de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

Les vitraux de la nef de la cathédrale de Troyes : les baies 128 et 228 des saints et saintes.

.

.

Les armoiries de la famille Huyard sont présentées par deux angelots aux ailes bleues : elles se blasonnent  d'argent , à trois têtes de faucon au naturel arrachées , à la bordure engrelée de gueules.

Il pourrait s'agir d'armes parlantes, le "huard" etant un aigle de mer.

.

 

.

.

.

Les donateurs de la baie 228 de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

Les donateurs de la baie 228 de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

.

.

 

2° Guillaume Huyard avocat du Roi  de la cathédrale, présenté par saint Guillaume archevêque de Bourges. Dernière lancette, registre inférieur.

.

Le donateur est agenouillé mains jointes, il porte un manteau rouge traversé par une bande noire longitudinale (marque d'avocat ou chaperon?) et une aumônière bleue.

.

L'inscription indique Me GUILL[AUM]E HUYARD ADVOCAT DU ROY A TROYES ET GRANT MAIRE DE CESTE DICTE EGLISE

Charles Fichot commente le terme "maire" ainsi : "Parmi les officiers laïques de la cathédrale, le maïeur ou bailly tient le premier rang. Il est nommé par le chapitre et reçu par le lieutenant général de Troyes. En quelque lieu de la ville où il demeure, il est de la paroisse du Sauveur (chapelle de la cathédrale qui avait le titre de paroisse), lui, sa femme, ses enfants et ses domestiques. » (Courtalon, tome II, page 109.)"

Léon Pigeotte, citant Arnaud, lit plutôt "écuyer, maire de la ville et marguillier de la dite église".

.

Guillaume HUYARD, avocat du roi, bailli de Brienne en 1483, licencié en lois,  est né vers 1430 à Troyes, et décédé vers 1510, à l'âge d'environ 80 ans ; il fut inhumé dans la cathédrale Saint-Pierre. Il fut Député aux Etats Généraux en 1484.

Dans l'Obituaire de Saint-Pierre, publié par M. l'abbé Lalore, il est dit que Jean et Guillaume Huyard étaient inhumés sous l'arcade de la grande vitre qu'ils ont fait mettre avec celle de dessous (le triforium); que les deux frères auraient fait décorer cette travée de peintures (ou de bas-reliefs) représentant la mort et l'assomption de la Vierge, et d'une statue de Notre-Dame de Pitié; qu'entre les deux piliers, il y avait deux tombes, une blanche pour la sépulture de Jean et une noire pour celle de Guillaume, et que toute cette travée était consacrée à cette famille. (C. Fichot)

https://gw.geneanet.org/castel974?n=huyart&oc=&p=guillaume

Il était, comme son frère cadet Jean, le fils de Nicolas HUYART, tabellion en la Cour de Troyes et conseiller de la ville né à Beaufort ca 1390-1441. Il épousa  Isabeau GUERRY ca 1430, fille d'Antoine GUERRY, licencié en lois ca 1390-ca 1474 et de Jeanne HENNEQUIN ca 1400-1474/) dont un fils,  Antoine HUYART, avocat du roi,  lieutenant général au baillage de Troyes (1504-1513), seigneur d'Argentolle, ca 1460-1513 épousa  Guillemette LESGUISE ca 1465.

Guillaume Huyard fut député du tiers-état pour le bailliage de Troyes aux états de Tours, tenus en 1483. Sous Charles VIII, il y soutint avec honneur les droits de ses commettans.

En 1530, Antoine Huyard, escuyer, licencié en lois, fut élu maire de la ville de Troyes, au bailliage duquel il était conseiller.

Les généalogistes signalent une sculpture sur une poutre de gloire de la chapelle latérale nord de l'église Saint-Quentin du Meix-Tiercelin (51), aux armes du couple HUYART/HENNEQUIN.

 

Un carreau en terre rouge foncé provenant de l'ancien château de Lirey (Aube), donné au Musée de troyes en 1874, porte des armes écartelées ; il porte au 1 et 4 les armes de la famille Huyart: et  au 2 et 3, les armes de la famille Guerry des Essarts. La réunion de ces armoiries rappelle l'alliance de Guillaume Huyart, conseiller du roi et son avocat au bailliage de Troyes, vivant en 1495, avec demoiselle Ysabeau Guerry des Essarts, dame de Lirey, fille ou sœur d'Antoine Guerry, seigneur des Essarts ou de Lirey. La famille Guerry des Essarts descend de Jean Guerry « le jeune » prévôt de Sens en 1333. Elle a donné un gouverneur de Champagne, un lieutenant général au bailliage de Chaumont, un prévôt de Troyes, une prieure de Foicy, des chanoines de la Cathédrale. Alliée aux d'Avelly, de la Haye, de Dormans, Hennequin, Huyart, Milon, Piedefer, de Roffey, etc., elle a possédé les seigneuries d'Avirey, Lignières, Lingey, Lirey, SaintBenoit-sur-Vanne, etc. (Louis Le Clert)

.

Les donateurs de la baie 228 de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

Les donateurs de la baie 228 de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

Les donateurs de la baie 228 de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

Les donateurs de la baie 228 de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

Les donateurs de la baie 228 de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

Les donateurs de la baie 228 de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

.

.

Je décrirai les autres panneaux en partant du coin supérieur gauche.

.

1. Saint Loup évêque de Troyes, terrassant de la pointe d'une épée  un dragon ailé rouge.

"Saint Loup, évêque de Troyes, terrassant l'hérésie, représentée par un monstrueux dragon, souvent symbole des fléaux; on sait que saint Loup protégea la ville de Troyes contre l'armée d'Attila. Le saint évêque tient sa crosse de la main gauche; de la main droite, il transperce la gorge de l'animal de la pointe de son épée. Au-dessous de lui est écrit Saict Loup." (Charles Fichot)

Le visage a été restauré au XIXe siècle.

La représentation du saint est archetypale depuis le XVe siècle, on la retrouve sur le vitrail de 1505 de l'église Saint-Denis à Torvilliers.

Le Trésor de la cathédrale contenait jadis une "chasse de Saint-Loup", travail d'orfèvre réalisée en 1503  à la demande de Nicolas Forjot, abbé de Saint-Loup de Troyes, et surmontée du buste de saint Loup en grandeur naturelle, coiffée de sa mitre ornée de pierres précieuses. Son socle était décoré de seize émaux racontant sa vie. Ces émaux ont échappés à la destruction de la chasse à la Révolution et sont soigneusement reproduits par Charles Fichot.

 

Fond à croisillon verts formant des losanges jaunes .

.

Les saints de la baie 228 de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

Les saints de la baie 228 de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

.

.

2.  Saint Savinien de Sens, apôtre et martyr.

Il est vêtu d'une longue robe bleue tombant sur les pieds nus et d'un manteau jeté sur l'épaule, se drapant en sautoir sur le corps, tenant un livre fermé de la main droite et un bâton fleuri de la main gauche, emblème du messager de la paix. Au-dessous de lui on lit: S. favinic.

Saint Savinien (IIIe siècle) fut envoyé de Rome vers les Gaules avec ses compagnons Potentien et Altin. Il est fêté le 31 décembre.

La tradiotion y voit le premier évêque de Sens. Il fut décapité à la hache à l'emplacement de l'actuelle église Saint-Savinien de Sens.

Les quatre lancettes de la deuxième verrière du chœur de la cathédrale de Troyes côté gauche, datée de 1240-1250 raconte la Légende de saint Savinien.

Fond à croisillon verts formant des losanges jaunes .

.

Les saints de la baie 228 de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

Les saints de la baie 228 de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

.

.

3.  La Vierge à l'Enfant.

Son visage date du XIXe siècle. Elle est couronnée et porte un manteau bleu doublé d'hermines et à fermail agrafé d'un médaillon perlé, sur une robe rouge. De sa main gauche elle tient une tige fleurie , auquel l'enfant, tenu sur le bras droit, cueille une fleur. Elle repose sur une console soutenue par deux putti.

Dans la tête de lancette, la colombe du Saint-Esprit (allusion à l'Annonciation) est posé sur un entrelacs de lys, symbole de pureté.

Fond à crosillons rouges, fleurons blancs et losanges verts.

.

La Vierge de la baie 228 de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

La Vierge de la baie 228 de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

La Vierge de la baie 228 de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

La Vierge de la baie 228 de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

.

.

4. Saint Pierre tenant sa clef.

.

"Saint Pierre, le prince des apôtres, la barbe frisée, la tête chauve, tenant une grosse clé de la main droite et un livre ouvert de la main gauche." (Fichot)

Nous retrouvons la console soutenue par deux putti,  la colombe du Saint-Esprit dans la tête de lancette sur un entrelacs de lys, et le fond à crosillons rouges, fleurons blancs et losanges verts : les deux panneaux centraux de la Vierge et de saint Pierre sont appariés.

.

 

Les saints de la baie 228 de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

Les saints de la baie 228 de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

.

.

4. Saint Paul tenant son épée.

.

Saint Paul, longue chevelure dégarnie en région frontale et longue barbe, tient l' épée la pointe en l'air  de sa décollation, et un livre ouvert.

.

Les saints de la baie 228 de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

Les saints de la baie 228 de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

.

.

5. Saint Nizier archevêque de Lyon.

 

.

Il est représenté de trois-quart ; il tient sa croix et son livre d'heures ouvert. Au-dessous de lui est écrit : Sainct nicier.

L'église Saint-Nizier de Troyes en conservait les reliques.

.

https://www.eglisesduconfluent.fr/Pages/Pe-Nizier.php#:~:text=Saint%20Nizier%20de%20Lyon%20(513,de%20saint%20Martin%20de%20Tours.

 

 

Les saints de la baie 228 de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

Les saints de la baie 228 de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

.

.

REGISTRE INFÉRIEUR.

.

6. Saint Étienne, martyr, tenant une palme de la main droite, vêtu de sa dalmatique de diacre qu'il soulève de sa main gauche et dans laquelle il porte les pierres qui ont servi à le martyriser.

.

Une autre pierre est posée sur son crâne tonsuré. Il porte le manipule vert frangé et orné de croix. Amict perlé.

.

Les saints de la baie 228 de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

Les saints de la baie 228 de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

Les saints de la baie 228 de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

Les saints de la baie 228 de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

.

.

7. Sainte Hélène d'Athyra.

.

 

Sainte Hélène, dont le corps fut transporté de Constantinople à Troyes par le chapelain de l'évêque Garnier de Trainel, en 1209, était la fille du roi de Corinthe. Elle porte une couronne d'or d'où s'échappe une belle et longue chevelure; elle est vêtue d'une robe et d'un manteau royal et porte une palme de la main droite; elle tient de ses deux mains un livre ouvert devant elle. Son nom HELENA est inscrit sur une petite bordure jaune à côté de sa figure.

Ses reliques byzantines ont été retrouvées dans le Trésor de la cathédrale. Il s'agit de deux fragments de samit de soie et de fils d'or, représentant un cavalier, probablement dans une scène de fauconnerie.

Visage restauré au XIXe siècle.

Fonds à croisillons rouges délimitant des carrés à étoiles jaunes.

La baie 210 (1240-1250) du choeur de la cathédrale de Troyes est consacrée à la Translation des reliques de sainte Hélène. La baie 211 est consacrée à sa vie. 

Sainte Hélène, mais c'est alors la mère de Constantin figure aussi sur la baie 235.

 

 

Les saintes de la baie 228 de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

Les saintes de la baie 228 de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

.

.

7. Sainte Mâtie patronne de Troyes.

.

 

 Sainte Mâthie ou Mâtie vécut à Troyes au IIIe/IVe siècle, en même temps que Savinien. Elle était la servante ou la fille d'un boulanger, dont elle distribuait le pain aux pauvres. Elle aurait subie la décapitation.

Cette sainte, représentée en regard de sainte Hélène, a le front ceint d'un anneau d'or orné d'un camée et de pierres précieuses, comme en portaient les dames nobles du xve siècle, destiné à maintenir sa longue chevelure. Elle est vêtue d'une robe jaune, et un grand manteau rouge doublé d'hermine, avec une bordure bleue garnie de perles, descend de ses épaules à ses pieds. Elle tient une palme de la main gauche et un livre d'heures de la main droite. Le vitrail ne fait aucune allusion au "miracle des roses" (les charbons ardents que lui lançait son père se transformaient en roses).

Même fond que le panneau précédent.

Plusieurs  autres vitraux lui sont consacrés.

.

Les saintes de la baie 228 de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

Les saintes de la baie 228 de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

Les saintes de la baie 228 de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

Les saintes de la baie 228 de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

.

.

8. Saint Jacques le Majeur .

.

 

Saint Jacques le Majeur, debout et au repos, les mains appuyées sur son bourdon. Il est vêtu en pèlerin et la tête est couverte d'un grand chapeau avec coquillages, relevé sur le devant et noué sous le menton par un ruban rouge. Sa pèlerine bleue porte également une coquille de pèlerinage.

Les chaussures sont remarquables, en cuir brun fendu au cou de pied.

 

.

Les saints de la baie 228 de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

Les saints de la baie 228 de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

 

​.

.

SOURCES ET LIENS.

.

— ARNAUD (Anne-François), 1837, Voyage archéologique et pittoresque dans le département de l'Aube, Troyes page 144.

https://books.google.fr/books?redir_esc=y&hl=fr&id=joPE2XpCkkgC&q=verri%C3%A8re#v=snippet&q=verri%C3%A8re&f=false

"Les divers cadres de la partie ogivale de la cinquième fenêtre sont remplis par des lozanges formées de bandes bleues avec des rosettes rouges à leur intersection; et le reste est occupé par douze figures de saints honorés à Troyes, grandes comme nature, et disposées sur deux rangs. En commençant vers le choeur, on voit d'abord saint Loup, évêque de Troyes, vainqueur du monstre, symbole de l'hérésie. Puis saint Savinien, le premier apôtre de Troyes. Ensuite la Vierge et l'enfant Jésus : la reine des anges a sur la tête une magnifique couronne d'or. Puis vient saint Pierre, tenant un livre et les clefs d'or, symbole du pouvoir qui lui a été donné; saint Paul, tenant un livre et l'épée. Puis saint Nizier, tenant une croix. Les noms de ces saints se lisent en noir au bas de chaque figure.

Au deuxième rang, au-dessous, vers le choeur, saint Jean Baptiste, reconnaissable à ses attributs, présente l'un des donateurs de ce vitrail : c'est un ecclésiastique revêtu de son aube, il est à genoux, tourné vers l'ouest, et les mains jointes, au bas de la figure est l'écu de ses armes qui sont d'argent, engrelé de gueules avec trois têtes d'épervier au naturel, et pour supports des anges nuds agenouillés. Viennent ensuite trois figures de saints et saintes. Premièrement saint Etienne, premier martyr, représenté en diacre avec une grosse pierre sur la tête et d'autres qu'il porte dans sa robe. Puis sainte Hélène avec une couronne d'or et un manteau de pourpre, un livre à la main. Puis sainte Mathie, patronne de la ville, placée en regard; elle a aussi un manteau de pourpre avec un nimbe d'or et tient un livre avec une palme verte; ensuite saint Jacques en costume de pèlerin avec le bourdon et les coquilles à son large chapeau. Puis enfin saint Guillaume qui présente le second donateur dont il est le patron. Celui-ci est tourné vers le chœur et en robe rouge avec une escarcelle ou carnacière bleue suspendue à sa ceinture. Près de lui est reproduit l'écu aux trois têtes d'épervier avec les supports dont nous avons parlé ce qui indique qu'il est de la même famille.

Au bas du vitrail, on lit sur deux lignes cette inscription: Maistre Jean Huyard, chanoine de ceste église, et Guillaume Huyard, avocat du Roi à Troyes, escuyer, maire de ceste dicte ville et mareglier de ceste dicte église, ont fait mettre ceste verrière l'an mil IIIIC IIIIXX et XVIII.

Jean Huyard avait été curé de Saint-Nizier de Troyes. Guillaume Huyard fut député du tiers-état pour le bailliage de Troyes aux états de Tours, tenus en 1483. Sous Charles VIII, il y soutint avec honneur les droits de ses commettans.

En 1530, un Antoine Huyard, escuyer, licencié en lois, qui était de cette famille, fut élu maire de la ville de Troyes, au bailliage duquel il était conseiller.

Dans le fond de la tribune, au-dessous de cette cinquième fenêtre, on remarque plusieurs figures bibliques premièrement les prophètes Johel, Abdias, puis Moïse et le buisson ardent; Gédéon et l'ange, puis Jérémie; saint Guillaume, archevêque, occupe la dernière ogive vers l'orient. Toutes ces figures ont autour de la tête des rouleaux déployés sur lesquels on lit leurs noms écrits en grosses lettres d'or."

 

 

 

— COFFINET (Abbé Jean-Baptiste), 1858, Les peintres-verriers de Troyes pendant trois siècles depuis 1375 jusqu'à 1690 "Peintres-verriers. Nomenclature des peintres-verriers de Troyes depuis 1375 jusqu'à 1690". Annales archéologiques, 1858, t. 18, p. 212-224.

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9693408c/f153.item

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9693408c/f250.item

— FICHOT (Charles), 1889, Statistique monumentale du département de l'Aube page 220

https://www.google.fr/books/edition/Statistique_monumentale_du_d%C3%A9partement/-6jnG1emOHgC?hl=fr&gbpv=1&dq=civitas+ninive&pg=PA220&printsec=frontcover

—  JUBAINVILLE (Henri d'Arbois de), 1862, "Documents relatifs aux travaux de construction faits à la cathédrale de Troyes pendant les XIIIe, XIVe et XVe siècles" [second article].Bibliothèque de l'École des chartes  Année 1862  23  pp. 393-423

https://www.persee.fr/doc/bec_0373-6237_1862_num_23_1_445819

https://www.persee.fr/doc/bec_0373-6237_1862_num_23_1_461956

— LAFOND (Jean) 1955, "Les vitraux de la cathédrale Saint-Pierre de Troyes". In Société française d'archéologie, éd. Congrès archéologique de France : 113e session, Troyes, 1955. Orléans ; Nogent-le-Rotrou, 1957, p. 29-62.

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k32099177/f59.item

— LEDIT (Charles-J. Abbé) 1948,  Les Hautes verrières de la cathédrale de Troyes, préfacées par S. E. Mgr Julien Le Couedic,.

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k3339359k.texteImage?lang=FR

— LIEZ (Jean-Luc), 2022, "Regard(s) sur l’héraldique à Troyes au XVIe siècle". ffhal-03940420f

https://hal.science/hal-03940420/document

 

—MARSAT (André), ‎Charles J. Ledit, ‎Angelico Surchamp · 1972 Cathédrale de Troyes, les vitraux

— MINOIS (Danielle), 2005 Le vitrail à Troyes : les chantiers et les hommes (1480-1560) .Sorbonne Université presses Corpus vitrearum France Etudes VI, 1 vol. (475 p.-XXIV p. de pl.) : ill. en noir et en coul., jaquette ill. en coul. ; 33 cm

https://www.persee.fr/doc/bulmo_0007-473x_2008_num_166_1_2453_t14_0085_0000_1

— MINOIS (Danielle), 2003,La peinture sur verre à Troyes à la fin du Moyen Age thèse d'histoire de l'art Paris IV sous la direction de Fabienne Joubert et Michel Hérald, 

— MOREL-PAYEN (Lucien) 1910 , Troyes et Provins (les villes d’art célèbres). — Paris, Laurens, 1910

https://books.google.fr/books/about/Troyes_et_Provins.html?hl=fr&id=fdByEAAAQBAJ&redir_esc=y

 Camille Georges Picavet, L. Morel-Payen. — Troyes et Provins (les villes d’art célèbres). — Paris, Laurens, 1910 [compte-rendu] Revue internationale de l'enseignement  Année 1911  61  pp. 87-88

https://education.persee.fr/doc/revin_1775-6014_1911_num_61_1_8939_t1_0087_0000_2

— MOREL-PAYEN (Lucien) sd, Guide-Souvenir de la cathédrale de Troyes  Troyes, Imp. L. Droin, -

 

—PASTAN (Élisabeth C.  BALCON (Sylvie), 2006,  "Les vitraux du chœur de la cathédrale de Troyes (xiiie siècle)", Paris, Cths, coll. « Corpus vitrearum - France II », 2006, 539 p.

https://www.persee.fr/doc/bulmo_0007-473x_2010_num_168_3_7592_t19_0308_0000_1

— PIGEOTTE (Léon),1870, Étude sur les travaux d'achévement de la cathédrale de Troyes de 1450 à 1630, Paris, Librairie archéologique de Didron, page 47.

https://archive.org/details/etudesurlestrava00pigeuoft/page/46/mode/2up

— RIVIALE (Laurence),  "Danielle Minois, Le vitrail à Troyes : les chantiers et les hommes (1480-1560). Paris, P.U.P.S., 2005, 475 p. (Corpus vitrearum France, études VI)." In: Bulletin Monumental, tome 166, n°1, année 2008. La galerie à Paris (XIVe-XVIIe siècle) pp. 85-86.

https://www.persee.fr/doc/bulmo_0007-473x_2008_num_166_1_2453_t14_0085_0000_1

— TRIDON (Abbé), 1866,  Visite de la cathédrale de Troyes

http://bibnum.enc.sorbonne.fr/omeka/files/original/fa6e003ba720fd499741406274f973dd.pdf

— SITES

Eglises du confluent :

https://www.eglisesduconfluent.fr/Pages/VIT-10Troyes-CathStPierreStPaul.php

 

 

Archives de la cathédrale de Troyes :

https://www.google.fr/books/edition/INVENTAIRE_SOMMAIRE_DES_ARCHIVES_DEPARTE/RZcNAAAAQAAJ?hl=fr&gbpv=1&dq=%22la+Mosl%C3%A9e%22&pg=PA315&printsec=frontcoverhttps://www.patrimoine-histoire.fr/Patrimoine/Troyes/Troyes-Saint-Pierre-et-Saint-Paul.htm

Inventaire :

https://www.pop.culture.gouv.fr/notice/palissy/IM10000423

https://www.pop.culture.gouv.fr/notice/palissy/IM10000392

https://www.pop.culture.gouv.fr/notice/palissy/IM10000393

 

 

.

https://www.culture.gouv.fr/ar/29/5/2/2/4/Travaux-de-mise-en-securite-et-de-protection-de-la-Cathedrale-de-Troyes

.

https://abedehem.blogspot.com/2016/11/des-troyens-en-champagne.html

 

Partager cet article
Repost0
Published by jean-yves cordier - dans Vitraux : Troyes. Héraldique Inscriptions XVe siècle XVIe siècle.
20 mars 2024 3 20 /03 /mars /2024 15:45

Les vitraux de la nef de la cathédrale de Troyes : les baies 135 et 235 de l'exaltation de la Sainte Croix. Réalisées entre 1501 et 1502 par Jean Verrat, don de Claude Dorigny, veuve de Jean Péricart. Armoiries.

.

Voir sur les verrières hautes de la nef  de la cathédrale de Troyes :

 

 

 

.

.

Voir aussi sur mes 327 articles sur les vitraux de France :

.

PRÉSENTATION GÉNÉRALE.

.

Avec 1 500 m² de verrières, allant du XIIIe au XIXe siècle, la cathédrale de Troyes est   l’un des plus vitrées de France.  Elle possède un triforium totalement vitré, (situé à mi-hauteur et qui fait le tour du bâtiment), ce qui est assez exceptionnel. Les vitraux de la cathédrale de Troyes sont considérés comme une œuvre majeure de la peinture sur verre en France. 

 

Les 20 verrières hautes de la nef forment un ensemble homogène. Elles ont été réalisées entre 1498 et 1505 par plusieurs peintres-verriers  dont le nom de certains sont connus (Pierre Maçon, Jean Verrat, Balthasar Godon, Lievin Varin et le cartonnier Nicolas Cordonnier). Parmi les 66 « verriers » recensés dans les archives entre 1470 et 1560, 37 peuvent être considérés comme des peintres verriers. Regroupés autour de la collégiale Saint- Urbain, ils travaillaient au sein de structures familiales et fondaient des dynasties, comme les Verrat ou les Macadré. Leur atelier était une petite structure dirigée par un peintre verrier qui n’employait qu’un ou deux serviteurs, selon ses moyens, comme on le voit à Paris et en Provence (D. Minois).

Selon le rédacteur de la notice de l'Inventaire, rédigée en 1999, "Leur iconographie répond à la seule volonté des multiples donateurs. Leur véritable lien provient plus de la technique que du style : les peintres-verriers ont mis l'accent sur la lisibilité des compositions (larges registres de scènes, mise en valeur des faits et gestes des personnages par la réduction du rôle de l'architecture et des arrières-plans, modelé très appuyé, absence de chef-d'oeuvre et de gravure sauf dans la baie 233). Certains aspects rappellent les vitraux du milieu du 13e siècle des parties hautes du choeur : la gamme colorée très vive avec barbes et cheveux en pleine couleur, la mise en plomb des yeux de certains personnages, les fonds de mosaïque. Si la Renaissance italienne ne s'y fait pas encore sentir, Jean Lafond reconnaît une influence venue de l'est dans la verrière de saint Pierre (notamment l'atelier strasbourgeois de Pierre d'Andlau). Pour Emile Mâle, la présence dans ces verrières d'une forte veine d'inspiration populaire évoque l'imagerie d'Epinal."

Au contraire, Danielle Minois (2003 ; 2005) souligne la cohérence de ces ensembles qui illustrent en un discours argumenté et savant l’histoire du salut. "Seul un clergé cultivé a pu élaborer ces programmes ; il l’a donc imposé aux donateurs qui l’ont financé. Parce que « le choix des sujets des verrières posées dans les églises est un reflet de la vie intellectuelle et religieuse », elle signale en outre les réactions des commanditaires face à la Réforme à travers les thèmes choisis, surtout après 1550 : l’histoire de Daniel ou de Tobie, la légende de l’hostie profanée. Elle montre comment les mêmes thèmes peuvent changer de sens face à un climat de remise en cause de l’Église romaine." (L. Rivale)

Ces 20 verrières hautes de la nef se répartissent entre les baies du triforium (galerie à trois arcades entre chaque travée), qui portent les numéros 127 à 136, et, au dessus de celles-ci, les baies hautes homologues portant les numéros 227 à 236. Selon la numérotation internationale des vitraux, les baies nord portent un numéro impair et les baies sud un numéro pair.

 

 

.

Nous avons donc ainsi :

a) du côté nord, depuis le transept vers le fond de la nef :

-baies 127 et 227 : Saints ; vie de saint Pierre.  réalisée en 1502, don d'Henri II de Lorraine Vaudémont, évêque de Metz ;

-baies 129 et 229 : Histoire de Tobie. 1500 ; don de Jean Fuestot l'Aîné (marchand et bourgeois de Troyes dans l'Aube) et de Denise Chappelain sa femme. Monogramme [du peintre verrier en tête de lancette de la baie 129].

-131 et 231 : Adoration des mages, et Histoire de Job. Don de Jeanne de Mesgrigny veuve de Jean Molé. 1501. Inscription et armoiries. Monogramme d'un verrier au tympan.

-133 et 233 : légende de saint Sébastien ; réalisée en 1501 par Lievin Varin, don de la confrérie de saint Sébastien .

- 135 et 235 : Légende de la Vraie Croix ; réalisées entre 1501 et 1502 par Jean Verrat, don de Claude Dorigny, veuve de Jean Péricart. Armoiries . Baie 135 très restaurée au XIXe.

b) du côté sud :

-baies 128 et 228 : Calvaire ; saints et saintes. 1499 ; peintre-verrier Balthazar Godon ; armoiries (identifiées) : Jean Huyard chanoine de la cathédrale, et Guillaume Huyard avocat du roi à Troyes 

-baies 130 et 230 : Arbre de Jessé. Verrières réalisées par Lievin Varin entre 1498 et 1499, don de Jean de Marisy et Guillemette Phélipe sa femme. En baie 230, toute la famille de Jean de Marisy et de Guillemette Phélipe (ses frères, ses 9 filles et belles-filles) est représentée au bas de cette verrière. Armoiries.

-baies 132 et 232 :  Annonciation et Nativité. Parabole du Fils Prodigue. Don de Guillaume Molé et Simone Boucherat , 1499.  Réalisée en 1499 peut-être par Pierre I maçon (inscription ne notant que son prénom). Armoiries identifiées, devise "en attendant", monogrammes [du verrier]

-baies 134 et 234 : Vie de Joseph fils de Jacob ; réalisée en 1499, don d'Agnès Bonjean, veuve de Jehan Thévenin (écuyer et notaire royal à Troyes) son mari . Armoiries identifiées et monogrammes en baie 134. Inscription mentionnant le commanditaire et la date en baie 234.

-baies 136 et 236 : Histoire de Suzanne et du prophète Daniel ; réalisées en 1499 , don de Jean Coiffart, marchand de Troyes et de Marguerite, sa femme (inscription) ; les vitraux du 15e siècle du triforium (baie 136) ont disparu et sont remplacés par des vitraux du 20e siècle sur le thème de l'histoire de Daniel.

.

Donateur et datation établie par inscription :

.

La baie 135 comporte sur une banderole du tympan l'inscription :

CESTE PRESENTE VERRIERE FUT FAICTE L'AN MIL CINQ CENT ET UNG.

Cette inscription avait déjà été relevée par l'abbé Coffinet en 1858, elle n'est pas attribuable aux restaurateurs du XIXe siècle.

La baie 235 comporte en son bord inférieur l'inscription de donation suivante :

DAMOISELLE CLAUDE DORIGNY VEUVE DE FEU NOBLE JEHAN PERICART DEMEURANT À TROYES A DONNE CESTE VERRIERE L'AN MIL CINQ CENT ET UN. PRIEZ DIEU POUR ELLE.

Les armoiries du couple Pericart/ Dorigny figurent sur le panneau représentant la donatrice.

Les armoiries pleines des Pericart d'or au chevron d'argent accompagné en pointe d'une ancre de sable, au chef aussi d'azur chargé de trois molettes d'or brisée d'une bordure de gueules figurent au tympan de la baie 135 à côté de celles en alliance Pericart/Dorigny.

Claude Dorigny, fille de Jean Dorigny et de Marie Robelin [fille de Jean Robelin et Jeanne Largentier], a épousé (vers 1460?) Jean Péricart (Perricard, Le Pericard, fils de Pierre et de Catherine de Pleurre), dont elle eut trois enfants, Jeannette, Marguerite et Jacques.

-Jeannette Péricart épousa vers 1480  Nicolas Colinet Mauroy (ca 1455-1510) dont trois enfants Jehannette, Guillaume et Claude.

-Jacques Péricart, seigneur de Champgrillet et de Colaverdei, marchand bourgeois de Troyes, décédé le 13 juillet 1525 à Paris, épousa Catherine Huyart, dont deux enfants Jacques et Guillemette.

Un document permettrait de rattacher la famille à Jean Dorigny (1469) , tanneur, qui eut comme enfants Claude Dorigny, écuyer, et Nicolas Dorigny conseiller au Parlement de Paris, chancelier de l'Université de Paris ; Marguerite Dorigny , épouse de Jacquet Phelippe , sieur de Bligny et Claude Dorigny épouse de Jean Péricard , décédé vers ou avant 1493 (D'azur et argent, l'art du blason en Champagne, Association des Amis des archives de l'Aube, 2000).

 

.

Plus tard, Claude Dorigny, écuyer, seigneur du Cormont, épousa Louise Lingault, dont Pierre, dont Claude seigneur de Chalette. Ces Dorigny de Chalette sont cités parmi les familles protestantes de Vitry-le-Français.

https://gw.geneanet.org/adecarne?n=dorigny&oc=&p=claude

Les Dorigny, seigneur de Saint-Parre-aux-Tertres, des Minots (c. de Pargues), de Vauchassis, et pour moitié de Fouchères et Rosson (c. de Doches)  sont une grande famille de Troyes.

Jacques Dorigny seigneur de Fontenay fut maire de Troyes de 1524 à 1528.

Leurs armoiries sont d'azur à trois chandeliers d'or accompagnés en chef d'une étoile du même.

La baie 8 de l'église Saint-Pantaléon de Troyes, consacrée à l'histoire de Daniel, porte les armoiries de Pierre Dorigny et de Nicole Molé fille de Jean. Cette baie du côté sud du chœur dans la première chapelle Dorigny a été offerte en 1531.

https://agorha.inha.fr/ark:/54721/e49f7097-8d92-4239-9675-b8334b7721cf

Dans la même église, les clefs de voûte du chœur montre les armes en alliance de la famille Molé avec la famille Dorigny  (Claude II Molé et Simone Dorigny, fille de Jean seigneur de Fouchères et de Nicole Molé ) ou de la famille Pericart (Jacques Pericart et Catherine Molé).

Les Péricart ou Péricard sont mentionnés en Bourgogne et en Normandie, où un Jean Péricard fut avocat puis Procureur général au Parlement de Rouen au XVIe siècle ; il eut six fils et deux filles. Ses deux frères étaient Guillaume Péricard, chanoine de Rouen , abbé de Saint-Taurin , plus tard vicaire général du cardinal de Bourbon , et Odard Péricard.

L'armorial du département de l'Aub indique  "PÉRICARD et LE PÉRICARD, originaire de Normandie, Troyes, seigneur de Bierne, Chassoy (auj. Chassois, c. d'Herbisse). D'or, à un chevron d'azur accompagné en pointe d'une ancre de sable ; au chef aussi d'azur chargé de trois molettes d'or. (d'Hozier.)"

Les archives départementales de Côte d'or indiquent un Jean Péricard, de Troyes, chanoine trésorier, conseiller au Parlement, enterré au couvent des Cordeliers.

Parmi les Péricard de Troyes, T. Boutiot  mentionne Antoine, chanoine de Saint-Pierre de Troyes, Colin, Edme, François, chantre de Saint-Etienne de Troyes, François, évêque nommé de Troyes et évêque d'Avranches en 1588 après son frère Georges, Jacques, drapier de Troyes, Jacques, échevin de Troyes, Jean, Nicolas maire de Troyes, Odard maire de Troyes, Odard secrétaire du duc de Guise Henri Ier de Lorraine, Pierre, marchand, député aux Etats Généraux de Tours enn 1468, Pierre, conseiller de ville à Troyes. Vers 1431, T. Boutiot mentionne une "messe perricart" en la salle royale à Troyes.

.

.

Attribution au peintre-verrier Jean Verrat par document d'archive :

.

Les comptes de la cathédrale en 1501 indiquent : "payé à un maçon pour ayder à Jean Verrat à morteller la verrière perricarde."

Jean Verrat, actif de 1497 à 1515, est l'auteur des baies 215 et 218  datant de 1499 de la cathédrale de Troyes, de la baie de la Passion de l'église Sainte-Syre de Montceaux-les-Vaudes, de cinq verrières sud de la cathédrale de Sens (avec Balthazar Godron et Varrin Liévin).

 

Les archives mentionnent  un règlement effectué "À Jehan Verrat, verrier, pour avoir livre et mis le verre au Relicquière de la Vraye-Croix, et au joyau des relicques nouveau faict".

 

 

.

Le sujet : l'Exaltation de la Sainte Croix.

J'ai d'abord pensé que le sujet était la Légende de la Vraie Croix, telle qu'elle fut  racontée au XIIIe siècle dans la Légende dorée de Jacques de Voragine, qui décrit notamment l'invention (découverte des reliques) de la croix sur laquelle le Christ fut crucifiée par Hélène mère de l'empereur  Constantin, son vol par le roi perse Chosroes II, et sa récupération par Héraclius.

 https://fr.wikisource.org/wiki/La_L%C3%A9gende_dor%C3%A9e/L%E2%80%99Invention_de_la_sainte_Croix

https://fr.wikipedia.org/wiki/La_L%C3%A9gende_de_la_Vraie_Croix

Elle est représentée sur ces baies de la cathédrale de Troyes, sur une baie datant de 1520 de l'église Saint-Nizier de Troyes, puis plus tard au XVIe siècle sur une baie représentant Le triomphe de la Croix de l'église Sainte-Madeleine de Troyes et sur une verrière de l'église Saint-Pantaléon de Troyes, ou bien à l'abbatiale Saint-Martin de Clamecy ou à l'église Saint-Etienne de Bar-sur-Seine.

Mais il faut voir ici plutôt une Exaltation de la Croix, dans une démarche typologique soulignant le rôle de la Croix (symbole de la Mort rédemptrice) dans l'histoire du Salut.

C'est dans cette réflexion théologique que s'explique l'introduction ici d'un épisode du Livre d'Esther.

À Troyes, l'importance de cette vénération de la Croix était fondée sur la possession jusqu'à la Révolution, au Trésor de la cathédrale, d'une relique de la vraie croix de 25 cm de long, dont une inscription précisait qu'elle fut "tirée du trésor même où Héraclius avait déposé la Croix, dont il avait obtenu la restitution du Roi des Perses, Chosroès".

D'autres reliques de la croix étaient conservées à l'abbaye N-D. des Nonnains de Troyes.

La fête religieuse de l'invention de la sainte Croix a lieu le 3 mai.

.

 

 

 

.

Description.

.

 

Les baies 135 (triforium) et 235 occupent la première travée de la nef  côté nord. 

La baie 235, avec six lancettes réunies deux à deux sous deux mouchettes, et un tympan à treize ajours et écoinçons, mesure 10 m de haut et  6 m de large.

La baie 135, en dessous, au triforium, avec ses six lancettes réunies deux à deux sous un tympan à deux mouchettes et un soufflet, mesure 3, 50 m de haut et 6 m. de large.

 

.

Les baies 135 et 235 de l'Exaltation de la Croix de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

Les baies 135 et 235 de l'Exaltation de la Croix de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

Les baies 135 et 235 de l'Exaltation de la Croix de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

Les baies 135 et 235 de l'Exaltation de la Croix de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

.

.

LA BAIE N°135  (TRIFORIUM).

.

.

Ensemble très restauré au 19e siècle ; en 1837 l'absence de vitraux à cet emplacement est signalé par Arnaud, ils sont rétablis en 1889 du temps de Charles  Fichot, qui les décrit en 1889.

Lancettes réunies 2 par 2 sous 1 tympan à 2 mouchettes et 1 soufflet.

https://www.eglisesduconfluent.fr/imagesNT/NT-VitrailCroix/Croix_10Troyes_CathedraleStPierreStPaul-Vitrail-F-Bg.jpg

.

La baie 135 de l'Exaltation de la Croix de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

La baie 135 de l'Exaltation de la Croix de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

.

.

1, 2 et 3. Haman ministre d'Assuerus fait dresser une croix pour y pendre le Juif Mardochée.

.

La scène est extraite du Livre d'Esther, comme l'indique l'inscription JUBE PARARI CRUCEM Esther 5:14 :

Responderuntque ei Zares uxor ejus, et ceteri amici: Jube parari excelsam trabem, habentem altitudinis quinquaginta cubitos, et dic mane regi ut appendatur super eam Mardochaeus, et sic ibis cum rege laetus ad convivium. Placuit ei consilium, et jussit excelsam parari crucem.

 "Zéresch, sa femme, et tous ses amis lui dirent: Qu'on prépare un bois haut de cinquante coudées, et demain matin demande au roi qu'on y pende Mardochée; puis tu iras joyeux au festin avec le roi. Cet avis plut à Haman, et il fit préparer le bois."

Rappel : le peuple Juif a été mené en exil en Perse. Mardochée est l' oncle d'Esther, qui est devenue reine. Il accéde alors à un poste important à la cour d'Assuérus, mais il refuse de se prosterner devant le grand vizir Haman. Celui-ci décide d'exterminer tous les Juifs du royaume, puis de faire pendre Mardochée à une potence. Esther use de sa beauté et de ses charmes pour obtenir du roi tout ce qu'elle voudra. Haman est pendu à la potence dressée pour Mardochée, lequel devient vizir et fait exterminer les ennemis des Juifs. Les dix fils d'Haman furent pendus. C'est l'origine de la fête juive de Pourim. "Esther s'étant présentée devant le roi, le roi ordonna par écrit de faire retomber sur la tête d'Haman le méchant projet qu'il avait formé contre les Juifs, et de le pendre au bois, lui et ses fils. C'est pourquoi on appela ces jours Purim, du nom de pur. [sort] Esther 9:25

.

Dans le premier panneau figurent Haman (inscription AM.EN) et un de ses  fils. Dans le deuxième panneau, un fils ou un ami  d'Haman est devant la croix et une banderole porte ses paroles "Jube parari crucem".

Dans le troisième panneau, Mardochée se tient appuyé sur une canne. Inscription MARDOCHE

 

.

 

La baie 135 de l'Exaltation de la Croix de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

La baie 135 de l'Exaltation de la Croix de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

La baie 135 de l'Exaltation de la Croix de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

La baie 135 de l'Exaltation de la Croix de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

La baie 135 de l'Exaltation de la Croix de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

La baie 135 de l'Exaltation de la Croix de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

.

.

La tête de lancette de la troisième lancette montre le blason de la famille Pericart d'or au chevron d'argent accompagné en pointe d'une ancre de sable, au chef aussi d'azur chargé de trois molettes d'or, brisée d'une bordure de gueules Une sangle rappelle la ceinture Espérance.

La tête de lancette de la quatrième lancette montre le blason mi-parti du couple Pericart/Dorigny (d'azur à trois chandeliers d'or accompagnés en chef d'une étoile du même.)  Une sangle rappelle la ceinture Espérance.

.

La baie 135 de l'Exaltation de la Croix de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

La baie 135 de l'Exaltation de la Croix de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

.

.

4, 5 et 6. Sainte Véronique et les filles de Jérusalem lors de la montée au Golgotha. Jésus portant sa croix. Deux soldats.

.

Jésus se retourne vers les femmes, et leur adresse les mots inscrits sur la banderole : FILIE JHRLEM, NOLITE FLERE SUPER ME, "Filles de Jérusalem, ne pleurez pas sur moi", citation de l'évangile de Luc Lc 23:28. Il s'agit de l'incipit d'un cantique.

.

La baie 135 de l'Exaltation de la Croix de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

La baie 135 de l'Exaltation de la Croix de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

La baie 135 de l'Exaltation de la Croix de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

La baie 135 de l'Exaltation de la Croix de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

.

.

LA BAIE n°235 : LES LANCETTES .

.

.

La baie 235 de l'Exaltation de la Croix de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

La baie 235 de l'Exaltation de la Croix de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

.

.

7. La donatrice Claude Dorigny .

.

Elle est agenouillée mains jointes refermée sur un crucifix, devant son prie-dieu où est ouvert son livre de prières, mais, de façon inhabituelle, elle n'est pas présentée par son saint patron, mais en premier plan devant les soldats de la troupe d'Héraclius, et incorporée à une scène répartie sur trois lancettes. Parmi ces hommes, le dernier est un cavalier tenant les rènes, l'un tient une trompette (le héraut?), et le premier, hors lancetten est un archer tenant sa flèche.

Claude Dorigny porte une coiffe à bonnet rouge bordeaux, de la même couleur que sa robe à traine et à larges manches.

Devant elle, sur le drap du prie-dieu, le blason mi-parti Pericart/Dorigny.

.

.

 

La baie 235 de l'Exaltation de la Croix de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

La baie 235 de l'Exaltation de la Croix de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

La baie 235 de l'Exaltation de la Croix de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

La baie 235 de l'Exaltation de la Croix de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

La baie 235 de l'Exaltation de la Croix de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

La baie 235 de l'Exaltation de la Croix de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

.

.

8 et 9. L'empereur Héraclius Ier fait son entrée à Jérusalem, tenant la croix. À la porte de la ville, fermée, un ange l'accueille avec une banderole  .

.

Héraclius Ier, portant la couronne d'empereur romain d'orient est en armure recouverte d'une tunique d'or aux aigles bicéphales noirs. Il monte un cheval blanc harnaché de rouge et au front orné de plumets. De même l'écuyer est vêtu de rouge et porte une toque à plumets.

L'ange déroule un phylactère portant l'inscription REX CELORUM HUMILITATIS EXANPLAR RELIQUIT, "Le roi des cieux nous a donné l'exemple de l'humilité" . 

Je ne trouve pas cet épisode dans la Légende dorée, mais dans le Panthéon de Godefroi de Viterbe (1133?-1191). Voir  BnF Latin 4935 f.49.

Voir aussi Jean Mancel, La Fleur des hystoires, enluminé par le Maître de Hérion entre 1450-1474, Bibl. Mazarine Ms 1560 f. 343v

Selon Svetlana Luchitskaya, 2019


"Au XIIe siècle, la tradition narrative ayant trait à Héraclius était bien développée et l’on en retrouve certains éléments dans la chronique de Godefroi de Viterbe. C’est ainsi que Godefroi raconte un épisode qui est peu présent dans les autres chroniques relatant le mythe de la « race des circoncis ». Voici l’épisode. Héraclius rapporte la sainte relique à Jérusalem. Il descend du Mont des Oliviers et arrive devant la porte par où était entré Jésus Christ, la veille de la Passion. Or, voici que les pierres de la porte se rejoignent de façon à former un mur. Au dessus de la porte, l’on voit apparaître l’ange tenant en main le signe de croix. L’ange rappelle à l’empereur l’entrée de Jésus à Jérusalem : ce n’est pas avec un luxe princier, mais en pauvre, monté sur un petit âne, que le fils de Dieu est entré par cette porte, laissant un bel exemple d’humilité.

Héraclius, tout en larmes, descend alors de son cheval, se déchausse, se dépouille de ses vêtements jusqu’à sa chemise et, prenant la croix du Seigneur, il en frappe humblement la porte qui, se soulevant, lui permet de passer avec toute sa suite. Ce sujet est connu dans la littérature médiévale sous le nom de porta clausa. Il est traité dans de nombreux textes liturgiques et hagiographiques. Godefroi de Viterbe et les autres auteurs médiévaux avaient probablement emprunté ce passage (de même que la description du combat singulier sur le Danube ou le récit sur le roi perse Chosroès, qui voulait s’assimiler à Dieu) à la source la plus ancienne. Il s’agit du texte liturgique intitulé Reversio Sanctae Crucis, que l’on a attribué très longtemps à l’écrivain du ixe siècle Raban Maur et qui circulait dans la société médiévale entre les VIIIe et XIIIe siècles.". Le savant suédois S. Borgenhammar a pu montrer dans sa recherche que ce texte avait été créé entre la fin du VIIe et le milieu du VIIIe siècle par un auteur italien anonyme qui s’appuyait sur les sources byzantines et orientales ; voir Borgehammar, « Heraclius Learns Humility », p. 145-202.

 

S.  Luchitskaya ajoute :

 

"On remarque que dans le Pantheon et les autres textes médiévaux, Chosroès est représenté comme l’Antéchrist, tandis que l’empereur byzantin est assimilé au Christ : ainsi, comme le Christ a triomphé de la mort avec l’aide de la croix, Héraclius a remporté la victoire sur ses ennemis. Dans les écrits des chroniqueurs, Chosroès-Antéchrist manifeste de l’orgueil (superbia) en s’assimilant à Dieu, tandis qu’Héraclius qui transporte la vraie croix à travers la Porte Dorée fait preuve d’humilité (humilitas) en imitant Jésus-Christ. On voit que l’image d’Héraclius construite par Frédégaire et ses compilateurs est très ambiguë : d’une part, l’empereur byzantin est considéré comme un véritable pécheur, ses défaites représentant le châtiment divin de ses crimes ; d’autre part, il est représenté comme le souverain chrétien idéal qui a récupéré la sainte relique pour le monde chrétien."

 

.

 

 

.

La baie 235 de l'Exaltation de la Croix de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

La baie 235 de l'Exaltation de la Croix de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

La baie 235 de l'Exaltation de la Croix de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

La baie 235 de l'Exaltation de la Croix de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

La baie 235 de l'Exaltation de la Croix de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

La baie 235 de l'Exaltation de la Croix de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

.

.

10, 11 et 12. L'empereur Héraclius vêtu en pénitent obtient l'ouverture des portes de Jérusalem .

.

Héraclius et sa suite se présentent en chemise, pieds nus, mais l'empereur a conservé sa couronne afin que nous l'identifions. 

Le gouverneur les accueille, chaperon en main et la main sur le cœur.

.

La baie 235 de l'Exaltation de la Croix de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

La baie 235 de l'Exaltation de la Croix de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

La baie 235 de l'Exaltation de la Croix de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

La baie 235 de l'Exaltation de la Croix de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

La baie 235 de l'Exaltation de la Croix de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

La baie 235 de l'Exaltation de la Croix de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

La baie 235 de l'Exaltation de la Croix de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

La baie 235 de l'Exaltation de la Croix de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

.

.

13, 14 et 15. Sainte Hélène, mère de Constantin, assiste à la découverte de la Vraie Croix par un vieillard barbu (Judas). Elle est accompagnée d'une servante et de six hommes discutant vivement.

.

"Alors la reine les congédia tous a l’exception de Judas, à qui elle dit : « Choisis entre la vie et la mort ! Si tu veux vivre, indique-moi le lieu qu’on appelle Golgotha, et dis-moi où je pourrai découvrir la croix du Christ ! » Judas lui répondit : « Comment le saurais-je, puisque deux cents ans se sont écoulés depuis lors, et qu’à ce moment je n’étais pas né ? » Et la reine : « Je te ferai mourir de faim, si tu ne veux pas me dire la vérité ! » Sur quoi elle fit jeter Judas dans un puits à sec, et défendit qu’on lui donnât aucune nourriture.

Le septième jour, Judas, épuisé par la faim, demanda à sortir du puits, promettant de révéler où était la croix. Et comme il arrivait à l’endroit ou elle était cachée, il sentit dans l’air un merveilleux parfum d’aromates ; de telle sorte que, stupéfait, il s’écria : « En vérité, Jésus, tu es le sauveur du monde ! »

Or, il y avait en ce lieu un temple de Vénus qu’avait fait construire l’empereur Adrien, de façon que quiconque y viendrait adorer le Christ parût en même temps adorer Vénus. Et, pour ce motif, les chrétiens avaient cessé de fréquenter ce lieu. Mais Hélène fit raser le temple ; après quoi Judas commença lui-même à fouiller le sol et découvrit, à vingt pas sous terre, trois croix qu’il fit aussitôt porter à la reine." Jacques de Voragine, Légende dorée.

.

La baie 235 de l'Exaltation de la Croix de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

La baie 235 de l'Exaltation de la Croix de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

La baie 235 de l'Exaltation de la Croix de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

La baie 235 de l'Exaltation de la Croix de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

 

.

.

16, 17 et 18. Judas élève la croix et la cadavre d'un jeune homme ressuscite, devant trois Juifs stupéfaits. Deux autres Juifs maugréent.

Un personnage richement vêtu, suivi de deux autres, et au-dessus de la tête duquel on lit le nom de Judas, tient la croix du Sauveur. C'est lui, en effet, qui avait indiqué le lieu où la croix était enfouie. Il maintient la croix horizontalement au dessus du cadavre d'un jeune homme, qui, ressuscité à son attouchement, est assis sur le bord de la fosse, les mains jointes, couvert de son linceul. Un personnage accourt pour voir le miracle, et trois autres sont dans une attitude qui marque une grande surprise. 

"Restait seulement à reconnaître celle de ces croix où avait été attaché le Christ. On les posa toutes trois sur une grande place, et Judas, voyant passer le cadavre d’un jeune homme qu’on allait enterrer, arrêta le cortège, et mit sur le cadavre l’une des croix, puis une autre. Le cadavre restait toujours immobile. Alors Judas mit sur lui la troisième croix ; et aussitôt le mort revint à la vie. D’autres historiens racontent que c’est Macaire, évêque de Jérusalem, qui reconnut la vraie croix, en ravivant par elle une femme déjà presque morte. Et saint Ambroise affirme que Macaire reconnut la croix à l’inscription placée jadis par Pilate au-dessus d’elle.

Judas se fit ensuite baptiser, prit le nom de Cyriaque, et, à la mort de Macaire, fut ordonné évêque de Jérusalem." Jacques de Voragine, Légende dorée.

.

La baie 235 de l'Exaltation de la Croix de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

La baie 235 de l'Exaltation de la Croix de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

La baie 235 de l'Exaltation de la Croix de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

La baie 235 de l'Exaltation de la Croix de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

.

.

19 . L'échelle mystique du songe de Jacob.

.

Inscription IACOB.

Le Christ en tête de lancette.

Les trois panneaux 19, 20 et 21 établissent, selon la démarche typologique de la Biblia pauperum, des relations entre la Croix et destextes de l'Ancien Testament.

Ici, l'échelle que vit Jacob lors de son songe, reliant la Terre et les Cieux et où des anges montaient et descendaient, est mise en parallèle avec la Croix, signe de nouvelle alliance entre Dieu et les hommes.

Dans le Speculum  Humanae Salvationis, l'échelle de Jacob était mise en relation avec l'Ascension.

.

 

.

La baie 235 de l'Exaltation de la Croix de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

La baie 235 de l'Exaltation de la Croix de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

.

.

20 . La Croix unissant la terre et le ciel.

.

Pour souligner la valeur de la comparaison entre la Croix et l'échelle de Jacob, des anges montent de la terre vers des nuées devant la Croix, tenant dans leurs bras des âmes sauvées. 

.

La baie 235 de l'Exaltation de la Croix de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

La baie 235 de l'Exaltation de la Croix de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

.

.

21. Moïse et le serpent d'airain.

.

 

Une femme, étendue à terre, a succombé à la blessure d'un serpent venimeux. Moïse, tenant sa verge, montre aux israélites mécontent la statue d'un serpent (dragon ailé) élevé au sommet d'une colonne.

 

Inscription MOISES.

Rappel : 

Lors de l'Exode du peuple d'Israël hors d'Égypte vers le Pays de Canaan, Moïse, après avoir reçu les Tables de la Loi, fait face au mécontentement du peuple.

 

"Le peuple s'impatienta en route, et parla contre Dieu et contre Moïse: Pourquoi nous avez-vous fait monter hors d'Égypte, pour que nous mourions dans le désert? car il n'y a point de pain, et il n'y a point d'eau, et notre âme est dégoûtée de cette misérable nourriture. Alors l'Éternel envoya contre le peuple des serpents brûlants; ils mordirent le peuple, et il mourut beaucoup de gens en Israël.Le peuple vint à Moïse, et dit: Nous avons péché, car nous avons parlé contre l'Éternel et contre toi. Prie l'Éternel, afin qu'il éloigne de nous ces serpents. Moïse pria pour le peuple.

L'Éternel dit à Moïse : Fais-toi un serpent brûlant, et place-le sur une perche ; quiconque aura été mordu, et le regardera, conservera la vie.

Moïse fit un serpent d'airain, et le plaça sur une perche ; et quiconque avait été mordu par un serpent, et regardait le serpent d'airain, conservait la vie. » Nombres 21:8-9  

Dans la même démarche typologique que précédemment,  l'exaltation du serpent d'airain sauvant les Israélites des morsures de serpent est mis en parallèle avec l'élévation du  Christ sur la Croix  guérissant par sa mort et sa réssurection le genre humain des morsures du péché.

Dans la Biblia Pauperum, l'image de cette scène est placée à côté de celle de la Crucifixion.

.

Coll. Le Louvres

.

 

.

La baie 235 de l'Exaltation de la Croix de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

La baie 235 de l'Exaltation de la Croix de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

.

.

22, 23 et 24. Héraclius reprend la Croix à Chosroes roi des Perses .

.

Sur le panneau n°22, Héraclius en guerrier, vêtu de son armure et de son surcot d'or brodé d'une aigle noire à deux têtes, menace de son épée Chosroës, qui, en grand costume, lui fait face assis sur son trône.

 Chosroes II, roi des Perses,trône sous un pavillon de soie de diverses couleurs, couronne d'or en tête, sceptre en main, vêtu de pourpre.

Sur le panneau n°24, le peuple, représenté par des hommes et des femmes, se prosterne devant lui et semble l'adorer. Derrière ce groupe, une colonne surmontée d'un coq d'or. Vainqueur, il menace de substituer la religion des Mages à celle de l'Évangile.

En 615, Chosroës, roi des Perses, soumit à son empire tous les royaumes du monde. Il vint à Jérusalem, se rendit au Saint-Sépulcre et emporta la portion de la vraie croix que sainte Hélène y avait laissée. Chosroës, voulant se faire adorer par tout le monde, ordonna d'élever une tour d'or et d'argent, garnie de pierres précieuses; alors il abandonna le royaume à son fils, se retira dans ce phare lumineux et ordonna à son peuple de l'appeler Dieu. Chosroës, assis sur un trône, comme Dieu le Père, mit la croix à sa droite, à la place du fils de Dieu, et un coq d'or à sa gauche, pour représenter le Saint-Esprit.

Inscriptions : ERACLIVS. COSDROS. LE PEVPLE.

.

La baie 235 de l'Exaltation de la Croix de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

La baie 235 de l'Exaltation de la Croix de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

La baie 235 de l'Exaltation de la Croix de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

La baie 235 de l'Exaltation de la Croix de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

La baie 235 de l'Exaltation de la Croix de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

La baie 235 de l'Exaltation de la Croix de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

.

.

LA BAIE n°235 :  LE TYMPAN .

.

 

Tympan de la baie 235 de l'Exaltation de la Croix de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

Tympan de la baie 235 de l'Exaltation de la Croix de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

.

.

Registre inférieur : trois prophètes portant des banderoles avec les inscriptions: Benedictu lignum "Bois béni" (Livre de la Sagesse, 14, 7). — Exaltavi lignum. "J'ai élevé l'arbre" Ezéchiel 17:24 et Super montem caliginosum "sur la montagne couverte de nuages [élevez un signal]" (Isaïe 13:2).

.

La démarche typologique se poursuit ici avec la présentation de versets relatifs à l'élévation d'un bois, d'un arbre, ou d'un signal. 

.

 

Tympan de la baie 235 de l'Exaltation de la Croix de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

Tympan de la baie 235 de l'Exaltation de la Croix de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

.

.

Deux anges portant les instruments de la Passion : la Croix et le marteau, la tenaille et la lance.

Sur les phylactères, les inscriptions : O CRUX AVE / NOSTRA SPES "Salut, ô croix, notre espérance".

.

 

Tympan de la baie 235 de l'Exaltation de la Croix de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

Tympan de la baie 235 de l'Exaltation de la Croix de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

.

.

Deux anges portant les instruments de la Passion : la colonne et les verges de la Flagellation ; les clous, et le roseau portant l'éponge .

.

Sur les phylactères, les inscriptions : O CRUX BENEDICTA / BENEDICTA SANCTA .

 

 

 

 

Tympan de la baie 235 de l'Exaltation de la Croix de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

Tympan de la baie 235 de l'Exaltation de la Croix de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

 

.

.

Au sommet du tympan, une croix dressée sur un ciel étoilé, au dessus de phylactères. De chaque côté, des clercs et des laïcs agenouillés.

.

Les phylactères portent les inscriptions SALVE CRUCE SANCTA/ O CRUX BENEDICTA.

Le soufflet de gauche montre un pape, un cardinal et un jeune laïc ou clerc.

Celui de droite montre un empereur, puis peut-être un noble ou un magistrat et un bourgeois.

.

Tympan de la baie 235 de l'Exaltation de la Croix de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

Tympan de la baie 235 de l'Exaltation de la Croix de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

.

.

SOURCES ET LIENS.

.

 

 

.

— COFFINET (Abbé Jean-Baptiste), 1858, Les peintres-verriers de Troyes pendant trois siècles depuis 1375 jusqu'à 1690 "Peintres-verriers. Nomenclature des peintres-verriers de Troyes depuis 1375 jusqu'à 1690". Annales archéologiques, 1858, t. 18, p. 212-224.

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9693408c/f153.item

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9693408c/f250.item

— FICHOT (Charles), 1889, Statistique monumentale du département de l'Aube page 220

https://www.google.fr/books/edition/Statistique_monumentale_du_d%C3%A9partement/-6jnG1emOHgC?hl=fr&gbpv=1&dq=civitas+ninive&pg=PA220&printsec=frontcover

—  JUBAINVILLE (Henri d'Arbois de), 1862, "Documents relatifs aux travaux de construction faits à la cathédrale de Troyes pendant les XIIIe, XIVe et XVe siècles" [second article].Bibliothèque de l'École des chartes  Année 1862  23  pp. 393-423

https://www.persee.fr/doc/bec_0373-6237_1862_num_23_1_445819

https://www.persee.fr/doc/bec_0373-6237_1862_num_23_1_461956

— LAFOND (Jean) 1955, "Les vitraux de la cathédrale Saint-Pierre de Troyes". In Société française d'archéologie, éd. Congrès archéologique de France : 113e session, Troyes, 1955. Orléans ; Nogent-le-Rotrou, 1957, p. 29-62.

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k32099177/f59.item

— LEDIT (Charles-J. Abbé) 1948,  Les Hautes verrières de la cathédrale de Troyes, préfacées par S. E. Mgr Julien Le Couedic,.

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k3339359k.texteImage?lang=FR

— LIEZ (Jean-Luc), 2022, "Regard(s) sur l’héraldique à Troyes au XVIe siècle". ffhal-03940420f

https://hal.science/hal-03940420/document

 

—MARSAT (André), ‎Charles J. Ledit, ‎Angelico Surchamp · 1972 Cathédrale de Troyes, les vitraux

— MINOIS (Danielle), 2005 "Le vitrail à Troyes : les chantiers et les hommes (1480-1560)" .Sorbonne Université presses Corpus vitrearum France Etudes VI, 1 vol. (475 p.-XXIV p. de pl.) : ill. en noir et en coul., jaquette ill. en coul. ; 33 cm

https://www.persee.fr/doc/bulmo_0007-473x_2008_num_166_1_2453_t14_0085_0000_1

— MINOIS (Danielle), 2003, thèse d'histoire de l'art Paris IV sous la direction de Fabienne Joubert et Michel Hérald,  La peinture sur verre à Troyes à la fin du Moyen Age

—PASTAN (Élisabeth C.  BALCON (Sylvie), 2006,  "Les vitraux du chœur de la cathédrale de Troyes (xiiie siècle)", Paris, Cths, coll. « Corpus vitrearum - France II », 2006, 539 p.

https://www.persee.fr/doc/bulmo_0007-473x_2010_num_168_3_7592_t19_0308_0000_1

— RIVIALE (Laurence),  "Danielle Minois, Le vitrail à Troyes : les chantiers et les hommes (1480-1560). Paris, P.U.P.S., 2005, 475 p. (Corpus vitrearum France, études VI)." In: Bulletin Monumental, tome 166, n°1, année 2008. La galerie à Paris (XIVe-XVIIe siècle) pp. 85-86.

https://www.persee.fr/doc/bulmo_0007-473x_2008_num_166_1_2453_t14_0085_0000_1

— TRIDON (Abbé), 1866,  Visite de la cathédrale de Troyes

http://bibnum.enc.sorbonne.fr/omeka/files/original/fa6e003ba720fd499741406274f973dd.pdf

— SITES

Eglises du confluent :

https://www.eglisesduconfluent.fr/Pages/VIT-10Troyes-CathStPierreStPaul.php

https://www.eglisesduconfluent.fr/Pages/NT-Croix2.php

 

Archives de la cathédrale de Troyes :

https://www.google.fr/books/edition/INVENTAIRE_SOMMAIRE_DES_ARCHIVES_DEPARTE/RZcNAAAAQAAJ?hl=fr&gbpv=1&dq=%22la+Mosl%C3%A9e%22&pg=PA315&printsec=frontcoverhttps://www.patrimoine-histoire.fr/Patrimoine/Troyes/Troyes-Saint-Pierre-et-Saint-Paul.htm

Inventaire :

https://www.pop.culture.gouv.fr/notice/palissy/IM10000423

https://www.pop.culture.gouv.fr/notice/palissy/IM10000406

https://www.pop.culture.gouv.fr/notice/palissy/IM10000407

 

.

https://www.culture.gouv.fr/ar/29/5/2/2/4/Travaux-de-mise-en-securite-et-de-protection-de-la-Cathedrale-de-Troyes

.

https://abedehem.blogspot.com/2016/11/des-troyens-en-champagne.html

 

Partager cet article
Repost0
Published by jean-yves cordier - dans Vitraux : Troyes. Héraldique Inscriptions XVIe siècle.
11 mars 2024 1 11 /03 /mars /2024 11:47

Les vitraux de la nef de la cathédrale de Troyes : les baies 134 et 234 de l'Histoire de Joseph fils de Jacob, réalisées en 1500, don en 1499 d'Agnès Bonjean, veuve de Jehan Thévenin (écuyer et notaire royal à Troyes). Armoiries  et monogrammes.

.

Voir sur les verrières hautes de la nef  de la cathédrale de Troyes :

 

 

 

.

 

.

PRÉSENTATION GÉNÉRALE.

.

Avec 1 500 m² de verrières, allant du XIIIe au XIXe siècle, la cathédrale de Troyes est   l’un des plus vitrées de France.  Elle possède un triforium totalement vitré, (situé à mi-hauteur et qui fait le tour du bâtiment), ce qui est assez exceptionnel. Les vitraux de la cathédrale de Troyes sont considérés comme une œuvre majeure de la peinture sur verre en France. 

 

Les 20 verrières hautes de la nef forment un ensemble homogène. Elles ont été réalisées entre 1498 et 1505 par plusieurs peintres-verriers  dont le nom de certains sont connus (Pierre Maçon, Jean Verrat, Balthasar Godon, Lievin Varin et le cartonnier Nicolas Cordonnier). Parmi les 66 « verriers » recensés dans les archives entre 1470 et 1560, 37 peuvent être considérés comme des peintres verriers. Regroupés autour de la collégiale Saint- Urbain, ils travaillaient au sein de structures familiales et fondaient des dynasties, comme les Verrat ou les Macadré. Leur atelier était une petite structure dirigée par un peintre verrier qui n’employait qu’un ou deux serviteurs, selon ses moyens, comme on le voit à Paris et en Provence (D. Minois).

Selon le rédacteur de la notice de l'Inventaire, rédigée en 1999, "Leur iconographie répond à la seule volonté des multiples donateurs. Leur véritable lien provient plus de la technique que du style : les peintres-verriers ont mis l'accent sur la lisibilité des compositions (larges registres de scènes, mise en valeur des faits et gestes des personnages par la réduction du rôle de l'architecture et des arrières-plans, modelé très appuyé, absence de chef-d'oeuvre et de gravure sauf dans la baie 233). Certains aspects rappellent les vitraux du milieu du 13e siècle des parties hautes du choeur : la gamme colorée très vive avec barbes et cheveux en pleine couleur, la mise en plomb des yeux de certains personnages, les fonds de mosaïque. Si la Renaissance italienne ne s'y fait pas encore sentir, Jean Lafond reconnaît une influence venue de l'est dans la verrière de saint Pierre (notamment l'atelier strasbourgeois de Pierre d'Andlau). Pour Emile Mâle, la présence dans ces verrières d'une forte veine d'inspiration populaire évoque l'imagerie d'Epinal."

Au contraire, Danielle Minois (2003 ; 2005) souligne la cohérence de ces ensembles qui illustrent en un discours argumenté et savant l’histoire du salut. "Seul un clergé cultivé a pu élaborer ces programmes ; il l’a donc imposé aux donateurs qui l’ont financé. Parce que « le choix des sujets des verrières posées dans les églises est un reflet de la vie intellectuelle et religieuse », elle signale en outre les réactions des commanditaires face à la Réforme à travers les thèmes choisis, surtout après 1550 : l’histoire de Daniel ou de Tobie, la légende de l’hostie profanée. Elle montre comment les mêmes thèmes peuvent changer de sens face à un climat de remise en cause de l’Église romaine." (L. Rivale)

Ces 20 verrières hautes de la nef se répartissent entre les baies du triforium (galerie à trois arcades entre chaque travée), qui portent les numéros 127 à 136, et, au dessus de celles-ci, les baies hautes homologues portant les numéros 227 à 236. Selon la numérotation internationale des vitraux, les baies nord portent un numéro impair et les baies sud un numéro pair.

 

 

.

Nous avons donc ainsi :

a) du côté nord, depuis le transept vers le fond de la nef :

-baies 127 et 227 : Saints ; vie de saint Pierre.  réalisée en 1502, don d'Henri II de Lorraine Vaudémont, évêque de Metz ;

-baies 129 et 229 : Histoire de Tobie. 1500 ; don de Jean Fuestot l'Aîné (marchand et bourgeois de Troyes dans l'Aube) et de Denise Chappelain sa femme. Monogramme [du peintre verrier en tête de lancette de la baie 129].

-131 et 231 : Adoration des mages, et Histoire de Job. Don de Jeanne de Mesgrigny veuve de Jean Molé. 1501. Inscription et armoiries. Monogramme d'un verrier au tympan.

-133 et 233 : légende de saint Sébastien ; réalisée en 1501 par Lievin Varin, don de la confrérie de saint Sébastien .

- 135 et 235 : Légende de la Vraie Croix ; réalisées entre 1501 et 1502 par Jean Verrat, don de Claude Dorigny, veuve de Jean Péricard. Armoiriesidentifiées. Monogrammes. Très restaurées au XIXe.

b) du côté sud :

-baies 128 et 228 : Calvaire ; saints et saintes. 1499 ; peintre-verrier Balthazar Godon ; armoiries (identifiées) : Jean Huyard chanoine de la cathédrale, et Guillaume Huyard avocat du roi à Troyes 

-baies 130 et 230 : Arbre de Jessé. Verrières réalisées par Lievin Varin entre 1498 et 1499, don de Jean de Marisy et Guillemette Phélipe sa femme. En baie 230, toute la famille de Jean de Marisy et de Guillemette Phélipe (ses frères, ses 9 filles et belles-filles) est représentée au bas de cette verrière. Armoiries.

-baies 132 et 232 :  Annonciation et Nativité. Parabole du Fils Prodigue. Don de Guillaume Molé et Simone Boucherat , 1499.  Réalisée en 1499 peut-être par Pierre I maçon (inscription ne notant que son prénom). Armoiries identifiées, devise "en attendant", monogrammes [du verrier]

-baies 134 et 234 : Vie de Joseph fils de Jacob ; réalisée en 1499, don d'Agnès Bonjean, veuve de Jehan Thévenin (écuyer et notaire royal à Troyes) son mari . Armoiries identifiées et monogrammes en baie 134. Inscription mentionnant le commanditaire et la date en baie 234.

-baies 136 et 236 : Histoire de Suzanne et du prophète Daniel ; réalisées en 1499 , don de Jean Coiffart, marchand de Troyes et de Marguerite, sa femme (inscription) ; les vitraux du 15e siècle du triforium (baie 136) ont disparu et sont remplacés par des vitraux du 20e siècle sur le thème de l'histoire de Daniel.

.

Le monogramme du donateur Jean Thévenin ?

Dans le tympan de la baie 134, quatre monogrammes à type de lettres entrelacées peuvent se lire JT, ou JC voire JCT. Ces initiales sont proches de celles des baies 136 et 236 , mais où je lis plutôt JC. Dans les deux cas, ces initiales ne correspondent à aucun des peintres-verriers de Troyes dont les noms ont été relevés par J.B Coffinet, mais bien à celles des donateurs : Jean Thévenin pour les baies 134 et 234, Jean Coiffart dans les baies 136 et 236. Par contre, la ressemblance entre ces monogrammes, amènent à postuler un peintre-verrier commun, mais anonyme. 

.

.

Les monogrammes que je suis amené à attribuer, après Coffinet, aux peintres-verriers, en baies 129 et 131 par exemple, sont bien différents, sans lettres réunies, mais asociant , comme les marques professionnelles (tailleurs de pierre), des chevrons VV et une sorte de clef.

.

.

Inscription de donation, datation (1499) et donatrice (Agnès, veuve Thévenin).

.

Comme sur les autres baies voisines, une inscription en lettres gothiques court en bas des six lancettes:

AGNES VESVE DE FEV JEHÃ[N] THEVENI[N] EN SO[N] VIVA[N]T ESCVIER ET NOTAIRE ROYAL A TROYES A DONNEE CESTE VERRIERE L'AN MI JJJJcc JJJJxx ET XI. PRIE DIEV POVR ELLE.

 

La donatrice  sera présentée lors de la description du panneau qui la représente, ainsi que ses armoiries.

Datation du vitrail : Selon Danielle Minois, une verrière est réalisée l'an qui suit sa donation, soit donc ici 1500.

Cette verrière n'est pas mentionnée dans les comptes de la cathédrale.

.

Description.

.

Les baies 134 (triforium) et 234 occupent la deuxième travée de la nef  côté sud. 

La baie 234, avec six lancettes réunies deux à deux sous deux mouchettes, et un tympan à treize ajours et écoinçons, mesure 10 m de haut et  6 m de large.

La baie 134, en dessous, au triforium, avec ses six lancettes réunies deux à deux sous un tympan à deux mouchettes et un soufflet, mesure 3, 50 m de haut et 6 m. de large.

.

Le sujet et ses rapport avec le théâtre religieux, et les enluminures.

.

L'histoire de Joseph est un véritable roman familial qui termine le Livre de la Genèse du chapitre 37 au chapitre 50, et qui suit la geste de Jacob (Gn. 25-36). 

Rappel :

Jacob a eu de Léa six fils, Ruben, Siméon, Lévi, Issachar et Zabulon.

Puis Jacob a eu de Rachel, sa femme préférée, deux fils, Joseph et Benjamin, puis Rachel est morte.

Il eut aussi de servantes ou concubines Dan et Nephtali, par Bilha, et Gad et Asser par Zilpa.

Ces douze fils seront les ancêtres des "douze tribus d'Israël" (autre nom de Jacob).

Fils préféré de Jacob, Joseph devient la cible de l’hostilité de ses onze demi-frères , d'autant qu'il leur raconte ses rêves où ces derniers se prosternent devant lui . Jaloux, ils l'abandonnent au fond d'un puits et présentent à Jacob sa tunique ensanglanté comme preuve de son décès accidentel. Sauvé mais vendu comme  esclave en Egypte, il devient l' intendant de Putiphar, officier du roi, mais il résiste aux avances de sa femme et est emprisonné. Mais grâce à son talent d'interprétation de rêves du Pharaon, il devient premier ministre, sauve l’Égypte et finit par retrouver les siens.

Les Pères de l'Église ont vu en Joseph une préfiguration du Christ (innocent sacrifié, trahi, mais sauvant les siens), ou un exemple de vertu malgré les épreuves.

.

Le Mistère du Vieil Testament par personnages , de 49 000 vers, qui fut joué à Paris en 1500 , et dont nous avons vu qu'il pouvait avoir inspiré plusieurs verrières de Troyes (La Patience de Job, l'Histoire de Daniel et de la chaste Suzanne, l'histoire de Tobie) consacre 8000 vers à l'Histoire de Joseph, sous le titre de "Mistère de Joseph", "Moralité de Joseph"  ou de "La Vendition de Joseph". Les manuscrits de ce Mistère du Vieil Testament sont perdus. Nous ignorons si le drame de Joseph a été joué à Troyes, ou si les commanditaires y avaient eu accès, mais il est manifeste que les bourgeois de Troyes ont commandités pour les verrières de la cathédrale des sujets qui sont à la même époque très en vogue sous forme de représentation théâtrale. Plus tard, une Moralité de la Vendition de Joseph  a été imprimée en 1538 et jouée à Paris à la même époque, puis on retrouve ce mistère à Nancy en 1557 et 1558,  à Draguignan en 1559, à Remiremont en 1603, et il fut reprit par Noël Georges en Bretagne au début du XVIIe siècle.

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5051p

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k50539

 

.

Les enluminures traitent abondamment de ce sujet. Voir Base Mandragore.

.

 

On remarquera que les 21 scènes de la baie 234 ne traitent que de la première partie de l'Histoire de Joseph, avant l'accession de celui-ci auprès du Pharaon, alors que les célèbres interprétations des songes du Pharaon occupent le triforium, alors que la reconnaissance de Joseph par ses frères et le retour en la maison de Jacob ne sont pas traités. La verrière de l'église Saint-Aspais de Melun, au XVIe siècle, traite en cinq scènes de l'ensemble de l'histoire. À Saint-Merry de Paris, trois verrières du chœur et une verrière du transept datant du milieu du XVIe siècle sont consacrées à ce récit. Déjà en la cathédrale de Chartres en 1205 la baie 41 lui est dédié, tandis qu'en la cathédrale de Rouen en 1220-1230 une baie offerte par les tondeurs de drap le raconte en sept médaillons.

 

.

 

 

 

Les baies 134 et 234 de l'Histoire de Joseph  de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

Les baies 134 et 234 de l'Histoire de Joseph de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

.

.

LA BAIE 234.

.

 

 

 

La baie 234 de l'Histoire de Joseph  de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

La baie 234 de l'Histoire de Joseph de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

La baie 234 de l'Histoire de Joseph  de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

La baie 234 de l'Histoire de Joseph de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

.

.

LA DONATRICE AGNÈS BONJEAN PRÉSENTÉE PAR SAINTE AGNÈS.

.

Sous l'inscription SA[N]CTA AGNES, la sainte est identifiable par sa palme du martyre et surtout par l'agneau blanc  renvoyant à la proximité sonore du mot latin agnus avec son prénom issu du grec agnê. Elle est nimbée de violet, ses cheveux blonds descendent devant sa poitrine, et sa robe rouge est ourlé de losanges blancs sur fond noir.

La donatrice est agenouillée mains jointes devant son prie-dieu drapé à ses armes. Un livre de prières y est ouvert, le fermoir en or servant de marque-pages. Elle porte une coiffe à bonnet noir, et une robe violette (couleur adoptée par la plupart des donateurs des verrières de Troyes). Cette robe est fourrée aux manches, et serrée à la taille par une ceinture orange, où est pendu un rosaire à gros grains. Autour de sa tête est déployé un phylactère portant ces mots MISERERE MEI DEUS

Le blason est un losange, donc féminin, mi parti en 1 de gueules à une étoile d'or à six branches, au chef d'argent chargé d'un lambel d'azur, qui est Thévenin, et en 2 d'or à la perdrix d'azur qui est Bonjean.

.

.

 

Jean Thévenin, seigneur d'Assencière et notaire royal est en exercice en 1449 et en 1486, et décédé en 1494.

Devenue veuve, Agnès Bonjean offrit  outre les baies 134  et 234 de la cathédrale,  la verrière de l'Arbre de Jessé , et un autre vitrail de sujet inconnu, en l'église de la Madeleine de Troyes

Une messe fut fondée chaque 12 novembre en l'église Sainte-Madeleine de Troyes, pour "Me Jean Thévenin et Agnès Bonjean sa femme, inhumés devant l'autel Saint-Antoine" (comptes de la fabrique  de l'église de la Madeleine.

.

Agnès Bonjean, donatrice de la baie 234 de l'Histoire de Joseph  de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

Agnès Bonjean, donatrice de la baie 234 de l'Histoire de Joseph de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

Agnès Bonjean, donatrice de la baie 234 de l'Histoire de Joseph  de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

Agnès Bonjean, donatrice de la baie 234 de l'Histoire de Joseph de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

.

.

L'HISTOIRE DE JOSEPH EN 21 TABLEAUX, AU TYMPAN PUIS  SUR TROIS REGISTRES DANS LES LANCETTES.

.

LE TYMPAN DE LA BAIE 234.

.

Les ajours du tympan sont remplis de rubans entrecroisés  rouges et verts délimitant des carreaux bleus ou rouges à fleurons jaunes, ou bien, dans les écoinçons, de rinceaux feuillagés sur fond rouge. Néanmoins, quatre soufflets reçoivent des scènes figurées qui débutent l'Histoire de Joseph par la représentation de ses songes. En outre, ils sont dominées par le blason de Jean Thévenin, à gauche, et d'Agnès Bonjean, à droite.

.

Tympan de la baie 234 de l'Histoire de Joseph  de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

Tympan de la baie 234 de l'Histoire de Joseph de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

Tympan de la baie 234 de l'Histoire de Joseph  de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

Tympan de la baie 234 de l'Histoire de Joseph de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

 

.

.

1 et 2 : Joseph et ses frères gardent leur troupeau. 

"Jacob habita la terre où son père était venu en immigré : la terre de Canaan. Voici l’histoire de la descendance de Jacob. Joseph, âgé de dix-sept ans, faisait paître le petit bétail avec ses frères. Le jeune homme accompagnait les fils de Bilha et les fils de Zilpa, femmes de son père. Il fit part à leur père de la mauvaise réputation de ses frères. Israël, c’est-à-dire Jacob, aimait Joseph plus que tous ses autres enfants, parce qu’il était le fils de sa vieillesse, et il lui fit faire une tunique de grand prix.  En voyant qu’il leur préférait Joseph, ses autres fils se mirent à détester celui-ci, et ils ne pouvaient plus lui parler sans hostilité. " Genèse chap. 37.

Sous le blason de Jean Thévenin les panneaux  montrent sept bergers gardant les troupeaux, aidés d'un chien à collier rouge. La plupart tiennent le bâton à extrémité creusée des bergers, un seul, assis, souffle dans un hautbois.


 

.

 

Tympan de la baie 234 de l'Histoire de Joseph  de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

Tympan de la baie 234 de l'Histoire de Joseph de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

.

.

3 et 4 : le songe des gerbes de blé et le songe des étoiles.

Joseph eut un songe et le raconta à ses frères qui l’en détestèrent d’autant plus.« Écoutez donc, leur dit-il, le songe que j’ai eu. Nous étions en train de lier des gerbes au milieu des champs, et voici que ma gerbe se dressa et resta debout. Alors vos gerbes l’ont entourée et se sont prosternées devant ma gerbe. » Ses frères lui répliquèrent : « Voudrais-tu donc régner sur nous ? nous dominer ? » Ils le détestèrent encore plus, à cause de ses songes et de ses paroles.

 Il eut encore un autre songe et le raconta à ses frères. Il leur dit : « Écoutez, j’ai encore eu un songe : voici que le soleil, la lune et onze étoiles se prosternaient devant moi. » Il le raconta également à son père qui le réprimanda et lui dit : « Qu’est-ce que c’est que ce songe que tu as eu ? Nous faudra-t-il venir, moi, ta mère et tes frères, nous prosterner jusqu’à terre devant toi ? » Ses frères furent jaloux de lui, mais son père retint la chose." Genèse chap. 37

.

Sous le blason mi-parti d'Agnès Bonjean, Joseph est représenté endormi dans la maison de son père, faisant le songe des onze gerbes s'inclinant devant la douzième. Du côté droit, le soleil, la lune et onze étoiles adorent Joseph.

.

Tympan de la baie 234 de l'Histoire de Joseph  de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

Tympan de la baie 234 de l'Histoire de Joseph de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

.

.

.

LES LANCETTES DE LA BAIE 234.

.

 

.

Lecture de haut en cas à partir de l'angle supérieur gauche. Le fil narratif suit le récit de Joseph dans la Genèse chapitre 30 à 50.

.

La baie 234 de l'Histoire de Joseph  de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

La baie 234 de l'Histoire de Joseph de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.


.

.

5 et 6. Jacob envoie Joseph chercher ses frères qui projettent de le tuer.

.

"Les frères de Joseph étaient allés à Sichem faire paître le troupeau de leur père.  Israël dit à Joseph : « Tes frères ne gardent-ils pas le troupeau à Sichem ? Va donc les trouver de ma part ! » Il répondit : « Me voici. » Jacob reprit : « Va voir comment se portent tes frères et comment va le troupeau, et rapporte-moi des nouvelles. » C’est de la vallée d’Hébron qu’il l’envoya, et Joseph parvint à Sichem.  Un homme le rencontra alors qu’il était perdu en pleine campagne, et lui demanda : « Que cherches-tu ? » Il répondit : « Je cherche mes frères. Indique-moi donc où ils font paître le troupeau. » L’homme dit : « Ils sont partis d’ici, et je les ai entendu dire : “Allons à Dotane !” »

Joseph continua donc à chercher ses frères et les trouva à Dotane.   Ceux-ci l’aperçurent de loin et, avant qu’il arrive près d’eux, ils complotèrent de le faire mourir.  »

.

Inscription : IOSEPH.

.

Jacob est figuré comme un bourgeois de Troyes, coiffé d'un chaperon et vêtu d'un manteau rouge fourré devant sa demeure. Il pose sa main sur son aumônière, signe de sa richesse. 

Joseph porte la belle tunique bleue offerte par son père en signe d'élection. Il tient un bâton et s'éloigne de la maison.

Quatre des frères montrent leur excitation par leurs gestes. L'un porte la houlette de berger, l'autre s'apprête à dégainer son glaive.

Le texte du Mistère de Joseph désigne cette scène sous le beau titre de "Du murmure des frères de Joseph à l'encontre de luy".

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9772636r/f448.item.texteImage#

 

.

La baie 234 de l'Histoire de Joseph  de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

La baie 234 de l'Histoire de Joseph de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

.

.

7 et 8. Sur le conseil de Ruben, qui modère ses frères, Joseph est précipité dans la citerne.
.

 " Ils se dirent l’un à l’autre : « Voici notre songeur qui arrive !  C’est le moment, allons-y, tuons-le, et jetons-le dans une de ces citernes. Nous dirons qu’une bête féroce l’a dévoré, et on verra ce que voulaient dire ses songes ! »  Mais Ruben les entendit, et voulut le sauver de leurs mains. Il leur dit : « Ne touchons pas à sa vie. »  Et il ajouta : « Ne répandez pas son sang : jetez-le dans cette citerne du désert, mais ne portez pas la main sur lui. » Il voulait le sauver de leurs mains et le ramener à son père. Dès que Joseph eut rejoint ses frères, ils le dépouillèrent de sa tunique, la tunique de grand prix qu’il portait, ils se saisirent de lui et le jetèrent dans la citerne, qui était vide et sans eau. Ils s’assirent ensuite pour manger. "

.

Inscription : RUBEN / IOSEPH.

.

À gauche, Ruben, en rouge, intercède en faveur de Joseph et désigne le puits.

À droite, Joseph, qui a été dépouillé de sa tunique bleue, est jeté dans le puits, tandis que ses frères mangent des pains, conformément au texte de la Genèse. 

Voir l'épisode correspondant du Mistère, "Comment Joseph est mis dans la citerne".

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9772636r/f466.item.texteImage

 

.

La baie 234 de l'Histoire de Joseph  de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

La baie 234 de l'Histoire de Joseph de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

.

.

9 et 10. Joseph est vendu à des marchands par ses frères. Juda reçoit vingt pièces d'argent.
 

.

"En levant les yeux, ils virent une caravane d’Ismaélites qui venait de Galaad. Leurs chameaux étaient chargés d’aromates, de baume et de myrrhe qu’ils allaient livrer en Égypte. Alors Juda dit à ses frères : « Quel profit aurions-nous à tuer notre frère et à dissimuler sa mort ? Vendons-le plutôt aux Ismaélites et ne portons pas la main sur lui, car il est notre frère, notre propre chair. » Ses frères l’écoutèrent. Des marchands madianites qui passaient par là retirèrent Joseph de la citerne, ils le vendirent pour vingt pièces d’argent aux Ismaélites, et ceux-ci l’emmenèrent en Égypte. 

Quand Ruben revint à la citerne, Joseph n’y était plus. Il déchira ses vêtements, revint vers ses frères et dit : « L’enfant n’est plus là ! Et moi, où vais-je donc aller, moi ? »"

.

Inscription : IOSEPHJVDAS

.

La baie 234 de l'Histoire de Joseph  de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

La baie 234 de l'Histoire de Joseph de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

.

.

11 et 12. Un bouc est égorgé pour tremper dans son sang la tunique de Joseph et faire croire à Jacob que son fils préféré est mort. Jacob, désespéré, déchire ses vêtements.

.
" Ils prirent alors la tunique de Joseph, égorgèrent un bouc et trempèrent la tunique dans le sang. Puis ils firent porter à leur père la tunique de grand prix, avec ce message : « Nous avons trouvé ceci. Regarde bien : est-ce ou n’est-ce pas la tunique de ton fils ? » Il la reconnut et s’écria : « La tunique de mon fils ! Une bête féroce a dévoré Joseph ! Il a été mis en pièces ! ».

Jacob déchira ses vêtements, mit un sac sur ses reins et porta le deuil de son fils pendant de longs jours. Ses fils et ses filles se mirent tous à le consoler, mais il refusait les consolations, en disant : « C’est en deuil que je descendrai vers mon fils, au séjour des morts. » Et son père le pleura."

.

Inscription : :JACOB.

.

La baie 234 de l'Histoire de Joseph  de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

La baie 234 de l'Histoire de Joseph de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

 

 

13 et 14. Joseph, mené en Egypte, est acheté par l'intendant du pharaon Putiphar, qui, bientôt, lui confie le gouvernement de sa maison.

.

Texte de la Genèse : "Joseph fut emmené en Égypte. Putiphar, dignitaire de Pharaon et grand intendant, un Égyptien, l’acheta aux Ismaélites qui l’avaient emmené là-bas. Le Seigneur était avec Joseph, et tout lui réussissait ; il vivait dans la maison de son maître, l’Égyptien.  Ce dernier vit que le Seigneur était avec Joseph et faisait réussir tout ce qu’il entreprenait. Joseph trouva grâce aux yeux de son maître qui l’attacha à son service : il lui donna autorité sur sa maison et remit entre ses mains tout ce qu’il possédait.

 Dès que l’Égyptien eut confié cette charge à Joseph, le Seigneur bénit sa maison, à cause de Joseph, et la bénédiction du Seigneur s’étendit sur tout ce que possédait l’Égyptien, sa maison et ses champs. Il abandonna entre les mains de Joseph tout ce qu’il possédait et ne s’occupa plus de rien, sinon de la nourriture qu’il prenait. Joseph avait belle allure et il était agréable à regarder."

.

Inscription à gauche : PVTIPHAR. Putiphar (en toque et robe violette fourrée des bourgeois de Troyes), achète Joseph au marchand.

Inscription à droite : IOSEPH. Assis sur le lit dans la chambre de Joseph, un tailleur lui confectionne un manteau écarlate. On voit comme la tunique de Joseph sert d'objet clef dans le récit : d'abord bleue , elle devient aux yeux de son père une preuve d'identification. Puis, rouge, elle servira également de preuve de la culpabilité de Joseph. Mais ces deux tuniques-preuves se révèleront trompeuses.

Voir la scène du Mistère : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k50539/f158.item Toute l'histoire était désignée dans le drame comme celle du "petit Joseph" : commence alors celle du "grand Joseph".

.

La baie 234 de l'Histoire de Joseph  de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

La baie 234 de l'Histoire de Joseph de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

.

.

 

15 et 16. La femme de Putiphar veut le séduire : il résiste et abandonne sa tunique. La femme de Putiphar l’accuse de l’avoir séduite.

.

 "À quelque temps de là, la femme de son maître leva les yeux sur Joseph et dit : « Couche avec moi ! » Mais il refusa et répondit à la femme de son maître : « Voici que mon maître ne s’occupe plus de rien dans la maison. Tout ce qu’il possède, il l’a remis entre mes mains. Dans cette maison, il ne m’est pas supérieur et il ne me refuse rien, sinon toi, car tu es sa femme. Comment donc pourrai-je commettre ce grand mal et pécher contre Dieu ? ». Chaque jour, elle insistait auprès de Joseph. Mais lui n’acceptait pas de partager sa couche et d’être à elle. 

Vint le jour où Joseph entra dans la maison pour faire son travail, alors qu’aucun domestique n’était là.  La femme l’attrapa par son vêtement, en disant : « Couche avec moi ! » Mais il abandonna le vêtement entre ses mains et s’enfuit au-dehors.

Lorsqu’elle réalisa que, dans sa fuite, il avait abandonné son vêtement entre ses mains, elle appela ses domestiques et leur dit : « Voyez ça ! On nous a amené un Hébreu pour se jouer de nous ! Il est venu vers moi pour coucher avec moi, et j’ai appelé à grands cris. Alors, quand il m’a entendu élever la voix pour appeler, il a abandonné son vêtement à côté de moi et s’est enfui au-dehors. » Elle garda près d’elle le vêtement de Joseph, jusqu’à ce que le maître rentre chez lui. Elle lui tint alors le même langage : « Le serviteur hébreu que tu nous as amené est venu vers moi pour se jouer de moi. Mais j’ai appelé à grands cris, et il a abandonné son vêtement à côté de moi et s’est enfui au-dehors. » Quand le maître entendit sa femme lui dire : « Voilà comment ton serviteur a agi envers moi ! », il s’enflamma de colère. "

.

La baie 234 de l'Histoire de Joseph  de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

La baie 234 de l'Histoire de Joseph de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

.

.

17 et 18. Joseph est jeté en prison. Le songe du  sommelier de Pharaon.

.

"Le maître de Joseph se saisit de lui et le jeta dans la prison où étaient enfermés les prisonniers du roi.

"À quelque temps de là, l’échanson du roi d’Égypte ainsi que le panetier commirent une faute envers leur maître, le roi d’Égypte.  Pharaon s’irrita contre ses deux dignitaires, le grand échanson et le grand panetier,  et il les fit mettre au poste de garde, dans la maison du grand intendant, au lieu même où Joseph était prisonnier. 

 Une même nuit, l’échanson et le panetier du roi d’Égypte firent tous deux un songe, alors qu’ils étaient prisonniers dans la prison.

Le grand échanson raconta à Joseph le songe qu’il avait fait : « J’ai rêvé qu’une vigne était devant moi.  Elle portait trois sarments. Elle bourgeonnait, fleurissait, puis ses grappes donnaient des raisins mûrs.  J’avais entre les mains la coupe de Pharaon. Je saisissais les grappes, je les pressais au-dessus de la coupe de Pharaon et je lui remettais la coupe entre les mains. »  Joseph lui dit : « Voici l’interprétation : les trois sarments représentent trois jours.  Encore trois jours et Pharaon t’élèvera la tête, il te rétablira dans ta charge, et tu placeras la coupe entre ses mains, comme tu avais coutume de le faire précédemment quand tu étais son échanson. Mais quand tout ira bien pour toi, pour autant que tu te souviennes d’avoir été avec moi, montre ta faveur à mon égard : rappelle-moi au souvenir de Pharaon et fais-moi sortir de cette maison !  En effet, j’ai été enlevé au pays des Hébreux, et là non plus je n’avais rien fait pour qu’on me jette dans la citerne. »

[...]

 Toutefois le grand échanson ne se souvint pas de Joseph ; il l’oublia."

 

Le garde qui menace Joseph d'un bâton porte un gilet mi-parti rouge et vert : cet effet de rayure est porté par exemple par  les marginaux, les bourreaux ou les lansquenets, ou les marins.

Le sommelier est endormi, la tête appuyée sur les montants d'un cep, qui immobilise ses pieds. Son rêve est représenté fidèlement, et il presse les grappes au dessus de la coupe du pharaon.

.
.

La baie 234 de l'Histoire de Joseph  de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

La baie 234 de l'Histoire de Joseph de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

.

.

19 et 20. Le songe du panetier. Joseph interprète leurs rêves.
.

" Voyant que Joseph avait fait une interprétation favorable, le grand panetier lui dit : « Moi, j’ai rêvé que je portais sur la tête trois corbeilles de gâteaux. Et dans la corbeille d’au-dessus, il y avait tous les aliments que le panetier fabrique pour la nourriture de Pharaon, et les oiseaux picoraient dans la corbeille au-dessus de ma tête. » Joseph répondit : « Voici l’interprétation : les trois corbeilles représentent trois jours. Encore trois jours et Pharaon t’élèvera la tête, il te pendra à un arbre, et les oiseaux picoreront ta chair. »"

.

Inscription IOSEPH

Phylactère : SIC SOMPUIAVIMVS, pour sic sompniavimus "ainsi avons-nous vu en songe" , qui se rapporte au verset Gn 41:11 ou bien au sic somnium vidimus Gn 40:8 . Sompnia est la forme ancienne de somnia.

Le panetier est condamné au cep comme son collègue, et il est accoudé endormi sur le montant. Trois oiseaux noir, blanc et rouge picorent les pains.

À droite, les deux officiers du pharaon sont au cep, et Joseph a également les jambes entravées par un fer et une chaîne.

 

 

.

La baie 234 de l'Histoire de Joseph  de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

La baie 234 de l'Histoire de Joseph de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

.

.

21. Comme l'avait prédit Joseph, le panetier est pendu et le sommelier est rétabli dans sa charge. 

.

"Le troisième jour, jour anniversaire de Pharaon, celui-ci fit un festin pour tous ses serviteurs. Il éleva la tête du grand échanson et celle du grand panetier en présence de ses serviteurs :  il rétablit dans sa charge le grand échanson, et celui-ci plaça la coupe entre les mains de Pharaon ; mais le grand panetier, il le pendit, comme l’avait annoncé Joseph."

Note : comme sur la verrière de Job en baie 131-231, la bouche du pharaon est une pièce montée en chef-d'œuvre.

Note : sur tout le registre inférieur, les coins supérieurs sont décorés de deux boules rouges. C'est aussi le cas, mais pour le registre moyen, de la baie 236 de l'Histoire de Danielle . C'est là un deuxième point commun, avec le monogramme FC/FT.

.

La baie 234 de l'Histoire de Joseph  de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

La baie 234 de l'Histoire de Joseph de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

.

.

LA BAIE 134 (TRIFORIUM).

.

 

La baie 134 de l'Histoire de Joseph  de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

La baie 134 de l'Histoire de Joseph de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

.

 

.

22 et 23. les rêves du pharaon : les vaches grasses et les vaches maigres. Les épis de blé.

.

texte de la Genèse : "Deux ans plus tard, Pharaon eut un songe. Il se tenait debout près du Nil, et voici que montaient du Nil sept vaches, belles et bien grasses, qui broutaient dans les roseaux. Puis, derrière elles, montaient du Nil sept autres vaches, laides et très maigres. Elles se tenaient à côté des premières, sur la rive du Nil. Et les vaches laides et très maigres mangeaient les sept vaches belles et bien grasses. Alors Pharaon s’éveilla. Il se rendormit et fit encore un songe : sept épis montaient sur une seule tige ; ils étaient gros et beaux. Puis, après eux, germaient sept épis maigres et desséchés par le vent d’est. Et les épis maigres avalaient les sept épis gros et pleins.

Alors Pharaon s’éveilla : c’était un songe ! Mais le matin, son esprit était troublé ; il fit convoquer tous les magiciens et tous les sages d’Égypte. Pharaon leur raconta les songes, mais personne ne pouvait les interpréter.

Alors le grand échanson parla à Pharaon en ces termes : « Aujourd’hui, je me rappelle mes fautes. Pharaon s’était irrité contre ses serviteurs et il m’avait mis au poste de garde, dans la maison du grand intendant, et avec moi, le grand panetier. Une même nuit, nous avons fait un songe, moi et lui. Et chacun des songes avait sa propre signification. Il y avait là, avec nous, un jeune Hébreu, serviteur du grand intendant. Nous lui avons raconté nos songes et il a donné à chacun l’interprétation du songe qu’il avait fait. Et ses interprétations s’avérèrent exactes : moi, on m’a rétabli dans ma charge, et l’autre, on l’a pendu. »

 .

Inscription PHARAO.

Le pharaon est endormi, tête appuyée sur le bras accoudé dans l'attitude du songeur. 

La bouche est montée en chef-d'œuvre.

Le rêve des épis murs et des épis flétris est en haud, celui des vaches est en bas.

.

La baie 134 de l'Histoire de Joseph  de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

La baie 134 de l'Histoire de Joseph de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

.

.

 

24 et 25. Le sommelier appelle Joseph, fers au pieds, pour qu’il interprète le songe de Pharaon.
.

"Pharaon fit appeler Joseph. En toute hâte, on le tira de son cachot. Il se rasa, changea de vêtements et se rendit chez Pharaon. Pharaon dit à Joseph : « J’ai fait un songe et personne ne peut l’interpréter. Mais j’ai entendu dire de toi, qu’il te suffit d’entendre raconter un songe pour en donner l’interprétation. » Joseph répondit à Pharaon : « Ce n’est pas moi, c’est Dieu qui donnera à Pharaon la réponse qui lui rendra la paix. »

 Alors, Pharaon dit à Joseph : « Dans le songe, j’étais debout au bord du Nil, et voici que montaient du Nil sept vaches, bien grasses et de belle allure, qui broutaient dans les roseaux. Puis, derrière elles, montaient sept autres vaches, chétives, très laides et décharnées. Je n’en avais jamais vu d’une telle laideur dans tout le pays d’Égypte. Les vaches décharnées et laides mangeaient les premières vaches, les grasses, qui entraient dans leur panse. Mais on ne s’apercevait pas que les grasses étaient entrées dans leur panse : elles restaient aussi laides qu’avant. Alors je me suis réveillé. Mais j’ai encore vu, en songe, sept épis qui montaient sur une seule tige ; ils étaient pleins et beaux. Puis, après eux, germaient sept épis durcis, maigres et desséchés par le vent d’est. Et les épis maigres avalaient les sept beaux épis. J’en ai parlé aux magiciens, mais personne n’a pu me fournir d’explication. » Joseph répondit à Pharaon : « Pharaon n’a eu qu’un seul et même songe. Ce que Dieu va faire, il l’a indiqué à Pharaon. Les sept belles vaches représentent sept années, et les sept beaux épis, sept années : c’est un seul et même songe ! Les sept vaches décharnées et laides qui montaient derrière les autres représentent sept années ; de même, les sept épis vides et desséchés par le vent d’est. Ce seront sept années de famine. C’est bien ce que j’ai dit à Pharaon : ce que Dieu va faire, il l’a montré à Pharaon. Voici qu’arrivent sept années de grande abondance dans tout le pays d’Égypte. Mais après elles viendront sept années de famine : alors on oubliera toute abondance dans le pays d’Égypte, la famine épuisera le pays. On ne saura plus ce que pouvait être l’abondance dans le pays, tant la famine qui suivra pèsera lourdement. Si le songe de Pharaon s’est répété une seconde fois, c’est que la décision de Dieu est bien arrêtée et qu’il va se hâter de l’exécuter. 

Maintenant donc, que Pharaon voie s’il y a un homme intelligent et sage pour l’établir sur le pays d’Égypte.Que Pharaon agisse en instituant des fonctionnaires sur le pays d’Égypte, afin de prélever le cinquième des récoltes pendant les sept années d’abondance. Ils recueilleront toute la nourriture de ces bonnes années qui viennent et, sous l’autorité de Pharaon, ils entasseront dans les villes du froment comme nourriture : ils le garderont en réserve. Ainsi, il y aura une réserve de nourriture pour le pays en vue des sept années de famine qui suivront dans le pays d’Égypte, et la famine ne détruira pas le pays. » Cette proposition plut à Pharaon et à tous ses serviteurs. Pharaon leur dit : « Trouverons-nous un homme comme celui-ci, qui a l’esprit de Dieu en lui ? »"

.

Inscription : IOSEPH

Inscription : SOMPNIORUM INTERPRETATOR EST, "voilà celui qui explique les songes".

.

Le sommelier vient de libérer Joseph de ses chaines (il est nu-pied) et le présente au pharaon.

Fond damassé. Bouche montée en chef-d'œuvre.

.

 

La baie 134 de l'Histoire de Joseph  de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

La baie 134 de l'Histoire de Joseph de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

.

.

26 et 27. Pharaon nomme Joseph administrateur de son royaume et de ses biens.

.

"Alors, Pharaon dit à Joseph : « Dès lors que Dieu t’a fait connaître tout cela, personne ne peut être aussi intelligent et aussi sage que toi. C’est toi qui auras autorité sur ma maison ; tout mon peuple se soumettra à tes ordres ; par le trône seulement, je serai plus grand que toi. ». Pharaon dit à Joseph : « Vois ! Je t’établis sur tout le pays d’Égypte. »  Il ôta l’anneau de son doigt et le passa au doigt de Joseph ; il le revêtit d’habits de lin fin et lui mit autour du cou le collier d’or. Il le fit monter sur son deuxième char et on criait devant lui : « À genoux ! » Et ainsi il l’établit sur tout le pays d’Égypte.  Pharaon dit encore à Joseph : « Je suis Pharaon. Mais sans ta permission, personne ne lèvera le petit doigt dans tout le pays d’Égypte. » .Pharaon appela Joseph Safnath-Panéah et lui donna pour femme Asnath, fille de Poti-Phéra, prêtre de One. Alors Joseph partit inspecter le pays d’Égypte."

.

Le pharaon tenant son sceptre remet son anneau à Joseph, qui porte le collier d'or. Il est sous un dais à franches multicolores, sur un char doré tiré par un cheval harnaché d'or. Sur le cheval, un héraut portant une toque à plumet et un pourpoint damassé bleu à manches exubérantes sonne de la trompe.

.

Inscription PHARAO

.

La baie 134 de l'Histoire de Joseph  de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

La baie 134 de l'Histoire de Joseph de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

.

.

LES TYMPANS DE LA BAIE 134 : MONOGRAMMES ET INSCRIPTIONS.

.

Ces tympans portent les armes partielles (l'étoile d'or sur fond rouge) de Jean Thévenin et son monogramme JT, et sa devise LAUX DEO (louange à Dieu) ainsi que le monogramme du Christ IHS.

La devise a été aussi celle de la famille de Clugny. BnF NAL3209. C'est un extrait de l'office des morts Requiem eternam dona eis domine : et lux perpetua luceat eis laux deo pax vivis re.

 

.

.

Tympan de la baie 134 de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

Tympan de la baie 134 de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

Tympan de la baie 134 de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

Tympan de la baie 134 de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

Tympan de la baie 134 de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

Tympan de la baie 134 de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

.

.

SOURCES ET LIENS.

— COFFINET (Abbé Jean-Baptiste), 1858, Les peintres-verriers de Troyes pendant trois siècles depuis 1375 jusqu'à 1690 "Peintres-verriers. Nomenclature des peintres-verriers de Troyes depuis 1375 jusqu'à 1690". Annales archéologiques, 1858, t. 18, p. 212-224.

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9693408c/f153.item

 

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9693408c/f250.item

— FICHOT (Charles), 1889, Statistique monumentale du département de l'Aube page 220

https://www.google.fr/books/edition/Statistique_monumentale_du_d%C3%A9partement/-6jnG1emOHgC?hl=fr&gbpv=1&dq=civitas+ninive&pg=PA220&printsec=frontcover

—  JUBAINVILLE (Henri d'Arbois de), 1862, "Documents relatifs aux travaux de construction faits à la cathédrale de Troyes pendant les XIIIe, XIVe et XVe siècles" [second article].Bibliothèque de l'École des chartes  Année 1862  23  pp. 393-423

https://www.persee.fr/doc/bec_0373-6237_1862_num_23_1_445819

https://www.persee.fr/doc/bec_0373-6237_1862_num_23_1_461956

— LAFOND (Jean) 1955, "Les vitraux de la cathédrale Saint-Pierre de Troyes". In Société française d'archéologie, éd. Congrès archéologique de France : 113e session, Troyes, 1955. Orléans ; Nogent-le-Rotrou, 1957, p. 29-62.

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k32099177/f59.item

— LEDIT (Charles-J. Abbé) 1948,  Les Hautes verrières de la cathédrale de Troyes, préfacées par S. E. Mgr Julien Le Couedic,.

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k3339359k.texteImage?lang=FR

— LIEZ (Jean-Luc), 2022, "Regard(s) sur l’héraldique à Troyes au XVIe siècle". ffhal-03940420f

https://hal.science/hal-03940420/document

—MÂLE (Emile), 1908, "L’art français de la fin du moyen âge", Revue des Deux Mondes tome 43, 1908

https://fr.wikisource.org/wiki/L%E2%80%99Art_fran%C3%A7ais_de_la_fin_du_moyen_%C3%A2ge_-_Les_aspects_nouveau_du_culte_des_saints

—MARSAT (André), ‎Charles J. Ledit, ‎Angelico Surchamp · 1972 Cathédrale de Troyes, les vitraux

— MINOIS (Danielle), 2005 "Le vitrail à Troyes : les chantiers et les hommes (1480-1560)" .Sorbonne Université presses Corpus vitrearum France Etudes VI, 1 vol. (475 p.-XXIV p. de pl.) : ill. en noir et en coul., jaquette ill. en coul. ; 33 cm

https://www.persee.fr/doc/bulmo_0007-473x_2008_num_166_1_2453_t14_0085_0000_1

— MINOIS (Danielle), 2003, thèse d'histoire de l'art Paris IV sous la direction de Fabienne Joubert et Michel Hérald,  La peinture sur verre à Troyes à la fin du Moyen Age

—PASTAN (Élisabeth C.  BALCON (Sylvie), 2006,  "Les vitraux du chœur de la cathédrale de Troyes (xiiie siècle)", Paris, Cths, coll. « Corpus vitrearum - France II », 2006, 539 p.

https://www.persee.fr/doc/bulmo_0007-473x_2010_num_168_3_7592_t19_0308_0000_1

— RIVIALE (Laurence),  "Danielle Minois, Le vitrail à Troyes : les chantiers et les hommes (1480-1560). Paris, P.U.P.S., 2005, 475 p. (Corpus vitrearum France, études VI)." In: Bulletin Monumental, tome 166, n°1, année 2008. La galerie à Paris (XIVe-XVIIe siècle) pp. 85-86.

https://www.persee.fr/doc/bulmo_0007-473x_2008_num_166_1_2453_t14_0085_0000_1

— TRIDON (Abbé), 1866,  Visite de la cathédrale de Troyes

http://bibnum.enc.sorbonne.fr/omeka/files/original/fa6e003ba720fd499741406274f973dd.pdf

— SITES

Eglises du confluent :

https://www.eglisesduconfluent.fr/Pages/VIT-10Troyes-CathStPierreStPaul.php

https://www.eglisesduconfluent.fr/Pages/AT-Genese-Josep2.php

Archives de la cathédrale de Troyes :

https://www.google.fr/books/edition/INVENTAIRE_SOMMAIRE_DES_ARCHIVES_DEPARTE/RZcNAAAAQAAJ?hl=fr&gbpv=1&dq=%22la+Mosl%C3%A9e%22&pg=PA315&printsec=frontcoverhttps://www.patrimoine-histoire.fr/Patrimoine/Troyes/Troyes-Saint-Pierre-et-Saint-Paul.htm

Inventaire :

https://www.pop.culture.gouv.fr/notice/palissy/IM10000423

https://www.pop.culture.gouv.fr/notice/palissy/IM10000404

https://www.pop.culture.gouv.fr/notice/palissy/IM10000405

.

https://www.culture.gouv.fr/ar/29/5/2/2/4/Travaux-de-mise-en-securite-et-de-protection-de-la-Cathedrale-de-Troyes

.

https://abedehem.blogspot.com/2016/11/des-troyens-en-champagne.html

 

 

Partager cet article
Repost0
Published by jean-yves cordier - dans Vitraux : Troyes. Vitraux Troyes Héraldique Inscriptions
9 mars 2024 6 09 /03 /mars /2024 19:23

Les vitraux de la nef de la cathédrale de Troyes  : les baies n°133 et 233 : légende de saint Sébastien ; réalisée en 1501 par Lievin Varin, don de la confrérie de Saint-Sébastien.

.

Voir sur les vitraux de la cathédrale de Troyes :

.

 

.

PRÉSENTATION GÉNÉRALE.

.

Avec 1 500 m² de verrières, allant du XIIIe au XIXe siècle, la cathédrale de Troyes est   l’un des plus vitrées de France.  Elle possède un triforium totalement vitré, (situé à mi-hauteur et qui fait le tour du bâtiment), ce qui est assez exceptionnel. Les vitraux de la cathédrale de Troyes sont considérés comme une œuvre majeure de la peinture sur verre en France. 

 

Les 20 verrières hautes de la nef forment un ensemble homogène. Elles ont été réalisées entre 1498 et 1505 par plusieurs peintres-verriers  dont le nom de certains sont connus (Pierre Maçon, Jean Verrat, Balthasar Godon, Lievin Varin et le cartonnier Nicolas Cordonnier). Parmi les 66 « verriers » recensés dans les archives entre 1470 et 1560, 37 peuvent être considérés comme des peintres verriers. Regroupés autour de la collégiale Saint- Urbain, ils travaillaient au sein de structures familiales et fondaient des dynasties, comme les Verrat ou les Macadré. Leur atelier était une petite structure dirigée par un peintre verrier qui n’employait qu’un ou deux serviteurs, selon ses moyens, comme on le voit à Paris et en Provence (D. Minois).

Selon le rédacteur de la notice de l'Inventaire, rédigée en 1999, "Leur iconographie répond à la seule volonté des multiples donateurs. Leur véritable lien provient plus de la technique que du style : les peintres-verriers ont mis l'accent sur la lisibilité des compositions (larges registres de scènes, mise en valeur des faits et gestes des personnages par la réduction du rôle de l'architecture et des arrières-plans, modelé très appuyé, absence de chef-d'oeuvre et de gravure sauf dans la baie 233). Certains aspects rappellent les vitraux du milieu du 13e siècle des parties hautes du choeur : la gamme colorée très vive avec barbes et cheveux en pleine couleur, la mise en plomb des yeux de certains personnages, les fonds de mosaïque. Si la Renaissance italienne ne s'y fait pas encore sentir, Jean Lafond reconnaît une influence venue de l'est dans la verrière de saint Pierre (notamment l'atelier strasbourgeois de Pierre d'Andlau). Pour Emile Mâle, la présence dans ces verrières d'une forte veine d'inspiration populaire évoque l'imagerie d'Epinal."

Au contraire, Danielle Minois (2003 ; 2005) souligne la cohérence de ces ensembles qui illustrent en un discours argumenté et savant l’histoire du salut. "Seul un clergé cultivé a pu élaborer ces programmes ; il l’a donc imposé aux donateurs qui l’ont financé. Parce que « le choix des sujets des verrières posées dans les églises est un reflet de la vie intellectuelle et religieuse », elle signale en outre les réactions des commanditaires face à la Réforme à travers les thèmes choisis, surtout après 1550 : l’histoire de Daniel ou de Tobie, la légende de l’hostie profanée. Elle montre comment les mêmes thèmes peuvent changer de sens face à un climat de remise en cause de l’Église romaine." (L. Rivale)

Ces 20 verrières hautes de la nef se répartissent entre les baies du triforium (galerie à trois arcades entre chaque travée), qui portent les numéros 127 à 136, et, au dessus de celles-ci, les baies hautes homologues portant les numéros 227 à 236. Selon la numérotation internationale des vitraux, les baies nord portent un numéro impair et les baies sud un numéro pair.

Les baies 133 (triforium) et 233 occupent la deuxième travée de la nef  côté nord. 

.

Nous avons donc ainsi :

a) du côté nord, depuis le transept vers le fond de la nef :

-baies 127 et 227 : Saints ; vie de saint Pierre.  réalisée en 1502, don d'Henri II de Lorraine Vaudémont, évêque de Metz ;

-baies 129 et 229 : Histoire de Tobie. 1500 ; don de Jean Fuestot l'Aîné (marchand et bourgeois de Troyes dans l'Aube) et de Denise Chappelain sa femme. Monogramme [du peintre verrier en tête de lancette de la baie 129].

-131 et 231 : Adoration des mages, et Histoire de Job. Don de Jeanne de Mesgrigny veuve de Jean Molé. 1501. Inscription et armoiries. Monogramme d'un verrier au tympan.

-133 et 233 : légende de saint Sébastien ; réalisée en 1501 par Lievin Varin, don de la confrérie de saint Sébastien .

- 135 et 235 : Légende de la Vraie Croix ; réalisées entre 1501 et 1502 par Jean Verrat, don de Claude Dorigny, veuve de Jean Péricard. Armoiriesidentifiées. Monogrammes. Très restaurées au XIXe.

b) du côté sud :

-baies 128 et 228 : Calvaire ; saints et saintes. 1499 ; peintre-verrier Balthazar Godon ; armoiries (identifiées) : Jean Huyard chanoine de la cathédrale, et Guillaume Huyard avocat du roi à Troyes 

-baies 130 et 230 : Arbre de Jessé. Verrières réalisées par Lievin Varin entre 1498 et 1499, don de Jean de Marisy et Guillemette Phélipe sa femme. En baie 230, toute la famille de Jean de Marisy et de Guillemette Phélipe (ses frères, ses 9 filles et belles-filles) est représentée au bas de cette verrière. Armoiries.

-baies 132 et 232 :  Annonciation et Nativité. Parabole du Fils Prodigue. Don de Guillaume Molé et Simone Boucherat , 1499.  Réalisée en 1499 peut-être par Pierre I maçon (inscription ne notant que son prénom). Armoiries identifiées, devise "en attendant", monogrammes [du verrier]

-baies 134 et 234 : Vie de Joseph (biblique) ; réalisée en 1499, don d'Agnès Bonjean, veuve de Jehan Thévenin (écuyer et notaire royal à Troyes) son mari . Armoiries identifiées et monogrammes en baie 134. Inscription mentionnant le commanditaire et la date en baie 234.

-baies 136 et 236 : Histoire de Suzanne et du prophète Daniel ; réalisées en 1499 , don de Jean Corart, marchand de Troyes et de Marguerite, sa femme (inscription) ; les vitraux du 15e siècle du triforium (baie 136) ont disparu et sont remplacés par des vitraux du 20e siècle sur le thème de l'histoire de Daniel.

.

 

 

 


.

Donation par la confrérie de saint Sébastien et datation en 1501 : inscription au triforium et en baie 233.

L'inscription qui court tout le long du registre inférieur des lancettes de la baie 233 indique :

LA CONFRARIE DE SAINT SEBASTIAEN ONT DONNE CESTE VERRIERE LAN MIL CINQ CENT UN. DIEU LES GARD[E]

Note : la graphie "confrarie Monsr Saint Sebastian" issue de l'ancien français (latin confratria) se retrouve dans les comptes de la confrérie en 1483-1486 (AD registre G2513). Elle comporte la liste de ceux "qui ont prins cierge"

.

Attribution et datation : d'après les archives de la cathédrale.

.

"Payé à un maçon pour aider Lyénin le verrier à refaire les escharfauds de la verrière de St. Sébastien"

 

Selon D. Minois, la pose de la verrière en trois fois révèle sans doute la fréquence des versements effectués par les confrères , la date de 1501 qui est inscrite correspondant au dernier acompte

.

Héraldique.

Selon la notice de la base Palissy; un écu armorié avait été mis en place en 1502/1503 par Jeançon Garnache et Nicolas Hulins, mais il a disparu.

 

.

Description

La baie 233, avec six lancettes réunies deux à deux sous deux mouchettes, et un tympan à treize ajours et écoinçons, mesure 10 m de haut et  6 m de large.

La baie 133, en dessous, au triforium, avec ses six lancettes réunies deux à deux sous un tympan à deux mouchettes et un soufflet, mesure 3, 50 m de haut et 6 m. de large.

​.

La confrérie de saint Sébastien à Troyes.

La confrérie de saint Sébastien de Troyes est présente dans les comptes de la fabrique dès 1380. Si les créations de confréries à Troyes datent de ces années 1380, elles explosent vers 1510 et leurs nombres passent de 25 à 81 (S. Simiz). Celle de Saint-Sébastien doit son développement aux épidémies de peste,  et donc aux soins d'inhumation.

Confrérie d'intercession ou de fonction ?

Le rôle de l'intercession auprès de saint Sébastien contre la peste est clairement énoncée sur la verrière de la cathédrale, comme elle l'est à Saint-Nizier de Troyes. Une épidémie a frappé Troyes entre 1491 et 1499, donnant tous son sens à l'invocation du tympan : Saint Sébastien ami de dieu garde nous de tous lieux de peste.

Dans les villes, la défense était confiée à des groupes d'archers et arbalétriers. Je n'ai trouvé que des documents insuffisants pour savoir si, à Troyes, la confrérie de saint Sébastien a été dès l'origine une confrérie d'archers, comme c'est attesté en 1520 sur la verrière du martyre de saint Sébastien de l'église Saint-Nizier de Troyes  ("don de la confrérie des archers") qui comporte aussi des invocations contre la peste. La confrérie possédait aussi en 1515-1516 un autel en l'église Sainte-Madeleine de Troyes. Dans la cathédrale Saint-Pierre, leur autel se trouvait dans le transept méridional, et associé dès le XVe siècle à l'autel de Sainte-Hélène. Une messe y fut fondée dès 1340, des inhumations eurent lieu dans cette chapelle.

 

La confrérie possédait certainement un bâton de procession à l'effigie du saint patron, et sa garde était attribuée au bâtonnier. À Troyes en 1502-1503 ou 1512-1513, il s'agissait d'une femme. Lors de sa prise de fonction, elle offrait du linge d'autel pour la chapelle. La procession faisait le tour de la ville lors de la fête du saint. Le jour de la Saint-Sébastien on allait, en magnifique cortège, tirer le papegai sur le pré. Celui qui abattait l’oiseau était proclamé roi ; l’abattait-on trois années de suite, on devenait empereur. Le soir, on dînait aux frais de la ville.

 

—Saint-Nizier de Troyes vers 1520

Inscription : DON DE LA CONFRERIE DES ARCHERS ET INVOCATION CONTRE LA PESTE (BANDEROLES DES ECOINÇONS)

Sujet : saint Sébastien au martyr est décoré du collier de l'ordre de Saint-Michel. fond damassé au tympan

https://www.pop.culture.gouv.fr/notice/palissy/IM10000168

—église Sainte-Madeleine de Troyes :

https://www.pop.culture.gouv.fr/notice/palissy/PM10002427

Au pied de ce pilier était l'autel de la confrérie de Saint-Sébastien en 1515-1516. Cette oeuvre est caractéristique des statues auboises du 16e siècle représentant Saint-Sébastien portant le collier de l'ordre de Saint-Michel qui fut créé par Louis XI, en 1469. Elle pourrait avoir été créée à l'épo

.

Le lien entre la verrière et le theâtre religieux.

J'ai souligné ce lien pour les verrières consacrées à Job, à Tobie et à Daniel : il peut aussi être argumenté pour la légende de saint Sébastien.

 "En 1497, la ville de Chalon-sur-Saône, qui depuis six ans souffre de la peste, décide, pour désarmer la colère de Dieu, de faire jouer le mystère de Saint-Sébastien. Abbeville représente, en 1458, le jeu de Monsieur saint Adrien, en 1493, la vie de Monsieur saint Roch. Souvent, à la suite de ces représentations, les spectateurs formaient des associations pieuses qui perpétuaient le culte des défenseurs de la cité contre les épidémies. Les confréries vouées à un et souvent à plusieurs de ces saints protecteurs abondaient."

Le manuscrit d'un Mystère de saint Sébastien du XVe siècle en vers français est conservé par la BnF NAF 1051

Arlima signale l'Histoire de Monseigneur saint Sébastien BnF fr 12539, incomplet, du XVe siècle, et L'ystoire de monseigneur sainct Sebastien, pour la premiere journee a LX personnaiges… jouee par les habitans de Lans-en-Villard, en Savoie (en mai 1567), manuscrit du XVIe siècle BnF NAF 7521.

.

Saint Sébastien et le collier de l'Ordre de Saint-Michel.

Saint Sébastien porte, sur ces baies 133 et 233, le collier de l'Ordre de Saint-Michel, dans sa première version bien entendu (l'Ordre a été créé en 1469 mais François Ier a remplacé en 1515 les aiguillettes en double las du collier par une cordelière). Cette particularité se retrouve à la même époque dans la statuaire de l'Aube, et un bel exemple de statue en bois est conservé au Musée de l'Archerie et du Valois de Crépy-en-Valois, datant de la fin du XVe/début XVIe siècle.

Laurent Hablot a étudié ces Sébastien au collier est souligne que, "en Champagne au moins, le port de ce collier par le saint patron des confréries d'archers permettait de faire le lien entre ces milices, avatars des francs archers de l'Ordonnance et le service du roi, une façon aussi d'ennoblir à travers son patron la confrérie comme personne morale à défaut que ses membres roturiers puissent prétendre à cette distinction royale réservée à la noblesse. Au XVIe-XVIIe, plusieurs de ces confréries décerneront au "roi du Papegau" un collier très proche formellement des colliers d'ordre de chevalerie (dans le Nord et en Flandres, quasi répliques de la Toison d'or). Peut-être qu'à Troyes au XVIe siècle déjà le roi du Papegai recevait un collier imitant celui du Saint-Michel ? "(*)

(*) J.P. Finot, in Les archers, arbalétriers et arquebusiers de Troyes (1858), décrit la cérémonie hebdomadaire du tir au joyau ou du tir à l'oiseau et les honneurs réservés au vainqueur, mais ne parle pas d'un collier.

 

Quatre autres exemples de Sébastien au collier de Saint-Michel sont décrits en ligne  (il en existerait plus d'une dizaine) :

— Verrière : baie 4, Martyre de saint Sébastien, vers 1520, église de Saint-Nizier à Troyes. Inscription au tympan CONFRERES ARCHERS GARDEZ-VOUS D'EPIDEMIE  DE PESTILENCE.

https://www.pop.culture.gouv.fr/notice/palissy/IM10000168

.

Palissy © Inventaire général

.

baie de saint Sébastien à l'église Saint-Nizier, In Charles Fichot p.534

.

— Statue : Saint Sébastien, collier de l'ordre de Saint-Michel avant 1515 Champagne-Ardenne > Aube > Bouilly église Saint-Laurent

https://inventaire.grandest.fr/gertrude-diffusion/dossier/statue-saint-sebastien/7a9d0974-ec80-4eb0-b0b6-372c70b07c0d

https://www.pop.culture.gouv.fr/notice/palissy/PM10000303

— Statue en calcaire du XVIe siècle, Eglise Sainte-Madeleine de Troyes

https://www.pop.culture.gouv.fr/notice/palissy/PM10002427

"Située au 19e siècle (signalement Fichot) : au premier pilier du transept, faisant l'angle du bas-côté du choeur à gauche. Au pied de ce pilier était l'autel de la confrérie de Saint-Sébastien en 1515-1516. Cette oeuvre est caractéristique des statues auboises du 16e siècle représentant Saint-Sébastien portant le collier de l'ordre de Saint-Michel qui fut créé par Louis XI, en 1469. "

— statue bois polychrome XVIe siècle; Brienne-le-Château  Aube (10) ; Église paroissiale

https://www.pop.culture.gouv.fr/notice/palissy/PM10000351

.

Les baies 133 et 233 de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

Les baies 133 et 233 de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

.

.

LA BAIE 133 (TRIFORIUM).

.

 

La baie 133 de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

La baie 133 de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

.

.

1 et 2. Les membres de la confrérie de Saint-Sébastien, en donateurs.

.

Une vingtaine de membres de la confrérie de Saint-Sébastien sont agenouillés mains jointes sous un espace voûté et nervuré.

La baie 133 de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

La baie 133 de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

.

.

Le tympan et les têtes de lancettes.

Dans chacun des trois tympans sont figurées des flèches entourées de phylactères ; et dans les deux premères têtes de lancettes, au dessus des donateurs, ces mêmes phylactères portent l''inscription : LES CONFRERES DE ST SEBASTIAEN.

.

 

La baie 133 de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

La baie 133 de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

La baie 133 de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

La baie 133 de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

.

.

Les femmes sont nombreuses parmi les membres de la confrérie. C'est une femme qui est placée en premier (est-ce elle qui a la charge du bâton, qui malheureusement n'est pas figuré ?), suivie de deux épouses, et de  cinq femmes en fin de cortège. Parmi celles-ci, nous trouvons une religieuse, les autres sont en riches robes bourgeoises.

À côté de la première femme, un homme porte une robe blanche fourrée aux manches, puis deux ou trois couples, et cinq clercs identifiables à leur tonsure : aucun indice ne laisse penser à une réunion d'archers.

.

 

La baie 133 de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

La baie 133 de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

La baie 133 de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

La baie 133 de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

La baie 133 de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

La baie 133 de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

La baie 133 de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

La baie 133 de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

.

.

3 et 4. Sébastien exhorte un chevalier (armure, bonnet à plume, épée) à se convertir puis viennent  Dioclétien et Maximien.

.

La baie 133 de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

La baie 133 de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

.

.

5 et 6. Sébastien (qui porte le collier de l'Ordre de Saint-Michel) invite les deux frères jumeaux Marc et Marcelin ( qui ont été condamnés à être décapités en raison de leur foi chrétienne) à proclamer leur foi.   Zoè femme de Nicostrate, retrouve la parole et voit un ange  notant sur un  livre les paroles du saint.

.

La Légende :

Jacques de Voragine La Légende dorée (1261-1266) Traduction par T. de Wyzewa. Perrin et Cie, 1910 (p. 92-97).

https://fr.wikisource.org/wiki/La_L%C3%A9gende_dor%C3%A9e/Saint_S%C3%A9bastien

"Sébastien, originaire de Narbonne et citoyen de Milan, était animé d’une foi chrétienne très ardente. Mais les empereurs païens Maximien et Dioclétien avaient pour lui une telle affection qu’ils l’avaient nommé chef de la première cohorte, et l’avaient attaché à leur personne. Et lui, il ne portait la chlamyde militaire que pour pouvoir aider et consoler les chrétiens persécutés.

"Or comme, un jour, deux frères jumeaux, Marcellin et Marc, allaient être décapités pour s’être refusés à abjurer la foi du Christ, leurs parents vinrent les trouver pour les engager à se laisser fléchir. Leur mère, d’abord, se présenta devant eux, les cheveux dénoués, les vêtements déchirés, la poitrine nue, et leur dit : « Ô mes fils chéris, une misère inouïe et un deuil affreux s’abattent sur moi ! Malheureuse que je suis, je perds mes fils de leur propre gré ! Si l’ennemi me les avait enlevés, je serais allée les lui reprendre au plus fort du combat ; si des juges s’étaient emparés d’eux pour les mettre en prison, je me serais fait tuer pour les délivrer. Mais ceci est un nouveau genre de mort, où la victime prie le bourreau de la frapper, où le vivant aspire à ne plus vivre, et invite la mort au lieu de l’éviter. Ceci est un nouveau genre de souffrance, où la jeunesse des fils, spontanément, se perd, tandis que la vieillesse des parents est condamnée à survivre ! » Ensuite arriva le père, conduit sur les bras de ses esclaves ; et ce vieillard, la tête couverte de cendres, s’écria : « Je suis venu dire adieu à mes fils, qui, de leur plein gré, ont voulu nous quitter ! Ô mes fils, bâton de ma vieillesse et sang de mon cœur, pourquoi avez-vous ainsi soif de la mort ? Que tous les jeunes gens viennent pleurer sur ces jeunes gens obstinés à périr ! Que tous les vieillards viennent pleurer avec moi sur la mort de mes fils ! Et vous, mes yeux, éteignez-vous à force de larmes, pour que je ne voie pas mes fils tomber sous le glaive ! » Puis arrivèrent les femmes des deux jeunes gens, tenant dans leurs bras leurs fils, et gémissant, et disant : « À qui nous confiez-vous, qui prendra soin de ces enfants, qui se partagera vos biens ? Avez-vous donc des cœurs de fer, vous qui dédaignez vos parents, repoussez vos femmes, reniez vos fils ? » Et déjà le courage des deux jeunes gens commençait à mollir, lorsque saint Sébastien, qui assistait à la scène, s’avança et dit : « Braves soldats du Christ, que ces flatteries et ces prières ne vous fassent pas renoncer à la couronne éternelle ! » Puis, se tournant vers les parents, il leur dit : « Soyez sans crainte ! Ils ne seront pas séparés de vous, mais, au contraire, ils iront vous préparer au Ciel des demeures durables ! » Et pendant que saint Sébastien parlait ainsi, il se trouva entouré d’une grande lumière descendue du ciel, et on le vit soudain revêtu d’un manteau étincelant de blancheur, avec sept anges debout devant lui."

.

"Et Zoé, la femme de Nicostrate, dans la maison de qui les deux gens étaient gardés, vint se prosterner aux pieds de Sébastien, et l’implora par signes, car elle avait perdu l’usage de la parole. Alors le saint dit : « Si je suis le serviteur du Christ, et si les choses que j’ai dites sont vraies, ô toi qui as ouvert la bouche du prophète Zacharie, ouvre la bouche de cette femme ! » Et la femme, retrouvant la parole, s’écria : « Béni soit ton discours, et bénis ceux qui croient à ce que tu dis ! car j’ai vu un ange debout devant toi et tenant un livre où il inscrivait toutes tes paroles ! » "

.

La baie 133 de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

La baie 133 de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

.

.

Le collier de l'Ordre de Saint-Michel.

C'est une représentation schématisée des entrelacs, mais les coquilles sont indiscutables.

.

La baie 133 de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

La baie 133 de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

.

.

LA BAIE 233.

.

La baie 233 de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

La baie 233 de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

Lancettes de la baie 233 de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

Lancettes de la baie 233 de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

.

.

7 et 8. Sébastien rend la parole à Zoé, femme de Nicostrate.

.

Saint Sébastien, en commandeur, nimbé, vêtu d'un manteau écarlate brodé d'hermines et portant le collier de l'Ordre de Saint-Michel, bénit Zoé, qui fléchit le genou, mains jointes. Derrière elle, son mari Nicostrate, en la maison duquel les chrétiens étaient gardés, et un homme tenant une croix.

.

Inscription Sct SEBASTIAEN. N rétrograde.

.

La graphie Sebastiaen, déjà notée dans l'inscription de donation, est attestée en Flandres, ce qui pourrait être un indice sur l'origine du verrier Lièvin Varrin.

.

 

Lancettes de la baie 233 de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

Lancettes de la baie 233 de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

 .

.

9 et 10. Saint Policarpe  baptise les chrétiens devant saint Sébastien.

.

Saint Sébastien porte la même tenue et le même collier de l'Ordre de Saint-Michel.

.

Inscription S~ct POLIC[A]RPE.

La Légende :

"Et telles étaient la grâce et la vertu divines de la parole de saint Sébastien que non seulement il fortifia Marcellin et Marc dans la constance du martyre, mais qu’il convertit aussi leur père Tranquillin, et leur mère, et d’autres personnes, qui toutes furent baptisées par le prêtre Polycarpe."

.

Lancettes de la baie 233 de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

Lancettes de la baie 233 de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

.

.

11 et 12. Policarpe et Saint Sébastien brise les idoles.

.

Policarpe, tonsuré, vêtu d'une robe rouge d'un surplis blanc et d'une chape rouge,  et armé d'un sabre, pénètre dans la chambre du préfet de Rome Chromace, et brise de son arme une idole en or placée sur une colonne . La tête de l'idole ainsi que son étendard tombent. En effet, Sébastien a refusé de guérir Chromace qui était très malade, tant que les idoles ne seraient pas détruites.

Les idoles détruites, Chromace ne guérit pas, car il  avoue alors  qu'il possédait chez lui une chambre où était représenté tout le système des étoiles, qui lui permettait de prédire l'avenir. La chambre est détruite, et Chromace est guéri. Il se convertit, ainsi que son fils Tiburce et 4000 personnes.

.

Saint Sébastien porte toujours le collier de l'Ordre de Saint-Michel. Il lève la main sur deux idoles encore intactes.

.

 

 

Lancettes de la baie 233 de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

Lancettes de la baie 233 de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

.

.


13 et 14. Comparution de Sébastien devant Dioclétien.

.

La Légende indique comment le préfet Fabien fait supplicier les chrétiens convertis, dont Tiburce, Zoé, Marcellin et Marc. Puis, il va dénoncer Sébastien à l'empereur Dioclétien.

Sébastien porte toujours le collier de l'Ordre de Saint-Michel.

 

"Après cela, ce préfet dénonça Sébastien à l’empereur Dioclétien, qui, l’ayant appelé, lui dit : « Ingrat, je t’ai placé au premier rang dans mon palais, et toi tu as travaillé contre moi et mes dieux ! » Et Sébastien : « Pour toi et pour l’État romain j’ai toujours prié Dieu, qui est dans le Ciel. » "

 

.

 

Lancettes de la baie 233 de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

Lancettes de la baie 233 de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

.

.


15 et 16. Sébastien est criblé de flèches par deux archers.

.

Sébastien, qui avait été nommé centurion par Dioclétien et Maximien, est martyrisé par ses propres archers.

"Après cela, ce préfet dénonça Sébastien à l’empereur Dioclétien, qui, l’ayant appelé, lui dit : « Ingrat, je t’ai placé au premier rang dans mon palais, et toi tu as travaillé contre moi et mes dieux ! » Et Sébastien : « Pour toi et pour l’État romain j’ai toujours prié Dieu, qui est dans le Ciel. » Alors Dioclétien le fit attacher à un poteau au milieu du champ de Mars, et ordonna à ses soldats de le percer de flèches. Et les soldats lui lancèrent tant de flèches qu’il fut tout couvert de pointes comme un hérisson ; après quoi, le croyant mort, ils l’abandonnèrent."

Cette scène a été représentée de très nombreuses fois, elle s'impose à toute la statuaire du saint. L'allure de bel éphèbe nu et blond, le bras droit levé au dessus de la tête, la colonne et ses liens, ainsi que le nombre des flèches répondent à des codes éprouvés. De même, la posture chorégraphique des archers, et leurs tenues exubérantes et marginales proches de celles des Lansquenets, sont retrouvés partout.

Voir :

.

 

 

Lancettes de la baie 233 de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

Lancettes de la baie 233 de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

Lancettes de la baie 233 de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

Lancettes de la baie 233 de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

.

.


17 et 18. Sainte Lucine et Policarpe retirent les flèches.

.

Inscription Scta LVCIANA / S POLICARPE

La Légende dorée est un peu différente ; selon Charles Fichot, c'est ici "une erreur du peintre verrier" car c'est une veuve nommée Irène, dont le mari saint Castule était mort pour la foi, qui recueillit le corps, le soigna et rétablit la santé de Sébastien.

.

Lancettes de la baie 233 de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

Lancettes de la baie 233 de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

Lancettes de la baie 233 de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

Lancettes de la baie 233 de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

.

.
19 et 20. Sébastien survit à sa sagittation et comparait à nouveau devant Dioclétien

Inscription Sct SEBASTIE[N]

Le collier de l'Ordre de Saint-Michel est bien visible avec ses coquilles saint-Jacques.

"Et voici que peu de jours après, saint Sébastien, debout sur l’escalier du palais, aborda les deux empereurs et leur reprocha durement le mal qu’ils faisaient aux chrétiens. Et les empereurs dirent : « N’est-ce point là Sébastien, que nous avons fait tuer à coups de flèches ? » Et Sébastien : « Le Seigneur a daigné me rappeler à la vie, afin qu’une fois encore je vienne à vous, et vous reproche le mal que vous faites aux serviteurs du Christ ! »

.

Lancettes de la baie 233 de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

Lancettes de la baie 233 de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

Lancettes de la baie 233 de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

Lancettes de la baie 233 de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

.

.

21 et 22 : Sébastien est condamné à être bastonné à mort.

.

 

Alors les empereurs le firent frapper de verges jusqu’à ce que mort s’ensuivît."

.

Là encore, la danse des bourreaux est caractéristique, rejoignant celle des soldats flagellant le Christ dans les innombrables représentations de sa Passion.

Saint Sébastien a retrouvé son collier de l'Ordre de Saint-Michel.

Dans les têtes de lancette se trouvent des branches de chêne nouées.

.

Lancettes de la baie 233 de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

Lancettes de la baie 233 de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

Lancettes de la baie 233 de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

Lancettes de la baie 233 de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

.

.


18 et 19. Saint Sébastien est jeté dans  un égout afin que son corps ne soit pas découvert .

.

Inscription : DIOCLETIEN / S SEBASTIEN

"...et ils firent jeter son corps à l’égout, pour empêcher que les chrétiens ne le vénérassent comme la relique d’un martyr. Mais, dès la nuit suivante, saint Sébastien apparut à sainte Lucine, lui révéla où était son corps, et lui ordonna de l’ensevelir auprès des restes des apôtres : ce qui fut fait. Il subit le martyre vers l’an du Seigneur 187."

.

Lancettes de la baie 233 de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

Lancettes de la baie 233 de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

Lancettes de la baie 233 de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

Lancettes de la baie 233 de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

.

.

LE TYMPAN.

.

Tympan de la baie 233 de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

Tympan de la baie 233 de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

.

 

Une inscription est répartie en plusieurs phylactères :

SC~TSSE SEBASTIAN / SAINT SEBASTIAN AMI ED DIEV.

SAINT SEBASTIAN /GARDE NOUS EN TOVS LIEVX DE PESTE.

Et dans les écoinçons :

LA CONFRARIE DE SAINT SEBASTIEN ONT FAIT FAIRE CETTE VERRIERE.

.

Tympan de la baie 233 de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

Tympan de la baie 233 de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

Tympan de la baie 233 de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

Tympan de la baie 233 de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

.

.

 

20 . Sainte Lucine retire le corps de la fosse. Une effigie de saint Sébastien assiste à la scène, dans des nuées, tenant la flèche de son martyre.

.

 

Tympan de la baie 233 de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

Tympan de la baie 233 de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

Tympan de la baie 233 de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

Tympan de la baie 233 de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

.

.

 

21 . Sainte Lucine ensevelit  le corps de Sébastien aidée de Policarpe, devant saint Pierre et saint Paul (patrons de la cathédrale).

.

Tympan de la baie 233 de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

Tympan de la baie 233 de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

Tympan de la baie 233 de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

Tympan de la baie 233 de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

.

.

22. Les âmes de saint Sébastien, et des autres martyrs, menées par deux anges montent au ciel où ils sont accueillies par Dieu le Père.

.

 

 

Tympan de la baie 233 de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

Tympan de la baie 233 de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

.

.

 

SOURCES ET LIENS.

— COFFINET (Abbé Jean-Baptiste), 1858,Les peintres-verriers de Troyes pendant trois siècles depuis 1375 jusqu'à 1690 "Peintres-verriers. Nomenclature des peintres-verriers de Troyes depuis 1375 jusqu'à 1690". Annales archéologiques, 1858, t. 18, p. 212-224.

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9693408c/f153.item

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9693408c/f252.item

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9693408c/f250.item

— FICHOT (Charles), 1889, Statistique monumentale du département de l'Aube page 220

https://www.google.fr/books/edition/Statistique_monumentale_du_d%C3%A9partement/-6jnG1emOHgC?hl=fr&gbpv=1&dq=civitas+ninive&pg=PA220&printsec=frontcover

— HABLOT (Laurent), 2023,  "Saint Sébastien et l'ordre de Saint-Michel", in L’Ordre de Saint-Michel et l'essor du pouvoir royal, Musée national des ordres de chevalerie et de la Légion d’Honneur - Château d’Amboise,p. 151-154.

—  JUBAINVILLE (Henri d'Arbois de), 1862, "Documents relatifs aux travaux de construction faits à la cathédrale de Troyes pendant les XIIIe, XIVe et XVe siècles" [second article].Bibliothèque de l'École des chartes  Année 1862  23  pp. 393-423

https://www.persee.fr/doc/bec_0373-6237_1862_num_23_1_445819

https://www.persee.fr/doc/bec_0373-6237_1862_num_23_1_461956

— LAFOND (Jean) 1955, "Les vitraux de la cathédrale Saint-Pierre de Troyes". In Société française d'archéologie, éd. Congrès archéologique de France : 113e session, Troyes, 1955. Orléans ; Nogent-le-Rotrou, 1957, p. 29-62.

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k32099177/f59.item

— LEDIT (Charles-J. Abbé) 1948,  Les Hautes verrières de la cathédrale de Troyes, préfacées par S. E. Mgr Julien Le Couedic,.

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k3339359k.texteImage?lang=FR

— LIEZ (Jean-Luc), 2022, "Regard(s) sur l’héraldique à Troyes au XVIe siècle". ffhal-03940420f

https://hal.science/hal-03940420/document

—MÂLE (Emile), 1908, "L’art français de la fin du moyen âge", Revue des Deux Mondes tome 43, 1908

https://fr.wikisource.org/wiki/L%E2%80%99Art_fran%C3%A7ais_de_la_fin_du_moyen_%C3%A2ge_-_Les_aspects_nouveau_du_culte_des_saints

—MARSAT (André), ‎Charles J. Ledit, ‎Angelico Surchamp · 1972 Cathédrale de Troyes, les vitraux

— MINOIS (Danielle), 2005 "Le vitrail à Troyes : les chantiers et les hommes (1480-1560)" .Sorbonne Université presses Corpus vitrearum France Etudes VI, 1 vol. (475 p.-XXIV p. de pl.) : ill. en noir et en coul., jaquette ill. en coul. ; 33 cm

https://www.persee.fr/doc/bulmo_0007-473x_2008_num_166_1_2453_t14_0085_0000_1

— MINOIS (Danielle), 2003, thèse d'histoire de l'art Paris IV sous la direction de Fabienne Joubert et Michel Hérald,  La peinture sur verre à Troyes à la fin du Moyen Age

—PASTAN (Élisabeth C.  BALCON (Sylvie), 2006,  "Les vitraux du chœur de la cathédrale de Troyes (xiiie siècle)", Paris, Cths, coll. « Corpus vitrearum - France II », 2006, 539 p.

https://www.persee.fr/doc/bulmo_0007-473x_2010_num_168_3_7592_t19_0308_0000_1

— RIVIALE (Laurence),  "Danielle Minois, Le vitrail à Troyes : les chantiers et les hommes (1480-1560). Paris, P.U.P.S., 2005, 475 p. (Corpus vitrearum France, études VI)." In: Bulletin Monumental, tome 166, n°1, année 2008. La galerie à Paris (XIVe-XVIIe siècle) pp. 85-86.

https://www.persee.fr/doc/bulmo_0007-473x_2008_num_166_1_2453_t14_0085_0000_1

— TRIDON (Abbé), 1866,  Visite de la cathédrale de Troyes

http://bibnum.enc.sorbonne.fr/omeka/files/original/fa6e003ba720fd499741406274f973dd.pdf

— SITES

Eglises du confluent :

https://www.eglisesduconfluent.fr/Pages/VIT-10Troyes-CathStPierreStPaul.php

https://www.eglisesduconfluent.fr/Pages/Pe-Sebastien2.php

 

Archives de la cathédrale de Troyes :

https://www.google.fr/books/edition/INVENTAIRE_SOMMAIRE_DES_ARCHIVES_DEPARTE/RZcNAAAAQAAJ?hl=fr&gbpv=1&dq=%22la+Mosl%C3%A9e%22&pg=PA315&printsec=frontcoverhttps://www.patrimoine-histoire.fr/Patrimoine/Troyes/Troyes-Saint-Pierre-et-Saint-Paul.htm

Inventaire :

https://www.pop.culture.gouv.fr/notice/palissy/IM10000423

https://www.pop.culture.gouv.fr/notice/palissy/IM10000402

https://www.pop.culture.gouv.fr/notice/palissy/IM10000403

.

https://www.culture.gouv.fr/ar/29/5/2/2/4/Travaux-de-mise-en-securite-et-de-protection-de-la-Cathedrale-de-Troyes

.

https://abedehem.blogspot.com/2016/11/des-troyens-en-champagne.html

 

Partager cet article
Repost0
Published by jean-yves cordier - dans Vitraux Troyes Héraldique Donateurs Saint Sébastien
8 mars 2024 5 08 /03 /mars /2024 16:22

Les vitraux de la nef de la cathédrale de Troyes, les baies 130 et 230 de l' Arbre de Jessé. Verrières réalisées par Lievin Varin en 1499, don de Jean de Marisy et Guillemette Phélipe sa femme.  Armoiries.

.

 

 

.

 

1°) Voir sur les vitraux de la cathédrale de Troyes :

.

2°)  Voir dans ce blog  sur les Arbres de Jessé :

A. ARBRES DE JESSÉ SCULPTÉS.

.

B. PEINTURE MURALE:

C. VITRAUX DE L'ARBRE DE JESSÉ 

 

 En Bretagne, par ordre chronologique :


.

 

.

.

.

PRÉSENTATION GÉNÉRALE.

.

Avec 1 500 m² de verrières, allant du XIIIe au XIXe siècle, la cathédrale de Troyes est   l’un des plus vitrées de France.  Elle possède un triforium totalement vitré, (situé à mi-hauteur et qui fait le tour du bâtiment), ce qui est assez exceptionnel. Les vitraux de la cathédrale de Troyes sont considérés comme une œuvre majeure de la peinture sur verre en France. 

 

Les 20 verrières hautes de la nef forment un ensemble homogène. Elles ont été réalisées entre 1498 et 1505 par plusieurs peintres-verriers  dont le nom de certains sont connus (Pierre Maçon, Jean Verrat, Balthasar Godon, Lievin Varin et le cartonnier Nicolas Cordonnier). Parmi les 66 « verriers » recensés dans les archives entre 1470 et 1560, 37 peuvent être considérés comme des peintres verriers. Regroupés autour de la collégiale Saint- Urbain, ils travaillaient au sein de structures familiales et fondaient des dynasties, comme les Verrat ou les Macadré. Leur atelier était une petite structure dirigée par un peintre verrier qui n’employait qu’un ou deux serviteurs, selon ses moyens, comme on le voit à Paris et en Provence (D. Minois).

Selon le rédacteur de la notice de l'Inventaire, rédigée en 1999, "Leur iconographie répond à la seule volonté des multiples donateurs. Leur véritable lien provient plus de la technique que du style : les peintres-verriers ont mis l'accent sur la lisibilité des compositions (larges registres de scènes, mise en valeur des faits et gestes des personnages par la réduction du rôle de l'architecture et des arrières-plans, modelé très appuyé, absence de chef-d'oeuvre et de gravure sauf dans la baie 233). Certains aspects rappellent les vitraux du milieu du 13e siècle des parties hautes du choeur : la gamme colorée très vive avec barbes et cheveux en pleine couleur, la mise en plomb des yeux de certains personnages, les fonds de mosaïque. Si la Renaissance italienne ne s'y fait pas encore sentir, Jean Lafond reconnaît une influence venue de l'est dans la verrière de saint Pierre (notamment l'atelier strasbourgeois de Pierre d'Andlau). Pour Emile Mâle, la présence dans ces verrières d'une forte veine d'inspiration populaire évoque l'imagerie d'Epinal."

Au contraire, Danielle Minois (2003 ; 2005) souligne la cohérence de ces ensembles qui illustrent en un discours argumenté et savant l’histoire du salut. "Seul un clergé cultivé a pu élaborer ces programmes ; il l’a donc imposé aux donateurs qui l’ont financé. Parce que « le choix des sujets des verrières posées dans les églises est un reflet de la vie intellectuelle et religieuse », elle signale en outre les réactions des commanditaires face à la Réforme à travers les thèmes choisis, surtout après 1550 : l’histoire de Daniel ou de Tobie, la légende de l’hostie profanée. Elle montre comment les mêmes thèmes peuvent changer de sens face à un climat de remise en cause de l’Église romaine." (L. Rivale)

Ces 20 verrières hautes de la nef se répartissent entre les baies du triforium (galerie à trois arcades entre chaque travée), qui portent les numéros 127 à 136, et, au dessus de celles-ci, les baies hautes homologues portant les numéros 227 à 236. Selon la numérotation internationale des vitraux, les baies nord portent un numéro impair et les baies sud un numéro pair.

Les baies 130 (triforium) et 230 occupent la quatrième travée de la nef  côté sud. 

.

Nous avons donc ainsi :

a) du côté nord, depuis le transept vers le fond de la nef :

-baies 127 et 227 : Saints ; vie de saint Pierre.  réalisée en 1502, don d'Henri II de Lorraine Vaudémont, évêque de Metz ;

-baies 129 et 229 : Histoire de Tobie. 1500 ; don de Jean Fuestot l'Aîné (marchand et bourgeois de Troyes dans l'Aube) et de Denise Chappelain sa femme. Monogramme [du peintre verrier en tête de lancette de la baie 129].

-131 et 231 : Adoration des mages, et Histoire de Job. Don de Jeanne de Mesgrigny veuve de Jean Molé. 1501. Inscription et armoiries. Monogramme d'un verrier au tympan.

-133 et 233 : légende de saint Sébastien ; réalisée en 1501 par Lievin Varin, don de la confrérie de saint Sébastien ; un écu armorié d'Odard Hennequin mis en place en 1502-1503 par Jeancon Garnache et Nicolas Hulins a disparu.

- 135 et 235 : Légende de la Vraie Croix ; réalisées entre 1501 et 1502 par Jean Verrat, don de Claude Dorigny, veuve de Jean Péricard. Armoiriesidentifiées. Monogrammes. Très restaurées au XIXe.

b) du côté sud :

-baies 128 et 228 : Calvaire ; saints et saintes. 1499 ; peintre-verrier Balthazar Godon ; armoiries (identifiées) : Jean Huyard chanoine de la cathédrale, et Guillaume Huyard avocat du roi à Troyes 

-baies 130 et 230 : Arbre de Jessé. Verrières réalisées par Lievin Varin entre 1498 et 1499, don de Jean de Marisy et Guillemette Phélipe sa femme. En baie 230, toute la famille de Jean de Marisy et de Guillemette Phélipe (ses frères, ses 9 filles et belles-filles) est représentée au bas de cette verrière. Armoiries.

-baies 132 et 232 :  Annonciation et Nativité. Parabole du Fils Prodigue. Don de Guillaume Molé et Simone Boucherat , 1499.  Réalisée en 1499 peut-être par Pierre I maçon (inscription ne notant que son prénom). Armoiries identifiées, devise "en attendant", monogrammes [du verrier]

-baies 134 et 234 : Vie de Joseph (biblique) ; réalisée en 1499, don d'Agnès Bonjean, veuve de Jehan Thévenin (écuyer et notaire royal à Troyes) son mari . Armoiries identifiées et monogrammes en baie 134. Inscription mentionnant le commanditaire et la date en baie 234.

-baies 136 et 236 : Histoire de Suzanne et du prophète Daniel ; réalisées en 1499 , don de Jean Corart, marchand de Troyes et de Marguerite, sa femme (inscription) ; les vitraux du 15e siècle du triforium (baie 136) ont disparu et sont remplacés par des vitraux du 20e siècle sur le thème de l'histoire de Daniel.

.

Datation et donateurs : par inscription.

.

Tout au long de la partie inférieure de la baie 230 se lit l'inscription en lettres gothiques : MESSIRE JEHAN DE MARISY ET DAMOYSELLE GUILLEMETTE PHELIPE SA FEMME ONT DONNE CESTE VERRIERE EN L'HONNEUR DE DIEU ET DE SAINT PIERRE L'AN 1498. PRIEZ POUR EUX.

Danielle Minois estime que la réalisation d'une verrière se fait l'année suivant la donation, soit en 1499, ce que confirme les comptes de la cathédrale.

 

 

.

Attribution à Liévin Varin et paiement en 1498-1499 : par pièce d'archive.

Comptes de la confrérie Saint-Pierre de la cathédrale (AD G 1571)

1498- 1499 : "A la femme de Lyevin, verrier, à laquelle messires ont ordonné bailler ug escu d'or pour ung chapperon: affin qu'il fist bien et deument la verrière de Radix Jessé, pour ce cy xxxv s.t"

Le peintre-verrier :

 Lyevin  Varin est documenté de 1474 à 1513. Son patronyme apparaît sous les graphies Varin Verrien Warin, Voirrin, Il est désigné uniquement par son prénom Lyevin ou Lievin dans la plupart des registres de comptes troyens et on trouve l'expression « Liévin le verrier » . Lyevin était peut-être d'origine flamande puisque  saint Lievin est le patron de Gand, et que le prénom Liévin n'est jamais donné à Troyes.

Sa femme se prénommait Jeanne. Il était l' oncle de Jean Macadré. Il habitait rue Notre-Dame.

Il est l'auteur en 1501-1502 au transept sud de la cathédrale de Sens, avec Jean Vierrat et Balthasar Godon, de la Rose du Jugement de l'Arbre de Jessé, et de l'Invention des reliques de saint Etienne et de la Translation des reliques de saint Etienne.

Il travailla aux verrières de l'église Sainte-Madeleine de Troyes en 1503 et à celles de l'église Saint-Jean de 1508 à sa mort. Il répara avec son neveu Macadré les verrières de Saint-Jean en 1510-1512, puis refit le vitrail de saint Christophe de cette église en 1512-1513. Il décéda en 1512-1513.

https://books.google.fr/books?id=ODxBePnXNwsC&pg=PA238&dq=varin+troyes&hl=fr&newbks=1&newbks_redir=0&sa=X&ved=2ahUKEwidlNO7mtiEAxWzRaQEHWedCgUQ6AF6BAgGEAI#v=onepage&q=varin%20troyes&f=false

.

Description

La baie 230, avec six lancettes réunies deux à deux sous deux mouchettes, et un tympan à treize ajours et écoinçons, mesure 10 m de haut et  6 m de large.

La baie 130, en dessous, au triforium, avec ses six lancettes réunies deux à deux sous un tympan à deux mouchettes et un soufflet, mesure 3, 50 m de haut et 6 m. de large.

 

.

Les baies 130 et 230 de l'Arbre de Jessé de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

Les baies 130 et 230 de l'Arbre de Jessé de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

Les baies 130 et 230 de l'Arbre de Jessé de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

Les baies 130 et 230 de l'Arbre de Jessé de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

.

.

LA BAIE 130.

.

Elle associe les saints patrons des donateurs (saint Jean-Baptiste et saint Guillaume), aux extrémités, aux deux prophètes Isaïe et Jérémie cités en référence avec leurs versets dès les premiers Arbres de Jessé, et à deux scènes typologiques, celle du Buisson ardent et de Gédéon préfigurant l'Incarnation et la Nativité du Christ. Si on considère que Jean-Baptiste a été le prophète qui a annoncé la venue du Christ, cinq des six personnages de ces lancettes introduisent bien le motif de l'Arbre de Jessé, arbre de la généalogie de Jésus démontrant que le Sauveur "accomplit les Écritures", selon les termes de l'incipit de l'évangile de Matthieu après sa généalogie : 

"Tout cela est arrivé pour que soit accomplie la parole du Seigneur prononcée par le prophète [Isaïe] :  Voici que la Vierge concevra, et elle enfantera un fils ; on lui donnera le nom d’Emmanuel, qui se traduit : « Dieu-avec-nous »" Mt 1:22-23.


 

La baies 130  de l'Arbre de Jessé de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

La baies 130 de l'Arbre de Jessé de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

La baies 130  de l'Arbre de Jessé de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

La baies 130 de l'Arbre de Jessé de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

.

.

1. Saint Jean-Baptiste patron du donateur.
 

Jean est vêtu de sa robe en poil de chameau, il tient l'agneau mystique au nimbe crucifère  et l'étendard à l'oriflamme portant la croix.

Inscription JOHANNES.

Armoiries de Jean de Marisy, d'azur aux six macles d'or posées 3,2,1.

Tentures damassées rouge et vertes.

.

2. le prophète Isaïe.

.

Inscription ISAYAS

Inscription du phylactère : EGREDIETVR VIRGA DE RADICE JESSE. Citation d'Isaïe 11:1 "Il sortira un rejeton de la racine de Jessé". Le thème iconographique de l'Arbre de Jessé provient de cette citation.

Tentures damassées rouge et vertes.

.

Tympan bleu aux macles jaunes.

Armoiries de Jean de Marisy et phylactère portant sa devise FINS CORONAT, citation abrégée de Finis coronat opus, "La fin couronne l'œuvre".

.

La baies 130  de l'Arbre de Jessé de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

La baies 130 de l'Arbre de Jessé de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

.

.

Vient ensuite deux scènes typologiques, celle du Buisson ardent, et de la toison de Gédéon. La verrière de l'arbre de Jessé de la cathédrale de Sens, réalisée par Liévin Varin juste après celle-ci, en 1502-1504, reprend cette idée, mais ce sont alors quatre scènes qui sont disposées sur les bordures latérales de l'arbre  : outre Moïse et Gédéon (avec les mêmes citations bibliques), on y trouve  Melchisédech  devant l'autel, et Ézéchiel et la porte close, dans la même intention interprétative, reliant le motif de l'Arbre généalogique de Jessé avec une défense de l'Immaculée conception de Marie, et de la nature royale de la Vierge et du Christ.

La comparaison entre les deux verrières ne s'arrête pas là, puisque à Sens, sont représentés Isaïe et Jérémie (et également Daniel et  Ézéchiel, Nahum et Zacharie et Aggée et Amos).

.

 

3. Moïse et le Buisson ardent.

Inscription DNE MITE QVEM MISSVRVS  ES. EXODVS JJJJ, citation du livre de l'Exode 4:13 Seigneur, envoie qui tu voudras envoyer."

Moïse, ayant auprès de lui ses moutons, se déchausse sur l'ordre de Dieu qui lui apparaît sous la figure du Christ au nimbe crucifère au centre du buisson environné de flammes. Il tient son bâton, qui, dans le texte, vient de se transformer en serpent, témoignant de la puissance effectrice de Yahvé.

Comme la suivante, cette scène provient de la typologie biblique largement vulgarisée et mise en image à la fin du Moyen-Âge par les Bibles des pauvres. Le Buisson ardent y est mis en parallèle avec la Nativité, ce qui se comprend ici puisque la prophétie d'Isaïe est lue comme une annonce de la naissance du Christ par la Vierge. Voir la page de la Biblia pauperum.

.

 

4. La toison de Gédéon.

Inscription : GEDEO

Gédéon est en prière devant une toison d'où s'élève une rosée (des rayons blancs descendant d'une nuée). Il est revêtu de son armure de guerre, et porte dans son dos son bouclier où est inscrit son nom. Un ange lui apparaît , portant une banderole avec ces mots : DOMINE TECVM VIRORVM FORTISSIME , "Le Seigneur est avec toi, ô le plus puissant des hommes" (Juges 6:25).

Dans la Biblia pauperum, le miracle de la rosée (ou de la toison) de Gédéon est mis en parallèle avec l'Annonciation, ce qui là encore, est cohérent vis à vis de la prophétie d'Isaïe.

.

Tympan bleu aux macles jaunes.

Armoiries de Jean de Marisy et phylactère portant sa devise FINS CORONAT, citation abrégée de Finis coronat opus, "La fin couronne l'œuvre".

.

La baies 130  de l'Arbre de Jessé de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

La baies 130 de l'Arbre de Jessé de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

.

.

5. Le prophète Jérémie.

Inscription : IEREMIAS.

Inscription du phylactère : CREABIT DOMINVS NOVVM SUPER TIAM JEREMIE XXXI.

Il s'agit d'une citation du verset de Jérémie 31,22  Creavit Dominus novum super terram femina circumdabit virum : "Le Seigneur a fait du nouveau sur la terre, une femme entourera [ou "environnera"] l'homme". Ce verset  a été interprété par Saint Bernard comme annonçant la Vierge, qui concevra Jésus, homme parfait dès sa présence dans le sein de Marie, non par la maturité de l'âge, mais par celle de la sagesse :

http://www.abbaye-chaise-dieu.com/Les-Peres-de-l-Eglise-commentent.html

Voir l'arbre de Jessé de Férel :

https://www.lavieb-aile.com/article-le-vitrail-de-l-arbre-de-jesse-a-ferel-56-117745491.html

Tentures damassées rouge et vertes.

.

6. Saint Guillaume patron de la donatrice Guillemette.

Inscription GVILL'MVS

En l'honneur de Guillaume de Bourges, archévêque de Bourges (1199-1209) , le prénom Guillaume est extrémement répandu à Troyes à l'époque sous ses formes masculines (Guillaume, Guiot ou Guyot) et féminine. Voir Guillaume Molé et Guiot I le Peley (mort en 1485), amis de Jean de Marisy.

Tentures damassées rouge et vertes.

En bas à gauche, blason mi-parti de Jean de Marisy d'azur aux six macles d'or posées 3,2,1 et de Guillemette Phelippe de gueules aux trois lionceaux grimpants d'or.

.

Tympan bleu aux macles jaunes.

Armoiries de Jean de Marisy et phylactère portant sa devise FINS CORONAT, citation abrégée de Finis coronat opus, "La fin couronne l'œuvre".

 

.

La baies 130  de l'Arbre de Jessé de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

La baies 130 de l'Arbre de Jessé de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

.

.

LA BAIE 230.

.

La baie 230 de l'Arbre de Jessé de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

La baie 230 de l'Arbre de Jessé de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

La baie 230 de l'Arbre de Jessé de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

La baie 230 de l'Arbre de Jessé de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

.

.

LE REGISTRE INFÉRIEUR : LES DONATEURS JEAN DE MARISY ET GUILLEMETTE PHELIPPE.

.

Tout le registre inférieur.

.

Un cas unique ?

Il existe un nombre considérable de verrières de l'Arbre de Jessé (près de 80 entre 1475 et 1600) en France, mais très peu d'entre elles comportent, à ma connaissance, des donateurs ; et parmi ceux-ci, la baie 230 est peut-être la seule où ceux-ci, composant une famille entière de 17 membres, occupent le registre inférieur aux côtés de Jessé et se placent ainsi sous le patronage des Rois de Juda.

 

C'est également un cas unique que cette famille qui insére ses membres,  sans séparation  dans l'arbre généalogique du Christ, et même dans les racines ou premières branches de l'arbre, au même rang que Jessé le fondateur, les branches basses venant englober dans leur rinceau les têtes de Jean de Marisy, de son épouse et de leurs enfants. Qui entoure Jessé d'un complexe héraldique important, et qui  empiète sur sa robe. Et qui suspend sans complexe ses blasons à une branche principale de l'arbre !

C'est également un cas unique parmi les 20 verrières hautes de la nef de la cathédrale de Troyes, les autres donateurs occupant une place plus modeste, et se contentant du patronage de leurs saints patron. Autre particularité, les donateurs des autres verrières troyennes figurent en bourgeois (malgré la présence d'armoiries témoignant d'un annoblissement récent) tandis que Jean de Marisy figure ici en armure.

En la cathédrale de Sens, la verrière de l'Arbre de Jessé de Liévin Varin, dont j'ai déjà souligné la proximité avec celle de Troyes, montre également un donateur, le chanoine Louis Lahure, sur la même horizontale que Jessé mais à l'écart dans la bordure latérale, et en petite taille entre deux prophètes . Mais l'écu portant ses armes parlantes est suspendu tout aussi cavalièrement à une branche servant d'appui à l'archange Gabriel.

.

Arbre de Jessé (Liévin Varin), cathédrale de Sens, photo lavieb-aile.

 

 

.

La baie 230 de l'Arbre de Jessé de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

La baie 230 de l'Arbre de Jessé de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

.

.

Jean de Marisy, ses onze  descendants mâles, et son complexe héraldique.

.

Jean de Marisy est représenté agenouillé mains jointes devant son livre de prières posée sur le prie-dieu. Il est en armure, et il porte ses armes sur son tabard.

Jean de Marisy, fils de Simonnet de Marisy et de Marguerite La Héraulde, est né en 1420. Il était écuyer, seigneur de Juzanvigny, Valentigny, Champigny-suur-Aube, Richereau et Racine.  Il fut Maire de Troyes en 1471 et 1488. Il épousa Guillemette Phelippes (1424-/1492) dont trois enfants : 

  •  François Ier de Marisy, qui fut confirmé dans sa noblesse par sentence de l'élection de Troyes, décédé après 1515, Maire de Troyes en 1498 . Il épousa  Catherine Molé (ca 1464-1520), fille de Jean II Molé et de Jeanne de Mesgrigny, donateurs des verrière 131 et 231, puis il épousa Ysabeau de Louvement d'où trois enfants, Claude (qui épousa Jeanne Le Boucherat puis Michelle Molé et qui fit construire en 1526 l'Hôtel de Marisy), Marguerite et Jacques.
  •  Jacques de Marisy ca 1460-1541/ maire de Troyes  en 1514 et en 1518, époux de Margaux Huyard, d'où six enfants, GuillemetteCatherineLouisSimonGuyot et Jeanne de Marisy.
  •  Ysabeau de Marisy qui épousa Alain I de Vassan, d'où trois enfants Guillemette, Guillaume et Jean.

.

Juste derrière lui vient un fils portant armure et tabard aux armes de Marisy, probablement François de Marisy. Charles Fichot y voit le frère puiné de Jean.

Puis vient un clerc, probablement un chanoine puisqu'il porte l'aumusse de fourrure au bras droit, vêtu d'une robe blanche au dessus d'un vêtement rouge. Ce serait pour Charles Fichot le frère cadet de Jean.

Puis suivent neuf hommmes, vêtus en bourgeois avec des manteaux rouges, bleus ou verts. Il n'est pas possible de les identifier parmi les fils ou petits-fils du donateur.

.

En 1499, date de la donation de la verrière, tous les enfants et petits enfants mentionnés étaient nés. 

.

 

La baie 230 de l'Arbre de Jessé de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

La baie 230 de l'Arbre de Jessé de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

La baie 230 de l'Arbre de Jessé de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

La baie 230 de l'Arbre de Jessé de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

La baie 230 de l'Arbre de Jessé de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

La baie 230 de l'Arbre de Jessé de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

La baie 230 de l'Arbre de Jessé de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

La baie 230 de l'Arbre de Jessé de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

 

.

Le complexe héraldique.

Le blason aux armes de Marisy, d'azur aux six macles d'or posées 3,2,1, armes qui remonterait à Philippe VI de Valois, est présenté par deux lévrettes blanches colletés aux couleurs azur et or. Le blason est timbré d'un casque à sept grilles entouré de ses lambrequins et coiffé d'un tortil (aux couleurs de Marisy), et qui reçoit en cimier  une femme blonde richement vêtue, en buste.

.

La baie 230 de l'Arbre de Jessé de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

La baie 230 de l'Arbre de Jessé de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

.

.

 

Le côté féminin de la famille.

 .

On trouve d'abord le blason suspendu par une sangle à une branche de l'Arbre de Jessé : il porte les armes mi parti, en 1 de Marisy et en 2 de Phelippes de gueules à trois lions d’or rampants.

.

La baie 230 de l'Arbre de Jessé de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

La baie 230 de l'Arbre de Jessé de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

.

.

La donatrice et ses filles.

.

La baie 230 de l'Arbre de Jessé de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

La baie 230 de l'Arbre de Jessé de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

.

.

Guillemette de Phelippes.

.

Elle est agenouillée sur un coussin, mains jointes devant son prie-dieu où est posé le livre de prières à fermoir, et un rosaire à grains rouges et à gland vert.

Elle porte une coiffe noire, et une robe rouge à longue traine et à manches larges et fourrées. Une bague  en or est passée à son index. Une longue ceinture blanche tombe jusqu'à terre.   

Derrière elle vient une fille en robe bleue et coiffe rouge; livre sous le bras puis une autre en robe et en coiffe rouge.

Pour Charles Fichot, ce pourrait être ses belles-filles. Catherine Molé et Margaux Huyard ?

.

 

La baie 230 de l'Arbre de Jessé de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

La baie 230 de l'Arbre de Jessé de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

.

.

Les filles ou petites-filles de Guillemette.

.

Les deux dernières sont de taille plus petite, et portent leur livre de prières sous le bras.

.

La baie 230 de l'Arbre de Jessé de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

La baie 230 de l'Arbre de Jessé de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

.

.

L'ARBRE DE JESSÉ.

.

La verrière trouve sa source dans l'incipit de l'évangile de Matthieu Mt 1:6-16, et dans l'énumération des 28 descendants de Jessé (ou Isaï), les derniers étant Jacob puis Joseph, père de Jésus : quatorze générations de David jusqu'à la déportation à Babylone, et quatorze générations de Babylone jusqu'à Jésus. Plus précisément, ce sont les rois du royaume de Juda depuis David qui sont retenus, pour démontrer l'ascendance royale de Jésus. 

Nous allons trouver, comme des fleurs sur les branches d'un arbre né de l'ancêtre Jessé, son fils David, son petit-fils Salomon, puis Roboam fils de Salomon, puis Abia, Asa, Josaphat, Joram, Ozias, Joatham, Achaz, Ézéchias, Manassé, Amon, et Josias,  tous rois avant la déportation, mais aussi Jéconiah, Salathiel, Zorobabel, Abioud, Azor et Sadoq, descendants depuis la déportation. Parmi les premiers, tous sont couronnés et portent un sceptre, tandis que dans la deuxième liste, seul Jéconiah est couronné, les autres portent des chaperons de ou bourgeois ou des bonnets de seigneurs du XVe-XVIe siècle. En effet, Zorobabel par exemple, ne fut pas roi de Juda mais gouverneur de la province de Judée.

.

Au nombre de 20 au total, ils sont répartis à 7 dans les deux lancettes de gauche, à 6 dans les deux lancettes médianes et à 7 dans les lancettes  de droite.

L'arbre générationnel  se poursuit au tympan avec six derniers ancêtres (Ahim, Elioud, Eléazar, Eliakim, Matthan, Jacob) menant à Joseph, à Marie puis à Jésus.

Cette composition à 30 personnages menant de Jessé à Jésus et inclunat Joseph est plus rare que la formule à 12 rois, conduisant à la Vierge tenant l'Enfant.

.

.

1. Jessé livré à son songe.

.

L'inscription indique RADIX JESSE, "Tige de Jessé" qui renvoie au verset d'Isaïe Is 11:10a In die illa radix Jesse qui stat in signum populorum "En ce jour-là la racine de Jessé qui se dresse comme un signal pour les peuples".

Radix Jesse désigne aussi, dans les hymnes chrétiens, la Vierge : 

—Germinavit radix Iesse, orta est stella ex Iacob : Virgo peperit Salvatorem; te laudamus, Deus noster "une étoile s'est levée de Jacob : la Vierge a enfanté le Sauveur ; nous vous louons, notre Dieu."

—Radix Jesse virgo flore floruit | Quoniam Maria virgo deum nobis genuit | Quem patriarchis Deus promisit signisque praefiguravit "La souche de Jessé a fleuri la tige a porté son fruit la mère féconde a enfanté et elle est restée vierge."

.

Alors que souvent Jessé est allongé et qu'un tronc s'élève de sa poitrine ou de son bassin, ici il est assis, endormi dans le creux d'un tronc d'arbre dont il enlace la branche maîtresse, la tête appuyée sur son bras gauche. Il porte à peu près l'habit des bourgeois de Troyes, avec un chaperon violet, une robe rouge ouverte sur la poitrine, ourlée de fourrure  et serrée par une ceinture verte.

.

 

 

La baie 230 de l'Arbre de Jessé de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

La baie 230 de l'Arbre de Jessé de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

La baie 230 de l'Arbre de Jessé de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

La baie 230 de l'Arbre de Jessé de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

.

.

Les rois de Juda David et Salomon.

.

De l'aiselle droite de Jessé s'élève une branche qui se divise : la première division porte le roi David, fils de Jessé (inscription DD), portant la harpe qui le caractérise, la couronne, le sceptre, et une robe bleue à motifs dorés. La deuxième division porte Salomon (inscription SALOMÕ), petit-fils de Jessé, couronné, barbu, portant le sceptre, et une robe verte. Chaque roi est figuré en buste, naissant d'une fleur en bourgeon.

.

La baie 230 de l'Arbre de Jessé de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

La baie 230 de l'Arbre de Jessé de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

.

.

Ézéchias, Ozias, Azor et Abiut.

.

Au dessus de David et de Salomon viennent sur les divisions hautes de l'arbre EZECHIAS et OZIAS, puis AZOR et ABIVT . 

 

La baie 230 de l'Arbre de Jessé de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

La baie 230 de l'Arbre de Jessé de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

La baie 230 de l'Arbre de Jessé de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

La baie 230 de l'Arbre de Jessé de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

.

.

Sur le côté gauche de l'arbre, au dessus des donateurs mâles, nous trouvons successivement AZA, ROBOAM, JORÃ, AMÕ, JOATHÃ, JECHONIAS,  et ZOROBABEL en tête de lancette. Les armoiries de Marisy occupent la tête de lancette voisine.

.

La baie 230 de l'Arbre de Jessé de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

La baie 230 de l'Arbre de Jessé de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

La baie 230 de l'Arbre de Jessé de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

La baie 230 de l'Arbre de Jessé de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

La baie 230 de l'Arbre de Jessé de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

La baie 230 de l'Arbre de Jessé de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

La baie 230 de l'Arbre de Jessé de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

La baie 230 de l'Arbre de Jessé de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

La baie 230 de l'Arbre de Jessé de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

La baie 230 de l'Arbre de Jessé de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

.

.

Sur le côté droit de l'arbre, au dessus des donatrices , nous trouvons successivement  JOSAPHAT, ACHAZ et ABIAS, puis MANASSES, JOSIAS, SALATIEL et SADOTH .

Les armes mi-parti Marisy/Phelippes sont suspendues à un rameau  au dessus de Salathiel.

.

La baie 230 de l'Arbre de Jessé de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

La baie 230 de l'Arbre de Jessé de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

.

.

JOSAPHAT.

.

La baie 230 de l'Arbre de Jessé de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

La baie 230 de l'Arbre de Jessé de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

La baie 230 de l'Arbre de Jessé de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

La baie 230 de l'Arbre de Jessé de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

.

.

LE TYMPAN.

.

Tympan de la baie 230 de l'Arbre de Jessé de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

Tympan de la baie 230 de l'Arbre de Jessé de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

Tympan de la baie 230 de l'Arbre de Jessé de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

Tympan de la baie 230 de l'Arbre de Jessé de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

.

.

ACHIN et ELIAZAR. Plus haut, IACOB.

.

Tympan de la baie 230 de l'Arbre de Jessé de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

Tympan de la baie 230 de l'Arbre de Jessé de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

.

.

ELIVD et ELIACHI[M]. Plus haut, MATHÃ.

.

 

Tympan de la baie 230 de l'Arbre de Jessé de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

Tympan de la baie 230 de l'Arbre de Jessé de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

.

.

La Vierge et Joseph agenouillés devant Jésus. Au sommet, dans une nuée radiante, Jésus en Sauveur, bénissant, portant le nimbe crucifère et tenant le globe.

Inscription  : M[ARI]A et IOZEPH. IESUS.

.

 

Tympan de la baie 230 de l'Arbre de Jessé de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

Tympan de la baie 230 de l'Arbre de Jessé de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

.

.

SOURCES ET LIENS.

— COFFINET (Abbé Jean-Baptiste), 1858,Les peintres-verriers de Troyes pendant trois siècles depuis 1375 jusqu'à 1690 "Peintres-verriers. Nomenclature des peintres-verriers de Troyes depuis 1375 jusqu'à 1690". Annales archéologiques, 1858, t. 18, p. 212-224.

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9693408c/f153.item

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9693408c/f252.item

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9693408c/f250.item

— FICHOT (Charles), 1889, Statistique monumentale du département de l'Aube page 220

https://www.google.fr/books/edition/Statistique_monumentale_du_d%C3%A9partement/-6jnG1emOHgC?hl=fr&gbpv=1&dq=civitas+ninive&pg=PA220&printsec=frontcover

—  JUBAINVILLE (Henri d'Arbois de), 1862, "Documents relatifs aux travaux de construction faits à la cathédrale de Troyes pendant les XIIIe, XIVe et XVe siècles" [second article].Bibliothèque de l'École des chartes  Année 1862  23  pp. 393-423

https://www.persee.fr/doc/bec_0373-6237_1862_num_23_1_445819

https://www.persee.fr/doc/bec_0373-6237_1862_num_23_1_461956

— LAFOND (Jean) 1955, "Les vitraux de la cathédrale Saint-Pierre de Troyes". In Société française d'archéologie, éd. Congrès archéologique de France : 113e session, Troyes, 1955. Orléans ; Nogent-le-Rotrou, 1957, p. 29-62.

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k32099177/f59.item

— LEDIT (Charles-J. Abbé) 1948,  Les Hautes verrières de la cathédrale de Troyes, préfacées par S. E. Mgr Julien Le Couedic,.

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k3339359k.texteImage?lang=FR

— LIEZ (Jean-Luc), 2022, "Regard(s) sur l’héraldique à Troyes au XVIe siècle". ffhal-03940420f

https://hal.science/hal-03940420/document

—MARSAT (André), ‎Charles J. Ledit, ‎Angelico Surchamp · 1972 Cathédrale de Troyes, les vitraux

— MINOIS (Danielle), 2005 Le vitrail à Troyes : les chantiers et les hommes (1480-1560) .Sorbonne Université presses Corpus vitrearum France Etudes VI, 1 vol. (475 p.-XXIV p. de pl.) : ill. en noir et en coul., jaquette ill. en coul. ; 33 cm

https://www.persee.fr/doc/bulmo_0007-473x_2008_num_166_1_2453_t14_0085_0000_1

— MINOIS (Danielle), 2003, thèse d'histoire de l'art Paris IV sous la direction de Fabienne Joubert et Michel Hérald,  La peinture sur verre à Troyes à la fin du Moyen Age

—PASTAN (Élisabeth C.  BALCON (Sylvie), 2006,  Les vitraux du chœur de la cathédrale de Troyes (xiiie siècle), Paris, Cths, coll. « Corpus vitrearum - France II », 2006, 539 p.

https://www.persee.fr/doc/bulmo_0007-473x_2010_num_168_3_7592_t19_0308_0000_1

— RIVIALE (Laurence),  "Danielle Minois, Le vitrail à Troyes : les chantiers et les hommes (1480-1560). Paris, P.U.P.S., 2005, 475 p. (Corpus vitrearum France, études VI)." In: Bulletin Monumental, tome 166, n°1, année 2008. La galerie à Paris (XIVe-XVIIe siècle) pp. 85-86.

https://www.persee.fr/doc/bulmo_0007-473x_2008_num_166_1_2453_t14_0085_0000_1

— ROSEROT (Alphonse) Les Marisy

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5509735m/f207.item

— SITES

Eglises du confluent :

https://www.eglisesduconfluent.fr/Pages/VIT-10Troyes-CathStPierreStPaul.php

https://www.eglisesduconfluent.fr/Pages/AT-ArbreJesse2.php

Archives de la cathédrale de Troyes :

https://www.google.fr/books/edition/INVENTAIRE_SOMMAIRE_DES_ARCHIVES_DEPARTE/RZcNAAAAQAAJ?hl=fr&gbpv=1&dq=%22la+Mosl%C3%A9e%22&pg=PA315&printsec=frontcoverhttps://www.patrimoine-histoire.fr/Patrimoine/Troyes/Troyes-Saint-Pierre-et-Saint-Paul.htm

Inventaire :

https://www.pop.culture.gouv.fr/notice/palissy/IM10000423

https://www.pop.culture.gouv.fr/notice/palissy/IM10000396

https://www.pop.culture.gouv.fr/notice/palissy/IM10000397

https://www.culture.gouv.fr/ar/29/5/2/2/4/Travaux-de-mise-en-securite-et-de-protection-de-la-Cathedrale-de-Troyes

https://abedehem.blogspot.com/2016/11/des-troyens-en-champagne.html

 

Partager cet article
Repost0
2 mars 2024 6 02 /03 /mars /2024 21:38

Les vitraux de la cathédrale de Troyes : la baie 236 ou Histoire de Daniel réalisée par un verrier anonyme , don en 1499 de Jean Corart ou Coiffart, marchand de Troyes et de Marguerite, sa femme. La baie 136 est moderne sauf le tympan aux monogrammes JC.

.

 

Voir :

.

.

.

PRÉSENTATION GÉNÉRALE.

.

Avec 1 500 m² de verrières, allant du XIIIe au XIXe siècle, la cathédrale de Troyes est   l’un des plus vitrées de France.  Elle possède un triforium totalement vitré, (situé à mi-hauteur et qui fait le tour du bâtiment), ce qui est assez exceptionnel. Les vitraux de la cathédrale de Troyes sont considérés comme une œuvre majeure de la peinture sur verre en France. 

 

Les 20 verrières hautes de la nef forment un ensemble homogène. Elles ont été réalisées entre 1498 et 1505 par plusieurs peintres-verriers  dont le nom de certains sont connus (Pierre Maçon, Jean Verrat, Balthasar Godon, Lievin Varin et le cartonnier Nicolas Cordonnier). Parmi les 66 « verriers » recensés dans les archives entre 1470 et 1560, 37 peuvent être considérés comme des peintres verriers. Regroupés autour de la collégiale Saint- Urbain, ils travaillaient au sein de structures familiales et fondaient des dynasties, comme les Verrat ou les Macadré. Leur atelier était une petite structure dirigée par un peintre verrier qui n’employait qu’un ou deux serviteurs, selon ses moyens, comme on le voit à Paris et en Provence (D. Minois).

Selon le rédacteur de la notice de l'Inventaire, rédigée en 1999, "Leur iconographie répond à la seule volonté des multiples donateurs. Leur véritable lien provient plus de la technique que du style : les peintres-verriers ont mis l'accent sur la lisibilité des compositions (larges registres de scènes, mise en valeur des faits et gestes des personnages par la réduction du rôle de l'architecture et des arrières-plans, modelé très appuyé, absence de chef-d'oeuvre et de gravure sauf dans la baie 233). Certains aspects rappellent les vitraux du milieu du 13e siècle des parties hautes du choeur : la gamme colorée très vive avec barbes et cheveux en pleine couleur, la mise en plomb des yeux de certains personnages, les fonds de mosaïque. Si la Renaissance italienne ne s'y fait pas encore sentir, Jean Lafond reconnaît une influence venue de l'est dans la verrière de saint Pierre (notamment l'atelier strasbourgeois de Pierre d'Andlau). Pour Emile Mâle, la présence dans ces verrières d'une forte veine d'inspiration populaire évoque l'imagerie d'Epinal."

Au contraire, Danielle Minois (2003 ; 2005) souligne la cohérence de ces ensembles qui illustrent en un discours argumenté et savant l’histoire du salut. "Seul un clergé cultivé a pu élaborer ces programmes ; il l’a donc imposé aux donateurs qui l’ont financé. Parce que « le choix des sujets des verrières posées dans les églises est un reflet de la vie intellectuelle et religieuse », elle signale en outre les réactions des commanditaires face à la Réforme à travers les thèmes choisis, surtout après 1550 : l’histoire de Daniel ou de Tobie, la légende de l’hostie profanée. Elle montre comment les mêmes thèmes peuvent changer de sens face à un climat de remise en cause de l’Église romaine." (L. Rivale)

Ces 20 verrières hautes de la nef se répartissent entre les baies du triforium (galerie à trois arcades entre chaque travée), qui portent les numéros 127 à 136, et, au dessus de celles-ci, les baies hautes homologues portant les numéros 227 à 236. Selon la numérotation internationale des vitraux, les baies nord portent un numéro impair et les baies sud un numéro pair.

Les baies 136 (triforium) et 236 occupent la première travée côté sud. 

.

Nous avons donc ainsi :

a) du côté nord, depuis le transept vers le fond de la nef :

-baies 127 et 227 : Saints ; vie de saint Pierre.  réalisée en 1502, don d'Henri II de Lorraine Vaudémont, évêque de Metz ;

-baies 129 et 229 : Histoire de Tobie. 1500 ; don de Jean Fuestot l'Aîné (marchand et bourgeois de Troyes dans l'Aube) et de Denise Chappelain sa femme. Monogramme [du peintre verrier en tête de lancette de la baie 129].

-131 et 231 : Adoration des mages, et Histoire de Job. Don de Jeanne de Mesgrigny veuve de Jean Molé. 1501. Inscription et armoiries. Monogramme d'un verrier au tympan.

-133 et 233 : légende de saint Sébastien ; réalisée en 1501 par Lievin Varin, don de la confrérie de saint Sébastien ; un écu armorié d'Odard Hennequin mis en place en 1502-1503 par Jeancon Garnache et Nicolas Hulins a disparu.

- 135 et 235 : Légende de la Vraie Croix ; réalisées entre 1501 et 1502 par Jean Verrat, don de Claude Dorigny, veuve de Jean Péricard. Armoiriesidentifiées. Monogrammes. Très restaurées au XIXe.

b) du côté sud :

-baies 128 et 228 : Calvaire ; saints et saintes. 1499 ; peintre-verrier Balthazar Godon ; armoiries (identifiées) : Jean Huyard chanoine de la cathédrale, et Guillaume Huyard avocat du roi à Troyes 

-baies 130 et 230 : Arbre de Jessé. Verrière réalisée par Lievin Varin entre 1498 et 1499, don de Jean de Marisy et Guillemette Phélipe sa femme. En baie 230, toute la famille de Jean de Marisy et de Guillemette Phélipe (ses frères, ses 9 filles et belles-filles) est représentée au bas de cette verrière. Armoiries.

-baies 132 et 232 :  Annonciation et Nativité. Parabole du Fils Prodigue. Don de Guillaume Molé et Simone Boucherat , 1499.  Réalisée en 1499 peut-être par Pierre I maçon (inscription ne notant que son prénom). Armoiries identifiées, devise "en attendant", monogrammes [du verrier]

-baies 134 et 234 : Vie de Joseph (biblique) ; réalisée en 1499, don d'Agnès Bonjean, veuve de Jehan Thévenin (écuyer et notaire royal à Troyes) son mari . Armoiries identifiées et monogrammes en baie 134. Inscription mentionnant le commanditaire et la date en baie 234.

-baies 136 et 236 : Histoire de Suzanne et du prophète Daniel ; réalisées en 1499 , don de Jean Corart, marchand de Troyes et de Marguerite, sa femme (inscription) ; les vitraux du 15e siècle du triforium (baie 136) ont disparu et sont remplacés par des vitraux du 20e siècle sur le thème de l'histoire de Daniel.

 

.

Datation vers 1500 et donation par Jean et Marguerite COIFFART.

Les données s'appuient sur l'inscription qui court le long du bord inférieur de la baie 236 et qui énonce :

 Jean Corart marchant demeurant a Troyes et Marguerite sa femme ont donnée ceste verriere lequel trepassa le 4 jour de septembre l'an mil IIII IIII et XIX [1499]. Priez Dieu pour eulx .

On estime (D. Minois) qu'il faut compter un an entre la donation, et la réalisation d'une verrière.

"La formulation , qui donne la date du décès du donateur ... laisse entendre que la donation faisait partie de son testament. Cette inscription est la seule indication de cette verrière dont aucun texte d'archives ne fait mention . Le nom de famille de la donatrice n'est pas connu . Aucun blason ne permet de confirmer l'identité des donateurs . Il est probable que ceux-ci avaient offert les deux niveaux de la verrière , triforium et baie haute .. Le sujet développé dans les lancettes est l'Histoire de Daniel, issue de l'Ancien Testament. Au tympan, au milieu d'une cour de séraphins aux ailes bleues, trônent le Christ et la Vierge, surmontés par la colombe de l'Esprit. L'auteur de cette verrière n'est pas connu. P. Biver, avec beaucoup de prudence, suggère que ce pourrait être Pierre, l'auteur du Fils Prodigue. Toutefois, aucune trace d'archive ne confirme cette hypothèse"

https://www.cairn.info/revue-histoire-urbaine-2016-3-page-29.htm#re61no127

Aucune donnée d'archive ou de généalogie ne donne des renseignements sur ce couple "CORART". Mon hypothèse est la suivante : il faudrait lire plutôt "COIFFART/COIFFARD" arprès une faute de graphie par l'artiste initial ou les restaurateurs.

La famille Coiffart (ou Coiffard) est à la fin du XVe et au XVIe siècle une famille considérable de Troyes,  qui sera alliée aux Hennequin , aux Mesgrigny, puis en 1644 aux Molé (les familles donatrices des vitraux de la cathédrale) et dont un membre, Nicolas, devint maire de la ville en 1534 et 1550-54. Les Archives départementales référencient onze membres, dont cinq Jehan ou Jean.  Un Jean Coiffart est chanoine de la cathédrale de Troyes. Un Jehan Coiffart est Tabellion de l'officialité (en ?).   En 1478-1480, Nicole Coiffart, chanoine, verse 50 sols pour la verrière de la bibliothèque de la cathédrale. Il fut enterré à dans la cathédrale Saint-Pierre le 7 mai 1494. On peut le rapprocher de Nicolas Coiffart, doyen du chapitre de la cathédrale de Troyes. Un autre chanoine se nomme Juvénal Coiffart.

"Une autre tombe couvrait le corps de Nicole Coiffart, doyen de l'église de Troyes. Il est représenté dans un cercle, vu à mi-corps, en costume, la tête nue, et au moment où il consacre l'hostie les mains jointes au-dessus du calice. Autour de sa tête est un rouleau déployé sur lequel on lit: Deus propicius esto michi peccatori; dans le cercle, cet acte de foi: Credo quod redemptor, meus vivit in novissimo die de terra surrecturus sum et rursum circumdabor pella mea et in carne mea videbo Deum salvatorem meum. Et au-dessous du cercle l'épitaphe ainsi disposée :

Cy gist vénérable et discrète personne maistre Nicole Coiffart, prestre, licencié ès-lois et décrets, doyen et chanoine en ceste église, en laquelle a fondé en son vivant la feste de l'Ascencion notre Seigneur, festée le jour et le lendemain, vne messe de requiem solemnelle, qui trespassa l'an mil CCCC 1111xx et XIII, le VIIe jour du moys de may.Demandons à Dieu que par sa grâce, De ses péchés pardon lui face. Amen." (A. F. Arnaud)

En 1499, la famille de marchand n'avait pas été anoblie, et aucun blason ne figure sur cette verrière, à la différence des autres. Plus tard Nicolas Coiffart seigneur de Saint-Benoît-sur-Seine, portera comme armoiries  de gueules à trois coiffes ardentes d'or.

La lignée de Jehan COIFFART et Marguerite XXX est parfaitement  référencée par les généalogistes  :

https://gw.geneanet.org/pierfit?lang=fr&p=jean&n=coiffart&oc=1

 Jehan Coiffart, fils de Colin, et de Marguerite Le Celtier, eurent 14 enfants entre 1424 et 1449, mais la plupart décédèrent et, outre Avantin Coiffart, chanoine de Soissons , on retient essentiellement leur fils Guyon.

Guyon Coiffart 1449-1509 Lieutenant à la prévôté de Troyes marié à Jeanne Piétrequin †1518, dont 1. Jean Coiffart (mars 1487 julien – Troyes, -31 août 1494  - Saint-Rémy - Troyes, à l'âge de 7 ans. 2. Nicolas Coiffart 1490-1559, écuyer, lieutenant civil au baillage de Troyes seigneur de Saint-Benoit-sur-Seine maire de Troyes en 1534 marié à  Guillemette Pinette , dont Nicole Coiffart 1535-1567 et Edme Coiffart 1544- seigneur de Marcilly-Le-Haye qui épouse Edmée Le Gras de Vaubercey, fille de Pierre Le Gras de Vaubercey, dont : Marguerite Coiffart qui épousa  Jérôme de Mesgrigny, seigneur de Villebertain (1582 - 1636). Un Jean Coiffart seigneur de Vermoise, est juge-consul de Troyes en 1575.

Outre cette généalogie, mon meilleur indice sur le couple Jehan Coiffart et son épouse Marguerite est un obit de l'obituaire de l'abbaye de  Saint-Loup, située alors à Troyes intra-muros. On y lit l'obit de Jehan (Johannis) COIFFART, clerc et marguilier de Saint-Loup et son épouse Marguerite (Margarete) par lequel ils ont versé trente livres tournois pour un office anniversaire du décès de Jehan Coiffart le 28 novembre 1484 après 59 ans de mariage. Soit un mariage en 1424-1425, cohérent avec les données généalogiques.  Il est possible que la donation de la verrière a été faite par Marguerite Coiffart décédée plus tardivement.

.

Obituaire de Saint-Loup

.

Pour être complet, signalons un Nicolas COCHART mentionné dans les comptes de la cathédrale comme clercs jurés  en 1408.

 

 

.

Attribution.

.

L'artiste n'apparait pas dans les comptes de la cathédrale. On a évoqué le nom du verrier "Pierre".

Le tympan de la baie 136 montre un monogramme aux lettres J et D (?) entrelacées, comme dans la baie 234. Mais comme ce vitrail a été refait au XXe siècle, il y a un doute sur la validité de cette information.

.

Restauration.

En 1558, Pierre Soudain, verrier (auteur de la Rose de la cathédrale), reçoit IX l. pour avoir lavé, nettoyé et "racoustre" la verrière de l'Hystoire de Daniel."

Les vitraux de la cathédrale ont été restaurés par Vincent-Larcher à partir de 1845

.

Description.

.

La baie 236, avec six lancettes réunies deux à deux sous deux mouchettes ( décor réparti en trois registres ) , et un tympan à treize ajours et écoinçons , mesure 10 m de haut et  6 m . de large.

La baie 136, en dessous, au triforium, avec ses six lancettes réunies deux à deux sous un tympan à deux mouchettes et un soufflet, mesure 3, 50 m de haut et 6 m. de large.

Toutes les deux sont consacrées à l'histoire de Suzanne (chapitre 16 de la tradution du Livre de Daniel de la Bible dans la Septante) et au prophète Daniel (Bible, Livre de Daniel), ont été réalisées par le même  peintre verrier anonyme (monogramme JD) et ont été commanditées par Jean Corart [sic] et son épouse Marguerite.

Je débuterai par la baie 136, moderne, pour respecter le fil narratif du Livre de Daniel. Puis je poursuivrai le récit sur la baie 236. Je présenterai ensuite le couple des donateurs et je terminerai par le tympan.

.

Le thème du Livre de Daniel, les verrières de Troyes et le théâtre.

J'ai déjà souligné les rapports des thèmes des verrières hautes de la nef de Troyes, toutes offertes à la toute fin du XVe siècle ou en 1500, celles de Job, de l'Adoration des Mages et de Tobie, avec le théâtre religieux et les Mystères dont le jeu est attesté à cette époque. J'ai fait remarquer les rapports de ces histoires bibliques avec les textes du Mistère du Vieil Testament , fort répandu vers 1480, dont les manuscrits sont perdus mais qui fut imprimé à Paris en 1494 et réédité ensuite.

Dans la deuxième partie du Vieil Testament, le chapitre XLI traite de l'histoire de Suzanne et de Daniel , juste après les histoires de Job (XXXIX), et de Tobie (XL). Cette histoire est narrée en 2166 vers, le jeu impose douze acteurs.  Elle est divisée en épisodes "Comme Susanne s'en va en son jardin....Des faulx juges et de Joachim. Comme les faulx juges guettent Suzanne. De l'adoration du dieu Bel et des viandes qu'on lui apportoit [...] Comme Daniel fut getté en la fosse aux lions. De Suzanne et des hjuges qui l'abusent." Dans Le Viel Testament, l'histoire de Suzanne est tissée dans tous les autres épisodes du Livre de Daniel, sans doute pour en faire, sur scène, un personnage navette que les spectateurs suivent comme guide.

Je donnerai deux extraits de ce texte dans mon commentaire de cette verrière.

J. de Rothschild a recensé les treize pièces théâtrales  consacrées à Daniel en latin du XIIe au XVIIIe siècle (Danielis Ludus), les neuf versions en français (la première à Abbeville en 1477), les trois versions italiennes, les treize versions allemandes et une version polonaise : c'est dire la popularité de ce Jeu. L'Histoire de Suzanne fait elle aussi l'objet de multiples drames, par exemple L'Histoire de saincte Susanne, Troyes, Nicolas Oudot 1621.

Il me semble tout à fait plausible que les divers bourgeois donateurs des verrières de Troyes aient assisté à ce Mistère du Vieil Testament, et que ces jeux aient inspiré leur choix.

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5051p

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5055x/f50.image.r=suzanne

 https://docenti.unimc.it/claudio.micaelli/teaching/2020/22371/files/vol.%205%20Le_Mistere_du_Viel_Testament.pdf

https://books.google.fr/books?id=-6jnG1emOHgC&newbks=1&newbks_redir=0&printsec=frontcover&pg=PA220&dq=civitas+ninive&hl=fr&redir_esc=y#v=onepage&q=civitas%20ninive&f=false

Le Livre de Daniel et les enlumineurs de Champagne.

La scène de Suzanne et les vieillards, ou celle de Daniel dans la fosse aux lions,  ont été également très représentées par les enlumineurs des Bibles historiées, Bréviaires ou des Livres d'Heures. Et notamment, les Heures de Louis de Laval, gouverneur de Champagne entre 1465 et 1473, consacrent une quarantaine de folios (329v et suiv) à Daniel, avec les enluminures de Jean Colombe et autres artistes locaux. On sait que l'iconographie de ce livre se retrouve dans le Livre d'Heures de Guyot le Peley, bourgeois de Troyes affilié aux donateurs des verrières de Troyes.

 

.

Les baies 136 (triforium) et 236 de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

Les baies 136 (triforium) et 236 de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

.

.

LA BAIE  136 (XXe SIÈCLE).

.

La baie 136, qui avait été brisée (Fichot 1899 p.230), a été refaite "au XXe siècle" hormis les tympans qui sont d'origine. L'artiste a repris le thème de l'histoire de Daniel, qui devait y figurer puisque tout le début du Livre manque dans la baie 236.

Histoire de Daniel,  baie 136 (triforium) de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

Histoire de Daniel, baie 136 (triforium) de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

.

.

1 et 2. Les deux premières lancettes de gauche. Deux des songes de Nabuchodonosor.

.

Nabuchodonosor, roi de Babylone, a assiégé Jérusalem et a emmené ses habitants en exil, et, parmi eux, Daniel et ses trois amis Ananias, Azarias et Misaël. 

 Livre 1 Le roi ordonna à Ashpénaz, chef de ses eunuques, de faire venir quelques jeunes Israélites de race royale ou de famille noble. Ils devaient être sans défaut corporel, de belle figure, exercés à la sagesse, instruits et intelligents, pleins de vigueur, pour se tenir à la cour du roi et apprendre l’écriture et la langue des Chaldéens.[...] Parmi eux se trouvaient Daniel, Ananias, Misaël et Azarias, qui étaient de la tribu de Juda.

Le deuxième année de son règne le roi fit un songe, et il exigea de ses devins et mages non seulement qu'ils l'interprètent, mais aussi qu'ils puissent le deviner auparavant, sous peine de mort. Ils échouent.

Mais le Dieu d'Israël révèle à  Daniel et à ses compagnons  le rêve du roi.

Daniel se présente à lui et dit :

"Ô roi, voici ta vision : une énorme statue se dressait devant toi, une grande statue, extrêmement brillante et d’un aspect terrifiant. Elle avait la tête en or fin ; la poitrine et les bras, en argent ; le ventre et les cuisses, en bronze ; ses jambes étaient en fer, et ses pieds, en partie de fer, en partie d’argile. Tu étais en train de regarder : soudain une pierre se détacha d’une montagne, sans qu’on y ait touché ; elle vint frapper les pieds de fer et d’argile de la statue et les pulvérisa. Alors furent pulvérisés tout ensemble le fer et l’argile, le bronze, l’argent et l’or ; ils devinrent comme la paille qui s’envole en été, au moment du battage : ils furent emportés par le vent sans laisser de traces. Quant à la pierre qui avait frappé la statue, elle devint un énorme rocher qui remplit toute la terre."

.

Description : Le peintre-verrier a représenté le roi endormi sur son lit avec l'inscription NABUCODONOSOR. Au dessus de lui, un arbre est enchainé et malgré ses feuilles, il ne peut s'élever et son tronc est tronqué. Au pied du lit, sur un tabouret, la statue se dresse, en chef de guerre couronné, tenant le sceptre, et en armure. Une pierre rose se dirige vers ses pieds et va le frapper.

.

Le songe de l'arbre enchaîné.

L'arbre se réfère au deuxième songe de Nabuchodonosor, selon le chapitre 4 :

 "Moi, Nabucodonosor, j’étais tranquille dans ma maison et satisfait dans mon palais. J’ai eu un songe : il m’a effrayé. Sur mon lit, je fus troublé par des pensées obsédantes et, dans mon esprit, par des visions. J’ai donné l’ordre d’introduire en ma présence tous les sages de Babylone, pour qu’ils me fassent connaître l’interprétation du songe.  Alors, les magiciens, les mages, les devins et les astrologues entrèrent, et je leur racontai le songe, mais ils ne m’ont pas fait connaître son interprétation.  En dernier lieu, Daniel se présenta devant moi – son nom est Beltassar, selon le nom de mon dieu, et il a en lui l’esprit des dieux saints. Je lui racontai le songe : « Beltassar, chef des magiciens, tu as en toi l’esprit des dieux saints, je le sais, et aucun mystère ne t’embarrasse. Voici le songe que j’ai fait ; dis-moi son interprétation.

Sur mon lit, je regardais les visions de mon esprit : Voici un arbre, au milieu de la terre, d’une gigantesque hauteur. L’arbre grandit, et il devint puissant, sa hauteur atteignait le ciel, et on le voyait de toute la terre. Son feuillage était beau et son fruit abondant ; il y avait en lui de la nourriture pour tous. Les animaux sauvages s’abritaient sous lui ; les oiseaux du ciel demeuraient dans ses branches ; toute créature se nourrissait de lui. Sur mon lit, je regardais les visions de mon esprit, lorsqu’un Vigilant, un être saint, descendit du ciel.  Il criait à pleine voix : Abattez l’arbre et coupez ses branches ! Arrachez son feuillage et jetez son fruit ! Que les bêtes quittent son abri, et les oiseaux, ses branches ! Mais la souche avec les racines, laissez-les dans la terre, dans des chaînes de fer et de bronze, dans l’herbe des champs. L’arbre sera trempé de la rosée du ciel, il partagera avec les bêtes l’herbe de la terre.  Son cœur d’homme sera changé, un cœur de bête lui sera donné. Alors, des temps, au nombre de sept, passeront sur lui.

"Tel est le songe que j’ai eu, moi, le roi Nabucodonosor. Toi, Beltassar, donne-moi son interprétation, car aucun des sages de mon royaume n’a pu m’en faire connaître l’interprétation. Mais toi, tu le peux, puisque l’esprit des dieux saints est en toi. »  

Beltassar répondit : « Mon seigneur, que le songe soit pour tes ennemis, et son interprétation pour tes adversaires ! L’arbre que tu as vu, grand, puissant, élevé, atteignant le ciel et visible de toute la terre, dont le feuillage était beau et le fruit abondant, en qui il y avait de la nourriture pour tous, sous lequel s’abritaient les animaux sauvages, et dans les branches duquel demeuraient les oiseaux, c’est toi, ô roi ! Tu es devenu grand et puissant, tu as grandi au point d’atteindre le ciel, et ta domination s’étend jusqu’aux extrémités de la terre.Puis, ô roi, tu as vu un Vigilant, un être saint descendu du ciel et qui disait : “Abattez l’arbre et détruisez-le, mais laissez dans la terre la souche avec les racines, dans des chaînes de fer et de bronze, dans l’herbe des champs, et qu’il soit trempé de la rosée du ciel, et partage le sort des animaux sauvages, jusqu’à ce que sept temps passent sur lui.”

 Cette vision, ô roi, en voici l’interprétation, la décision du Très-Haut qui atteint mon seigneur le roi : Tu seras chassé d’entre les hommes, tu auras ta demeure avec les animaux sauvages, on te nourrira d’herbe, comme les bœufs, tu seras trempé de la rosée du ciel, et sept temps passeront sur toi, jusqu’au moment où tu reconnaîtras que le Très-Haut est maître du royaume des hommes et le donne à qui il veut.  Et si l’on a dit de laisser en terre la souche avec les racines de l’arbre, c’est que ta royauté se maintiendra quand tu auras reconnu que le Ciel est le maître. Aussi, que mon conseil te paraisse bon, ô roi : rachète tes péchés par la justice, et tes fautes par la pitié envers les malheureux. S’il en est ainsi, ta tranquillité se prolongera. »

.

Extrait du  texte du Vieil Testament :

—Daniel "Le quart régne qui regnera Par les jambes de ceste ymage Qui sont de fer , a bref langage, Est signifié , sans mescompte .  Tout ainsi commele fer dompte Tous autres metaulx, on verra Que ce régne cy domptera Autres régnes : soyez certains, Sera le régne des Rommains,  Qui sera en haulte excellence" .

 

.

Histoire de Daniel,  baie 136 (triforium) de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

Histoire de Daniel, baie 136 (triforium) de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

.

.

3. et 4. Daniel interprète le songe de la statue aux pieds d'argile : la prophétie des quatre royaumes.

.
 

"C’est à toi, le roi des rois, que le Dieu du ciel a donné royauté, puissance, force et gloire. C’est à toi qu’il a remis les enfants des hommes, les bêtes des champs et les oiseaux du ciel, quelle que soit leur demeure ; c’est toi qu’il a rendu maître de toute chose : la tête d’or, c’est toi. Après toi s’élèvera un autre royaume inférieur au tien, ensuite un troisième royaume, un royaume de bronze qui dominera la terre entière.  Il y aura encore un quatrième royaume, dur comme le fer. De même que le fer brise et écrase tout, de même, il pulvérisera et brisera tous les royaumes. Tu as vu les pieds qui étaient en partie d’argile et en partie de fer : en effet, ce royaume sera divisé ; il aura en lui la force du fer, comme tu as vu du fer mêlé à l’argile. Ces pieds en partie de fer et en partie d’argile signifient que le royaume sera en partie fort et en partie faible. Tu as vu le fer associé à l’argile parce que les royaumes s’uniront par des mariages ; mais ils ne tiendront pas ensemble, de même que le fer n’adhère pas à l’argile. 

Or, au temps de ces rois, le Dieu du ciel suscitera un royaume qui ne sera jamais détruit, et dont la royauté ne passera pas à un autre peuple. Ce dernier royaume pulvérisera et anéantira tous les autres, mais lui-même subsistera à jamais. C’est ainsi que tu as vu une pierre se détacher de la montagne sans qu’on y ait touché, et pulvériser le fer, le bronze, l’argile, l’argent et l’or. Le grand Dieu a fait connaître au roi ce qui doit ensuite advenir. Le songe disait vrai, l’interprétation est digne de foi. »

.

Description : Daniel, imberbe et jeune dans sa tunique blanche ( c'est un tout jeune homme) , est nimbé. Ses trois compagnons, en désaccord avec le texte biblique, sont âgés, barbus,  et montrent des éléments les présentant comme Juifs selon les codes du temps : bonnet conique, franges aux bords des vêtements, coiffe à oreillettes et châle sur la tête.

Devant eux est assis Nabuchodonosor  sous un pavillon près de son garde à hallebarde et plumet.

.

Note : l'inscription en grisaille NABUCODONOSOR imite les lettres gothiques aux fûts perlées des vitraux de  la baie 236, mais le peintre du XXe siècle pourtant remarquable est incapable de reprendre le tour de force de tracer cette inscription en lettres isolées, faites d'une pièce de verre coloré. Nous évaluons mieux l'art des verriers de Troyes vers 1500.

.

Histoire de Daniel,  baie 136 (triforium) de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

Histoire de Daniel, baie 136 (triforium) de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

.

.

5 et 6. Nabuchodonosor reconnaît le Dieu d'Israël.

 

" Alors, le roi Nabucodonosor tomba face contre terre. Se prosternant devant Daniel, il ordonna qu’on lui présente une offrande de céréales et un sacrifice d’agréable odeur.  Le roi prit la parole et dit à Daniel : « En vérité, votre Dieu est le Dieu des dieux, le Seigneur des rois, celui qui révèle les mystères, puisque tu as su nous révéler ce mystère. » Puis le roi conféra un rang élevé à Daniel et lui offrit de riches et nombreux cadeaux. Il lui donna autorité sur toute la province de Babylone et en fit le préfet suprême de tous les sages de Babylone. Daniel demanda au roi de confier l’administration de la province de Babylone à Sidrac, Misac et Abdénago. Quant à Daniel, il était à la cour du roi. "

.

Description : Le roi est agenouillé tête nue devant Daniel qui le domine et désigne son Dieu. Le choix de montrer ici le Crucifié est discutable dans cette scène vétéro-restamentaire.

.

Histoire de Daniel,  baie 136 (triforium) de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

Histoire de Daniel, baie 136 (triforium) de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

.

.

Le monogramme du peintre verrier ou du donateur dans les tympans du triforium.

.

Comme le signale Charles Fichot en 1899, alors que les lancettes avaient été brisées, leurs tympans persistaient et le monogramme, attribué par Fichot à Jean Corart, y ont été relevées. Toutefois ce relevé est inversé et en miroir de la réalité.

.

Charles Fichot p.230

 

.

On peut lire ce monogramme JC ou JD. Le monogramme JC peut correspondre à Jehan Coiffart. On pourrait comprendre que le donateur, n'ayant pas d'armoiries, ait placé ici ses initiales. Les monogrammes des peintres verriers qui figurent dans les autres baies sont bien différents, à type de clefs barrées et s'apparentent aux marques des artisans tailleurs de pierre. 

.

.

Mais le monogramme est assez proche de celui qui figure sur la baie 134 , offerte par Jehan Thévenin et Agnès Bonjean. Il a été recensé par l'abbé Coffinet dans sa monographie sur les peintres-verriers.

.

Monogramme de la baie 134.

.

 

 

 

Histoire de Daniel,  baie 136 (triforium) de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

Histoire de Daniel, baie 136 (triforium) de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

Histoire de Daniel,  baie 136 (triforium) de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

Histoire de Daniel, baie 136 (triforium) de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

.

.

LA BAIE  236.

.

 

 

 

Histoire de Daniel,  baie 236 de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

Histoire de Daniel, baie 236 de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

.

.

7. Suzanne ferme la porte de son jardin, accompagnée de ses deux servantes, afin de prendre un bain.

L'épouse de Joakim,  un israélite de Babylone, était très belle ; et elle se prénommait Suzanne.  Joakim était très riche, et il possédait un jardin auprès de sa maison ; les Juifs affluaient chez lui, car il était le plus illustre d’entre eux. Etparmi ceux-ci, étaient deux vieillards, élus juges cette année-là. "Lorsque le peuple s’était retiré, vers midi, Suzanne entrait dans le jardin de son mari, et s’y promenait." Livre de Daniel 13:7

Mais pour l'observer, deux juges se sont cachés dans le jardin. Car ils la désiraient.

Inscription SVSANE. (N rétrograde).

.

Extrait du Vieil Testament :

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5055x/f301.item.r=troyes

"—SUSANNE (à Joachin) Mon amy, affin d 'abreger mon propos, il faict si treschault Qu'il mefault aller soullager , Car en effect le cueur me fault. ' C 'est ung jardin qui beaucop vault : Il est frès, il est umbrageux ; Puis la fontaine saulte hault ; Est il possible d 'estre mieulx ?

—JOACHIN Allez , le plaisir de mes yeulx , Mon amour, la belle des belles, Humble maintien , cueur gracieux ; On n 'en trouve guéres de telles.

—SUSANNE Ou estes vous, mes damoyselles? Venez après moy vistement.

—LA PREMIÉRE DAMOYSELLE ' Nous y allons.

—SUSANNE Ça, ça , pucelles ; Cheminons tout beau , bellement."

.

Histoire de Daniel,  baie 236 de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

Histoire de Daniel, baie 236 de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

.

.

8. Suzanne au bain est surprise par les deux vieillards .

.

"Lorsque le peuple s’était retiré, vers midi, Suzanne entrait dans le jardin de son mari, et s’y promenait. Les deux anciens la voyaient chaque jour entrer et se promener, et ils se mirent à la désirer : ils pervertirent leur pensée, ils détournèrent leurs yeux pour ne plus regarder vers le ciel et ne plus se rappeler ses justes décrets. Tous deux brûlaient de convoitise, mais ne se l’avouaient pas l’un à l’autre, car ils avaient honte d’avouer leur désir de s’unir à elle. Chaque jour, ils guettaient avidement l’occasion de la voir. Un jour, ils se dirent l’un à l’autre : « Rentrons chez nous, c’est l’heure de déjeuner », et ils se séparèrent. Mais chacun revint sur ses pas, et ils se retrouvèrent au même endroit. Se questionnant alors mutuellement, ils s’avouèrent leur désir. Et ils se mirent d’accord sur le moment où ils pourraient la trouver seule.  Ils guettaient le jour favorable, lorsque Suzanne entra, comme la veille et l’avant-veille, accompagnée seulement de deux jeunes filles ; il faisait très chaud, et elle eut envie de prendre un bain dans le jardin. Il n’y avait personne, en dehors des deux anciens qui s’étaient cachés et qui l’épiaient. Suzanne dit aux jeunes filles : « Apportez-moi de quoi me parfumer et me laver, puis fermez les portes du jardin, pour que je puisse prendre mon bain. »Ainsi firent-elles : fermant la porte du jardin, elles entrèrent dans la maison par la porte de service pour y chercher ce que Suzanne leur avait demandé. Elles ne virent pas les anciens, qui étaient cachés."

.

Histoire de Daniel,  baie 236 de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

Histoire de Daniel, baie 236 de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

 

.

.

9. Un faux témoignage : Suzanne est accusée par les vieillards d'avoir trompé son mari avec un jeune homme.

.

"Les deux anciens la voyaient chaque jour entrer et se promener, et ils se mirent à la désirer : ils pervertirent leur pensée, ils détournèrent leurs yeux pour ne plus regarder vers le ciel et ne plus se rappeler ses justes décrets. Tous deux brûlaient de convoitise, mais ne se l’avouaient pas l’un à l’autre, car ils avaient honte d’avouer leur désir de s’unir à elle. Chaque jour, ils guettaient avidement l’occasion de la voir. Un jour, ils se dirent l’un à l’autre : « Rentrons chez nous, c’est l’heure de déjeuner », et ils se séparèrent. Mais chacun revint sur ses pas, et ils se retrouvèrent au même endroit. Se questionnant alors mutuellement, ils s’avouèrent leur désir. Et ils se mirent d’accord sur le moment où ils pourraient la trouver seule. Ils guettaient le jour favorable, lorsque Suzanne entra, comme la veille et l’avant-veille, accompagnée seulement de deux jeunes filles ; il faisait très chaud, et elle eut envie de prendre un bain dans le jardin. Il n’y avait personne, en dehors des deux anciens qui s’étaient cachés et qui l’épiaient. Suzanne dit aux jeunes filles : « Apportez-moi de quoi me parfumer et me laver, puis fermez les portes du jardin, pour que je puisse prendre mon bain. » Ainsi firent-elles : fermant la porte du jardin, elles entrèrent dans la maison par la porte de service pour y chercher ce que Suzanne leur avait demandé. Elles ne virent pas les anciens, qui étaient cachés. Dès que les jeunes filles furent sorties, les deux anciens surgirent, coururent vers Suzanne et lui dirent : « Les portes du jardin sont fermées, on ne nous voit pas ; nous te désirons, sois consentante et viens avec nous. Autrement nous porterons contre toi ce témoignage : il y avait un jeune homme avec toi, et c’est pour cela que tu as renvoyé les jeunes filles. » Suzanne dit en gémissant : « De tous côtés, je suis prise au piège : si je vous cède, c’est la mort pour moi ; et si je refuse de céder, je n’échapperai pas à vos mains. Mieux vaut pour moi tomber entre vos mains sans vous céder, plutôt que de pécher aux yeux du Seigneur. »

 Alors Suzanne poussa un grand cri, et les deux anciens se mirent à crier contre elle. L’un d’eux courut ouvrir les portes du jardin. Les gens de la maison, entendant crier dans le jardin, se précipitèrent par la porte de service pour voir ce qui arrivait à Suzanne. Quand les anciens eurent raconté leur histoire, les serviteurs furent remplis de honte, car jamais on n’avait dit pareille chose de Suzanne. Le lendemain, le peuple se rassembla chez Joakim son mari. Les deux anciens arrivèrent, remplis de pensées criminelles contre Suzanne, et décidés à la faire mourir. Ils dirent devant le peuple : « Envoyez chercher Suzanne, fille d’Helkias, épouse de Joakim. » On l’envoya chercher. Elle se présenta avec ses parents, ses enfants et tous ses proches. Suzanne avait les traits délicats et elle était belle à voir.

 Comme elle était voilée, ces misérables ordonnèrent qu’on la dévoile, pour pouvoir profiter de sa beauté.

 Tous les siens pleuraient, ainsi que tous ceux qui la voyaient. Les deux anciens se levèrent au milieu du peuple, et posèrent les mains sur sa tête. Tout en pleurs, elle leva les yeux vers le ciel, car son cœur était plein de confiance dans le Seigneur.

Les anciens déclarèrent : « Comme nous nous promenions seuls dans le jardin, cette femme y est entrée avec deux servantes. Elle a fermé les portes et renvoyé les servantes. Alors un jeune homme qui était caché est venu vers elle, et a couché avec elle. Nous étions dans un coin du jardin, nous avons vu le crime, et nous avons couru vers eux. Nous les avons vus s’unir, mais nous n’avons pas pu nous emparer du jeune homme, car il était plus fort que nous : il a ouvert la porte et il s’est échappé. Mais elle, nous l’avons saisie, et nous lui avons demandé qui était ce jeune homme ;  elle n’a pas voulu nous le dire. De tout cela, nous sommes témoins. » L’assemblée les crut, car c’étaient des anciens du peuple et des juges, et Suzanne fut condamnée à mort."

.

Inscription SVSANE. (N rétrograde).

.

Histoire de Daniel,  baie 236 de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

Histoire de Daniel, baie 236 de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

.

.

10. Joakim, les  servantes et le père de Suzanne assistent au jugement des vieillards et se lamentent.

.

Inscription JOACHIN (N rétrograde).

.

 

Histoire de Daniel,  baie 236 de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

Histoire de Daniel, baie 236 de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

.

.

11. Suzanne est conduit au supplice par deux bourreaux, devant  les deux juges.

.

Inscription SUSANE (N rétrograde).

.

Histoire de Daniel,  baie 236 de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

Histoire de Daniel, baie 236 de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

Histoire de Daniel,  baie 236 de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

Histoire de Daniel, baie 236 de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

.

.

12. Daniel  s'écrit : "je suis innocent de la mort de cette femme !".

.

 "Comme on la conduisait à la mort, Dieu éveilla l’esprit de sainteté chez un tout jeune garçon nommé Daniel, qui se mit à crier d’une voix forte : « Je suis innocent de la mort de cette femme ! » Tout le peuple se tourna vers lui et on lui demanda : « Que signifie cette parole que tu as prononcée ? » Alors, debout au milieu du peuple, il leur dit : « Fils d’Israël, vous êtes donc fous ? Sans interrogatoire, sans recherche de la vérité, vous avez condamné une fille d’Israël. Revenez au tribunal, car ces gens-là ont porté contre elle un faux témoignage. » "

.

Inscription DANIEL (N rétrograde)

.

Histoire de Daniel,  baie 236 de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

Histoire de Daniel, baie 236 de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

.

.

 

13. Daniel siège au tribunal et confond les deux vieillards : il  innocente Suzanne .

.

"Tout le peuple revint donc en hâte, et le collège des anciens dit à Daniel : « Viens siéger au milieu de nous et donne-nous des explications, car Dieu a déjà fait de toi un ancien. »  Et Daniel leur dit : « Séparez-les bien l’un de l’autre, je vais les interroger. »

 Quand on les eut séparés, Daniel appela le premier et lui dit : « Toi qui as vieilli dans le mal, tu portes maintenant le poids des péchés que tu as commis autrefois en jugeant injustement : tu condamnais les innocents et tu acquittais les coupables, alors que le Seigneur a dit : “Tu ne feras pas mourir l’innocent et le juste.” Eh bien ! si réellement tu as vu cette femme, dis-nous sous quel arbre tu les as vus se donner l’un à l’autre ? » Il répondit : « Sous un sycomore. » Daniel dit : « Voilà justement un mensonge qui te condamne : l’Ange de Dieu a reçu un ordre de Dieu, et il va te mettre à mort. »

 Daniel le renvoya, fit amener l’autre et lui dit : « Tu es de la race de Canaan et non de Juda ! La beauté t’a dévoyé et le désir a perverti ton cœur. C’est ainsi que vous traitiez les filles d’Israël, et, par crainte, elles se donnaient à vous. Mais une fille de Juda n’a pu consentir à votre crime. Dis-moi donc sous quel arbre tu les as vus se donner l’un à l’autre ? » Il répondit : « Sous un châtaignier. » Daniel lui dit : « Toi aussi, voilà justement un mensonge qui te condamne : l’Ange de Dieu attend, l’épée à la main, pour te châtier, et vous faire exterminer. »

 Alors toute l’assemblée poussa une grande clameur et bénit Dieu qui sauve ceux qui espèrent en lui.  Puis elle se retourna contre les deux anciens que Daniel avait convaincus de faux témoignage par leur propre bouche. "Conformément à la loi de Moïse, on leur fit subir la peine que leur méchanceté avait imaginée contre leur prochain : on les mit à mort. Et ce jour-là, une vie innocente fut épargnée. Helkias et sa femme louèrent Dieu au sujet de leur fille Suzanne, avec Joakim son mari et tous leurs proches, parce qu’il ne s’était trouvé en elle rien de répréhensible.  À partir de ce jour, Daniel devint grand aux yeux du peuple."

Inscription DANIEL (N rétrograde)

.

Histoire de Daniel,  baie 236 de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

Histoire de Daniel, baie 236 de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

.

.

 

14 et 15 : les deux vieillards sont condamnés à mort et lapidés par deux bourreaux.

.

Notez la tenue bariolée bleue et orange, et les chausses ajustées, caractéristiques des bourreaux ou des soldats, tandis que les gens biens portent des vêtements de couleur unie.

Les pierres (de même que les boules rouges dans les coins de chaque panneau) ont sans doute été montées en chef d'œuvre (malgré les plombs réparant les casses successives). 

.

Histoire de Daniel,  baie 236 de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

Histoire de Daniel, baie 236 de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

Histoire de Daniel,  baie 236 de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

Histoire de Daniel, baie 236 de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

.

.

16. Début de Festin de Balthazar, chapitre 5 du Livre de Daniel. L'inscription sur le mur.

.

Balthazar est, dans ce Livre, le fils de Nabuchodonosor. Il adore les faux-dieux. Un jour, il donne un grand festin et fait servir les plats et les boissons dans la vaisselle spoliée par son père dans le Temple de Jérusalem. Avec ses grands, ses épouses et ses concubines.

Mais

"Soudain on vit apparaître, en face du candélabre, les doigts d’une main d’homme qui se mirent à écrire sur la paroi de la salle du banquet royal. Lorsque le roi vit cette main qui écrivait, il changea de couleur, son esprit se troubla, il fut pris de tremblement, et ses genoux s’entrechoquèrent."

.

Note : le chien blanc au collier rouge rappelle le chien de Tobie dans la verrière 229.

L'inscription est tracée par la main tenant un stylet blanc. Il est étonnant que l'artiste n'en n'ait pas donné le texte, devenu  une sentence.

Voir :

.

HJeures de Louis de Laval f. 338v. Gallica.

.

Heures de Louis de Laval f.338v détail. Gallica

 

.

 

Histoire de Daniel,  baie 236 de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

Histoire de Daniel, baie 236 de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

Histoire de Daniel,  baie 236 de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

Histoire de Daniel, baie 236 de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

.

.

17. Suite du festin de Balthazar.

.

Histoire de Daniel,  baie 236 de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

Histoire de Daniel, baie 236 de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

.

.

18. Le roi Balthazar demande sans succès à ses mages de déchiffrer l'inscription.

.

"Le roi cria de faire entrer les mages, les devins et les astrologues. Il prit la parole et dit aux sages de Babylone : « L’homme qui lira cette inscription et me l’interprétera, on le revêtira de pourpre, on lui mettra un collier d’or, et il sera le troisième personnage du royaume. » Tous les sages du roi entrèrent donc, mais ils ne purent lire l’inscription ni en donner au roi l’interprétation. Le roi Balthazar en était épouvanté : son visage changea de couleur, et les grands du royaume furent atterrés."

 

.

 

Histoire de Daniel,  baie 236 de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

Histoire de Daniel, baie 236 de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

.

.

19. Daniel donne au roi Balthazar le sens de  l'inscription "Mené, Mené Tequèl, Ou-Phrasine".

 

La reine suggère au roi de faire appel aux dons de Daniel.

" J’ai entendu dire aussi que tu es capable de donner des interprétations et de résoudre des questions difficiles. Si tu es capable de lire cette inscription et de me l’interpréter, tu seras revêtu de pourpre, tu porteras un collier d’or et tu seras le troisième personnage du royaume. » Daniel répondit au roi : « Garde tes cadeaux, et offre à d’autres tes présents ! Moi, je lirai au roi l’inscription et je lui en donnerai l’interprétation.  Ô roi, le Dieu Très-Haut avait donné à ton père le roi Nabucodonosor la royauté, la grandeur, la gloire et la splendeur. La grandeur qui lui était donnée faisait trembler de crainte devant lui tous les peuples, nations et gens de toutes langues. Il tuait qui il voulait, laissait vivre qui il voulait ; il élevait qui il voulait, abaissait qui il voulait.  Mais lorsque son cœur devint hautain, son esprit dur jusqu’à l’orgueil, il fut jeté à bas de son trône royal, et sa gloire lui fut retirée. On le chassa d’entre les hommes, son cœur devint comme celui des bêtes ; il demeura avec les ânes sauvages, on le nourrissait d’herbe comme les bœufs ; son corps était trempé par la rosée du ciel, jusqu’au moment où il reconnut que le Dieu Très-Haut est maître du royaume des hommes et place à sa tête qui il veut.

 Toi, son fils Balthazar, tu n’as pas abaissé ton cœur, et pourtant, tu savais tout cela.Tu t’es élevé contre le Seigneur du ciel ; tu t’es fait apporter les vases de sa Maison, et vous y avez bu du vin, toi, les grands de ton royaume, tes épouses et tes concubines ; vous avez entonné la louange de vos dieux d’or et d’argent, de bronze et de fer, de bois et de pierre, ces dieux qui ne voient pas, qui n’entendent pas, qui ne savent rien. Mais tu n’as pas rendu gloire au Dieu qui tient dans sa main ton souffle et tous tes chemins.

C’est pourquoi il a envoyé cette main et fait tracer cette inscription.  En voici le texte : Mené, Mené, Teqèl, Ou-Pharsine. Et voici l’interprétation de ces mots : Mené (c’est-à-dire “compté”) : Dieu a compté les jours de ton règne et y a mis fin ; Teqèl (c’est-à-dire “pesé”) : tu as été pesé dans la balance, et tu as été trouvé trop léger ; Ou-Pharsine (c’est-à-dire “partagé”) : ton royaume a été partagé et donné aux Mèdes et aux Perses. »

 Alors, Balthazar ordonna de revêtir Daniel de pourpre, de lui mettre au cou un collier d’or et de proclamer qu’il deviendrait le troisième personnage du royaume."

L'inscription condamnant le roi est souvent citée sous la forme MANÉ TECKEL PHARES.

La main de Dieu tenant la plume ou le stylet se retrouve au dessus de la tête de Daniel.

.

Histoire de Daniel,  baie 236 de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

Histoire de Daniel, baie 236 de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

.

.

20. Conformément à la prophétie de Daniel, le roi Balthazar est tué le lendemain même par Darius.

"Cette nuit-là, Balthazar, le roi des Chaldéens, fut tué." Daniel 5:30

"Darius le Mède reçut le royaume. Il avait soixante-deux ans." Dn 6:1

.

Inscription DARIVS.

Comme me le fait remarquer Daphné Dorel, le panneau médian a été inversé à la pose. Le vitrail retrouve toute sa cohérence une fois l'ordre rétabli.

 

Rectification de l'inversion du panneau.

 

Histoire de Daniel,  baie 236 de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

Histoire de Daniel, baie 236 de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

.

.

21. le prophète Hababuc apporte un repas à Daniel jeté dans la fosse aux lions.

Livre de Daniel  14 29-42.

Résumé :

Sous le règne de Darius , les Babyloniens vénéraient Bēl et aussi un grand serpent. Cyrus demande à Daniel d'adorer ce dernier, ce que Daniel refuse de faire. À son tour, pour montrer que le serpent n'était pas un dieu, Daniel affirme qu'il pouvait le tuer sans épée, ni bâton. Darius lui accorde le droit de tenter. Daniel fabriqua des boules empoisonnées, que le serpent mangea et dont il mourut. Les prêtres de Bēl se retournèrent contre Darius et menacèrent de le déposer s'il ne leur livrait pas Daniel. Le roi cède et les prêtres jettent Daniel dans la fosse où se trouvaient sept lions affamés. Daniel reste six jours dans la fosse.

Le petit prophète Habacuc se trouvait en Judée ; il avait fait cuire un repas et il partait pour le donner aux moissonneurs. Or, l'ange du Seigneur le saisit par les cheveux du sommet du crâne et le transporta à Babylone, au-dessus de la fosse aux lions. Habacuc donna à manger à  Daniel.

Le septième jour, Darius vint pleurer son ami Daniel, et le trouva bien vivant ! Le roi loua le Dieu de Daniel et les prêtres de Bēl furent jetés dans la fosse et dévorés aussitôt.

.

Histoire de Daniel,  baie 236 de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

Histoire de Daniel, baie 236 de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

.

Le texte biblique est savoureux :

 

Il y avait alors en Judée le prophète Habacuc. Il venait de faire cuire une bouillie et de mettre des petits morceaux de pain dans une corbeille, pour aller les porter aux moissonneurs dans les champs. L’ange du Seigneur dit à Habacuc : « Le repas que tu tiens, porte-le à Babylone, à Daniel, dans la fosse aux lions. »  Habacuc dit : « Seigneur, je n’ai jamais vu Babylone et je ne connais pas la fosse. »  L’ange du Seigneur le saisit par le sommet de la tête, le porta par les cheveux et, dans la violence de son souffle, le déposa à Babylone au-dessus de la fosse.  Habacuc cria : « Daniel, Daniel, prends le repas que Dieu t’envoie ! » Daniel dit alors : « Tu t’es souvenu de moi, mon Dieu ; tu n’abandonnes pas ceux qui t’aiment. »

 

L'artiste a représenté Hababuc sur une nuée, transportée par l'ange qui le soutient par les cheveux.

Inscription principale : ABACHUC.

Inscription sur le galon de la manche : ABACH[UC]

Inscription sur le col : ROER

.

Comparez avec :

.

Bible, BM Valencienne 0007, XVIe siècle

 

.

Histoire de Daniel,  baie 236 de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

Histoire de Daniel, baie 236 de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

.

.

22. Daniel dans la fosse aux lions.

Daniel 14 :39-42.

" Il se leva et mangea. L’ange de Dieu ramena aussitôt Habacuc à l’endroit d’où il venait. Le septième jour, le roi vint pleurer Daniel. Il arriva à la fosse et regarda. Voici que Daniel s’y trouvait, assis. Alors le roi s’écria d’une voix forte : « Tu es grand, Seigneur, Dieu de Daniel ! Il n’est pas d’autre Dieu que toi ! ». Puis il fit sortir Daniel de la fosse et y jeta ceux qui avaient voulu causer sa perte : ils furent aussitôt dévorés devant lui.

 

.

Inscription DANIEL.

.

 

 

Histoire de Daniel,  baie 236 de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

Histoire de Daniel, baie 236 de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

.

.

LES LANCETTES E ET F, REGISTRE INFÉRIEUR : LE COUPLE DE DONATEURS.

.

 

Les donateurs (1499)  de la baie 236 de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

Les donateurs (1499) de la baie 236 de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

.

.

Jehan Coiffart présenté par saint Jean-Baptiste.

.

Jean-Baptiste s'identifie par sa barbe et ses longs cheveux, par son manteau en poil de chameau, et à l'agneau posé sur le livre et tenant l'étendard de la Résurrection. Il s'identifie également par l'nscription ECCE AGNUS DEI

Jehan Coiffart est agenouillé, mains jointes sur une croix, mais à la différence des autres donateurs, bourgeois anoblis, il n'est pas face à un prie-dieu portant un livre de prières, et nappé d'un drap à ses armes.

Par contre, la couleur violette de son manteau est celle de tous les donateurs.

.

Jehan Coiffart, donateur en 1499  de la baie 236 de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

Jehan Coiffart, donateur en 1499 de la baie 236 de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

.

.

Marguerite Coiffart présentée par sainte Marguerite.

La sainte est figurée, comme toujours, sortant du dos d'un dragon ailé, et tenant en main le crucifix qui l'a aidé à s'échapper du monstre qui l'avait avalée. La queue du dragon s'élève jusqu'à la branche de la croix.

Marguerite Coiffart  est agenouillée mains jointes, elle aussi n'a pas de prie-dieu. Elle porte une robe bleue, une coiffe noire, un chapelet à gros grains, et un sac rouge coincé entre thorax et bras : ce pourrait être son livre de prière, enveloppé dans son sac de transport selon la mode des "livres de ceinture".

.

 

.

Marguerite Coiffart, donatrice en 1499  de la baie 236 de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

Marguerite Coiffart, donatrice en 1499 de la baie 236 de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

.

.

LE TYMPAN.

.

En haut, la colombe du Saint-Esprit vole dans les rayons diffusés par une nuée. Cela répond au panneau supérieur de la baie 229 (Dieu le Père) et 232 (le Christ).

Plus bas, est représenté le Couronnement de la Vierge (à gauche) par le Père (à droite) bénissant et tenant le globe du monde.  Les deux personnages, assis sur des cathèdres, se détachent sur un ciel rouge à neuf étoiles blanches.

Presque tout le reste du tympan est occupé par neuf séraphins aux ailes bleues.

Les écoinçons recoivent soit des fleurs de lys, soit des branches écotées.

.

 

Tympan de la baie 236 de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

Tympan de la baie 236 de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

Tympan de la baie 236 de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

Tympan de la baie 236 de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

Tympan de la baie 236 de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

Tympan de la baie 236 de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

.

.

SOURCES ET LIENS.

— COFFINET (Abbé Jean-Baptiste), 1858,Les peintres-verriers de Troyes pendant trois siècles depuis 1375 jusqu'à 1690 "Peintres-verriers. Nomenclature des peintres-verriers de Troyes depuis 1375 jusqu'à 1690". Annales archéologiques, 1858, t. 18, p. 212-224.

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9693408c/f153.item

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9693408c/f252.item

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9693408c/f250.item

— FICHOT (Charles), 1889, Statistique monumentale du département de l'Aube page 220

https://www.google.fr/books/edition/Statistique_monumentale_du_d%C3%A9partement/-6jnG1emOHgC?hl=fr&gbpv=1&dq=civitas+ninive&pg=PA220&printsec=frontcover

—  JUBAINVILLE (Henri d'Arbois de), 1862, "Documents relatifs aux travaux de construction faits à la cathédrale de Troyes pendant les XIIIe, XIVe et XVe siècles" [second article].Bibliothèque de l'École des chartes  Année 1862  23  pp. 393-423

https://www.persee.fr/doc/bec_0373-6237_1862_num_23_1_445819

https://www.persee.fr/doc/bec_0373-6237_1862_num_23_1_461956

— LAFOND (Jean) 1955, "Les vitraux de la cathédrale Saint-Pierre de Troyes". In Société française d'archéologie, éd. Congrès archéologique de France : 113e session, Troyes, 1955. Orléans ; Nogent-le-Rotrou, 1957, p. 29-62.

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k32099177/f59.item

— LEDIT (Charles-J. Abbé) 1948,  Les Hautes verrières de la cathédrale de Troyes, préfacées par S. E. Mgr Julien Le Couedic,.

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k3339359k.texteImage?lang=FR

— LIEZ (Jean-Luc), 2022, "Regard(s) sur l’héraldique à Troyes au XVIe siècle". ffhal-03940420f

https://hal.science/hal-03940420/document

—MARSAT (André), ‎Charles J. Ledit, ‎Angelico Surchamp · 1972 Cathédrale de Troyes, les vitraux

— MINOIS (Danielle), 2005 Le vitrail à Troyes : les chantiers et les hommes (1480-1560) .Sorbonne Université presses Corpus vitrearum France Etudes VI, 1 vol. (475 p.-XXIV p. de pl.) : ill. en noir et en coul., jaquette ill. en coul. ; 33 cm

https://www.persee.fr/doc/bulmo_0007-473x_2008_num_166_1_2453_t14_0085_0000_1

— MINOIS (Danielle), 2003, thèse d'histoire de l'art Paris IV sous la direction de Fabienne Joubert et Michel Hérald,  La peinture sur verre à Troyes à la fin du Moyen Age

—PASTAN (Élisabeth C.  BALCON (Sylvie), 2006,  Les vitraux du chœur de la cathédrale de Troyes (xiiie siècle), Paris, Cths, coll. « Corpus vitrearum - France II », 2006, 539 p.

https://www.persee.fr/doc/bulmo_0007-473x_2010_num_168_3_7592_t19_0308_0000_1

— RIVIALE (Laurence),  "Danielle Minois, Le vitrail à Troyes : les chantiers et les hommes (1480-1560). Paris, P.U.P.S., 2005, 475 p. (Corpus vitrearum France, études VI)." In: Bulletin Monumental, tome 166, n°1, année 2008. La galerie à Paris (XIVe-XVIIe siècle) pp. 85-86.

https://www.persee.fr/doc/bulmo_0007-473x_2008_num_166_1_2453_t14_0085_0000_1

 

— SITES

Eglises du confluent :

https://www.eglisesduconfluent.fr/Pages/VIT-10Troyes-CathStPierreStPaul.php

 

Archives de la cathédrale de Troyes :

https://www.google.fr/books/edition/INVENTAIRE_SOMMAIRE_DES_ARCHIVES_DEPARTE/RZcNAAAAQAAJ?hl=fr&gbpv=1&dq=%22la+Mosl%C3%A9e%22&pg=PA315&printsec=frontcoverhttps://www.patrimoine-histoire.fr/Patrimoine/Troyes/Troyes-Saint-Pierre-et-Saint-Paul.htm

Inventaire :

https://www.pop.culture.gouv.fr/notice/palissy/IM10000423

https://www.pop.culture.gouv.fr/notice/palissy/IM10000408

 

https://www.culture.gouv.fr/ar/29/5/2/2/4/Travaux-de-mise-en-securite-et-de-protection-de-la-Cathedrale-de-Troyes

https://abedehem.blogspot.com/2016/11/des-troyens-en-champagne.html

 

 

Partager cet article
Repost0
Published by jean-yves cordier - dans Vitraux Héraldique XVe siècle XVIe siècle. Donateurs
26 février 2024 1 26 /02 /février /2024 14:41

Les vitraux de la cathédrale de Troyes : les baies 129 et 229 (1500) :  l'histoire de Tobie et de son chien. Don de  Jean Festuot l'Aîné, marchand, et de Denise Chappelain sa femme. Monogramme d'un peintre verrier anonyme.

 

 

 

.

 

Voir :

.

 

.

.

PRÉSENTATION GÉNÉRALE.

.

Avec 1 500 m² de verrières, allant du XIIIe au XIXe siècle, la cathédrale de Troyes est   l’un des plus vitrées de France.  Elle possède un triforium totalement vitré, (situé à mi-hauteur et qui fait le tour du bâtiment), ce qui est assez exceptionnel. Les vitraux de la cathédrale de Troyes sont considérés comme une œuvre majeure de la peinture sur verre en France. 

 

Les 20 verrières hautes de la nef forment un ensemble homogène. Elles ont été réalisées entre 1498 et 1505 par plusieurs peintres-verriers  dont le nom de certains sont connus (Pierre Maçon, Jean Verrat, Balthasar Godon, Lievin Varin et le cartonnier Nicolas Cordonnier). Parmi les 66 « verriers » recensés dans les archives entre 1470 et 1560, 37 peuvent être considérés comme des peintres verriers. Regroupés autour de la collégiale Saint- Urbain, ils travaillaient au sein de structures familiales et fondaient des dynasties, comme les Verrat ou les Macadré. Leur atelier était une petite structure dirigée par un peintre verrier qui n’employait qu’un ou deux serviteurs, selon ses moyens, comme on le voit à Paris et en Provence (D. Minois).

Selon le rédacteur de la notice de l'Inventaire, rédigée en 1999, "Leur iconographie répond à la seule volonté des multiples donateurs. Leur véritable lien provient plus de la technique que du style : les peintres-verriers ont mis l'accent sur la lisibilité des compositions (larges registres de scènes, mise en valeur des faits et gestes des personnages par la réduction du rôle de l'architecture et des arrières-plans, modelé très appuyé, absence de chef-d'oeuvre et de gravure sauf dans la baie 233). Certains aspects rappellent les vitraux du milieu du 13e siècle des parties hautes du choeur : la gamme colorée très vive avec barbes et cheveux en pleine couleur, la mise en plomb des yeux de certains personnages, les fonds de mosaïque. Si la Renaissance italienne ne s'y fait pas encore sentir, Jean Lafond reconnaît une influence venue de l'est dans la verrière de saint Pierre (notamment l'atelier strasbourgeois de Pierre d'Andlau). Pour Emile Mâle, la présence dans ces verrières d'une forte veine d'inspiration populaire évoque l'imagerie d'Epinal."

Au contraire, Danielle Minois (2003 ; 2005) souligne la cohérence de ces ensembles qui illustrent en un discours argumenté et savant l’histoire du salut. "Seul un clergé cultivé a pu élaborer ces programmes ; il l’a donc imposé aux donateurs qui l’ont financé. Parce que « le choix des sujets des verrières posées dans les églises est un reflet de la vie intellectuelle et religieuse », elle signale en outre les réactions des commanditaires face à la Réforme à travers les thèmes choisis, surtout après 1550 : l’histoire de Daniel ou de Tobie, la légende de l’hostie profanée. Elle montre comment les mêmes thèmes peuvent changer de sens face à un climat de remise en cause de l’Église romaine." (L. Rivale)

Ces 20 verrières hautes de la nef se répartissent entre les baies du triforium (galerie à trois arcades entre chaque travée), qui portent les numéros 127 à 136, et, au dessus de celles-ci, les baies hautes homologues portant les numéros 227 à 236. Selon la numérotation internationale des vitraux, les baies nord portent un numéro impair et les baies sud un numéro pair.

Les baies 129 (triforium) et 229 occupent la quatrième travée côté nord. 

.

Nous avons donc ainsi :

a) du côté nord, depuis le transept vers le fond de la nef :

-baies 127 et 227 : Saints ; vie de saint Pierre.  réalisée en 1502, don d'Henri II de Lorraine Vaudémont, évêque de Metz ;

-baies 129 et 229 : Histoire de Tobie. 1500 ; don de Jean Fuestot l'Aîné (marchand et bourgeois de Troyes dans l'Aube) et de Denise Chappelain sa femme. Monogramme [du peintre verrier en tête de lancette de la baie 129].

-131 et 231 : Adoration des mages, et Histoire de Job. Don de Jeanne de Mesgrigny veuve de Jean Molé. 1501. Inscription et armoiries. Monogramme d'un verrier au tympan.

-133 et 233 : légende de saint Sébastien ; réalisée en 1501 par Lievin Varin, don de la confrérie de saint Sébastien ; un écu armorié d'Odard Hennequin mis en place en 1502-1503 par Jeancon Garnache et Nicolas Hulins a disparu.

- 135 et 235 : Légende de la Vraie Croix ; réalisées entre 1501 et 1502 par Jean Verrat, don de Claude Dorigny, veuve de Jean Péricard. Armoiriesidentifiées. Monogrammes. Très restaurées au XIXe.

b) du côté sud :

-baies 128 et 228 : Calvaire ; saints et saintes. 1499 ; peintre-verrier Balthazar Godon ; armoiries (identifiées) : Jean Huyard chanoine de la cathédrale, et Guillaume Huyard avocat du roi à Troyes 

-baies 130 et 230 : Arbre de Jessé. Verrière réalisée par Lievin Varin entre 1498 et 1499, don de Jean de Marisy et Guillemette Phélipe sa femme. En baie 230, toute la famille de Jean de Marisy et de Guillemette Phélipe (ses frères, ses 9 filles et belles-filles) est représentée au bas de cette verrière. Armoiries.

-baies 132 et 232 :  Annonciation et Nativité. Parabole du Fils Prodigue. Don de Guillaume Molé et Simone Boucherat , 1499.  Réalisée en 1499 peut-être par Pierre I maçon (inscription ne notant que son prénom). Armoiries identifiées, devise "en attendant", monogrammes [du verrier]

-baies 134 et 234 : Vie de Joseph (biblique) ; réalisée en 1499, don d'Agnès Bonjean, veuve de Jehan Thévenin (écuyer et notaire royal à Troyes) son mari . Armoiries identifiées et monogrammes en baie 134. Inscription mentionnant le commanditaire et la date en baie 234.

-baies 136 et 236 : Histoire du prophète Daniel ; réalisées en 1499 par Pierre Maçon, don de Jean Corart, marchand de Troyes et de Marguerite, sa femme (inscription) ; les vitraux du 15e siècle du triforium (baie 136) ont disparu et sont remplacés par des vitraux du 20e siècle sur le thème de l'histoire de Daniel.

 

.

Datation, attribution et donation.

Les précisions sont apportées par l'inscription du bord inférieur des six lancettes de la baie 229 :

JEHAN FESTUOT LAINE MARCHAND ET BOURGOIS DE TROYES ET DENISE CHAPPELAIN SA FEMME ONT DONNE CESTE VERRIERE EN LAN MIL CCCCC PRIEZ DIEU POUR LES TRESPASSES.

Cette verrière n'apparaît pas dans les comptes de la cathédrale, et nous n'avons pas d'information sur son auteur, à moins de tenter de l'identifier par son monogramme.
.

La baie 229, avec six lancettes réunies deux à deux sous deux mouchettes ( décor réparti en trois registres ) , et un tympan à treize ajours et écoinçons , mesure 10 m de haut et  6 m . de large.

La baie 129, en dessous, au triforium, avec ses six lancettes réuniées deux à deux sous un tympan à deux mouchettes et un soufflet, mesure 3, 50 m de haut et 6 m. de large.

Toutes les deux sont consacrées à l'histoire de Tobie (Bible, Livre de Tobie), sont réalisées par le même  peintre verrier anonyme et ont été commanditées par le marchand Jean Festuot et son épouse Denise Chapelain en 1500 : leurs armoiries  sont présentes dans les deux baies.

.

 

 

 

 

 

Les baies 129 et 229 (histoire de Tobie, 1500) de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile 2024.

Les baies 129 et 229 (histoire de Tobie, 1500) de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile 2024.

.

.

LA BAIE 229, LES DONATEURS.

.

Note : on lit dans les notices de l'Inventaire et ailleurs le nom Jehan FUESTOT mais l'inscription porte bien la graphie FESTUOT : je les tiendrai comme des variantes, ce qui se retrouve dans les arbres généalogiques.

 

 

La généalogie d'Alain Beyrand nous renseigne au mieux : il distingue six "Jehan FESTUOT" :

Un Jehan FESTUOT I décédé après 1407, était boucher à Troyes.

Denise Chapelain épousa Jean III FESTUOT, dit Festuot l'aîné, né en 1440, décédé après 1500, marchand bourgeois, marchand drapier, fils de Jean II  FESTUOT,  boucher, mercier, décédé après 1435.

Ils eurent deux fils,

1. Jean IV FESTUOT Seigneur de Ravières 1470- , maire de Troyes en 1520-1522 marié en 1520 avec Claude HENNEQUIN (Parents : Jean Hennequin, Ecuyer, Sgr de Lantages ca 1440-1500/ & Jeanne Baillet ca 1440) dont Jean V FESTUOT †1570, chanoine de Troyes après son veuvage, marié avec Françoise PYON dont  Jean VI FESTUOT, coseigneur de Ravières †1557,

et 2.  Nicolas FESTUOT, 1470-1547  Marié avec Catherine LE PEVRIER, †1547/ dont  Hugues FESTUOT,  1500- Marié avec Magdeleine PERRECIN, Dame de Récourt †1601/ dont Madeleine FESTUOT, Dame de Ravières 1525-, Claude FESTUOT, Seigneur de la Mothe †1581/ , Catherine  FESTUOT,  †1594/ , etc...

On leur connait une fille, Jeanne FESTUOT dame de Rumilly , †1541  Mariée Claude Bury décédé avant 1520 puis avec Pierre PYON, Seigneur de Rumilly †1528/ Ce couple figure en donateur avec leurs armoiries sur la baie 214  de la cathédrale, présentés par leurs saints patrons, avec saint Claude et Saint Paul.

.

N.B 

-Les comptes de l'église de Troyes mentionnent la "femme de Jehan Festuot, mercier" en 1413.

-On mentionne en juin 1492 une démarche effectuée au sujet de la navigation par Jehan de la Rotyère, Lorant Hérault, Jehan Festuot (Jehan IV), et Pierre Mérille, échevins et Nicolas Mauroy, receveur des deniers communs.

-Dans le décompte du ban et de l'arrière ban du baillage de Sens en 1545,  Jehan Festuot le Jeune (Jean IV), seigneur de Ravières, bourgeois et  stationnaire à Troyes est, par privilège royal, exempté de contribuer au ban.

-Une  Scène de la vie de saint Jean-Baptiste par  Etienne de La Vallée, a été offerte par  la femme du tanneur Jean Fuestot en septembre 1536 à l'église Saint-Jean du Marché.

-Théophile Boutiot mentionne un Jacquinot Festuot, maître-boucher en 1431 et maître de la corporation des bouchers de Troyes en ?, et un Jacquot Festuot, conseiller à la ville en 1434.

- La tante de Claude Hennequin épouse de Jean IV Festuot est Simone Hennequin épouse de Guiot Le Peley : ces derniers sont commanditaires du livre d'heures BnF NAL 3248 enluminé par des artistes troyens comme le Maître des Heures de Troyes, et du Livre d'Heures BM Troyes ms 3901, enluminé par Jean Colombe. Petit indice des liens entre les Festuot, les autres grands bourgeois troyens comme les Molé et Le Peley,  et les artistes de Champagne.

 

 

.

La verrière 229 attribue au couple Festuot/Chapelain deux fils et quatre filles.

.

 

 

 

La baie 229 (histoire de Tobie, 1500) de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile 2024.

La baie 229 (histoire de Tobie, 1500) de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile 2024.

.

.

Jehan Festuot présenté par saint Jean-Baptiste et suivi par ses deux fils Jehan et Nicolas.

.

Saint Jean-Baptiste (inscription St JEHAN BAPTe) s'identifie à l'agneau mystique porté au bras droit, la croix tenue par les pattes de l'agneau, mais aussi à sa barbe, ses cheveux longs et sa tunique en poils de chameau.

Le donateur Jehan Festuot  agenouillé mains jointes devant son prie-dieu où est posé le livre de prière, est déjà âgé comme en témoigne ses cheveux blancs : il a alors 60 ans. Il est vêtu d'un manteau bordeaux sombre aux revers fourrés. Il est identifié par ses armoiries (cf. infra).

Il est suivi de ses deux fils Jehan IV et Nicolas , l'un blond et en manteau vert, l'autre châtain et en manteau bleu.

.

 

 

La baie 229 (histoire de Tobie, 1500) de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile 2024.

La baie 229 (histoire de Tobie, 1500) de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile 2024.

.

.

Armoiries  de Jehan Festuot, d'azur à trois têtes de bélier d'argent accornées d'or .

.

Ces armes aux têtes de bélier  sont bien adaptées à un marchand issu d'une famille de bouchers.

Un autre Jehan Festuot (Festuot le jeune ?) portera d'azur à trois oiseaux accompagné en abîme d'un besant du même.

Selon Charles Fichot " Les deux blasons de Jean Festuot et de sa femme ne sont pas d'accord avec les armoiries de cette famille publiées dans l'Armorial du département de l'Aube, par M. Roserot. Y a-t-il eu deux familles Festuot, Chappelain ou Chapelain? C'est peu probable, rien ne le donne à penser. Nous devons constater seulement que ces blasons se répètent quatre fois, qu'ils ont été exécutés pour la verrière elle-même et que le monogramme qui les accompagne porte bien la couleur du champ du blason et les initiales J. F. du nom du donateur, inscrit en toutes lettres dans l'inscription de fondation."

.

 

La baie 229 (histoire de Tobie, 1500) de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile 2024.

La baie 229 (histoire de Tobie, 1500) de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile 2024.

.

.

Denise Chapellain présentée par saint Denis et suivie de ses quatre filles.

.

Saint Denis est représenté en évêque céphalophore (tenant sa tête décapitée), inscription S DENIS.

Il présente Denise Chapellain, agenouillée mains jointes devant son prie-dieu au livre d prière ouvert. Elle porte la coiffe violette, un manteau gris souris d'où dépasse aux manches une chemise de dentelle.

Elle est identifiée par son écu losangique (cf. infra).

Elle est suivie de quatre filles, dont l'une en manteau rouge vif.

.

La baie 229 (histoire de Tobie, 1500) de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile 2024.

La baie 229 (histoire de Tobie, 1500) de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile 2024.

.

.

Armoiries féminines (losange) de Denise Chapellain, mi-parti Festuot d'azur à trois têtes de bélier d'argent accornées d'or et Chapellain d'argent à trois couronnes d'épines d'or.

.

Note : les couronnes d'épines sont vertes (de sinople) sur ld'autres représentations du blason.

.

La baie 229 (histoire de Tobie, 1500) de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile 2024.

La baie 229 (histoire de Tobie, 1500) de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile 2024.

.

.

LA BAIE 229, CYCLE NARRATIF DE TOBIE.

.

.

I. LE TYMPAN : HISTOIRE DE TOBIE (DÉBUT).

Le Livre de Tobie (exclu du canon hébraïque et de la Bible protestante) comporte 14 chapitres. Il raconte le voyage  de Tobie, fils de Tobith :

Juif pieux en exil, aveugle et persécuté, le vieux Tobith [de l’hébreu Tobiah : « Dieu est mon bien » ]  envoie son fils Tobie le Jeune recouvrer dix talents d’argent prêtés jadis à Raguël, père de Sara. Celle-ci est tourmentée par sept démons qui tuent tous ses prétendants. Aidé par l’ange Raphaël, le jeune Tobie capture un poisson grâce auquel il délivre Sara de ses sortilèges. Tous les Arbres du Paradis célèbrent alors les noces de Tobie et de la jeune femme. Muni du foi du poisson christique, le jeune Tobie rend la vue à son père.

C'est un magnifique roman d'aventure, haut en scènes idéales à peindre, comme celle de Tobie et le poisson, ou la délivrance de Sara. Et, bien avant Milou pour Tintin, un chien accompagne le jeune aventurier durant tout son voyage.

Le verrier fait débuter le récit au tympan (deux scènes), puis la poursuit par seize scènes dans les lancettes de la baie 229 et l'achève par les six scènes de la baie 129 : soit 24 scènes.

N.B : En 1552 sera également créée en l'église Saint-Nicolas de Troyes une verrière sur l'histoire de Tobie.

 

La scène de Tobie ensevelissant les morts  figure aussi dans les vitraux de l'église Saint-Germain de Rouen, en baie 7 réalisée vers 1560-1570.

Les enluminures des manuscrits chrétiens illustrent largement, et  dès les Bibles historiées, les scènes les plus marquantes du récit : cf les 74 enluminures sur POP-culture. Cf aussi Mandragore.

Besançon BM ms 148 f.180

 

.

Lien entre la verrière et le théâtre religieux :

Dans mon étude sur la baie 231 de Troyes consacrée à l'Adoration des Mages, j'avais fait remarquer les liens probables de cette verrière avec le théâtre religieux et ses représentations à Troyes. D'autres arguments montraient le lien possible entre lea verrière 232 consacrée au Livre de Job, et la publication du drame religieux La Patience de Job.

 

De la même façon, nous remarquons que l'histoire de Tobie [Thobie] fut joué à Paris en même temps que plusieurs histoires tirées de l'Ancien Testament, comme le Livre de Daniel, l'histoire de Susanne et des vieillards,  de Judith, d'Esther et le Livre de Job : c'est ce qu'indique le texte imprimé [vers 1494 et diverses éditions du XVIe siècle] titré Le mistere du viel testament par personnaiges ioué à Paris , et dont les manucrits ne nous sont pas parvenus. Voir :

Le mistére du Viel Testament, publié, avec introduction, notes et glossaire, par le baron James de Rothschild, Paris, Firmin Didot pour la Société des anciens textes français, 1878-1891, 6 t.

... Sensuit le second volume du viel Testament par Personnaiges tenant huyt hystoires de la bible, cest assauoir Lhystoire de iob, Lhystoire de thobie,  Lhystoire de daniel ,Lhystoire de susanne Lhystoire de iudich, Lhystoire de hester, Lhystoire de Octouien ëpereur, Et la sibille thiburtine Et les pphecies des douze sybilles

Le baron de Rothschild signale : "Quoiqu'il en soit, il est certain que, vers 1480, le Viel Testament était une oeuvre fort répandue, puisque nous en avons trouvé des traces dans le préambule des mystères de la Passion mis sur la scène vers cette époque à la fois à Troyes et à Valenciennes."

Voir :

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5055x/f212.item.r=tobie

https://www.fabula.org/actualites/59284/colloque-la-figure-de-tobie-sur-la-scene-europeenne-du-moyen-ge-la-renaissance.html

Alain Cuillière 2015, Tobie sur la scène européenne à la Renaissance, suivi de "Tobie", comédie de Catherin Le Doux (1604). Édité par Alain Cullière, Berne, Peter Lang, coll "Recherches en littérature et spiritualité", vol. 24

https://www.persee.fr/doc/rhpr_0035-2403_2016_num_96_4_2023_t9_0489_0000_1

.

La baie 229 (histoire de Tobie, 1500) de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile 2024.

La baie 229 (histoire de Tobie, 1500) de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile 2024.

.

.

0.  L'histoire débute sous la bénédiction de Dieu le Père, coiffé de la tiare et tenant l'orbus cruciger, dans une nuée et des rayons zébrant l'azur.

.

 

La baie 229 (histoire de Tobie, 1500) de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile 2024.

La baie 229 (histoire de Tobie, 1500) de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile 2024.

.

.

1.  Tobith est emmené en captivité à Ninive.

.

Dans l'écoinçon de gauche un phylactère porte l'inscription CIVITAS NINIVE, "la cité de Ninive". À la pointe du soufflet est inscrit THOBIAS.

Résumé du chapitre 1 : Tobith,  de la tribu de Nephtali, vivait en Israël, en Haute-Galilée mais alors que toute sa tribu    s’était séparée de la maison de David et de Jérusalem, et offrait des sacrifices aux idoles païennes, lui seul était le seul à se rendre encore  à Jérusalem pour les fêtes, et à y présenter ses offrandes rituelles.

À l’époque de Salmanasar, il fut déporté par les Assyriens à Ninive. Mais, seul, il faisait des aumônes à ses frères captifs, et se conformait à la loi de Moïse et aux prescriptions alimentaires. Il se maria avec Anna et eut un fils, Tobie.

.

Le panneau montre Tobith, sa femme tenant un chapelet, et le jeune Tobie,  conduits ligotés  par des soldats en exil, devant d'autres captifs sortant de la cité ceinte de murailles.

Durant tout le récit, Tobith et son fils Tobie sont vêtus d'un manteau violet aux revers fourrés, exactement comme les donateurs ; soit parce que ces derniers s'identifient aux héros bibliques, soit parce que cette couleur et cet habit était alors à Troyes le summum du luxe bourgeois. 

.

La baie 229 (histoire de Tobie, 1500) de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile 2024.

La baie 229 (histoire de Tobie, 1500) de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile 2024.

.

.

Plus bas, dans les soufflets inférieurs, les armes de Jehan Festuot, et le monogramme du verrier.

.

Monogramme du verrier de la baie 129.

.

La baie 229 (histoire de Tobie, 1500) de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile 2024.

La baie 229 (histoire de Tobie, 1500) de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile 2024.

.

.

2. Tobith a acquis la faveur du roi Salmanasar  qui le charge de commercer pour lui et lui remet un sauf-conduit.

.

Dans l'écoinçon de droite un phylactère porte l'inscription CIVITAS NEPHTALI, "la cité de Nephtali". À la pointe du soufflet est inscrit THOBIAS.

 

Le panneau montre le roi Salmanasar assis entre ses conseillers, et remettant à Tobith un sauf-conduit.

 

.

 

La baie 229 (histoire de Tobie, 1500) de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile 2024.

La baie 229 (histoire de Tobie, 1500) de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile 2024.

.

.

Plus bas, dans les soufflets inférieurs, les armes de Jehan Festuot en alliance avec celles de Denise Chapellain.

.

La baie 229 (histoire de Tobie, 1500) de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile 2024.

La baie 229 (histoire de Tobie, 1500) de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile 2024.

.

.

 

II.LA BAIE 229 : LES SIX LANCETTES : HISTOIRE DE TOBIE (SUITE).

.

.

La baie 229 (histoire de Tobie, 1500) de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile 2024.

La baie 229 (histoire de Tobie, 1500) de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile 2024.

.

L'histoire se poursuit en partant du coin supérieur gauche.

 

3.  Le roi d’Assyrie, Salmanasar, charge Tobith de procéder à des achats en Médie.

4. Tobith confie à Gabelus dix talents d'argents, en échange d'un reçu.

 

Résumé : Ayant la confiance du roi Salmanasar  pour procéder à des achats pour son compte, Tobith se rendit en Médie, et dans ce pays  il confia à Gabaël des bourses qui contenaient dix talents d’argent.

Dans la scène n°3, on lit l'inscription SALMANAZAR et dans la scène n°4 GABELUS (Gabaël).

Entre les têtes de lancette, un motif à losanges  correspont à un blason, d'azur à six macles d'or. Ce sont les armes de François de Marisy, maire de Troyes en 1499 et 1521, ou, moins probablement si ces armes sont contemporaines du vitrail de 1500, de son fils Claude de Marisy, grenetier au grenier à sel de Troyes et maire de Troyes de 1522 à 1528 et époux  de Jeanne Le Boucherat puis de Michèle Molé ; il fit construire l'hôtel de Marisy. Ou encore de Jacques de Marisy, frère de François et maire de Troyes en 1515 et 1521. Rappelons que Jehan Festuot IV fut maire  de Troyes en 1522.

 

Le cheval blanc du roi est splendidement harnaché, avec un collier à grelots d'or.

Première apparition du chien blanc de Tobith. Le collier du lévrier est réalisé avec un verre rouge gravé. Dans le Livre de Tobie, il est cité plus tardivement, au chapitre 6:1 "le chien".

.


 

 

La baie 229 (histoire de Tobie, 1500) de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile 2024.

La baie 229 (histoire de Tobie, 1500) de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile 2024.

.

.

 

 

5. Sennacherib, successeur du roi, massacre les juifs
6.Tobit enterre les morts malgré l’interdiction royale

Résumé. Quand Salmanasar fut mort et que Sennakérib, son fils, lui succéda, les routes de Médie furent bloquées et Tobith ne put continuer à s'y rendre et récupérer son argent. Sennakérib tuait  de nombreux fils d’Israël ; et Tobith enterrait leurs corps malgré les ordres du roi.

.

Inscriptions : SANACHERIC à gauche, THOBIAS à droite.

Senacherib trône, couronné et tenant le sceptre, sous un pavillon, devant des idoles, et ordonne d'un geste à ses soldats le massacre des fils d'Israël.

Dans le panneau de droite Tobith enterre un homme avec l'aide de son fils, sous le regard inquiet de sa femme.

 

.

La baie 229 (histoire de Tobie, 1500) de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile 2024.

La baie 229 (histoire de Tobie, 1500) de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile 2024.

.

.

7. Tobith prie Dieu pendant que l’on confisque ses biens. Le chien est à ses côtés.
8.  Pendant qu’il dort dans sa cour, les fientes d'un oiseau le rend aveugle.

.

Résumé.

Tobie 1:19-20 Tobith fut dénoncé par un habitant de Ninive, tous ses biens furent saisis, et il dut se cacher loin des siens .    

Tobie 1:21-22 et 2:1-10: :Asarhaddone  succéda à Sennakerib, et le neveu de Tobith, Ahikar fut placé à la tête des finances royales. Tobith retrouve sa famille et ses biens, mais, à peine rentré, il part enterrer un membre de sa nation jeté sur la place publique. Revenu chez lui, il se repose dans sa cour, mais la fiente chaude des moineaux lui tombe dans les yeux ; malgré les soins, il devient aveugle. Accablé, il se tourne vers Dieu et souhaite mourir.

Inscription : THOBIAS.

Dans la tête de lancette de gauche, Dieu le Père apparait dans la nuée et dirige ses rayons vers Tobith agenouillé dans la lancette de droite.

.

La baie 229 (histoire de Tobie, 1500) de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile 2024.

La baie 229 (histoire de Tobie, 1500) de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile 2024.

.

.

 

9. Tobith le père, aveugle, envoie son fils Tobie chercher son argent chez Gabelus
10. Le jeune Tobie part, guidé par l’archange Raphaël, accompagné du chien.

.

Inscription : THOBIAS.

.

Texte : 

"Ce jour-là, Tobith se souvint de l’argent qu’il avait mis en dépôt chez Gabaël, à Raguès de Médie. Il se dit en lui-même : « Voici que j’ai réclamé la mort. Ne devrais-je pas appeler mon fils Tobie et lui parler de cet argent avant de mourir ? » Il appela son fils Tobie, qui vint à lui.  [...]

Tobie répondit à son père Tobith : « Père, je ferai tout ce que tu m’as commandé. Mais comment pourrais-je reprendre cet argent chez cet homme, alors que lui ne me connaît pas et que moi, je ne le connais pas ? Quel signe lui donner pour qu’il sache qui je suis, qu’il ait confiance en moi et me remette l’argent ? De plus, je ne connais pas les routes à prendre pour aller en Médie. » Tobith répondit à son fils Tobie : « Il a signé un reçu et je l’ai contresigné. Puis je l’ai partagé en deux pour que nous en ayons chacun une moitié, et j’en ai laissé une avec l’argent. Voilà déjà vingt ans que j’ai mis cet argent en dépôt. Et maintenant, mon enfant, cherche-toi un homme de confiance pour t’accompagner, et nous lui donnerons un salaire à ton retour. Va reprendre cet argent chez Gabaël. »

Tobie sortit chercher un homme qui connaisse la route, pour l’accompagner jusqu’en Médie. À peine sorti, il trouva l’ange Raphaël debout devant lui, mais il ne savait pas que c’était un ange de Dieu."

.

Dans le texte, la nature angélique de Raphaël n'est pas dévoilée aux protagonistes car il se présente comme étant leur cousin Azarias : mais le peintre le représente néanmoins  avec des ailes.

.

 

La baie 229 (histoire de Tobie, 1500) de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile 2024.

La baie 229 (histoire de Tobie, 1500) de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile 2024.

.

.

11. Au moment de son bain un poisson menace Tobie. Sur conseil de Raphaël, Tobie le tue.
12. Tobie retire le foie et le fiel du poisson. Le chien observe la scène avec intérêt.

.

Il faut vraiment citer le texte Tobie 6:2-9

 "Comme le garçon descendait se laver les pieds dans le Tigre, un grand poisson bondit hors de l’eau et voulut avaler son pied. Le garçon cria. Mais l’ange lui dit : « Attrape le poisson, et maîtrise-le. » Le garçon saisit le poisson et le hissa sur la berge. L’ange lui dit : « Éventre le poisson, enlève-lui le fiel, le cœur et le foie, mets-les à part pour les emporter, et jette les entrailles. Car le fiel, le cœur et le foie sont des remèdes efficaces. » Le garçon éventra le poisson, recueillit le fiel, le cœur et le foie, puis il grilla une partie du poisson et la mangea, et il garda l’autre partie après l’avoir salée. Ils poursuivirent tous deux la route, jusqu’aux abords de la Médie. Le garçon interrogea alors l’ange : « Azarias, mon frère, le cœur, le foie et le fiel du poisson, en quoi sont-ils un remède ? » L’ange lui répondit : « Si tu fais brûler le cœur et le foie du poisson devant un homme ou une femme attaqués par un démon ou un esprit mauvais, l’agresseur s’enfuit au loin, et ses victimes en seront délivrées pour toujours. Quant au fiel, si tu l’appliques sur les yeux d’un homme atteint de leucomes et si tu souffles dessus, les yeux seront guéris. »

Le texte latin de la Vulgate utilise le mot pisces, "poisson", tout comme le texte grec de la Septante traduit le texte originel du VIIIe siècle av. J.C (en araméen ou hébreu, perdu) par ἰχθὺς, même sens. Ce n'est pas un "monstre marin".

.

La baie 229 (histoire de Tobie, 1500) de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile 2024.

La baie 229 (histoire de Tobie, 1500) de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile 2024.

.

.

 


13. Il rencontre Ragouël, le père de Sara et l’épouse
14. Le mariage de Tobie et de Sara par le grand prêtre.

.

Inscription : RAGVEL THOBIE. à gauche, THOBIE et SARA à droite.

On remarque comment le père et le fils sont distingués ici par la graphie de leur nom : Thobias pour le père, et Thobie pour le fils.

Le chapitre 3 nous avait révélé l'histoire de Sara, victime du démon Asmodée :

"Or ce jour-là, Sarra, la fille de Ragouël d’Ecbatane en Médie, se fit, elle aussi, insulter par une jeune servante de son père : elle avait été mariée sept fois, et Asmodée, le pire des démons, tuait les maris avant qu’ils ne se soient approchés d’elle. Donc, la servante dit à Sarra : « C’est toi qui as tué tes maris ! En voilà déjà sept à qui tu as été donnée en mariage, et d’aucun d’entre eux tu n’as porté le nom. Pourquoi nous fouetter, sous prétexte que tes maris sont morts ? Va les rejoindre : puissions-nous ne jamais voir de toi un fils ni une fille ! » Ce jour-là, Sarra, la mort dans l’âme, se mit à pleurer. Et elle monta dans la chambre haute de la maison de son père avec l’intention de se pendre. Mais, à la réflexion, elle se dit : « Eh bien, non ! On irait insulter mon père et lui dire : “Tu n’avais qu’une fille, une fille très aimée, et elle s’est pendue à cause de ses malheurs !” Je ferais ainsi descendre mon vieux père plein de tristesse au séjour des morts. Mieux vaut pour moi ne pas me pendre, mais supplier le Seigneur de me faire mourir, pour que je n’aie plus à entendre de telles insultes à longueur de vie. » À l’instant même, elle étendit les mains vers la fenêtre et fit cette prière : « Béni sois-tu, Dieu de miséricorde ; béni soit ton nom pour les siècles ; que toutes tes œuvres te bénissent à jamais !

"Et Raphaël fut envoyé pour les guérir tous deux : à Tobith pour enlever le voile blanchâtre qui couvrait ses yeux afin que, de ses yeux, il voie la lumière de Dieu, et à Sarra, fille de Ragouël, pour la donner en mariage à Tobie, fils de Tobith, et expulser d’elle Asmodée, le pire des démons ; en effet c’est à Tobie que revenait le droit de l’épouser plutôt qu’à tous ses prétendants. Juste à ce moment, Tobith rentrait de la cour dans sa maison tandis que Sarra, fille de Ragouël, descendait de la chambre haute."

Le chapitre 6 poursuit : Tobie 6:10-15

"Quand il fut entré en Médie et que déjà il approchait d’Ecbatane, Raphaël dit au garçon : « Tobie, mon frère », et celui-ci répondit : « Qu’y a-t-il ? » Raphaël reprit : « Nous devons loger cette nuit chez Ragouël. Cet homme est ton parent, et il a une fille qui s’appelle Sarra. À part elle, il n’a ni fils ni fille. Tu es le plus proche parent de Sarra : c’est à toi qu’elle revient en priorité et tu as aussi le droit d’hériter de la fortune de son père. D’ailleurs, c’est une jeune fille intelligente, courageuse et très belle, et son père est un homme de bien. » Il ajouta : « C’est ton droit de l’épouser. Écoute-moi bien, mon frère. Cette nuit, je parlerai au père de la jeune fille pour qu’il t’accorde sa main, et, à notre retour de Raguès, nous célébrerons les noces. Je sais que Ragouël ne peut te la refuser ni la fiancer à un autre. Sinon, il encourrait la mort selon le décret du Livre de Moïse, car il sait que sa fille te revient de préférence à tout autre. Ainsi donc, écoute-moi bien, mon frère : dès cette nuit, nous aurons un entretien au sujet de cette jeune fille et nous conviendrons du mariage. Quand nous quitterons Raguès, nous la prendrons avec nous et nous l’emmènerons chez toi. » »

Le chapitre 7 raconte l'arrivée de Tobie chez Ragouël.

.

La baie 229 (histoire de Tobie, 1500) de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile 2024.

La baie 229 (histoire de Tobie, 1500) de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile 2024.

.

.


15. Mais Sara a déjà tué 7 hommes lors de ses nuits de noces précédentes. Pendant la nuit de noces, Tobie fait brûler le foie du poisson pour chasser le démon de la chambre de Sara. Le chien est présent.
16. L’archange enchaîne le vilain démon Asmodée  sur une montagne.

.

Inscription : SARA THOBIE à gauche, RAPHAEL à droite

.

Texte : Tobie 6:14-19

"Tobie répondit à Raphaël : « Azarias, mon frère, j’ai entendu dire qu’elle a déjà eu sept maris et qu’ils sont morts dans leur chambre nuptiale : ils ont succombé la nuit même où ils voulaient s’approcher d’elle. J’ai même entendu dire qu’un démon les tuait. Voilà pourquoi j’ai peur, car ce n’est pas elle que le démon attaque, mais il tue quiconque veut s’approcher d’elle. Or je suis le fils unique de mon père, et, si je venais à mourir, je causerais à mon père et ma mère un chagrin qui les conduirait dans la tombe, et ils n’ont pas d’autre fils que moi pour les enterrer ! » Raphaël lui répondit : « As-tu oublié les instructions de ton père, qui t’a commandé de prendre femme dans son clan ? Et maintenant, écoute-moi bien, mon frère : ne t’inquiète pas au sujet de ce démon et prends Sarra comme épouse. Car je sais que cette nuit même elle te sera accordée.  Mais, quand tu entreras dans la chambre nuptiale, prends le cœur du poisson et un peu de son foie, dépose-les sur le brûle-parfums, et l’odeur s’en répandra. Dès que le démon l’aura sentie, il prendra la fuite et il ne reparaîtra plus jamais auprès d’elle. Quand tu seras sur le point de t’unir à elle, levez-vous d’abord tous les deux, priez et demandez au Seigneur du ciel de faire venir sur vous sa miséricorde et son salut. N’aie pas peur, car c’est à toi qu’elle a été destinée depuis toujours, et c’est toi qui la sauveras. Elle te suivra, et j’ai bien l’idée que tu auras d’elle des enfants, qui seront pour toi comme des frères. Ne t’inquiète pas. »

 En apprenant de Raphaël qu’il avait une parente dans son clan, il s’éprit d’elle passionnément et il lui fut attaché de tout son cœur."

Voir ensuite le chapitre 7.

Le chapitre 8 correspond exactement aux deux panneaux que nous examinons :

"Quand on eut fini de manger et de boire, on décida d’aller se coucher. On conduisit le jeune homme jusqu’à la chambre, où on le fit entrer. Tobie se souvint alors des paroles de Raphaël ; il sortit de sa besace le foie et le cœur du poisson et les déposa sur le brûle-parfums.  L’odeur du poisson repoussa le démon, qui s’enfuit par les airs jusqu’en Égypte. Raphaël s’y rendit, et aussitôt entrava et ligota le démon."

Mais l'artiste n'a pas représenté ma scène préférée, celle où Ragouël, persuadé que Tobie va y passer comme les sept autres maris, lui fait creuser une tombe pour pouvoir  l'enterrer sans ameuter le voisinage : Tobie 8: 4-12 .

.

 

.

La baie 229 (histoire de Tobie, 1500) de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile 2024.

La baie 229 (histoire de Tobie, 1500) de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile 2024.

.

.

 

17.  Tobie quitte Raguel et rentre chez lui avec Sara son épouse,...
18. ...avec ses troupeaux, ses chameaux menés par Raphaël, et son chien (qui a un nouveau collier bleu.

.

Inscription : RAGVEL SARA à gauche, RAPHAEL à droite.

.

 

La baie 229 (histoire de Tobie, 1500) de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile 2024.

La baie 229 (histoire de Tobie, 1500) de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile 2024.

.

.

III. LA BAIE 129 DU TRIFORIUM : HISTOIRE DE TOBIE (SUITE).

.

La baie 129 (histoire de Tobie, 1500) de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile 2024.

La baie 129 (histoire de Tobie, 1500) de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile 2024.

.

.

19. Raphaël, Sara et Tobie reviennent chez Tobith.
20. Tobie applique le fiel de poisson sur les yeux de son père, qui retrouve la vue. Le chien fait la fête à son vieux maître.


.

En tête de lancette, le monogramme du verrier et le mongramme de Marie au dessus de branches écotées. Au tympan, les armes de Jehan Festuot et le monogramme du verrier.

Inscription :  THOBIE à gauche.

.

Texte :

"Comme ils approchaient de Kaserîn, qui se trouve en face de Ninive, Raphaël dit à Tobie : « Tu sais dans quel état nous avons laissé ton père. Prenons de l’avance sur ta femme et allons préparer la maison, avant que les autres n’arrivent. ». Ils partirent donc tous deux ensemble. Raphaël dit : « Prends avec toi le fiel du poisson. » Et le chien les suivait.

Or, Anna était assise à l’entrée de la cour et surveillait la route par laquelle son fils était parti.

Elle le reconnut qui arrivait et cria à Tobith : « Voici ton fils qui revient, et aussi son compagnon de voyage. » Raphaël dit à Tobie, avant que celui-ci ne s’approche de son père : « J’ai la certitude que ses yeux vont s’ouvrir. Étale sur eux le fiel du poisson ; le remède provoquera la contraction des yeux et en détachera le voile blanchâtre. Ton père retrouvera la vue et verra la lumière. » Anna courut se jeter au cou de son fils et lui dit : « Je te revois, mon enfant. À présent, je peux mourir ! »"

Et elle se mit à pleurer. Quant à Tobith, il se leva et franchit l’entrée de la cour en trébuchant.

Tobie alla vers lui, le fiel du poisson à la main. Il lui souffla dans les yeux, le saisit et lui dit : « Confiance, père ! » Puis il lui appliqua le remède et en rajouta.  Ensuite, de ses deux mains, il lui retira les pellicules en partant du coin des yeux.  Tobith se jeta alors au cou de son fils et lui dit en pleurant : « Je te revois, mon enfant, toi, la lumière de mes yeux ! » Et il ajouta : « Béni soit Dieu ! Béni soit son grand nom ! Bénis soient tous ses saints anges ! Que son grand nom soit sur nous ! Bénis soient tous les anges pour tous les siècles ! Car Dieu m’avait frappé, mais voici que je revois mon fils Tobie ! »"

.

La baie 129 (histoire de Tobie, 1500) de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile 2024.

La baie 129 (histoire de Tobie, 1500) de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile 2024.

.

.
21.  Tobie rapporte l’argent prêté à Gabelus.

22. Tobith veut rétribuer Raphaël , mais celui-ci leur révèle qu'il est un ange et s'envole, sous les yeux stupéfaits du chien.

.

En tête de lancette, les armoiries de Jehan Festuot et le monogramme IHS au dessus de branches écotées.

.

Texte :

 "Tobie entra dans la maison, tout joyeux et bénissant Dieu à pleine voix. Il raconta à son père qu’il avait fait bon voyage, qu’il rapportait l’argent et comment il avait épousé Sarra, la fille de Ragouël : « La voilà qui arrive, ajouta-t-il ; elle est aux portes de Ninive. » . [...]. 

 "Quand les noces furent achevées, Tobith appela son fils Tobie et lui dit : « Mon enfant, pense à donner son salaire à ton compagnon de voyage, et ajoute un supplément. » Tobie lui répondit : « Père, quelle somme vais-je lui donner comme salaire ? Même si je lui donnais la moitié des biens qu’il a rapportés avec moi, je n’y perdrais pas : il m’a ramené ici en bonne santé, il a guéri ma femme, il a rapporté l’argent avec moi, et il t’a guéri. Quelle somme vais-je donc lui donner comme salaire ? Mon enfant, reprit Tobith, il est juste qu’il reçoive la moitié de tout ce qu’il a rapporté. »

Tobith appela Raphaël et lui dit : « Accepte comme salaire la moitié de tout ce que tu as rapporté, et va, porte-toi bien ! »

Alors l’ange les prit tous deux à part et leur dit : « Bénissez Dieu et célébrez-le devant tous les vivants pour le bien qu’il vous a fait. Bénissez-le et chantez son nom. Annoncez à tous les hommes les actions de Dieu comme elles le méritent, et n’hésitez pas à le célébrer.

S’il est bon de tenir cachés les secrets d’un roi, il faut révéler les œuvres de Dieu et les célébrer comme elles le méritent. Faites le bien, et le mal ne vous atteindra pas.

Mieux vaut prier avec vérité et faire l’aumône avec justice, qu’être riche avec injustice. Mieux vaut faire l’aumône qu’amasser de l’or.

L’aumône délivre de la mort et purifie de tout péché. Ceux qui font l’aumône seront rassasiés de vie,tandis que le pécheur et l’homme injuste sont leurs propres ennemis.

Je veux vous révéler toute la vérité, sans rien vous cacher. Je viens de vous dire que, s’il est bon de tenir cachés les secrets d’un roi, il faut révéler les œuvres de Dieu comme elles le méritent.

Eh bien ! Quand tu priais en même temps que Sarra, c’était moi qui présentais votre prière devant la gloire de Dieu, pour qu’il la garde en mémoire, et je faisais de même lorsque tu enterrais les morts.

Quand tu n’as pas hésité à te lever, à laisser ton repas et à partir enterrer un mort, c’est alors que j’ai été envoyé vers toi pour te mettre à l’épreuve,mais Dieu m’a aussi envoyé pour te guérir, ainsi que Sarra, ta belle-fille.

Moi, je suis Raphaël, l’un des sept anges qui se tiennent ou se présentent devant la gloire du Seigneur. »

Les deux hommes furent alors bouleversés et ils tombèrent face contre terre, saisis de crainte. Mais Raphaël leur dit : « Ne craignez pas ! La paix soit avec vous ! Bénissez Dieu à jamais ! Tant que je me suis trouvé avec vous, je n’y étais point par un effet de ma bienveillance, mais par la volonté de Dieu. Bénissez-le donc chaque jour, chantez-lui des hymnes ! Vous avez cru me voir manger, mais ce que vous avez vu n’était qu’une apparence. Et maintenant, bénissez le Seigneur sur la terre ! Célébrez Dieu ! Voici que je remonte auprès de celui qui m’a envoyé. Mettez par écrit tout ce qui vous est arrivé. » Alors l’ange remonta au ciel.Ils se relevèrent, mais ils ne pouvaient plus le voir.

Ils bénirent Dieu, chantèrent pour lui et le célébrèrent pour la grandeur de ses œuvres : un ange de Dieu leur était apparu !"

 

.

 

 

 

La baie 129 (histoire de Tobie, 1500) de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile 2024.

La baie 129 (histoire de Tobie, 1500) de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile 2024.

.

.

23. Tobie et Sara entoure Tobith lors de sa mort

24. Le vieux Tobit meurt dans son lit auprès d'Anna son épouse et de son chien.

.

En tête de lancette côté gauche et au tympan, les armoiries du couple Festuot /Chapellain. 

.

 

.

En tête de lancette droite, le monogramme du verrier dans un entrelacement de branches écotées.

 

.

Inscription THOBIE SARA à gauche, et THOBIC.

Texte : "Tobith mourut dans la paix à l’âge de cent douze ans et il fut enterré dignement à Ninive. Il avait soixante-deux ans quand il perdit l’usage de ses yeux. Après avoir retrouvé la vue, il vécut dans l’abondance et fit des aumônes. Il continua de bénir Dieu et de célébrer la grandeur divine.

 Au moment de mourir, il appela son fils Tobie et lui fit ces recommandations : « Mon enfant, emmène tes enfants, pars vite en Médie, car je crois à cette parole de Dieu que le prophète Nahoum a proférée contre Ninive : tout doit arriver, tout se produira contre Assour et Ninive, comme l’ont annoncé les prophètes d’Israël que Dieu a envoyés ; tout se produira, et rien ne sera retranché de toutes leurs paroles ; toutes choses arriveront en leur temps. Il y aura alors plus de sécurité en Médie qu’en Assour et en Babylonie. Car je sais bien, moi, et je crois que s’accomplira tout ce que Dieu a dit ; tout doit arriver, aucune de ses paroles ne sera effacée. Nos frères qui habitent sur la terre d’Israël seront tous disséminés et emmenés en exil loin de ce bon pays. Tout le pays d’Israël deviendra un désert, Samarie et Jérusalem seront un désert, et la Maison de Dieu sera livrée à la désolation et à l’incendie, jusqu’au temps fixé. Mais Dieu les prendra de nouveau en pitié, il les ramènera au pays d’Israël, et ils rebâtiront sa Maison, non pas dans l’état de jadis, mais en attendant que s’accomplissent les temps favorables. Ils reviendront alors tous de leur captivité, ils reconstruiront Jérusalem magnifiquement, et la Maison de Dieu y sera rebâtie, comme l’ont annoncé les prophètes d’Israël."

 

.

La baie 129 (histoire de Tobie, 1500) de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile 2024.

La baie 129 (histoire de Tobie, 1500) de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile 2024.

La baie 129 (histoire de Tobie, 1500) de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile 2024.

La baie 129 (histoire de Tobie, 1500) de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile 2024.

La baie 129 (histoire de Tobie, 1500) de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile 2024.

La baie 129 (histoire de Tobie, 1500) de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile 2024.

La baie 129 (histoire de Tobie, 1500) de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile 2024.

La baie 129 (histoire de Tobie, 1500) de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile 2024.

.

.

Mon grand regret.

Mon grand regret dans l'histoire de Tobie, c'est que le chien n'ait pas de nom. Que ce personnage central doive rester anonyme me fend le cœur. Certes, Colette nomma son bouledogue "Toby-Chien", mais cela ne résoud rien. J'aurai aimé que les auteurs qui, depuis 2800 ans, se transmettent ce conte finissent par l'adopter et le baptiser. C'est triste comme ces gens qui disent "ici le chien, au pied!".

Il méritait d'autant plus un nom, par sa fidélité et son soutien, que c'est le seul portrait positif d'un chien dans la Bible : ailleurs, ses semblables sont méprisables, et menacent les cadavres qu'il dévorent. Pas de pire insulte pour un humain que d'être traité de chien (celeb, kalev.). En fait, le chien de Tobie est peut-être le seul exemple de chien de compagnie, domestiqué, alors que les autres chiens bibliques vont en meute et sont sauvages. Dans les évangiles, on mentionne les "petits chiens", qui reçoivent les miettes de la table.

Voir :

Tristan, le chien Petit-Crû, ses couleurs féériques et son grelot merveilleux.

 

.

 

 

La baie 129 (histoire de Tobie, 1500) de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile 2024.

La baie 129 (histoire de Tobie, 1500) de la nef de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile 2024.

.

SOURCES ET LIENS.

— COFFINET (Abbé Jean-Baptiste), 1858,Les peintres-verriers de Troyes pendant trois siècles depuis 1375 jusqu'à 1690 "Peintres-verriers. Nomenclature des peintres-verriers de Troyes depuis 1375 jusqu'à 1690". Annales archéologiques, 1858, t. 18, p. 212-224.

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9693408c/f153.item

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9693408c/f252.item

 

— FICHOT (Charles), 1889, Statistique monumentale du département de l'Aube page 220

https://www.google.fr/books/edition/Statistique_monumentale_du_d%C3%A9partement/-6jnG1emOHgC?hl=fr&gbpv=1&dq=civitas+ninive&pg=PA220&printsec=frontcover

—  JUBAINVILLE (Henri d'Arbois de), 1862, "Documents relatifs aux travaux de construction faits à la cathédrale de Troyes pendant les XIIIe, XIVe et XVe siècles" [second article].Bibliothèque de l'École des chartes  Année 1862  23  pp. 393-423

https://www.persee.fr/doc/bec_0373-6237_1862_num_23_1_445819

https://www.persee.fr/doc/bec_0373-6237_1862_num_23_1_461956

— LAFOND (Jean) 1955, "Les vitraux de la cathédrale Saint-Pierre de Troyes". In Société française d'archéologie, éd. Congrès archéologique de France : 113e session, Troyes, 1955. Orléans ; Nogent-le-Rotrou, 1957, p. 29-62.

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k32099177/f59.item

— LEDIT (Charles-J. Abbé) 1948,  Les Hautes verrières de la cathédrale de Troyes, préfacées par S. E. Mgr Julien Le Couedic,.

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k3339359k.texteImage?lang=FR

— LIEZ (Jean-Luc), 2022, "Regard(s) sur l’héraldique à Troyes au XVIe siècle". ffhal-03940420f

https://hal.science/hal-03940420/document

—MARSAT (André), ‎Charles J. Ledit, ‎Angelico Surchamp · 1972 Cathédrale de Troyes, les vitraux

— MINOIS (Danielle), 2005 Le vitrail à Troyes : les chantiers et les hommes (1480-1560) .Sorbonne Université presses Corpus vitrearum France Etudes VI, 1 vol. (475 p.-XXIV p. de pl.) : ill. en noir et en coul., jaquette ill. en coul. ; 33 cm

https://www.persee.fr/doc/bulmo_0007-473x_2008_num_166_1_2453_t14_0085_0000_1

— MINOIS (Danielle), 2003, thèse d'histoire de l'art Paris IV sous la direction de Fabienne Joubert et Michel Hérald,  La peinture sur verre à Troyes à la fin du Moyen Age

—PASTAN (Élisabeth C.  BALCON (Sylvie), 2006,  Les vitraux du chœur de la cathédrale de Troyes (xiiie siècle), Paris, Cths, coll. « Corpus vitrearum - France II », 2006, 539 p.

https://www.persee.fr/doc/bulmo_0007-473x_2010_num_168_3_7592_t19_0308_0000_1

— RIVIALE (Laurence),  "Danielle Minois, Le vitrail à Troyes : les chantiers et les hommes (1480-1560). Paris, P.U.P.S., 2005, 475 p. (Corpus vitrearum France, études VI)." In: Bulletin Monumental, tome 166, n°1, année 2008. La galerie à Paris (XIVe-XVIIe siècle) pp. 85-86.

https://www.persee.fr/doc/bulmo_0007-473x_2008_num_166_1_2453_t14_0085_0000_1

— RUNNALLS Graham Runnalls, 1995, La compilation du "mistère du vieil testament : le mystère de Daniel et Susanne,  Bibliothèque d'Humanisme et Renaissance T. 57, No. 2 (1995), pp. 345-367 (23 pages) Librairie Droz

https://www.jstor.org/stable/20677936

— WIKIPEDIA Le mystère du Vieil Testament

https://fr.wikipedia.org/wiki/Mist%C3%A9re_du_Viel_Testament

— ARLIMA  Le mystère du Vieil Testament

https://www.arlima.net/mp/mystere_du_vieil_testament.html

— SITES

Eglises du confluent :

https://www.eglisesduconfluent.fr/Pages/VIT-10Troyes-CathStPierreStPaul.php

https://www.eglisesduconfluent.fr/Pages/AT-Tobie.php

Archives de la cathédrale de Troyes :

https://www.google.fr/books/edition/INVENTAIRE_SOMMAIRE_DES_ARCHIVES_DEPARTE/RZcNAAAAQAAJ?hl=fr&gbpv=1&dq=%22la+Mosl%C3%A9e%22&pg=PA315&printsec=frontcoverhttps://www.patrimoine-histoire.fr/Patrimoine/Troyes/Troyes-Saint-Pierre-et-Saint-Paul.htm

Inventaire :

https://www.pop.culture.gouv.fr/notice/palissy/IM10000423

https://www.pop.culture.gouv.fr/notice/palissy/IM10000394

https://www.pop.culture.gouv.fr/notice/palissy/IM10000395

https://abedehem.blogspot.com/2016/11/des-troyens-en-champagne.html

https://www.culture.gouv.fr/ar/29/5/2/2/4/Travaux-de-mise-en-securite-et-de-protection-de-la-Cathedrale-de-Troyes

https://www.therosewindow.com/pilot/Troyes%20cathedral/w229-AB1.htm

https://www.therosewindow.com/pilot/Troyes%20cathedral/w129-AB.htm

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b10081879f/f7.item

 

Partager cet article
Repost0
Published by jean-yves cordier - dans Vitraux Héraldique Monogrammes.
23 février 2024 5 23 /02 /février /2024 14:50

Les vitraux de la cathédrale de Troyes : les baies 132 et 232 (1499). Parabole du Fils prodigue. Auteur : le verrier Pierre . Donateurs  Guillaume II Molé/ Simone Boucherat (armoiries). Monogrammes de verriers.

.

 

Voir :

.

.

PRÉSENTATION GÉNÉRALE.

.

Avec 1 500 m² de verrières, allant du XIIIe au XIXe siècle, la cathédrale de Troyes est   l’un des plus vitrées de France.  Elle possède un triforium totalement vitré, (situé à mi-hauteur et qui fait le tour du bâtiment), ce qui est assez exceptionnel. Les vitraux de la cathédrale de Troyes sont considérés comme une œuvre majeure de la peinture sur verre en France. 

 

Les 20 verrières hautes de la nef forment un ensemble homogène. Elles ont été réalisées entre 1498 et 1505 par plusieurs peintres-verriers  dont le nom de certains sont connus (Pierre Maçon, Jean Verrat, Balthasar Godon, Lievin Varin et le cartonnier Nicolas Cordonnier). Parmi les 66 « verriers » recensés dans les archives entre 1470 et 1560, 37 peuvent être considérés comme des peintres verriers. Regroupés autour de la collégiale Saint- Urbain, ils travaillaient au sein de structures familiales et fondaient des dynasties, comme les Verrat ou les Macadré. Leur atelier était une petite structure dirigée par un peintre verrier qui n’employait qu’un ou deux serviteurs, selon ses moyens, comme on le voit à Paris et en Provence (D. Minois).

Selon le rédacteur de la notice de l'Inventaire, rédigée en 1999, "Leur iconographie répond à la seule volonté des multiples donateurs. Leur véritable lien provient plus de la technique que du style : les peintres-verriers ont mis l'accent sur la lisibilité des compositions (larges registres de scènes, mise en valeur des faits et gestes des personnages par la réduction du rôle de l'architecture et des arrières-plans, modelé très appuyé, absence de chef-d'oeuvre et de gravure sauf dans la baie 233). Certains aspects rappellent les vitraux du milieu du 13e siècle des parties hautes du choeur : la gamme colorée très vive avec barbes et cheveux en pleine couleur, la mise en plomb des yeux de certains personnages, les fonds de mosaïque. Si la Renaissance italienne ne s'y fait pas encore sentir, Jean Lafond reconnaît une influence venue de l'est dans la verrière de saint Pierre (notamment l'atelier strasbourgeois de Pierre d'Andlau). Pour Emile Mâle, la présence dans ces verrières d'une forte veine d'inspiration populaire évoque l'imagerie d'Epinal."

Au contraire, Danielle Minois (2003 ; 2005) souligne la cohérence de ces ensembles qui illustrent en un discours argumenté et savant l’histoire du salut. "Seul un clergé cultivé a pu élaborer ces programmes ; il l’a donc imposé aux donateurs qui l’ont financé. Parce que « le choix des sujets des verrières posées dans les églises est un reflet de la vie intellectuelle et religieuse », elle signale en outre les réactions des commanditaires face à la Réforme à travers les thèmes choisis, surtout après 1550 : l’histoire de Daniel ou de Tobie, la légende de l’hostie profanée. Elle montre comment les mêmes thèmes peuvent changer de sens face à un climat de remise en cause de l’Église romaine." (L. Rivale)

Ces 20 verrières hautes de la nef se répartissent entre les baies du triforium (galerie à trois arcades entre chaque travée), qui portent les numéros 127 à 136, et, au dessus de celles-ci, les baies hautes homologues portant les numéros 227 à 236. Selon la numérotation internationale des vitraux, les baies nord portent un numéro impair et les baies sud un numéro pair.

Les baies 132 (triforium) et 232 occupent la troisième travée côté sud. 

.

Nous avons donc ainsi :

a) du côté nord, depuis le transept vers le fond de la nef :

-baies 127 et 227 : Saints ; vie de saint Pierre.  réalisée en 1502, don d'Henri II de Lorraine Vaudémont, évêque de Metz ;

-baies 129 et 229 : Histoire de Tobie. 1500 ; don de Jean Fuestot l'Aîné (marchand et bourgeois de Troyes dans l'Aube) et de Denise Chappelain sa femme. Monogramme [du peintre verrier en tête de lancette de la baie 129].

-131 et 231 : Adoration des mages, et Histoire de Job. Don de Jeanne de Mesgrigny veuve de Jean Molé. 1501. Inscription et armoiries. Monogramme d'un verrier au tympan.

-133 et 233 : légende de saint Sébastien ; réalisée en 1501 par Lievin Varin, don de la confrérie de saint Sébastien ; un écu armorié d'Odard Hennequin mis en place en 1502-1503 par Jeancon Garnache et Nicolas Hulins a disparu.

- 135 et 235 : Légende de la Vraie Croix ; réalisées entre 1501 et 1502 par Jean Verrat, don de Claude Dorigny, veuve de Jean Péricard. Armoiriesidentifiées. Monogrammes. Très restaurées au XIXe.

b) du côté sud :

-baies 128 et 228 : Calvaire ; saints et saintes. 1499 ; peintre-verrier Balthazar Godon ; armoiries (identifiées) : Jean Huyard chanoine de la cathédrale, et Guillaume Huyard avocat du roi à Troyes 

-baies 130 et 230 : Arbre de Jessé. Verrière réalisée par Lievin Varin entre 1498 et 1499, don de Jean de Marisy et Guillemette Phélipe sa femme. En baie 230, toute la famille de Jean de Marisy et de Guillemette Phélipe (ses frères, ses 9 filles et belles-filles) est représentée au bas de cette verrière. Armoiries.

-baies 132 et 232 :  Annonciation et Nativité. Parabole du Fils Prodigue. Don de Guillaume Molé et Simone Boucherat , 1499.  Réalisée en 1499 peut-être par Pierre I maçon (inscription ne notant que son prénom). Armoiries identifiées, devise "en attendant", monogrammes [du verrier]

-baies 134 et 234 : Vie de Joseph (biblique) ; réalisée en 1499, don d'Agnès Bonjean, veuve de Jehan Thévenin (écuyer et notaire royal à Troyes) son mari . Armoiries identifiées et monogrammes en baie 134. Inscription mentionnant le commanditaire et la date en baie 234.

-baies 136 et 236 : Histoire du prophète Daniel ; réalisées en 1499 par Pierre Maçon, don de Jean Corart, marchand de Troyes et de Marguerite, sa femme (inscription) ; les vitraux du 15e siècle du triforium (baie 136) ont disparu et sont remplacés par des vitraux du 20e siècle sur le thème de l'histoire de Daniel.

 

.

Datation, attribution et donation.

Ces éléments sont basés sur les comptes du chapitre de la cathédrale de Troyes, AD série G, registre 1571, années 1498-1499 : "À la femme de Pierre, verrier, lequel a faict la verrière de l'enfant prodigue pour Guillaume Molé, xxxv sous ".

Les armoiries identifient le couple Molé/Boucherat. 

.

Vue générale.

 

.

 

 

.

Baies 132 et 232 (par le verrier Pierre, 1499) de la nef sud de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

Baies 132 et 232 (par le verrier Pierre, 1499) de la nef sud de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

.

.

LA BAIE N° 132 DU TRIFORIUM : ANNONCIATION ET SAINTE PARENTÉ ( MARIE SALOMÉ, MARIE CLEOPHAS ET ANNE TRINITAIRE).

.

 

 

Elle mesure 3,50 m de haut et 6,00 m de large, et est divisée en trois baies de deux lancettes trilobées sous un tympan à deux mouchettes et un soufflet. 

.

 Annonciation et Sainte Parenté, baie 132 (par le verrier Pierre, 1499) de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

Annonciation et Sainte Parenté, baie 132 (par le verrier Pierre, 1499) de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

.

.

1. et 2. L'Annonciation.

.

Sur un fond rouge damassé de rinceaux dentelés et d'un carrelage bicolore orange et bleu, Gabriel aux ailes multicolores tient le bâton de messager dont le phylactère porte l'inscription aux lettres gothiques aux fûts perlés : AVE [M]ARIA --IES TECUM. Il porte une étole bleue à croix  de Malte.

Depuis des nuées bleues du coin supérieur gauche, un rayon de lumière entraine la colombe de l'Esprit-Saint vers Marie.

Celle-ci porte un manteau fourré d'hermines et une robe rouge et sa réponse figure sur un second phylactère ECCE ANCILLA DNI.

Les croissants blancs et les étoiles jaunes du tympan, sur un ciel rouge, rappellent les armoiries de la famille Molé.

Dans la tête de lancette de droite, ces armoiries sont présentées dans un chapeau de gloire,  de gueules à un croissant d'argent accompagné en chef de deux étoiles d'or.

.

 Annonciation et Sainte Parenté, baie 132 (par le verrier Pierre, 1499) de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

Annonciation et Sainte Parenté, baie 132 (par le verrier Pierre, 1499) de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

 Annonciation et Sainte Parenté, baie 132 (par le verrier Pierre, 1499) de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

Annonciation et Sainte Parenté, baie 132 (par le verrier Pierre, 1499) de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

 Annonciation et Sainte Parenté, baie 132 (par le verrier Pierre, 1499) de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

Annonciation et Sainte Parenté, baie 132 (par le verrier Pierre, 1499) de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

.

.

3. La Nativité.

.

 Annonciation et Sainte Parenté, baie 132 (par le verrier Pierre, 1499) de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

Annonciation et Sainte Parenté, baie 132 (par le verrier Pierre, 1499) de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

.

.

Le monogramme du peintre-verrier.

.

Il n'est conservé que partiellement mais j'y retrouve la forme générale de clef décrite en baie 231, où le losange proche d'un A serait l'anneau, et où la tige est barrée ; on devine au dessus les deux V qui seront bien visibles au tympan. Ce ou ces "V" seraient-ils un code pour "Verrier" ?

Comparez à :

.

Baie 231

.

église de Cravan (Yonne), vitrail de la fin du XVe siècle.

 

.

 Annonciation et Sainte Parenté, baie 132 (par le verrier Pierre, 1499) de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

Annonciation et Sainte Parenté, baie 132 (par le verrier Pierre, 1499) de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

.

.

4.  La Sainte Parenté I : Marie Jacobé, assise, avec ses quatre fils, les apôtres  Jacques le mineur, Simon et  Jude, ainsi que Joseph Barsabas. 

.

L'interprétation est difficile, mais la solution adoptée est la plus probable.  Voir la Sainte Parenté sur Wikipédia. Tous les enfants sont nimbés. Celui de gauche tient la croix dont le titulus porte l'inscription INRI, ce pourrait être le Christ... mais on reconnaitrait plutôt l'Enfant-Jésus dant le bambin bouclé assis sur les genoux de ... sa mère ? Ce pourrait être plutôt l'apôtre Simon, dont l'attribut est la croix dans le Kalendrier des Bergers, et que nous retrouverons présentant la donatrice...

Celui qui est assis à terre en écrivant sur une banderole  pourrait être Jean l'évangéliste. Mais cela remet en cause l'interprétation.

Fond damassé bleu à la grenade.

.

 Annonciation et Sainte Parenté, baie 132 (par le verrier Pierre, 1499) de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

Annonciation et Sainte Parenté, baie 132 (par le verrier Pierre, 1499) de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

.

.

La tête de lancette : les armoiries Molé/Boucherat.

.

Ce blason mi-parti montre en 1 les armes des Molé  de gueules à un croissant d'argent accompagné en chef de deux étoiles d'or, et en 2 celle des Boucherat, d'azur au coq d'or crêté, becqué, barbé, membré et onglé de gueules.

Cette partition désigne  le couple de Guillaume II Molé et de Simone Boucherat.

Simonne ou Simone Boucherat, est peut-être descendante de  Pierre le Boucherat, (décédé après 1420) qui fut procureur de Charles VI à Troyes en 1420.  Elle épousa le 19 juin 1467 Guillaume Molé, (1438-1487) bourgeois de Troyes, lui-même fils aîné de Guillaume I Molé,  et frère de Jean Molé seigneur de Villy-le-Maréchal qui épousa Jeanne de Mesgrigny : c'est le couple donateur en 1500 des baies 131 et 231. Les armes de Jean II  sont brisées d'une bordure  et sa devise diffère de celle de son  frère.

généalogie Molé du P. Anselme

D'autres généalogies, plus actuelles, font de Guillaume II Molé le fils de Nicolas seigneur de Fouchères et de Marie Ménisson, et le petit-fils de Guillaume I.

http://racineshistoire.free.fr/LGN/PDF/Boucherat.pdf

http://racineshistoire.free.fr/LGN/PDF/Mole.pdf

 

https://man8rove.com/fr/blason/sjx4a7a1-boucherat-olim-le-boucherat

 Guillaume II Molé, qui mourut en 1507, et  Simone Boucherat eurent des filles, dont Louise dame de Vaubercey, et Colette, qui épousa Jean d'Origny seigneur de Longchamps.

 

.

De même que le tympan de l'Annonciation reprenait les armes des Molé, celui de la Parenté reprend celles des Boucherat, et bien que les détails soient masqués par l'architecture, nous reconnaissons bien le coq jaune et rauge sur fond bleu.

.

 

 

 Annonciation et Sainte Parenté, baie 132 (par le verrier Pierre, 1499) de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

Annonciation et Sainte Parenté, baie 132 (par le verrier Pierre, 1499) de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

.

 

.

 Annonciation et Sainte Parenté, baie 132 (par le verrier Pierre, 1499) de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

Annonciation et Sainte Parenté, baie 132 (par le verrier Pierre, 1499) de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

.

.

5.  La Sainte Parenté II : Sainte Anne , sa fille Marie et son petit-fils Jésus. 

.

Sainte Anne et Marie, de même taille, sont assise côte à côte, Anne étant identifiée par sa guimpe de veuve. Elle tient un livre, mais un autre livre est posé sur les genoux de Marie. Celle-ci présente une poire à Jésus qui, debout, tend les bras.

Dans la tête de lancette, le monogramme du verrier sera présenté plus bas.

.

 Annonciation et Sainte Parenté, baie 132 (par le verrier Pierre, 1499) de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

Annonciation et Sainte Parenté, baie 132 (par le verrier Pierre, 1499) de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

.

.

6.  La Sainte Parenté III : Marie Salomé, assise, avec ses deux fils les apôtres  Jacques le majeur tenant le bourdon de pèlerin  et Jean l'évangéliste tenant la palme. 

.

Fond bleu damassé à rinceaux dentelés.

.

 Annonciation et Sainte Parenté, baie 132 (par le verrier Pierre, 1499) de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

Annonciation et Sainte Parenté, baie 132 (par le verrier Pierre, 1499) de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

 Annonciation et Sainte Parenté, baie 132 (par le verrier Pierre, 1499) de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

Annonciation et Sainte Parenté, baie 132 (par le verrier Pierre, 1499) de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

.

.

5 et 6 (détail) : Les têtes de lancette avec le monogramme du peintre-verrier et la devise "En attendant", et  au  tympan les armes des Molé.

.

Le monogramme, bien que tronqué, est le même que celui de la lancette C. La devise est celle de Guillaume II Molé. Le tympan reprend le croissant blanc et les étoiles jaunes sur fond rouge des Molé .

.

 Annonciation et Sainte Parenté, baie 132 (par le verrier Pierre, 1499) de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

Annonciation et Sainte Parenté, baie 132 (par le verrier Pierre, 1499) de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

.

.

.

.

LA BAIE N° 232 : PARABOLE DE L'ENFANT PRODIGUE.

.

PRÉSENTATION.

Cette verrière  mesure  10 m de haut et 6 mètres de large, elle comporte un tympan à 9 ajours et écoinçons, et  6 lancettes. Ces 6 lancettes A B C D E F sont organisées horizontalement en trois registres soit au total 18 scènes. Seize de ces scènes racontent la parabole du Fils prodigue, en partant du haut à gauche. Les deux scènes des coins inférieurs accueillent le donateurs et son fils (lancette A) et la donatrice et sa fille (lancette F) .

Comme dans les baies 131 et 132, elles aussi données par la famille Molé, chacune des scènes encadrée par  une fausse architecture sous un arc en plein cintre par une accolade à pampres sous un entablement occupé par des putti et les blasons et devises des donateurs. Mais les blasons et la devise des donateurs n'occupent pas les têtes de lancettes, mais les scènes de donation, et le tympan.

Je la décrirai en partant de l'angle supérieur gauche, lancette A et en suivant le cours des 16 scènes narratives, puis je décrirai les deux scènes présentant le couple donateur. Je terminerai par le tympan.

.

 

 

 
Parabole du fils prodigue, baie 232 (par le verrier Pierre, 1499) de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

Parabole du fils prodigue, baie 232 (par le verrier Pierre, 1499) de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

Parabole du fils prodigue, baie 232 (par le verrier Pierre, 1499) de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

Parabole du fils prodigue, baie 232 (par le verrier Pierre, 1499) de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

.

.

1. et 2. Le fils prodigue demande à son père sa part d'héritage et s'en va en voyage profiter de la vie.

.

Texte :

Luc 15:11-12 "Un homme avait deux fils. Le plus jeune dit à son père: ‘Mon père, donne-moi la part de l’héritage qui doit me revenir.’ Le père leur partagea alors ses biens. "

.

À gauche, le père est assis à côté de son fils aîné. le fils cadet tend la main vers la bourse.

Dans la deuxième lancette, le fils part d'un bon pas à laventure, la hallebarde sur l'épaule et l'épée au côté.

.

Parabole du fils prodigue, baie 232 (par le verrier Pierre, 1499) de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

Parabole du fils prodigue, baie 232 (par le verrier Pierre, 1499) de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

.

.

3. et 4. Il dépense son argent dans les tavernes et se fait dépouiller par des prostituées, qui le chassent, ne lui laissant que sa chemise. 

.

Texte :

 "Peu de jours après, le plus jeune fils ramassa tout et partit pour un pays éloigné, où il gaspilla sa fortune en vivant dans la débauche.  Alors qu'il avait tout dépensé, une importante famine survint dans ce pays et il commença à se trouver dans le besoin."

.

Parabole du fils prodigue, baie 232 (par le verrier Pierre, 1499) de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

Parabole du fils prodigue, baie 232 (par le verrier Pierre, 1499) de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

.

.

 5. et 6.  Il trouve du travail chez un fermier pour garder les cochons dans les bois . Il se nourrit de glands.

.

Texte : 

"Il alla se mettre au service d'un des habitants du pays, qui l'envoya dans ses champs garder les porcs.  Il aurait bien voulu se nourrir des caroubes que mangeaient les porcs, mais personne ne lui en donnait. "

.

Parabole du fils prodigue, baie 232 (par le verrier Pierre, 1499) de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

Parabole du fils prodigue, baie 232 (par le verrier Pierre, 1499) de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

.

.

 7. et 8. N'en pouvant plus, il décide de retourner chez son père pour y être employé comme ouvrier.

.

Texte

Luc 15:17-20 "Il se mit à réfléchir et se dit: ‘Combien d'ouvriers chez mon père ont du pain en abondance et moi, ici, je meurs de faim! Je vais retourner vers mon père et je lui dirai: Père, j'ai péché contre le ciel et contre toi,  je ne suis plus digne d'être appelé ton fils, traite-moi comme l'un de tes ouvriers.’  Il se leva et alla vers son père."

Parabole du fils prodigue, baie 232 (par le verrier Pierre, 1499) de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

Parabole du fils prodigue, baie 232 (par le verrier Pierre, 1499) de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

.

.

 9. et 10. Il est accueilli à bras ouvert par son père, qui le confie à l'un de ses domestiques  .

.

Texte :

Luc 15: 20-21"Alors qu’il était encore loin, son père le vit et fut rempli de compassion, il courut se jeter à son cou et l'embrassa. Le fils lui dit: ‘Père, j'ai péché contre le ciel et contre toi, je ne suis plus digne d'être appelé ton fils.’"

 

 

Parabole du fils prodigue, baie 232 (par le verrier Pierre, 1499) de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

Parabole du fils prodigue, baie 232 (par le verrier Pierre, 1499) de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

.

.

 11. et 12. Le fils est luxueusement habillé par le serviteur . Le père fait tuer le veau gras .

.

Texte :

Luc 15: 22-24 "Mais le père dit à ses serviteurs: ‘Apportez [vite] le plus beau vêtement et mettez-le-lui; passez-lui un anneau au doigt et mettez-lui des sandales aux pieds.  Amenez le veau qu’on a engraissé et tuez-le! Mangeons et réjouissons-nous,  car mon fils que voici était mort et il est revenu à la vie, il était perdu et il est retrouvé.’ Et ils commencèrent à faire la fête."

.

Parabole du fils prodigue, baie 232 (par le verrier Pierre, 1499) de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

Parabole du fils prodigue, baie 232 (par le verrier Pierre, 1499) de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

.

.

13. On prépare un grand festin .

.

Parabole du fils prodigue, baie 232 (par le verrier Pierre, 1499) de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

Parabole du fils prodigue, baie 232 (par le verrier Pierre, 1499) de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

.

.

 

14. et 15. Le père festoie avec ses fils, accompagné par trois musiciens. L'un joue du luth, l'autre d'un instrument à vent (coquillage?), le troisième du galoubet-tambourin  .

.

 

Parabole du fils prodigue, baie 232 (par le verrier Pierre, 1499) de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

Parabole du fils prodigue, baie 232 (par le verrier Pierre, 1499) de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

Parabole du fils prodigue, baie 232 (par le verrier Pierre, 1499) de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

Parabole du fils prodigue, baie 232 (par le verrier Pierre, 1499) de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

.

.

16. Après le repas, le frère aîné refuse de serrer la main de son frère cadet.

.

Texte :

 

Luc 15:25-35 : " Or le fils aîné était dans les champs. Lorsqu'il revint et approcha de la maison, il entendit la musique et les danses.  Il appela un des serviteurs et lui demanda ce qui se passait.  Le serviteur lui dit: ‘Ton frère est de retour et ton père a tué le veau engraissé parce qu'il l'a retrouvé en bonne santé.’ Le fils aîné se mit en colère et il ne voulait pas entrer. Son père sortit le supplier d'entrer,  mais il répondit à son père: ‘Voilà tant d'années que je suis à ton service sans jamais désobéir à tes ordres, et jamais tu ne m'as donné un chevreau pour que je fasse la fête avec mes amis. Mais quand ton fils est arrivé, celui qui a mangé tes biens avec des prostituées, pour lui tu as tué le veau engraissé!’  ‘Mon enfant, lui dit le père, tu es toujours avec moi et tout ce que j'ai est à toi,  mais il fallait bien faire la fête et nous réjouir, parce que ton frère que voici était mort et il est revenu à la vie, il était perdu et il est retrouvé.’"

.

Parabole du fils prodigue, baie 232 (par le verrier Pierre, 1499) de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

Parabole du fils prodigue, baie 232 (par le verrier Pierre, 1499) de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

.

.

LES DONATEURS.

.

Le donateur Guillaume Molé présenté par saint Guillaume et son fils.

.

Guillaume II Molé, tête nue aux cheveux gris, est agenouillé mains jointes devant son livre de prières posé sur le prie-dieu. Il porte un manteau bleu-violet (même couleur que Jean II Molé en baie 131) aux manches et col fourrés.

Il est présenté par saint Guillaume évêque de Bourges.

Un fils (dont les généalogistes n'ont pas transmis le nom) est agenouillé à sa suite, portant sur un pourpoint rouge un manteau bleu sombre à revers or, doté sur la manche d'un emblême rouge. Ses chausses sont rouge.

Sur le drap du prie-dieu, sont figurées les armes pleines des Molé, de gueules à un croissant d'argent accompagné de deux étoiles d'or.

 

.

Parabole du fils prodigue, baie 232 (par le verrier Pierre, 1499) de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

Parabole du fils prodigue, baie 232 (par le verrier Pierre, 1499) de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

.

.

La donatrice Simone Boucherat présentée par saint Simon,  et ses trois filles.

.

Simone Boucherat est agenouillée mains jointes devant le livre de prières (sac de transport, fermoirs) de son prie-dieu. Elle porte une robe de même drap bleu-violet que son mari (et que les donateurs de la baie 131) et une coiffe noire.

Elle est présentée par saint Simon, dont l'attribut n'est pas toujours la scie, mais, comme dans les éditions du Kalendrier des bergers dès 1493, une croix. Nous reconnaissons ici la croix portant le titulus INRI qui désignait l'apôtre Simon dans la Sainte Parenté. Il est barbu comme tous les apôtres (sauf Jean) et tient l'attribut de tous les apôtres, le livre (se référant au Livre des Apôtres).

.

Saint Simon, in Kalendrier des bergers de 1493, Gallica.

 

.

Ce patronage de Simone par l'apôtre Simon est bien logique.

Sur le drap d'or du prie-dieu, le blason est losangique, c'est un blason féminin. Il est mi-parti, avec en 1 les armes des Molé et en 2 celles des Boucherat.

Vient ensuite une fille aînée, vêtue de rouge et portant une coiffe bordeaux.

Puis deux sœurs, en robe et coiffe bordeaux

.

 

.

.

 

Parabole du fils prodigue, baie 232 (par le verrier Pierre, 1499) de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

Parabole du fils prodigue, baie 232 (par le verrier Pierre, 1499) de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

.

.

Guillaume Molé bibliophile, et ses armoiries.

1°) Comme son frère (ou oncle) Jean Molé, Guillaume II était bibliophile, et il avait commandé  à Maître de Guillaume Lambert et atelier (français, actif vers 1475 - 1485) une "Passion de nostre seigneur Iesus Christ" vers 1480-1490, un manuscrit aujourd'hui conservé au  Getty Museum, ms. 25. Au folio 1, l' enluminure La résurrection de Lazare montre en marge droite un tronc d'arbre où sont suspendus deux blasons. Le premier porte les armes des Molé, le second celle des Molé en alliance avec Boucherat.

.

Maître de Guillaume Lambert et atelier (français, actif vers 1475 - 1485), La résurrection de Lazare , vers 1480-1490Couleurs tempera, peintures or et argent, feuille d'argent et encre noire Feuille : 30,5 × 21,6 cm. J. Paul Getty Museum, Los Angeles, Ms. 25, fol. 1 

.

 

J. Paul Getty Museum, Los Angeles, Ms. 25, fol. 1 détail

.

2°) Guillaume Molé fut encore commanditaire, d’après François Avril (Très riches heures de Champagne, p. 184), d’un manuscrit des Faits des Romains egalement enluminé par l'atelier de Guillaume Lambert et conservé à Bruxelles (Bibliothèque royale, ms. 9040) . 

3°) En juin 2000 est passé chez Christie's un manuscrit enluminé sur velin, les " Heures de Molé-Boucherat" à l'usage de Troyes, daté vers 1420 et dont les enluminures sont attribuées au Maître de Rohan (actif à Troyes en 1420-1440). Mais une miniature en folio f.iii est un  frontispice armorié ajouté  par un
enlumineur (Maître du Michaut de Guyot le Peley) de c.1480. Il montre deux écus, l'un aux armes de Molé, , l'autre mi-parti Molé/Boucherat . Les boucliers sont suspendus à un casque avec un manteau bleu et or. La base du casque porte le nom GUILLERMUS. M.

4°) Des Heures de la famille Molé à l'usage de Troyes sont passés en vente chez Christie's le 23 avril 2021 avec  12 grandes miniatures attribuées au Maitre de Rosenberg , 34 lettrines historiées, vers 1480 (Rosenberg Ms.5, vente lot 9).

"Le commanditaire était un membre masculin de la famille Molé de Troyes qui portait la devise « En attandant » , qui figure sur un rouleau à nombreux liserés, et à deux initiales historiées ; la devise est accompagnée des initiales jointes « GM » dans certaines des bordures des Heures de la Croix et de l'Esprit. Les mêmes initiales reliées par un nœud d'amour sont dans une autre Heure illuminée par le même enlumineur, suggérant la possibilité que l'une ait appartenu au mari et l'autre à la femme. Les Molé furent pendant plusieurs siècles l'une des familles les plus importantes de Troyes, et plusieurs manuscrits enluminés de la fin du Moyen Âge furent réalisés ou adaptés pour eux : (i) un Livre d'Heures de l'usage de Troyes, vers 1485, enluminé par Jean Colombe de Bourges, à l'exception de la dernière miniature, qui a été enluminée par un membre du groupe Guillaume Lambert de Lyon (voir Enluminure ), et représente un membre de la famille Molé en prière (Rodez, Société des lettres, MS 1 ; voir Avril & Reynaud , 1993, n° 184) ; (ii) Guillaume de Nagis, Chronique abrégée et des rois de France , enluminée par un artiste troyen, vers 1475-1480 (Paris, BnF, MS Fr. 2598 ; voir Avril & Reynaud, n° 101) ; (iii) Passion de nostre seigneur et Vengeance de la mort , enluminés à Lyon vers 1480 par un membre du groupe Guillaume Lambert (J. Paul Getty Museum, MS 25) ; (iv) un Livre d'Heures de l'usage de Troyes, attribué au Maître Rohan à Troyes, vers 1420, et adapté vers 1480 pour Guillaume II Molé et son épouse Simone Le Boucherat (Christie's, 7 juin 2000, lot 7) , avec un frontispice armorié supplémentaire similaire à celui du présent manuscrit.

Un membre de la famille Molé du début du XVIe siècle était probablement responsable de l'ajout de la miniature héraldique du frontispice pleine page, avec les armes Molé et trois autres rouleaux « En attandant » tenus par des putti. C'est peut-être ce propriétaire du XVIe siècle qui était chargé d'insérer des feuilles pour remplacer les passages de texte perdus ; l'entrelacement face aux miniatures est cependant apparemment original : ceux face aux feuilles fournies présentent tous des traces de pigment là où auraient dû se trouver les miniatures.

.

 

Heures de Molé, vente Christie's

.

 

Heures de Molé, Rosenberg, vente Christie's

.

 

https://www.christies.com/lot/lot-the-rosenberg-master-the-mole-hours-use-6311654/?from=searchresults&intObjectID=6311654

 

5°) Il fut aussi possesseur d’un Doctrinal rural de Pierre Michault (Saint-Pétersbourg, BNR, Fr. F. v. XIV,10). réalisé en 1476 enluminé par le Maître du Pierre Michault de Guyot II Le Peley, Guyot Le Pelé étant le demi-frère de Guillaume Molé (voir François Avril, Très riches heures de Champagne, p. 28).

Ce manuscrit possède le même cycle de dessins que le BnF fr 1654 « Pierre Michault, Doctrinal du temps présent et Danse aux aveugles » daté vers 1475-1480, réalisé à Troyes pour Guyot II Le Peley (armes au f. 1 : d'azur à deux colombes affrontées d'argent, au chef de gueules au lambel d'argent brisé d'une étoile d'or entre les premier et deuxième pendants ; dans les encadrements, devise "Nul bien sans peine", tenue par une colombe), et enluminé par 26 peintures .Deux autres manuscrits ont également appartenu à Guyot II Le Peley : des Heures à l'usage de Troyes (BnF, Mss., NAL 3248) et un Lancelot-Graal en quatre volumes (Cologny-Genève, Fondation Martin Bodmer, ms. 105).

 

 

6°) On retrouve ses armes, pleines, certes effacée, sur le folio 1r d'un manuscrit datable vers 1500 de la Bibliothèque Vaticane Reg. lat. 1362 

.

En conclusion, les familles troyennes issue du couple Molé/Léguisé, celle de Guyot  Le Peley, celle de Guillaume II Molé en alliance avec les Le Boucherat et de Jean II Molé avec Jeanne de Mesgrigny  participent pleinement, à la fin du XVe siècle, à un mécénat associant la commande de livres enluminés et celle  de verrières , dans une production troyenne alors florissante permettant « la construction d'un atelier d'art original, où d'importants peintres s'épanouirent (le maître du Missel de Troyes, le maître de Pierre Michault de Guyot Le Peley) et se répandirent hors de Troyes ». … et fait appel à des artistes venus d'ailleurs, notamment Jean Colombe ». Jean Léguisé, évêque de Troyes de 1426-1450 était rattaché à cette famille, et il possédait également dans sa bibliothèque des livres richement enluminés. 

.

 

 

 

.

.

LE TYMPAN.

.

 

Tympan de la baie 232 de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

Tympan de la baie 232 de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

Tympan de la baie 232 de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

Tympan de la baie 232 de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

.

.

1. Soufflet supérieur. Dieu le Père en gloire. Deux anges déroulant les phylactères portant la devise EN ATTENDANT du couple Molé/Boucherat.

.

Tympan de la baie 232 de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

Tympan de la baie 232 de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

.

.

2. Soufflet latéral gauche. La Vierge allaitant son Fils qui tient une fleur. Un ange présentant les armes pleines de Guillaume II Molé. Un ange présentant le monogramme du peintre verrier.

.

Tympan de la baie 232 de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

Tympan de la baie 232 de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

.

.

Détail : le monogramme du verrier.

.

C'est exactement le même quen baie 132, mais il est mieux visible, notamment les deux V en chevron superposés.

.

Tympan de la baie 232 de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

Tympan de la baie 232 de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

.

.

3. Soufflet latéral droit. Saint Bernard en abbé. Un ange présentant le monogramme du peintre verrier. . Un ange présentant les armes mi-parti de Guillaume II Molé et Simone Le Boucherat.

.

Tympan de la baie 232 de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

Tympan de la baie 232 de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

Tympan de la baie 232 de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

Tympan de la baie 232 de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

 

.

.

4. Soufflet inférieur gauche :  saint Nicolas . Écoinçons : devise EN ATTENDANT ; putto au phylactère.

 

.

Tympan de la baie 232 de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

Tympan de la baie 232 de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

.

.

.

5. Soufflet inférieur médian :  Marie-Madeleine et le vase d'aromates.

Inscription MARI/MADE

.

Tympan de la baie 232 de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

Tympan de la baie 232 de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

.

.

.

6. Soufflet inférieur droit : saint Claude en abbé (mitre, livre, croix) . Écoinçons : devise EN ATTENDANT ; putto au phylactère.

Inscription : .St. / CLAVD

N.b : les saints et la sainte renvoient-ils  aux prénoms des enfants du couple Guillaume Molé et Simone Boucherat (un fils et trois filles) figurés en baie 132 ? Les généalogies ne retiennent que Colette et peut-être Louise. Des membres de la famille Molé portent bien les prénoms de Nicolas (fils de Guillaume II Molé et père (?) de Guillaume II) et de Claude (fils de Jean II Molé).

.

.

.

SOURCES ET LIENS.

— COFFINET (Abbé Jean-Baptiste), 1858,Les peintres-verriers de Troyes pendant trois siècles depuis 1375 jusqu'à 1690 "Peintres-verriers. Nomenclature des peintres-verriers de Troyes depuis 1375 jusqu'à 1690". Annales archéologiques, 1858, t. 18, p. 212-224.

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9693408c/f153.item

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9693408c/f252.item

 

— DEUFFIC (Jean-Luc), 2007, "Les Très riches heures de Champagne… A propos d’un catalogue d’exposition" …

https://pecia.blog.tudchentil.org/category/edition/page/11/

"À cette époque, la production de manuscrits et de monuments était florissante. Les mécènes bourgeois de Troyes, au lendemain de la guerre de Cent Ans, provoquent un essor de l'industrie des manuscrits. Ils s'appelaient Le Peley, Molé, Le Boucherat, Mauroy. Ils commandèrent des livres d'heures ou des vitraux, ils permirent « la construction d'un atelier d'art original, où d'importants peintres s'épanouirent (le maître du Missel de Troyes, le maître de Pierre Michault de Guyot Le Peley) et se répandirent hors de Troyes ». … et fait appel à des artistes venus d'ailleurs, notamment Jean Colombe ».

l'étude de Françoise Bibolet sur le mécène troyen de la fin du XVe siècle permet de faire connaissance avec ces familles bourgeoises dont l'amour des livres se manifestait par la commande de manuscrits, notamment la fratrie Le Peley-Molé-Boucherat. . Jean Léguisé, évêque de Troyes de 1426-1450 était rattaché à cette famille, et il possédait également dans sa bibliothèque des livres richement enluminés. Simon Liboron, avocat, s'allie à la famille Mauroy, et devient maire de Troyes en 1497. Amateur d'art, il s'intéresse au Mystère de la Passion . Il fit réaliser un vitrail pour l'église Sainte-Madeleine ainsi qu'un livre d'heures (aujourd'hui conservé dans une collection particulière) dont la décoration est attribuée au maître du maître de Pierre Michault de Guyot Le Peley (catalogue n° 32 ). Très riches heures de Champagne, François Avril, Maxence Hermant, Françoise Bibolet  216 pages. 24 x 28 cm. 180 ill. Editions Hazan. ISBN : 978-2754101882. 25 €"

—  JUBAINVILLE (Henri d'Arbois de), 1862, "Documents relatifs aux travaux de construction faits à la cathédrale de Troyes pendant les XIIIe, XIVe et XVe siècles" [second article].Bibliothèque de l'École des chartes  Année 1862  23  pp. 393-423

https://www.persee.fr/doc/bec_0373-6237_1862_num_23_1_445819

https://www.persee.fr/doc/bec_0373-6237_1862_num_23_1_461956

 

 

LAFOND (Jean) 1955, "Les vitraux de la cathédrale Saint-Pierre de Troyes". In Société française d'archéologie, éd. Congrès archéologique de France : 113e session, Troyes, 1955. Orléans ; Nogent-le-Rotrou, 1957, p. 29-62.

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k32099177/f59.item

LEDIT (Charles-J. Abbé) 1948,  Les Hautes verrières de la cathédrale de Troyes, préfacées par S. E. Mgr Julien Le Couedic,.

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k3339359k.texteImage?lang=FR

 

LIEZ (Jean-Luc), 2022, "Regard(s) sur l’héraldique à Troyes au XVIe siècle". ffhal-03940420f

https://hal.science/hal-03940420/document

MARSAT (André), ‎Charles J. Ledit, ‎Angelico Surchamp · 1972 Cathédrale de Troyes, les vitraux

— MICHON ( Louis-Marie), 1941,"Un livre de raison de la famille Molé". In: Bibliothèque de l'école des chartes. 1941, tome 102. pp. 306-312;

https://www.persee.fr/doc/bec_0373-6237_1941_num_102_1_449250

MINOIS (Danielle), 2005 Le vitrail à Troyes : les chantiers et les hommes (1480-1560) .Sorbonne Université presses Corpus vitrearum France Etudes VI, 1 vol. (475 p.-XXIV p. de pl.) : ill. en noir et en coul., jaquette ill. en coul. ; 33 cm

https://www.persee.fr/doc/bulmo_0007-473x_2008_num_166_1_2453_t14_0085_0000_1

 

MINOIS (Danielle), 2003, thèse d'histoire de l'art Paris IV sous la direction de Fabienne Joubert et Michel Hérald,  La peinture sur verre à Troyes à la fin du Moyen Age

PASTAN (Élisabeth C.  BALCON (Sylvie), 2006,  Les vitraux du chœur de la cathédrale de Troyes (xiiie siècle), Paris, Cths, coll. « Corpus vitrearum - France II », 2006, 539 p.

https://www.persee.fr/doc/bulmo_0007-473x_2010_num_168_3_7592_t19_0308_0000_1

RIVIALE (Laurence),  "Danielle Minois, Le vitrail à Troyes : les chantiers et les hommes (1480-1560). Paris, P.U.P.S., 2005, 475 p. (Corpus vitrearum France, études VI)." In: Bulletin Monumental, tome 166, n°1, année 2008. La galerie à Paris (XIVe-XVIIe siècle) pp. 85-86.

https://www.persee.fr/doc/bulmo_0007-473x_2008_num_166_1_2453_t14_0085_0000_1

 

SITES

https://www.eglisesduconfluent.fr/Pages/VIT-10Troyes-CathStPierreStPaul.php

Archives de la cathédrale de Troyes :

https://www.google.fr/books/edition/INVENTAIRE_SOMMAIRE_DES_ARCHIVES_DEPARTE/RZcNAAAAQAAJ?hl=fr&gbpv=1&dq=%22la+Mosl%C3%A9e%22&pg=PA315&printsec=frontcoverhttps://www.patrimoine-histoire.fr/Patrimoine/Troyes/Troyes-Saint-Pierre-et-Saint-Paul.htm

Inventaire :

https://www.pop.culture.gouv.fr/notice/palissy/IM10000400

https://www.pop.culture.gouv.fr/notice/palissy/IM10000423

https://www.pop.culture.gouv.fr/notice/palissy/IM10000401

https://abedehem.blogspot.com/2016/11/des-troyens-en-champagne.html

https://www.crhf.net/fr/view.php?file=/prive/bibliopdf/DernierMole.pdf

https://www.mesvitrauxfavoris.fr/troyes%20cathedrale%20baie%20232.htm

http://bibnum.enc.sorbonne.fr/omeka/files/original/0aea6dba5e47fc7c06bf9a08c96c2f96.pdf

https://www.culture.gouv.fr/ar/29/5/2/2/4/Travaux-de-mise-en-securite-et-de-protection-de-la-Cathedrale-de-Troyes

https://man8rove.com/fr/blason/g97njbn-mole

https://www.christies.com/en/lot/lot-1793926 Livre d'ehuers Molé/Boucherat

https://man8rove.com/fr/profile/gddr0txwb-simone-boucherat

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b10081879f/f7.item

Partager cet article
Repost0
Published by jean-yves cordier - dans Vitraux Héraldique XVe siècle Devises.
19 février 2024 1 19 /02 /février /2024 10:39

Les vitraux de la cathédrale de Troyes : les baies 131 (Adoration des Mages, 1501)  et 231 ( histoire de Job 1501-1502) du triforium et des fenêtres hautes du côté nord de la nef. Auteur inconnu. Offerte par Jehanne de Mesgrigny veuve de Jean Molé.

.

.

Voir : 

Voir aussi  les vitraux du transept sud de la cathédrale de Sens, réalisés par des peintres verriers de Troyes entre 1500 et 1503 :

 

.

PRÉSENTATION GÉNÉRALE.

.

Avec 1 500 m² de verrières, allant du XIIIe au XIXe siècle, la cathédrale de Troyes est   l’un des plus vitrées de France.  Elle possède un triforium totalement vitré, (situé à mi-hauteur et qui fait le tour du bâtiment), ce qui est assez exceptionnel. Les vitraux de la cathédrale de Troyes sont considérés comme une œuvre majeure de la peinture sur verre en France. 

 

Les 20 verrières hautes de la nef forment un ensemble homogène. Elles ont été réalisées entre 1498 et 1505 par plusieurs peintres-verriers  dont le nom de certains sont connus (Pierre Maçon, Jean Verrat, Balthasar Godon, Lievin Varin et le cartonnier Nicolas Cordonnier). Parmi les 66 « verriers » recensés dans les archives entre 1470 et 1560, 37 peuvent être considérés comme des peintres verriers. Regroupés autour de la collégiale Saint- Urbain, ils travaillaient au sein de structures familiales et fondaient des dynasties, comme les Verrat ou les Macadré. Leur atelier était une petite structure dirigée par un peintre verrier qui n’employait qu’un ou deux serviteurs, selon ses moyens, comme on le voit à Paris et en Provence (D. Minois).

Selon le rédacteur de la notice de l'Inventaire, rédigée en 1999, "Leur iconographie répond à la seule volonté des multiples donateurs. Leur véritable lien provient plus de la technique que du style : les peintres-verriers ont mis l'accent sur la lisibilité des compositions (larges registres de scènes, mise en valeur des faits et gestes des personnages par la réduction du rôle de l'architecture et des arrières-plans, modelé très appuyé, absence de chef-d'oeuvre et de gravure sauf dans la baie 233). Certains aspects rappellent les vitraux du milieu du 13e siècle des parties hautes du choeur : la gamme colorée très vive avec barbes et cheveux en pleine couleur, la mise en plomb des yeux de certains personnages, les fonds de mosaïque. Si la Renaissance italienne ne s'y fait pas encore sentir, Jean Lafond reconnaît une influence venue de l'est dans la verrière de saint Pierre (notamment l'atelier strasbourgeois de Pierre d'Andlau). Pour Emile Mâle, la présence dans ces verrières d'une forte veine d'inspiration populaire évoque l'imagerie d'Epinal."

Au contraire, Danielle Minois (2003 ; 2005) souligne la cohérence de ces ensembles qui illustrent en un discours argumenté et savant l’histoire du salut. Seul un clergé cultivé a pu élaborer ces programmes ; il l’a donc imposé aux donateurs qui l’ont financé. Parce que « le choix des sujets des verrières posées dans les églises est un reflet de la vie intellectuelle et religieuse », elle signale en outre les réactions des commanditaires face à la Réforme à travers les thèmes choisis, surtout après 1550 : l’histoire de Daniel ou de Tobie, la légende de l’hostie profanée. Elle montre comment les mêmes thèmes peuvent changer de sens face à un climat de remise en cause de l’Église romaine. (L. Rivale)

Ces 20 verrières hautes de la nef se répartissent entre les baies du triforium (galerie à trois arcades entre chaque travée), qui portent les numéros 127 à 136, et, au dessus de celles-ci, les baies hautes homologues portant les numéros 227 à 236. Selon la numérotation internationale des vitraux, les baies nord portent un numéro impair et les baies sud un numéro pair.

Les baies 131 (triforium) et 231 occupent la troisième travée côté nord.

 

Nous avons donc ainsi :

 

a) du côté nord, depuis le transept vers le fond de la nef :

-baies 127 et 227 : Saints ; vie de saint Pierre.  réalisée en 1502, don d'Henri II de Lorraine Vaudémont, évêque de Metz ;

-baies 129 et 229 : Histoire de Tobie. 1500 ; don de Jean Fuestot l'Aîné (marchand et bourgeois de Troyes dans l'Aube) et de Denise Chappelain sa femme. Monogramme [du peintre verrier en tête de lancette de la baie 129].

-131 et 231 : Adoration des mages, et Histoire de Job. Don de Jeanne de Mesgrigny veuve de Jean Molé. 1501. Inscription et armoiries. Monogramme d'un verrier au tympan.

-133 et 233 : légende de saint Sébastien ; réalisée en 1501 par Lievin Varin, don de la confrérie de saint Sébastien ; un écu armorié d'Odard Hennequin mis en place en 1502-1503 par Jeancon Garnache et Nicolas Hulins a disparu.

- 135 et 235 : Légende de la Vraie Croix ; réalisées entre 1501 et 1502 par Jean Verrat, don de Claude Dorigny, veuve de Jean Péricard. Armoiries identifiées. Monogrammes. Très restaurées au XIXe.

b) du côté sud :

-baies 128 et 228 : Calvaire ; saints et saintes. 1499 ; peintre-verrier Balthazar Godon ; armoiries (identifiées) : Jean Huyard chanoine de la cathédrale, et Guillaume Huyard avocat du roi à Troyes 

-baies 130 et 230 : Arbre de Jessé. Verrière réalisée par Lievin Varin entre 1498 et 1499, don de Jean de Marisy et Guillemette Phélipe sa femme. En baie 230, toute la famille de Jean de Marisy et de Guillemette Phélipe (ses frères, ses 9 filles et belles-filles) est représentée au bas de cette verrière. Armoiries.

-baies 132 et 232 :  Annonciation et Nativité. Parabole du Fils Prodigue. Don de Guillaume Molé et Simone Boucherat , 1499.  Réalisée en 1499 peut-être par Pierre I maçon (inscription ne notant que son prénom). Armoiries identifiées, devise "en attendant", monogrammes [du verrier]

-baies 134 et 234 : Vie de Joseph (biblique) ; réalisée en 1499, don d'Agnès Bonjean, veuve de Jehan Thévenin (écuyer et notaire royal à Troyes) son mari . Armoiries identifiées et monogrammes en baie 134. Inscription mentionnant le commanditaire et la date en baie 234.

-baies 136 et 236 : Histoire du prophète Daniel ; réalisées en 1499 par Pierre Maçon, don de Jean Corart, marchand de Troyes et de Marguerite, sa femme (inscription) ; les vitraux du 15e siècle du triforium (baie 136) ont disparu et sont remplacés par des vitraux du 20e siècle sur le thème de l'histoire de Daniel.

 

 

 

 

 

.

.

 

Adoration des mages, baie n° 131 de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

Adoration des mages, baie n° 131 de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

.

.

I. LA BAIE 131 : L'ADORATION DES MAGES (1501).

.

Elle mesure 350 cm de haut et 600 cm de large, et est divisée en trois baies de deux lancettes trilobées sous un tympan à deux mouchettes et un soufflet. Les mages se dirigent vers la crèche  abritant Joseph, la Vierge et l'Enfant,  placée vers la droite et donc vers le chœur. Elle relève, comme le montrent les armoiries et devises, de la même donation que la baie sus-jacente 231, par Jehanne de Mesgrigny veuve de Jean Molé, , datée de 1500. Or on sait que la réalisation d'une verrière prend un an après la date de la donation.

.

Voir aussi :

https://www.eglisesduconfluent.fr/Pages/VIT-10Troyes-CathStPierreStPaul.php

https://www.eglisesduconfluent.fr/imagesAT/AT-Job/Job_10Troyes_CathedraleStPierreStPaul-Vitrail-Bg.jpg

https://www.pop.culture.gouv.fr/notice/memoire/IVR21_19891000307ZA

.

 

Adoration des mages, baie n° 131 de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

Adoration des mages, baie n° 131 de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

.

.

1. Les lancette A et B :   BALTHAZAR

Dans la lancette A, quatre seigneurs ou soldats au service des rois mages se succèdent ; trois portent des hallebardes , ils sont coiffés de bonnets à plumes et vêtus de tuniques sur des chausses ajustées vertes. Devant eux, un africain, portant des boucles d'or à ses oreilles et un collier d'or, présente une coupe en or qui doit contenir la myrrhe. 

Le roi ou mage BALTHASAR porte également des boucles d'oreilles en or (des maillons de chaîne) : par ce détail, l'artiste montre que Balthasar est, comme son valet, originaire d'Afrique, selon un code iconographique du XVe siècle qui s'affirme à la Renaissance (Dürer, Adoration, 1504) . Il est couronné, il tient un sceptre et est luxueusement vêtu ; on remarque notamment ses chausses à crevés, alors que la mode venue d'Italie ou des Lansquenets ne se généralisera que plus tardivement au XVIe siècle en France. 

.

Adoration des mages, baie n° 131 de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

Adoration des mages, baie n° 131 de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

Adoration des mages, baie n° 131 de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

Adoration des mages, baie n° 131 de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

Adoration des mages, baie n° 131 de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

Adoration des mages, baie n° 131 de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

.

.

Dans les lobes du triforium nous trouvons deux écus suspendus, l'un au monogramme du Christ IHS et l'autre aux armes des Molé, donateurs du vitrail, de gueules à deux étoiles d'or en chef et un croissant d'argent en pointe. Au dessus se lit dans une banderole la devise de cette famille "POVR MIEVX AVOIR".

On trouve cette expression comme deuxième partie de deux proverbes équivalents : "Endurer pour mieux avoir" et "savoir attendre pour mieux avoir". Mais ici, la suite du décor va nous révéler la devise complète : CVIDER DECOYT POUR MIEVX AVOIR.

"Cuider" signifie "tenir pour vrai, croire, penser". Le sens premier de "décevoir" est "tromper". Jean-Luc Liez l'interprète comme "penser ou croire, déçoit".

Charles Fichot est plus clair : "veut dire qu'on s'est souvent trompé dans ses espérances ; que trop de confiance nuit, qu'on se trompe par trop de présomption".

Les deux étoiles et le croissant de l'écu des Molé sont des pièces posées en chef d'œuvre. Ces deux meubles pourraient renvoyer à l'Islam (et à une source d'approvisionnement des étoffes ?).

Jeanne de Mesgrigny et son époux Jean de Molé, qui sont représentés en donateurs sur la baie 231, s'affichent donc comme donateurs également de cette baie 131.

.

 

Adoration des mages, baie n° 131 de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

Adoration des mages, baie n° 131 de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

.

.

 

 

 

2. Les lancettes C et D : MELCHIOR ; JASPART

Traditionnellement, Melchior est le roi le plus âgé et c'est lui qui est figuré agenouillé devant l'Enfant. Il y a ici une interversion, et Melchior, debout, soulève son chapeau coiffée de la couronne et avance la jambe pour saluer en présentant son vase (d'encens). Au dessus de lui, l'écu suspendu par un ruban porte le monogramme de Marie, un M surmonté du tilde.

Le roi suivant est dénommé JASPART. C'est là un indice important, car cette graphie se retrouve dans le Mystère de la Passion de Troyes qui fut joué à Troyes de 1482 à 1490 : les donateurs ont donc pu y assister. Le manuscrit en trois volumes et 23000 vers  est conservé à l'Hôtel de Ville, qui est l'ancien hôtel particulier de Jean Molé. Le texte qui était joué en quatre journées empruntait d'une part au Mystère du Vieil Testament ainsi qu'au Mystère de la Passion d'Arnoul Gréban. On sait qu'une des hypothèses d'Émile Mâle est de voir dans le théâtre une des sources de l'iconographie des monuments religieux.

Dans le texte d'Arnoul Gréban, le roi se nomme JASPAR. Il est le premier roi, devant MELCIOR et BALTAZAR le troisième. Les trois offrent "l'or, la mierre [myrrhe] et l'encens". Dans le texte de Troyes, chaque roi (JASPART, MELCÏOR et BALTHAZAR) sont accompagnés de leur "pages" Fleuriet, Friolet et Sadinet  : ce sont peut-être eux qui sont représentés ici en début de cortège. JASPART présente (vers 5470) l'or , Melcïor l'encens qui "montre divine intelligence" et BALTHAZAR la myrrhe "contraire à toute putréfaction" et qui donc, par sa pureté, atteste de "l'incarnation faicte sans virille semence".

.

Jaspart porte des cheveux blancs (et non gris comme Melchior) et une barbe blanche et longue. Il porte l'épée au côté gauche. Son chapeau couronné et rabattu sur la nuque. Ses genoux commencent à se fléchir pour s'agenouiller.

On admirera la graphie des trois noms en lettres gothiques jaunes aux fûts perlés.

L'écu placé au dessus de Jaspart est mi-parti, avec en 1 les armes de Molé, néanmoins affectées d'une bordure engrelée d'or indiquant que ce sont celles de Jean II Molé fils cadet de Guillaume Molé,  et en 2 l'association des armes d'argent au lion de sable   qui sont celles de Jeanne de Mesgrigny, et  de gueules au  chevron d'argent soutenant un oiseau d'or pour brisure.

Les armes de Jean Molé figurent sur son portrait , en enluminure de son Livre d'heures de 1485. (Voir aussi BnF fr 2598 f.131v). Jean II Molé est un bourgeois et bibliophile troyen, fils de Guillaume I Molé et Jeannette Lesguisé (sœur de l’évêque Jean Léguisé), et  frère de Guillaume II et de Jacquette Molé. Il fut échevin de Troyes en 1472, 1487 et 1491 avant de mourir en 1492 ou 1493. Voir ici

Sa mère Jeannette Lesguisé , fille  de Huet Léguisé, marchand drapier teinturier de Troyes annobli en 1431 et conseiller de Troyes, avait d'abord épousé vers 1414 Guyot I Le Peley (1390-1427)  changeur  forain et marchand troyen, bourgeois de Troyes , trésorier de la reine (1418-1419) et  maître de la monnaie de Troyes (1422-1425) . Leur fils Guyot II Le Peley (v1420-1489), demi-frère de Jean Molé, travailla en étroite collaboration  avec  lui, et avec Guillaume Molé II, notamment en armant des bateaux en Méditerranée. Ce Guyot II épousa Nicole Hennequin, et ce couple commanda des Livres d'Heures soit au Maître de Troyes (BnF NAL 3248) soit avec Jean Colombe (B.M. Troyes ms 3901).

Il serait intéressant de rechercher des liens éventuels entre ce vitrail et les enluminures du Livre d'heures de Jean Molé, réalisé par l'atelier de Guillaume Lambert en collaboration avec Jean Colombe, vers 1485 (Société des lettres, sciences et arts de l'Aveyron, Rodez, Ms.1), ou encore avec les autres enluminures de Guillaume Lambert réalisées pour Claude Molé.

 

La devise est CVIDER DECOYT  POUR MIEVLX AVOIR.

 

.

Portrait de Jean Molé dans son Livre d'Heures de 1485

.

Voir aussi : les Heures de Claude Molé fils de Jean II Paris, v.1500 par le maître du Triomphe de Pétrarque: Morgan Library New York Ms M.356 f.66r

Deux hommes Maures tiennent le blason de gueules à deux étoiles d'or en chef et un croissant d'argent en pointe (l'argent a noirci) à bordure engrelée d'or. Le heaume à lambrequins et coiffé d'un tortil  porte en guise de cimier une femme nue aux longs cheveux blonds-roux dont le phylactère indique : CVIDER DECOIT.

.

Heures de Claude Molé France, Paris, ca. 1500 Morgan Library MS M.356 fol. 66r

.

Dans le même manuscrit folio 59r, Claude Molé est présenté par son saint patron au dessus de la devise CVIDER DECOIT. La devise est citée seule, de façon indépendante  de celle de son père "Pour miueux avoir", et on la retrouve au folio 54v.

 

.

Heures de Claude Molé folio 59r

.

Heures de Claude Molé France, Paris, ca. 1500 MS M.356 fol. 54v. En marge inférieure, parchemin inscrit de la devise, CVIDER DECOIT, en lettres d'or sur fond bleu et rouge.

.

 

.

Adoration des mages, baie n° 131 de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

Adoration des mages, baie n° 131 de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

.

.

Lancette E et F. La Vierge, Joseph et l'Enfant Jésus.

Sous un abri ouvert formant crèche, et sur le même sol carrelé noir et blanc que les panneaux précédents, la Vierge, assise sur un bnac très large, présente Jésus aux mages : ce dernier tend les bras vers le vase offert. Au dessus d'eux est l'étoile (l'estoille du Mystère v.5327) qui a guidé les mages.

Le manteau  bleu de la Vierge est doublé d'une soie damassée rouge.

Sur l'autre lancette, saint Joseph s'appuie sur son bâton devant l'âne et le bœuf.

Au dessus de lui, nous retrouvons l'écu suspendu, mais cette fois-ci il est losangique, c'est donc celui d'une femme, Jeanne de Mesgrigny. Ce sont ses armes qui viennent en 1, accompagnées en 2 des armes  de gueules au  chevron d'argent soutenant un oiseau d'or, qui sont celles de Mesgrigny et aussi celles de Cochot seigneur de Villecerf (Troyes). Mais en fait les familles Cochot et Mesgrigny portaient alors les mêmes armes, la première en écartelé, la seconde en parti, ce qui indique communauté d'origine. 

.

 

 

 

 

Adoration des mages, baie n° 131 de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

Adoration des mages, baie n° 131 de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

Adoration des mages, baie n° 131 de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

Adoration des mages, baie n° 131 de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

.

.

II. LA BAIE 231 : L'HISTOIRE DE JOB (1501-1502).

.

PRÉSENTATION.

Cette verrière  mesure  10 m de haut et 6 mètres de large, elle comporte 6 lancettes réunies deux par deux sous un soufflet et un tympan à 9 ajours et écoinçons. Les lancettes sont organisées en deux registres.

Chaque registre est lui-même découpé en trois scènes sur deux lancettes : chacune des six scènes est donc formée de deux panneaux soulignés dans une fausse architecture par une accolade à pampres sous un entablement occupé par des putti et les blasons et devises des donateurs. Les têtes de lancettes  des six lancettes sont aussi occupées par ces putti et ces blasons. Soit au total quatre blasons et une devise 

Sur les six scènes, celle du bas à gauche est reservée aux donateurs. L'inscription qui se déroule tout au long du registre inférieur identifie le couple de donateurs représentés , il s'agit comme nous l'avons vu de Jeanne de Mesgrigny, veuve de Jean Molé et donatrice en 1500. 

Les cinq autres racontent l'histoire de Job.

Mais cette histoire débute au tympan, par trois scènes réparties sur trois mouchettes.

Le schéma du remarquable site églisesduconfluent.fr illustre clairement cela :

.

Site eglisesduconfluent.fr

 

.

 

 

Histoire de Job, baie n° 231 de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

Histoire de Job, baie n° 231 de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

 

 

 

Les deux lancettes de gauche, registre inférieur : L'inscription de donation. Les donateurs.

 

—Inscription : "Damoiselle Jehanne de Mesgrigny vesue de Jehan Mole en son vivant escuyé seigneur de Villy le Maréchal a donné cette verrière et fut faite en l'an mil cinq cent"

 

 

 

Histoire de Job, baie n° 231 de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

Histoire de Job, baie n° 231 de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

 

 

En 1500-1501, le maître-maçon de la cathédrale, Jehançon Garnache est payé  pour "avoir assis l'huis de fer de la verrière de la Moslée". Mais dès 1489 ce maçon avait commencé à tailler "les formettes (remplage?) où sera le verre" du triforium et il poursuivi la confection de ces formettes jusqu'en 1499 .

 

 

.

Inscription sur la partie supérieure de ce registre, lancettes C et F  : devise : CVIDER DECOYT / POUR MIEUX AVOIR

.

 

 

 

La famille Molé.

.

"La famille Molé est l'une des plus célèbres familles française de la noblesse parlementaire ; elle est originaire de la région de Troyes. L'ascension sociale de cette famille commence probablement à la fin du XIIIe siècle, et son histoire se termine au milieu du XIXe siècle, avec la mort de son dernier représentant mâle, Mathieu Molé. Héritière d'un prospère commerce de draps depuis le milieu du xve siècle, la famille s'est agrégée à la noblesse par charges parlementaires dès 1537 "

La famille apparaît dans l'histoire avec Jacquin Molé, habitant de Savières cité pour la première fois en 1294. Le fils de ce dernier, Garnier Molé, occupe un poste de censitaire toujours à Savières en 1304. En 1401, un certain Nicolas Molé (probablement né vers 1350) est cité comme sergent et mesureur du chapitre de Saint-Pierre à Troyes. Son fils, Jean Molé (né vers 1370), est connu comme bourgeois de Troyes et épouse Denise de Marcheville. Ils ont notamment Guillaume Molé (1405-1459), riche drapier  [époux de Jeanne Léguisé, soeur de l'évêque de Troyes, décédée en 1514)]. Leur fils aîné Guillaume épousera en 1467 Simone Boucherat.

Par son mariage avec Jeanne de Mesgrigny dame de Saint-Rémy, leur fils cadet Jean Molé (1435-1493) fait entrer la seigneurie de Villy-Maréchal dans la famille Molé. Il est lui aussi qualifié de marchand et bourgeois de Troyes. Il rend hommage au comte de Nevers pour son fief de Villy le 5 octobre 1487. Le couple laisse trois garçons et quatre filles, dont six resteront établis en Champagne. L'aîné, Claude Molé [qui épousa en 1480 Barbe Hennequin]  succède à son père et rend hommage pour Villy le 14 janvier 1529 ; il est le fondateur de la branche aîné qui s'éteint en 1678 à la mort du dernier seigneur de Villy, Pierre Molé.

C'est à cette époque que les Molé adoptent pour armoiries de gueules, à deux étoiles d'or en chef et au croissant d'argent en pointe. C'est le blason initial des Molé, notamment visible sur le portrait de Jean II Molé datant de 1485. Pour ce dernier, la bordure engrêlée indique que c'est le fils cadet de Guillaume Molé. Le nom de Molé pourrait venir du toponyme « mole », désignant en Champagne un tas ou une meule. Toutefois, les armoiries de la famille questionnent, avec la présence conjointe du croissant lunaire et de deux étoiles, deux symboles qui semblent évoquer l'islam. Durant la période de commerce drapier de la famille dans les grandes foires de Champagne, et tout comme les Cambefort, marchands qui étaient représentés à Troyes, Aurillac et au Puy-en-Velay, mais aussi à Montpellier. 

Le cadet de Jean Molé, Nicolas, est connu comme seigneur de Jusanvigny. Il devient surintendant de Champagne et s'établit ensuite à Paris, devenant conseiller à la cour des aides, puis conseiller au parlement de Paris en 1517. Il écartèle ses armes de celles des Mesrigny ou Mesgrigny (famille de sa mère). Il est marié trois fois : d'abord à Jeanne Hennequin, puis à Jeanne Charmille et enfin à Marie de La Grange-Trianon. Il décède en 1542. De son premier mariage il laisse Nicolas (1536-1586), conseiller du roi et intendant général des finances ; il fonde la branche des seigneurs de Jusanvigny, qui s'éteint par les mâles en 1658 avec Jean Molé. De son troisième mariage, il laisse Édouard (1540-1614), fondateur du rameau de Champlâtreux, qui s'éteint en 1872, avec la mort de Clotilde Molé, fille de Mathieu Molé, ministre de Louis-Philippe." (d'après Wikipédia)

 

.

Histoire de Job, baie n° 231 de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

Histoire de Job, baie n° 231 de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

.

.
La donatrice Jeanne de Mesgrigny présentée par son saint patron Jean l'évangéliste.

.

Saint Jean tient la palme, l'un de ses attributs rappelant son rôle lors de la Dormition de la Vierge, et la coupe de poison rappelant l'épreuve face à Simon le magicien : un serpent ou dragon ailé sort de la coupe.

Jeanne de Mesgrigny est agenouillée mains jointes devant son livre de prière à fermoir d'or et étoffe de transport ; elle est vêtu d'une robe violette à manches fourréeset à ceinture de tissu. Sa coiffe encadre le visage.

 

 Jeanne de Mesgrigny (née vers 1440 et décédée après le 18/02/1496), dame de Mesgrigny, Villy-Le-Maréchal, Assenay et Saint-Rémy-sous Barbuisse  épousa vers 1475 et avant le  05/10/1487 Jean Molé, écuyer, marchand Bourgeois-drapier à Troyes, seigneur de Villy , décédé  dès 12/10/1493 . La branche Jusanvigny de Molé  écartèle, depuis, ses armes avec celles de Mesgrigny.

L'hôtel particulier de Jeanne de Mesgrigny, du XIVe siècle,  devait être remarquable, puisqu'en 1494, le maire de Troyes l'acheta au nom de la ville : il deviendra l'hôtel de ville, avant de tomber en ruine .

.

La donatrice est dite "la Moslée" dans les livres de compte, et les seigneurs de Molé s' y orthographient parfois "Moslé". Mais c'est le nom générique de toute épouse Molé, sur ces livres de compte (1462 : "A la Molée pour l'achat d'ung tablier contenant six aulnes de Paris et de un aulnes à la mesure de Troies de large, garny de touaille de pareille longueur, pour porter à Rome, présenter et donner à Monseigneur le cardinal d'Avignon, pour recognoistre le plaisir et service qu'il avoit fait à l'église à cause du pardon général estant en icelle, pour ce paie xv escus d'or qui valent xx 1. xn s. vi d.")

Un Guillaume Moslé apparaît dans les comptes de la cathédrale de Troyes comme donateur de la verrière du Fils prodigue pour un réglement au verrier Pierre en 1498.

.

Au dessus de Jeanne de Mesgrigny sont figurés ses armes tenues par deux putti, dans un écu en losange, mi-parti Molé et de Mesgrigny comme en lancette D du triforium.

.

Histoire de Job, baie n° 231 de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

Histoire de Job, baie n° 231 de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

.

.
Le donateur Jean Molé présenté par son saint patron saint Jean-Baptiste.

.

Le saint tient l'agneau pascal tenant l'étendard de la résurrection, sur le livre.

Jean Molé est agenouillé mais jointes vêtu d'un manteau de même couleur violette que son épouse, et doublé de fourrure au col et aux manches, sur une robe ou pourpoint rouge vif.

.

Au dessus, deux putti tronqués sur une collerette bleue jouent l'un du luth, et l'autre un instrument à vent.

.

Histoire de Job, baie n° 231 de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

Histoire de Job, baie n° 231 de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

.

.

L'HISTOIRE DE JOB : LE TYMPAN.

.

Introduction.

L'histoire de Job est représentée par enluminures dès les initiales des manuscrits de Moralia in Job du XIIe siècle (*), ou sur des bibles moralisées du XIIIe siècle et en vitrail sur une baie D de la Sainte-Chapelle au XIIIe siècle. La base Mandragore propose 109 enluminures pour le XVe siècle, dont 63 pour Moralia in Job et 11 pour la Bible historiale de Guiard des Moulins. Mais la base POP propose 808 enluminures! L'histoire est aussi sculptée, comme au pilier central du portail des Calendes de la cathédrale de Rouen ( fin XIIe-début XIVe). L'histoire donne lieu à une verrière à l'église Saint-Patrice de Rouen, baie 20 (XVIe siècle).

(*) Moralia in Job, ou "Morales sur Job", de Grégoire le Grand, pape en 590, fut l'un des textes les plus lus et copiés au Moyen-Âge.

On notera enfin, en relation avec la réflexion sur les rapports entre théâtre religieux et verrières développée à propos de l'Adoration des mages du triforium, que l'histoire de Job donnait lieu à des Mystères, comme à Rouen en 1556 (in Petit de Julleville). Un Mystère de la patience de Job fut écrit vers 1450.  Jean Lafond mentionne  "un Mystère de Job à quarante-neuf personnages, dont on possède un manuscrit copié en 1478 (Bibl. nat., ms.fr. 1774) et plusieurs éditions imprimées à Paris, à Lyon, à Troyes (Nicolas Oudot 1613 et 1621) et à Rouen aux XVIe et XVIIe siècles."  Ce Mystère de Job, à quarante-neuf personnages, fut imprimé à Rouen en 1604 par Romain de Beauvais. Voir BnF Français 1774 une copie datée de 1478 provenant de la bibliothèque d'Anet en 1724.

.

Job devant ses "amis", Bible moralisée Vienne ÖNB 1179 f.159v. Elle a été achevée avant 1223, car elle était celle de Louis VIII,

.

Le Christ et Job sur son fumier Bodleian Library Bodl 270b f.223v, XIIIe siècle

.

Dans les Bibles moralisées, la page est découpée en deux colonnes de plusieurs vignettes et le texte biblique est accompagnée de textes et d'enluminures sur la signification morale du récit.  Voir ainsi le BnF français 166 f. 102v à 113ra du XVe siècle. On y retrouve les thèmes repris par la verrière de Troyes, mais aussi des illustrations des discours des amis. On compte, tel un roman graphique, 116 vignettes, dont la moitié illustrant le Livre de Job et l'autre moitié les mises en relation à la vie du Christ ou des scènes moralisatrices.

.

BnF fr 166 f.103 Gallica

.

Bible moralisée du XVe siècle, BnF fr 166 f. 104v, Gallica

 

.

Bible moralisée BnF fr 166 f.104v, Job affligé par Satan.

.

BnF fr 166 f. 105r

.

On comparera les dernières enluminures au registre inférieur de la verrière : le texte francais, proche du texte biblique, dit : "Nostre seigneur adiousta à Job plus de biens au double qu'il navait en devant , quatorze mille brebis, six mille chameus, mille couple de bœufs et mille anesse, sept fils et  sept filles. Job donna à ses filles héritage au milieu de leurs frères et [vec plus] des douleurs en grande prospérité".

.

Bible moralisée BnF fr166 f.113a, Job retrouve ses biens et ses enfants.

.

 

 

Bien-sûr, les illustrations de la verrière ne peuvent rendre compte des débats théologiques tentant de justifier le sort du pauvre Job : ils montrent les évènements initiaux et finaux du Livre.

.

Job 1 :1-6 :

"Il y avait dans le pays d'Uts un homme qui s'appelait Job. Et cet homme était intègre et droit; il craignait Dieu, et se détournait du mal. Il lui naquit sept fils et trois filles. Il possédait sept mille brebis, trois mille chameaux, cinq cents paires de boeufs, cinq cents ânesses, et un très grand nombre de serviteurs. Et cet homme était le plus considérable de tous les fils de l'Orient. Ses fils allaient les uns chez les autres et donnaient tour à tour un festin, et ils invitaient leurs trois soeurs à manger et à boire avec eux. Et quand les jours de festin étaient passés, Job appelait et sanctifiait ses fils, puis il se levait de bon matin et offrait pour chacun d'eux un holocauste; car Job disait: Peut-être mes fils ont-ils péché et ont-ils offensé Dieu dans leur coeur. C'est ainsi que Job avait coutume d'agir.  Or, les fils de Dieu vinrent un jour se présenter devant l'Éternel, et Satan vint aussi au milieu d'eux."

.

Histoire de Job, baie n° 231 de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

Histoire de Job, baie n° 231 de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

.

.

1. Dieu le Père autorise Satan à mettre Job à l'épreuve.

.

.

 

Texte : Job 1:7-12 :

"L'Éternel dit à Satan: D'où viens-tu? Et Satan répondit à l'Éternel: De parcourir la terre et de m'y promener. L'Éternel dit à Satan: As-tu remarqué mon serviteur Job? Il n'y a personne comme lui sur la terre; c'est un homme intègre et droit, craignant Dieu, et se détournant du mal.  Et Satan répondit à l'Éternel: Est-ce d'une manière désintéressée que Job craint Dieu?  Ne l'as-tu pas protégé, lui, sa maison, et tout ce qui est à lui? Tu as béni l'oeuvre de ses mains, et ses troupeaux couvrent le pays.  Mais étends ta main, touche à tout ce qui lui appartient, et je suis sûr qu'il te maudit en face.  L'Éternel dit à Satan: Voici, tout ce qui lui appartient, je te le livre; seulement, ne porte pas la main sur lui. Et Satan se retira de devant la face de l'Éternel."

 

 

.

Description.

Dieu est représenté en majesté dans une nuée, assis, bénissant, coiffé de la tiare et portant l'orbe.

Satan, gris-bleu sur fond rouge,  est allongé à ses pieds, cornus et griffu, avec une queue verte de serpent. Il tient une sorte de fléau articulé (que nous retrouverons plus bas).

.

 

Histoire de Job, baie n° 231 de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

Histoire de Job, baie n° 231 de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

.

.

2. Satan s'en prend  à Job.

.

Texte 

" Un jour que les fils et les filles de Job mangeaient et buvaient du vin dans la maison de leur frère aîné, il arriva auprès de Job un messager qui dit: Les boeufs labouraient et les ânesses paissaient à côté d'eux; des Sabéens se sont jetés dessus, les ont enlevés, et ont passé les serviteurs au fil de l'épée. Et je me suis échappé moi seul, pour t'en apporter la nouvelle.

 Il parlait encore, lorsqu'un autre vint et dit: Le feu de Dieu est tombé du ciel, a embrasé les brebis et les serviteurs, et les a consumés. Et je me suis échappé moi seul, pour t'en apporter la nouvelle. Il parlait encore, lorsqu'un autre vint et dit: Des Chaldéens, formés en trois bandes, se sont jetés sur les chameaux, les ont enlevés, et ont passé les serviteurs au fil de l'épée. Et je me suis échappé moi seul, pour t'en apporter la nouvelle. Il parlait encore, lorsqu'un autre vint et dit:

Tes fils et tes filles mangeaient et buvaient du vin dans la maison de leur frère aîné; et voici, un grand vent est venu de l'autre côté du désert, et a frappé contre les quatre coins de la maison; elle s'est écroulée sur les jeunes gens, et ils sont morts. Et je me suis échappé moi seul, pour t'en apporter la nouvelle.

 Alors Job se leva, déchira son manteau, et se rasa la tête; puis, se jetant par terre, il se prosterna, et dit: Je suis sorti nu du sein de ma mère, et nu je retournerai dans le sein de la terre. L'Éternel a donné, et l'Éternel a ôté; que le nom de l'Éternel soit béni!  En tout cela, Job ne pécha point et n'attribua rien d'injuste à Dieu."

.

Description.

Satan, en diable rouge, frappe avec un marteau sur le toit de la maison des fils de Job : celle-ci s'écroule et tue les trois fils et les filles de Job, qui étaient attablés.

.

Histoire de Job, baie n° 231 de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

Histoire de Job, baie n° 231 de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

.

.

Les monogrammes du peintre-verrier.

Dans les écoinçons, deux monogrammes proche de "quatre de chiffre" sont sans doute les marques de verriers. D'autres monogrammes, différents mais proches, se retrouvent soit sur un écu du tympan de la verrière n°232, offerte par Guillaumme Molé, soit sur les baies 129, 231, 235, 232 et 134 .

On distingue sur ces monogrammes un V à l'extrémité d'une tige doublement barrée pouvant évoquer une clef.

Voir l'exemple relevé par Emile Alé  à Cravan (Yonne) — à 100 km au sud de Troyes— daté de la fin du XVe siècle et où on retrouve cette forme générale de clef :

.

.

Voir aussi le vitrail de 1503 de la cathédrale de Toul, selon V. Lamarque.

Voir le monogramme VB du verrier Valentin Bousch à Saint-Nicolas-le-Port (bas-côté nord, vers 1514) ou à la cathédrale de Metz

.

.

Histoire de Job, baie n° 231 de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

Histoire de Job, baie n° 231 de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

.

.

3. Satan s'en prend  aux troupeaux de Job.

.

Trois soldats (les Sabéens ou des Chaldéens) armés de hallebardes et de piques capturent les bœufs les  chameaux, les brebis, et les ânesses  de Job.

On remarque les mêmes marques en quatre de chiffre.

.

Histoire de Job, baie n° 231 de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

Histoire de Job, baie n° 231 de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

.

.

3b. Les serviteurs annonçant à Job (au centre) les désatres. Job déchire ses vêtements.

.

Rappel : Trois serviteurs armés de piques viennent alors annoncer à Job les catastrophes. Job se lève, déchire ses vêtements, et tombe à terre disant « Nu je suis sorti du ventre de ma mère, et nu je retournerai dans le sein de la terre. Le Seigneur a donné, le Seigneur a repris, loué soit le Nom du Seigneur »

 

.

Histoire de Job, baie n° 231 de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

Histoire de Job, baie n° 231 de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

.

.

.

Le registre supérieur.

.

 

 

Histoire de Job, baie n° 231 de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

Histoire de Job, baie n° 231 de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

.

.

4. Satan face à Job sur son tas de fumier.

.

Texte Job 2 :1-8

"Or, les fils de Dieu vinrent un jour se présenter devant l'Éternel, et Satan vint aussi au milieu d'eux se présenter devant l'Éternel. L'Éternel dit à Satan: D'où viens-tu? Et Satan répondit à l'Éternel: De parcourir la terre et de m'y promener. L'Éternel dit à Satan: As-tu remarqué mon serviteur Job? Il n'y a personne comme lui sur la terre; c'est un homme intègre et droit, craignant Dieu, et se détournant du mal. Il demeure ferme dans son intégrité, et tu m'excites à le perdre sans motif. Et Satan répondit à l'Éternel: Peau pour peau! tout ce que possède un homme, il le donne pour sa vie. Mais étends ta main, touche à ses os et à sa chair, et je suis sûr qu'il te maudit en face.  L'Éternel dit à Satan: Voici, je te le livre: seulement, épargne sa vie.  Et Satan se retira de devant la face de l'Éternel. Puis il frappa Job d'un ulcère malin, depuis la plante du pied jusqu'au sommet de la tête. Et Job prit un tesson pour se gratter et s'assit sur la cendre."

.

.

Description.

Inscription : JOB / SATAN.

Têtes de lancettes :  putti tenant un cordon à gland de passementerie / Putto tenant les armes mi-parti Molé/ Mesgrigny.

Job est assis nu, marqué par des ulcérations,  sur son tas de fumier devant les remparts d'une ville, tandis qu'un diable lève sur lui un bâton articulé auquel est suspendu un filet plein d'immondices ou d'objets non identifiables. Ce Satan aux ailes de chiroptère tire une langue rouge, il est doté d'une bouche grimaçante sur le ventre et ses yeux sont jaunes.

L'épouse de Job sort à la porte de la ville et lève les bras. Ce qui correspond au texte biblique : "Sa femme lui dit: Tu demeures ferme dans ton intégrité! Maudis Dieu, et meurs! Mais Job lui répondit: Tu parles comme une femme insensée. Quoi! nous recevons de Dieu le bien, et nous ne recevrions pas aussi le mal! En tout cela Job ne pécha point par ses lèvres."

.

Histoire de Job, baie n° 231 de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

Histoire de Job, baie n° 231 de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

.

.

Tête de ces lancettes : un putti tenant un cordon à fleurette ; le blason losangique (féminin) de Jeanne de Mesgrigny, dont la bande blanche est gravée sur le verre rouge ; la ceinture Espérance.

.

La ceinture, dégrafée, n'est pas la sangle du blason, ou   un accessoire vestimentaire égaré, mais elle évoque un emblème, la ceinture Espérance , notamment propre aux Bourbons à Chapigny-sur-Veude.

.

Histoire de Job, baie n° 231 de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

Histoire de Job, baie n° 231 de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

.

.

5.  Job est accablé par son épouse et ses amis qui lui demandent de se repentir pour ses péchés .

.

Rappel : La femme de Job l'incite à maudire Dieu et mourir, mais Job « ne pécha point par ses lèvres ». Dans la traduction française, sa femme dit : « maudis Dieu et meurs », mais dans le texte hébreu il est écrit « bénis Dieu et meurs ».

 Informés de son infortune, trois amis de Job, Éliphaz de Teman, Bildad de Schuach, et Tsophar de Naama, se rendent chez lui pour le plaindre et le consoler. Les malheurs de leur ami, qu'ils ne reconnaissent pas, leur font prendre le deuil et ils passent sept jours près de lui sans parler, avant que Job ne prenne la parole. Les chapitres 3 à 31 rapportent une série de discussions entre Job et trois amis Éliphaz, Bildad et Tsophar. Ils émettent et soutiennent l'idée que Dieu étant juste, quiconque connaît un sort aussi peu enviable que celui de Job est nécessairement puni pour avoir désobéi à la loi divine. À mesure que progresse le poème, leurs réprimandes se font de plus en plus insistantes sur son refus de confesser ses péchés, bien qu'eux-mêmes soient en peine de les déterminer. Ils continuent à estimer que Job est un pécheur méritant sa punition, et supposent, selon une théologie simpliste, que Dieu récompense le bien et punit le mal sans aucune exception. D'après eux, Dieu ne pourrait pas autoriser la souffrance pour une autre raison que la rétribution.

Job, convaincu de son innocence, maintient que ses souffrances ne pourraient être dues à ses péchés, et qu'il n'y a donc pas de raison que Dieu le punisse. Il refuse cependant et refusera obstinément de maudire Son Nom.

 Les chapitres 32–37 contiennent les discours d'Élihou, un quatrième ami, qui condamne Job pour des raisons autres que celles des trois premiers amis.

Elihou, dont le nom signifie « Il est mon Dieu », tient la voie de la médiation, maintenant la souveraineté, la justice de la miséricorde divine. Il condamne fortement l'approche des trois amis, tout en reprochant à Job de présenter sous un faux jour la justice de Dieu, et de discréditer Son caractère aimant.

Elihou dit qu'il prend la parole en dernier du fait de son jeune âge, mais ajoute que l'âge ne fait pas de différence en matière de compréhension et de sagesse. Son discours, « prophétique » ou tout au moins inspiré, décrit le pouvoir de Dieu, la rédemption et la justice absolue de toutes ses actions. Dieu est puissant, et juste en même temps, prompt à avertir et pardonner.

Outre son discours et son ton distinctif, Elihou ne sera pas blâmé par Dieu à la fin de l'histoire, alors que les trois amis le seront. Par ailleurs, Job ne répond ni aux invectives d'Elihou ni à ses révélations de la manière dont Dieu le traite. (Wikipédia)


.

Inscription : JOB / LA FE[M]ME JOB.

 

Job est agenouillé nu sur la paille de son fumier, devant les remparts d'une ville. Sa femme pointe un index accusateur vers lui. Elle porte à sa ceinture une pomme de senteur au bout d'une chaîne. Près d'elle les trois amis de Job, dont l'un se protège par sa manche de la puanteur de Job .

.

Tête de lancette : putti tenant un cordon à gland de passementerie / Putto tenant les armes pleines des Molé de gueules, à deux étoiles d'or en chef et au croissant d'argent en pointe.  Pour réaliser ces détails, il a fallu utiliser la technique du verre rouge doublé et gravé.

.

Histoire de Job, baie n° 231 de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

Histoire de Job, baie n° 231 de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

 

 

.

.

6.  Job défend sa cause devant ses "amis".

.

Devant les remparts d'une ville (Jérusalem), Job, agenouillé nu  sur la paille du fumier, se cache le bas-ventre tout en protestant de sa cause face à ses trois amis dont la gestuelle illustre leur rôle de donneurs de pieux conseils. Ils portent chacun des détails vestimentaires (chapeau conique, aumonière, franges des galons de la tunique), les attributs alors codifiés des Juifs.

Aux chapitres 3 et 6-7, Job maudit le jour de sa naissance, se plaint, et se révolte contre l'injustice de son sort. Eliphaz l'exhorte à se tourner vers Dieu.

Bildad lui conseille de remettre en cause la solidité de sa foi. Au chapitre 9, Job proclame son innocence mais célèbre la grandeur de Dieu, dont la justice est impénétrable : "Il commande au soleil, et le soleil ne paraît pas; Il met un sceau sur les étoiles. Seul, il étend les cieux, Il marche sur les hauteurs de la mer. Il a créé la Grande Ourse, l'Orion et les Pléiades, Et les étoiles des régions australes. Il fait des choses grandes et insondables, Des merveilles sans nombre. Voici, il passe près de moi, et je ne le vois pas, Il s'en va, et je ne l'aperçois pas. S'il enlève, qui s'y opposera? Qui lui dira: Que fais-tu? Dieu ne retire point sa colère; Sous lui s'inclinent les appuis de l'orgueil. Et moi, comment lui répondre? Quelles paroles choisir? Quand je serais juste, je ne répondrais pas; Je ne puis qu'implorer mon juge."  Il lui semble vain d'argumenter sa cause.

 

Tsophar reprend la parole et l'accuse d'iniquité, remettant en cause son innocence.

Job refuse de se justifier devant ses pairs : "Ce que vous savez, je le sais aussi, Je ne vous suis point inférieur. Mais je veux parler au Tout Puissant, Je veux plaider ma cause devant Dieu."

Un quatrième ami, absent de ce panneau, Elihu, s'enflamme de colère "parce que Job se disait juste" (Job 32)

 

.

Plusieurs verres sont gravés, notamment le verre rouge de l'aumônière avec sa pièce jaune gravée et peinte au jaune d'argent.

.

 

Histoire de Job, baie n° 231 de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

Histoire de Job, baie n° 231 de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

.

.

Registre inférieur.

.

7.  Après les épreuves, Job retrouve ses troupeaux et ses serviteurs.

.

Rappel : 

Rappel : Les chapitres 38 à 42 forment la conclusion du Livre, assurant Job qu'il avait fait les bons choix dès le départ. Ce Livre se termine par un discours de l’Éternel :

"Qui est celui qui obscurcit mes desseins par des discours sans intelligence? Ceins tes reins comme un vaillant homme; Je t'interrogerai, et tu m'instruiras. Où étais-tu quand je fondais la terre? Dis-le, si tu as de l'intelligence. Qui en a fixé les dimensions, le sais-tu? Ou qui a étendu sur elle le cordeau? Sur quoi ses bases sont-elles appuyées? Ou qui en a posé la pierre angulaire, Alors que les étoiles du matin éclataient en chants d'allégresse, Et que tous les fils de Dieu poussaient des cris de joie? Qui a fermé la mer avec des portes, Quand elle s'élança du sein maternel; Quand je fis de la nuée son vêtement, Et de l'obscurité ses langes" ...etc

Et Dieu ne manque pas d'humour pour souligner l'ignorance de Job, et l'étendue de sapropre puissance :

"Prendras-tu le crocodile à l'hameçon? Saisiras-tu sa langue avec une corde? Mettras-tu un jonc dans ses narines? Lui perceras-tu la mâchoire avec un crochet? Te pressera-t-il de supplication? Te parlera-t-il d'une voix douce? Fera-t-il une alliance avec toi, pour devenir à toujours ton esclave? Joueras-tu avec lui comme avec un oiseau? L'attacheras-tu pour amuser tes jeunes filles? Les pêcheurs en trafiquent-ils? Le partagent-ils entre les marchands? Couvriras-tu sa peau de dards, et sa tête de harpons? Dresse ta main contre lui, et tu ne t'aviseras plus de l'attaquer. Voici, on est trompé dans son attente; à son seul aspect n'est-on pas terrassé? Nul n'est assez hardi pour l'exciter; qui donc me résisterait en face?"

Dans le dénouement, Dieu condamne les amis de Job pour leur insistance à parler de manière erronée des motifs et méthodes de Dieu, leur prescrit de réaliser d'énormes sacrifices animaux et instruit Job de prier pour leur pardon. (Wikipédia)

.

Inscription JOB.

En haut : devise CUIDER DECOYT présentée par deux putti. À droite, deux créatures hybrides tiennent un nœud de branchage.

Les serviteurs présentent à Job, vêtu d'une robe écarlate fourrée d'hermine, un agneau, un âne, un taureau et un récipient en or.

La bouche de Job serait (D. Minois) une pièce montée en chef-d'œuvre.

.

 

 

 

.

Histoire de Job, baie n° 231 de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

Histoire de Job, baie n° 231 de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

.

.

8.  Après les épreuves, Job retrouve sa famille.

.

Inscription : JOB / LA FE[M]ME JOB.

En haut : deux angelots jouant du luth. Banderole présentée par deux putti : POUR AVOIR MIEULX.

Job, richement vêtu et coiffé d'un bonnet conique à turban, se tient parmi quatre de ses serviteurs, un de ses fils à ses pieds. Il tend la main pour bénir une de ses filles.
La femme de Job, coiffée d'un turban, pose la main sur la tête de sa fille. Derrière elle se tiennent deux femmes et un homme à large chapeau rouge.

.

.

Histoire de Job, baie n° 231 de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

Histoire de Job, baie n° 231 de la cathédrale de Troyes. Photographie lavieb-aile.

.

.

SOURCES ET LIENS.

— BALCON-BERRY  (Sylvie) 1999. "Les verrières hautes du choeur de la cathédrale de Troyes." Paris 4, 1999. http://www.theses.fr/1999PA040008.

Les vitraux légendaires du haut-choeur de la cathédrale de Troyes (XIIIe siècle) occupent les fenêtres supérieures ainsi que celles du triforium. Si ceux des ouvertures sommitales ont peu souffert, ceux du niveau médian ont été très perturbés au cours du XVIIIe siècle, puis restaurés au XIXe siècle. L'ensemble glorifie la cathédrale de Troyes et, par la même, le diocèse, à travers l'évocation des saints et des grands évêques troyens. L'emplacement des oeuvres répond à des besoins liturgiques et le choix de certains sujets s'explique par la volonté de pallier le manque de façade occidentale, réalisée au XVIe siècle. Ces oeuvres sont le fruit de deux ateliers. Le premier travaille déjà sur les verrières les plus occidentales avant l'ouragan de 1228 ayant entraîné l'effondrement du choeur primitif. Le second atelier intervient autour de 1235. Le triforium, non vitré avant 1228, est décoré par les deux groupes d'artistes qui travaillent concurremment à ce projet. Les derniers vitraux sont posés vers 1240.

https://www.persee.fr/doc/bulmo_0007-473x_1975_num_133_1_5443

— CHRISTE (Yves), 2004, "L'histoire de Job dans les bibles moralisées et la Sainte-Chapelle". Cahiers de Civilisation Médiévale  Année 2004  47-186  pp. 113-126.

https://www.persee.fr/doc/ccmed_0007-9731_2004_num_47_186_2877

— COFFINET (Abbé Jean-Baptiste), 1858,Les peintres-verriers de Troyes pendant trois siècles depuis 1375 jusqu'à 1690 "Peintres-verriers. Nomenclature des peintres-verriers de Troyes depuis 1375 jusqu'à 1690". Annales archéologiques, 1858, t. 18, p. 212-224.

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9693408c/f153.item

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9693408c/f252.item

 

—  JUBAINVILLE (Henri d'Arbois de), 1862, "Documents relatifs aux travaux de construction faits à la cathédrale de Troyes pendant les XIIIe, XIVe et XVe siècles" [second article].Bibliothèque de l'École des chartes  Année 1862  23  pp. 393-423

https://www.persee.fr/doc/bec_0373-6237_1862_num_23_1_461956

 

— LAFOND (Jean) 1955 1957, "Les vitraux de la cathédrale Saint-Pierre de Troyes". In Société française d'archéologie, éd. Congrès archéologique de France : 113e session, Troyes, 1955. Orléans ; Nogent-le-Rotrou, 1957, p. 29-62.

— LEDIT (Charles-J. Abbé) 1948,  Les Hautes verrières de la cathédrale de Troyes, préfacées par S. E. Mgr Julien Le Couedic,.

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k3339359k.texteImage?lang=FR

‎Tetraktys, 1972, in-8 br. (17 x 22), 107 p., illustrations n. et b. et coul., un plan,  ‎

— LIEZ (Jean-Luc), 2022, "Regard(s) sur l’héraldique à Troyes au XVIe siècle". ffhal-03940420f

https://hal.science/hal-03940420/document

—MICHON (Louis-Marie) 1941, Un livre de raison de la famille Molé Bibliothèque de l'École des chartes  Année 1941  102  pp. 306-312

https://www.persee.fr/doc/bec_0373-6237_1941_num_102_1_449250

— MINOIS (Danielle), 2005 Le vitrail à Troyes : les chantiers et les hommes (1480-1560) .Sorbonne Université presses Corpus vitrearum France Etudes VI, 1 vol. (475 p.-XXIV p. de pl.) : ill. en noir et en coul., jaquette ill. en coul. ; 33 cm

https://www.persee.fr/doc/bulmo_0007-473x_2008_num_166_1_2453_t14_0085_0000_1

La verrière ne présente pas d'unité iconographique : l'adoration des mages, au triforium, et l'histoire de Job, thème issu de l'ancien testament dans les lancettes et le tympan de la baie haute. Les textes n'associent aucun peintre verrier à la verrière. On note la présence de montures en chef d'oeuvre : la bouche de Job au milieu de sa barbe

— MINOIS (Danielle), 2003, thèse d'histoire de l'art Paris IV sous la direction de Fabienne Joubert et Michel Hérald,  La peinture sur verre à Troyes à la fin du Moyen Age

 

"Troyes est un centre artistique brillant à la fin du Moyen Âge. Les chantiers sont nombreux. Les édifices religieux s'ornent de vitraux. Quels en sont les commanditaires ? les auteurs ? D'après l'enquête menée à partir des Archives et des vitraux, les donateurs, ecclésiastiques et riches bourgeois, ouverts à la nouveauté, restent attachés à la tradition. Le rôle de l'Eglise est prépondérant pour l'iconographie. Sur les cinquante et un verriers recensés, vingt trois peuvent être dits peintres verriers. Leurs travaux sont en général intégrés aux chantiers. Probablement dépourvus de statuts, leurs ateliers sont de petites structures. Lors de demandes importantes, ils s'associent. Ils travaillent aussi dans de nombreuses églises de Champagne méridionale. Reproduction de verrières, fonctionnement en association, absence de propriété des œuvres et existence de réseaux de donateurs permettent d'interpréter l'homogénéité apparente des verrières. La notion d'Ecole troyenne de peinture sur verre est confirmée et précisée."

—PASTAN (Élisabeth C.  BALCON (Sylvie), 2006,  Les vitraux du chœur de la cathédrale de Troyes (xiiie siècle), Paris, Cths, coll. « Corpus vitrearum - France II », 2006, 539 p.

https://www.persee.fr/doc/bulmo_0007-473x_2010_num_168_3_7592_t19_0308_0000_1

— RIVIALE (Laurence),  "Danielle Minois, Le vitrail à Troyes : les chantiers et les hommes (1480-1560). Paris, P.U.P.S., 2005, 475 p. (Corpus vitrearum France, études VI)." In: Bulletin Monumental, tome 166, n°1, année 2008. La galerie à Paris (XIVe-XVIIe siècle) pp. 85-86.

https://www.persee.fr/doc/bulmo_0007-473x_2008_num_166_1_2453_t14_0085_0000_1

"Grâce à ce travail, il est possible de connaître l’iconographie des verrières originelles, la date exacte de leur pose et le nom de leurs donateurs. À travers l’analyse des archives, se déroulent à nouveau pour nous les chantiers de la cathédrale de Troyes et de douze églises troyennes : les baies se construisent, sont provisoirement bouchées de pans de bois et torchis, puis garnies de remplages, comblés de pieux de saule et de roseaux liés à l’osier, et enfin vitrés. La donation est faite au plus tard 18 mois après la pose du remplage ; celle de la verrière a lieu dans l’année qui suit la donation.

Un premier constat concernant l’origine et les conditions de la commande est l’essor de la production après la guerre de Cent ans et l’incendie de la ville en 1524. Entre guerre étrangère et guerres de religion, une période relativement prospère favorise la donation ; mais s’agit-il, comme le pense l’auteur, d’un « mécénat » « artistique » ? Le haut clergé troyen, très cultivé, en phase avec l’humanisme et à l’écoute critique de la Réforme, est à l’origine des idées dominantes reflétées dans les programmes iconographiques, car, d’autres études l’ont montré, le donateur, sauf exception, n’est qu’un payeur. Les commanditaires élaborent avec des théologiens les programmes iconographiques ; le choix du sujet permet donc de déterminer le degré de liberté du donateur : si les sujets rares ou difficiles ne peuvent qu’être imposés par le clergé, les thèmes hagiographiques peuvent témoigner du désir des particuliers de satisfaire leur dévotion à leur saint patron.

Selon le Recensement (vol. IV, 1992), l’absence de lien entre les thèmes des verrières témoigne d’une indifférence à une quelconque harmonisation : avec une profonde intelligence de la pensée chrétienne, l’auteur souligne au contraire la cohérence de ces ensembles qui illustrent en un discours argumenté et savant l’histoire du salut. Seul un clergé cultivé a pu élaborer ces programmes ; il l’a donc imposé aux donateurs qui l’ont financé. Parce que « le choix des sujets des verrières posées dans les églises est un reflet de la vie intellectuelle et religieuse », D. Minois signale en outre les réactions des commanditaires face à la Réforme à travers les thèmes choisis, surtout après 1550 : l’histoire de Daniel ou de Tobie, la légende de l’hostie profanée. Elle montre comment les mêmes thèmes peuvent changer de sens face à un climat de remise en cause de l’Église romaine.

Parmi les 66 « verriers » recensés dans les archives entre 1470 et 1560, 37 peuvent être considérés comme des peintres verriers. Regroupés autour de la collégiale Saint- Urbain, ils travaillent au sein de structures familiales et fondent des dynasties, comme les Verrat ou les Macadré. Leur atelier est une petite structure dirigée par un peintre verrier qui n’emploie qu’un ou deux serviteurs, selon ses moyens, comme on le voit à Paris et en Provence. Est ici mise en évidence, en réponse à une forte demande, la formation en associations, ponctuelles ou non, phénomène dont le dynamisme se ralentit après 1530 et dont l’exemple type est le travail en commun de Balthazar Godon, Jean Verrat et Lyevin Varin pour la cathédrale de Sens. Le recours à la soustraitance est également attesté. En Champagne méridionale comme en Provence ou en Normandie, l’exercice du métier est libre : au contraire de l’exemple parisien, aucune structure corporative ne protège la profession de peintre verrier. Certains verriers sont aussi peintres, comme Jean I Macadré, ou sculpteurs, comme Nicolas Cordonnier. L’analyse montre, en Champagne comme en Provence, qu’autorégulation du métier et surveillance mutuelle se substituent aux structures juridiques. Un apport fondamental du livre de D. Minois est la remise en cause des schémas de pensée antérieurs qui paralysaient la recherche. Émile Mâle exposait en 1911 sa théorie d’une École champenoise dont les foyers se trouvaient selon lui à Troyes, Sens et Châlons-sur- Marne, et dont la source était à chercher dans les baies hautes de la nef de la cathédrale et à Sainte-Madeleine de Troyes ; selon lui, toutes les verrières de l’Aube avaient été réalisées à Troyes. Pour P. Biver dès 1908, « l’École troyenne de peinture sur verre », attestée par les remplois de cartons et de pochoirs de damas, dépassait les limites du diocèse de Troyes. Concluant à une production d’origine troyenne quasi industrielle, Biver imagina des structures de production semblables à celles du XIXe siècle : un maître, inventeur des compositions, secondé par des compagnons chargés de les multiplier, et un atelier s’assurant l’exclusivité des pochoirs, d’où, croyait-il, une identification à coup sûr. J. Lafond, reprenant ce modèle, attribuait l’homogénéité de style des vitraux de la fin du XVe à la fin du XVIe siècle à l’influence déterminante d’un peintre à forte personnalité artistique, venu de Lorraine ou de Souabe, dont il décelait la main dans les baies hautes de la nef de la cathédrale de Troyes. Le caractère varié des remplois contredit le principe d’une reproduction systématique ; la notion de production industrielle fut donc plus tard refusée par N. Hany. Le Recensement (vol. IV) ne remettait cependant pas en cause le modèle Biver.

La démarche de D. Minois a été d’écarter dès l’abord cette notion d’École troyenne telle qu’elle était définie. Pour P. Biver, tous les vitraux de Champagne réalisés sur des patrons identiques étaient troyens. S’appuyant sur les travaux de M. Hérold (1990-1993), D. Minois souligne l’existence de copies interprétées de ces cartons. La mise en évidence de la pratique des associations de peintres verriers lui permet de supputer la probable circulation interne des mêmes patrons : la copie interprétée est donc forcément le fait d’un atelier extérieur à la ville de Troyes, sollicité par un commanditaire stimulé par l’exemple troyen. Si les verriers troyens ont certes travaillé pour des églises de Champagne méridionale, il existe d’autres foyers de peinture sur verre, à Châlons ou à Sens, Bar-sur-Seine ou Tonnerre, sans parler de Paris, dont l’aire de diffusion dépasse largement les limites de la capitale. D. Minois reformule donc en dernière analyse la notion d’École troyenne de peinture sur verre, en attribuant désormais le phénomène d’homogénéité de la production à la pratique, mise au jour par elle, des associations de peintres verriers. L’existence de dynasties en confirme l’existence. Selon elle, les ateliers associés ont « décidé » de ces caractéristiques stylistiques pour des raisons purement pratiques de rapidité d’exécution et de reproduction. Elle remarque par ailleurs qu’une verrière peut être l’oeuvre de plusieurs mains.

Les modalités de la répartition du travail ne sont cependant pas étudiées, et cette notion de « décision » commune d’un style, qui pose pourtant problème, n’est pas approfondie. L’auteur prouve aujourd’hui, grâce à l’analyse des salaires perçus, que les peintres verriers n’ont eu recours à des cartonniers que lorsque leur marge bénéficiaire ne risquait pas d’en pâtir, le coût d’un patron réalisé par un peintre représentant le quart du prix de la verrière. Les peintres verriers étaient donc capables de réaliser leurs cartons eux-mêmes : ainsi la collaboration avec un peintre cartonnier n’était pas « la règle », comme on a pu l’écrire, mais un cas de figure, fonction de la rémunération. Dans les cas où les textes ne vérifiaient pas des hypothèses d’attribution, on peut regretter l’absence de comparaisons avec les verrières subsistantes d’un verrier donné. L’identification des ateliers par examen rapproché pouvait être tentée, en dépit du système d’exécution partagée des verrières, puisque l’intervention de plusieurs mains a été notée.

On regrette surtout que l’auteur n’utilise pas davantage ses vastes connaissances en matière d’iconographie et de théologie, son sens très sûr et très subtil de la valeur des leçons données par les programmes. La recherche en matière de vitrail a besoin de telles compétences ; il y a là un champ ouvert où l’auteur pourrait donner toute sa mesure. Laurence Riviale

 

— SITES

https://www.eglisesduconfluent.fr/Pages/VIT-10Troyes-CathStPierreStPaul.php

Archives de la cathédrale de Troyes :

https://www.google.fr/books/edition/INVENTAIRE_SOMMAIRE_DES_ARCHIVES_DEPARTE/RZcNAAAAQAAJ?hl=fr&gbpv=1&dq=%22la+Mosl%C3%A9e%22&pg=PA315&printsec=frontcoverhttps://www.patrimoine-histoire.fr/Patrimoine/Troyes/Troyes-Saint-Pierre-et-Saint-Paul.htm

http://racineshistoire.free.fr/LGN/PDF/Mesgrigny.pdf

https://abedehem.blogspot.com/2016/11/des-troyens-en-champagne.html

https://www.crhf.net/fr/view.php?file=/prive/bibliopdf/DernierMole.pdf

https://www.mesvitrauxfavoris.fr/cathedrale%20troyes.htm

http://bibnum.enc.sorbonne.fr/omeka/files/original/0aea6dba5e47fc7c06bf9a08c96c2f96.pdf

https://www.culture.gouv.fr/ar/29/5/2/2/4/Travaux-de-mise-en-securite-et-de-protection-de-la-Cathedrale-de-Troyes

 

2019 "Pathologies des vitraux Les vitraux historiés (peints) des baies hautes du chœur datent des XIIIe et XVIe siècles. Ils représentent un ensemble d'une très grande valeur artistique, architecturale, technique et culturelle. Extrêmement fragiles (verre monté en plomb), culminant entre 19 et 28 mètres du sol, ils sont menacés par les vents forts et par les pluies battantes qui entraînent des infiltrations d’eau sur l’intérieur du monument. Ils présentent deux types d'altérations, principalement liées à l'usure du temps :
- des altérations d'ordre mécanique, qui mettent en cause les aspects de solidité, de résistance, et d’étanchéité des panneaux de verre-plomb, ainsi que leurs structures métal et pierre ;
- des altérations d'ordre chimique qui touchent à l’aspect visuel des vitraux par dégradation de la matière vitreuse et de la peinture en grisaille."

Partager cet article
Repost0
Published by jean-yves cordier - dans Vitraux Renaissance Héraldique Monogrammes. Devises.
26 janvier 2024 5 26 /01 /janvier /2024 12:15

Le monument funéraire ou enfeu (calcaire polychrome et marbre, vers 1508-1509) du duc René II de Lorraine dans la  chapelle des Cordeliers de Nancy : la Première Renaissance en Lorraine.

Le décor Renaissance (1508-1512) du Palais ducal.

.

Voir, en la chapelle des Cordeliers :

 

 

Voir aussi, chronologiquement, sur l'art funéraire au XVIe siècle :

.

 .

Sur d'autres exemples de grotesques, plus tardifs, voir :

.

PRÉSENTATION.

.

Au milieu du mur sud de la nef de la chapelle des Cordeliers de Nancy (et non dans les chapelles latérales du fond de nef aménagées en enfeu), construite contre le palais ducal par René II en 1487 pour devenir la nécropole des ducs de Lorraine, le visiteur découvre le monument funéraire du fondateur, René II duc de Lorraine.

Or, ce monument témoigne de l'influence très précoce, dès 1509,  de l'art italien introduit par Charles d'Amboise pour son château de Gaillon (1502-1510) et repris largement sur les pilastres du tombeau de l'évêque Thomas James en sa cathédrale de Dol-de-Bretagne en 1507, et plus discrétement sur ceux du tombeau de François II et Marguerite de Foix à Nantes en 1502-1507. Ce sont ces relations stylistiques entre les trois monuments qui sont passionnantes à découvrir : on les découvre aussi à la Porterie du Palais ducal de Nancy construite en 1502-1512. Dès le tout début du XVIe siècle, l'art italien en moins de dix ans s'affirme en Normandie, en Bretagne et en Lorraine, tout comme à Blois en Val-de-Loire dont la cour royale doit être le foyer. 

 .

La première Renaissance lorraine.

.

"D'une manière générale l'Europe se pacifie considérablement après la bataille de Nancy [gagnée par René II de Lorraine] en 1477, qui éradique la possibilité d'émergence d'un état puissant entre royaume de France et Saint-Empire romain germanique. Cette période de paix est favorable à la création artistique, c'est à ce moment qu'apparait une première Renaissance Lorraine (palais ducal de Nancy) dont l'âge d'or sera le règne du duc Charles III de Lorraine [duc de 1545 à 1608]. La Renaissance dans le duché de Lorraine prendra fin avec la guerre de Trente Ans (1618)" Wikipedia

.

Le monument funéraire de René II fut commandité après sa mort en 1508 par sa veuve Philippe de Gueldre, et sans doute par son fils Antoine  alors âgé de 19 ans, qui hérite alors du duché. 

La Renaissance débute en Italie puis se propage peu à peu en France après les premières guerres d'Italie par Charles VIII (1494-1497), puis en Lorraine suite à différents évènements dont le plus précoce est l’arrivée d’artistes italiens invités par le roi de France puis en Lorraine par les ducs angevins René 1er et René II : Antonio de Bergame, Citoni, Orphéo Galéani, Stabili…

Antoine le Bon (duc de 1508-1544) passa son enfance au palais ducal de Nancy puis fut envoyé parfaire son éducation à la Cour de France à la cour de Louis XII à Blois avec ses frères Claude, Jean et François. Il  se lie d’amitié avec le duc d’Angoulême, futur François Ier, qui n’a que cinq ans de moins que lui.  Il se alors familiarise avec la première renaissance ligérienne, car à Blois le nouveau décor à l’antique apparaît vers 1500, sur l’aile Louis XII du château, et à l’hôtel d’Alluye de Blois, et il peut découvrir l’encadrement des fenêtres par des pilastres, inauguré au château de Gaillon de 1501 à 1510 pour le cardinal Georges d'Amboise archevêque de Rouen et principal conseiller de Louis XII : ces pilastres déploient en bas-relief à candélabres toutes les inventions de l'art à l'antique, ou à la grotesque. Ces pilastres et ces corniches ornés  de Gaillon et de Blois seront repris à partir de 1510-1515 dans les châteaux de Bury (détruit), Chenonceau, Azay-le-Rideau, Blois et bien sûr Chambord, entrepris en 1519, mais aussi au palais ducal de Nancy notamment sur sa célèbre porterie (1502-1512) inspirée de la porte Louis XII du château de Blois. 

Si Antoine a manifesté tout au long de son règne (1508-1544) un grand intérêt pour l’art péninsulaire, il n’a pas fait venir d’Italiens à sa cour, à la différence de son frère Jean, le cardinal de Lorraine. "Il semble avoir préféré envoyer ses propres artistes étudier dans le duché de Milan les grandes réalisations qu’il avait lui-même pu admirer lors des campagnes d’Italie." (R. Tassin)

 

"Le 10 décembre 1508, le duc René II de Lorraine s’éteignit après avoir pris froid lors d’une chasse au château de Fains, non loin de Bar-le-Duc (Meuse). Après avoir d’abord songé, dans un premier testament de 1486, à être inhumé à la collégiale Saint-Georges auprès de ses prédécesseurs, le défunt formula le souhait, dans un second testament daté de 1506, de reposer dans l’église des Cordeliers qu’il avait fondée et construite. Le souhait de René II était que lui soit dédié un monument très simple au côté droit de l’autel. Accompagné d’une épitaphe, celui-ci devait prendre la forme d’un monument en bronze, gravée de son effigie, aux côtés de laquelle il serait possible de s’agenouiller pour réciter des prières tout en y reposant les bras. Le monument voulu par le duc fut réalisé par un fondeur dénommé « maître Jacques » et prit la forme d’un tapis en trompe-l’œil sur lequel le défunt était représenté couronné et tenant son sceptre. Sur les côtés, apparaissaient également à plusieurs reprises deux anges soutenant les armes de Lorraine ainsi qu’une inscription mentionnant : « Cy-gist tres hault, tres puissant et tres chevaleureux Prince, René de Lorraine, Roy de Jhrlm, de Sicile et d’Arragon, leq[ue]l eagié de lxij ans trespassa le vij de décembre l’an 1508 ».

Néanmoins, la veuve de René II, la duchesse Philippe de Gueldre, ne respecta pas entièrement les dernières volontés de son défunt mari. Si la plaque et l’épitaphe furent bien réalisées, un spectaculaire monument funéraire, dont le concepteur demeure à ce jour inconnu, leur fut adjoint en 1508-1509 comme le montre l’estampe de Sébastien Antoine de 1728 où on distingue la plaque de bronze entourée d’une structure métallique destinée à le protéger. Au sein d’un enfeu creusé dans le mur droit de la nef, deux statues en marbre blanc, peut-être dues au sculpteur Mansuy Gauvain, auteur de la statue équestre primitive du duc Antoine sur la porterie du palais, furent installées. La première représentait le duc René II, revêtu du manteau ducal et d’un camail d’hermine, à genoux devant un prie-Dieu recouvert d’un tissu brodé armorié sur lequel étaient posés la couronne ducale et un livre. Devant lui, debout sur un piédestal, était figurée la Vierge Marie présentant l’Enfant Jésus à la dévotion du duc." (P.H. Pénet)

C'est donc à la découverte de ces bas-reliefs à la grotesque que je vous convie, à la recherche sur les pilastres ou les chapiteaux des candélabres à animaux fantastiques et feuillagés, des médaillons, des coquilles, des bucranes, des arabesques et rinceaux, des dauphins, des putti jouant à la balançoire dans des guirlandes , etc.

Mais je ne négligerai pas, bien qu'elle soit mieux connue, la description des panneaux héraldiques.

.

Attribution.

La polychromie d’origine était due entre autre au peintre Pierrequin Fauterel et à l’enlumineur François Bourcier (P.-H. Pénet), également actif au palais ducal et qui avait été envoyé à Paris aux frais du prince pour y apprendre son art.

La sculpture est parfois attribué à Mansuy Gauvain, auteur de la statue équestre de la porterie du palais ducal.

.

DESCRIPTION.

.

Je diviserai le monument pariétal en trois registres  : en bas, l'enfeu proprement dit, qui contenait jadis les statues du duc devant la Vierge, et qui est par son décor un véritable manifeste de la Première Renaissance en Lorraine. Au dessus, les six niches consacrées à l'Annonciation, et aux saints. Au sommet, les armoiries des royaumes de Hongrie, Sicile Jérusalem et Aragon, coiffées par trois acrotères avec Dieu le Père au centre.

"Au XVIe siècle, le discours de ce spectaculaire monument se prolongeait sur le vitrail qui le surmontait. Celui-ci représentait au sommet une rose ornée dans son centre des armes pleines de Lorraine entourées de celles des différents royaumes ou duchés les constituant. Dans les quatre lancettes, on pouvait distinguer saint Jean-Baptiste apportant une guérison miraculeuse au couple ducal couché dans un lit, puis René II en prière, identique au priant de l’enfeu, et, à l’extrême droite, un personnage armé de toutes pièces portant les armes de Lorraine" (P.-H. Pénet)

Le matériel héraldique se retrouve sur les trois registres.

Je débuterai ma description par le haut, pour consacrer le temps et la place nécessaire au décor à la grotesque des pilastres de l'enfeu.

.

 

 

 

Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy.  Photographie lavieb-aile 2024.

Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy. Photographie lavieb-aile 2024.

Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy.  Photographie lavieb-aile 2024.

Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy. Photographie lavieb-aile 2024.

.

.

I. LE REGISTRE SUPÉRIEUR : LES ACROTÈRES, ET LA RANGÉE HÉRALDIQUE

Le couronnement est  composé de deux parties superposées : en haut , trois acrotères, et plus bas un large linteau est orné de huit anges vêtus de dalmatiques tenant les écus des quatre royaumes de Hongrie, Sicile, Jérusalem et Aragon, prétentions territoriales des ducs de Lorraine héritées de la famille d’Anjou.

.

IA. LES TROIS ACROTÈRES.

.

La partie supérieure est constituée de trois acrotères de formes insolites composés, sur les côtés, de motifs de coquilles. Au dessus de chacun d’eux, se tiennent des putti tenant des phylactères.

.

Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy.  Photographie lavieb-aile 2024.

Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy. Photographie lavieb-aile 2024.

.

.

L'acrotère central : Dieu le Père entre deux anges musiciens.

Dans une niche où il siège sur une cathèdre, Dieu le Père bénit da la main droite et tient le globe crucigère. Il est coiffé d'une couronne impériale, et porte une chape  damassée et dorée sur une robe blanche à sautoirs. 

L'ange à sa droite joue du luth : on ne voit ni plectre, ni archet.

Son voisin joue d'un petit orgue portatif dont il actionne le soufflet de la main gauche.

Le panneau  est entouré d'un arc en fer à cheval s'enroulant en volutes aux extrémités, arc orné de six chérubins et de deux putti ailés tenant un parchemin.

Il est surmonté de l’inscription « Le juste s’élèvera jusqu'à moi ». Il ne s'agit pas d'une citation biblique.

.

 

.

Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy.  Photographie lavieb-aile 2024.

Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy. Photographie lavieb-aile 2024.

.

.

L'acrotère de gauche.

Il est centré par une coquille découpée en pétales de marguerites, bleus et or.

Au centre, deux griffons (oiseaux au bec crochu et au corps feuillagé)  croquent des raisins dans une coupe dressée en candélabre. C'est le premier exemple d'un ornement à la grotesque témoignant de l'influence des artistes italiens après leur découverte de la Domus aurea romaine vers 1480.

Sur la banderole en fer à cheval sont sculptés, en or sur fond rouge, des volutes réunies en miroir sur des pistils.

Deux anges assis au sommet tenaient un phylactère aujourd'hui brisé.

.

Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy.  Photographie lavieb-aile 2024.

Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy. Photographie lavieb-aile 2024.

.

.

L'acrotère de droite.

Il est semblable au précédent, mais le motif central est une tête de lion. Le fer à cheval, où nous retrouvons les rinceaux dorés, s'achève par de charmantes têtes féminines encapuchonnées. Les anges grimpés à califourchons sur l'acrotère sont presque intacts (tête de l'ange de droite brisée), ils tiennent un phylactère où nous lisons Iesus---maria.

.

Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy.  Photographie lavieb-aile 2024.

Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy. Photographie lavieb-aile 2024.

.

.

 

I B. LES ANGES PRÉSENTANT LES ARMES DES ROYAUMES DE  HONGRIE, SICILE, JÉRUSALEM, ET ARAGON .

.

"Le large linteau est orné de huit anges vêtus de dalmatiques tenant les écus des quatre royaumes de Hongrie, Sicile, Jérusalem et Aragon, prétentions territoriales des ducs de Lorraine héritées de la famille d’Anjou. Ils faisaient écho à ceux qui étaient initialement gravés sur la plaque de bronze à l’effigie du duc tandis que, dans l’enfeu, les écus des duchés d’Anjou, de Lorraine et de Bar leur répondent toujours." (P.H. Pénet)

Ces revendications sont à la base des guerres d'Italie :

"Le royaume de Naples, jusqu'en 1442, est aux mains de la maison d'Anjou, maison cadette des Capétiens. À cette date, l'Aragon avec le roi Alphonse V en prend le contrôle. La maison d'Anjou essaie alors sans relâche d'en reprendre possession. Son dernier représentant, René d'Anjou meurt en 1480. Ses droits sur le royaume de Naples passèrent alors au royaume de France, où règne Louis XI, puis, à partir de 1483, Charles VIII. 

Charles VIII doit faire d'importantes recherches dans les archives pour prouver le bien-fondé de ses prétentions, d'autant plus que la maison d'Anjou a perdu ses possessions napolitaines en 1442. Ce legs comprend aussi le royaume de Jérusalem, qui est occupé par les Mamelouks jusqu'en 1517. " (Wikipedia)

La fille de René Ier d'Anjou, Yolande d'Anjou (1428-1483), duchesse de Lorraine en 1473 et comtesse de Vaudémont, abdiqua en faveur de René II René II, duc de lorraine 1473 - 1508, Duc de Bar, comte de Vaudémont et d'Aumale, baron d'Elbeuf et de Mayenne, et sire de Joinville, qui réunit sous une même autorité les duchés de Lorraine et de Bar.

Les armes de ces quatre royaumes sont reprises dans les armoiries de René d'Anjou, de Yolande d'Anjou et de René II.

.

 

 

Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy.  Photographie lavieb-aile 2024.

Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy. Photographie lavieb-aile 2024.

.

.

Le chapiteau : deux masques de profil— couple de souverains couronnés ?— sont figurés sous un chérubin et un couple d'aigles, dans un entrecroisement de deux plantes, peut-être des cardères.

.

Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy.  Photographie lavieb-aile 2024.

Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy. Photographie lavieb-aile 2024.

.

.
Deux anges présentant les armes couronnées du royaume de Hongrie fascé de gueules et d'argent de huit pièces (l'argent a noirci).

.

Les anges, très naturels,  portent un diadème d'or, une dalmatique dorée à revers rouge et une tunique blanche à amict.

.

Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy.  Photographie lavieb-aile 2024.

Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy. Photographie lavieb-aile 2024.

.

.

Deux anges présentant les armes couronnées de Sicile [de Naples] d'azur semé de fleurs de lys au lambel de gueules en chef.

.

Les anges, portent  au dessus de leur dalmatique une chape dorée, frangée, à fermail, à revers vert ou rouge .

.

On retrouve ces anges sur le vitrail datant vers 1510 de Jean de Lorraine, fils de René II et évêque de Metz conservé au musée lorrain : leur dalmatique pourrait être inspirée des gravures germaniques

.

Photo lavieb-aile

 

.

Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy.  Photographie lavieb-aile 2024.

Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy. Photographie lavieb-aile 2024.

.

.

Au milieu, vase à feuilles d'acanthes et masque léonin, flanqué de deux aigles. Deux autres aigles viennent picorer dans des cornes d'abondance.

.

Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy.  Photographie lavieb-aile 2024.

Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy. Photographie lavieb-aile 2024.

.

.

Deux anges présentant les armes couronnées  du royaume de Jérusalem, d'argent à la croix potencée d'or cantonnée de quatre croisettes du même.

.

Les anges sont vêtus d'une tunique gris clair damassée de motifs dorés et serrée par un cordon.

.

Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy.  Photographie lavieb-aile 2024.

Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy. Photographie lavieb-aile 2024.

.

.

Deux anges présentant les armes, couronnées, du royaume d'Aragon d'or à quatre pals de gueules.

.

Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy.  Photographie lavieb-aile 2024.

Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy. Photographie lavieb-aile 2024.

.

.

Chapiteau de droite.

En partie haute, en or sur fond bleu : deux dragons enlacés par le cou, aux corps feuillagés.

Partie principale, en or sur fond rouge : quatre "dauphins" (poissons) feuillagés et aux queues liées de part et d'autre d'une guirlande ; deux dauphins tiennent dans leur gueule un collier de perles ou grelots (ou d'un chapelet à neuf grains).

C'est là encore un exemple du vocabulaire à la grotesque d'origine italienne.

.

Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy.  Photographie lavieb-aile 2024.

Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy. Photographie lavieb-aile 2024.

.

.

II. LE REGISTRE MÉDIAN : LES SIX NICHES : QUATRE SAINTS AUTOUR DE L'ANNONCIATION.

.

"Ce registre  comprend six niches à coquilles où sont sculptées en haut relief six figures de saints identifiés par des phylactères. On peut d’abord y reconnaître, terrassant le dragon, saint Georges, patron des chevaliers, sous le vocable duquel était placé la collégiale jouxtant le palais, puis saint Nicolas, patron de la Lorraine, en l’honneur de qui René II avait fait reconstruire l’église de Port (actuelle basilique de Saint-Nicolas-de-Port). Ce dernier est représenté redonnant la vie aux trois enfants placés dans un baquet.

Au centre sont figurés l’archange Gabriel tenant un phylactère où sont écrits les mots « Ave gracia plena » "Je vous salue, [Marie], pleine de grâces" et la Vierge portant un livre et une croix de Jérusalem autour du cou, rappelant ainsi la dévotion particulière du duc envers l’Annonciation.

À ses pieds, un phylactère indique en abrégé la réponse de Marie :  mihy scdm verbo tuum  (mihy secundum verbo tuum), "Qu’il me soit fait selon ta parole", complétée, entre les deux personnages, d’un lys, symbole de pureté de la Mère de Dieu, sortant d’un vase doré et torsadé accompagné de l’inscription  sit nomen domini , "Que le nom du Seigneur [soit béni]".

Enfin, à droite, apparaissent saint Jérôme, accompagné de son fidèle lion et, sans doute, de sa traduction de la Bible, ainsi que saint François d’Assise montrant ses stigmates. Ces deux dernières figures sont à mettre en rapport avec le précepteur du duc, Didier Birstorff, qui traduisit les écrits de saint Jérôme, et avec la fondation par René II du couvent des Cordeliers, une des branches de la famille franciscaine.

Au dessus des deux premiers pilastres, des phylactères portent deux inscriptions issues du Magnificat : fecit potentiam in brachio suo  "Il a déployé la puissance de son bras", une des devises ducales, et « ecce ancilla Domini fiat  "Voici la servante du Seigneur, qu’il m’advienne [selon ta parole]". Au dessus de celui de droite, on déchiffre, en capitales : « IE SUIS RENE RO[Y] DE IHERUSALEM »." (P.-H. Pénet)

 

 

Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy.  Photographie lavieb-aile 2024.

Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy. Photographie lavieb-aile 2024.

.

.

Le sommet du pilastre de gauche et son inscription  fecit potentiam in brachio suo 

Cette devise du duc, qu'il accompagne parfois de UNE POUR TOUTES est extrait du Magnificat ; elle  s'accompagne parfois du dextrochère ou bras armé d'une épée et sortant d'un nuage. On la trouvait aussi gravée sur l'épée de François Ier. Symbole de la puissance divine, elle désigne également la puissance du duc et fait écho à la victoire de René II contre Charles le Téméraire à la bataille de Nancy en 1477. 

Sur la statue équestre du duc Antoine au centre de la porterie du Palais ducal, le duc lève son bras armé de l'épée comme pour revendiquer cette devise. D'ailleurs, le dextrochère figure sur la housse du cheval.

.

Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy.  Photographie lavieb-aile 2024.

Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy. Photographie lavieb-aile 2024.

Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy.  Photographie lavieb-aile 2024.

Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy. Photographie lavieb-aile 2024.

.

.

Saint Georges terrassant le dragon.

Venant juste après cette devise, nous ne pouvons nous empecher de remarquer le bras armé du saint.

La chapelle des Cordeliers a été créée pour accueillir les tombeaux des ducs de Lorraine jadis inhumés en la collégiale Saint-Georges de Nancy.

De chaque côté, une frise d'alerons sur fond noir ou rouge renvoie aux armoiries de Lorraine.

.

Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy.  Photographie lavieb-aile 2024.

Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy. Photographie lavieb-aile 2024.

Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy.  Photographie lavieb-aile 2024.

Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy. Photographie lavieb-aile 2024.

.

.

Les putti jouant avec des rubans dans le pourtour de la coquille, et autres anges ou masques.

.

Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy.  Photographie lavieb-aile 2024.

Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy. Photographie lavieb-aile 2024.

.

.

Saint Nicolas en évêque de Myre ressuscitant les trois enfants du saloir. Main droite brisée.

.

 

.

Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy.  Photographie lavieb-aile 2024.

Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy. Photographie lavieb-aile 2024.

Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy.  Photographie lavieb-aile 2024.

Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy. Photographie lavieb-aile 2024.

.

.

L'ange Gabriel en dalmatique frangée tenant sur une verge fleurie la salutation de l'Annonciation Ave Maria [gratia] plena.

.

 

.

Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy.  Photographie lavieb-aile 2024.

Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy. Photographie lavieb-aile 2024.

Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy.  Photographie lavieb-aile 2024.

Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy. Photographie lavieb-aile 2024.

.

.

L'inscription Ecce ancella domini fiat.

.

 

Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy.  Photographie lavieb-aile 2024.

Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy. Photographie lavieb-aile 2024.

.

.

La Vierge de l'Annonciation tenant ouvert le livre des Écritures.

.

Elle porte nautour du cou une chaine en or dont l'extrémité en forme de croix est tenue entre majeur et annulaire.

N.b : la reliure du livre se double d'une étoffe formant un sac de transport : c'est le "livre ceinture".

.

 

Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy.  Photographie lavieb-aile 2024.

Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy. Photographie lavieb-aile 2024.

Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy.  Photographie lavieb-aile 2024.

Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy. Photographie lavieb-aile 2024.

.

.

Saint Jérôme, en cardinal, tenant ouvert la Vulgate, sa traduction latine de la Bible, que le lion touche de sa patte.

.

Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy.  Photographie lavieb-aile 2024.

Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy. Photographie lavieb-aile 2024.

Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy.  Photographie lavieb-aile 2024.

Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy. Photographie lavieb-aile 2024.

.

.

Saint François montrant ses stigmates.

.

Le saint a toute sa place ici, dans la chapelle des Cordeliers, desservie par  les franciscains.

.

Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy.  Photographie lavieb-aile 2024.

Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy. Photographie lavieb-aile 2024.

.

.

L'inscription  IE SUIS RENE RO[Y] DE IHERUSALEM.

.

 

 

Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy.  Photographie lavieb-aile 2024.

Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy. Photographie lavieb-aile 2024.

.

.

Pilastre de gauche.

.

"Les grotesques sont une catégorie de peinture libre et cocasse inventée dans l'Antiquité pour orner des surfaces murales où seules des formesen suspension dans l'air pouvaient trouver place. Les artistes y représentaient des difformités monstrueuses créées du caprice de la nature ou de la fantaisie extravagante d'artiste : ils inventaient ces formes en dehors de toute règle, suspendaient à un fil très fin un poids qu'il ne pouvait supporter, transformaient les pattes d'un cheval en feuillage, les jambes d'un homme en pattes de grue et peignaient ainsi une foule d'espiègleries et d'extravagances. Celui qui avait l'imagination la plus folle passait pour le plus doué. " Giorgio Vasari, "Introduction technique", De la peinture (c. 1550), chapitre XIV
Vasari nous propose ici une définition des grottesques directement inspirée du texte de Vitruve (De Architectura) écrit seize siècles plus tôt. 

À la fin du 15e siècle, la redécouverte de décors antiques dans les sous-sols de la Domus Aurea, palais de l’empereur Néron à Rome enfoui sous les thermes de Trajan et confondu avec des grottes, va permettre la renaissance d’un art appelé « grottesque » puis grotesque le chargeant ainsi du sens de comique, ridicule. Outre le principe de symétrie autour d'une ligne médiane verticale, dans des rinceaux habités, de longues tiges d'acanthe ou de vigne à l'enroulement infini où fourmille toute une faune à échelle variable et des superpositions de vasques et de coupes, l'une de ses caractéristiques principales est selon André Chastel, le jeu et la combinaison de formes hybrides mi-végétales, mi-animales ou mi-humaines qui surgissent dans un foisonnement vivant, dans un jeu de métamorphoses. André Chastel souligne aussi  la négation de l'espace, (il s'agit d'un monde sans poids, sans épaisseur articulé selon un mélange de rigueur et d'inconsistance ; une architecture de la suspension et du vertige),  et le démon du rire fondé sur le jeu, comme dans les  bizarreries, drôleries ou monstres largement présents dans les manuscrits de l'Europe du Nord du XIVe siècle. Ce sont des formes de la pure imagination et de fantaisie .

On retrouve ce décor sur l'encadrement de la Mise au tombeau de Saint-Pierre de Solesmes (1496),  sur le tombeau de Thomas James à Dol-de-Bretagne (frères Juste, 1507), sur les boiseries de chapelle (1510) et les façades et galeries (entre 1507 et I509) du château de Gaillon, à l'hôtel de Bourgtheroulde de Rouen (1506 et après 1520) au bureau des Finances de Rouen (1509) ou sur la voûte de la cathédrale d'Albi (1509), puis à l'Hôtel Cujas à Bourges (1515) et à l'Hôtel Alluye à Blois


.

Précision : un candélabre est dans l'art de la Renaissance, un motif fait de coupes, de vases superposés associés à des arabesques et décorant des piédroits ou pilastres ou toute surface haute et étroite.

Des gravures de candélabre circulaient dès le début du XVIe siècle, comme celles de  Giovanni Pietro Birago , gravées vers 1505-1507 par Giovanni Antonio da Brescia :

.

INHA

.

De même, les gravures de Nicoletto da Modena , postérieures à  1507, pouvaient être disponibles aux nancéens : elles  restituent de nombreux détails qui se trouvent dans les décors du Palazzo dei Pio à Carpi, sur la voûte (1509) de la cathédrale d'Albi et dans le château de Gaillon. Manuela Rossi émet l'hypothèse que les artistes qui ont peint les fresques du Palazzo dei Pio aient eu pour modèle les estampes de Nicoletto, comme le laissent penser certains détails de grotesques et la proximité géographique des chantiers.

.

Louvres : Panneau d'ornements Après 1507 gravé par Nicoletto da Modena

.

Mais ce décor était aussi présent dans les Livres d'heures imprimés à partir de 1488, par exemple par Vérard,  Simon Vostre, Philippe Pégouchet ou par les Hardouyn.

.

.

Nous trouvons sur ce candélabre, de haut en bas :

  • couple de dragons de part et d'autre d'un arbre sur une coupe
  • couple d'oiseaux picorant des feuilles sur une coupe
  • deux dauphins aux queues feuillagées liées autour d'un médaillon de profil (homme aux traits rustres coiffé d'un bonnet)
  • un bucrane ou plutôt un massacre de cerf
  • deux oiseaux picorant des plantes aux tiges liées (chardon?)

.

Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy.  Photographie lavieb-aile 2024.

Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy. Photographie lavieb-aile 2024.

Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy.  Photographie lavieb-aile 2024.

Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy. Photographie lavieb-aile 2024.

Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy.  Photographie lavieb-aile 2024.

Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy. Photographie lavieb-aile 2024.

 

 

III. LE REGISTRE INFÉRIEUR.

.

Deux pilastres et un entablement délimitent un espace rectangulaire aujourd'hui vide et dans lequel on a placé une plaque de marbre portant l'épitaphe. Les statues du duc agenouillé à son prie-dieu devant la Vierge à l'Enfant, détruites à la Révolution, avaient été remplacées par des copies  en plâtre du XIXe siècle qui ont été supprimées.

 

"Détruites lors de la Révolution, de même que la plaque à l’effigie ducale envoyée à la fonte, les sculptures du duc et de la Vierge à l’enfant furent refaites en plâtre par François Labroise, en 1818, qui rajouta sur le prie-Dieu une épée, un sceptre et un second livre. Le sculpteur restaura par ailleurs, outre la polychromie, le blason central et les trois écus présents à l’intérieur de l’enfeu : sur la gravure de Sébastien Antoine, les armes de Lorraine et de Bar sont en effet inversées et on distingue des couronnes ducales qui ont aujourd’hui disparu. Refaite en 1738, l’épitaphe murale fut également détruite à la Révolution puis rétablie en 1818 par le marbrier Miller-Thiry mais avec des dimensions moins larges, ce qui permit de rajouter un rideau peint en trompe-l’œil derrière le priant du duc. Jugés très maladroits par le conservateur du Musée lorrain Pierre Marot, les statues en plâtres de Labroise furent finalement retirés vers 1936." (P.-H. Pénet)

 

 

.

 

Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy.  Photographie lavieb-aile 2024.

Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy. Photographie lavieb-aile 2024.

 

.

1. La plaque de marbre et l'épitaphe copie du marbrier Miller-Thiry en 1818.

Transcription de l’épitaphe actuelle : voir ici.

.

 

Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy.  Photographie lavieb-aile 2024.

Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy. Photographie lavieb-aile 2024.

Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy.  Photographie lavieb-aile 2024.

Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy. Photographie lavieb-aile 2024.

.

.

2. La partie haute de l'enfeu est oblique aménageant ainsi deux registres horizontaux  richement ornés d'entrelacs et de grotesques ; trois blasons sont intégrés dans le rang inférieur.

.

Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy.  Photographie lavieb-aile 2024.

Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy. Photographie lavieb-aile 2024.

Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy.  Photographie lavieb-aile 2024.

Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy. Photographie lavieb-aile 2024.

.

.

Du côté gauche : 

  • entrelacs et feuillages dissimulant deux masques d'enfants.
  • larges feuilles d'acanthe
  • deux oiseaux fantastiques (proches des aigles), feuillagés, boivent à la vasque d'une fontaine. Les piètements sont réunis par un lacs à nœuds tressés et rosette.

.

Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy.  Photographie lavieb-aile 2024.

Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy. Photographie lavieb-aile 2024.

Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy.  Photographie lavieb-aile 2024.

Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy. Photographie lavieb-aile 2024.

Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy.  Photographie lavieb-aile 2024.

Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy. Photographie lavieb-aile 2024.

Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy.  Photographie lavieb-aile 2024.

Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy. Photographie lavieb-aile 2024.

Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy.  Photographie lavieb-aile 2024.

Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy. Photographie lavieb-aile 2024.

.

.

Les armes  d'Anjou, d’azur aux trois fleurs de lis d’or à la bordure de gueules. Restauration  en 1818 par François Labroise.

Ces armes sont "modernes", ce sont celles adoptées par René Ier duc d'Anjou, avec trois fleurs de lis plutôt qu'un semé de fleurs de lis.

La bordure de gueules est remplacée comme sur le blason central par des billes rouges, formant un chapelet.

.

Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy.  Photographie lavieb-aile 2024.

Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy. Photographie lavieb-aile 2024.

.

.

Blason du duché de Lorraine, d'or, à la bande de gueules, chargée de trois alérions d'argent. Restauration  en 1818 par François Labroise.

Les alérions, qu'on retrouve partout sur ce monument, sont, en héraldique des aiglons sans bec ni pieds.

.

 

 

Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy.  Photographie lavieb-aile 2024.

Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy. Photographie lavieb-aile 2024.

.

.

Suite de ce décor, du côté droit.

.

Nous retrouvons le très riche décor à l'antique avec, parmi les rinceaux :

  • deux aigles picorant des fruits dans un vase
  • deux superbes dragons ailés feuillagés s'affrontant
  • deux putti chevauchant une créature fantastique
  • deux dragons feuillagés picorant des fruits dans une vasque.

.

Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy.  Photographie lavieb-aile 2024.

Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy. Photographie lavieb-aile 2024.

Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy.  Photographie lavieb-aile 2024.

Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy. Photographie lavieb-aile 2024.

Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy.  Photographie lavieb-aile 2024.

Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy. Photographie lavieb-aile 2024.

.

.

Le blason du duché de Bar, d’azur semé de croisettes recroisetées au pied fiché d’or à deux bars adossés du même. Restauration  en 1818 par François Labroise.

.

 

Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy.  Photographie lavieb-aile 2024.

Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy. Photographie lavieb-aile 2024.

.

.

Les armoiries de René II de Lorraine. Restauration  en 1818 par François Labroise.

 

Elles réunissent les sept blasons dispersés ailleurs.

En langage héraldique ces armoiries sont dites coupées, on y trouve en chef, les quatre royaumes : Hongrie (fascé d’argent et de gueules de huit pièces), Sicile (Anjou ancien : d’azur semé de fleur de lis d’or au lambel de gueules en chef), Jérusalem (d’argent à la croix potencée d’or cantonnée de quatre croisettes de même) et Aragon (d’or à quatre pals de gueules) et, en pointe, les deux duchés : Anjou moderne (d’azur semé de fleurs de lis d’or à la bordure de gueules) et Bar (d’azur semé de croisettes recroisetées au pied fiché d’or à deux bars adossés du même), ainsi que, sur le tout, un écusson aux armes de Lorraine (d’or à la bande de gueules chargée de trois alérions d’argent).

L'écu est surmonté d'un heaume à grille à six barres, tourné de 3/4 vers la gauche, accompagné de ses lambrequins coiffé de la couronne ducale et d'un cimier portant un aigle aux ailes éployées.

On le comparera à celui qui figure sur la porterie du palais ducal, mais il fut restauré au XIXe siècle.

.

Porte piétonne du palis ducal de Nancy. Photo lavieb-aile 2024.

.

.

Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy.  Photographie lavieb-aile 2024.

Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy. Photographie lavieb-aile 2024.

Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy.  Photographie lavieb-aile 2024.

Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy. Photographie lavieb-aile 2024.

.

.

LES PILASTRES DU REGISTRE INFÉRIEUR.

.

Quelques vues générales.

.

Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy.  Photographie lavieb-aile 2024.

Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy. Photographie lavieb-aile 2024.

Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy.  Photographie lavieb-aile 2024.

Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy. Photographie lavieb-aile 2024.

Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy.  Photographie lavieb-aile 2024.

Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy. Photographie lavieb-aile 2024.

.

  • Profils casqués  feuillagés
  • Oiseaux feuillagés tenant un collier
  • Candélabre à collier et oiseaux.

.

Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy.  Photographie lavieb-aile 2024.

Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy. Photographie lavieb-aile 2024.

Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy.  Photographie lavieb-aile 2024.

Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy. Photographie lavieb-aile 2024.

Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy.  Photographie lavieb-aile 2024.

Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy. Photographie lavieb-aile 2024.

Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy.  Photographie lavieb-aile 2024.

Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy. Photographie lavieb-aile 2024.

.

  • couple de dauphins feuillagés affrontés

.

N.B On a pu les rapprocher de ceux du frontispice de l'édition vénitienne de Térence 1499, mais on les retrouve ailleurs.

.

Frontispice du Terentius cum quinque commentis (Gallica, dans une édition de 1518)

.

Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy.  Photographie lavieb-aile 2024.

Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy. Photographie lavieb-aile 2024.

.

  • couple de dauphins feuillagés affrontés, aux queues entrelacées.

.

Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy.  Photographie lavieb-aile 2024.

Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy. Photographie lavieb-aile 2024.

.

  • candélabre à figures grotesques, etc.

.

Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy.  Photographie lavieb-aile 2024.

Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy. Photographie lavieb-aile 2024.

.

  • candélabre à couples de putti jouant avec des cordes. Putti grimpant dans les rinceaux.

.

Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy.  Photographie lavieb-aile 2024.

Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy. Photographie lavieb-aile 2024.

Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy.  Photographie lavieb-aile 2024.

Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy. Photographie lavieb-aile 2024.

Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy.  Photographie lavieb-aile 2024.

Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy. Photographie lavieb-aile 2024.

Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy.  Photographie lavieb-aile 2024.

Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy. Photographie lavieb-aile 2024.

Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy.  Photographie lavieb-aile 2024.

Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy. Photographie lavieb-aile 2024.

Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy.  Photographie lavieb-aile 2024.

Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy. Photographie lavieb-aile 2024.

.

  • personnage coiffé de plumes buvant au tonnelet.

.

Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy.  Photographie lavieb-aile 2024.

Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy. Photographie lavieb-aile 2024.

.

  • aigle aux ailes déployées.

.

Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy.  Photographie lavieb-aile 2024.

Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy. Photographie lavieb-aile 2024.

.

  • candélabre et rinceaux.

.

Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy.  Photographie lavieb-aile 2024.

Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy. Photographie lavieb-aile 2024.

Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy.  Photographie lavieb-aile 2024.

Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy. Photographie lavieb-aile 2024.

.

  • candélabre avec personnage tenant un écu à croix pattée, oiseaux picorant, chimères feuillagés.

.

Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy.  Photographie lavieb-aile 2024.

Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy. Photographie lavieb-aile 2024.

Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy.  Photographie lavieb-aile 2024.

Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy. Photographie lavieb-aile 2024.

Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy.  Photographie lavieb-aile 2024.

Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy. Photographie lavieb-aile 2024.

.

  • couple de dauphins feuillagés affrontés, les queues liées.

.

Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy.  Photographie lavieb-aile 2024.

Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy. Photographie lavieb-aile 2024.

.

  • épis de blé.

.

Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy.  Photographie lavieb-aile 2024.

Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy. Photographie lavieb-aile 2024.

.

  • couple de serpents feuillagés affrontés

.

Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy.  Photographie lavieb-aile 2024.

Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy. Photographie lavieb-aile 2024.

.

  • couple de dauphins feuillagés buvant à une coupe ; queues faufilées dans un entrelacs.

.

Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy.  Photographie lavieb-aile 2024.

Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy. Photographie lavieb-aile 2024.

.

  • couple de griffons ou félins feuillagés affrontés ; queues en rinceaux faufilées dans un entrelacs.

.

Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy.  Photographie lavieb-aile 2024.

Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy. Photographie lavieb-aile 2024.

.

  • candélabre à putti jouant et oisillons.

.

Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy.  Photographie lavieb-aile 2024.

Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy. Photographie lavieb-aile 2024.

Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy.  Photographie lavieb-aile 2024.

Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy. Photographie lavieb-aile 2024.

.

.

UN AUTRE EXEMPLE DE LA PREMIÈRE RENAISSANCE LORRAINE : LA FRESQUE DE LA VOÛTE AU DESSUS DU MAÎTRE-AUTEL .
.

Cette fresque représentant les Anges tenant les instruments de  la Passion, accompagnés de saints dans des chapeaux de triomphe est attribuée à Hugues de la Faye, peintre du duc Antoine, et elle est datée du premier quart du XVIe siècle. Elle est donc voisine spatialement et chronologiquement du monument funéraire  de René II et le commanditaire est le même. Parmi les saints, se trouvent Saint Louis d'Anjou vêtu de ses ornements épiscopaux dont une chape fleurdelisée, Saint Bonaventure, Saint Bernardin de Sienne et Saint Antoine de Padoue portant un coeur . Mais les figures sont accompagnées de séraphins tenant des cartouches à inscription, décor Renaissance, et les médaillons, rinceaux, candélabres et rubans relèvent du vocabulaire de la première renaissance.

Voir, pour la description détaillée et le relevé des inscriptions :

http://palaisducalnancy.canalblog.com/archives/2020/01/26/37972290.html

.

 

Voûte de la chapelle des Cordeliers de Nancy.  Photographie lavieb-aile 2024.

Voûte de la chapelle des Cordeliers de Nancy. Photographie lavieb-aile 2024.

Voûte de la chapelle des Cordeliers de Nancy.  Photographie lavieb-aile 2024.

Voûte de la chapelle des Cordeliers de Nancy. Photographie lavieb-aile 2024.

Voûte de la chapelle des Cordeliers de Nancy.  Photographie lavieb-aile 2024.

Voûte de la chapelle des Cordeliers de Nancy. Photographie lavieb-aile 2024.

Voûte de la chapelle des Cordeliers de Nancy.  Photographie lavieb-aile 2024.

Voûte de la chapelle des Cordeliers de Nancy. Photographie lavieb-aile 2024.

Voûte de la chapelle des Cordeliers de Nancy.  Photographie lavieb-aile 2024.

Voûte de la chapelle des Cordeliers de Nancy. Photographie lavieb-aile 2024.

Voûte de la chapelle des Cordeliers de Nancy.  Photographie lavieb-aile 2024.

Voûte de la chapelle des Cordeliers de Nancy. Photographie lavieb-aile 2024.

Voûte de la chapelle des Cordeliers de Nancy.  Photographie lavieb-aile 2024.

Voûte de la chapelle des Cordeliers de Nancy. Photographie lavieb-aile 2024.

Voûte de la chapelle des Cordeliers de Nancy.  Photographie lavieb-aile 2024.

Voûte de la chapelle des Cordeliers de Nancy. Photographie lavieb-aile 2024.

Voûte de la chapelle des Cordeliers de Nancy.  Photographie lavieb-aile 2024.

Voûte de la chapelle des Cordeliers de Nancy. Photographie lavieb-aile 2024.

Voûte de la chapelle des Cordeliers de Nancy.  Photographie lavieb-aile 2024.

Voûte de la chapelle des Cordeliers de Nancy. Photographie lavieb-aile 2024.

Voûte de la chapelle des Cordeliers de Nancy.  Photographie lavieb-aile 2024.

Voûte de la chapelle des Cordeliers de Nancy. Photographie lavieb-aile 2024.

Voûte de la chapelle des Cordeliers de Nancy.  Photographie lavieb-aile 2024.

Voûte de la chapelle des Cordeliers de Nancy. Photographie lavieb-aile 2024.

Voûte de la chapelle des Cordeliers de Nancy.  Photographie lavieb-aile 2024.

Voûte de la chapelle des Cordeliers de Nancy. Photographie lavieb-aile 2024.

Voûte de la chapelle des Cordeliers de Nancy.  Photographie lavieb-aile 2024.

Voûte de la chapelle des Cordeliers de Nancy. Photographie lavieb-aile 2024.

.

.

UN AUTRE MONUMENT DE LA PREMIÈRE RENAISSANCE LORRAINE : LE PALAIS DUCAL.
.

À la suite de la défaite de Charles le Téméraire, lors de la bataille de Nancy en 1477, le château des ducs de Lorraine était dans un état de délabrement avancé. Le duc René II (1473-1508) ordonna en 1502 la reconstruction du château dans le style Renaissance. Les travaux se poursuivirent jusqu'en 1512, sous le règne du duc Antoine qui est certainement l'instigateur de la porterie comportant sa propre statue équestre. Cette Porterie, ou entrée du château, construite en 1511-1512, est très inspirée de celle du château de Blois (Antoine avait passé une partie de son enfance à la Cour de Louis XII). Ses pilastres encadrant la porte sont ornés à l'antique, principalement avec des trophées d'armes, où des putti soutiennent des casques, cuirasses, tambours, carquois,  boucliers et flèches, reprenant le décor du château de Gaillon dont les pilastres conservés au Louvre datent de 1510.

" Quant aux trophées militaires ornant les piédroits de la grande arcade du rez-de-chaussée, ils se distinguent, par leur précision et leur rigueur, des rinceaux et candélabres que l’on trouve sur le reste du monument. Doit-on vraiment leur conception et leur réalisation à l’un des ouvriers placés sous les ordres de Jaco de Vaucouleurs, comme le pense Paulette Choné (La Renaissance en Lorraine) , Gauvain se limitant exclusivement à la ronde-bosse [pour la statue équestre] ? Quoi qu’il en soit, ces reliefs martiaux figurent parmi les exemples les plus précoces de ce genre d’ornement au nord des Alpes, sans doute avant ceux de la façade des loges à Blois, et pourraient avoir été inspirés par des exemples lombards tels que le tombeau de Gian Galeazzo Visconti, réalisé par Gian Cristoforo Romano à la chartreuse de Pavie, entre 1492 et 1497" (R. Tassin 2020).

D'autres décors en bas-reliefs, à rinceaux et candélabres, sont visibles sur les pinacles et lucarnes du toit.

On retrouvera ces bas-reliefs Renaissance avec grotesques des piles de la galerie voûtée de la cour intérieure.

Comme le souligne Francine Roze pour le Congrès archéologique de 2006,  les vestiges du palais :

 "...représentent  l'exemple le plus éclatant de l'architecture lorraine du début du XVIe siècle : un art venu de France, ponctué d'italianismes de seconde main plaqués sur une structure essentiellement gothique. Ils constituent donc un témoignage particulièrement éloquent des influences, des nouveautés et des archaïsmes qui se conjuguèrent en Lorraine à cette époque."

.

Raphaël Tassin défend en 2013 l'hypothèse d'une influence des gravures de l’Hypnerotomachia Poliphili (Le Songe de Poliphile) de Francesco Colonna publié à Venise en 1499, et de du De artificiali perspectiva, (2ème édition, Toul, Pierre Jacobi, 1509) deJean Pélerin dit Le Viator, chanoine de Saint-Dié vers 1498.

 

"Ainsi n’est-il pas incongru de trouver une probable influence desdits ouvrages dans les premiers grands monuments de la Renaissance des duchés, au début du règne du duc Antoine : la porterie du nouveau palais ducal et le tombeau de son père dans l’église attenante du couvent des Cordeliers.

La porterie du palais (v. 1511-1512), dans sa conception générale, reprend celle du château de Blois, où Antoine avait passé une partie de son éducation avec son frère Claude, auprès du roi Louis XII. Jean Pélerin lui-même s’est certainement rendu en Touraine vers 1501, et l’on trouve une planche représentant probablement l’aile Louis XII – avec quelques différences – dans la première édition de son traité. Les deux édifices adoptent une composition similaire caractérisée par un fort verticalisme, combinant un portail d’entrée et une grande niche où trône une statue équestre, dans un monument d’une forte empreinte gothique. Cependant des innovations non négligeables témoignent d’une prise de distance du bâtiment nancéien par rapport à son modèle et d’une inspiration encore plus tournée vers les territoires transalpins.

En effet le détail du vocabulaire décoratif employé est presque exclusivement issu de celui de la Renaissance – dauphins, coquilles, médaillons à l’antique, etc. – bien que l’effet visuel général reste plutôt « flamboyant » avec les pinacles et l’espèce de gâble couronnant la niche. Selon toute probabilité, le cloître de Saint- Gengoult à Toul a exercé ici une influence considérable, que l’on mesure aussi bien dans les contreforts ornés de médaillons à l’antique, les candélabres et les gâbles similaires à celui de Nancy couronnant la quasi-totalité des arcades des quatre galeries.

Mais le meilleur exemple en est sans doute le décor de candélabres, de grotesques et de trophées ornant les piliers encadrant la porte, dont le Quattrocento italien avait fait un abondant usage dans l’architecture tant réelle que feinte. Cette mode s’était installée en France au retour de la première guerre d’Italie menée par Charles VIII et l’on en trouve des exemples parmi les plus intéressants dans l’entourage du cardinal Georges d’Amboise à Gaillon. Dans le détail, les décors de grotesques et de candélabres de la porterie ont probablement été, non pas copiés tels quels, mais en tout cas inspirés en partie par les gravures sur bois accompagnant les livres comme celui de Francesco Colonna."

.

 

Palais ducal de Nancy. Photographie lavieb-aile 2024.

Palais ducal de Nancy. Photographie lavieb-aile 2024.

Palais ducal de Nancy. Photographie lavieb-aile 2024.

Palais ducal de Nancy. Photographie lavieb-aile 2024.

Palais ducal de Nancy. Photographie lavieb-aile 2024.

Palais ducal de Nancy. Photographie lavieb-aile 2024.

Palais ducal de Nancy. Photographie lavieb-aile 2024.

Palais ducal de Nancy. Photographie lavieb-aile 2024.

Palais ducal de Nancy. Photographie lavieb-aile 2024.

Palais ducal de Nancy. Photographie lavieb-aile 2024.

Palais ducal de Nancy. Photographie lavieb-aile 2024.

Palais ducal de Nancy. Photographie lavieb-aile 2024.

Palais ducal de Nancy. Photographie lavieb-aile 2024.

Palais ducal de Nancy. Photographie lavieb-aile 2024.

Palais ducal de Nancy. Photographie lavieb-aile 2024.

Palais ducal de Nancy. Photographie lavieb-aile 2024.

 

.

SOURCES ET LIENS.

.

— BLANCHARD (Jean-Christophe), 2016,  Georges Gresset, peintre et héraut d’armes des ducs de Lorraine (1523- 1559). 2016. ffhalshs-01264665f

https://shs.hal.science/halshs-01264665/document

—CHONÉ (Paulette) , 2011, "Le tombeau de René II aux Cordeliers", in Le duc de Lorraine René II et la construction d'État princier, numéro spécial Lotharingia t. XVI, 2010, p. 81-106.
—CHONÉ (Paulette) , 1991 , Emblèmes et pensée symbolique en Lorraine (1525-1633). « Comme un jardin au cœur de la chrétienté », Paris, Klincksieck, 1991

—CHONÉ (Paulette) ,2007, "Le cas singulier des emblèmes en Lorraine aux XVIe et XVIIe siècles", in Littérature 2007/1

https://www.cairn.info/revue-litterature-2007-1-page-79.htm

— GERMAIN ( Léon), 1885, "Le lit d'Antoine, Duc de Lorraine, et de la Duchesse Renée de Bourbon au musée historique lorrain" Bulletin Monumental  Année 1885  51  pp. 239-262

https://www.persee.fr/doc/bulmo_0007-473x_1885_num_51_1_10567

— GUILLAUME (abbé Pierre-Etienne), 1851, "Cordeliers et chapelle ducale de Nancy",  Bulletin de la société archéologique lorraine, pages 95 et suiv.

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k33672t/f98.item

—LEPAGE (Henri) 1852 Le palais ducal de Nancy.

https://lorexplor.istex.fr/Wicri/Europe/France/Lorraine/fr/index.php/Le_Palais_ducal_de_Nancy_(1852)_Lepage,_1_b

— PÉNET (Pierre-Hippolyte), Monument funéraire de René II de Lorraine, notice du Musée Lorrain.

https://musee-lorrain.nancy.fr/les-collections/catalogues-numeriques/nancy-capitale-des-ducs-de-lorraine/xvie-siecle/monument-funeraire-du-duc-rene-ii

https://musee-lorrain.nancy.fr/les-collections/catalogues-numeriques/la-lorraine-pour-horizon/laffirmation-de-la-souverainete-des-duches-de-lorraine-et-de-bar-1477-1572/fragment-dun-ange-agenouille-tenant-les-armoiries-du-duc-de-lorraine-rene-ii-ou-de-son-fils-antoine

— PÉNET (Pierre-Hippolyte), Le lit d'Antoine

https://journals.openedition.org/insitu/24089?fbclid=IwAR0vcCMyrNtW1XnUhliTha7JP_Id-Ox1QV-ZSrTmkjkayD61lkAmufu5mhc

—PETIT (Olivier), 2017, Musée Lorrain : Enfeu du duc René II de Lorraine, 

https://patrimoine-de-lorraine.blogspot.com/2017/01/nancy-54-musee-lorrain-enfeu-du-duc.html?fbclid=IwAR3-1zgGgWjuWsC7NTixGMYh6J9o1sCNzwy3U_bb1Cr6cc1YaexEzJxctpk

—RABAUD (Wanda), BOULEAU (Nicolas), 2020, A la source de la Renaissance française, Le livre d’Heures parisien Livres d’Heures imprimés à Paris entre 1488 et 1550

https://shs.hal.science/halshs-02898229/document

 

— SANTROT (Jacques), 2017,  À Nantes, le tombeau des parents d'Anne de Bretagne, le duc François II et Marguerite de Foix.

https://www.academia.edu/44399771/A_NANTES_LE_TOMBEAU_DES_PARENTS_DANNE_DE_BRETAGNE_LE_DUC_FRAN%C3%87OIS_II_ET_MARGUERITE_DE_FOIX

—TASSIN (Raphaël), 2013, "Toul et Saint-Dié : deux centres artistiques aux sources de la Renaissance lorraine", in Renaissance à Toul. Morceaux choisis, catalogue d'exposition, sous la dir. A. Harmand et P. Masson, Toul, 2013, p. 214-223.

https://www.academia.edu/3990004/_Toul_et_Saint_Di%C3%A9_deux_centres_artistiques_aux_sources_de_la_Renaissance_lorraine_in_Renaissance_%C3%A0_Toul_Morceaux_choisis_catalogue_dexposition_sous_la_dir_A_Harmand_et_P_Masson_Toul_2013_p_214_223

—TASSIN (Raphaël), 2020, "Les artistes italiens en France orientale aux xve et xvie siècles : circulation, production, influence",  Cahiers d’études italiennes .

https://journals.openedition.org/cei/7111

—THOMAS (Évelyne ),2012, "Un monument insigne de la première Renaissance en Lorraine", Bulletin Monumental  Année 2012  170-1  pp. 70-71

https://www.persee.fr/doc/bulmo_0007-473x_2012_num_170_1_8247

UN MONUMENT INSIGNE DE LA PREMIÈRE RENAISSANCE EN LORRAINE. – Paulette Choné étudie sous toutes ses facettes le tombeau de René II, duc de Lorraine, mort en 1508, dont l’inhumation eut lieu en l’église des Cordeliers de Nancy qu’il avait fondée. Les relations concernant ce tombeau sont nombreuses, beaucoup de voyageurs l’ont mentionné, mais peu d’auteurs l’ont vraiment regardé, et moins nombreux encore sont ceux qui ont tenté de restituer l’historique de sa réalisation. Quelques textes – essentiellement du XVIIe siècle – font toutefois exception, et apportent des détails précieux sur des dispositions aujourd’hui disparues.

Dans un premier temps, P. Choné restitue le tombeau prévu par le duc lui-même dans son testament. Elle s’attarde sur le sens précis des mots utilisés par René II pour analyser les intentions exactes du duc, qui voulait un tombeau « libre » – et non adossé contre un mur –, du côté de l’épître, entièrement en bronze, avec une plaque gravée à son effigie et une longue épitaphe. Sa faible hauteur n’était pas un signe d’humilité, mais devait permettre que l’on s’agenouillât devant pour prier. P. Choné propose de voir dans ce tombeau un parti « royal », où tout contribuait à proclamer la « souveraineté du prince ». L’auteur étudie ensuite le monument qui fut érigé, plus magnifique que prévu par la volonté de sa veuve, Philippe de Gueldre. En effet, le sarcophage bas fut réalisé, mais placé contre un mur, sur lequel fut ajouté un monument funéraire haut de six mètres, dont le registre inférieur, en forme de niche, abritait deux statues en marbre. Celles-ci représentaient René II agenouillé devant un prie-Dieu, et la Vierge présentant l’Enfant à son adoration, dans une disposition qui rappelait celle de l’Annonciation. La Révolution fit disparaître les statues, ainsi que le sarcophage et la plaque portant l’inscription. Les sources d’archives, lacunaires, ne permettent pas de préciser avec certitude l’emplacement de l’effigie gravée, ni celui de la plaque portant la longue inscription voulue par le duc, cette dernière pouvant avoir été fixée au mur du monument pariétal, au fond de la niche abritant les deux statues (le mot « enfeu » nous semble trompeur puisque le tombeau ne s’y trouvait pas). P. Choné analyse les comptes de dépenses relatives au tombeau, qui fourmillent d’indications concernant certains corps de métier, (menuisier, peintres, enlumineur, serrurier, fondeur, etc.), mais restent muets quant aux sculpteurs, laissant place aux seules hypothèses. Enfin, la dernière partie de l’article est consacrée à ce qui reste du tombeau aujourd’hui, c’est-à-dire le monument pariétal, en pierre, richement sculpté et peint, même si la polychromie a été assez malheureusement reprise au XIXe siècle. Au-dessus de la grande niche, aujourd’hui vide de statues, qui formait « une sorte d’arc triomphal », le registre supérieur, traité comme un polyptyque, comporte six petites niches à coquilles, avec des statues de saints et de l’Annonciation. L’auteur y lit un ensemble extrêmement cohérent et relève l’omniprésence de l’héraldique dans « l’ornementique ». Elle remarque aussi la « tonalité singulière » de cette petite architecture, sans base, qui néglige la mouluration et la symétrie, et où les raccordements ne sont pas toujours heureux.

Les sources proposées pour éclairer le répertoire de la première Renaissance qui foisonne sur le monument sont peut-être un peu moins convaincantes. P. Choné voit, dans les ornements « insolites » du couronnement, quelque antéfixe d’inspiration grecque ou étrusque. En l’absence de référence précise pouvant confirmer une telle hypothèse, nous serions plutôt tentée de voir ici des formes hésitantes de petits frontons cintrés à coquille. Quant à la page extraite d’une édition de Térence parue à Venise en 1499, elle présente des rinceaux et des candélabres bien éloignés de ceux qui décorent le monument de René II. Mais nous partageons entièrement l’opinion de Paulette Choné sur « la saveur pittoresque et éclectique » des détails de la sculpture. – Paulette Choné, « Le tombeau de René II aux Cordeliers », Lotharingia. Le duc de Lorraine René II et la construction d’un État princier, XVI, n° spécial, 2011, p. 81 à 106. Évelyne Thomas Centre André Chastel (Erham)

—Site Canalblog 2019, le palais ducal de Nancy : la porterie

http://palaisducalnancy.canalblog.com/archives/2019/08/02/37551119.html

— PLANCHES DE GROTESQUES INHA

--NUM PL EST 123 recueil factice de 7 planches de Giovanni Pietro Birago , gravées vers 1505-1507 par Giovanni Antonio da Brescia

https://bibliotheque-numerique.inha.fr/collection/item/19650-panneaux-grotesques?offset=1

Partager cet article
Repost0
Published by jean-yves cordier - dans Monument funéraire Renaissance. Grotesques Sculptures Héraldique

Présentation

  • : Le blog de jean-yves cordier
  • : 1) Une étude détaillée des monuments et œuvres artistiques et culturels, en Bretagne particulièrement, par le biais de mes photographies. Je privilégie les vitraux et la statuaire. 2) Une étude des noms de papillons et libellules (Zoonymie) observés en Bretagne.
  • Contact

Profil

  • jean-yves cordier
  • "Il faudrait voir sur chaque objet que tout détail est aventure" ( Guillevic, Terrraqué).  "Les vraies richesses, plus elles sont  grandes, plus on a de joie à les donner." (Giono ) "Délaisse les grandes routes, prends les sentiers !" (Pythagore)
  • "Il faudrait voir sur chaque objet que tout détail est aventure" ( Guillevic, Terrraqué). "Les vraies richesses, plus elles sont grandes, plus on a de joie à les donner." (Giono ) "Délaisse les grandes routes, prends les sentiers !" (Pythagore)

Recherche