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7 février 2014 5 07 /02 /février /2014 18:40

Les vitraux de Jean Bazaine à la chapelle Ty ar Zonj de Locronan (29).

Voir :

Chapelle de la Madeleine à Penmarc'h : les vitraux de Jean Bazaine..

La mosaïque de Jean Bazaine à l'église St-Guénolé de Concarneau (29).

 

 

   Et on n’allume pas une lampe pour la mettre sous le boisseau, mais on la met sur le chandelier, et elle éclaire tous ceux qui sont dans la maison.   Matthieu 5:15 

 

Le Menez Lokorn, la Montagne de Locronan culmine à 289 mètres et offre un vaste panorama sur la rade de Douarnenez, le Menez Hom et le Cap de la Chêvre. 

                             Vue depuis Locronan. Photo Ludovic Péron.

 

C'est elle que gravit, bannières en tête, une foule de fidèles lors de la Grande Troménie qui revient tous les six ans. Comme l'écrit Fabien Lostec  "A l'intonation du "Veni Creator", la procession déroule son long cortège, bannières déployées. Au chant des cantiques, à la prière du chapelet, des litanies (en latin, français et breton) elle s'achemine sur les confins de l'antique prieuré, au long des terres de Plonévez et Quéménéven. On s'agenouille au pied de Plas a Horn avant d'en gravir la pente abrupte pour atteindre, sur la hauteur, dominant la baie Ménez Hom, la chapelle "Ar Zonj", dont on fait le tour avant d'y déposer les reliques. Puis après un temps de repos - une prédication sur le site - la procession reprend par la crête de Plogonnec. Et après les dernières stations d'Évangile, le passage près du flanc de la "Jument de pierre", elle redescend jusqu'à l'Église pour le Te Deum, le salut du Saint Sacrement, et les derniers cantiques à Saint Ronan."

L'étape du sommet de la "montagne" est dédiée à Saint Ronan et, avant la construction de la chapelle, au XIXe siècle, on dressait pour chaque Troménie une hutte en croûtes de sapin pour abriter la statue du saint ; un prêtre desservait le sanctuaire provisoire durant les huit jours des grandes troménies. Ronan trouvait-il son effigie trop exposé aux vents marins, et s'était-il fâché de s'être enchifrené ? Les prêtres souhaitaient-ils plus de confort ?  On ne le sait, mais en 1869, le vicaire, un certain Mr Léon affirma qu'il avait vu en songe un évêque qui célébrait une messe dance cet abri, et qu'à son humble avis, cela signifiait que saint Ronan voulait qu'on améliora les lieux. Son recteur, M. Pondaven, se décida à faire construire une chapelle. Sur la demande de M. Brisson, son successeur, une chaire à prêcher fut construite en 1887 par M. Le Naour sur les plans du chanoine Abgrall, la référence en matière d'architecture pour le diocèse de Quimper. On y installa une statue de Ronan en ermite. C'est du haut de cette chaire que se donne le Sermon traditionnel. Elle est à deux compartiments : ce qui permet au prédicateur de s'abriter, au besoin, contre la violence du vent ou le vif éclat du soleil. 

 

 L'Histoire ne rapporte pas, mais tout me porte à le penser, que le Seigneur Ronan, qui avait connu le roi Gradlon en personne, ne fut pas complètement satisfait par cet édicule. Il perturba sans-doute si souvent le sommeil de Madame Lemonnier, de Nantes, que celle-ci décida de faire construire en 1912 une vraie chapelle. Abgrall proposa un monument à coupole ovoïde dans le style du Sacré-Cœur de Montmartre, mais on préféra les plans de Charles Chaussepied, l'architecte de Quimper, qui s'était ici inspiré des églises du Sud-Ouest. Hélas, je n'ai pas trouvé d'image de ce somptueux monument.

L'opération de financement avait été longuement préparée par le saint patron de la paroisse:

  Madame Marie-Louise Lemonnier, (1820-1924) fille de l'avoué rennais René Toulmouche, avait d'abord épousée Mr Paul Lemonnier, ingénieur des mines :

         Mme et Mr Lemonnier

Puis, au décès de son mari, elle se rendit "par hasard" de Nantes à Locronan, où, sous l'influence d'une injonction soudaine, elle fit en 1903 un don de 11000 F pour la restauration de l'église, créa coup sur coup l'école des filles "Sainte-Anne" (1912), l'école des garçons, une maison pour les maîtres, un théâtre à la demande de Guilllaume Hémon, puis, ayant peut-être épuisé les possibilités locales,  fit construire une station de sauvetage en mer à Primelin (d'où son Canot "Paul Lemonnier"), une digue à Loctudy, une école de pêche et de navigation à Groix, un orphelinat de la marine à Pornic, un laboratoire de chimie à l'école de médecine de Nantes avant de léguer des œuvres d'art aux misées de Quimper et de Rennes. Quel charisme ce saint Ronan lorsqu'il décide d'user de ses pouvoirs !

   *René Toulmouche, avoué près la Cour Royale de Rennes, sculpteur, membre de la Société d'Archéologie, ami de Souvestre. 

 

Aujourd'hui, on lit encore, sur une grande pierre posée horizontalement dans l'enclos, l'inscription :

 CHAPELLE DU SOUVENIR ERIGÉE en 1912 PAR Mme P.L. et les HABITANTS DE LOK RON (sic)

+ par M A DV PARC ÉVÊQVE DE QVIMPER ET LÉON.

 

 

Mais Jupiter règne depuis longtemps sur la région et se rappelle aux habitants en envoyant régulièrement ses flèches de feu sur les clochers de ses concurrents, à moins qu'on en couvre le faîte par "la barbe à Jupin" (la joubarbe). Charles Chaussepied avait-il méprisé cette précaution ? Avait-on, au minimum, évoqué Sainte Barbe ?  Son trop haut clocher témoignait-il d'un hubris inacceptable ? Je l'ignore, mais la chapelle du sommet de Plas ar Horn (Plaç-ar-C'horn) fut ébranlée une nuit par un de ces sacrés orages dont le Capitolin a le secret.

Voir Église Saint-Thurien à Plogonnec II : une inscription du tonnerre!.

 D'autres coup de semonce témoignèrent des colères éprouvées en haut-lieu, si bien que les pêcheurs de Douarnenez, qui avaient pris l'habitude de prendre le clocher en relèvement pour reconnaître leurs lieux de pêche, n'eurent plus aucun amer au sommet de la montagne de Sant Ronan.

La reconstruction d'un tel point remarquable pour la navigation fut décidée, et on décida d'en faire la surprise à saint Ronan le jour de sa Troménie de 1977. On conçu un édifice plus petit, plus en rapport avec l'architecture du pays et la géographie des lieux. En revanche, le recteur réussit à décider Jean Bazaine de réaliser des vitraux pour les six ouvertures, certes pas bien grandes, du sanctuaire. Il faut dire que ce recteur de Locronan n'était autre que Maurice Dilasser, membre de la Commission diocésaine d'Art Sacré, et  très déterminé à enrichir les sanctuaires d'œuvres contemporaines. Ces vitraux sont consacrés au thème du Vent, métaphore du Souffle de l'Esprit.

 

 

Cette chapelle est entouré d'un enclos, qui contient aussi une chaire extérieure. Son nom signifie "Maison des Songes (ou des Pensées)". On le trouve écrit "Chapelle ar Sonj", "Ty-ar-Zonj", et selon un document, la donatrice Madame Lemonnier voulait dédier cette chapelle à tous les grands hommes de Bretagne, d'où ce nom de "Chapelle du Souvenir". Je prends cette information pour ce qu'elle vaut, car je la trouve dans un document qui sert de référence à l'Office du Tourisme de Locronan, et qui indique aussi "les vitraux de Bazin (sic) consacrés au thème des Prophètes".

La cloche porte l'inscription suivante :

YVONNA-RONAN

Bloav 1995

Troveni vras

C. Guillou PEK

G. Bouin PEK.

 

 

 

chapelle-ty-ar-zonj 0521c

 

chapelle-ty-ar-zonj 0537c

 

chapelle-ty-ar-zonj 0540v

 

Hélas, cette chapelle est fermée en permanence, sauf LE jour de la Troménie, entre le deuxième et le troisième dimanche de juillet. M'étant présenté la veille du Jour J, le 13 juillet 2013, j'ai trouvé porte close. (où ai-je donc entendu parler de ces lumières que l'on gardait sous le boisseau —sub modio —?)

On ne parvient à entrevoir la baie Est que par l'ouverture en forme de cœur (évitez de parler de "judas") de la porte d'entrée.

chapelle-ty-ar-zonj-0274c.jpg

      Cliquez sur l'image pour zoomer sur le vitrail.

chapelle-ty-ar-zonj 0276cc

 

chapelle-ty-ar-zonj-8822c.jpg

 

Ces six vitraux de verre, grisaille et plomb ont été réalisés par l'atelier du maître-verrier Bernard Allain (Vauhallan, près de Paris). Le vitrail du fond mesure 0,41 x 0,41m, ceux des cotés nord et sud 0,65 x 0,34 m.

C'est au Centre International du Vitrail de Chartres que j'ai enfin pu voir une Réplique d'artiste de trois des six vitraux, signés Bazaine 1994 et réalisés par Claire de Rougemont. Vitraux, verre, plomb et grisaille. A défaut des originaux, voici ces répliques : 

                         chapelle-ty-ar-zonj 0215c

 

chapelle-ty-ar-zonj 0216c

 

                                                chapelle-ty-ar-zonj 0218c

 

.

Merci à Paul Bourhis qui signale le lien suivant de l'Association LES MÉMOIRES DE LOCRONAN : 

http://www.memoires-locronan.fr/patrimoine/chapelles

.

Sources 

DILASSER Maurice, 1979: Un pays de Cornouaille. Locronan et sa région. Nouvelles Librairies de France : Paris 1979 page 580-581.

Centre International du Vitrail , 2000, Sculpter la Lumière, le vitrail contemporain en Bretagne, 1945-2000, Besançon.

Centre International du Vitrail, 1994, Jean Bazaine, Vitraux et Mosaïques Sous la direction de Jean-Pierre Greff. 

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Published by jean-yves cordier
5 février 2014 3 05 /02 /février /2014 11:49

Les vitraux de l'église St-Guénolé à Concarneau : des panneaux du XVe siècle.

 

  Jusqu'en 1929, l'église paroissiale de Concarneau se trouvait intra-muros : la Ville Close de Concarneau disposait jadis d'une église Saint-Guénolé, mais qui n'était plus, après la Révolution, qu'une ruine si misérable qu'en 1830, elle fut rasée pour construire à la place "un triste monument...un des plus beaux spécimens du style dit de 1830" (Chanoine Abgrall) avec initialement  un dôme métallique. Cette deuxième église Saint-Guénolé fut démolie à son tour en 1930, ne conservant que son pignon-clocher et sa haute tour cylindrique. De 1937 à 1980, elle fut transformée "en hospice pour vieillard", terme déplorable utilisé en ces temps obscurs qui ignoraient l'élégance discrète de notre terme d'ehpad*. * in french.

   En 1912, on construisait sur les plans de l'architecte de Quimper Charles Chaussepied (1866-1930) l'église Saint-Cœur-de-Marie, en un style aussi imposant qu'improbable, auquel les mieux inspirés trouvaient des influences byzantines. Consacrée le 17 mars 1929 mais jamais terminée, ébranlée par l'ouragan de 1987, la basilique romano-byzantine menaçait de s'écrouler quand la décision fut prise de sa démolition, en 1994. Avant de le laisser disparaître, rappelons qu'elle comprenait "un porche ouest s'étendant sur toute la largeur de l'édifice, avec tribune adossée, une nef de trois travées avec bas-côtés supportant des tribunes, - puis une sorte de transept peu débordant actuellement mais qui devait à l'origine se terminer par une chapelle et deux absidioles, transept dont la partie centrale forme un tambour octogonal sur pendentifs, - une autre partie également de trois travées avec tribunes, - enfin un choeur semi-circulaire, au-dessus d'une crypte." (Le Maître, BSAF 1987). Un dernier remords imposa que l'on conserva sa tour-clocher.

 

Source image : blog paradoxitude.

 

                      vieille église concarn

   A sa place fut bâtie sur les plans de J.F. Galmiche et V. Etasse une nouvelle église Saint-Guénolé. Elle a été consacrée pour la Saint-Michel, le 29 septembre 1999.

Avant d'en découvrir les vitraux anciens et la raison de leur présence ici, découvrons quelques objets de l'art sacré :

A tout seigneur tout honneur, la statue de saint Guénolé.

Concarneau était un prieuré de l'abbaye de Landevennec, dont Guénolé était le fondateur et l'Abbé. La statue provient de la première église Saint-Guénolé et date du XVIIIe siècle.

                             concarneau 7691c

 

Crucifix.

 

                                 concarneau 7693c

 

 

 

Bannière Saint-Guénolé Priez pour nous.

              concarneau 7692c

 

Les deux vitraux du XVe siècle.

 

Ils ont été placés dans l'église récemment, mais on ignore tout du sanctuaire (sans-doute du Finistère sud, en raison de ressemblances avec ceux de la chapelle de Kerdevot en Ergué-Gabéric et de l'église de Locronan) dont ils proviennent. Ce sont deux scènes d'un cycle de la Vie de la Vierge du dernier quart du XVe siècle (règne de Charles VIII, et mariage avec Anne de Bretagne en 1491).

 On ne connaît leur existence que depuis la fin du XIXe siècle, date à laquelle ils appartenaient au naturaliste Émile Deyrolle.

                                          Emile Deyrolle

Voir le site des magasins Deyrolle :

   La Maison Deyrolle a été, et est toujours, très renommée pour proposer aux naturalistes le matériel de chasse et de collection des insectes, et pour leur propre collection de taxidermie ou de boites entomologiques. Créée par son grand-père Jean-Baptiste en 1831, elle avait été reprise par Emile Deyrolle en 1866, et celui-ci étendit l'activité à la publication d'ouvrages spécialisés sur la faune et la flore, et des fameuses planches murales du "Musée scolaire Deyrolle". En 1888, il dispose d'un vaste magasin 46 rue du Bac à Paris, dans un ancien hôtel particulier.

La famille Deyrolle possédait une villa au Coat Pin sur la Corniche à Concarneau, et avait fait monter ces vitraux dans l'escalier, dans une fausse baie gothique en bois. C'est le frère d'Émile, Théophile Deyrolle,(1844-1923) peintre et céramiste, qui avait fait construire là un immense atelier qui fut connue comme la "Villa Coat-Pin". [Le Coat Pin à Concarneau : site Filet Bleu]. C'est Théophile qui, mareyeur sur les parcs d'huître le matin, restaura le vitrail de saint Exupère à Dinéault, actuellement au Musée Breton de Quimper. Le vitrail est intégré au décor de la maison à la façon d'un vitrail civil pour susciter l'admiration des visiteurs, dont les nombreux "peintres du Groupe de Concarneau", son beau-frère Alfred Guillou, A. Granchi-Taylor, F. Le Gout-Gérard, etc.

   De 1950 à 1989, cette villa accueillit une communauté religieuse, les Petites Sœurs de l'Assomption. Au moment de la dissolution de cette communauté, l'historien Louis-Pierre Le Maître découvrit les œuvres et les fit donner à l'association diocésaine. 

Les panneaux ont été alors restaurés par le maître-verrier quimperois Jean-Pierre Le Bihan, comme il le relate sur son blog: http://jeanpierrelebihan.over-blog.com/article-13409317.html.

  En 1995, on découvrit que quatre scènes d'une vie du Christ, d'origine bretonne, et de présentation similaire en lancettes dans des niches gothiques, étaient passées à la vente Drouot de 1927 en provenance des collections du Pr. A. Gilbert de Paris. Néanmoins, le compartimentage horizontale des deux ensembles ne coïncide pas, et a fait douter qu'ils proviennent d'une même origine.

Actuellement, ces verrières sont installés dans la baie sud du chœur, à droite de l'autel, dans un quadrillage stricte d'épaisses barlotières. Ces vitraux ne sont pas classés (!).

Il s'agit de deux lancettes trilobées de 2 mètres de haut et 0,80 m de large chacune. Elles ont en commun leurs niches architecturales d'inspiration flamande, à hautes tourelles et flèches, , traitées en grisaille et jaune d'argent et se détachant sur un ciel soit rouge, soit bleu.



 



 


          concarneau 7676c

 


 

I. L'Annonciation.

    Devant une tenture rouge finement damassée, la Vierge, nimbée, en manteau bleu et robe pourpre, est face à un livre posé sur le prie-dieu, mais elle se retourne à l'appel de l'Ange en marquant sa surprise. Ses cheveux blond , dégagés sur le front par un bandeau perlé, ruissellent sur ses épaules. Un médaillon ovale fait office de fermoir du manteau. 

L'Ange Gabriel est agenouillé. Ses vêtement rappellent ceux d'un évêque, avec un lourde chape verte aux bords richement ornés de pièces de cristal, une tunique blanche plus simple, un bonnet proche d'une mitre orfrayée. Ses ailes sont d'un beau bleu clair. Il tient dans la main gauche, non pas un lys, mais un bâton de pouvoir doré.

Marie et Gabriel sont réunis-séparés, dans l'espace intermédiaire qui est celui de la présence divine, par un bouquet de cinq lys dressés dans un vase, en symbole de virginité. Au dessus, c'est la parole divine qui circule, pliée en boucle par le manque de place. AVE MARIA GRATIA ...  DÕS TECUM, (Ave Maria  Gratia Plena, Dominus tecum, Salut Marie pleine de Grâce le Seigneur est avec toi).

Il reste à décrire le pavement en carreaux noir et blanc.

 

                     concarneau 7678c

concarneau 7684c

 

 

 

 

II. Le Mariage de la Vierge.

      Cette fois-ci, c'est sur le fond d'une tenture vert foncé que Marie et Joseph se détachent face au grand prêtre. Celui-ci porte une tenue censée illustrer sa fonction hébraïque, mais qui diffère peu de celle que portait Gabriel. C'est sans-doute le chapeau perlé qui, par sa forme pointue, est le plus caractérisé. Il unit la main droite de Marie et celle de Joseph.

  La Vierge a gardé la même tenue que dans la scène précédente, mais les pans du manteau laissent largement voir le revers frappé d'hermine : doit-on y voir une influence du mariage d'Anne de Bretagne ?

Joseph, robe bleue, chapeau ou capuche rouge, visage en verre blanc plaqué de rouge, tient un rameau fleuri (fleurs à quatre ou cinq pétales : aubépine ?). A la différence de Marie (mais en conformité avec la tradition iconographique française), Joseph n'est pas nimbé.

Le thème est, en vitrail, plus original que celui de l'Annonciation. Il est construit non pas sur les évangiles (Luc, 1,26-27 ne dit que "Au sixième mois, l'ange Gabriel fut envoyé par Dieu dans une ville de Galilée, appelée Nazareth, /auprès d'une vierge fiancée à un homme de la maison de David, nommé Joseph. Le nom de la vierge était Marie.) Ce sont les évangiles apocryphes (Livre de la Nativité de Marie) et La Légende Dorée de Jacques de Voragine qui précisent comment cela se passa.

Légende Dorée de Jacques de Voragine Livre III, Nativité de la Bienheureuse vierge Marie, 15-18

   "Quand elle eut atteint l’âge de quatorze ans, le pontife annonça publiquement que les vierges élevées dans le temple, qui avaient accompli leur temps, eussent à retourner chez elles, afin de se marier selon la loi. Toutes ayant obéi, seule la sainte Vierge Marie répondit qu'elle ne pouvait le faire, d'abord parce que ses parents l’avaient consacrée au service du Seigneur, ensuite parce qu'elle lui avait voué sa virginité. Alors le Pontife fut incertain de ce qu'il avait à faire ; d'une part, il n'osait aller contre l’Ecriture qui dit: « Accomplissez les vœux que vous avez faits » ; d'une autre part, il n'osait induire une nouvelle coutume dans les pratiques suivies par la nation. Une fête des Juifs étant sur le point d'arriver ; il convoqua alors tous les anciens ; leur avis unanime fut que dans une affaire si délicate, on devait consulter le Seigneur. Or, comme on était en prière et que le Pontife s'était approché pour connaître la volonté de Dieu, à l’instant du lieu de l’oratoire, tout le monde entendit une voix qui disait, que tous ceux de la maison de David qui étant disposés à se marier, ne l’étaient pas encore, apportassent chacun une verge à l’autel, et que celui dont la verge aurait donné des feuilles, et sur le sommet de laquelle, d'après la prophétie d'Isaïe, le Saint-Esprit se reposerait sous la forme d'une colombe, celui-là, sans aucun doute, devait se marier avec la Vierge. Parmi ceux de la maison de David, se trouvait Joseph, qui, jugeant hors de convenance qu'un homme d'un âge avancé comme lui épousât une personne si jeune, cacha, lui tout seul, sa verge, quand chacun avait apporté la sienne. Il en résulta que rien ne parut de ce qu'avait annoncé la voix divine ; alors le pontife pensa qu'il fallait derechef consulter le Seigneur, lequel répondit que celui-là seul qui n'avait pas apporté sa verge, était celui auquel la Vierge devait être mariée. Joseph ainsi découvert apporta sa verge qui fleurit aussitôt, et, sur le sommet se reposa une colombe venue du ciel. Il parut évident à tous que Joseph devait être uni avec la sainte Vierge. Joseph s'étant donc marié, retourna dans sa ville de Bethléem afin de disposer sa maison et de se procurer ce qui lui était nécessaire pour ses noces. Quant à la Vierge Marie, elle revint chez ses parents à Nazareth avec sept vierges de son âge, nourries du même lait et qu'elle avait reçues de la part du prêtre pour témoigner du miracle. Or, en ce temps-là, l’ange Gabriel lui apparut pendant qu'elle était en prière et lui annonça que le Fils de Dieu devait naître d'elle."

 

 On voit toute l'importance du rameau tenu par Joseph.

 Le thème a été traité en peinture au XIVe siècle par Giotto à Padoue et par Fra Angelico à Florence, et à la fin du XVe siècle/début XVIe par Ghirlandaio, le Pérugin et Raphaël. En Bretagne, on le trouve dans les peintures murales de l'église de Kernascleden 

 L'autre détail intéressant est le personnage féminin qui apparait à moitié derrière la Vierge.  En peinture (où les artistes disposent d'une place suffisante), les personnages qui entourent Marie, Joseph et le Grand Prêtre sont soit les prétendants éconduits (qui brisent leur baguette restée stérile), soit le cortège nuptial, soit les parents de Marie, Anne et Joachim, soit encore les autres vierges souhaîtant se marier. Cinq à sept vierges accompagnent alors, en procession, Marie. Ici, deux personnages masculins sont visibles derrière Joseph, le premier coiffé d'un bonnet pourpre.

 Ce personnage féminin portant le voile (alors que les jeunes filles ne couvrent pas leurs cheveux), je postule qu'il s'agit de sainte Anne, et que l'homme au bonnet pourpre est Joachim ; on comparera avec la peinture de Kerascleden, où leur identification est claire. Pour être complet, on notera qu'à Concarneau, une deuxième femme s'aperçoit, à coté de Anne.

 

      Remarque-t-on la discrète signature du maître-verrier restaurateur, qui semble gravé sur le socle de marbre, sous un pan de la robe de Marie ? (la meilleure place pour un artiste chrétien). On lit LE BIHAN 1996 QUIMPER.

                         concarneau 7680c

 

concarneau 7681c

 

 

 

 

 

En comparaison, voici le même thème traité à la chapelle N.D de Lansaläun à Paule (22), et qui date de 1528 :

Le vitrail de l'arbre de Jessé de la chapelle N.D. de Lansalaün à Paule. Ce n'est que maintenant que je prête attention aux deux (demi) personnages latéraux, qui, à Paule, au vu des autres panneaux, sont clairement Anne et Joachim. 

 

vitrail-jesse 3950c

 

 


III. Le Baptème du Christ (XIXe siècle).

   Il s'agit, selon le Corpus Vitrearum d'un "médaillon récent, figurant dans le style du XIIIe siècle le Baptême du Christ, monté dans la chapelle des Fonts". Il a le mérite d'être, dans le sas d'entrée de l'église, à hauteur d'homme, parfaitement accessible à la contemplation et à l'étude, ce qui permet d'observer la complexité du travail de peinture sur verre à la grisaille ou la sanguine : les traits dessinant le nez et les sourcils, l'œil, sont des calligraphies parfaites, mais la manière dont le modelé est obtenu par la peinture diluée. Cette observation devient passionnante si on se souvient de la technique que le moine Théophile recommandait dans son Livre 2  De arte vitriaria  Chapitre 20 " Des trois teintes pour illuminer à travers le verre" : Une première grisaille très diluée sur le verre, en lavis laisse passer la lumière au maximum. Avec un chiffon on enlève les parties qui doivent rester à la lumière, c'est la technique des enlevés. Puis on applique une deuxième teinte plus épaisse pour les modelés et les ombres. Et enfin la troisième couche de grisaille pour les traits plus noir et plus épais des contours.

 

concarneau 7696c

 

 


                     concarneau 7699c

 

 

                      concarneau 7700c

 



Sources et liens:

 

— GATOUILLAT (Françoise), HÉROLD (Michel), 2005 Les Vitraux de Bretagne, Corpus Vitrearum, Presses Universitaires de Rennes, Rennes page 123.

— Notice du Diocèse de Quimper Chanoine Abgrall

http://catholique-quimper.cef.fr/images/stories/bibliotheque/pdf/pdf_notices/concarneau.pdf

— Topic-Topos :http://fr.topic-topos.com/vie-de-la-vierge-concarneau

 

— FERRARO (Séverine) Les images de la vie terrestre de la Vierge dans l’art mural (peintures et mosaïques) en France et en Italie Des origines de l’iconographie chrétienne jusqu’au Concile de Trente Thèse du 8 décembre 2012  pour obtenir le grade de Docteur de l’Université de Bourgogne en Histoire de l’art médiéval Ecole Doctorale LISIT UMR ARTeHIS. Chapitre consacré au mariage de la Vierge page 224-266.

 http://nuxeo.u-bourgogne.fr/nuxeo/site/esupversions/17fe4751-4062-42ea-ad2f-f4128184e83e

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Published by jean-yves cordier
3 février 2014 1 03 /02 /février /2014 23:07

Les statues de l'église de Plourin-les-Morlaix (3).

 

 

Vierge de Pitié.

statues 0227c

 

Saint Jean l'évangéliste.

                          statues 0228c

 

 

Saint Yves entre le Pauvre et le riche.

statues 0229c

 

 

Saint Yves.

                         statues 0230c

 

 

Baptème du Christ par Jean-Baptiste dans le Jourdain.

Noter la présence, traditionnelle et légendaire, de l'ange portant la tunique, parfois identifié à saint Saturnin.

Vierges couchées (4) : calvaire de Tronoën à saint-Jean-Trolimon (29).

 

statues 0231c

 

 

 

Sainte Marguerite issant du dragon.


                   statues 0238c

 

 

Saint Sébastien.


                 statues 0239c

 

 

Vitrail : ange de l'Annonciation.

Début du XVe. Restauré au milieu du XIXe siècle.

                       statues 0240c


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Published by jean-yves cordier
3 février 2014 1 03 /02 /février /2014 23:02

 Les statues de l'église de Plourin-les-Morlaix

   (2 : Anne trinitaire) .

 


                statues 0233c

 

Voir :  Anne trinitaire de l'église de Guimaëc.

Groupes de Sainte-Anne Trinitaire de la vallée de l'Aulne.

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Published by jean-yves cordier
3 février 2014 1 03 /02 /février /2014 22:32

Les statues (et vitrail) de l'église de Plourin-les-Morlaix (1).

 

Je ne savais pas quelle œuvre présenter en premier, car tout m'avait séduit, lors d'une brève visite par un froid matin de janvier. J'étais seul dans la semi-obscurité des églises dont l'éclairage n'est pas allumé ; partant du chœur, je parvins près de la dernière baie de la façade sud. Soudain, le silence que je me plaisais à rompre de la résonance de mes pas s'amplifia pour m'imposer le recueillement.

  Aucune Foi n'était nécessaire pour comprendre la musique frémissante et tendre  que la lumière matinale faisait désormais monter.


                          statues 0235c

 


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Published by jean-yves cordier
3 février 2014 1 03 /02 /février /2014 16:10

 

   L'Arbre de Jessé de l'église de Plourin-les-Morlaix (Finistère).

 

On le boude peut-être un peu parce qu'il s'agit d'une copie de l'œuvre du XVIe siècle, copie demandée par un recteur qui trouvait l'ancienne trop vétuste. Seule la Vierge date du XVIe siècle. On ignore s'il s'agit d'une copie fidèle.

Je le trouve néanmoins très beau et très intéressant à découvrir, et je l'aborderai en toute naïveté, sans m'appuyer sur des études précédentes —que je n'ai pas trouvé— dans le seul plaisir de l'exploration du regard.

Il est à la fois semblable aux Arbres de Jessé sculptés que j'ai déjà étudiés en Bretagne, et —comme tous—, il présente des singularités. La principale est que, au lieu de trouver 12 rois de Juda échelonnés sur les branches, associés à Isaïe et Jérémie, nous voyons deux rangées de six personnages de chaque coté, et quatre personnages "au sol" soit 28 personnages dont seuls certains sont identifiés par des phylactères. Donc, un petit jeu de déduction nous attend.

 

Voir dans ce blog lavieb-aile des articles consacrés aux Arbres de Jessé de Bretagne:  

Les sculptures :

Et les vitraux : 

Et en comparaison avec les œuvres bretonnes :

Je traiterai plus tard de :

  • Vitrail de l'Arbre de Jessé de la Chapelle St-Fiacre de La Faouët : c.1480.

 Le docteur Louis le Thomas (cf. Sources) a recensé les Arbres de Jessé de Bretagne 

Parmi les 19 Arbres sculptés recencés en Bretagne dont 6 en Finistère (outre Plourin-les-Morlaix, Locquirec, Plounevezel, Plouzevedé/Berven, St-Thégonnec, St-Yvi) celui-ci appartient au sous-groupe à Démones, comme 13 de ces 19 Arbres.

  Ces Démones fascinent Louis Le Thomas, qui leur a consacré un article particulier, et les classe en deux figurations anthropomorphiques, celle de Démone-Serpent ou anguiforme, ou ophioure (ou "Echidna"), et celles, plus rares, de Démone-poisson (ou "Néreïde"). Il  voit dans ces formes qui "relèvent d'une gynécomorphie du Serpent de la tentation"  "l'occasion rare, dans l'iconographie religieuse; d'une étude du nu féminin, bustes et torses de démones ayant été, dans les Arbres de Jessé bretons, traités avec une verve évidemment complaisante et un réalisme particulièrement suggestif" car elles ont "pour attribut principal des mamelles orthomorphes, discoïdes, d'un galbe partout très exagéré" dont le mérite est néanmoins de consoler le fidèle des démons et démones de l'iconographie religieuse, très souvent affligées de mamelles pendantes, à titre péjoratif, et d'inspiration probablement monacale". Souvent, hélas, ces "exubérance mammaire a servi de prétexte à une chirurgie iconographique correctrice particulièrement tenace afin, presque partout, de réduire —sinon de supprimer— cette exubérance en pratiquant des amputations, alors qu'aux personnages "cacheurs" de Molière suffisait...le mouchoir".

 Le docteur remarque aussi que ces Démones ne peuvent être figurées entières, pour s'effacer derrière Jessé, et que le sculpteur devant les réduire à un torse ou buste plus ou moins étriqué, à caractère féminin amenuisé, accentue leur galbe mammaire par compensation.

A la question qu'avait posée le chanoine Abgrall (Est-ce Éve ? Est-ce le serpent qui l'a trompé ?), Louis Le Thomas répond : c'est le Serpent, car il tend la pomme plutôt qu'il ne s'en saisit, mais aussi en raison de ses caractères chtoniens : main griffue, tête cornue, animalité.

 

Étude de l'Arbre de Jessé de l'église Notre-Dame de Plourin-les-Morlaix (Finistère).

N.b : on pardonnera la qualité des images, prises dans une église non éclairée un matin de janvier.

   Il occupe le bras gauche du transept, au dessus de l'autel, et est encadré de deux bâtis à pilastres, médaillons monogrammés, angelots, où court l'inscription en breton Itron Varia Plourin Hor Patrones, "Vierge Marie de Plourin, notre Patronne". Il occupait jadis sans-doute une niche à volets, comme à Locquirec, mais il a été replacé dans une niche dont le fond est peint en bleu-nuit.

Dieu-le-Père —sous-titré YAWHÉ — culmine dans les Nues soutenues par deux anges.

 

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 Au centre se trouve la Vierge et l'Enfant ; la Vierge, couronnée,  traitée en Vierge de l'Apocalypse, les pieds reposant sur un croissant lunaire, fait un geste d'accueil et de don de la main droite. Je reconnais dans la manière dont son voile passe derrière sa nuque pour rassembler les cheveux cette façon que j'ai si souvent notée dans les Vierges bretonnes du XVIe siècle (voir  Vierges allaitantes : le bandeau de cheveu.) et si rarement ailleurs. Les cheveux s'en échappent pour descendre en deux mêches devant les épaules et en un ruisseau sur le dos.

Elle est vêtue d'une longue chemise ou tunique blanche, d'une robe dorée, et d'un manteau bleu aux pans réunis par un fermail de lourds anneaux d'or.

L'Enfant, blond et bouclé, vêtu d'une robe mauve, trace de la main droite une bénédiction vers l'assemblée.

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La Vierge foule la Démone, dont les traits bestiaux ne sont pas trop soulignés ici, si on excepte la main ou patte tridactyle griffue du premier plan. Les voltes maléfiques de sa queue ne sont pas visibles, ses seins "discoïdes" sont à peine soulignés, et son visage possède la grâce de celui des sirènes. Elle brandit, comme toujours, la pomme de la Tentation, et, demi-dressée, elle n'accepte pas sa défaite.

L'ancêtre Jessé, couché sur le coté, sommeille, les yeux clos, la main gauche sous la tête ; il est vêtu d'une tunique aux manches de belle étoffe grise, d'une robe rouge et d'un scapulaire gris. Le tronc de son arbre ne prend pas ostensiblement racine de son thorax, mais apparaît derrière son dos, pour se scinder rapidement en deux branches latérales. 

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Il reste à identifier les quatre personnages qui ne font pas partie de l'Arbre généalogique, mais sont tournés vers le spectateur dans des gestes de témoignage. Qui sont ces Témoins, et qu'attestent-ils ? La Tradition répond qu'il s'agit d'Isaïe et de Jérémie, proclamant la véracité de leurs prophèties Isaïe 11,1 "Puis un rameau sortira de la branche de Jessé, et un rejeton naîtra de ses racines".

Je considère que les deux personnages en robe rouge ou lie-de-vin, à coiffure "de prêtre juif", barbus, sont les deux prophétes.

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 Je dois donc m'interroger sur le personnage à robe noire, vêtu d'un scapulaire, portant une aumônière bien remplie à la ceinture. Je propose : ABRAHAM ?

De même, qui est son vis-à-vis ? Le visage glabre —le seul des 28 visages— pourrait correspondre à saint Jean, mais la présence d'une aumônière (qui est souvent un attribut du Juif vétéro-testamentaire) contredit cette idée. ISAAC ?

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J'étudie maintenant les personnages disposés sur l'arbre; ses deux branches se sont rapidement divisées encore en deux rameaux tournicotants qui donnent de gros boutons floraux servant de coussins à certains, alors que d'autres sont posés sur les branches elle-mêmes. 

Le groupe de gauche (à la droite de la Vierge):

Douze personnages sont donc répartis en deux ensembles verticaux, mais on constate vite que chacun de ces ensembles est différent : au centre, ce sont des rois, les rois de Juda, coiffés de couronne et porteurs de sceptres. Deux tiennent des livres. A l'extérieur, ni sceptres, ni couronnes ni livres, mais, pour certains, des phylactères : de bas en haut ARAM, ESROM et PHARES.

                     arbre-jesse 0221c

 

Le groupe de droite :

Il obéit à la même organisation ; parmi les "rois", on identifie le premier, David, qui tient sa harpe. A l'extérieur, les phylactères de JESÉE, OBED, BOOZ, SALMON, NAASON, et AMINADAB.


                            arbre-jesse 0220c

 

 

Ces phylactères nous permettent de nous référer à la généalogie de Jésus donné par Matthieu dans l'incipit de son Évangile : la succession est la suivante (je surligne les noms cités plus haut)  :

1) les Patriarches : Abraham - Isaac - Jacob - Juda - Pharès - Esrom - Aram - Aminadab -  Naasson - Salmôn - Booz - Obed - Jessé .

2. Accession à la Royauté : David - Salomon - Roboam - Abia - Asa - Josaphat - Joram -Osias - Jotham - Achaz - Ézéchias - Manassé - Amon - Josias - Jeconiah.

3. Déportation à Babylone et perte de la Royauté : - Salathiel - Zorobabel - Abioud - Eliaqim - Azor - Sadoq - Ahim - Elioud - Eléazar - Matthan - Jacob - Joseph - Jésus. 

On comprend donc que douze des Rois de Juda sont figurés dans les deux groupes du centre, au plus près du Christ et de sa mère ; que les ancêtres avant David sont placés en périphérie ; que Jessé est représenté deux fois ; que le Salmon en haut à droite n'est pas le roi Salomon fils de David, mais Salmôn, celui qui épousa Rahab, prostituée de Jéricho.

 Alors que la Généalogie de Jésus dans les Évangiles est basée sur le chiffre symbolique quatorze ("Il y a donc en tout quatorze générations depuis Abraham jusqu'à David, quatorze générations depuis David jusqu'à la déportation à Babylone, et quatorze générations depuis la déportation à Babylone jusqu'au Christ" Matthieu 1:17), celle des Arbres de Jessé est consacrée à la célébration du chiffre douze. Cela explique sans-doute pourquoi Abraham et Isaac sont placés au pied de l'arbre et non pas dedans. 

 

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Sources et Liens.

 

— Site Topic-topos : Plourin 

— Louis Le Thomas, Les Démones bretonnes, iconographie comparée et étude critique, Bulletin de la société Archéologique du Finistère t. 87 p. 169-221, 1961.

— Louis Le Thomas, Les Arbres de Jessé bretons, première partie, Bulletin de la société Archéologique du Finistère 165- 196, 1963.

 — Louis Le Thomas, Les Arbres de Jessé bretons, troisième partie, Bulletin de la société Archéologique du Finistère pp. 35-72, 1963.

 

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Published by jean-yves cordier
2 février 2014 7 02 /02 /février /2014 12:12

Rimes et échos dans l'onomastique des rhopalocères du "Wiener Verzeichniss" de 1775: quand Denis & Schiffermüller jouaient aux dominos avec Linné et Scopoli.

 

On peut se demander comment les auteurs choisissaient les noms dont ils baptisaient les espèces animales qu'ils décrivaient. Pourquoi celui-ci, plutôt que celui là ? Le choix est tellement vaste ! Certains, comme Linné pour les papillons diurnes de son Systema Naturae de 1758, ont fourni leurs clefs, alors que, pour d'autres auteurs, il nous revient de les découvrir. Comme dans les travaux de Georges Perec ou de ses collègues de l'Oulipo, il s'agit parfois d'une création littéraire à contraintes internes cachées, menée par des règles qui ne laissent guère de larges choix  à l'auteur. Retrouver les règles du jeu peut être  (comme dans la lecture de "La Vie Mode d'Emploi") palpitant et gratifiant. 

Noms des Papillons diurnes (rhopalocères) créés par Linné dans le Systema Naturae de 1758.

 J'ai montré précédemment que Denis et Schiffermüller avaient abondamment fait appel à l'onomastique (ensemble des Noms Propres des personnages d'un auteur) de Virgile, principalement mais non exclusivement dans son œuvre bucolique.

Onomastique virgilienne et zoonymie des rhopalocères (papillons).

  Pourtant, achoppant à comprendre, à propos de leur zoonyme agestis, [Aricia agestis ou Collier-de-Corail) la raison du non respect de l'orthographe latine de Virgile Acestes (Énéide I,195) ou du grec Ægestes, j'ai cru mettre en évidence une structure de référence spéculaire avec le nom qui précédait cette espèce dans leur liste (et avec laquelle la distinction est délicate), le Papilio Alexis de Scopoli, notre Polyommatus icarus.

 Dans mon hypothèse, les auteurs —peut-être Michael Denis, le poète et le professeur de Belles-Lettres — avaient modelé Ægestes en Agestis pour qu'il crée avec Alexis une sorte de couplage Alexis / Agestis avec un effet de rime.

 

Un autre exemple me vint alors à l'esprit : au Papilio* Macaronius de Scopoli, ils avaient répondu par un Papilio Coccajus, Coccaie étant le surnom de l'auteur des Poèmes Macaroniques. Dans leur texte, page 187, les deux noms apparaissent l'un en dessous de l'autre et l'effet graphique souligne l'effet sonore de rime (coccajus correspond à Coccaiius):

P. Macaronius Scop.

P. Coccajus.

 * Ces Neuroptères sont décrits par D. & S. comme des « Papilio ».

 Intrigué par la possibilité de trouver d'autres exemples de rimes sonores ou de reprise en écho de la structure du mot, de son sens ou de sa source dans la littérature, j'ai dressé la liste des espèces décrites. La voici.

 

Lire le "Wiener Verzeichniss" en ligne : http://gdz.sub.uni-goettingen.de/dms/load/img/?PPN=PPN574458115&DMDID=DMDLOG_0006&LOGID=LOG_0008&PHYSID=PHYS_0167


Liste des Rhopalocères décrits en 1775 par Denis & Schiffermüller.

Les noms sont classés tels qu'ils apparaissent pages 158-183, répartis en groupes de A à P. Je souligne les noms créés par D&S. Les espèces décrites dans le Supplément sont indiquées pour information mais ne sont pas comptabilisées. 

 

A

Malvae L.

Tages L

Fritillum

Comma L.

Linea Müller (P. sylvestris Poda)

Brontes

Steropes

 

B

Apollo L.

Mnemosyne L.


C

Polyxena

Machaon L.

Podalyrius L. (sic)

 

D.

Crataegi L

Brassicae L.

Rapae L.

Napi L.

Sinapis L

Daplidice L.

Cardamines L.

 

E

Rhamni L.

Palaeno L.

Hyale L.

 

F.

Galathea L.

Aegeria L.

Megaera L.

Maera L.

Dejanira L.

Ligea L.

Medea

Jurtina L.

Pyrrha

Medusa

Hyperanthus L.

Arcanius L.

Hero L.

Pamphilus L.

Manto

Arethusa

Semele L.

 
Arachne

Phaedra L.

Briseis L.

Alcyone

Hermione L.

Proserpina

[Herse : dans le Supplément page 320].

[Iphis : dans le Supplément page 321]


G.

Iris L.

Ilia

Jole (ou Iole)

[Clytie]   Forme d'Ilia ; dans le Supplément page 321.

 

H.

Populi L.

Sibylla L.

Camilla

Lucilla

 

I.

Atalanta L.

Cardui L.

Io L.

Antiopa L.

Polychloros L.

Xanthomelas

Vau album

Urticae L.

C album L.

Prorsa L.

Levana L.

 

K.

Pandora

Paphia L.

Adippe L.

Aglaja L.

Niobe L.

Latona L.

Euphrosyne L.

Pales

Dia L.

Daphne

 [Selene : dans le Supplément page 322]

L.

Phoebe

Maturna L.

Cynthia

Hecate

Dyctynna

Delia

Cinxia L.

Trivia

Lucina L.

[Artemis : Supplément page 322]


 

M.

Virgaureae L.

Hippothoe L.

Chyseis

Helle

Phlaeas L.

Xanthe

Circe

[ Lampetie: Supplément page 322]

 

N.

Endymion

Daphnis

Arion L.

Alcon 

Acis

Damon

Damaetas

Argiolus L.

Alsus

Corydon Scop.

Adonis

Alexis [Scop.]

Agestis

Argus L.

Aegon

Hylas

Battus

Amyntas.

[Dorylas : Supplément page 322]

O.
Rubi L.

Betulae L.

Quercus L.

Pruni L.

Spini.

 

P.

Macaronius Scop.

Coccajus

 

      Commentaires.

  La première constatation est que Linné lui-même avait engendré, peut-être involontairement, un système sinon rimé, du moins assonant, ne serait-ce qu'en donnant, au sein de ses phalanges, des noms masculins terminés en -us pour ses Equites, féminin terminés en -ea pour ses Nymphales, et pour quelques Plebei, à nom de plante-hôte, des noms terminés par-i.

 Le premier exemple de rimes (pauvres) entre les noms de Linné et ceux de D. & S. apparaît pour le groupe F : aux  Galathea,  Aegeria,  Megaera, Maera, Dejanira,  Ligea,  Jurtina, Phaedra, de Linné répondent en écho Medea, Pyrrha, Medusa, Arethusa et Proserpina des auteurs viennois.

      Le groupe G (Apaturinae) est intéressant car les auteurs ont choisi de répondre au nom Iris de Linné par des noms de deux syllabes commençant par la lettre I (ou J, équivallente) : Ilia et Iole (forme sous laquelle le nom est repris par Cramer, et sous laquelle il apparaît dans Animalbase)

On sait que Iris est, dans la mythologie grecque, la messagère des dieux, plusieurs fois mentionnée par Homère comme "aux pieds légers". Linné poursuit donc ses références à l'Iliade. Néanmoins, Iris est aussi citée dans l'Énéide de Virgile (Chant IV vers 700).

Ilia est la princesse troyenne, fille du roi Priam, (voir l'argument  de l'opéra de Mozart Idoménée, roi de Crète) et son nom vient d'Ilion, autre nom de Troie. Dans la mythologie romaine, elle est la mère de Romus et Romulus : c'est Rhea Sylva, "la Troyenne". Cette origine est mentionnée par Virgile dans le chant VI de l'Énéide, v.777. Le nom Ilia répond donc à Iris non seulement par son -I- initial, mais aussi par la référence à l'Iliade (Guerre de Troie) et par l'auteur commun Virgile.

Iole, ou Iolé, est la  fille d'Eurytos, roi d'Oechalie; Elle est mentionnée par Ovide (9, 140). Devenue la captive d'Héraclès et la concubine d'Héraclès à Trachis, auprès de Déjanire, celle-ci  va la considérer comme sa rivale et offrir à Héraclès la tunique de Nessos, qui, croit-elle, lui assurera la fidélité d'Héraclès. Mais la tunique, empoisonnée, cause la mort d'Héraclès. D'après les Trachiniennes de Sophocle, Hercule, au moment de mourir, avait imposé à Hyllus, le fils que lui avait donné Déjanire, d'épouser Iolé. L'effet de réponse et  d'écho du nom Iris est donc ici moins complet. (Iolas est aussi un personnage de la deuxième Bucolique de Virgile).

 Ce sont ces trois noms qui me font comparer le jeu de création littéraire auquel se livrent Denis et Schiffermüller, non pas à un poème rimé, mais à un jeu de domino, où la pièce peut s'accoupler soit à la partie initiale du mot, soit à sa partie terminale. Mais il faudrait imaginer un Domino dont les pièces aient aussi différentes couleurs, et, chacune, une note de musique : les points seraient multipliés si, en plus de réunir deux demi-pièces analogues, le joueur parvenait à faire correspondre les couleurs, ou le son. De même, le créateur de zoonymes cherche non seulement à trouver un nom ayant la même terminaison ou la même initiale que le nom modèle, mais aussi le même nombre de syllabe (compte double), la même structure, le même auteur de l'Antiquité (compte triple), la même œuvre du même auteur. Ou bien, en Scrabble ou en mot croisé, il faut trouver dans l'exemple d'Iris, un nom de quatre lettres, débutant par un I, désignant un personnage de l'Antiquité, si possible cité par Homère ou, à défaut, se rapportant à Troie. Finalement, les candidats ne sont pas si nombreux, et un nom qui semble non déterminé, pris au hasard dans une liste innombrable de noms mythologiques ou de la littérature grecque ou latine, s'avère en réalité choisi avec soin, et même imposé par les règles du jeu.

Bonus : Ilia se paye le luxe de susciter, en outre, une allusion avec le nom vernaculaire français "Le Mars" et avec la plante-hôte le saule, tous les deux cités par les deux sources littéraires du Songe d'Ilia, Ennius et Ovide. Voir la Zoonymie d'Apatura ilia.

 N.B Papilio iole est actuellement une forme d' Apatura iris caractérisée par l'absence de bande ou de taches blanches en dessus et en dessous.


 De même, pour le groupe H, Sibylla L. trouve son écho dans Camilla et Lucilla D. & S. Je comprends mieux la nécessité de choix de ce Lucilla, personnage historique (impératrice, fille de Marc-Aurèle) qui me semblait incongru.

Dans le groupe I des Nymphalinae, "vau album" répond au "C-album" de Linné, et, plus intéressant, xanthomelas (l'exception de la liste car c'est un adjectif descriptif) "jaune et noir", trouve son modèle dans le polychloros, "de plusieurs verts" ou plus vraisemblablement "de plusieurs couleurs".

Ce lien d'affinité  polychloros/xanthomelas avait déjà été repéré par A.M. Emmet (1991) qui écrivait : " Xanthomelas : Les auteurs se sont départis ici  de leur pratique de nommer les papillons de jour du nom de personnage mythologique et ont formé ici un nom basé sur la couleur, par analogie avec le polychloros et exprimant ainsi leur affinité". On ne peut mieux dire. Cela illustre qu'à coté des rimes sonores , on trouve des rapprochements basés sur la sémantique, et d'autres basés sur une même source littéraire. On voit l'importance de cet appariement des noms, car lui seul permet de comprendre et de justifier l'écart surprenant à la régle générale de dénomination.

Le groupe L des Variegati, les Damiers de Geoffroy contient neuf espèces dont  le Papilio  Maturna de Linné, le  Cinxia de Linné et son Lucina :   Maturna est une déesse romaine du blé à maturité, Lucina "la lumineuse" et Cinxia   "la ceinture" sont des épithètes de Junon. Fidèles à leur habitude, ils calquent les noms qu'ils créent sur ceux de Linné mais en  choisissant d'autres épithètes d'une déesse, Artémis en l'occurence, si possible se terminant par -a et n'ayant pas plus de trois syllabes  : Phoebe, (version féminine de Phoebus Apollon), Cynthia (en référence au Mont Cinthus (Kynthos) son lieu de naissance), Delia ( née sur l'île de Délos), Trivia (ou Phôsphoros : porteuse de lumière, de torches : celle qui éclaire) et, Dictynna ou Dictymna, compagne d'Artémis. Quand à Hecate, elle est proche d'Artémis puisque c'est, comme elle, un déesse lunaire. 

Dans le groupe N des Polyommatinae, il est évident que D. & S. ont appliqué une double consigne : répondre par un effet de rime au modèle Arion de Linné avec Endymion, Alcon,  Damon, Aegon, (comme l'avait déjà fait Scopoli ou Poda avec Corydon), et, d'autre part, puisque Arion est cité par Virgile dans sa 8e Églogue, de multiplier (comme l'avait fait Scopoli avec Alexis)  les reprises de noms de bergers virgiliens de l'ensemble des Églogues : Daphnis  Acis Damaetas Alsus Adonis Battus Amyntas.

 C'est dans ce même groupe que se trouve le couple apparié Alexis/Agestis, dans les deux noms sont proches, et dont l'auteur est le même, Virgile, soit dans les Bucoliques pour Alexis, soit dans l'Énéide pour Agestis (Acestes).

Je retrouve dans ce groupe la règle du Domino, puisque les noms viennent en "Repons" soit par leur finale, soit par leur initiale : l'initiale A du modèle Arion de Linné justifie ainsi  Alcon, Aegon, Acis, Alsus, Adonis, Amyntas et Agestis. 

Enfin la contrainte interne d'imitation du modèle Arion par un "mot de cinq lettres" est appliquée pour  Alcon, Damon, Aegon, Alsus et Hylas.

Alcon et  Aegon réussissent la meilleure performance d'imitation de Arion avec les mêmes lettres initiales et finales, le même nombre de lettres, le même auteur (Virgile), la même œuvre (Bucoliques) et le même thème (nom de personnage).


Dans le groupe O des Theclinae, il est clair que les auteurs viennois répondent par leur Spini aux Rubi, Betulae, Quercus et Pruni de Linné.

Dans le groupe P des Neuroptères, j'ai déjà mentionné le couple Macaronius / Coccajus.

 

Des Dominos à la Mimesis.

Au delà de l'aspect ludique de performance littéraire, cette écriture à contrainte obéit à l'un des principes fondamentaux de la littérature antique : la mimesis. 

L'invention poétique se donne alors comme visée l'imitation des Anciens (considérés eux-mêmes comme image spéculaire du réel, ou de la Nature) dans cette aporie [créatrice] du surpassement d'un modèle indépassable. Le plus bel hommage.

 


Conclusion.

Je n'ai pas épuisé la recherche de correspondances de fidélité entre les onomastiques de Linné et de Denis & Schiffermüller, mais le exemples que j'ai donné me semblent significatifs d'une volonté délibérée, qu'avait déjà initiée Scopoli, de conserver les mêmes stratégies dénominatives, mais aussi de donner aux noms de papillons une cohérence interne par les jeux de rimes et d'assonance, de réciprocité de sens et d'unité des sources gréco-latines.

 Étudié de manière isolée, ou au sein de la taxonomie contemporaine qui éparpille les créations des anciens auteurs, un zoonyme peut paraître insolite ou inexpliqué, alors qu'il retrouve sa cohérence lorsqu'il est replacé dans sa publication originale, et qu'on garde à l'esprit cette clef d'une recherche d'échos d'imitation, de référence, de complicité ou d'harmonie sonore avec les auteurs précédents.





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Published by jean-yves cordier
1 février 2014 6 01 /02 /février /2014 22:21

 

Onomastique virgilienne et zoonymie des rhopalocères (papillons) nommés par Denis & Schiffermüller en 1775.

 

      Voir aussi  Noms des Papillons diurnes (rhopalocères) créés par Linné dans le Systema Naturae de 1758.

 

Tu sei il mio maestro e il mio autore

Tu sei solo colui dal quale io tolsi

lo bello stile che mi ha fatto onore

Dante, s'adressant à Virgile (La Divina Commedia,  Inferno, I)

 

  Par  sa maîtrise consommée de la langue latine, par  le rythme majestueux de son hexamètre incomparable, par  la symétrie et la perfection de sa forme poétique, par  son immense savoir et par l'esprit philosophique qui imprègne son œuvre, par la force profondément morale et pratique de ses appels au devoir et à l'héroïsme, par sa présentation spirituelle de la vie humaine et lde a mort, par  sa tendresse, et par sa capacité à décrire le théâtre simple et humble de la nature, Virgile restera toujours l'un des plus grands poètes du monde. Il a été encensé par le Moyen-Âge et la Renaissance, mais, au XVIIIe siècle, lorsque l'entomologie devint une science et qu'à la suite de Linné, des passionnés de toute l'Europe se mirent à décrire, classer et dénommer les insectes, il restait la référence suprême, avec Horace et Homère, en matière d'"Humanités". 

                              Image illustrative de l'article Mosaïque de Virgile

Virgile, mosaïque d'Hadrumète (3e siècle) Source : http://commons.wikimedia.org/wiki/File:Virgil_Mosaic_Bardo_Museum_Tunis.jpg

 Dans ses Bucoliques, Virgile fonde la tradition latine de l’onomastique bucolique. L'étude de son Onomastique, dans ses trois œuvres principales, les Bucoliques et ses dix Églogues, les Géorgiques et ses quatre Livres et l'Énéide et ses douze Chants, montre  combien il influença les nomenclateurs des espèces animales. Geoffroy en 1762, Roesel (certes, dans son ouvrage sur les grenouilles) et les viennois Denis et Schiffermüller choisirent une citation de Virgile pour leur épigraphe. 

  Linné citait aussi Virgile dans son Systema Naturae de 1758, mais accordait la meilleure place à Pline l'Ancien, tout en choisissant comme thème de son onomastique des Lépidoptères le monde homérique de la Guerre de Troie. Aussi ne trouve-t-on aucun nom "virgilien" dans les noms de papilio du Systema Naturae.

En 1762, Geoffroy puisait largement dans la poésie bucolique de Virgile pour ses noms vernaculaires des papillons Amaryllis, Tircis, Corydon. L'année suivante, Scopoli avait créé le Papilio Alexis. 

 Mais c'est avec Denis et Schiffermüller, en 1775, que cette influence onomastique s'affirma. Pour le prouver plutôt que de l'affirmer, il me fallait mener la double étude des noms créés par Virgile pour ses bergers, puis ceux créés par les auteurs viennois pour leurs papillons de jour. 

 

      I. Onomastique virgilienne.

 

 Je me suis appuyé sur l'analyse que mena Daniel Vallat dans son article "Phénomènes de réécriture dans l'onomastique du genre bucolique". Cela indique que l'Énéide en est exclue.

 Théocrite, puis surtout Virgile par sa réécriture ou son réemploi des noms de Théocrite et leur réutilisation dans différentes Églogues, créèrent de véritables Types onomastique, des noms typiques de bergers et de bergères que notre poésie pastorale du XVI et XVIIe siècle reprit à son tour avec délice. Ces noms évoqueront désormais le genre Bucolique.

Cet auteur étudie d'abord l'onomastique des Idylles de Théocrite des quelques 60 noms de personnages (le n° de l'Idylle est entre parenthèse): je souligne en gras les noms (vernaculaires ou scientifiques) de papillon. 

Ageanax (7) ; Aigon (4) ; Akrotimè (27) ; Alkippa (5) ; Amaryllis (3 ; 4) ; Amyntas, Amyntichos (7) ; Antigenes (4) ; Aratos (6 ; 7) ; Aristis (7) ; Battos (4) ; Bombyka (10) ; Boukaios, Boukos (10) ; Brasilas (7) ; Chromis (1) ; Galatea (6 ; 11) ; Glauka (4) ; Damoitas (6) ; Daphnis (1 ; 5 ; 7 ; 8 ; 9 + ép. 3 ; 4) ; Erithakis (3) ; Eukritos (7) ; Eumaras (5) ; Eumedes (5) ; Hippokion (10) ; Kalaithis (5) ; Klearista (5 + 2) ; Komatas, Kerastas (5 ; 7) ; Korydon (4 ; 5) ; Kratidas (5) ; Krokylos (5) ; Lakon (5) ; Lampriadas (4) ; Lykidas (7 ; 27) ; Lykon (7 + 2) ; Lycopas (5) ; Lykoreus (7) ; Menalcas (8 ; 9 ; 27) ; Mikon (5) ; Milon (4 ; 8 ; 10) ; Molon (7) ; Morson (5) ; Myrto (7) ; Nais (8) ; Nikias (11 + ép. 8) ; Olpis (3) ; Paraibatis (3) ; Philetas (7) ; Philinos (7) ; Philondas (4 ; 5) ; Phrasidamos (7) ; Polybotas (10) ; Polyphamos (6 ; 7 ; 11) ; Pyrrhos (4) ; Siburtas (5) ; Sikelidas (7) ; Simichidas (7) ; Thyrsis (1 + ép. 6) ; Tityros (3 ; 7) ; Xenea (7) ;

Puis, Daniel Vallat dresse la liste de 44 noms de personnage choisis par Virgile. Parmi ceux-ci, 17 sont repris de Théocrite (37 %). Là encore, je souligne en gras les noms de papillons diurnes.


Aegle (6) ; Aegon (3 ; 5) ; Alcimedon (3) ; Alcippa (7) ; Alcon (5) ; Alexis (2 ; 5 ; 7) ;Alphesiboeus (5 ; 8) ; Amaryllis (1 ; 2 ; 3 ; 8 ; 9) ; Amyntas (2 ; 3 ; 5 ; 10) ; Antigenes (5) ; Bauius (3) ; Caesar (9) ; Chromis (3) ; Cinna (9) ; Codrus (2 ; 5) ; Conon (3) ; Corydon (2 ; 5 ; 7) ; Damoetas (2 ; 3) ; Damon (3 ; 8) ; Daphnis (5 ; 2 ; 3 ; 7 ; 8 ; 9) ; Delia (3) ; Galatea (1 ; 3 ; 7 ; 9) ; Gallus (6 ; 10) ; Iollas (8) ; Lycidas (7 ; 9) ; Lycoris (10) ; Meliboeus (1 ; 3 ; 7) ; Menalcas (2 ; 3 ; 5 ; 9 ; 10) ; Maeuius (3) ; Micon (3 ; 7) ; Mnasylus (6) ; Moeris (8 ; 9) ;Mopsus (5 ; 8) ; Neaera (3) ; Nysa (8) ; Palaemon (3) ; Phyllis (3 ; 5 ; 7 ; 10) ; Pollio (3 ; 4 ; 8) ; Stimichon (5) ; Thestylis (2) ; Thyrsis (7) ; Tityrus (1 ; 3 ; 5 ; 6 ; 8) ; Varius (9) ; Varus (9) ;
Animaux : Hylax (8) ; Lycisca (3).

 

L'auteur note " la variabilité des personnages d’une bucolique virgilienne à l’autre, malgré et peut-être à cause de l’identité du nom propre, crée un monde instable, où les tentatives de lectures unitaires et cohérentes des personnages sont souvent en porte-à-faux. Virgile s’inscrit certes dans un cadre prédéfini, mais ne s’y enferme pas." Il remarque ensuite que les noms nouvellement créés sont parfois latins, ce qui  semble normal pour un auteur latin, mais sont aussi des nouveaux noms grecs ("Meliboeus", ou, en pastiche des terminaisons en -as -ys et -on, Illoas, Phyllis, Alcon, Palaemon) : "Après lui, l’onomastique de la bucolique sera définitivement grecque, ce qui, contrairement aux apparences, n’était pas évident pour un genre qui manie relativement peu l’onomastique mythologique (contrairement à la tragédie) et qui, somme toute, reprend assez peu de noms propres à ses devanciers grecs (contrairement à la comédie)". En outre —et l'entomologiste n'y sera pas indifférent— « la plupart des personnages de cette œuvre ont des noms tirés des choses de la campagne ».  Mais de nombreux noms sont, par des influences grecques transgénériques, de toute époque, déjà employés par Homère (Chromis), par Callimaque (Phyllis), par Parthenius, ( Neaera), alors que Alexis provient des épigrammes érotiques de l'Anthologie de  Méléagre. Cette reprise s'accompagne d'un changement de statut, Phyllis, personnage mythologique, fille de Lycurgue devenant désormais une bergère.

 

II. L'onomastique des rhopalocères du Wiener verzeichniss de Denis et Schiffermüller (1775).  

De Homère à Virgile et de Linné à Schiffermüller ou du mythologique grecque au bucolique latin. 

Linné avait placé les papillons de jour, répartis en Phalanges, comme un monde virtuel dont les noms reproduisait la Grèce antique, celle de Homère lors de la Guerre de Troie.

 Tout en respectant ses options générales, ses successeurs opérèrent un basculement vers la poésie latine de Virgile, essentiellement bucolique mais aussi épique.

 

Je vais donc rechercher, en m'aidant des articles correspondant de Wikipédia, à quoi ou à qui font références les 48 noms de papillons diurnes (rhopalocères) créés en 1775 par les deux jésuites du Theresiangrasse de Vienne.

Je rappellerais que si Ignaz Schiffermüller, le collectionneur et dessinateur principal, était professeur d'architecture, son collègue Michael Denis était professeur de Belles-Lettres après avoir enseigné le latin. Il était surtout préoccupé de faire revivre le patriotisme autrichien par un retour aux sources de l'antiquité germanique et par la traduction d'Ossian en langue allemande, mais cela ne l'empéchait pas obligatoirement de ne pas admirer Virgile, ou de le connaître parfaitement. 

 — Acis : 1. Dans la mythologie grecque, Acis  est un jeune berger de Sicile, fils du dieu Pan et de la nymphe Symaethis, qui fut aimé de la Néréide Galatée. 2. Cité dans la 3e Églogue de Virgile par Damète ("C'est toi qui sous nos vieux ormeaux/ Brisas du jeune Acis l'arc et les chalumeaux") 

— Adippe, déjà utilisé pour un Papilio nymphalis par Linné 1767 avec la mention "in Fauna Cydippe perperam pro Adippe legitur" , Cydippe dans Fauna suecica par mauvaise lecture de Adippe. Pas d'origine étymologique, bien que les auteurs y voit le nom d'une Nymphe ou d'une femme de l'Antiquité grecque.

 — Adonis est un mortel, amant d'Aphrodite. Mais il est cité par Virgile dans la 10e Églogue.

 — Aegon : personnage des 3e et 5e Églogues de Virgile.

— Agestis, Aegestes, Aegestus ou Acestes selon Virgile, sicilien descendant des Troyens par sa mère. fils du dieu-fleuve Crimissus ou Crinisus  et de la troyenne Egeste. Il rejoint le camp des Troyens lors de la guerre de Troie puis regagna la Sicile avec son ami Elymus. Il était le roi de Drépanum, dans l'Ouest de l'île, près du mont Eryx dédié à Vénus.Aidé par Elymus, fils batard d'Anchise, il créa la ville d'Aegesta ou Segesta en Sicile. Il accueillit Énée lors de son périple, et l'aida à ensevelir Anchise sur le mont Eryx. Virgile Énéide, Livre 5, 746-778.

 — Alcon :  personnage de la 5e Églogue de Virgile

— Alcyone, fille d'Eole et épouse de Ceyx : Ovide, Métamorphoses XI v.421 et Virgile, Géorgiques Livre I v. 399.

 Apollodore, Bibliothèque (I, 7, 3-4).

Hygin, Fables  (LXV).
Lucien, Alcyon ou la Métamorphose .
Ovide, Métamorphoses  (XI, 410-580).

 — Alsus, berger cité par Virgile dans l'Énéide Livre XII vers 304-305 alors qu'il tue Podalire.

— Amyntas, Berger (Amyntas, Amyntikos) de la 7e Idylle de Théocrite, et des 2e, 3e, 5e et 10e Églogues de Virgile.

— Arachné, Arachné ou Arachne (en grec ancien Ἀράχνη / Arákhnê), dans la mythologie gréco-romaine, est une jeune fille originaire de Lydie qui excellait dans l'art du tissage. Les Métamorphoses d’Ovide, Livre VI plus ancienne attestation connue de ce mythe.

Les Géorgiques de Virgile. Livre IV v. 246 :Virgile a caractérisé l'araignée comme « odieuse à Minerve »1 ( aut invisa Minervae / In foribus laxos suspendit aranea casses)

— Arethusa, 

Dans la mythologie grecque, Aréthuse (en grec ancien Ἀρέθουσα / Aréthousa) est une nymphe du cortège d'Artémis, qui a donné son nom à la ville de  Syracuse sur l'île d'ortygie. Étant la fille de Nérée, elle est aussi une Néréide. S'étant arrêtée près du fleuve Alphée pour s'y baigner, elle inspira à ce fleuve un tel amour qu'il la poursuivi de ses ardeurs. Pour échapper à sa poursuite, elle s'enfuit jusqu'en Sicile et implore le secours d'Artémis qui, après avoir tenté de la cacher dans un nuage, la change en source ou en fontaine. L'Alphée mêle alors ses eaux à celles d'Aréthuse qui disparaissent pour venir rejaillir à Ortygie, île voisine de Syracuse, où elles formèrent une fontaine d'eau douce bien qu'entourée des eaux salées de la mer.

Les Idylles de Théocrite  mentionnent Aréthuse, de même que Virgile Éneide III v 694,  Virgile, Géorgiques Livre IV vers 344 Atque Ephyre atque Opis , et asia Deiopeia ; Et tandem positis velox Arethusa sagittis,  Virgile Eglogue X v.1 Extremum hunc , Arethusa , mihi concede laborem :  "Une dernière fois, Aréthuse, souris à mes efforts. Inspire-moi pour mon cher Gallus quelques vers, mais des vers qui soient lus de Lycoris elle-même".

 

— Artemis,  déesse grecque bien connue.

—  Battus, berger Battos de la 4e Idylle de Théocrite.

— Camilla : Camilla : Dans la mythologie romaine, Camille, fille de Métabus (roi des volsques), est une femme guerrière citée dans l’Énéide. Virgile, Énéide  (Chants VII et XI)

— Chryséis   est une jeune captive mysienne originaire de Chrysè, ville de Mysie. Fille de Chrysès, prêtre d'Apollon, après qu'on eut tué son époux Epistrophos, elle fut prise comme captive par les Grecs partis pour Troie pendant leurs raids d'approvisionnement, lorsqu'ils pillèrent Thèbe sous le Placos. Lors du partage, elle échoit à Agamemnon. Voir Eschyle, Agamemnon  (v. 1439) ; Homère, Iliade  (I ; 111 ; 143 ; 182 ; 369 ; 439) et Hygin, Fables (CXXI, 3).

— Circe, Dans la mythologie grecque, Circé (en grec ancien Κίρκη / Kírkê, « oiseau de proie ») est une magicienne très puissante, qualifiée par Homère deπολυφάρμακος (polypharmakos), c'est-à-dire particulièrement « experte en de multiples drogues ou poisons », propres à opérer des métamorphoses.Circé est la fille d’Hélios (le Soleil) et de l’Océanide Perseis, sœur d’Éétès et de Pasiphaé. Homère  Hésiode et Cicéron  la considèrent, de par sa naissance, comme une déesse à part entière, ce qui ne semble pas avoir été le cas du reste de sa parentèle.

Elle apparaît principalement au chant X de l’Odyssée d'Homère mais est citée aussi  par Apollodore, Cicéron, Euripide, Hésiode, Ovide, Pausanias, Description de la Grèce(V, 19, 7).et Virgile, Énéide, livre III qui mentionne la terre de Circé, (le Monte Circello).

— Coccajus, Merlin Coccajus, dérivé de cocus, coquus "le cuisinier", ou Merlon Coccaïe, est le surnom du dominicain défroqué italien de Mantoue Theofilo Folengo, (c1496-1554), auteur de vers macaroniques (Poema Macaronicum de gestis...Baldi ,1517), en même temps qu' Antoine Arena en faisait en France. Son ouvrage fut traduit en Français sous le titre de "Histoire macaronique de Merlin Coccaie, prototype de Rabelais " (Gallica).

L'explication du choix de ce zoonyme peu banal par Denis & Schiffermüller devient évident si on se réfère à la page 187 : la description de l'espèce suit immédiatement celle de Papilio macaronius, que Scopoli avait baptisé ainsi (p. 168). Ces deux espèces désignent deux neuroptères, les Ascalaphes : l'Ascalaphe bariolé Libelloides macaronius et l'Ascalaphe soufré Libelloides coccajus.

— Corydon, berger des Églogues 2 ; 5 et 7 de Virgile

— Cynthia, épithète d'Artémis. Étymologiquement, Cynthia vient du mot grec kynthios signifiant « qui vient du Kynthos ». En effet en Grèce, sur l'île de Délos, se trouve le mont Kynthos, lieu mythique où seraient nés la déesse Artémis et son frère Apollon. De ce fait, Artémis est parfois appelée Cynthia. Pendant la Renaissance et le Baroque, c'est l'un des noms les plus habituels de la Lune

  Damaetas (Damète) est un berger qui apparaît dans la 3e Églogue de Virgile où il rivalise avec  Ménalque devant Palémon choisi comme juge et (Galathée lui jette une pomme puis s'enfuit "en souhaitant qu'on la voit") et dans la 5e Églogue 

  — Damon est un berger qui est nommé par Ménalque et Damète dans la 3e Églogue de Virgile.

— Daphne correspond, dans les Métamorphoses d'Ovide, à la nymphe Daphné, transformée en laurier en fuyant Apollon; Ce nom désigne aussi la fille de Tirésias, prêtresse à Delphes.

 — Daphnis, fils d'Hermes et d'une nymphe, est un berger qui fut divinisé. Mais c'est aussi le titre de la 5e Églogue de Virgile, un dialogue entre Ménalque et Mopsus qui pleurent tous les deux la mort du berger Daphnis.

— Delia, ou Délie personnage féminin dont la beauté inspire à Tibulle 5 des Élégies de son Livre I. Mais Virgile avait employé ce nom dans sa 3e Églogue.

— Dictynna, ou Dictymna est une nymphe ou une déesse crétoise, avatar de Britomartis ; elle es confond parfois avec Diane et en devient un épithète (Diane Dictynne). Ovide Livre II. Tibulle 4e Élégie "à Priape". 

— Dorylas est cité par Ovide Livre XII (les Lapithes et les Centaures). Selon Pierre Chompré :"Dorylas est l'un de ceux qui osèrent attaquer Persée dans la cour de Céphée. Il fut tué avec les autres de la main de Persée. L'un des centaures se nommait Dorylas." Il appartient aux guerriers qui participèrent aux noces de Pirithous

— Endymion est un berger dont Séléné, déesse lunaire, est tombée amoureuse. Il est cité dans la 3e Églogue de Virgile.

— Hecate, Dans la mythologie grecque, Hécate (en grec ancien Ἑκάτη / Hekátê) est une déesse de la Lune, fille du Titan Persès  et de la Titanide Astéria, la nuit étoilée, et est originaire de Thrace. On considère parfois qu'elle est la fille de Tartare. Elle emprunte surtout des traits à Athéna, Déméter et Artémis. L'art grec l'a d'ailleurs souvent représentée semblable à Artémis. Ovide, Métam."la triple Hécate"   Virgile Enéide livre VI v. 118.

— Helle, Dans la mythologie grecque, Hellé (en grec ancien Ἕλλη / Héllê), fille du roi Athamas et de Néphélé, est la sœur de Phrixos. Selon une tradition rapportée par Valerius Flaccus, Hellé devient ensuite une divinité marine protectrice. Apollodore, Bibliothèque  (I, 9, 1)./Hygin, Fables  (III)./Ovide, Fastes  (III, 857-876), Métamorphoses  (XI, 195)./ Valerius Flaccus, Argonautiques (I et II).

 — Hylas est un Argonaute éromène d'Héracles qui fut capturé par les nymphes séduites par sa beauté. Il est ité dans la 6e Églogue de Virgile. (Pseudophilotes baton)

— Ilia, une prêtresse royale, aussi nommée  Rhéa Silvia, fille de Numitor, mère des jumeaux Romulus et Rémus : Virgile, Enéide: VII, 659 : Elle passe pour la fille d'Enée et son nom rappele  sa ville natale. (Apatura ilia)

 — Iole, Dans la mythologie grecque, Iole, fille d'Eurytos, roi d'Œchalie, et sœur de Déionée et d'Iphitos, pressée par Héraclès qui ravageait les Etats de son père, se précipita du haut des remparts ; mais le vent, enflant sa robe, la soutint dans l'air et elle redescendit sans se blesser. Selon d'autres versions, Eurytos refusa sa fille au héros, ce qui fut cause de sa perte et de celle de son fils Iphitos. C'est l'amour d'Héraclès pour Iole qui causa la jalousie de Déjanire et l'envoi de la fatale tunique de Nessos. Voir les plaintes de Iole dans Hercule sur l'Œta de Sénèque (v. 173-225).

Mais Iole (Iolla ou Iollas) est invoquée par Damète dans la 3e Églogue de Virgile : Iolla, mitte mihi Phyllida, est meus natalis.

— Iphis, , jeune crétoise, fille de Ligdos et de Théléthuse est évoquée par Ovide.

— Lampetie, fille du Soleil, l'une des sœurs de Phaëton avec Phaéthuse comme deux nymphes personnifiant la lumière solaire dans Homère, Odyssée, XII, mais aussi dans Apollonios de Rhodes, Hygin, Ovide, et Properce.

 

— Lucilla, Impératrice romaine (149-Capri 182), fille de Marc Aurèle et de Faustine, femme de Lucius Verus. Elle conspira contre son frère Commode, fut exilée à Capri et mise à mort 

— Manto, Dans la mythologie grecque, Manto est la fille du célèbre devin de Thèbes Tirésias qu'Ulysse alla consulter dans l'au-delà de la vie. Lorsque Thèbes capitula devant les Épigones, elle fut emmenée à Delphes auprès d'Apollon. Certaine d'avoir hérité des dons exceptionnels de son père, le dieu lui confia un de ses propres oracles, àClaros, en Asie Mineure. Elle conçut Mopsos de sa liaison avec le dieu.

Selon Virgile, elle aurait donné son nom à Mantova (Mantoue) en Italie. 


"Lui aussi  Ocnus, le fils de la prophétesse Mantô
et du fleuve toscan, arrive des rivages de sa patrie
 il te donna, ô Mantoue, des murailles et le nom de sa mère,
 Mantoue, riche d'aïeux, mais pas tous de même race" Virgile Énéide Livre X v. 199

— Medea,  Dans la mythologie grecque, Médée  est la fille d'Aétès, roi de Colchide et d'Idye, océanide, fille d'Océan et Théthys. . Elle est magicienne, comme sa tante Circé . Métamorphoses VII d'Ovide.

 

— Pales, divinité des prairies et des bergers. Virgile, Géorgiques livre III "Te quoque, magna Pales"

— Pandora, épouse d'Épiméthée.Dans la mythologie grecque, Prométhée vola le feu aux Dieux pour le donner aux hommes. Pour se venger, Zeus ordonna à Vulcain de créer une femme faite de terre et d’eau. Elle reçut des Dieux de nombreux dons : beauté, flatterie, amabilité, adresse, grâce, intelligence, mais aussi l’art de la tromperie et de la séduction. Ils lui donnèrent le nom de Pandore, qui en grec signifie "doté de tous les dons". Elle fut ensuite envoyée chez Prométhée. Epiméthée, le frère de celui-ci, se laissa séduire et finit par l’épouser. Le jour de leur mariage, on remit à Pandore une jarre dans laquelle se trouvaient tous les maux de l’humanité. On lui interdit de l’ouvrir. Par curiosité, elle ne respecta pas la condition et tous les maux s’évadèrent pour se répandre sur la Terre. Seul l’espérance resta au fond du récipient, ne permettant donc même pas aux hommes de supporter les malheurs qui s’abattaient sur eux. C’est à partir de ce mythe qu’est née l’expression "boîte de Pandore", qui symbolise la cause d’une catastrophe

Homère,  Iliade vers 527 et suivants du chant XXIV,

Apollodore, Bibliothèque: I.7.2
Hésiode, Théogonie: 561
Pausanias, Périégèse: I.24.7 

— Phoebe, Dans la mythologie grecque, ce nom peut faire référence à : Phébé la Titanide, unie à son frère Coéos, Phébé l'Héliade, qui fut changée en peuplier comme ses sœurs, Hilaire et Phébé, les « Leucippides », Phébé fille de Tyndare, fille de Tyndare, ou Phébé, surnom d'Artémis, voire de la Lune dans des textes anciens. 

C'est la Titanide lunaire qui est évoquée par Virgile : Vento semper rubet aurea Phoebe. — (Virgile, Géorgiques 1, 431).

— Polyxena, Dans la mythologie grecque, Polyxène (en grec ancien Πολυξένη / Polyxénê), fille de Priam et d'Hécube, est une princesse troyenne. Elle fut aimée d'Achille qui la vit pendant une trève lors de la guerre de Troie. Il la fit demander en mariage à Hector.  Voir  Euripide dans sa tragédie Hécube, et Ovide dans ses Métamorphoses.

"Achille et Polyxène" est la dernière tragédie lyrique de Jean-Baptiste Lully, écrite en 1687  

— Proserpina, Proserpine est une divinité romaine équivalente à Perséphone dans la mythologie grecque. Elle est la fille de Cérès (ou Déméter) et Jupiter. Proserpine est la déesse des saisons. La mythologie raconte qu’elle a été enlevée par Pluton, dieu des Enfers qui l’a ensuite épousée. Comme Pluton est le frère de Jupiter et Proserpine sa fille, on déduit que Pluton est en couple avec sa nièce. Un accord aurait été conclu avec celui-ci afin qu'elle puisse retourner avec sa famille certaines périodes de l’année. Ainsi, elle passe six mois aux Enfers (ce qui symbolise notre automne et notre hiver) puis six mois avec sa mère (ce qui correspond à nos printemps et été).

Virgile la cite dans ses Géorgiques : Iamque pedem referens casus evaserat omnes ;redditaque Eurydice superas veniebat ad auras, pone sequens, namque hanc dederat Proserpina legem, Géorgiques 4 vers 485-487

— Selene, Dans la mythologie grecque, Séléné (en grec ancien Σελήνη / Selếnê), fille des Titans Hypérion et Théia, sœur d'Hélios (le Soleil) et d'Éos (l'Aurore), est une déesse de la Lune — plus spécifiquement de la pleine lune, second membre de la triade composée d'Artémis (croissant de lune) et d'Hécate (nouvelle lune). Elle est souvent assimilée à Artémis, même si elle personnifie plutôt l'astre lunaire lui-même. Cette déesse a été romanisée sous le nom de Luna. Voir son amant Endymion.

— Spini : le nom vient de la plante-hôte indiquée dans le texte page 186, Pruni spinosae. Il fait suite à Papilio rubi, P. Betulae, P. Quercus, P. Pruni., quatre noms de Plebei nommés par Linné en fonction de leurs plantes-hôtes.

— Trivia, Trivia (du latin trivius, a, um, « qui se trouve aux carrefours ») est une déesse de la religion romaine et de la mythologie romaine, dans l'Antiquité. On pensait qu'elle hantait les carrefours et les cimetières, et qu'elle était liée aux pratiques de magie et de sorcellerie. Elle n'est parfois qu'un surnom ou un synonyme de Diane ou de la déesse grecque Hécate, avec qui elle avait en commun de posséder des sanctuaires situés près des carrefours.

 Le mot Trivia ne se trouve ni dans les Églogues, ni dans les Gèorgiques. Il est cité par Virgile dans la Descente aux Enfers de l'Énéide : Iam subeunt Triuiae lucos atque aurea tecta. Énéide, 6 ,15 "Déjà, ils pénètrent dans le bois sacré de Trivia, sous les toits dorés."  

 

— vaualbum C'est, avec Xanthomelas, l'un des deux seuls zoonymes "descriptifs" de la liste des noms créés par Denis et Schiffermüller : il indique la marque blanche en forme de virgule, ou de lettre-v- des ailes.

— Xanthe, Xanthé : l'une des Océanides selon le catalogue de la Théogonie d'Hésiode, et dans les Géorgiques Livre IV de Virgile :

 

— Xanthomelas est ici le deuxième épithète descriptif utilisé par Denis et Schiffermüller : ses deux racines grecques signifient jaune et noir et qualifie la couleur des ailes.

 

        Récapitulatif .

Cette liste des noms de rhopalocères créés par Denis et Schiffermüller comporte :

— Un seul nom de plante-hôte, Spini.

— Deux adjectifs descriptifs, vaualbum et Xanthomelas.

— Un nom cocasse, Coccajus, choisi pour répondre au Papilio macaronius de Scopoli.

— un nom inexpliqué, Adippe (Nymphe ?), mais qui provient en fait de Linné.

— 43 noms de personnages grecs ou latins soit 89,5%.

Parmi ces derniers, les auteurs viennois ont pu trouvé dans l'œuvre de Virgile plus de la moitié (29 noms soit 60%), et dans celle d'Ovide 8 autres noms.  Au total, 37 noms sur 43 proviendraient de la poésie latine, et seuls 6 sont, dans mes recherches, propres à la mythologie ou la littérature grecque. Il existe bien-sûr des noms qui sont à la fois cités par Virgile, et qui appartiennent à la mythologie antérieure.

Les 29 noms provenant de Virgile (Bucoliques 14 ; Géorgiques 6 ;  Énéide 9) 

  • Acis :  Ég 3 
  • Adonis : Ég. 10.
  • Aegon : Ég. 3- 5.
  • Agestis:  Én.
  • Alcon :  Ég 5 
  • Alcyone : Gé (et Ovide)
  • Alsus : Én
  • Amyntas: Ég. 2-3-5- 10
  • Arachné : Gé  (Ovide )
  • Arethusa :  Én ; Gé; Ég 
  • Camilla :  Én.
  • Circe :  Én.
  • Corydon : Ég. 2-5-7.
  • Damaetas : Ég 3-5
  • Damon  :  Égl.3
  • Daphnis : Ég. 5.
  • Delia : Ég. 3.
  • Endymion : Ég.3
  • Hecate : Én.
  • Hylas : Ég. 6.
  • Ilia :  En. 7 :659
  • Iole : Ég. 3.
  • Manto Én. 
  • Pales :  Gé.
  • Phoebe : Gé.
  • Proserpina Gè.
  • Trivia : Én.
  • Xanthe : Gé.

Les 8 noms provenant d'Ovide.

  • Daphne 
  • Dictynna,  
  • Dorylas 
  • Helle
  • Iphis 
  • Lampetie 
  • Medea
  • Polyxena

 

Les 7 noms restant :

— Lucilla vient à part, c'est un personnage de l'histoire romaine.

  • Artemis, dans les auteurs grecs
  • Battus, berger de Théocrite.
  • Chryséis ; Homère, Hygin
  • Cynthia,
  • Pandora : Homère, Apollodore, Hésiode, Pausanias,
  • Selene. 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

SOURCES ET LIENS.

— Virgile, Les Bucoliques texte latin et français :http://fleche.org/lutece/

— Virgile, les Géorgiques en français en ligne http://bcs.fltr.ucl.ac.be/Virg/georg/georgi.html

 
— Sylvie Ballestra-Puech, « L’araignée, le lézard et la belette : versions grecques du mythe d’Arachné », Rursus [En ligne], 2 | 2007. URL : http://rursus.revues.org/97 ; DOI : 10.4000/rursus.97
http://pendientedemigracion.ucm.es/info/amaltea/revista/num2/voisset.pdf

— Lire (JYC) http://www.anagnosis.org/phil/virgile_georgiques_iv_485_505

— Oberthür (Charles) Études de lépidoptérologie comparée.  : https://archive.org/stream/etudesdelpidop521911ober#page/8/mode/2up/search/virgile

 — VALLAT (Daniel)  « Phénomènes de réécriture dans l’onomastique du genre bucolique », Interférences Ars Scribendi, numéro 4, mis en ligne le 5 mai 2006, http://ars-scribendi.ens-lsh.fr/a

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Published by jean-yves cordier
29 janvier 2014 3 29 /01 /janvier /2014 23:10

Des putti chez les grenouilles (Roesel, 1758).

 

Introduction.

  Je poursuis mon enquête qui a débuté avec le Frontispice du Wiener Verzeichniss de Denis & Schiffermüller (1775) et ses putti aux ailes de papillons  Les frontispices du "Systematisches Verzeichniss der Schmetterlinge" de Denis et Schiffermüller (1775-1776). , puis qui m'a fait découvrir l'usage presque constant de ces fils de Vénus dans les frontispices d'Histoire naturelle du XVIIIe siècle, mais aussi dans de nombreuses gravures de l'époque qu'ils envahissent comme un petit peuple  chargé de missions qu'ils sont les seuls à connaître Frontispices et épigraphes en Entomologie (Lépidoptères). .

   J'avais posé l'hypothèse qu'ils remplissaient, en Histoire naturelle, un rôle transitionnel entre monde humain et monde sauvage, cette Nature dont, depuis le Systema Naturae de Linné en 1758, les Naturalistes s'étaient donnés mission de dénombrer et de dénommer les espèces, transgressant alors un interdit ancestral ; car il est vrai que les espèces sauvages, notamment les plus petites, dont la domestication était apparue inutile ou impossible, ne portaient pas de nom jusqu'en cette fin de XVIIIe siècle.  Nommer, c'est se rendre "comme maître et possesseur" d'un domaine resté jusqu'alors in-tact.

Aussi bien, depuis l'aube de l'humanité, les Papillons ne portaient qu'un nom collectif, "les papillons", et, parfois, "les phalènes". Notons que dans le monde grec (Maria Goudi), mais aussi ourdmourtien, italien et de Haute-Bretagne (Sébillot), le papillon est un symbole de l'âme, et notamment de l'âme des morts. On ne l'aborde pas impunément.

Pour les papillons, nommer supposait d'abord de capturer. D'élever les chenilles.  Puis d'épingler les imagos. 

Pour les grenouilles, dont il est ici question, nommer supposait aussi de capturer. Puis de disséquer. Ces transgressions délicates —et peut-être dangereuses— à représenter nécessitaient de faire encore appel aux Éros potelés et joufflus.


Pourtant, cet article se moque bien de défendre cette hypothèse parfaitement gratuite : son seul but est de faire partager le plaisir de regarder, comme avant l'âge des noms, de belles images.

 

 Le livre que j'ouvre aujourd'hui avec délectation est celui de Johann August Roesel, Historia Naturalis Ranarum Nostratium in qua omnes earum proprietates / Die natürliche Historie der Frösche hiesigen Landes Nürnberg, 1753-1758 : "L'Histoire Naturelle des Grenouilles de notre région". Il a été publié par volumes séparés de 1753 à 1758 et préfacé par Haller. Le tirage a atteint 600 exemplaires.

Selon M. Niekisch, Roesel a été victime d'un A.V.C (hémiplégie gauche) en octobre 1752 et a repris le travail en 1753 : sa production et son étude zoologique n'en deviennent alors que plus admirables; (Wikipédia donne la date de 1759 pour cet accident).

Chacune des Sections est introduite par une Vignette gravée (la plupart par Martin Tyroll), représentant les grenouilles, pour la première fois, dans leur milieu naturel. Ces vignettes précèdent le corpus des Planches, réuni en fin d'ouvrage, réalisées par Roesel lui-même, et qui présentent les différentes espèces de grenouilles (famille des Ranidae, Ordre des Anura) dans des scènes de copulation qui alternent avec des travaux de dissection des dites grenouilles montrées avec la plus grande précision et l'absence de toute retenue. Les Vignettes introduisent prudemment le lecteur à ces transgressions, et s'opposent, par leur monde enchanté et médiatisé, à l'ensemble des Planches.

Toutes les images proviennent de l'exemplaire mis en ligne par l'Université d'Heiselberg, rognées et cadrées, parfois éclaircies ou contrastées.

 

 

 Roesel, AJ 1758. Historia natvralis ranarvm nostrativm dans QVA omnes earvm proprietates, praesertim qvae annonce generationem ipsarvm pertinente, fvsivs enarrantvr, CVM praefatione illystris viri Alberti v Haller. - Die natürliche Historie der Frösche hiesigen Landes, worinnen alle Eigenschaften derselben, sonderlich aber ihre Fortpflanzung, umständlich beschrieben werden. Mit einer Vorrede Herrn Albrecht von Haller. Herausgegeben und mit zuverlässigen Abbildungen gezieret. - Pp [1-9], V-VIII [= 5-8], 1-115, [1], pl. [A], onglet. I-XXV [= 1-25]. Nürnberg. (Fleischmann). 

 

1. Les cigognes mangeant les grenouilles près d'un déversoir.

Dessin de Roesel, gravure G.D. Heumann.

Roesel Ranarum nostratium Cigognes

 

 

Section II : Putti disséquant une grenouille.

Dessin Johan Justin Preisler (1698-1771), directeur de l'Académie de peinture de Nuremberg), gravure Martin Tyroll.

Selon M. Niekish (2009), "Preisler" représente en réalité soit Roesel lui-même, soit son épouse et collaboratrice Elisabeth Maria Roesel (jusqu'à son décès en mai 1758), soit son ami et maître Georg Leonhardt Huht.

Un putti coiffé d'un chapeau de paille tient un scalpel. A l'opposé, son collègue porte le filet à grenouilles. Une chouette a capturé une grenouille.

Au centre, étendue sur un faisceau de roseau, une grenouille est retenue par des liens végétaux (tout est très "nature" dans cette scène) alors qu'un putti, qui a abandonné sa lyre, exécute d'un bistouri adroit une incision médiane. Son assistant l'observe avec intérêt ; il tient une "lancette" si démesurée qu'il semble avoir quitté précipitamment Mars endormi, sans quitter son égide à tête de Gorgone. (Voir Botticelli, Vénus et Mars :

                                           Image illustrative de l'article Vénus et Mars

Roesel Ranarum nostratium sectio II putti dissection

 


 

3. Section III. Chasse à la grenouille par les putti armés d'arbalètes.

Dessin de Johan Justin Preisler, gravure Martin Tyroff. Le chapitre est consacré à la grenouille verte, "Der Grüne Wasserfrosche" . 

Cette technique de chasse, destinée à satisfaire la demande de cuisses de grenouilles, est paraît-il attestée, et l'arme porte en allemand le nom de "Froschschnepper" (Arbalète à grenouille), décrite dès 1731 ("Frosch-Schnepper, ist ein Instrument, die Frösche damit zu schiessen. Es bestehet solches in einem an einer langen mit einem stählernen Bogen versehenen hvltzernen Armbrust oder Schnepper, auf welcher ein langer von starcken ... ").

roesel ranarum nostratium sectio III putti arbalete

 

4.Section V. Bord d'étang : reproduction et ponte des grenouilles. 

Pas de putti cette fois-ci ; peut-être parce que la gravure est l'œuvre de Roesel lui-même.

Je retrouve ici le point de vue à raz de terre que Roesel avait adopté pour son frontispice. La saison de reproduction, pendant laquelle les grenouilles pondent dans les eaux peu profondes les longs chapelets d'œufs que l'on voit serpenter ici, correspond aux mois de février à avril, mais les deux hirondelles représentées incitent à penser que nous sommes plutôt en avril. 

Les deux poteaux de bois portent, gravés, chacun la lettre R inscrite dans un cercle. Il est possible que cela fasse allusion au couple des Roesel, ou au décès de l'épouse de Roesel en mai 1758.

roesel ranarum nostratium sectio V bufo

 

      5. Les autres vignettes.

 Trois vignettes montrent des lieux où Roesel a réalisé son travail de terrain ; ce sont trois châteaux (qui existent toujours quoique l'un soit en ruine), alors entourés de lacs ou de zones humides

  — "Die Oberg-Bürg bey Nürnberg" (Section IV) dans le chapitre consacré au Sonneur à ventre jaune ; gravure par Heumann. Le séjour de Roesel à Oberburg est attesté : l'endroit appartenait à Lorenz Wilhelm Neubauer et à Johann Georg Friedrich von Hagen. Ce dernier avait hérité d' Oberburg en 1748, avait soutenu le travail de Rösel et acheté après sa mort une partie de sa collection.

— "Unter-Bürg bey Nürnberg", (Section VI), par Christ ......

— "Gleishammer beis Nürnberg" (Section VII), par J.A. Joninger (?). Aujourd'hui "Zeltnerschloss".  Chapitre du crapaud calamite Kreuzkröte. 

Quelques exemples des Planches.

Il existe 24 Planches.

N.B : j'ai omis toutes les scènes de dissection, pour favoriser le regard d'artiste de Roesel plutôt que son regard de naturaliste ; j'ai conservé les images de tendre étreinte.  Les amateurs de dissection peuvent consulter les planches elles-même en ligne.

      Gravures sur cuivre mises en couleur à la main, J. A. Roesel dessinateur et graveur.

Tab. I. Coitus et generatio ranae fuscae terrestris, détail :

Roesel Ranarum pl I

 

Roesel ranarum Planche

Roesel ranarum Planche IX

 

Roesel ranarum Planche IX. bas png

 

Roesel ranarum Planche XIa png

 

Roesel ranarum Planche XVIIa

Roesel ranarum Planche XXIa

 

Roesel ranarum Planche XXIa 2

Roesel Ranarum pl I. 2 png

 

Source et liens.

— NIEKISCH, Manfred 2007 : "Die Vignetten der Historia Naturalis ranarum Nostratium 1758 Einblicke in das Leben et Werk des Août Johann Roesel von Rosenhof und seine herpetologischen Pionierleistungen" . Sekretær 7 (1): 33-60

 http://eurekamag.com/research/030/911/die-vignetten-der-historia-naturalis-ranarum-nostratium-1758-einblicke-das-leben-werk-des-august-johann-roesel-von-rosenhof-und-seine-herpetologischen-pionierleistungen.php

— Exemplaire numérisé par l'Université d'Heidelberg 

http://www.ub.uni-heidelberg.de/helios/fachinfo/www/kunst/digilit/natura/roesel1758.html

— Exemplaire numérisé par Goettingen 

http://gdz.sub.uni-goettingen.de/dms/load/img/?PPN=PPN484611879&IDDOC=275809

— Exemplaire mis en ligne par Gallica (déplorable) :http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k970909/f10.image

— Planches numérisées de l'Université de Bourgogne (avec Haller en nom d'auteur) :http://www.queneau.fr:8080/sdx/pl/doc-tdm.xsp?id=D0002_d0e27606&fmt=tab&base=fa

— Article du NZ Nürgerger Zeitung :

-  http://www.nordbayern.de/nuernberger-zeitung/2.192/kunstler-und-froschflusterer-1.666652/kommentare-7.491792

- http://www.nordbayern.de/nuernberger-zeitung/2.283/die-welt-der-insekten-und-frosche-auf-kupfertafeln-1.626717

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Published by jean-yves cordier
27 janvier 2014 1 27 /01 /janvier /2014 22:03

Frontispices et épigraphes en Entomologie (Lépidoptères) au XVIIIe siècle.

 

Voir : Les frontispices du "Systematisches Verzeichniss der Schmetterlinge" de Denis et Schiffermüller (1775-1776).

 Ayant découvert le frontispice et les épigraphes de Denis & Schiffermüller (1775), j'ai voulu savoir quelles avaient été les options des autres auteurs contemporains en Entomologie, notamment dans les traités de lépidoptérologie. Ma récolte fut modeste, ce qui confère d'autant plus de valeur à la publication des deux jésuites viennois, mais elle ne fut pas sans intérêt.

Rappel chronologique des publications:

 

  • 1630 : Hoefnagel, Diversae insectarum volatilium.
  • 1734-1742 : Réaumur, Mémoires pour servir à l'histoire des insectes, 6 volumes.
  • 1758 : Linné, dixième édition du Systema Naturae.
  • 1761 : Linné, Fauna svecica, 2ème édition
  • 1762 : Etienne Louis Geoffroy, Histoire abrégée des insectes qui se trouvent aux environs de Paris, 2 volumes in-4°, Paris.
  •  1763 : J.A. Scopoli, Entomologica Carniolica,Vienne. https://archive.org/details/ioannisantoniisc00scop
  • 1766 : Moses Harris, The Aurelian or Natural History of English Insects, namely Moths and Butterflies. puis en 1775 The English lepidoptera, or the Aurelian's Pocket Companion.
  • 1767 : Linné, 12ème édition du Systema Naturae.
  • 1775 : J.C.Fabricius, Systema entomologica.
  • 1775 : Rottemburg (S.A.von)  "Anmerkungen zu den Hufnagelischen Tabellen der Schmetterlinge", in Der Naturforscher, J.J Gebauer Witwe und J.J Gebauer :Halle
  • 1775 :  J. Caspar Fuessly .  Verzeichnis der ihm bekannten schweizerischen Insekten mit einer ausgemahlten Kupfertafel: nebst der  Ankündigung eines neuen Insecten Werks,  Zürich, H. Steiner,1775. http://www.biodiversitylibrary.org/bibliography/65772#/summary
  • 1775 : Denis et Schiffermüller,  Ankündigung eines systematischen Werkes von den Schmetterlingen der Wienergegend. /1776  Systematisches Verzeichniss der Schmetterlinge
  • 1776 : J.C. Fabricius  Genera insectorum
  • 1776 : Otto Friedrich Müller, Fauna insectorum Fridrischdaliana. Zoologiae Daniace Prodromus.
  • 1775 à 1782 : Caspar Stoll et Pieter Cramer, Die uitlandische Kapellen : description de 1650 espèces du Surinam.
  • 1777-94 : J.C.Esper Die Schmetterlinge in Abbildungen nach der Natur, 
     1-5, seconde édition avec additions   par Toussaint von Charpentier en 1829-1839.
  • 1779-1792 :  Jacques-Louis Florentin Engramelle, Papillons d'Europe peints d'après nature Planches peintes par M. Ernst, gravés par M. Gérardin, et coloriés sous leur direction, décrits par le R.P. Engramelle, religieux augustin du quartier de Saint Germain, À Paris chez Delaguette/ Basan & Poignant, 29 cahiers, 8 volumes.

 

 

                    I. Frontispices.


Définition (Wikipédia) : "Un frontispice est une illustration, placée, dans un livre, sur l'une des pages de titre. Il peut être sur une page faisant face à la page de titre, ou se trouver sur la page de titre, sous le titre. Souvent réalisée en gravure, le frontispice représente généralement une scène importante du livre, ou le portrait de l'auteur". Pour Littré, son sujet "est analogue au but et à l'esprit de l'ouvrage". C'est dire l'importance de son étude.

Furetière : en architecture, il s'agit de " la face et la principale entrée d'un vaste bâtiment qui se présente de front au spectateur". 

 

1°) édition de 1481 de Thomas, de Cantimpré, Das Buch der Natur page 244 http://www.wdl.org/fr/item/3158/view/1/244/

 

Il ne s'agit en réalité d'un frontispice, mais d'une illustration (gravure sur bois, colorée) en plein volume, dont l'intérêt tient à son ancienneté.

              Fullscreen-capture-12012014-50230-PM.jpg

 

2°) Hoefnagel, Diversae insectae, 1630.

 

Jacob Hoefnagel est un artiste néerlandais, né en 1575 et mort vers 1630. Il est le fils de Joris Hoefnagel (1545-1600), un artiste d'Anvers employé par les ducs de Bavière qui réalise les illustrations des plantes et d'animaux présents dans le cabinet de curiosités de l'empereur Rudolph II, à Prague. Jacob réalise la gravure des peintures de son père.

Ses Diversae Insectarum Volatium icones ad vivum accuratissimè depictae per celeberrimum pictorem paraissent chez Nicolao Ioannis Visscher d'Amsterdam en 1630. C'est l'une des toutes premières œuvres uniquement consacrée aux insectes. Les illustrations d'Hoefnagel sont souvent les premières que l'on connaissent pour de nombreuses espèces. Les 16 belles gravures montrent 302 insectes dont 37 Coleoptères, 22 Orthoptères, 14 Odonates, 16 Neuroptères, 72 Lépidoptères, 35 Hyménoptères, 78 Diptères, 21 Hémiptères et 7 larves. Ces espèces viennent du centre et du nord de l'Allemagne. (Wikipédia consulté le 27/02/2014)

 

Exemplaire numérisé par BHL

n4_w627

 

 


3°) Réaumur, Mémoires pour servir à l'histoire des insectes, 1734

   Cette gravure sur cuivre est due à Philippe Simonneau. Là encore (décidément !) ce n'est pas un frontispice, mais une vignette appartenant à la première page (p.14) du premier mémoire : elle a le mérite d'illustre tous les procédés que Réaumur déployait dans sa propriété du Poitou. Ce grand savant, qui fut président de l'Académie des Sciences pendant quarante ans passait le temps libre de ses étés à étudier avec la plus grande minutie les insectes et à en dessiner les métamorphoses, et, ici, il nous fait, pour ainsi dire, pénétrer dans ses laboratoires.

Vendee-Tourisme-Manoir-des-Sciences-de-Reaumur-facade   images?q=tbn:ANd9GcSGPCfdMBGCw8_ybB8y1ce 

 

              n14_w428  

Vignette-Reaumur.png


4°) Roesel von Rosenhof, Insecten Belustigung, 1740.

Der monatlich-herausgekommenen Insecten Belustigung Erste Sammlung, August Johann Rösel Miniatur-Malhern, Nürnberg, Fleischmann

Un mot sur le titre : il se traduit par "Amusement des Insectes", ou "Le Divertissement par les Insectes".

Source image : Heidelberger H.B.

 Cette fois-ci, c'est un réel frontispice, et l'un des plus beaux ou des plus riches, parce que plein de mystères. Nous y trouvons des vases fleuris au sommet d'un portique, une figure allégorique, une statue de la Diane d'Éphèse entre deux cerfs, un savant de l'Antiquité qui se consacre à la Géométrie (Aristote ? Pythagore ?), un bas-relief d'un autre Maître de l'Antiquité, et surtout, un épigraphe et une scène à putti sur lesquelles je vais revenir.

- Le bas-relief ovale serait celui de Pline l'Ancien (23-79 ap. J.C).

- Le personnage assis serait la Science, tenant des instruments de mesure et un triangle avec une masse de gravité, une allusion à Newton.

- L'Allégorie témoigne de la recherche du Savoir (car elle tient un livre) associée à l'enracinement dans le monde réel (elle pose le pied sur la sphère terrestre), par une vision clairvoyante ( la main droite tendue vers le Soleil) dans le but de favoriser la Paix (la palme de son bras gauche).  

- La signification de la présence de la statue de l'Artemis d'Éphèse, telle qu'elle est conservée au Musée archéologique d’Éphèse entre deux animaux, mériterait une réflexion à part entière. Représente-t-elle la Mère primordiale ? Elle est considérée aussi comme Astarté, déesse de la fertilité, de la beauté et de l'amour. Elle tient un lion ou un griffon sur chaque bras, de multiples animaux sont posés sur les étagères de son tronc-colonne (licornes, centaures, chevaux, dromadaires, bœufs). Tout cela est bien, mais maintenant, que sont ces nœuds sur son voile ? Six papillons, dont les deux sommitaux croisent leurs antennes. Comparée à son modèle (infra, Wikipédia), il s'avère qu'il s'agit d'un petit clin d'œil fantaisiste de Roesel.

                                 220px-Sel%C3%A7uk_statue_Artemis.jpg

 

(Artémis multimammia du type d'Éphèse, IIe siècle apr. J.-C., Musée deSelçuk)


Ce frontispice coloré est l'œuvre de Johan Justin Preisler (1698-1771) et a été gravée par Martin Tyroff (Augsbourg 1704-1758), graveur en taille douce et marchand d'estampes à Nuremberg et auteur d'un autoportrait de 1751 (INHA), de portraits, de compositions à putti, etc.

Les deux artistes ont aussi collaborés pour des armoiries (Arm. Imhoff, Arm. Haller, Arm. Gender), un portrait de l'empereur François Ier, un buste de Georges III (Br. Mus.) : dans tous les cas, le style est assez proche du frontispice étudié, avec des putti entourés d'allégories.

                  Frontispice-roesel.png

 

L'épigraphe.

  Il s'agit d"une citation extraite de l'Histoire Naturelle de Pline, Livre XI chapitre 2* : RERUM NATURA NUSQUAM MAGIS QUIAM IN MINIMIS TOTA EST.

* chapitre 1 des éditions actuelles.

 Elle peut se traduire par "la nature des choses n'est nulle part mieux révélée que dans les petites choses." et est extraite de ce passage :

sed turrigeros elephantiorum miramurumeros

 taurorumque colla et truces in sublime iactus, 

tigrium rapinas, leonum iubas,

 cum rerum natura nusquam magis quam in minimis tota sit. 

quapropter quaeso ne legentes,

quoniam ex his spernunt multa, 

etiam relata fastidio damnent, 

cum in contemplatione naturaenihil possit uideri superuacuum. 

  "Nous admirons les épaules des éléphants chargées de tours, le cou des taureaux, leur force à lancer en l'air ce qu'ils saisissent, les déprédations des tigres, les crinières des lions, tandis que la nature n'est tout entière nulle part plus que dans les êtres les plus petits. En conséquence, je prie les lecteurs, malgré le mépris qu'on a pour beaucoup de ces insectes, de ne pas condamner et dédaigner ce qui est rapporté ici : dans l'observation de la nature rien ne peut paraître superflu." (Trad. Dubochet 1848)

  Elle sera reprise par Guillaume-Antoine Olivier en 1808 en introduction de son Entomologie page de titre, par Dézalier d' Argenville dans sa Conchyliologie de 1780, etc. Mais surtout, Linné placera la suite immédiate de cette citation au cœur du Systema Naturae de 1758, p. 341, juste au moment où il aborde les Insectes.

Je n'ai trouvé qu'une seule description ou transcription de cet épigraphe (et du frontispice) par Charles Oberthür, Études de Lépidopterologie comparée, 1910 p. 81.

 

Les Putti et leurs occupations.

Ces petits Amours que j'avais découvert sur le Frontispice de Denis et Schiffermüller 1775 avaient, manifestement, des ancêtres : il s'agit d'un Thème qui est repris et décliné par de nombreux auteurs, et dont il me faudrait chercher les références littéraires. Ces putti sont d'autant plus intéressants qu'ils se livrent aux mêmes occupations que chez les deux auteurs viennois : l'un capture les papillons de son petit filet (mais non, il pêche avec son troubleau dans une petite mare ! Quoi ? Des grenouilles bien-sûr !), alors que les deux autres s'émerveillent devant les beautés du Petit Monde après avoir épinglé les papillons multicolores sur des plateaux rond ou rectangulaire. Des flacons de verre annoncent de studieuses analyses des espèces prélevées. On peut, puisque l'auteur nous incite à nous émerveiller des plus petits détails, noter l'escargot qui progresse à gauche, ou le nœud papillon dans les cheveux du putto agenouillé.


                             Frontispice-roesel-detail.png

 

Les putti appartiennent, depuis l'Antiquité, au vocabulaire des ornemanistes, mais, dans ces frontispices, ces petits êtres semblent avoir une autre fonction que celle d'ornements et être  les Génies intermédiaires, créatures hybrides entre la Science et la Nature ou médiateurs transitionnels entre le monde domestique et dénommé, et le monde sauvage sur lequel l'homme doit encore assurer son emprise: quelques exemples :

Dessin de Jacques de Sève, gravure de Dominique Sornique,  Buffon, Histoire Naturelle, III, 1749, vignette précédant la « Description du Cabinet du Roy », p. 1.  

                25813_36.png

Buffon, Histoire Naturelle, Cabinet du roi, tome III page 13

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Buffon, Histoire Naturelle, Tome I page 3, Premier Discours.

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4'°) Roesel von Rosenhof, Insecten Belustigung, Partie 3, 1740 .

Cette fois, le dessin est signé Nicol Gabler [Nicolas Gabler (1725-1785)].  On lit ensuite Roesel a R exec. puis Mich. Rößler sculps.

 

Charles Oberthür a décrit l'espèce de papillon qui figure ici dans ses Études de Lépidopterologie comparée fasc.V de 1911 page 12 : Callimorpha dominula Linné, 1758, l' Écaille marbrée rouge.

Cf. Roesel Vol. 3 page 267-270 et planche 47; sa chenille est celle, velue, noire rayée de jaune qui croque un bouton de fleur. 

La chenille du premier plan est celle que Roesel fait figurer dans la Planche I : celle du Sphinx Tête-de-mort Acherontia atropos. Je peux alors en déduire que le feuillage et les fleurs blanches qui l'entourent sont celles de Solanum tuberosum, la pomme de terre.

Plus bas, on voit une sorte d'asticot dans une coupelle : je laisse au suivant le soin de l'identifier.

Le frontispice de l'exemplaire numérisé par GDZ Göttingen est celui-ci : le titre  est inscrit sur une feuille de papier posée sur un pot de grès ; j'ai mis un certain temps à comprendre que c'est son couvercle, dont la poignée est munie d'un anneau, qui est posée devant nous. 

               Roesel-Insecten-belustigung-partie-2-frontispice.png

Par contre, le frontispice de la version publiée en néerlandais par son gendre Kleemann, dans l'exemplaire numérisé par BHL library est presque identique mais réserve une surprise. A la place du titre, un curieux dessin a été reporté : c'est un détail de la Planche 73 de l'ouvrage en allemand celle qui débute, après un nouveau frontispice , Die historie der polypen der süssen Wasser und anderer kleiner Wasserinsecten hisiges Landes, "l'Histoire des Polypes d'eau douce et autres petits insectes de nos régions.".  Roesel, s'étant procuré un microscope, et de l'eau d'un marais voisin, observa dans le vase quelques globules mêlées à un grand nombre d'autres petits êtres : ils reposaient au fond de l'eau, et ressemblaient bien plus à des grains de matières muqueuse ou au fruits de certains mollusques qu'à de véritables polypes. Chaque globule est retenu à la masse commune mais celle-ci est libre ; elle change de place assez volontiers mais lentement et se fixe tantôt en un lieu tantôt en un autre. Roesel leur donna le nom de Feberbusch Polypen ou Polypes à plumets. Cuvier rebaptisa ces zoophytes bryozoaires les Cristatella.

  Roesel raconte sa découverte des travaux de Abraham Trembley, ce Genévois réfugié aux Pays-Bas et qui avait découvert en 1740 "la régénération des hydres d'eau douce". Il devint du jour au lendemain une star internationale, non seulement par la découverte de ce petit animal long d'un centimètre et ressemblant à un tube muni d'une tête en forme d'étoile, ou de sa capacité de se regénérer après avoir été coupé en deux, mais par l'idée d'envoyer par la poste à ses correspondants un kit composé des petites bêtes dans une bouteille et d'un mode d'emploi. Plus tard, il étudie de nouveaux polypes d'eau douce, qui ne mesurent plus qu'un dizième de millimètres.

Roesel signale aussi les travaux de Baker et Anderon (William Anderson] qui baptisent des polypes The Bell-flowers animals or Plumed-polypes.

http://www.geology.19thcenturyscience.org/books/1838-Johnston-BritishZoophytes/PDFpages/316.pdf

Trembley http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k8515435

Certes, j'ai quitté le sujet que je m'étais fixé, l'entomologie, mais j'ai découvert un aspect méconnu des travaux de Roesel : les notices biographiques Wikipédia en français, anglais ou allemand ne les mentionnent pas. Découvrez-les ici GDZ page 433.

                         Roesel-Frontispice-Insecten-Belustigung--partie-trois-Kleem.png

Le Frontispice de l'Histoire des Polypes d'eau douce de Roesel :

On notera le sens de l'humour de l'auteur, qui crée un caducée et un casque ailé d'Hermès à partir de ses zoophytes.

                               Roesel-Frontispice-Histoire-des-Polypes-d-eau-douce-png

 

 

 

 

5°) Geoffroy, Histoire des insectes, 1762, Tome I.

 

Cette vignette sous le titre permet de découvrir aussi l'épigraphe, une citation du Livre IV des Géorgiques de Virgile :

Admiranda tibi levium spectacula rerum, "je te ferais découvrir des choses admirables" ou "je te ferais voir le spectacle admirable des choses".

Un ruban couronne la gravure, et porte les mots FIDES ET CONCORDIA AD LABOREM CONCITANT ("Soutenu par la foi et l'harmonie au travail ??"). Le ruban se termine, à gauche, par une clef.

La gravure associe encore deux allégories (Fides et Concordia ?) et deux putti occupés à prendre soin de plusieurs ruches . Celle-ci sont posées sur une base en marbre blanc qui porte une inscription en italiques. Hélas, je ne peux déchiffrer que le premier mot, "Papillon". Au premier plan brûle un pot à feu.


page-de-titre-Geoffroy-tome-I.png

 


6°) Engramelle, Papillons d'Europe peints d'après nature, 1779.

Ce frontispice a été dessiné par Gérardin et gravé par J.J Juillet. Deux arbres délimitant un sentier à l'orée d'un bois sert de support à une tenture frangée d'or. Le titre s'y trouve inscrit :

 Insectes d'Europe peints d'après nature par Ernst Gravées et Coloriés sous sa direction Première partie. Les chenilles crisalides et Papillons de Jour. Décrits par le R[évérend] P[ère] Aug[ustin] Q[uartier S[aint] G[ermain].

Se vend à Paris chez :

-MM. Ernst et Gerardin Rue de la Harpe Ancien Collège de Narbonne

-P.M De Laguette Imprimeur -Libr, rue de la Vieille Draperie

-Bazant et Poignant Mds d'Estampes rue et hotel Serpente.

Avec Privilège du roi

On entrevoit sous le rideau une vue urbaine, réduite à un château dont on discerne le donjon et la porte à herse, et qui semble entouré d'eau. 

Trois papillons sont représentés : une piéride sur une pivoine, un azuré, et un nymphalidé.

                                1

  Mais j'ai eu la surprise de constater qu'il existe selon les exemplaires, des différences notables. Ainsi, celui que présente (hélas en noir et blanc) Archive.org (ici) montre, dans la partie basse, au lieu d'une piéride, ce qui ressemble à un mâle d'Aurore  Anthocharis cardamines, et, de l'autre coté, sous toute réserve, une Carte Géographique Araschnia levana. Mais surtout, on distingue deux ou peut-être trois belles chenilles qu'il vous revient d'identifier.

 

 7°) Engramelle, Papillons peints d'après nature, Volume III.

 

Cette potiche en stuc à l'assaut de laquelle monte une pyramide de fleurs m'intéresse moins, bien que le Sphinx de droite semble une citation du frontispice de Denis et Schiffermüller. La chenille verte est celle d'un Sphinx .

 

 

                           Frontispice-Engramelle-vol.-II-gallica.png


8°) HERBST Johann Friedrich Wilhem, JABLONSKY Karl Gustav, 1793,  Natursystem aller bekannten ins und ausländischen Insecten als eine Fortsetzung der von Büffonschen Naturgeschichte Der Schmetterlinge sechster Theil mit 36 illuminirten kupfertafeln, In der Paulischen Buchhandlung : Berlin, 1793.

L'intérêt de cet ouvrage consacré aux coléoptères est de retrouver ce thème des putti. Il semble y avoir un tabou interdisant de représenter des naturalistes au travail, et imposant de les remplacer par d'innocents enfants, comme si il y avait à cette époque un sentiment coupable de commettre une transgression. Or, si l'être humain s'était là jusque abstenu de nommer tous les animaux qu'il n'avait pas domestiqué, dans une tacite délimitation d'un territoire du familier —où les animaux reçoivent un nom propre—, d'un territoire de la relation et de la chasse —où les animaux propres à être mangés reçoivent un nom commun, et d'un territoire sauvage et non-mangeable où les animaux ne sont pas nommés, ce n'était certainement pas par hasard et sans obéir à un impératif fondamental.

 Et si, depuis le coup de théâtre transgressif de Linné l'humain s'autorisait à obéir à cette injonction qui sert d'épigraphe au Wiener Verzeichniss (Numeros et nomina, "dénombre et dénomme"), ce n'est pas sans avoir à vaincre des résistances inconscientes.

 Je peux établir un parallèle avec la pratique des dissections anatomiques, elles-aussi frappées d'un même interdit : si, dans les frontispices des livres de médecine, ce sont des Putti qui mènent les dissections, c'est qu'il est aussi audacieux de montrer (Rembrandt confirmant la règle par son exception) un anatomiste au travail qu'un naturaliste épinglant ses spécimens.

 

[Bandeau où l'on voit des amours s'apprêter à faire une dissection] Mémoires de l'Académie royale de chirurgie. Tome I Paris : Charles Osmont, 1743 :

                       06649.jpg : http://www.biusante.parisdescartes.fr/histmed/image?06649

 


                        frontispice-Herbst-Berlin-1794.png

 

 

 

9°)  La Revue Der Naturforscher, Berlin, 1774-1804.

 Il s'agit du périodique dans lequel Rottemburg publia de 1775 à 1777 ses descriptions de la collection de Hufnagel : 

  • Rottemburg, S. A. von (1775-1777): Anmerkungen zu den Hufnagelischen Tabellen der Schmetterlinge. Erste Abtheilung./ Zweyte Abtheilung/.Der dritten Abtheilung erste Classe./Der dritten Abtheilung zwote Classe.:Der dritten Abtheilung dritte Classe– Der Naturforscher, 6: 1-34. ; 7  105-112 ;  8: 101-111 ; 9: 111-144 ; 11: 63-91.

 http://www.ub.uni-bielefeld.de/diglib/aufkl/naturforscher/naturforscher.htm

 

  Dans ce frontispice qui est la page de titre de la Revue Der Naturforscher ("Le Naturaliste"), on voit précisément le Naturaliste en question, assis en pleine campagne comme à son bureau, la plume à la main : ce sont les Amours qui lui apportent les spécimens d'Histoire naturelle qu'ils vont prélever dans la Nature. Il s'agit peut-être d'un de ces savants qui embarquent dans les grandes expéditions d'exploration scientifique, et dont on voit le navire mouillé dans l'estuaire. Je distingue un lion, une sorte de chat à long museau, une ruche, un putti ramenant un oiseau (?), un autre portant sur sa tête une corbeille de fruits ou de fleurs, un troisième prélevant dans l'eau un crustacé alors qu'une étoile de mer et un oursin sont posés près de lui.

 Je peux y voir une illustration de cette fonction transitionnelle que remplissent les Génies (comme les nommait Schiffermüller) entre Humanité savante, et Nature.

 

http://www.ub.uni-bielefeld.de/cgi-bin/navtif.cgi?pfad=/diglib/aufkl/naturforscher/118752&seite=00000002.TIF&scale=5

Originalseite

 

 

                                          

                           II. Les épigraphes.

 

 

 1°) Christopher Merret 1667 Pinax :

Citation d'Hippocrate en grec (non déchiffrée)

2°) Merian 1679 :

 Der raupen wunderbare, http://digi.ub.uni-heidelberg.de/diglit/merian1683bd2/0001?sid=60cf69e1e42d9f47fab471b161dd0ee3

Maria Sybilla Merian cite un poème de Arnold,

Die Erde wird nicht müß / Das Jahr erholt das wieder / Die Raupe legt sich nieder/ als wäre sie fast sodf.

3°) Petiver, Musei 1695

L'apothicaire  londonien James Petiver cite Aristote dans son  Musei Petiveriani centuria prima, Londres 1695 ; mais je n'ai pas retrouvé l'origine de cette citation, qui a été reprise plus tard soit par Johannes Gistel en 1837, soit par la Société impériale des naturalistes de Moscou dans ses Memoires soit  par Ermenegildo Pini  Protologia: en épigraphe du analysim scientiae sistens ratione prima exhibitam, Volume 1.

Prima laus est humanae sapientiae, valde similia posse distinguere. Aristote 

 

 

4°) Linné, Fauna svecica 1746 (et 1761) :

Linné cite Quintilien : il s'agit (à partir de la seconde phrase) d'un extrait de l'Institution Oratoire Livre XII chapitre 6, 3 : le titre du chapitre est Quod sit incipiendi causas agere tempus ("A quel âge l'orateur doit-il  commencer à plaider"). Quand à la première phrase, elle est attribuée à Quintillien par quelques auteurs.


Quae praesenti opusculo desunt suppleat Aetas ;

Non enim differendum est tyrocinium in Senectutem

Nam quotidie crescit metus

Majusque fit semper quod ausuri sumus ;

Et dum deliberamus, quando incipiendum,

Incipere jam serum fit,

Quare Fructum studiorum viridem

Et adhuc dulcem promi decet,

Dum et Venia ,

Et spes est,

Et paratus favor,

Et audere non dedecet.

 Quintilianus.

 "Il manque à ce présent travail d'être nourri par l'âge;" 

"D'un autre coté il ne faut pas prolonger son apprentissage jusqu'à la vieillesse ; car chaque jour on devient plus timide, chaque jour on se grossit d'avantage les difficultés, et pendant qu'on délibère si on commencera, il est déjà trop tard pour commencer. Je veux donc que le fruit des études ne se produise que quand, encore un peu vert, il a néanmoins encore quelque saveur, lorsque l'âge est un titre à l'indulgence." Quintilien


 

 5°) Linné, 1758, Systema Naturae.

O Jehovah !

Quam magnifica sunt Tua Opera !

Vir insipiens non cognoscit ea

& stultus non animadvertit ea.

David.

"Que tes œuvres sont grandes, ô Éternel [que tes pensées sont profondes]! 

L'homme stupide n'y connaît rien, 

Et l'insensé n'y prend point garde".

 Cet épigraphe de Linné a été souvent cité, mais personne ne l'a, à ma connaissance, rapporté à un psaume de David ; j'ai trouvé certes cité une fois le Psaume 104, mais la seconde partie des versets ne s'y trouve pas. Il s'agit en fait du Psaume 92, 6-7 ; j'ai donné la traduction de Louis Segond.

 



 6°) Rösel von Rosenhof 1758: 

 Historia naturalis ranarum nostratium, (frontispice), J.J. Fleischmann, Nuremberg, viii, 115.

 Je place ici ce frontispice de Roesel alors qu'il introduit à son traité sur les Batraciens car d'une part son épigraphe sera repris par Geoffroy à propos des Insectes, mais aussi parce qu'il est très riche d'enseignement. J'apprécie d'une part le point de vue à hauteur du ras du sol qu'adopte l'illustrateur ; il nous introduit dans une optique de petit animal, où les fleurs sont d'immenses parasols, et les tiges de rosiers ressemblent à des troncs d'arbres sur lesquels il faut grimper. Une mare d'eau prend l'allure d'une mer. On trouve ici les techniques de l'estampe japonaise, avec le renversement de perspective, un champ de vision étroit, un "arbuste" en premier plan mais coupé par les bords de la planche. 

 Une ironie ricanante a fait basculer dans la mare ce socle de marbre de l'antiquité grecque, lézardé (sic), en position excentrée, et en train de sombrer ; et la grenouille qui découvre l'inscription lapidaire :

ADMIRANDA TIBI LEVIUM SPECTACULA RERUM

avec la curiosité d'un naturaliste face à une espèce encore innommée doit se préparer à se retourner vers ses copines pour un bon moment d'hilarité. 

Pourtant, la citation virgilienne est l'une des plus belles, et des plus humbles. 

Ce frontispice a servi de couverture au FASEB Journal d'août 2009, la revue de l'Association américaine des sociétés de biologie expérimentale : les auteurs proposaient alors pour la citation de Virgile la traduction suivante : "Regard with wonder that which the smallest of creatures display", ce qu'il me faut traduire à mon tour par " Regarde avec émerveillement ce que les plus petites créatures te présentent"

 La gravure est due, comme le frontispice d'Insecten Belustigung, au burin de Martin Tyroff ; mais cette fois-ci le dessin et la couleur sont dues à "August Johan Roesel" lui-même : comme nous sommes loin des allégories surannées !

 

                   illustration stylisée

Johann Roesel von Rosenhof ( 1705-1759 ), descendant d'une famille noble autrichienne , était un peintre miniaturiste, naturaliste, et entomologiste dont les spécialités sont les insectes, les amphibiens et  les reptiles, et qui est l'auteur de deux des publications les plus importantes de l'histoire naturelle du 18ème siècle. Les cinq volumes de l'Historia naturalis ranarum sont consacrés à des grenouilles et contient les descriptions détaillées de Roesel sur le cycle de vie , l'anatomie et l'ostéologie de toutes les espèces de grenouilles en Allemagne . Les 300 planches gravées de couleur à la main, produites en collaboration avec son épouse, sont des merveilles d'art miniaturiste qui ont acquis à Roesel la reconnaissance générale.

      Encore un mot. Ai-je dérogé à mon sujet (les frontispices consacrés aux papillons) en plaçant ici cette planche ? Moins qu'on ne le pense ; regardez :

 

 Roesel Ranarum Frontispice

 

 

7°) Poda 1761 :

Insecta musei graecencis Graecii typis haeredum Widmanstadii, 1761 : 

 

Insecta ob corporis parvitatem a vulgo contemnuntur, ab hominis vero cordatis, qui res non magnitudine sed pretio aestimant, in pretio & admiratione habentur.  Aldrovand.

  "Les insectes sont méprisés par les vulgaires pour la petitesse de leur corps. Mais l'homme sage, qui n'estime pas les choses selon leur taille, mais selon leur valeur, les admire et connait leurs mérites" Ulysse Aldrovandi.


8°) Geoffroy 1762, Histoire des insectes. 

Admiranda tibi levium spectacula rerum.

Cf Geoffroy et Roesel, supra.

9°) Leonardo de Prunner (1798)  in Lepidoptera Pedemontana

 Cet auteur cite un texte de Linné : il s'agit des quatre premières lignes de l'Impedium Naturae qui introduit le Systema Naturae page 5 :

Deum sempiternum, omniscium, omnipotentem vidi, et obstupui : legs aliquot ejus vestigia per creata rerum, in quibus omnibus, etiam ut fere nullis, quae vis ! Quanta sapientia ! Quam inextricabilis perfectio ! C.A. Linné in imp. Nat. sp. an.

J'ai vu Dieu éternel, omniscient, tout-puissant, , et j'ai été surpris: [...] Quelle force ! Quelle sagesse! Quelle inépuisable perfection! 

 


Sources et liens

— Louis Marin 1987, Esprit créateur, : http://www.louismarin.fr/ressources_lm/pdfs/EsprCreat2.pdf

— Université de Lyon, Frontispices et pages de titre :http://sites.univ-lyon2.fr/lesmondeshumanistes/frontispices/

— Frontispices des livres médicaux : http://www.bium.univ-paris5.fr/expo/sommaire.htm

— HOEFNAGEL , D. I. 1630. Diversæ insectarum volatilium icones ad vivum accuratißime depictæ. - pp. [1], pl. 1-16. [Amsterdam].  :Typis[que] mandatæ a Nicolao Ioannis Visscher,1630  . BHL

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Published by jean-yves cordier

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  • : Le blog de jean-yves cordier
  • : 1) Une étude détaillée des monuments et œuvres artistiques et culturels, en Bretagne particulièrement, par le biais de mes photographies. Je privilégie les vitraux et la statuaire. 2) Une étude des noms de papillons et libellules (Zoonymie) observés en Bretagne.
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  • "Il faudrait voir sur chaque objet que tout détail est aventure" ( Guillevic, Terrraqué).  "Les vraies richesses, plus elles sont  grandes, plus on a de joie à les donner." (Giono ) "Délaisse les grandes routes, prends les sentiers !" (Pythagore)
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