La bannière Le Minor (mai 2017, carton Jakez Derouet/broderie Jean-Michel Pérennec) de la chapelle Notre-Dame de Penhors en Pouldreuzic. Les bannières anciennes (début XXe) de Pouldreuzic.
Le bolduc ou certificat d'authenticité cousu au dos de la bannière .
:
"Cette bannière dédiée à la chapelle Notre-Dame de Penhors a été entièrement brodée à la main aux ateliers de (sic) Minor à Pont-L'Abbé par Jean-Michel Pérennec d'après un dessin de Jakez Derouet. Cette bannière a été réalisée à l'initiative du père Désiré Larnicol curé doyen, du père Joseph Poulhazan en charge de l'ensemble paroissial de Haute Bigoudénie et des équipes paroissiales du doyenné : Cap-Sizun-Douarnenez-Haute Bigoudénie.
-Sarl Le Minor : Gildas Le Minor.
-Le brodeur : Jean-Michel Pérennec.
-L'artiste : Jakez Derouet.
Mai 2017 "
.
La bannière Le Minor (mai 2017, carton Jakez Derouet/broderie Jean-Michel Pérennec) de la chapelle Notre-Dame de Penhors en Pouldreuzic. Photo lavieb-aile 2022.
.
.
Les informations complémentaires.
.
.
1. Ouest-France.
"L’idée d’une nouvelle bannière est venue en 2015, lors du pardon qui se déroule chaque année le premier dimanche de septembre. « On a été inspiré par la bannière dédiée à Saint-Trémeur, au Guilvinec, poursuit Joseph Herry. Françoise Puget, de la commission art sacré du diocèse, nous a conseillé de choisir un graphiste plutôt qu’un peintre. D’où le choix de Jakez Derouet, de Plomelin ».Ce dernier s’est attaché à représenter Notre-Dame de Penhors au recto, et cinq chapelles de la Pointe du Raz à Notre-Dame de la Joie au verso, auxquelles s’ajoute la statue de Notre-Dame des Naufragés. « Je dessine d’abord à la main, avant de scanner et de retoucher. Ensuite, j’implante sur le fond », précise Jakez Derouet.
Après agrandissements, les dessins sont reportés sur le tissu par Jean-Michel Pérennec, le brodeur. « La bannière mesure un mètre de large sur 1,52 m de haut. Le support, épais, est composé de viscose à 90 % et de lin. Ainsi, il est protégé des mites », précise Gildas Le Minor, à la tête de l’entreprise.
L’année 2017 s’annonce chargée pour l’entreprise pont-l’abbiste. Plusieurs bannières sont d’ores et déjà en préparation : Plougastel-Daoulas, Saint-Brieuc, Nantes, Pont-Croix… « Ces ouvrages sont des créations à quatre mains, où le brodeur relaie l’artiste, tous les deux étant conscients de la valeur de l’œuvre issue de la complicité de leur travail », insiste Gildas Le Minor.
Des bannières, cette entreprise septuagénaire en a confectionné 45 depuis 1953. « La première, c’était une commande de la paroisse de Locronan, relate Gildas Le Minor. Le dessin avait été conçu par l’artiste Pierre Toulhoat ». De véritables œuvres signées d’illustres artistes tels André Bouler, Jos Le Corre, Jean Renault, Bruno Le Floch notamment. Une bannière coûte entre 7 000 et 8 000 € minimum, mais peut atteindre 15 000 à 20 000 € en fonction des motifs et broderies. Celle de Penhors revient à 16 000 €. " (Ouest-France 23-12-2016).
2. Le Télégramme.
"La chapelle de Notre-Dame de Penhors, retenue en tant que pardon du doyenné en 2011, change à ce moment-là d'envergure. Il faut un signe de rassemblement, une expression de la culture du territoire concerné : les ensembles paroissiaux de Haute Bigoudénie, du Cap-Sizun et de Douarnenez. Le « déclic » se fait en septembre 2015, lors de la procession aux bannières des trente paroisses du doyenné. Le brodeur Jean-Michel Pérennec, qui travaille chez Le Minor, défile avec la bannière de la chapelle Saint-Trémeur, située au Guilvinec. Joseph Herry et Pierre Cochou de l'ensemble paroissial du Haut Pays bigouden, conquis, constituent une équipe avec trois autres représentants des ensembles paroissiaux concernés, pour la création d'une nouvelle bannière. « L'ancienne date du début du XXe siècle ». Ils se mettent en contact avec la commission d'arts sacrés du diocèse, à Quimper, et aux termes de plusieurs réunions, leur choix se porte sur un graphiste, Jakez Derouet, qui a déjà réalisé - entre autres -, la bannière de la Madeleine, à Penmarc'h, en 2010 et de Saint-Trémeur, en 2013.
Cinq chapelles représentées
Ce dernier va voir chacune des chapelles sur place, prend des photos, quelques croquis au crayon, puis les « dessine à la maison ». S'ensuivent plusieurs ajustements entre le graphiste et les responsables de la nouvelle bannière de Penhors
, avant d'arriver à un résultat qui satisfait tout le monde. Sur le recto, apparaît une représentation de Notre-Dame de Penhors. Cinq chapelles sont représentées sur le verso, « de la Pointe du Raz à Notre-Dame de la Joie », ainsi que la statue Notre-Dame des Naufragés. « On a souhaité représenter la mer et la terre », explique Joseph Herry. « C'est une zone ventée, il y a des ondulations pour l'effet du vent, enchaîne Jakez Derouet, "Penhors" signifie l'extrémité des roseaux ». Un motif bigouden vient orner le bas de la bannière, recto comme verso. Les dimensions ? « Un mètre de large pour 1,52 m de haut ». Le graphisme de la bannière est terminé en octobre.
Direction les ateliers Le Minor
Le dessin, imprimé sur du papier-calque, échelle grandeur nature, avec toutes les nuances de couleurs, prend alors la direction des ateliers Le Minor, situés à Pont-l'Abbé, pour tomber entre les mains de Jean-Michel Pérennec, son brodeur attitré. Logique : Jakez Derouet a déjà conçu une dizaine de barrières avec la maison. Le brodeur est à l'ouvrage depuis le début du mois, installé près d'une fenêtre, au 1e r étage du magasin
. La bannière est réalisée sur une toile d'ameublement, composée de lin et de viscose, « pour résister aux mites et aux intempéries ». Jean-Michel Pérennec a déjà réalisé des piqûres au poncif sur chaque ligne du dessin par lesquelles passera la poudre de marquage. Après avoir faufilé l'ensemble, il attaque actuellement le travail de broderie, au fil de coton mat et coton perlé.
Le brodeur ne connaît pas encore la date de fin de l'ouvrage. Une chose est sûre : « La bannière sera prête pour le premier de dimanche de septembre, pour le pardon ». « Elle sera bénie à cette occasion », conclut Joseph Herry.
À savoir
Le coût global de la réalisation de la bannière se situe aux alentours de 16.000 €. Ceux qui le souhaitent peuvent faire un don. Paroisse de Plozévet au tél. 02.98.91.38.88. Le Télégramme 23-12-2016.
Le Pardon de Notre-Dame de Penhors en Pouldreuzic fait partie des grands pardons du Finistère, et tombe la même date que le pardon du Folgoët. A chaque dimanche son pardon, et qu’après le pardon de Kergoat puis de Sainte Anne-la-Palud, les fidèles enchaîne avec ceux de Penhors ou Le Folgoët.
Per-Jakez Hélias évoque le pèlerinage de Penhors dans Le Cheval d’Orgueil :
« Son pardon fut institué peu après que le pape, en 1482, eut accordé de pleines indulgences pour le grand pardon de Reims. Au 13e siècle, il y avait déjà une chapelle à cet endroit. Elle a été maintes fois remaniée, agrandie, frappée de la foudre, mais la Vierge a tenu bon. En 1970, le toit menaçait ruine. Malgré la dureté des temps, on a trouvé le moyen d’y remédier. Pouvait-on laisser s’écrouler un édifice autour duquel des marées de fidèles, depuis 600 ans, ont changé les louanges de Marie et imploré sa protection ! Des marées de fidèles qui ont déversé assez d’écus pour faire à la Vierge un toit d’or ! »
ITRON VARIA PENCH'ORZ. (Notre-Dame — littéralement "Dame Marie"— de Penhors)
PEDIT EVIDOMP. AVE AVE AVE MARIA (Priez pour nous, ave, ave ave Maria)
2017
Le Minor.
.
La bannière Le Minor (mai 2017, carton Jakez Derouet/broderie Jean-Michel Pérennec) de la chapelle Notre-Dame de Penhors en Pouldreuzic. Photo lavieb-aile 2022.
.
.
Pendant le pardon où cette bannière est portée en procession, les fidèles chantent le cantique suivant, en breton (anonyme, 1859) :
Fac-similé du texte intégral (29 couplets): https://bibliotheque.diocese-quimper.fr/files/original/4eca210ff12a3b175...
La bannière Le Minor (mai 2017, carton Jakez Derouet/broderie Jean-Michel Pérennec) de la chapelle Notre-Dame de Penhors en Pouldreuzic. Photo lavieb-aile 2022.
.
.
Le pardon de Penhors a été peint par Mathurin Méheut en 1948.
.
.
Mathurin Méheut, Le pardon de Penhors, 1948, caséine sur toile, 91 x 152 cm. Exposition Musée de Pont-Aven. Photo lavieb-aile 2022.
.
Mathurin Méheut, Le pardon de Penhors (détail), 1948, caséine sur toile, 91 x 152 cm. Exposition Musée de Pont-Aven. Photo lavieb-aile 2022.
.
.
Mathurin Méheut, Le pardon de Penhors, 1948, caséine sur toile, 91 x 152 cm. Exposition Musée de Pont-Aven. Photo lavieb-aile 2022.
.
La bannière Le Minor (mai 2017, carton Jakez Derouet/broderie Jean-Michel Pérennec) de la chapelle Notre-Dame de Penhors en Pouldreuzic. Photo lavieb-aile 2022.
La bannière Le Minor (mai 2017, carton Jakez Derouet/broderie Jean-Michel Pérennec) de la chapelle Notre-Dame de Penhors en Pouldreuzic. Photo lavieb-aile 2022.
La bannière Le Minor (mai 2017, carton Jakez Derouet/broderie Jean-Michel Pérennec) de la chapelle Notre-Dame de Penhors en Pouldreuzic. Photo lavieb-aile 2022.
La bannière Le Minor (mai 2017, carton Jakez Derouet/broderie Jean-Michel Pérennec) de la chapelle Notre-Dame de Penhors en Pouldreuzic. Photo lavieb-aile 2022.
.
.
II. LA BANNIÈRE DE RECTO : LES CINQ CHAPELLES.
.
Inscriptions :
.
AVE MARIA.
ND DES NAUFRAGÉS. (Il s'agit d'une statue de Cyprien Godebski datant de 1904 et située à la Pointe du Raz — Beg ar Raz—) Un pardon y est célébré le dernier dimanche d'août).
ITRON VARIA BEG AR RAZ (Notre-Dame de la Pointe du Raz)
ITRON VARIA ROSKUDON (église Notre-Dame de Roscudon à Pont-Croix)
ITRON VARIA KONFORZH (église Notre-Dame de Confort à Confort-Meilhars)
ITRON VARIA PENC'HORZ (chapelle Notre-Dame de Penhors à Pouldreuzic)
ITRON VARIA AR JOA (chapelle Notre-Dame de la Joie à Penmarc'h)
PENMARC'H
J. Derouet JM Pérennec.
2017
.
La bannière Le Minor (mai 2017, carton Jakez Derouet/broderie Jean-Michel Pérennec) de la chapelle Notre-Dame de Penhors en Pouldreuzic. Photo lavieb-aile 2022.
.
.
La bannière Le Minor (mai 2017, carton Jakez Derouet/broderie Jean-Michel Pérennec) de la chapelle Notre-Dame de Penhors en Pouldreuzic. Photo lavieb-aile 2022.
La bannière Le Minor (mai 2017, carton Jakez Derouet/broderie Jean-Michel Pérennec) de la chapelle Notre-Dame de Penhors en Pouldreuzic. Photo lavieb-aile 2022.
.
.
La chapelle Notre-Dame de la Joie à Penmarc'h.
.
Son pardon a été peint par Mathurin Méheut :
.
Mathurin Méheut, Le pardon de Notre-Dame de la Joie, Exposition du Musée de Pont-Aven, photo lavieb-aile 2022
.
Mathurin Méheut, Le pardon de Notre-Dame de la Joie. Exposition Musée de Pont-Aven. Photo lavieb-aile 2022.
.
.
Mathurin Méheut, Le pardon de Notre-Dame de la Joie, Exposition du Musée de Pont-Aven, photo lavieb-aile 2022
La bannière Le Minor (mai 2017, carton Jakez Derouet/broderie Jean-Michel Pérennec) de la chapelle Notre-Dame de Penhors en Pouldreuzic. Photo lavieb-aile 2022.
.
.
La signature du brodeur Jean-Michel Pérennec.
.
La bannière Le Minor (mai 2017, carton Jakez Derouet/broderie Jean-Michel Pérennec) de la chapelle Notre-Dame de Penhors en Pouldreuzic. Photo lavieb-aile 2022.
La bannière Le Minor (mai 2017, carton Jakez Derouet/broderie Jean-Michel Pérennec) de la chapelle Notre-Dame de Penhors en Pouldreuzic. Photo lavieb-aile 2022.
.
.
LA BANNIÈRE ANCIENNE DE NOTRE-DAME DE PENHORS.
.
Cette bannière de procession en velours bleu brodé de fils d'or peut être datée entre 1922 et 1939 grâce à ses armoiries. Elle porte l'inscription ITROUN VARIA PENHORS PEDIT EVIDOMP.
La Vierge à l'Enfant posée sur des nuées est placée au centre d'une niche à colonnes sous le blason de la Bretagne. Le décor associe les emblèmes hiérarchiques (mitre et croix archiépiscopales) et les symboles eucharistiques (épis de blé, pampres de vignes et ostensoir).
.
Ses lambrequins sont rectangulaires ornées de fleurs de lys et d'épi de blé sur le monogramme marial.
.
Bannière de procession de Notre-Dame de Penhors, vers 1922-1939. Photographie lavieb-aile 2022.
Bannière de procession de Notre-Dame de Penhors, vers 1922-1939. Photographie lavieb-aile 2022.
.
.
Les armoiries pontificales de Pie XI, pape de 1922 à 1939, coupé en 1 d'or à l'aigle de sable et en 2 d'argent à trois tourteaux de gueules.
.
Bannière de procession de Notre-Dame de Penhors, vers 1922-1939. Photographie lavieb-aile 2022.
.
Les armoiries épiscopales de monseigneur Duparc, évêque de Quimper et Léon de février 1908 à mai 1946.La devise en breton dit : MEULET RA VEZO JEZUZ KRIST.
.
.
Bannière de procession de Notre-Dame de Penhors, vers 1922-1939. Photographie lavieb-aile 2022.
.
.
Bannière en velours rouge brodé d'or au saint évêque. Saint Faron ??. Vingtième siècle.
Bannière de procession, XXe siècle.. Photographie lavieb-aile 2022.
Lorsqu'on arrive par la route devant l'enclos c'est la chaire-calvaire hexagonale du XVe siècle qui se présente à la vue devant la façade sud de l'église, à l'angle sud-ouest de l'ancien cimetière.
Il s'agit d'une chaire à prêcher extérieure, qui était utilisée par les prêtres lors des fêtes de Notre-Dame en raison de l’affluence des pèlerins, et dont l'ouverture jadis fermée par une porte se fait sur un pan, du côté nord. Cette ouverture en anse de panier est encadrée de chaque côté par des colonnettes, et l'écu de la famille de Kernechriou couronne l'arcade. Le prédicateur se trouvait dans la cuve hexagonale, derrière le parapet et sa corniche moulurée.
Un banc de pierre ceinture le monument.
Au centre de cette cuve s'élève la base, elle aussi hexagonale, du calvaire. Chacun de ses pans est couronné par une série de trois dais gothiques.
De la base jaillissent trois colonnes : sur les côtés, les croix latérales des deux larrons, et au centre, plus élevée, la croix du Christ. Au revers du crucifix est sculptée une Vierge de Pitié.
Cette composition peut peut-être évoquer, à une bien moindre ampleur, le Puit de Moïse de Champmol, datant de 1405.
.
A la fin du 19e siècle, les trois croix qui le surmontaient ont été déposées et remplacées par une croix en fonte qui s'est brisée au milieu du 20e siècle. Les trois croix ont été alors replacées. La chaire-calvaire est classée depuis le 4 décembre 1951.
.
La famille de Kernechriou.
.
Les armoiries écartelées d'argent et de sable de la famille de Kernechriou sont présentes également sur la maîtresse-vitre de 1423, et sur la façade sud de 1437-1438. Le Barzic donne la graphie Crec'hriou (de creac'h "colline" et riou "roi").
Alain (v. 1380-après 1426 à Runan) est le père de Jean de Kernechriou seigneur de Lestrezec, né à Runan vers 1418 et décédé en 1496. Celui-ci [ou bien Raoul?] épousa Catherine de Botloy, d'où Rolland (ou Charles), sieur de Lestrezec et Raoul, seigneur de Kermarquer et de Kernechriou, décédé en 1524.
Un mandement de 1439 reproche à Rollant de Kernechriou, aîné de la famille, d'avoir placé ses armes sur la façade sud à la place de celles de Keramborgne. L'acte mentionne son frère Philippe, ou leur oncle Alain.
Ce Rollant pourrait-être le fils d'Olivier, qui fit une fondation pour deux messes en la cathédrale de Tréguier. Il y avait son gisant et sa tombe. (Infobretagne)
Les membres de cette famille étaient enterrés dans l'église, comme l'atteste l'acte de décès en 1584 de Guillaume de Kernechriou, seigneur de Keramapelou.
Cliché GO69 Wikipédia, recadré pour détail de la cuve, de sa porte et du blason.
.
Cliché Norbert Lambart Copyright Inventaire général
.
Les chaires extérieures de Bretagne ont été répertoriées par divers auteurs. La plus proche est celle de Pleubian. On a pu mettre leur fréquence en rapport avec l'importance donnée à la prédication des foules par Vincent Ferrier, fort soutenu par le duc Jean V. Si on considère que Vincent Ferrier est mort à Vannes en 1419, et que l'édification de la chaire est contemporaine des travaux de l'église vers 1420 puis vers 1437, cette remarque n'est pas dénuée d'intérêt.
.
Vues générales.
.
La chaire-calvaire (granite, XVe siècle vers 1420-1440) de l'église de Runan. Photo lavieb-aile.
La chaire-calvaire (granite, XVe siècle vers 1420-1440) de l'église de Runan. Photo lavieb-aile.
La chaire-calvaire (granite, XVe siècle vers 1420-1440) de l'église de Runan. Photo lavieb-aile.
La chaire-calvaire (granite, XVe siècle vers 1420-1440) de l'église de Runan. Photo lavieb-aile.
La chaire-calvaire (granite, XVe siècle vers 1420-1440) de l'église de Runan. Photo lavieb-aile.
La chaire-calvaire (granite, XVe siècle vers 1420-1440) de l'église de Runan. Photo lavieb-aile.
La chaire-calvaire (granite, XVe siècle vers 1420-1440) de l'église de Runan. Photo lavieb-aile.
La chaire-calvaire (granite, XVe siècle vers 1420-1440) de l'église de Runan. Photo lavieb-aile.
La chaire-calvaire (granite, XVe siècle vers 1420-1440) de l'église de Runan. Photo lavieb-aile.
La chaire-calvaire (granite, XVe siècle vers 1420-1440) de l'église de Runan. Photo lavieb-aile.
La chaire-calvaire (granite, XVe siècle vers 1420-1440) de l'église de Runan. Photo lavieb-aile.
.
.
II. LES 4 GARGOUILLES DE LA FAÇADE NORD DE L'ÉGLISE.
.
Je ne trouve pas d'informations sur leur datation. Ne sont-elles pas l'œuvre des restaurateurs de la fin du XIXe siècle ?
Ce ne sont pas stricto sensu des crossettes, mais faut-il parler ici de gargouilles, puisque des figures ont la bouche ouverte, alors que leur raccordement à l'évacuation des eaux pluviales n'est pas visible ? Et, si elles datent du XIXe siècle, ne pourrait-on en trouver les modèles ? En effet, elles sont parfaitement représentatives
Il est moustachu, coiffé d'un chapeau rond, et sa trogne est mémorable avec son menton en galoche. Il tient un verre à la main gauche et une bouteille à la main droite, et, la bouche ouverte, il semble vouloir nous offrir à boire.
.
Les gargouilles de l'église de Runan. Photo lavieb-aile.
Les gargouilles de l'église de Runan. Photo lavieb-aile.
.
.
2. L'aigle.
.
Les gargouilles de l'église de Runan. Photo lavieb-aile.
.
.
2. Le lion.
.
Les gargouilles de l'église de Runan. Photo lavieb-aile.
.
.
4. le griffon s'appuyant sur un bâton.
.
Les gargouilles de l'église de Runan. Photo lavieb-aile.
.
.
Consoles du porche ouest.
.
Le porche ouest de l'église de Runan. Photo lavieb-aile.
Le porche ouest de l'église de Runan. Photo lavieb-aile.
Le porche ouest de l'église de Runan. Photo lavieb-aile.
.
.
Les fonts baptismaux.
.
Les fonts baptismaux de l'église de Runan. Photo lavieb-aile.
Les fonts baptismaux de l'église de Runan. Photo lavieb-aile.
.
.
Le bénitier de 1769.
.
Ce bénitier en granite du fond de la nef, au sud, devant la chapelle des fonts baptismaux est presque circulaire. Sur la cuve se lit une inscription en deux lignes :
Transcription : "présent fait par Yves Derriennic"
Michel Lascaux y voit un fabricien, ce qui est vraisemblable.
Le patronyme DERRIENNIC (diminutif de "Derrien") est encore bien attesté à Runan aujourd'hui. La base Geneanet en retrouve la présence à Runan dès 1653, et signale au moins deux individus portant ce nom à Runan au milieu du XVIIIe siècle :
Un document cité par l'abbé Louis Monnier indique que deux membres de cette famille furent fabriciens de Runan au XVIIIe siècle : Jean Derriennic Le Vieil en 1702 et Marc en 1720.
.
« Nous, frère Victor Tambonneau, chevalier de l'Ordre de Saint-Jean de Jérusalem, commandeur de La Feuillée, Palacret, Pont-Melvez, et autres membres en dépendants, en conséquence, de notre ordonnance du huit juin dernier, rendu en notre cours de visite faite en l'église treffiale de Runan, ledit jour procédant à l'apurement des anciens reliquats de comptes, tant de la fabrice de ladite église, que des confréries y établies, après avoir vu les comptes de laditte fabrice, sçavoir : celui fourny en 1699 par Charles Ernault et Jean-Olivier-Henry, en 1702 par Jean Derriennic le Vieil et Bertrand Le Pennec. En 1703 par Jean Le Layec et Laurens Le Bouil, en 1704 par Yves Nicolas et Pierre Durand, et ainsy jusqu'à la présente année. Vu aussy les comptes-rendus pour la confrérie du Rosaire : en 1720 par Marc Derriennic ;
.
Le bénitier de l'église de Runan. Photo lavieb-aile.
Le bénitier de l'église de Runan. Photo lavieb-aile.
.
.
La crédence et son masque.
.
Crédence de l'église de Runan. Photo lavieb-aile.
Crédence de l'église de Runan. Photo lavieb-aile.
.
.
Les consoles de l'intérieur.
.
Console de l'église de Runan. Photo lavieb-aile.
Crédence de l'église de Runan. Photo lavieb-aile.
.
.
La statue de saint Loup.
.
Crédence et statue de saint Loup de l'église de Runan. Photo lavieb-aile.
Crédence et statue de saint Loup de l'église de Runan. Photo lavieb-aile.
.
.
SOURCES ET LIENS.
.
—BLANCHARD (René), 1895, Lettres et mandements de Jean V, duc de Bretagne: étude sur les sources du recueil. n°. 2218 et 2371
— COUFFON (René), 1950, « Runan », Congrès archéologique de France, Société française d'archéologie « 107e session, 1949, Saint-Brieuc », 1950, p. 150-164.
"Dans le cimetière, assez mal entretenu, de Runan, le touriste visite avec admiration deux créations artistiques paraissant, l'une et l'autre, appartenir au quinzième siècle. C'est d'abord, au milieu d'une enceinte en maçonnerie formant balustrade, un superbe Calvaire dont la base a 6 pans et supporte trois croix d'inégales grandeurs. Ce monument, de même que l'église, était chargé d'armoiries et de riches sculptures ; mais le marteau des mauvais jours de notre révolution de 1789 a laissé là des témoignages nombreux de la fièvre de destruction qui fut un des traits caractéristiques de cette terrible époque."
— LASCAUX (Michel), 1987, Runan l'église des Chevaliers de Malte.
— LEMAÎTRE (Stéven), 2015, « Runan, église Notre-Dame-de-Miséricorde », Congrès archéologique de France, Société française d'archéologie « Monuments des Côtes d'Armor, le « Beau Moyen Âge », 173e session, 2015 », 2017, p. 313-326.
Les sablières (1600-1608), les blochets (1939), les inscriptions lapidaires (1598-1599) et les culots de la chapelle Saint-Sébastien au Faouët (56). Le pardon de 2015.
Reprise complétée de l'article de 2015.
.
Voir les autres articles sur le patrimoine du Faouët:
La chapelle Saint-Sébastien est située sur la commune de Le Faouët, ( Morbihan) au lieu-dit de « Saint-Sébastien », à 50 mètres de la route menant du Faouët à Rostrenen, entourée de bosquets sur le plateau qui domine la vallée de l' Ellée.
.
La construction de la chapelle a commencé en 1598 comme l'atteste l'inscription en caractères romains sur une pierre encastrée dans le parement externe du mur Nord :
« CESTE CHAPELLE FUT TR / OVEE . LE . 22 . IOVR : DE / IVILLET . ET COMMANCE / LE . 21 DE . SEPTEMBRE / 1598 . I POVLIQVIN GOVE / RNEVR ET RECTEVR. »
Cette inscription est accostée et surmontée d'un motif d'anneaux en chaîne formant frise. Au dessus, frise de godrons surmontés d'une corniche en talon. Juste en dessous de cette inscription se trouve la date 1599.
Un expert comme J.-Y. Copy interprète la phrase "la chapelle fut trovée", d'un emploi rare, dans le sens "fut trouée" , par le creusement des fondations, tout en exprimant son embarras.
La date correspond au règne de Henri IV (1589-1610), et à la fin des Guerres de religion, puisque l'Edit de Nantes a été promulgué en avril 1598, précédé en mars de la prise de Dinan et de la soumission des ligueurs bretons. En 1589 et 1598, le duc de Merceur avait tenté de se constituer une principauté autonome. (Françoise, la fille du duc de Mercœur épousera César de Vendôme, fils du roi et de Gabrielle d'Estrées). En 1595, Guy de Fontenelle s'était emparé du château de Crémenec en Priziac et écumait la région de Priziac et du Faouët.
Cette date est tardive si on la compare à celle de la reconstruction, au Faouët, de la chapelle Saint-Fiacre (1450), ou de l'édification de la chapelle Sainte-Barbe (1498, voûtée en 1512). Aussi pense-t-on que la chapelle Saint-Sébastien a peut-être été construite, entre 1598 et 1608, sur un édifice plus ancien dont les seuls vestiges sont les écus réemployés dans les vitraux. Il s'agit des écus parti de France et de Bretagne (Anne de Bretagne, 1491-1513), ceux des Bouteville (d'argent à cinq fusée de gueules) plein timbré d'une couronne comtale et encadrées de palmes, et parti de Bouteville (brisé d'une cotice d'azur) et de ?. Or, les Bouteville ne sont plus seigneurs du Faouët depuis le mariage de l'héritière du titre Jeanne de Bouteville, avec le marquis de Goulaine en 1559.
.
Nous allons découvrir dans les sablières les dates de 1600 (deux fois) et 1608, indiquant que la charpente a été terminée au plus tard en 1608, dix ans après le début du chantier.
La couverture, la charpente, le lambris, et les vitraux ont été restaurés de 1920 à 1939.
.
Inscription de fondation, porte nord, chapelle Saint-Sébastien, Le Faouët. Photographie lavieb-aile.
écu parti de France et de Bretagne, armoiries pleines timbrées d'une couronne comtale des Bouteville. Armoiries parti de successeurs de Bouteville et de ?, chapelle Saint-Sébastien, Le Faouët. Photographie lavieb-aile.
.
.
.
La chapelle, dédiée à Saint Sébastien protecteur de la peste, a probablement été bâtie en réaction à l'épidémie de peste de 1598, que relate le chanoine Jean Moreau dans ses Mémoires des guerres de la Ligue en Bretagne. L'épidémie est attestée en 1598 à Pontivy, Malguénac et Vannes, et en 1605 à Vannes.
La chapelle fait l’objet d’un classement au titre des monuments historiques depuis le 28 décembre 1934.
L'édifice est en forme de croix latine, à large nef unique et chœur polygonal (trois pans et une travée droite à larges croisillons). Des contreforts angulaires sont amortis par des pinacles et ornés de gargouilles sculptées. Le chevet à trois pans-pignons est de type "Beaumanoir" du nom des maîtres d'œuvre originaire de la région de Morlaix, mais dont l'influence s'étend jusqu'ici. On peut y voir une belle poutre de gloire. Le mobilier est constitué de quatre niches-crédences, un bénitier, un autel, un maître autel et un retable. Mais l'édifice est surtout remarquable par le décor de ses sablières.
La charpente : L'espace intérieur est couvert par une charpente lambrissée en berceau plein cintre nervuré, à fausses voûtes d'ogive sur la croisée et l'extrémité du chœur. Ligne de faîte ornée de boutons moulurés ; entraits à engoulants, sablières historiées, blochets et culots du chœur figurés. Ainsi, un siècle après la construction de la chapelle Sainte-Barbe, la voûte a été abandonnée, mais on a cependant conservée les piles de la croisée, le colonettes du transept et les culots en tas-de-charge du chœur, en leur donnant la fonction de supports des blochets et des retombées des fausses voûtes. ces retombées semblent découler directement de l'influence locale des chapelles de Saint-Fiacre et de Sainte-Barbe. (d'après Inventaire Général, 1975)
Situation ; Plan en croix latine de la chapelle Saint-Sébastien, (d'après Inventaire Général, 1975) Le Faouët.
.
.
Inscription de la niche-crédence du mur sud du chœur.
POVLIQUIN 1599
.
Il s'agit du nom du recteur mentionné ultérieurement.
Niche crédence (1599) de la chapelle Saint-Sébastien, Le Faouët. Photographie lavieb-aile 2022.
Niche crédence (1599) de la chapelle Saint-Sébastien, Le Faouët. Photographie lavieb-aile 2022.
Niche crédence (1599) de la chapelle Saint-Sébastien, Le Faouët. Photographie lavieb-aile 2022.
.
.
LES SABLIÉRES.
.
Elles font la réputation de cette chapelle, et les motifs de la danse bretonne et du joueur de cornemuse, de la chasse au sanglier, du jeu de bâton, ou du martyre de Sébastien font l'objet d'études spécialisées. Mais je n'ai pas trouvé, en ligne, d'étude systématique des 22 sablières exécutées entre 1600 et 1608 par Gabriel Brenier. Ce dernier s'est inspiré, pour divers motifs, du jubé de la chapelle Saint-Fiacre du Faouët.
.
.
.
LES SABLIÉRES DE LA NEF.
.
Nous avons affaire, je crois, à une charpente "à chevrons-formant-fermes" à la voûte, non lambrissée aujourd'hui, en carène : les entraits découpent les sablières en ensembles (correspondants aux travées ) qui ont leur propre cohérence iconographique. Je compte ainsi quatre ensembles pour chaque coté de la nef, le dernier (vers le chœur) étant de moitié plus court. Je les décrirai d'ouest en est, en avançant vers le chœur. Dans mon décompte, je pars de la première sablière décorée, sans tenir compte de la travée de la tribune.
.
I. Sablières du coté nord de la nef.
.
.
Nous trouvons successivement :
Décor géométrique
Chaîne de danseurs et danseuses.
Jeu du bâton breton, et inscription.
Masque et rinceaux.
Les sablières portent plusieurs dates ainsi que l'inscription :
« FAICT PAR GABRIEL BRENIER L'AN 1608. »
Sablières et entraits , coté nord de la nef, chapelle Saint-Sébastien, Le Faouët. Photographie lavieb-aile.
.
.
.
1. Composition géométrique.
Frise de sept carrés divisés par des diagonales et ponctuées de ronds en creux et en bosses. Décor périphérique de quadrilobes et de tirets en I.
.
Sablière première travée nef coté nord, chapelle Saint-Sébastien, Le Faouët. Photographie lavieb-aile.
.
.
.
2. Chaîne ouverte de danseurs et danseuses.
.
C'est sans-doute la scène la plus connue, notamment grâce à une exposition organisée par l'association Dastum. Une sarabande est menée par conduite à droite d'un joueur de cornemuse.
Pris sur Wikipédia : " Les costumes portés par les personnages sont représentatifs de ceux portés par l'aristocratie et la bourgeoisie au tout début du xviie siècle. Les danseurs de la sarabande portent chapeau à bords relevés, pourpoint et culotte bouffante tandis que les danseuses sont coiffées d'une barrette terminée en pointe sur le front. L'une d'entre-elle, celle au centre, porte même busc à la taille, fraise et larges jupons"
Chaîne de danse ouverte, , nef coté nord, chapelle Saint-Sébastien, Le Faouët. Photographie lavieb-aile.
Sablières (1600-1608) de la chapelle Saint-Sébastien, Le Faouët. Photographie lavieb-aile 2022.
.
Sarabande, diable et joueur de cornemuse, nef coté nord, chapelle Saint-Sébastien, Le Faouët. Photographie lavieb-aile.
.
.
La danse est menée, à droite, par un joueur de cornemuse.
Jean-Luc Matte a recensé plus de 40 données iconographiques de cornemuses en Morbihan, dont 4 au Faouët. Il n'a bien-sûr pas oublié le joueur de Saint-Sébastien : "cornemuseux jouant pour une chaîne ouverte où alternent danseuses et danseurs. A l’opposé du cornemuseux, un personnage fantastique, assis à terre, tient la main de la dernière danseuse et une chope de l’autre main. 1 bourdon d'épaule à deux raccords"
Ce musicien a figuré, inversé, sur la couverture du catalogue de l'exposition "Instruments du diable, musique des anges", Dastum, Musée de Bretagne à Rennes et Musée de la Cohue à Vannes, 1999 :
On le comparera à celui qui joue sa musique diabolique sur le jubé de Saint-Fiacre du Faouët, et à celui qui officie sur la tribune de la chapelle Saint-Yves de Priziac.
Sonneurs, Jubé de Saint-Fiacre, Le Faouët, 1480-1492, photographie lavieb-aile.
Sablières (1600-1608) de la chapelle Saint-Sébastien, Le Faouët. Photographie lavieb-aile 2022.
Sablières (1600-1608) de la chapelle Saint-Sébastien, Le Faouët. Photographie lavieb-aile 2022.
.
.
En somme, ces sonneurs dont le talent endiablé et irrésistible de faire danser a été dénoncé par les recteurs bretons depuis des siècles ne sont nulle part plus nombreux que dans les églises et les chapelles.
.
Sarabande, diable et joueur de cornemuse, nef coté nord, chapelle Saint-Sébastien, Le Faouët. Photographie lavieb-aile.
Sablières (1600-1608) de la chapelle Saint-Sébastien, Le Faouët. Photographie lavieb-aile 2022.
Sablières (1600-1608) de la chapelle Saint-Sébastien, Le Faouët. Photographie lavieb-aile 2022.
Sablières (1600-1608) de la chapelle Saint-Sébastien, Le Faouët. Photographie lavieb-aile 2022.
Sablières (1600-1608) de la chapelle Saint-Sébastien, Le Faouët. Photographie lavieb-aile 2022.
Sablières (1600-1608) de la chapelle Saint-Sébastien, Le Faouët. Photographie lavieb-aile 2022.
Sablières (1600-1608) de la chapelle Saint-Sébastien, Le Faouët. Photographie lavieb-aile 2022.
Sablières (1600-1608) de la chapelle Saint-Sébastien, Le Faouët. Photographie lavieb-aile 2022.
Sablières (1600-1608) de la chapelle Saint-Sébastien, Le Faouët. Photographie lavieb-aile 2022.
.
Le Diable prend note des personnes présentes à la fête.
.
Le Diable possède de nombreux traits animaliers : œil de bœuf, groin de porc, cornes dépassant de son chapeau rond, tignasse hirsute, oreilles pointues, pattes fourchues. Pourtant, il se dissimule sous un vêtement fort civil, et il porte à la ceinture son plumier et son encrier. Il tient ses comptes des futurs pensionnaires de l'Enfer sur une tablette, tandis que galamment il tient la main d'une cavalière.
Une scène analogue figure sur le jubé de la chapelle Saint-Fiacre du Faouët, où le diable écrit les propos de deux femmes se livrant au commérage.
.
Sarabande, diable et joueur de cornemuse, nef coté nord, chapelle Saint-Sébastien, Le Faouët. Photographie lavieb-aile.
.
Sablières (1600-1608) de la chapelle Saint-Sébastien, Le Faouët. Photographie lavieb-aile 2022.
Sablières (1600-1608) de la chapelle Saint-Sébastien, Le Faouët. Photographie lavieb-aile 2022.
Sablières (1600-1608) de la chapelle Saint-Sébastien, Le Faouët. Photographie lavieb-aile 2022.
.
.
3. Troisième travée. Jeu du bâton breton, et inscription.
.
a) Jeu de bâton breton.
Deux hommes tête-bêche luttent pour la possession d' un bâton. Ils sont vêtus d'un pourpoint, de braies (bouffantes et peut-être à crevés pour celui de gauche), de guêtres, et, pour l'un d'entre eux, de chaussures.
Il s'agit sans-doute de la représentation d'un jeu de pardon, modifiée pour résoudre la difficulté technique imposée par la sablière.
Selon Fanch Peru, qui rappelle l'adage « Jeux de bâtons, jeux de Bretons » , les Celtes en général et les Bretons en particulier semblent avoir eu une sorte de prédilection pour les jeux de bâtons, notamment lors des pardons. On en décrit essentiellement deux, le bâton à bouillie (ar vazh-yod) et le bâton par le bout (ar vazh-a-benn).
1. Le bâton à bouillie (ar vazh-yod)
Ce jeu met en présence deux concurrents assis par terre, face à face, les pieds calés contre une planche fixée à chant et tenant à deux mains par le travers un gros bâton. Pour gagner il faut amener l'adversaire de son côté ou l'obliger à lâcher le bâton.
2. Le bâton par le bout (ar vazh-a-benn)
Portés à plat ventre par quatre solides gaillards pendant que d'autres leur tirent sur les pieds, les concurrents serrent à deux mains dans le sens de la longueur un bâton de taille moyenne. Le vainqueur est celui qui garde le bâton en main.
On lit dans « Contes populaires des anciens Bretons », de Théodore de la VILLEMARQUÉ (Paris, 1842, p. 288), la description suivante :
« COMBAT DU BATON.
Ce genre d’escrime était en usage dans le pays de Galles avant le dix-septième siècle. A cette époque, les ministres de la religion prétendue réformée l’abolirent avec les autres jeux nationaux gallois, qui sont maintenant remplacés par les orgies du cabaret. Il existe encore en Bretagne, dans certaines paroisses rurales, notamment en Cornouaille, et la manière dont on le pratique, semblerait autoriser à croire qu’il n’était point étranger, dans le principe, aux vieilles institutions celtiques.
La nuit de la fête des Morts, des jeunes gens et des jeunes filles qui se sont donné le mot, se rendent secrétement dans une chapelle écartée ; on allume des cierges, on récite des prières, on chante des cantiques en l’honneur des trépassés ; puis un vieillard, généralement le sorcier du pays, qui a le privilège d’assister à la lutte et de la présider, crie trois fois : Lis ! lis ! lis ! Aussitôt un cercle se forme ; deux champions y entrent : parfois ils sont armés chacun d’un penn-baz, ou casse-tête, et la lutte s’engage selon les règles ordinaires du combat au bâton ; mais le plus souvent, ils n’en ont qu’un seul, et se le disputent à force de bras, assis à terre en face l’un de l’autre. Le bâton reste au vainqueur, et le vaincu a la honte de recevoir la bascule de la main des jeunes filles. »
Troisième travée : jeu de bâton breton, nef coté nord, chapelle Saint-Sébastien, Le Faouët. Photographie lavieb-aile.
.
.
b) Inscription.
Deux anges présentent un rouleau où est inscrit « FAICT : PAR : CA / BRIEL . BRENIER / : LAN 1608. »
Les "deux points" sont en fait des points triples.
Gabriel Brenier n'est pas connu autrement que par cette inscription.
.
sablière de la troisième travée, nef coté nord, chapelle Saint-Sébastien, Le Faouët. Photographie lavieb-aile.
.
.
4. Hémi-travée : masque feuillagé crachant des rinceaux.
Tête d'homme au nez épaté et aux yeux écarquillés, tonsuré (ou coiffé d'un chapeau de paille) au chef surmonté de trois feuilles. Barbe, ou fraise. De sa bouche partent deux tiges qui se déroulent en rinceaux à feuilles (lancéolées) et à fleurons.
Ce motif est repris plus loin.
.
tête et rinceaux. dernière travée, nef coté nord, chapelle Saint-Sébastien, Le Faouët. Photographie lavieb-aile.
.
.
.
.
II. Sablières du coté sud de la nef.
.
S1 : Masque avec godrons divergents.
La tête coiffée d'un chapeau rond est ailée.
nef coté sud, chapelle Saint-Sébastien, Le Faouët. Photographie lavieb-aile.
.
.
.
S2.Deux hommes endormis tête bêche.
.
Cette sculpture a un sens qui nous échappe. Un autre jeu breton ? La position symétrique des corps, l'appui des deux pieds l'un contre l'autre, la posture dite "du songeur", main soutenant la tête, nous interrogent.
.
nef coté sud, chapelle Saint-Sébastien, Le Faouët. Photographie lavieb-aile.
.
.
S3.Scène de chasse : chien portant un collier devant un lièvre.
.
Un homme (rabatteur ?) sonne de la trompe et tient une pique. Deux chiens, reconnaissables à leur collier, poursuivent deux animaux sauvages, sur un fond de feuillage.
.
Sablière , chapelle Saint-Sébastien, Le Faouët. Photographie lavieb-aile.
.
nef coté sud, chapelle Saint-Sébastien, Le Faouët. Photographie lavieb-aile.
.
.
S4. Chasse au sanglier.
.
C'est une scène rare où nous voyons un chasseur enfoncer son épieu dans la gueule d'un sanglier assailli par un chien.
.
.
.
Animal à tête anthropomorphe tenant un rouleau.
nef coté sud, chapelle Saint-Sébastien, Le Faouët. Photographie lavieb-aile.
.
.
SABLIÉRES DES BRAS DU TRANSEPT.
.
I. Bras nord du transept.
1°) Le coté est.
a) sablière de gauche, au dessus de la fenêtre.
A gauche, trois personnages à genoux. Le premier, à capuche et bure, présente un livre. Le second, également encapuchonné, pose sa main sur la tête nue du troisième, barbu, qui lui fait face. Cette scène est interprétée comme " saint Martin baptisant un catéchumène " ou comme "scène d'exorcisme".
Dans un cartouche, Inscription datée : 1600 / LE : 26 D / E : IV / IN
qui est transcrite comme : "1600, le 26 de juin".
Un cerf (? deux oreilles et un bois ; sabots) se tourne gueule ouverte vers l'inscription.
Deux anges tiennent un cartouche. Inscription en lettres latines I :
POV / LIQV / IN : R : I / HOARN / ER M C H R
(dernière ligne douteuse)
Nous retrouvons ici le nom du recteur I[ann] Pouliquin déjà relevée avec la date de 1598 sur l'inscription lapidaire. Si on l'associe au cartouche précédent, cela peut donner "1600, le 26 de avril Iann Pouliquin Recteur, Iann Hoarner [---]"
L'orthographe Pouliquin est attestée en variante de la forme commune Pouliquen. La famille Le Hoarner est attestée au Faouët par les généalogistes : couple Guillaume Le Hoarner 1643-1698 / Jacquette Laour. La variante plus commune est Houarner ou Le Houarner, Le Hoüarner
Sablière du bras nord du transept, 1600, chapelle Saint-Sébastien, Le Faouët. Photographie lavieb-aile.
Sablière du bras nord du transept, 1600, chapelle Saint-Sébastien, Le Faouët. Photographie lavieb-aile.
.
.
b) Sablière de l'hémi-travée du centre.
(sauf confusion d'image)
Chasse : chien poursuivant un cerf.
Sablière du bras nord du transept, chapelle Saint-Sébastien, Le Faouët. Photographie lavieb-aile.
.
.
2°) Le coté ouest.
.
II. Bras sud du transept.
1°) Coté est.
L'entrait la divise en une sablière entière, et une demi-sablière jusqu'au pilier de la croisée.
Sablière du bras sud du transept, chapelle Saint-Sébastien, Le Faouët. Photographie lavieb-aile.
.
.
a) Sablière au dessus de la fenêtre. Inscription.
de gauche à droite :
— Inscription dans un rouleau tenu par deux anges agenouillés (manches bouffantes) :
I : PO / LIQV / IN : P : R : DE : MEz
Je propose la transcription suivante : "I[ann] Pouliquin Prêtre ? Recteur de Mez", mais le -z final est vraisemblablement une abréviation.
.
Sablière du bras sud du transept, chapelle Saint-Sébastien, Le Faouët. Photographie lavieb-aile.
.
.
— martyre de saint Sébastien.
Ce motif où deux archers se faisant face vise le saint martyr placé au milieu d'eux se retrouve dans un groupe sculpté de la chapelle Saint-Fiacre du Faouët, ou à l'entrée de la chapelle Saint-Sébastien de Saint-Ségal (29)
Martyre de saint Sébastien, sablière du transept, chapelle Saint-Sébastien, Le Faouët. Photographie lavieb-aile.
Je propose ici une photographie du retable de Saint-Sébastien de la chapelle Saint-Fiacre du Faouët. Il date du milieu du XVe siècle ; le Retable cadre fait corps avec la pile nord-ouest de la croisée h = 142 ; la = 167 . Sébastien, comme dans le modèle le plus fréquent, est nu à l'exception d'un pagne court dont la ceinture est lacée. Attaché à une colonne, il sourit, indifférent aux flêches que les soldats dont il était l'officier tirent à bout portant. Les archers sont vêtus d'un costume époque Charles VII,. L'ornementation latérale est faite de rosettes et de pampres ; le socle du bourreau de droite porte un décor à rosettes.
.
Martyre de saint Sébastien, Chapelle Saint-Fiacre, Le Faouët. Photographie lavieb-aile.
Sablières (1600-1608) de la chapelle Saint-Sébastien, Le Faouët. Photographie lavieb-aile 2022.
Sablières (1600-1608) de la chapelle Saint-Sébastien, Le Faouët. Photographie lavieb-aile 2022.
.
.
b) Sablière près de la croisée.
Frise d'une banderole pliée en zig-zag, avec 5 hommes bras étendu, en costume "d'époque". Cheveux courts, frisés, coupés au bol (clercs ?). veste à l'encolure très serrée sur un col en V (fraise pour le n°2 ?) et aux manches bouffantes aux épaules. Visages ronds, aux yeux ronds et au sourire stéréotypé.
Inscription G: BRENI / ER DICT FERR / 1600.
Il s'agit du charpentier Gabriel Brenier, qui a signé la sablière de la nef nord avec la date 1608. Il fut donc actif ici de 1600 à 1608.
Un Jean Brenier est attesté par les généalogistes avec les dates 1575-1626, parmi d'autres exemples postérieurs affirmant que Gabriel Brenier est un artisan local.
.
Sablière du bras sud du transept, chapelle Saint-Sébastien, Le Faouët. Photographie lavieb-aile.
.
2°) Coté ouest.
Au dessus d'une porte.
a) Frise en bande pliée à sept anges.
Même motif en ruban replié en zig-zag, mais sans inscription. Il s'agit ici d'anges, dont la coiffure est la même que les clercs de la sablière du coté est, mais dont les vestes, sauf dans un cas, ne sont pas fermés par une ligne médiane. la ligne de drapé, qui se casse en épingle à cheveux au creux de chaque angle, est très élégante.
.
Sablière du bras sud du transept, chapelle Saint-Sébastien, Le Faouët. Photographie lavieb-aile.
.
.
b) Renard attaqué par des poules.
Un renard entré dans la basse-cour a saisi une poulette par le cou, mais deux oiseaux (a posteriori des poules) l'assaillent en mordant ses oreilles de leur bec tandis qu' un coq le mord sur l'arrière-train.
Goupil attaqué par les poules, Sablière du bras sud du transept, chapelle Saint-Sébastien, Le Faouët. Photographie lavieb-aile.
.
Cette scène est célèbre, d'autant que le thème de Goupil (ou Renart) et les poules est fréquent dans les sablières et autres sculptures bretonnes. Sophie Duhem, docteur en Histoire à Rennes 2 puis maître de conférences en Histoire de l'art moderne à l'Université de Toulouse-Le-Mirail, y a consacré un article dont je donne les extraits suivants :
DUHEM (Sophie), 1998, « Quant li goupil happe les jélines... », ou les représentations de Renart dans la sculpture sur bois bretonne du XVe au XVIIe siècle
"Le renard se démarque de ses congénères par sa nature maléfique.
Mais Renard est surtout connu pour le rôle de premier plan qu'il joue dans la vaste épopée qui porte son nom. Ce roman satirique, rédigé par des clercs successifs entre 1170 et 1250, remporte un vif succès en France et donne naissance à un genre parodique où le monde animal présente un reflet de la société humaine et de ses excès. C'est ce monde que parcourt le goupil, et ce sont ses aventures que bon nombre d'artistes trouvent plaisir à illustrer dans les divers domaines de l 'art, tout au long du Moyen Âge. Ainsi Renard apparaît à de nombreuses reprises dans la sculpture bretonne, sur des supports de bois qui remontent pour les plus anciens à la fin du XVe siècle, et sur quelques décors de charpentes plus tardifs, pour certains datés du milieu du XVIIe siècle !
Les aventures de Renaît qui inspirent ces représentations sont certainement bien connues des populations bretonnes, sans cloute véhiculées par les conteurs et les conteuses lors des veillées. Noël du Fail évoque à plusieurs reprises le goupil dans les descriptions qu'il fait du milieu paysan des campagnes rennaises au X VIe siècle.
Renart prêchant les poules, une image appréciée des artisans bretons à la fin du Moyen Âge.
L'illustration d'un thème original, celui de Renart prêchant les poules, apparaît sur quelques décors de bois. Cette image présente le goupil revêtu d'un habit monacal, placé debout dans une chaire et s 'adressant à une assemblée de poules attentives.
La figure caricaturale de l'animal travesti en moine doit être rattachée aux écrits satiriques inspirés du roman ; Ysengrimus, un manuscrit réalisé en Flandres vers 1150 évoque déjà la figure de l 'animal travesti en moine — ici le loup Ysengrin — qui annonce celle plus tardive de Renart camouflé, jouant sournoisement de cet artifice pour tromper son entourage.
Une illustration de Renart apparaît sur le jubé de la chapelle Saint-Fiacre au Faouët, décoré par le sculpteur Olivier Le Loërgan dans les années 1480. La saynète située au niveau de la clôture, face à la nef, raconte en quatre épisodes les péripéties de Renart. À gauche, il est monté en chaire, prêchant les gelines placées face à lui. Il dévore l'une d'elles sur le relief suivant ; les autres volailles se regroupent et l'attaquent, et dans la dernière scène, aidées du coq, écorchent vif le goupil. Plus que l'envers parodique de l'enseignement prêché par l'Église, il a conféré consciemment ou non à son discours une portée moralisatrice dont témoigne la fin tragi-comique du faux moine, écorché par les poules.
La figure insolite de « Renart escorché »
Un épisode particulier, associé aux représentations de Renart prêchant, met en scène un goupil écorché, cruellement dévêtu de sa fourrure par les poules courroucées. À nouveau, le thème semble puiser ses racines dans le fonds littéraire de l'épopée satirique rapportant l'histoire du goupil : ainsi, la chasse qui s'engage contre le renard est-elle surtout motivée par l'espoir de le déposséder de son manteau.
L'animal apparaît sur la face est du jubé de la chapelle Saint-Fiacre au Faouët, dans la bouche d'un homme qui escorche le renard .
Renart, acteur de saynètes comiques sur les reliefs sculptés des XVIe et XVIIe siècles
En marge des thèmes anciens, des images de Renart dans le cadre de séquences comiques ornent les sablières plus tardives, datées des XVIe et XVIIe siècles. L'animal est cette fois pourchassé par une fermière pour avoir dérobé poissons et saucisses.
Le thème de la paysanne frappant l'animal avec sa quenouille est connu des illustrateurs de manuscrits et des sculpteurs depuis le XIIIe siècle.
Dépourvus de modèle iconographique défini, il semble que les artisans se soient inspirés des images sculptées dans les bourgs voisins — les supports sont localisés — tout en les enrichissant de détails puisés dans leur propre fond culturel. L'observation de ces exemples conduit également à un constat : le choix des sculpteurs s'est davantage porté au XVIe siècle sur les épisodes comiques plutôt que sur les images intellectualisées de Renart prêchant ou de Renart écorché.
Le renard et les poules : la naissance d'un modèle stéréotypé (XVIe-XVII siècles)
Les représentations inventives que nous avons présentées ne constituent pas l'essentiel des images du goupil sculptées sur les sablières des XVIe et XVIIe siècles. Le thème du renard attaquant les poules, isolé du cycle narratif de Renart prêchant dans lequel il était inséré à la fin du Moyen Âge, apparaît sur de nombreux décors. Dans la chapelle Saint-Sébastien au Faouët, où la charpente est précisément datée de 1600-1608, une poutre de belle facture montre l'animal aux prises avec plusieurs gélincs: il tord le cou à l'une d'entre elles mais cstassailli de tous côtés par des volailles de grande taille qui dévorent ses oreilles et piquent son arrière-train. Les décors stylisés de la charpente sculptée de l'église de Trémeur présentent des figures enchevêtrées parmi lesquelles se distinguent quelques poules et plus loin Renart attrapant l'une d'elles.
Si le thème de l'animal en quête de nourriture et dévorant sa proie est fréquent dans la décoration des sablières, la vengeance des volailles apparaît peu, en dehors des représentations anciennes montrant le goupil écorché. Une sablière de Gourin illustre néanmoins la fin tragique de l'animal : la facture de l'ensemble est très rudimentaire, mais la séquence est des plus insolites ! D'un côté un coq apparaît, de l'autre le Goupil, suspendu horizontalement, empalé sur deux broches .
Pourtant, sur bien des reliefs la saynète est réduite à sa plus simple expression, celle d'une image stéréotypée montrant la poule menacée par le prédateur.
L'étude de ces images laisse entrevoir le changement des goûts qui s'opère entre la fin du XVe siècle et le XVIIe siècle dans le milieu des sculpteurs sur bois. Jusqu'au début du XVIe siècle, les artisans s'accommodent parfaitement de la représentation satirique du renard qu'ils insèrent de façon cohérente et réfléchie dans leurs programmes décoratifs. L'absence de représentations sur les sablières postérieures à 1 5 1 3 accuse une désaffection pour le thème, alors qu'apparaît l'image plus distrayante du goupil et de la paysanne. Si quelques artisans traitent de manière personnelle et originale cette nouvelle représentation, et ceci jusqu'au milieu du XVIIe siècle 31, la plupart simplifient le thème originel, créant ainsi l'image binaire et stéréotypée de type renard I poule. Cette simplification iconographique amène une remarque : elle est l'expression d'un désintérêt des sculpteurs pour les séquences narratives, un désintérêt qui est probablement lié à une incompréhension des modèles originaux. La méconnaissance des récits épiques et satiriques aurait graduellement détourné les sculpteurs des représentations élaborées de Renart, en vogue dans les ateliers bretons à la fin du Moyen Âge."
"INVENTAIRE Images de Renart dans la sculpture sur bois bretonne.
— Représentations de Renart prêchant aux poules et de Renart écorché : Le Faouet (Ch. St-Fiacre, v. 1480), Le Faouët (Ch. Ste-Barbe, XVIe s.), Grâces-Guingamp (1506-1512), Plumelec (Ch. St-Aubin, 1513), Saint-Gilles-Pli- geaux (XVe-XVIe s.), Tréflévenez (XVIe s.).
— Représentations de Renart et la fermière et variantes : Cléguérec (Ch. de laTrinilé, milieu XVIe s.), Guilligomarc'h (Ch. St-Éloi, XVIe s.), Meslan (1527), Ploërdut (Ch. de Crénenan, 1652), Plougras (Ch. du Cimetière, XVIe s.), Plourac'h (XVIe s.), Pont-Aven (Ch. de Trémalo, XVIe s.), Saint-Nicolas-du-Pé- lem (Ch. St-Éloi, milieu XVIe s.), Séglien (Ch. St-Jean, XVIe s.) .
— Renart et les poules : Callac (Ch. St-Treffrin, XVP/XVIF s.), Châtelaudren (Ch. Notre-Dame-du- Tertre, XVIe s.), Edern (Ch. du Niver, XIXe-XXe s.?), Le Faouët (Ch. St-Sebastien, 1600-1608), Gourin (XVIe s.), Guern (Ch. de Quelven, XVe-XVIc), Guimiliau (lere moitié du XVIIe s.), Landerneau (Ég. Si-Thomas, XVIe s., représentation disparue), Landudal (XVIe-XVIP s.), Langast (Ch. St-Jean, XVIe s.), Lanvénégen ( XVIe s.), Magoar (XVIe s.), Neuillac (Ch. de Carmes, XVIe s.), Plévin (Ch. St-Abibon, XVIIe s.), Plouay (Ch. de Locmaria, XVIe s.), Plourac'h (XVIe s.), Le Quillio (Ch. St-Maurice, XVIe s.), Séglien (Ch. de Locmaria (XVIe s.), Suscinio (Château, fragment provenant de l'église de la Roche-Bernard, XVIe s.), Trémeur (milieu XVIe s.)
— Autres images de Renart : Daoulas (Abbaye, XVe s.), Hopîtal-Camfrout (XVIe s.), Loqueffret (XVIe s.)." (S. Duhem)
Nous avons donc ici un Renart attaquant les poules, et attaqué par les poules et le coq, dans le cadre d'un cycle narratif dont les divers épisodes, détaillés à la chapelle Saint-Fiacre et rappelés à la chapelle Sainte-Barbe du Faouët, devait être suffisamment connu des paroissiens pour que la scène fonctionne comme rappel de l'ensemble, et comme mascotte surdéterminée par des interprétations libres.
Voici l'image que j'avais admiré à Saint-Fiacre, et qui sert manifestement de modèle ici. Je la place entre la scène précédente (Renart prêchant) et la scène suivante (Renart dépecé par les poules et le coq). Cliquez sur l'image.
.
Renart et les poules, jubé de la chapelle saint-Fiacre, Le Faouët, photographies lavieb-aile
Sablières (1600-1608) de la chapelle Saint-Sébastien, Le Faouët. Photographie lavieb-aile 2022.
Sablières (1600-1608) de la chapelle Saint-Sébastien, Le Faouët. Photographie lavieb-aile 2022.
.
Le chœur.
.
I. sablière du coté nord.
.
Sablière du coté nord du chœur, chapelle Saint-Sébastien, Le Faouët. Photographie lavieb-aile.
.
a) Tête à front ceint ou masque dont la bouche donne naissance à deux tiges se terminant en spirales.
Motif voisin de celui de la nef nord.
Armoiries (sur une pièce du XXe siècle) parti de France et de Bretagne comme sur les vitraux.
.
Sablière du bras nord du transept, chapelle Saint-Sébastien, Le Faouët. Photographie lavieb-aile.
.
.
.
b) Deux hommes tête-bêche soufflant dans une trompe à la destination équivoque.
L'instrument à embouchure mince descend et passe entre les jambes avant de remonter près de l'épaule et de conduire le pavillon près de l'oreille, L'un des hommes a le front ceint d'un bandeau .
Notez les traces de polychromie.
Sophie Duhem y reconnaît une busine. On peut évoquer aussi le tournebout (cromorne, krummhorn), mais on reconnaîtra qu'il s'agit alors d'une version caricaturale.
.
Sablière , chapelle Saint-Sébastien, Le Faouët. Photographie lavieb-aile.
Sablière du chœur , chapelle Saint-Sébastien, Le Faouët. Photographie lavieb-aile.
.
Sablières du chœur coté sud. Frise de quatre médaillons à bustes d'hommes.
.
Sablière , chapelle Saint-Sébastien, Le Faouët. Photographie lavieb-aile.
Les oubliés.
Le diable est venu mélanger mes photos et les séparer de leur lieu d'origine. Chœur, transept nord, nef sud, saurez-vous retrouver leurs places ?
.
Masque tirant la langue et menacé par deux dragons (queue portant une tête).
Tête fantastique, des plantes poussant de son crâne.
.
Sablière , chapelle Saint-Sébastien, Le Faouët. Photographie lavieb-aile.
.
Deux dragons aux queues entrelacées.
Armoiries de Bouteville.
Sablière , chapelle Saint-Sébastien, Le Faouët. Photographie lavieb-aile.
.
.
BLOCHETS DE LA CROISÉE DU TRANSEPT.
Les quatre blochets de la croisée du transept ont été réalisés en 1939 par A Jaffré, restaurateur de la chapelle.
inscription de restauration, prolongement de la sablière nord du chœur au pied du blochet nord-ouest.
FAICT PAR JAFFRE A LAN : 1939
.
chapelle Saint-Sébastien, Le Faouët. Photographie lavieb-aile.
.
1°) Blochet nord-est.
Une jeune homme, agenouillé, se tient les chevilles. Son visage est fin, féminin, mais ses cheveux bouclés en flammes courtes pourraient faire évoquer la toison d'un faune ou d'un démon. Il porte un baillon. Une veste courte, sans col, est fermée par deux boutons et resserrée par une ceinture.
Blochets de la croisée du transept, chapelle Saint-Sébastien, Le Faouët. Photographie lavieb-aile.
.
Blochet sud-est.
Femme agenouillée, tenant ses chevilles, tournée vers la charpente mais tournant la tête vers la croisée du transept,
Blochets de la croisée du transept, chapelle Saint-Sébastien, Le Faouët. Photographie lavieb-aile.
.
Blochet nord-ouest :
Femme portant l'écu aux armes des Bouteville.
Blochets de la croisée du transept, chapelle Saint-Sébastien, Le Faouët. Photographie lavieb-aile.
.
Blochet sud-ouest.
femme enlacée par un serpent.
.
Blochets de la croisée du transept, chapelle Saint-Sébastien, Le Faouët. Photographie lavieb-aile.
.
.
.
.
LES CULOTS.
.
.
La statue de saint Sébastien.
.
Descendue de son socle le jour du pardon pour être portée en procession.
.
.
Statue de saint Sébastien, chapelle Saint-Sébastien, Le Faouët. Photographie lavieb-aile.
.
.
.
L'EXTERIEUR : LES GARGOUILLES.
.
.
.
.
L'EXTERIEUR : QUELQUES MASQUES ET CULOTS.
.
.
.
L'inscription 1599 de la porte sud.
.
.
.
La procession de pardon (20 septembre 2015).
.
Procession de pardon, 20 septembre 2015, chapelle Saint-Sébastien, Le Faouët. Photographie lavieb-aile.
.
Le Comité de sauvegarde de la Chapelle Saint-Sébastien, présidée par Patrick Le Petitcorps, organise le pardon de Saint-Sébastien le 3e dimanche de septembre au profit de la rénovation de la chapelle (messe-repas et animations toute la journée). Samedi 19 et dimanche 20 septembre 2015, Patrick Le Petitcorps et son équipe sont intervenus en marge du pardon pour animer la fête profane, avec concours de palets organisé par le Palet faouëtais, randonnées pédestres libres. À 11 h, messe le dimanche à 11 h, repas, et v ers 15 h 30, fest-deiz avec Didoënn et Le Dour-Gloaguen. Sur place, vente de crêpes.
Le dernier pardon de la commune se déroulera, ce week-end, autour de la chapelle Saint-Sébastien. Depuis quelques jours, les bénévoles du comité de sauvegarde sont sur place pour préparer les lieux, les services techniques de la commune ayant procédé à une fauche de l'herbe sur les terrains qui accueilleront les pèlerins ce week-end. Fest-deiz et visite de la chapelle Le programme des festivités débutera samedi, à 14 h, avec un concours de palets sur route. Dimanche, dès 9 h, rendez-vous pour des randonnées libres au départ de la chapelle, avant la procession, vers 10 h 30-10 h 45, qui sera suivie de la messe dans la chapelle, à 11 h. À midi, sera servi le repas, un rôti de porc cuit à l'ancienne au four à pain (tarif : 11 €). Tout au long de la journée, il sera possible de découvrir l'histoire de la chapelle et de ses statues avec Catherine Zuber, artiste qui a participé à la réalisation des statues de la Vierge à l'Enfant et celle de saint Roch. Il sera aussi possible de découvrir les magnifiques sablières sculptées qui ornent la chapelle. Puis, à 15 h 30, ce sera le fest-deiz animé par Didoënn et le duo Le Dour-Gloaguen. En fin de journée, animation musicale avec Disco 2000. Toute la journée, vente de crêpes et buvette. http://www.lefaouet.fr/index.php/Details/Comite-de-sauvegarde-de-la-chapelle-Saint-Sebastien.html
Le duo Le Dour-Gloaguen. Pardon profane de la chapelle Saint-Sébastien, Le Faouët, photographies lavieb-aile
— Costume Henri IV : http://www.ac-grenoble.fr/argouges/v1/PEDAGOGI/Costume/Henriquatre.htm
— DUHEM (Sophie), 1997, Les sablières, images, ouvriers du bois et culture paroissiale au temps de la prospérité bretonne, XVe-XVIIe s. Presses Universitaires de Rennes 385 p.-[16] p. de pl. en coul. Note : Bibliogr. p. 367-379. Notes bibliogr. Index
— DUHEM (Sophie), 1998, "«Quant li goupil happe les jélines... », ou les représentations de Renart dans la sculpture sur bois bretonne du XVe au XVIIe siècle" Annales de Bretagne et des pays de l'Ouest Année 1998 Volume 105 Numéro 1 pp. 53-69 http://www.persee.fr/doc/abpo_0399-0826_1998_num_105_1_3972
— Inventaire General des monuments et richesses artistiques de la France, Morbihan. Cantons le Faouët et Gourin, Paris Imprimerie Nationale 1975. XII + 680 p. Notice sur Saint-Sébastien : pp 51-53. Photos et plan pp 323-329.
Dans le chœur de l'église de Lézardrieux, de chaque coté (gauche et droit, soit nord et sud), des sablières sont ornées de scènes figurées.
Au nord, se voient trois cavaliers, parmi lesquelles se reconnaissent un seigneur et sa dame : ils partent à la chasse, puisqu'ils sont accompagnés d'un maître d'équipage (le valet qui mène la chasse ), à pied, casqué et tenant sa pique, et un autre valet armé d'un gourdin. Le troisième cavalier est casqué et porte une lance, ou une pique, c'est peut-être le piqueur, responsable de la meute. Un dernier personnage, en partie caché par l'avancée d'un retable posé ultérieurement, tient un cheval de rechange par la bride.
L'action de chasse proprement dite est décrite du côté sud : un veneur ou valet de chien , casqué et portant une dague à la ceinture, sonne dans sa trompe. Il retient, en réserve, un mâtin par une corde. Il a lancé la meute à la poursuite d'un cerf. Trois chiens de chasse sont sur le point de l'atteindre (c'est "l'hallali courant"), devant un chien bien plus petit. Tous les cinq portent un collier.
Les costumes sont ceux de la Renaissance, ce qui incite à dater ces pièces de la date de 1580 indiquée par inscription lapidaire du côté nord de la nef, près de la croisée du transept, comme étant celle de la réédification de l'église.
.
.
Ces deux pièces de sablières de Lézardrieux ont été recensées et partiellement décrites dans la publication post-thèse de Sophie Duhem sur les sablières de Bretagne. Elle en signale l'intérêt, car il s'agirait de la seule illustration complète d'une scène de vènerie, associant la présentation de l'équipage et celle de la meute en action.
"La scène de chasse est l'une des distractions aristocratiques les plus illustrées dans l'art du Moyen-Âge. Sa représentation est fréquente, notamment dans les manuscrits des XIVe et XVe siècles : du reste, elles apparaissent dans deux ouvrages bretons du XVe, siècle, les Heures de Montauban et les Heures de Marguerite d'Orléans.
La représentation fidèle de la traditionnelle chasse à courre, composée d'un groupe de chasseurs à cheval, cernés d'une meute de chiens lancés à la poursuite d'un cerf ou d'un sanglier, ne concerne qu'un nombre restreint de sablières. À notre connaissance, seules les poutres de Lézardrieux présentent un groupe de cavaliers en chasse. Ce cas mis à part, les scènes de chasse sont habituellement constituées de figures d'hommes sonnant du cor, suivis des chiens et de l'animal pourchassé. Dans les chapelles de Kerlénat, à Locmalo, et Saint-Pierre-de-l'Isle à Callac, les chasseurs sont allongés, de manière à s'adapter au format étroit des sablières. D'ordinaire, les animaux représentés sont des cerfs, excepté dans l'église de Malestroit et dans la chapelle Saint-Sébastien du Faouët où apparaissent deux sangliers.
Les sculpteurs des charpentes manifestent de l'intérêt pour les scènes de chasse dès la fin du XVe siècle : les sablières anciennes de Callac, Locmalo, Grâces-Guingamp, Malestroit, Quimperlé, Guern, Saint-Nicolas-du-Pélem le confirment. Mais à la différence de certaines figures bas-médiévales qui tendent à disparaître aux siècles suivants, le sujet est toujours populaire aux XVIe et XVIIe siècle : les poutres de la chapelle Saint-Sébastien du Faouët, datées de 1608, et de la chapelle de Crénénan à Ploërdut, de 1652, attestent de la permanence du thème médiéval. Au total, 81 pièces de bois ornées de cette scène sont dénombrées ; elles représentent 1,6 % de la production et sont localisées au centre de la Bretagne." (Sophie Duhem)
.
Les sablières (scène de chasse à courre, bois peint, anonyme, v.1580) de l'église de Lézardrieux. Photographie lavieb-aile août 2022.
.
.
En premier vient le seigneur. Son cheval caracole, il a la crinière tressée, et la queue redressée par un accessoire. Le seigneur est en habit Renaissance et il est coiffé d'un bonnet. Il désigne, vers l'avant, l'action de chasse.
.
Les sablières (scène de chasse à courre, bois peint, anonyme, v.1580) de l'église de Lézardrieux. Photographie lavieb-aile août 2022.
Les sablières (scène de chasse à courre, bois peint, anonyme, v.1580) de l'église de Lézardrieux. Photographie lavieb-aile août 2022.
.
.
Puis vient le valet, casqué, armé d'une pique. Il porte des hauts de chausse plissées, des bas (plutôt que des guêtres), des chaussures à bouts ronds. Le justaucorps et ses manches plissées complètent ce costume.
.
Les sablières (scène de chasse à courre, bois peint, anonyme, v.1580) de l'église de Lézardrieux. Photographie lavieb-aile août 2022.
Les sablières (scène de chasse à courre, bois peint, anonyme, v.1580) de l'église de Lézardrieux. Photographie lavieb-aile août 2022.
.
.
La dame de Lézardrieux monte une mule (les oreilles sont longues), en amazone. Elle porte une cape plissée, à épais revers, une robe serrée à la taille par une ceinture, une chemise à encolure plissée en collerette, et une coiffe proche du bonnet d'Anne de Bretagne ou de la jeune Jeanne III d'Albret (1555-1572), ou de Marie Stuart, à 13 ans en 1555.
.
Les sablières (scène de chasse à courre, bois peint, anonyme, v.1580) de l'église de Lézardrieux. Photographie lavieb-aile août 2022.
.
« Toutes les pièces sculptées où apparaissent des robes renaissantes sont postérieures à la seconde moitié du XVIe siècle. À Plourac'h, Lézardrieux, Le Faouët (Ch. St Sébastien), les robes sont cintrées à la taille et présentent des décolletés échancrés portés sur des chemises plissées. Les encolures sont surmontées de petites fraise ou de cols pointus qui apparaissent sur ces exemples. Les épaulettes sont rembourrées et les manches bouffantes, retenues par des rubans, présentent des crevés qui devaient théoriquement laisser apparents les tissus colorés placés dessous.
La femme montée en amazone dans la chasse à courre qui est sculptées à Lézardrieux porte une cape qui indique significativement la noblesse de son rang. » (Sophie Duhem)
.
Les sablières (scène de chasse à courre, bois peint, anonyme, v.1580) de l'église de Lézardrieux. Photographie lavieb-aile août 2022.
.
.
Le veneur armé d'un gourdin est vêtu comme le piqueur de tête, mais étant montré de profil, nous voyons mieux sa coiffure.
.
Les sablières (scène de chasse à courre, bois peint, anonyme, v.1580) de l'église de Lézardrieux. Photographie lavieb-aile août 2022.
Les sablières (scène de chasse à courre, bois peint, anonyme, v.1580) de l'église de Lézardrieux. Photographie lavieb-aile août 2022.
Les sablières (scène de chasse à courre, bois peint, anonyme, v.1580) de l'église de Lézardrieux. Photographie lavieb-aile août 2022.
.
.
Qui est ce cavalier ? Le maître d'équipage, ou le fils du seigneur ? Son bonnet à crevé, très mode, me fait pencher vers cette hypothèse. Il tient un bâton (pique à l'extrémité brisée) sous l'aisselle gauche.
.
Les sablières (scène de chasse à courre, bois peint, anonyme, v.1580) de l'église de Lézardrieux. Photographie lavieb-aile août 2022.
.
.
Un valet, casqué, tient un cheval par la bride. Ma distinction entre chevaux et mules, basée sur la longueur des oreilles n'est pas très solide, mais les dames ne montaient-elles pas traditionnellement des mulets ?
.
Les sablières (scène de chasse à courre, bois peint, anonyme, v.1580) de l'église de Lézardrieux. Photographie lavieb-aile août 2022.
.
.
La pièce de sablière du côté sud. L'action de chasse au cerf.
.
Les sablières (scène de chasse à courre, bois peint, anonyme, v.1580) de l'église de Lézardrieux. Photographie lavieb-aile août 2022.
Les sablières (scène de chasse à courre, bois peint, anonyme, v.1580) de l'église de Lézardrieux. Photographie lavieb-aile août 2022.
Les sablières (scène de chasse à courre, bois peint, anonyme, v.1580) de l'église de Lézardrieux. Photographie lavieb-aile août 2022.
.
.
Le veneur souffle dans sa trompe et lance les chiens.
Il tient en laisse un mâtin, qui diffère des chiens courants qui vont suivre par des oreilles larges et longues, par un pelage fourni, et par une queue qui n'est pas redressée en fouet.
.
Les sablières (scène de chasse à courre, bois peint, anonyme, v.1580) de l'église de Lézardrieux. Photographie lavieb-aile août 2022.
Les sablières (scène de chasse à courre, bois peint, anonyme, v.1580) de l'église de Lézardrieux. Photographie lavieb-aile août 2022.
.
.
Les chiens courants sont à poils courts.
.
Les sablières (scène de chasse à courre, bois peint, anonyme, v.1580) de l'église de Lézardrieux. Photographie lavieb-aile août 2022.
.
.
Le cerf.
.
Les sablières (scène de chasse à courre, bois peint, anonyme, v.1580) de l'église de Lézardrieux. Photographie lavieb-aile août 2022.
.
.
DATATION. Vers 1580?
.
L'inscription lapidaire indique, autour d'un blason martelé :
CESTE : EGLISE : FVST
:REEDEFFIEE :
: EN : LAN : 1580 :
.
La charpente, et ses sablières, sont contemporaines de cette construction.
On trouve aussi aux coins du carré et sur les bras du transept, des blochets représentant des anges portant les instruments de la Passion. Ils ont été peints de couleur chocolat. Ils sont contemporains des sablières. Voir :
Le lambris de recouvrement de la croisée du transept, avec sa voûte d'ogive plate à huit quartiers brisés inclinés et sa clé de voûte à décor de modillons et quatre bouts fleuronnés de poinçons pendants, est daté du dernier quart du XVIe siècle, et donc de la même époque : tout cela est cohérent.
— COUFFON (René), 1940 Répertoire des Eglises et Chapelles du Diocèse de Saint-Brieuc et Tréguier Bulletins et mémoires / Société d'émulation des Côtes-du-Nord
— DUHEM (Sophie), 1997, Les sablières sculptées en Bretagne: images, ouvriers du bois et culture paroissiale au temps de la prospérité bretonne, XVe-XVIIe s. ... préface d'Alain Croix. , Rennes :Presses universitaires de Rennes, 1997 : thèse de doctorat en histoire sous la direction d'Alain Croix soutenue à Rennes2 en 1997pages 18, 173 figures 94 et 95 et 235.
Cet ornement sculpté dans le granite n'est pas une gargouille, puisqu'elle ne se charge pas de l'écoulement des eaux pluviales. Elle occupe le sommet du rampant de la dernière lucarne, à sa jonction avec le chevet. Elle participe, par ses charmes, à la célébrité de l'église, et elle est décrite presque partout comme une sirène.
.
1. Une sirène. Sophie Duhem, et tous les sites patrimoniaux sur le net.
.
a) Sophie Duhem.
"L'infamie de la luxure a trouvé dans l'art breton un être à sa dimension —la femme— dont les nudités voluptueuses sont des gouffres de l'âme pour l'homme jouisseur taraudé par des pensées impures. Allégorie de la séduction, son corps paré aux ondulations dansantes a pris des aspects bien divers dans l'art. En Bretagne, par exemple, la sirène est l'emblème de sa vénusté et des sortilèges qui l'accompagnent."
Le Juch, église Notre-Dame, gargouilles, XVIe-XVIIe siècle. Le corps maudit, l'ensorcelante cambrure des sirènes.
La sirène sculptée parmi les gargouilles de l'église du Juch est d'une grande beauté : le visage a subi les injures du temps, cependant la finesse du portrait, le sourire timide, le traitement des cheveux délicatement posés sur les épaules donnent une idée de la qualité de la facture originelle. L'artiste voulait suggérer la beauté comme l'indique le buste incliné sur la corniche, la tête légèrement penchée de la femme séductrice, sans oublier la majestueuse poitrine qu'elle offre de ses deux mains en la projetant vers le monde des hommes. De toutes les ensorceleuses postées au sommet des églises dans l'attente de leur coupable forfait, c'est la plus convaincante. Son visage est si expressif qu'on l'entendrait presque chanter. » Sophie Duhem Avec 3 photos, p. 116 et 120.
Ce site est plus prudent, et, sous le titre "sirène", il décrit "une queue de reptile". Alors que Sophie Duhem reprend une interprétation moralisatrice par laquelle les sirènes et femmes sculptées sont des figures de la luxure et du péché incitant les fidèles à la conversion de leur conduite, ce site ouvre la porte à d'autres interprétations.
.
.
"La sirène. Située au niveau de la toiture sur le flanc sud du sanctuaire, au pignon de la nef, la statue de sirène est une autre particularité de l’église. Sa chevelure est abondante et ondulée, ses seins généreux évoquent une mère allaitante. Le corps se prolonge ensuite en queue nouée, qui évoque une queue de reptile.
Cette statue a été soumise à nombre d’interprétations différentes.
Dans ses mémoires, Hervé Friant, habitant du Juch au début XXe siècle, la nomme « Gwrac’hic ar Zal », la femme redoutable, la sorcière malfaisante. Cela renvoie à une vieille légende du Juch, celui d’une déesse mère, la Gwarc’h, ou « vielle femme ». Cette légende est antérieure au christianisme et pourtant présente sur la statue d’un édifice chrétien.
Le serpent apparaît comme élément de la déesse, sirène aquatique ou créature reptilienne, gardienne des eaux souterraines. De par ses seins gonflés, elle symbolise la vie, comme déesse de la fécondité.
D’autres ont vu une référence à Eve et la Genèse : une figure féminine portant la marque du péché originel, et faisant référence au serpent de la tentation et de la chute.
.
.
2. Une femme-serpent. Hiroko Amemiya.
Une observation plus attentive, et plus exigeante dans la nomenclature de ces "ornements à type de femmes semi-humaine" est celle que l'on trouve dans l'ouvrage de Hiroko Amemiya, "Vierge ou Démone", largement cité dans ce blog.
L'universitaire de Rennes 2 qui a consacré sa thèse de 1996 aux figures maritimes de la déesse-mère remarque que nous ne voyons pas (encore faut-il regarder) une femme-poisson, mais une femme serpent.
"Femme-serpent : couchée sur le ventre, tête à gauche. Visage joufflu encadré d'une longue chevelure en torsade. Seins proéminents. Le bras droit accoudé, le gauche tendu vers l'arrière. La partie inférieure du corps a la forme d'une queue de serpent nouée, l'extrémité pointue dirigée vers le bas." (H. Amemiya)
.
Illustration par Hiroko Amemiya, Vierge ou Démone page 177.
.
N.B. La femme-serpent est aussi décrite par B. Rio dans son ouvrage Le Cul-bénit p. 80, avec une illustration p. 82 sous le titre "sirène".
.
Ces descriptions n'ont pas besoin d'être reprises. On remarquera seulement que la queue se termine par une flèche (un dard). Et que la main droite de la femme est posée sur le sein droit, dans un geste de caresse, mais qui rappelle celui des Démones tenant une pomme.
.
Je crois qu'il faut garder ouverte l'interprétation de cette femme-serpent.
Certes, le père Julien Maunoir, grand moralisateur et évangélisateur de la Bretagne soucieux de conversion de ce qu'il considérait être une terre de paganisme, est venu au Juch en 1642, et, selon son biographe, en 1657 et en 1658 . IL effectua plusieurs guérisons avec l'huile de la lampe brulant devant saint- Michel :
« Les Pères [Maunoir et Bernard] partirent de Quimper Ie 21 Août 1642, et ils expérimentèrent l'efficace de la bénédiction du consolateur de Catherine [saint Corentin] pendant leur voyage. Pensant que ce saint directeur était l'Archange de Bretagne, ils brûlèrent en son honneur un peu d'huile, dans l'église de N.-D. du Juch, devant l'image de saint Michel, en faisant quelques prières. Dès le même jour, appliquant cette huile à Jeanne Le Cor, de Douarnenez, qui souffrait de la fièvre et de douleurs aiguës depuis quinze jours, elle fut guérie de ces deux infirmités. BDHA 1909 p.
Mais on comprend mal que l'utilisateur des Tableaux de missions ou Taolennou dans lesquels les "vices" étaient toujours accompagnés de symboles qui les condamnaient expressément (luxure ici, accompagné d'un bouc) et les menaçaient toujours des flammes et tortures de l'enfer, puisse juger opportun de placer, en un lieu particulièrement ostensible, une femme nue si bien avantagée et si séduisante que la regarder est déjà commettre un péché de chair.
Cette sirène est trop joliment humaine et féminine pour être le support d'un sermon
.
Il faut peut-être accepter que les villageois aient pu souhaiter — comme ailleurs des chanoines pour leurs stalles— orner leur église de figures emblématiques de leurs pulsions, sans vouloir aussitôt les dénoncer. Et qu'ils n'aient pas eu la même conscience dévote d'une bienséance catholique propre à des siècles plus tardifs.
Les exemples abondent dans l'ornementation sculptée des églises et chapelles bretonnes, notamment sous l'influence de la Renaissance, de représentations anthropomorphes hybrides dont l'unique but est d'être décoratif. Chassons les censeurs et transmetteurs de moraline et préservons notre plaisir d'admirer les œuvres des sculpteurs bretons témoins sans les recouvrir d'une "interprétation" anachronique. Ils ont été le relais d'un imaginaire ancestral dont les clefs débordent largement les tribulations bas-bretonne de recteurs face à leurs ouailles mais explorent les frontières de l'animalité et de l'humanité.
L'assimilation d'éléments hybrides venant des modillons romans, des contacts orientaux et méditerranéens pour certains, germaniques pour d'autres, est d'abord un élément de vitalité plutôt qu'un agent de la diabolisation et du dénigrement.
Et Mélusine dont se réclame la famille de Lusignan, apporte la fécondité liée à l'élément aquatique qui permet à Raymondin de posséder des terres et des châteaux :
"Et voit Melusigne en la cuve, qui estoit jusques au nombril en figure de femme et pignoit ses cheveulx, et du nombril en aval estoit en forme de queue d'un serpent, aussi grosse comme une tonne où on met harenc, et longue durement [très longue], et debatoit de sa coue l'eaue tellement qu'elle la faisoit saillir [gicler] jusques à la voulte de la chambre. »
— Jean d'Arras, Le Roman de Mélusine (1393-1394) https://fr.wikipedia.org/wiki/M%C3%A9lusine_(f%C3%A9e)
— LECLERQ-MARX (Jacqueline) 2002, Du monstre androcéphale au monstre humanisé. À propos des sirènes et des centaures, et de leur famille, dans le haut Moyen Âge et à l'époque romane , Cahiers de Civilisation Médiévale Année 2002 45-177 pp. 55-67
— MAZET (Christian), 2019, La « sirène » d’Orient en Occident comme exemple de la sélection culturelle des hybrides féminins en Méditerranée orientalisante (viiie-vie siècle av. J.-C.), in L'Animal-symbole, CTHS Éditions du Comité des travaux historiques et scientifiques,
4. église Notre-Dame de Brasparts, porche sud, granite, 1592.
5. église Saint-Edern à Lannedern, crossette de l'ossuaire, 1662.
6. église de la Sainte-Trinité de Lennon, crossette du porche sud, XVIe siècle
7. chapelle Saint-Herbot de Plonévez-du-Faou, porche ouest, granite, 1516.
8. église Saint-Suliau à Sizun, crossette de l'ossuaire, kersanton.
9. église Saint-Suliau à Sizun, ornement d'une frise du chevet, granite.
.
Mais la ressemblance avec la crossette de l'ossuaire de Lannédern doit être particulièrement soulignée. Bien que cette dernière n'ait pas la beauté de la dame du Juch, elle a la même posture, la même position des bras, la même torsion de la queue et surtout la même pointe, a priori venimeuse, de la queue.
.
Crossette de l'ossuaire de l'enclos paroissial de Lannédern. Photographie lavieb-aile.
.
.
.
Datation vers 1700 : éléments de discussion.
.
a) les datations du plan de l'association patrimoniale locale : "XVIIIe siècle.
.
Annotation (flèche) sur le plan M.G Lemoigne du site lejuch-patrimoine.fr
.
b) Les auteurs.
Selon Henri Waquet et Jacques Charpy, "L'influence de Ploaré, paroisse-mère de Juch avant la Révolution apparaît sur le chevet du XVIIe siècle (vers 1668) à trois pans."
.
c) Les inscriptions lapidaires datées.
.
Sur le mur voisin de cette sirène (je conserve la dénomination d'usage), on lit sur le mur de l'abside du chevet l'inscription :
M.RE. P. PHILIPPE
La mention Mre, abréviation de Messire, désigne en règle le recteur. Mais la liste des noms des recteurs de Ploaré ne comprend aucun Philippe. Le patronyme PHILIPPE est attesté à Ploaré. "Messire" peut aussi précéder le nom d'un prêtre, d'un curé.
Ce nom se retrouve sur le fronton du porche ouest, avec la mention M.G. PHILIPPE DE KERDALEC, P.[rêtre]. L'inscription ne peut être datée (en 1725-1726) que si on déchiffre le nom du recteur comme étant celui de Charles-Pierre Huchet.
Geneanet signale la famille PHILIPPE de Keralec.
Puis viennent dans deux cartouches séparés les noms des fabriciens, suivi de la mention "F.", "fabricien (ou fabrique)", qui, comme les gendarmes, vont toujours par deux.
R : CORNIC : F .
A : PERENNOV : F
.
Un hasard d'archives ou de recherche généalogique pourrait permettre par recoupement d'identifier ces individus et éventuellement de mieux dater le monument.
.
Les figures sculptées sur les pignons et façades de l'église du Juch. Photographie lavieb-aile juillet 2022.
.
Le chanoine Abgrall a soigneusement relevé les inscriptions de l'ensemble de l'église, tant à l'extérieur qu'à l'intérieur.
A l'intérieur, le chœur est daté par inscription de 1668 du coté nord (avec le nom du recteur de Ploaré, Guillaume Paillart (de 1676 à 1706) et de ses prêtres et curés), et de 1702 du coté sud, où se situe la sirène, avec le nom du curé, [Noël?]Le Billon. Cette famille Le Billon est bien établie à Kerstrat.
-Dans le sanctuaire, du côté de l'Evangile :
RE : M : GVILLAVME : PAILLART : DOCTEVR : EN : SORBONNE : ET : RECT. — ME : P : M : PAILLART : R - P : M : Y : LOVBOVTIN : C — 1668 : M : A : MESCVZ0
-Au côté de l'Epître :
Mre NO: LE : BILLON: DE : KERSTRAT: PRE: CVRE: 1702
Sur le bas-côté Midi, plus haut que le porche, s'ouvre une chapelle dans laquelle est un autel en granit largement sculpté, agrémenté d'anges cariatides, de moulures, fleurons et d'un médaillon central encadrant un buste de la Sainte Vierge. Le soubassement porte cette inscription :
M : N : LE : BILLON : P : CVRE : MIC : LE : BILLON : F
.
Au total, la date de 1702 me paraît la plus judicieuse à choisir pour dater par approximation cette sirène.
.
.
.
LES AUTRES FIGURES (MASQUES ET GARGOUILLES) ORNANT LE PIGNON EST ET LA FAÇADE SUD.
.
Cette femme-serpent ne doit pas être décrite seule, isolée de son contexte, mais accompagnée des autres éléments sculptés figuratifs.
.
Les figures sculptées sur les pignons et façades de l'église du Juch. Photographie lavieb-aile juillet 2022.
.
.
Les gargouilles : deux lions.
.
Les figures sculptées sur les pignons et façades de l'église du Juch. Photographie lavieb-aile juillet 2022.
Les figures sculptées sur les pignons et façades de l'église du Juch. Photographie lavieb-aile juillet 2022.
Les figures sculptées sur les pignons et façades de l'église du Juch. Photographie lavieb-aile juillet 2022.
Les figures sculptées sur les pignons et façades de l'église du Juch. Photographie lavieb-aile juillet 2022.
Les figures sculptées sur les pignons et façades de l'église du Juch. Photographie lavieb-aile juillet 2022.
.
.
Le masque sur un voile du chevet.
.
Les figures sculptées sur les pignons et façades de l'église du Juch. Photographie lavieb-aile juillet 2022.
.
.
Les masques de la façade sud.
.
Les figures sculptées sur les pignons et façades de l'église du Juch. Photographie lavieb-aile juillet 2022.
Les figures sculptées sur les pignons et façades de l'église du Juch. Photographie lavieb-aile juillet 2022.
Les figures sculptées sur les pignons et façades de l'église du Juch. Photographie lavieb-aile juillet 2022.
Les figures sculptées sur les pignons et façades de l'église du Juch. Photographie lavieb-aile juillet 2022.
Les figures sculptées sur les pignons et façades de l'église du Juch. Photographie lavieb-aile juillet 2022.
Les figures sculptées sur les pignons et façades de l'église du Juch. Photographie lavieb-aile juillet 2022.
Les figures sculptées sur les pignons et façades de l'église du Juch. Photographie lavieb-aile juillet 2022.
Ancienne trève de Ploaré érigée en paroisse le 16 août 1844. EGLISE NOTRE-DAME (C.)
Dédiée aussi à saint Maudez. Elle comprend une nef de six travées avec bas-côtés terminée par un chevet à trois pans. Accolée au porche, au sud, chapelle en aile. L'édifice a été profondément remanié au XVIIè siècle et au XVIIIè siècle ; les parties les plus anciennes, l'angle sud-ouest et le porche, remontent à la fin du XVè siècle ou au début du XVIè siècle.
— ABGRALL (Chanoine Jean-Marie) et Chanoine Peyron , 1914, Le Juch, "Bulletin diocésain d'histoire et d'archéologie", 1914, pages 151, 178, 217 et suivantes
"Léglise est bâtie sur le versant Ouest d'une colline qui est très escarpée du côté Est, et sur-laquelle on reconnaît les substructions du vieux château qui fut la résidence des barons du Juch.
Les parties les plus anciennes de cette église, l'angle Sud-Ouest et le porche, portent les caractères du commencement du xvie siècle, déclin de la période ogivale. Le porche est surmonté d'une chambre qui est de construction plus récente. Sur le reste de l'édifice sont réparties des dates diverses qui indiquent des remaniements et des agrandissements.. Le caractère général de l'édifice est le même que celui de l'église de Ploaré. L'abside est également dessinée en pans coupés, rehaussés de contreforts surmontés de clochetons et de lanternons, et ces petits couronnements, en se combinant et se mariant avec le clocher, donnent une très heureuse silhouette. A l'extérieur, sur le mur Sud de l'abside, on lit cette inscription : Mre PHILIPPE . R . CORNIC , F . A : PERENNOV : F
-Sur le côté Nord est une autre inscription plus longue, mais qui ne pourrait se lire qu'en montant à une échelle. Le clocher a été ajouté après coup, en 1700, et cela de fond en comble, en faisant une tranchée dans la façade Ouest.
La porte principale est accostée de deux colonnes à grandes volutes ioniques, portant un fronton courbe dont le tympan contient cette inscription :
Mre : P : CHARLES M :Mme : MAREC
I...OI : ET : LICENC DE : KISORE : P : C
IE : EN : LVNIVERSITE M : C : PHILIPPE DE : PARIS : ET : REC DE : KERDAEC : P
-Sur le pilastre ou contrefort Sud du clocher :
RENE : RENEVOT : P : 1700
-Et sur la porte en bois : 1720 : H : H : LE : BILLON : DE : KERSTRAT : FAB
-Le clocher, accompagné de deux tourelles octogonales, terminées en dômes, a sa base surmontée d'une chambre des cloches à deux baies, entourée d'une balustrade à forte saillie. Plus haut, une seconde balustrade encadre la naissance de la flèche. A l'intérieur, composé d'une nef principale et de deux bas-côtés, des piliers octogonaux très élevés, soutiennent des arcades à moulures prismatiques.
Sur le mur du bas-côté Nord on trouve :
i : BRVT : FA : 1600
et ailleurs :
G : IONCOVR : FA : DE : KERVELLOV : 1696
-Dans le sanctuaire, du côté de l'Evangile :
RE : M : GVILLAVME : PAILLART : DOCTEVR : EN : SORBONNE : ET : RECT. — ME : P : M : PAILLART : R - P : M : Y : LOVBOVTIN : C — 1668 : M : A : MESCVZ0
-Au côté de l'Epître :
Mre NO: LE : BILLON: DE : KERSTRAT: PRE: CVRE: 1702
Sur le bas-côté Midi, plus haut que le porche, s'ouvre une chapelle dans laquelle est un autel en granit largement sculpté, agrémenté d'anges cariatides, de moulures, fleurons et d'un médaillon central encadrant un buste de la Sainte Vierge. Le soubassement porte cette inscription :
M : N : LE : BILLON : P : CVRE : MIC : LE : BILLON : F
.
Voici quel était l'état des armoiries dans cette église, en 1678 : « Dans l'église tréviale du Juch, ès principale vitre, il y a en éminence et en supériorité, les armes de France et de Bretagne, et plus bas, joignant les dites armes, un écusson au franc canton d'azur et un lion rampant dargent armé et lampassé de gueules, qui sont les armes de la seigneurie du Juch, quoique la dite fenêtre soit à présent au seigneur marquis de Molac « Le reste des vitres de la dite église sont armoyées des armes du dit Juch et de ses alliances sans qu'il y ait autres écussons ny armoiries, ès dites vitres. « Du côté de l'EpUre, joignant le petit balustre, est le banc et accoudoir du dit Le Juch armoyé de ses armes. « Au-dessus de la porte faisant l'entrée du chantouer et supportant le dôme, il y a un écusson du dit Juch en bosse. « Au haut du dit dôme et au niveau de la poutre, il y a un écusson des armes de Rosmadec. « ll y a aussi au-dessus de la fenêtre de la chambre de l'église, au second pignon du midy, un écusson des armes du Juch en bosse."
Le porche sud ( début XVIe) de l'église de Le Juch. Photographie lavieb-aile juillet .
.
.
Le pignon du porche sud, en grand appareillage, s'appuie sur un contrefort oblique à gauche tandis qu'il se poursuit sans rupture à droite par la lucarne de la deuxième chapelle. Ses angles supérieurs sont dotées de deux crossettes non figurés. Le gable (refait ?) est droit, sans crochet, avec une croix au sommet.
.
Le porche proprement dit est ogival à cinq ou six rangs de colonnes à chapiteaux sur les piédroits, les colonnettes internes se poursuivant par des moulures tandis que la colonne externe se poursuit , au dessus, d'une part par l'accolade à deux crochets d'acanthe et un fleuron, et d'autre part par deux pinacles prismatiques.
Un faux gable, part des pinacles mais est tronqué et s'interrompt pour encadrer d'une part le cadran solaire de 1652 et d'autre part une pierre rectangulaire, qui portait peut-être jadis une inscription (??).
Une particularité stylistique de l'atelier suscité par Quimper et Pont-Croix est la façon dont l'accolade se poursuit extérieurement comme un faux gable, en croisant les pinacles, avant de s'appuyer sur deux lions, dont la tête a été brisée. J'ai rencontré cette particularité en Cap Sizun (Primelin, Plogoff, Esquibien) mais dans ces cas, c'est le gable supérieur qui vient croiser le pinacle, et il s'achève par deux anges tenant des phylactères.
.
Le porche sud ( début XVIe) de l'église de Le Juch. Photographie lavieb-aile juillet .
.
.
À l'intérieur du porche, la voûte est structurée par huit nervures dont la clef porte le blason en bannière (en forme de rectangle et non d'écu) sculpté du lion des seigneurs du Juch dont les armoiries sont d'azur au lion d'argent armé et lampassé de gueules . La voûte était certainement jadis peinte, tout comme ce blason.
.
La porte est en anse de panier, avec trois colonnettes et chapiteaux, puis moulures, arc en accolade portant crochets et fleuron, et enfin pinacles à décor gothique de gables aigus et bourgeons. Du classique.
.
Le porche sud ( début XVIe) de l'église de Le Juch. Photographie lavieb-aile juillet .
Le porche sud ( début XVIe) de l'église de Le Juch. Photographie lavieb-aile juillet .
Le porche sud ( début XVIe) de l'église de Le Juch. Photographie lavieb-aile juillet .
Le porche sud ( début XVIe) de l'église de Le Juch. Photographie lavieb-aile juillet .
Le porche sud ( début XVIe) de l'église de Le Juch. Photographie lavieb-aile juillet .
.
.
La tête de jeune homme au centre de l'accolade.
.
L'aisselle de l'accolade renferme une tête qui nous est familière, puisque nous la trouvons aussi, entre autre, au même emplacement du porche de Guengat, et reprise dans les sablières sud de Guengat, encadrée par deux dragons. Je vous renvoie aux bons auteurs :
Il est certes remarquable par son bonnet crânement posé de travers, et par les masses en chou-fleur de sa chevelure, mais on ne sera pas insensible au charme de son sourire.
.
Le porche sud ( début XVIe) de l'église de Le Juch. Photographie lavieb-aile juillet .
Le porche sud ( début XVIe) de l'église de Le Juch. Photographie lavieb-aile juillet .
Le porche sud ( début XVIe) de l'église de Le Juch. Photographie lavieb-aile juillet .
Le porche sud ( début XVIe) de l'église de Le Juch. Photographie lavieb-aile juillet .
.
.
.
Le dragon à gauche de l'entrée.
.
En général, le visiteur, s'il n'a pas déjà pénétré dans le sanctuaire, va remarquer le dragon qui orne le côté gauche de la porte.
Remarquera-t-il son aile nervurée ? Ses oreilles ? Sa queue hérissée d'épines en éventail ? La façon dont il lèche une tête ou un autre élément difficile à identifier ?
Il fait avoir vu beaucoup de dragons sur les crossettes et surtout sur les sablières pour savoir combien il est fréquent que les dragons, tous porteurs d'ailes de chiroptères, aient l'extrémité de la queue dotée d'une tête.
Mais en réalité la queue se prolonge en épingle à cheveux, et il peut s'agir aussi du motif du monstre tenant dans sa gueule la tête d'un pauvre humain, en mise en garde des fidèles. Dans mon expérience, ce sont plutôt des lions qui ont, sur les crossettes, ce rôle.
Ou encore une autre partie anatomique du dit dragon.
Il faut savoir éclairer la sculpture, confronter les points de vue, modifier plusieurs fois l'éclairage, changer les angles de prises de vue, puis prendre le risque d'un schéma faisant la synthèse de ses découvertes.
.
.
.
Le porche sud ( début XVIe) de l'église de Le Juch. Photographie lavieb-aile juillet .
Le porche sud ( début XVIe) de l'église de Le Juch. Photographie lavieb-aile juillet .
Le porche sud ( début XVIe) de l'église de Le Juch. Photographie lavieb-aile juillet .
Le porche sud ( début XVIe) de l'église de Le Juch. Photographie lavieb-aile juillet .
.
.
L'acrobate inconvenant et sa femme à droite de la porte d'entrée.
.
Le groupe sculpté sur le côté droit ne livre pas non plus tous ses secrets et c'est très bien comme cela, car la plupart des visiteurs pensent sans doute à deux anges soucieux de l'édification de leurs âmes.
Celui qui prolonge son examen reconnaît ici la figure de l'acrobate contorsionniste, qui empoigne ses chevilles et place ses pieds derrière sa tête.
Un éclairage orienté, (d'aucuns diraient : mal orienté) montre entre les jambes un trou incontestable : ce saltimbanque est nu. On peut être contorsionniste et montrer ses fesses, et Bernard Rio, dans son ouvrage très spécialisé Le Cul bénit, en propose deux ou trois exemples qui complètent ma propre liste.
Mais si le sujet est habituel, il occupe le plus souvent les emplacements marginaux ou de transition que sont les sablières et abouts de poinçons des charpentes, ou les crossettes de pierre, toujours assez loin des regards. Ou bien les miséricordes des stalles, que personne ne vous demande de soulever.
.
Ici, il siège sous un porche, seuil du sanctuaire, lieu de prédilection des statues des apôtres, du Christ et de la Vierge ; qui plus est, du côté droit.
.
Mais le plus surprenant est ceci : depuis que je rencontre ce turlupin, il s'est toujours affiché comme un célibataire, un noceur, un esprit libre dégagé des liens pourtant sacrés du mariage.
Mais non, voici qu'il me présente sa femme, ou bien est-ce peut-être elle qui chaperonne notre drôle et veille à sa conduite. Car elle n'a a priori rien d'une délurée, avec ses cheveux soigneusement couverts d'une coiffe, et son décolleté carré ne laissant rien deviner de ses charmes.
Mon œil ! Ces deux là font la paire, et elle lance des regards égrillards à son boute-en-train.
.
Le porche sud ( début XVIe) de l'église de Le Juch. Photographie lavieb-aile juillet .
.
.
.
Le porche sud ( début XVIe) de l'église de Le Juch. Photographie lavieb-aile juillet .
Le porche sud ( début XVIe) de l'église de Le Juch. Photographie lavieb-aile juillet .
.
.
Je vous offre le cadran solaire de 1652 en prime, puisqu'il domine le porche.
.
C'est un cadran en ardoise, au style métallique en chevron , où on lit l'inscription :
M. H. GVEGVENOV. RECTEVR.
1652
F. P. M. IEAN. KSALE. P. CVRE. M. P. F.
(le relevé de Couffon est partiellement à corriger)
Soit : Messire E. Gueguenou, recteur, 1652, Jean Kersalé, prêtre curé. Je n'ai pas élucidé les abréviations (F.P.M. = fait par Messire ?? ).
Henri Guéguénou ou Guéguénnou figure parmi la liste des recteurs de Ploaré pour la période de 1640 à 1656.
Un blason aux armoiries partiellement martelées y figure, couronné et entouré du collier de Saint-Michel. Ce serait l'écusson des seigneurs de Rosmadec, palé d'argent et d'azur . En effet, en 1638, Le Juch est porté au rang de baronnie et devient la possession de la famille de Rosmadec.
On voit aussi le monogramme christique IHS et le monogramme marial MÃR, chacun placé au dessus d'un petit cœur.
"Les parties les plus anciennes de cette église, l'angle Sud-Ouest et le porche, portent les caractères du commencement du xvie siècle, déclin de la période ogivale. Le porche est surmonté d'une chambre qui est de construction plus récente. Sur le reste de l'édifice sont réparties des dates diverses qui indiquent des remaniements et des agrandissements."
Les seigneurs du Juch.
"M, de Courcy nous dit que les seigneurs du Juch, barons du dit lieu, étaient sieurs de Toulancoat et de Porzmarch, en Ploaré, de Pratanroux, à Penhars, du Mur, en SaintEvarzec, et de Troheir, en Kerfeunteun. Nous parlerons des devoirs auxquels ils étaient sujets en cette dernière qualité, vis-à-vis des Evêques de Cornouailles, lorsque nous donnerons la notice de Kerfeunteun. Ils avaient pour armes : d'azur au lion d'argent armé et lampassé de gueules ; devise : Bien sûr et La non pareille. Le sire du Juch figure à l'ost du duc à Ploërmel en 1294. M. de Courcy dit que la branche aînée a été fondue en 1501 dans du Chastel, et cette baronnie a appartenu depuis aux Gouyon de la Moussaye, Montboucher et Franquetot de Coigny. D'après le procès-verbal de prééminences cité plus haut, au xvii" siècle, la terre du Juch était possédée par le marquis de Molac et les Rosmadec Les seigneurs du Juch furent donc les fondateurs et bienfaiteurs de cette église, mais ils étaient aussi fort attachés aux Pères Cordeliers de Quimper et ils possédaient dans leur église une chapelle dite du Juch, puis du Chastel, dans laquelle ils demandaient le plus souvent à être inhumés. Le nécrologe du couvent publié par M. Trevedy (Soc. Archéol., 1888) nous apprend que les restes d'Hervé du Juch, illustre chevalier, mort en Espagne, furent transportés aux Cordeliers de Quimper en 1369. En 1429, Henri du Juch (bénéficus specialis ordinis) y fut également inhumé. De même, en 1462, le chevalier Hervé du Juch, et en 1468 Jean du Juchi écuyer, père de Henri du Juch qui, suivant le nécrologe «supra id quod dici potest — 483 — dilexit fratrum ordinem » ; ce dernier mourut en son château du Mur, à Saint-Evarzec Les derniers seigneurs de ce nom inhumés aux Cordeliers furent, en 1501, Hervé du Juch, seigneur de Pratanroux, capitaine de la ville de Quimper, qui mourut regretté de tous : « Sepultus cum planctu omnium », et en 1534, Raoul du Juch, qui demanda à être enseveli avec l'habit des Frères mineurs. On peut croire que les paroissiens du Juch n'eurent pas à se plaindre de seigneurs qui montraient de si beaux sentiments de piété"
Ancienne trève de Ploaré érigée en paroisse le 16 août 1844. EGLISE NOTRE-DAME (C.)
Dédiée aussi à saint Maudez. Elle comprend une nef de six travées avec bas-côtés terminée par un chevet à trois pans. Accolée au porche, au sud, chapelle en aile. L'édifice a été profondément remanié au XVIIè siècle et au XVIIIè siècle ; les parties les plus anciennes, l'angle sud-ouest et le porche, remontent à la fin du XVè siècle ou au début du XVIè siècle. Le porche, voûté sur croisée d'ogives avec le lion du Juch à la clef, est surmonté d'une chambre d'archives plus récente ; sa façade porte un cadran solaire et l'inscription : "M. E. GVEGVENOV. RECTEVR. 1652 / F. P. M. IEAN. KSALE. CVRE. M. P. F.".
L'église Notre-Dame du Juch (xvie - xviie siècle). cette église a été, en grande partie, reconstruite aux xviie et xviiie siècles.
La maîtresse-vitre date du xvie siècle, les autres vitraux sont du xixe siècle. De l'édifice précédent, il reste le porche sud en arc brisé qui remonte à la fin du xvie siècle. Les seigneurs du Juch furent les fondateurs et bienfaiteurs de cette église64. L'édifice est classé monument historique depuis 1916.
.
J'ai été surpris lors de ma visite de l'église de Runan, de découvrir sur les piliers du bas-côté sud des frises de sculpture qui me rappelaient ceux des porches du XVe siècle de Basse-Bretagne, et notamment la façon dont les rinceaux de vigne ou autres feuillages naissent de la gueule de bêtes et petits personnages de l'extrémité inférieure.
J'ai ensuite découvert, sur le chapiteau d'un pilier, des animaux ( a priori des hermines) passant à travers les spires d'une banderole, comme autour des armoiries ducales du pignon de cette "chapelle de la Commanderie", selon un motif bien connu de l'emblématique de Jean V associé à la devise A MA VIE qu'on lit sur la maîtresse-vitre.
Enfin, deux anges présentant des armoiries montraient que nous nous trouvions face à un ensemble prestigieux.
.
Ma curiosité ainsi piquée trouva vite à se satisfaire dans les descriptions de référence de l'église, puisque successivement Louis Monnier, René Couffon, Jean-Jacques Rioult, Steven Lemaître ou Jean-Paul Rolland ont souligné l'intérêt de ces piliers.
C'est René Couffon qui identifia sur le bas-côté sud, après la chapelle des Fonts, et après la deuxième travée correspondant à l'entrée par le porche sud, une "chapelle de la Commanderie" correspondant aux 3ème et 4ème travées : on considère qu'elle fut construite sur la décision du commandeur hospitalier Pierre de Keramborgne un peu avant 1439 pour la Commanderie de Saint-Jean de Jérusalem.
Selon S. Lemaître, les deux rangées d'arcades en équerre, à multiples voussures supportées en alternance par des piliers à faisceau de colonnettes et de piliers losangés forment un espace réservé aux dignitaires de haut rang proche de Jean V, tels que Henri du Parc, Pierre de Keramborgne, ou Jean du Perrier, ou Rolland de Kernechriou.
.
"Les exceptionnelles piles à rinceaux de la chapelle de la commanderie n´ont pas d'équivalent connu en Bretagne : ce décor habituellement réservé aux ébrasements des portails matérialise à l'intérieur de l'église un espace alors fermé par une clôture probablement en bois, qui pouvait à l'occasion accueillir la famille ducale." (Jean-Jacques Rioult)
.
L'intérêt de cette chapelle n'a pas échappé aux éditeurs de cartes postales, dans des clichés où l'absence des bancs est appréciable.
.
.
.
D'après Guy Artur IVR53_19742200159V Inventaire général.
.
.
.
Vue générale de la chapelle de la Commanderie.
.
"Les exceptionnelles piles à rinceaux. Leurs tailloirs à mouluration complexe, leurs chapiteaux renflés formant comme un bourrelet ont un accent anglais très marqué. Les colonnettes d'angle y présentent sur leur face antérieure un réglet, caractéristique des années 1430-1450, que l'on retrouve à la même date par exemple dans la chapelle de Tronoën à Saint-Jean-Trolimon." (Jean-Jacques Rioult 1986)
.
Au premier plan à gauche, sous la statue de saint Yves, le pilier le plus considérable et le plus noble, avec sa table d'offrande, ses anges porteurs d'écu, et sa frise aux [hermines] passantes. Ce sera mon pilier P1.
À sa droite, le pilier en losange que je vais baptiser P2.
Et entre eux, à l'arrière, mon futur pilier P3. J'ai hâte de les découvrir!
Plan de la chapelle de la Commanderie de l'église de Runan. Annotation sur R. Couffon.
.
.
Plan selon Couffon modifié par Lemaître.
.
. Le pilier P1 de l'angle nord-ouest de la chapelle de la Commanderie.
.
Comme le montre le relevé de Lemaître, sa forme est complexe et hétérogène et associe un rectangle (orné des anges portant écus), un demi-cercle polylobé (qui répond au pilier de l'angle sud-ouest), et enfin vers l'est la moitié d'un losange, reprenant le décor des piliers P2 et P3.
.
Photo d'après Norbert Lambart, Inventaire général
.
La face ouest du "rectangle" est ornée, au dessus d'une table d'offrandes, du premier des anges.
.
L'ange et l'écu muet du côté ouest.
.
Un écu, hélas muet (peut-être peint, car on ne constate pas de trace de martellement) s'insère dans la frise de sarment du chapiteau.
L'astragale (cette moulure séparant le chapiteau et la colonne), est en tore.
.
La structure à quatre colonnes engagées, les deux extérieures plus conséquentes que les colonnettes internes, va se retrouver sur les piliers losangés, et elle encadrera un décor de rinceaux. Mais ici, la tige qui monte et fournit une feuille charnue s'interrompt au profit d'un ange qui est représenté en plein vol de descente, ailes dressées et longue tunique saisie par l'élan. Il nous présente un panneau carré, qui ne ressemble pas exactement à un livre, et qui pouvait porter un motif armorié.
.
Les piliers (granite, vers 1438) de la chapelle de la Commanderie de l'église de Runan. Photographie lavieb-aile juin 2022.
Les piliers (granite, vers 1438) de la chapelle de la Commanderie de l'église de Runan. Photographie lavieb-aile juin 2022.
.
.
L'ange et l'écu du côté nord.
.
Le thème est le même, mais l'ange est ici agenouillé en position de chevalier servant ; son front est ceint d'un bandeau et ses cheveux volumineux sont peignés. Ce qu'il présente ici est rectangulaire et non plus carré, et il le tient contre sa poitrine comme un servant porte un livre saint.
.
Les piliers (granite, vers 1438) de la chapelle de la Commanderie de l'église de Runan. Photographie lavieb-aile juin 2022.
Les piliers (granite, vers 1438) de la chapelle de la Commanderie de l'église de Runan. Photographie lavieb-aile juin 2022.
.
.
En continuant à tourner autour du pilier, en sens horaire, nous trouvons, après un raccord en appareillage un peu périlleux, le premier exemple de ces rinceaux encadrés par deux colonnettes. Les feuilles sont larges, et leurs digitations sinueuses naissent d'une partie renflée en coquille.
À la base, l'animal est dressé sur deux pattes, mais il est peu distinct.
.
Les piliers (granite, vers 1438) de la chapelle de la Commanderie de l'église de Runan. Photographie lavieb-aile juin 2022.
Les piliers (granite, vers 1438) de la chapelle de la Commanderie de l'église de Runan. Photographie lavieb-aile juin 2022.
.
.
La face suivante, qui ferme le demi-losange, est identique, aux monstres près.
.
Photo Guy Artur Inventaire général.
.
Vers le sud, la structure à colonnettes successives est surmontée en guise de chapiteau d'une frise où des animaux passent à travers les spires d'une banderole.
Cela évoque immédiatement, le motif emblématique du duc de Bretagne Jean V, qu'il a fait placer, sur le pignon extérieur de cette chapelle, autour de ses armoiries. Et qui se retrouve aussi sur la maîtresse-vitre, avec sa devise A MA VIE.
On le retrouve aussi sur les autres monuments dépendants du mécénat ducal, au Folgoët, à Quimper et à Quimperlé.
Mais ici, il est difficile d'affirmer que les animaux sont des hermines. Il est difficile aussi de l'infirmer. Certains ont vu des chiens se disputant un os, mais sans me convaincre.
J'ai multiplier en vain les clichés pour trouver l'éclairage déterminant.
Mais la forme générale de l'emblème, et sa situation à l'angle d'une chapelle noble, sur un pilier doté d'armoiries, et dans une église où l'emblème ducal est présent deux autres fois, me semblent des arguments convaincants pour prétendre voir ici aussi des hermines. Elles s'opposent gueule à gueule.
.
.
Les piliers (granite, vers 1438) de la chapelle de la Commanderie de l'église de Runan. Photographie lavieb-aile juin 2022.
Les piliers (granite, vers 1438) de la chapelle de la Commanderie de l'église de Runan. Photographie lavieb-aile juin 2022.
Les piliers (granite, vers 1438) de la chapelle de la Commanderie de l'église de Runan. Photographie lavieb-aile juin 2022.
Les piliers (granite, vers 1438) de la chapelle de la Commanderie de l'église de Runan. Photographie lavieb-aile juin 2022.
.
. Le pilier losangé P2 à l'ouest de la chapelle de la Commanderie.
.
Il ne s'agit pas stricto sensu d'une pile losangique, mais carrée, et placée obliquement.
.
Le rinceau d'une des face est ornée d'un lapin tête en bas. Il naît, en bas, d'un chien, ou lion, vu de dos.
.
Les piliers (granite, vers 1438) de la chapelle de la Commanderie de l'église de Runan. Photographie lavieb-aile juin 2022.
Les piliers (granite, vers 1438) de la chapelle de la Commanderie de l'église de Runan. Photographie lavieb-aile juin 2022.
.
.
Le rinceau de la face adjacente débute, en bas, par un serpent (ou bourgeon) et culmine dans la gueule d'un chien.
.
Les piliers (granite, vers 1438) de la chapelle de la Commanderie de l'église de Runan. Photographie lavieb-aile juin 2022.
Les piliers (granite, vers 1438) de la chapelle de la Commanderie de l'église de Runan. Photographie lavieb-aile juin 2022.
Les piliers (granite, vers 1438) de la chapelle de la Commanderie de l'église de Runan. Photographie lavieb-aile juin 2022.
.
.
Sur la face suivante, le rinceau est tenu en haut et en bas par des lionceaux. Si on veut.
.
Les piliers (granite, vers 1438) de la chapelle de la Commanderie de l'église de Runan. Photographie lavieb-aile juin 2022.
Les piliers (granite, vers 1438) de la chapelle de la Commanderie de l'église de Runan. Photographie lavieb-aile juin 2022.
Les piliers (granite, vers 1438) de la chapelle de la Commanderie de l'église de Runan. Photographie lavieb-aile juin 2022.
Les piliers (granite, vers 1438) de la chapelle de la Commanderie de l'église de Runan. Photographie lavieb-aile juin 2022.
Les piliers (granite, vers 1438) de la chapelle de la Commanderie de l'église de Runan. Photographie lavieb-aile juin 2022.
.
. Le pilier P3 en losange du flanc nord de la chapelle de la Commanderie.
.
Les piliers (granite, vers 1438) de la chapelle de la Commanderie de l'église de Runan. Photographie lavieb-aile juin 2022.
Les piliers (granite, vers 1438) de la chapelle de la Commanderie de l'église de Runan. Photographie lavieb-aile juin 2022.
Les piliers (granite, vers 1438) de la chapelle de la Commanderie de l'église de Runan. Photographie lavieb-aile juin 2022.
Les piliers (granite, vers 1438) de la chapelle de la Commanderie de l'église de Runan. Photographie lavieb-aile juin 2022.
Les piliers (granite, vers 1438) de la chapelle de la Commanderie de l'église de Runan. Photographie lavieb-aile juin 2022.
Les piliers (granite, vers 1438) de la chapelle de la Commanderie de l'église de Runan. Photographie lavieb-aile juin 2022.
Les piliers (granite, vers 1438) de la chapelle de la Commanderie de l'église de Runan. Photographie lavieb-aile juin 2022.
Les piliers (granite, vers 1438) de la chapelle de la Commanderie de l'église de Runan. Photographie lavieb-aile juin 2022.
Les piliers (granite, vers 1438) de la chapelle de la Commanderie de l'église de Runan. Photographie lavieb-aile juin 2022.
Les piliers (granite, vers 1438) de la chapelle de la Commanderie de l'église de Runan. Photographie lavieb-aile juin 2022.
Les piliers (granite, vers 1438) de la chapelle de la Commanderie de l'église de Runan. Photographie lavieb-aile juin 2022.
Les piliers (granite, vers 1438) de la chapelle de la Commanderie de l'église de Runan. Photographie lavieb-aile juin 2022.
.
.
SOURCES ET LIENS.
.
—BLANCHARD (René), 1895, Lettres et mandements de Jean V, duc de Bretagne: étude sur les sources du recueil. n°. 2218 et 2371
— COUFFON (René), 1950, « Runan », Congrès archéologique de France, Société française d'archéologie « 107e session, 1949, Saint-Brieuc », 1950, p. 150-164.
— LEMAÎTRE (Stéven), 2015, « Runan, église Notre-Dame-de-Miséricorde », Congrès archéologique de France, Société française d'archéologie « Monuments des Côtes d'Armor, le « Beau Moyen Âge », 173e session, 2015 », 2017, p. 313-326.
"Au sud de la nef dans la première travée, la chapelle des fonts est délimitée en équerre par des piles à faisceau de cinq colonnettes supportant des arcs en tiers-point à quatre rouleaux. Ils marquent le chantier des années 1437-1438 qui s'étend à presque toutes les arcades du bas-côté sud. Dans l'angle ouest de la chapelle des fonts et de la nef, la première assise du pilier, bien que grossièrement équarrie, annonce le départ de cinq colonnettes qui s'élancent vers de chapiteaux évasés décorés d'une vigne abondante. Ce motif est repris sur les chapiteaux de la pile à faisceau complexe qui distribue les arcades de la première et seconde travée de la nef et celle en équerre."
"La seconde travée correspondant à l'entrée méridionale de la nef dessert, à l'est, la chapelle seigneuriale des années 1437-1438 qui occupe les troisième et quatrième travées.
Les deux rangées d'arcades en équerre, à multiples voussures supportées en alternance par des piliers à faisceau de colonnettes et losangés, forment un espace réservé aux dignitaires de haut rang., ce que viennent confirmer les quatre écus frappant les voussoirs centraux des deux arcades qui séparent les deuxième et troisième travées.
"Les piles losangées constituent le principal attrait de la chapelle seigneuriale. Elles sont flanquées aux angles de trois colonnettes engagées à base moulurées et astragales en tore. Elles encadrent des rinceaux grimpants terminés par des monstres ou des animaux.
Les colonnettes engagées et les piles sont coiffés de chapiteaux ornés de sarments stylisés aux tailloirs chanfreinés."
—MONNIER (Louis), 1900, « L'église de Runan, ses origines, son histoire », Revue de Bretagne, de Vendée et d'Anjou, vol. 24, 1900, p. 132.
Ce retable a été décrit par René Couffon en 1950, et sa description doit être citée in extenso comme un morceau d'anthologie des sommets d'érudition qu'un auteur, certes coutumier du fait, peut déployer à partir d'un hypothèse erronée :
.
"Commandé sans nul doute , entre 1421 et 1423 pour décorer le maître-autel, ainsi que le confirme, du reste, sa facture, ce retable en pierre fut remplacé en 1561 par un ouvrage en bois avec tabernacle, dans le goût du jour. Il fut alors relégué dans un oratoire du cimetière servant de débarras et aujourd'hui disparu, où il fut retrouvé en 1854 : il décore actuellement l'autel de la chapelle des fonts baptismaux.
"Cinq tableaux y sont représentés, de gauche à droite : l'Annonciation, l'Adoration des Mages, la Crucifixion, la Mie au tombeau, et le Couronnement de la sainte Vierge. Ces scènes se détachent sur un fond plat avec un léger ressaut central à l'aplomb de la Crucifixion, mais sans aucune séparation. Elles sont surmontées d'importantes architectures flamboyantes, dont elles sont séparées par une gorge décorée de petites roses.
"En pierre bleutée étrangère au pays, c'est là manifestement une œuvre de Tournai. Les architectes du retable de Tournai sont en effet, semblables à celles que l'on retrouve sur plusieurs ouvrages tournaisiens : monuments de la famille de Seclin (vers 1401), et de Tasse Severin (+ 1426) dans la cathédrale de Tournai, bas-reliefs de Jacques d'Avesnes et de Jacques Tintenier dans l'église Saint-Jacques de la même ville, stèle de Robert Le Roy (+1421) conservée au Musée d'Arras, etc...
"La gorge garnie de rosettes est un motif également cher aux artistes tournaisiens et se voit, notamment, sur une niche du chevet de l'église Saint-Jacques sculpté en 1370 par Lotard Morel d'Antoing, sur le monument funéraire de Jacques Isaak et de sa femme Isabeau d'Anvaing (+ 1401) à la cathédrale de Tournai, sur les stèles funéraires de Marie de Quinghien (+1429) et de Jacques de Villers conservés au Musée des Arts décoratifs de Tournai, sur le monument de Beaudouin de Henin (+1420) et de sa femme Catherine de Melun (+1425) dans l'église Saint-Nicolas de la même ville, etc... Ce motif paraît, d'ailleurs, inspiré de certains ivoires avec lesquels les retables tournaisiens offrent une grande analogie.
"Quant aux personnages, malgré quelques imperfections, telle le bras démesuré du second des rois mages et le buste trop allongé de la Madeleine, ils sont d'une grande élégance et de qualité. Les draperies, en particulier, sont parfaitement traitées et ne sont pas sans rappeler, précisément, celles des personnages du tombeau des Seclin.
"Malheureusement, dans ce dernier tombeau, la sainte Vierge est décapitée ; or, il est à remarquer qu'à Runan la figure de la sainte Vierge est plus pleine que dans la plupart des ouvrages tournaisiens, exception faite d'une sainte Vierge et d'une sainte Anne appartenant à un monument mutilé de la cathédrale, ainsi que celle d'une Vierge du monument de Simon de Leval ( 1407) dans l'église de Basèches.
"Il faut enfin noter à Runan, comme a bien voulu nous le signaler Mlle Marguerite Devigne, la taille un peu courte des personnages et le fond plat assez inusité à cette époque, parmi les monuments funéraires tout au moins.
"Le retable a été classé par arrêté du 1er mai 1911."
.
En effet, en 1990, Gildas Durand, qui a consacré sa thèse de 1989 aux retables bretons originaires des anciens Pays-Bas (cathédrale de Rennes, Kerdévot en Ergué-Gabéric) a révélé qu'une analyse d’un éclat de la pierre avait été faite par le laboratoire du professeur Sylvain Blais de l’Institut de Géologie de l’Université de Rennes I, remet sa provenance en question. La pierre du retable de Runan était une pierre proche de la kersantite (un lamprophyre métamorphisé dont les principaux gisements se trouvent en rade de Brest). (Note : je n'ai pas eu accès à la publication scientifique mais seulement à des comptes-rendus de celle-ci : Rolland 2020).
Le retable a été recouvert d'un enduit argileux à une date inconnue, qui n'a pas été entièrement ôté lors de sa redécouverte en 1854, ce qui explique cette teinte un peu bleutée qui a abusé l'auguste René Couffon. Pourtant, "la couleur grise tirant sur un vert-bleu du premier registre rappelle immédiatement la kersantite et ne laisse que peu de doute quat à la région d'extraction de la roche" (S. Lemaître)
Dés lors, la datation proposée par Couffon a été revue par J.-P. Rolland : le retable pourrait être du deuxième quart du XIVe siècle, par rapprochement avec la Vierge de l'Adoration des Mages avec la Vierge assise du tombeau de Roland de Coargoureden, dans la basilique de Guinguamp, ou avec la Vierge à l'Enfant du XIVe siècle du Musée des Jacobins de Morlaix, qui est elle aussi en kersantite. (**)
(**) Vierge allaitant l'Enfant, kersanton, vers 1450, provenant de l'ancien château de Creac'h Guizien à Plougoulm
.
Le retable mesure 3,20 m de large pour 1,07 m de haut et 30 cm d'épaisseur. Il abrite, sous une frise de dais d'architecture gothique très travaillée (quinze gables à crochets et fleurons séparés par des pinacles) , les scènes de l'Annonciation, de l'Adoration des Mages, de la Crucifixion, de la Mise au Tombeau et du Couronnement de la Vierge.
Le retable présente des similitudes iconographiques avec celui de l'église Notre-Dame-de-Soumission de Pléguien (22), notamment la scène du Couronnement de la Vierge, mais la facture de ce dernier est plus fruste, et ce rapprochement n'indique pas une production par un même atelier : Ici, la facture est plus raffinée : les drapés sont fins et légers, les cheveux habilement stylisés, l'amande des yeux bien dessinée, les ongles des doigts se remarquent sur presque tous les personnages les livres ont des fermoirs et des pages striées, et les accessoires comme les gants ou le pli des chausses se distinguent nettement.
.
Note.
Je n'ai pu éclaircir le point de savoir si l'équipe de géologue de Rennes utilise le terme précis de "kersantite", car on trouve dans les descriptions celui de "lamprophyre métamorphisé", et S. Lemaître ajoute en note : "c'est une roche très similaire à la kersantite". L'usage du kersanton est très rare en Bretagne (pierres de construction du château de Brest au XIVe siècle) avant son emploi en sculpture ornementale par le "grand atelier ducal" à partir de 1423 (E. Le Seac'h).
.
La Vierge de la chapelle des fonts de l'église de Runan. Photographie lavieb-aile 2022.
Le retable (kersantite, premier quart XVe siècle ?) de la Vierge de la chapelle des fonts de l'église de Runan. Photographie lavieb-aile 2022.
Le retable (kersantite, premier quart XVe siècle ?) de la Vierge de la chapelle des fonts de l'église de Runan. Photographie lavieb-aile 2022.
Le retable (kersantite, premier quart XVe siècle ?) de la Vierge de la chapelle des fonts de l'église de Runan. Photographie lavieb-aile 2022.
.
.
L'Annonciation.
.
L'ange Gabriel est placé à gauche et il est agenouillé "en chevalier servant" ; il dresse l'index vers le texte du phylactère, qu'il tient dans la main gauche et qui élève ses spires verticalement. Il regarde la Vierge.
Son visage est joufflu. Ses cheveux longs sont retenus par un bandeau à cabochon médian. Il est vêtu d'une tunique serrée par un cordon.
Dès à présent, nous pouvons admirer la finesse des traits, celle des mains, le naturel souple de la posture et le rendu des drapés.
Une zone qui a été grattée devant le front de Marie pourrait correspondre à la colombe de l'Esprit.
La Vierge est debout, levant les mains paumes en avant en signe à la fois de surprise et d'acceptation. Elle est voilée par son manteau, dont le pan tombe verticalement à sa droite, tandis que le pan gauche revient se fixer à la ceinture sous le poignet droit, selon l'usage de la troussoire. La robe vient plisser sous l'effet de la ceinture, et retombe très bas, ne dévoilant que l'extrémité de chaussures pointues.
.
CLIQUEZ SUR L'IMAGE.
.
Le retable (kersantite, premier quart XVe siècle ?) de la Vierge de la chapelle des fonts de l'église de Runan. Photographie lavieb-aile 2022.
Le retable (kersantite, premier quart XVe siècle ?) de la Vierge de la chapelle des fonts de l'église de Runan. Photographie lavieb-aile 2022.
.
.
L'Adoration des Mages.
.
La Vierge est assise sur un piédestal, et tient une boule (fruit ? orbe ?) dans la main droite. Elle est couronnée et voilée, et vêtue comme dans la scène précédente. Son Fils, vêtu d'une tunique, est debout sur le genou gauche de sa Mère et lève la main droite en geste de bénédiction, tandis que la main gauche est posée, en signe d'acceptation, sur le calice d'or qui lui est offert. Devant lui, le roi Melchior, le plus âgé et le seul des trois rois à être barbu, pose un genoux à terre et tient sa couronne en main gauche. Son visage est tourné vers l'Enfant.
Derrière lui, le roi Gaspard tient la coupe d'encens, mais tandis qu'il lève l'index vers l'étoile qui les a guidé, il se tourne vers le troisième roi.
Il s'agit de Balthasar, qui offre la myrrhe.
La disposition générale, et la posture retournée de Gaspard, se retrouve sur le tympan du porche de Rumengol, datant de 1468, également en kersanton.
Ces deux sanctuaires relèvent, comme à Runan, du mécénat du duc de Bretagne ou de ses grands officiers.
Ces éléments plaideraient pour une datation vers le premier quart du XVe siècle, période correspondant aux deux concessions de foire par Jean V en 1414 (pour la fête de Notre-Dame) et 1421 (pour celle de la Saint-Barnabé)
.
Le retable (kersantite, premier quart XVe siècle ?) de la Vierge de la chapelle des fonts de l'église de Runan. Photographie lavieb-aile 2022.
Le retable (kersantite, premier quart XVe siècle ?) de la Vierge de la chapelle des fonts de l'église de Runan. Photographie lavieb-aile 2022.
.
.
Plusieurs détails peuvent être remarqués :
Les deux rois ont la main droite gantée (on ne peut affirmer que la gauche le soit).
Le col de leur manteau remonte haut, en col d'officier, mais il est fermé par une dizaine de boutons ronds.
Gaspard porte sous ce manteau une tunique courte à plis serrés sous la ceinture.
Les chevelures sont ondulés et peignés, taillés mi-courts (les pointes arrivant à la hauteur du menton).
Ils sont chaussés "à la poulaine", et Gaspard semble porter une armure, car ce sont bien des solerets à extrémités pointues qui sont visibles.
Ces éléments pourraient permettre d'affiner la datation.
.
Le retable (kersantite, premier quart XVe siècle ?) de la Vierge de la chapelle des fonts de l'église de Runan. Photographie lavieb-aile 2022.
.
.
Le Calvaire.
.
Beauté et fluidité des drapés !
.
Le retable (kersantite, premier quart XVe siècle ?) de la Vierge de la chapelle des fonts de l'église de Runan. Photographie lavieb-aile 2022.
Le retable (kersantite, premier quart XVe siècle ?) de la Vierge de la chapelle des fonts de l'église de Runan. Photographie lavieb-aile 2022.
.
.
La Déploration à six personnages.
.
On corrigera les descriptions de René Couffon et des auteurs qui le suivent : nous n'avons pas ici une Mise au Tombeau (avec Joseph d'Arimathie et Nicodème), mais ce temps de recueillement et de chagrin qui la précède, nommé Déploration en iconographie.
Mais le bas relief de la façade du soubassement, sur lequel est posée la pierre d'exposition, introduit une confusion puisqu'il montre deux soldats endormis , avec leurs armes (hache, hallebarde, masse d'arme) éparses, scène qui appartient à l'iconographie de la Sortie du Tombeau, ou Résurrection. Les casques sont coniques, les solerets très pointus.
Nous pourrions penser à une scène d'embaumement, puisque derrière le corps du Christ nous voyons trois sainte femmes ( Marie-Madeleine, Marie Salomé, et Marie Cléophas) portant chacune un flacon d'aromates. Mais la présence de saint Jean, tenant un livre, est étrange.
Enfin, la position de la Vierge, couchée à demi sur les jambes de son Fils pour lui embrasser la main, est tout à fait singulière. Si bien que S. Lemaître y reconnaît plutôt Marie-Madeleine, et juge que cette scène "comporte quelques excentricités".
.
.
Le retable (kersantite, premier quart XVe siècle ?) de la Vierge de la chapelle des fonts de l'église de Runan. Photographie lavieb-aile 2022.
Le retable (kersantite, premier quart XVe siècle ?) de la Vierge de la chapelle des fonts de l'église de Runan. Photographie lavieb-aile 2022.
.
.
Les boucles de cheveux "en macarons" évoquent le style de l'atelier ducal du Folgoët.
Le retable (kersantite, premier quart XVe siècle ?) de la Vierge de la chapelle des fonts de l'église de Runan. Photographie lavieb-aile 2022.
Le retable (kersantite, premier quart XVe siècle ?) de la Vierge de la chapelle des fonts de l'église de Runan. Photographie lavieb-aile 2022.
.
.
La première femme après Jean n'est pas voilée. Et elle esquisse un sourire : j'y reconnais Marie-Madeleine.
Le retable (kersantite, premier quart XVe siècle ?) de la Vierge de la chapelle des fonts de l'église de Runan. Photographie lavieb-aile 2022.
.
La rondeur des visages est vraiment accentuée. Mais la simplicité des traits, la dignité de la posture et surtout peut-être la pureté quasi sacrée de la position des deux mains autour du récipient créent une atmosphère de recueillement et de silence.
.
Le retable (kersantite, premier quart XVe siècle ?) de la Vierge de la chapelle des fonts de l'église de Runan. Photographie lavieb-aile 2022.
.
Le retable (kersantite, premier quart XVe siècle ?) de la Vierge de la chapelle des fonts de l'église de Runan. Photographie lavieb-aile 2022.
Le retable (kersantite, premier quart XVe siècle ?) de la Vierge de la chapelle des fonts de l'église de Runan. Photographie lavieb-aile 2022.
Le retable (kersantite, premier quart XVe siècle ?) de la Vierge de la chapelle des fonts de l'église de Runan. Photographie lavieb-aile 2022.
.
.
Je grossis et redresse la tête du Christ pour mieux la détailler, au prix de la qualité du cliché.
Les cheveux, d'abord peignés sur le sommet de la tête, tombent en boucles joliment sinueuses sur les épaules.
La couronne d'épines est une simple torsade.
Les yeux (comme ceux de Jean ou de Marie) sont très larges, et la fente entre les deux paupières est en amande très effilée. La paupière inférieure est soulignée par un arc, très excavé, et qui se poursuit jusqu'à la racine du nez.
Le nez est droit et fin jusqu'aux narines élégamment arrondies.
La toute petite lèvre inférieure forme un gracieux dessin sous une arcade concave qui, loin d'être triste, évoque la sérénité.
S. Lemaître y voit, sans me convaincre, "une moustache naissante" et évoque "un style plutôt anglais".
.
Le retable (kersantite, premier quart XVe siècle ?) de la Vierge de la chapelle des fonts de l'église de Runan. Photographie lavieb-aile 2022.
Le retable (kersantite, premier quart XVe siècle ?) de la Vierge de la chapelle des fonts de l'église de Runan. Photographie lavieb-aile 2022.
.
.
.
Le Couronnement de la Vierge.
.
Il suffit de regarder !
La symétrie en vagues ou en M des plis des jambes des deux personnages. Et l'opposition entre le dynamisme des plis du torse du Christ, et l'écoulement vertical passif de ceux de Marie.
Les mains de Marie, forme idéale de la prière !
La réussite formelle des pieds nus du Christ, vigoureux, délicats, chacun saisi dans la justesse anatomique de leur position : l'un en appui, en pilier, l'autre en élan communiqué à la jambe, et au bras qui pose la couronne.
L'orbe volumineux renvoie au globus cruciger des empereurs, il témoigne de la toute puissance divine ; mais dans un équilibre des masses, il répond à la rondeur du visage féminin.
.
Le retable (kersantite, premier quart XVe siècle ?) de la Vierge de la chapelle des fonts de l'église de Runan. Photographie lavieb-aile 2022.
Le retable (kersantite, premier quart XVe siècle ?) de la Vierge de la chapelle des fonts de l'église de Runan. Photographie lavieb-aile 2022.
.
SOURCES ET LIENS.
.
—ALAIN (Agnès), 2020, Sortie fontaines et petits patrimoines
— COUFFON (René), 1950, « Runan », Congrès archéologique de France, Société française d'archéologie « 107e session, 1949, Saint-Brieuc », 1950, p. 150-164.
— DE COURCY (Pol Potier), 1864, Source : De Rennes à Brest et à Saint-Malo par
—DURAND (Gildas), 1999, « Nouvelle théorie sur le retable de Runan. Ses conséquences pour la connaissance de l'art gothique breton », Les dossiers du Centre de Recherche et d'Archéologie d'Alet, no 18, 1999, p. 91-104.
http://ceraaalet.free.fr/etudes.htm
—DURAND (Gildas), 1989, Les retables et groupes sculptés originaires des anciens Pays-Bas, des XVe et XVIe siècle, conservés en Bretagne, et la problématique de l'étude de la statuaire en Bretagne recherches sur la notion d'expansion artistique et sur le rôle des influences étrangères dans les productions locales. Thèse soutenu à Rennes 2 sous la direction de Xavier Barral i Altet
—Infobretagne
http://www.infobretagne.com/runan-eglise.htm
— JEZEQUEL (Pierre), octobre 2020, A propos d'une nuance de bleu dans l'église de Runan.
"Plus heureux que le Calvaire, dont les profondes cicatrices attristent les regards, le Bas-Relief a été préservé de toute atteinte. Découvert, en juillet 1854, par un enfant qui s'amusait à gratter le mur qui le soutient, et débarrassé, à cette époque, de l'épaisse couche d'argile sous laquelle la paroisse l'avait caché en 1793, il est devenu depuis un but de pèlerinage assez fréquenté, et laisse voir maintenant sans crainte les gracieuses statuettes, disposées en groupe, dont nous regrettons de n'avoir pu reproduire ici qu'une partie. Cette œuvre représente les scènes principales de la vie de la Vierge. Elle est incrustée maintenant dans la muraille intérieure d'une masure dont la toiture est complètement détruite. Située dans un coin du cimetière et transformée en mairie lors de l'érection de Runan en commune, cette masure était anciennement disposée en oratoire et formait une petite chapelle. Il ne serait donc pas impossible que ce bas relief eût été fait pour la place qu'il occupe ; mais on suppose qu'il servait autrefois de retable au maître-autel de l'église. Quoi qu'il en soit, nous pensons qu'on ne saurait mieux faire aujourd'hui que de faire revivre l'oratoire des temps anciens, et de lui conserver surtout les admirables sculptures dont nous venons de parler."
— LEMAÎTRE (Stéven), 2015, « Runan, église Notre-Dame-de-Miséricorde », Congrès archéologique de France, Société française d'archéologie « Monuments des Côtes d'Armor, le « Beau Moyen Âge », 173e session, 2015 », 2017, p. 313-326.
—MONNIER (Louis), 1900, « L'église de Runan, ses origines, son histoire », Revue de Bretagne, de Vendée et d'Anjou, vol. 24, 1900, p. 195.
L'église de Runan, construite au XIV et XVe siècle est une ancienne fondation des Templiers, devenue une commanderie des Hospitaliers de Saint-Jean, mais dédiée à Notre-Dame, est surtout redevable de sa magnificence aux fondations qu'y firent les ducs de Bretagne en raison de leur proche résidence de Châteaulin-sur-Trieux, et dès 1381, Jean IV y fonda une chapellenie d'une messe chaque jour, dans la "chapelle de Ruzargan". Cette fondation se traduit par la restauration du transept et l'ajout d'un bas-côté nord.
Puis Jean V concéda une nouvelle foire à la fabrique le 2 juin 1414, à la fête de Notre-Dame.
Une nouvelle foire au jour de la Saint-Barnabé est octroyée le 19 mai 1421, son administration étant confiée à Henry du Parc. Ce dernier fera établir son gisant avec celui de son épouse Catherine de Kersaliou.
La nouvelle foire est établie "pour l'augmentation de la dite chapelle, et dès 1423, l'ancien plan en tau des templiers est modifié par la création du chevet et de la tour-porche. Sur la maîtresse-vitre à six lancettes de 1423, les nobles de Runan témoignent de leur participation au chantier et aux prééminences qu'ils y exercent : les familles Le Goales, de Lestrézec, Le Caourcin Le Saint de Kerambellec, de Lezversault, Kergrist et Plusquellec ont leurs armes sur les lancettes, Henry du Parc et Catherine de Kersaliou placent les leurs en tête de lancette; tandis que le tympan reçoit celles des Rostrenen, de Jean du Perrier (et de sa femme Constance Gaudin), avec celles des Kerchenériou dans les ajours. Enfin, en supériorité sur le tympan viennent les armes du duc Jean V et de son épouse Jeanne de France.
L'abondance de ces armoiries, et de celles que nous allons découvrir, amène à relativiser l'importance du mécénat ducal et de donner plus de poids à celui des bienfaiteurs locaux. En témoignent les chapellenies mentionnés dans les aveux hospitaliers, appartenant principalement aux prestigieux lignages établis à Runan et Plouëc, dont certains furent associés à la haute administration du duché dès la seconde moitié du XIVe siècle. (S. Lemaître)
Le 28 mars 1435 est accordée une nouvelle foire.
Une enquête du 15 août 1439, relative à l'enlèvement par Olivier de Kernechriou des armes du commandeur du Palacret, Pierre de Keramborgne, indique, d'autre part, que la chapelle de la Commanderie, au sud de l'église, venait d'être terminée l'année précédente, ainsi que le porche méridional.
.
La façade méridionale de l'église de Runan (granite, vers 1437, restauration en 1855) et ses armoiries.
.
.
Mais avant de débuter, je décrirai l'ossuaire, daté par inscription .
.
.
L'ossuaire d'attache de 1552. Granite gris du Trégor.
.
Une crossette figurée représente un chien de chasse. Quelques décors témoignent de l'influence de la Renaissance. L'ossuaire a été édifié alors que Pierre de la Forest était commandeur.
Elle est éclairée coté ouest par une galerie à balustres carrés surmontés de chapiteaux ioniques, et elle s'ouvre soit du côté ouest par une porte à fronton triangulaire et pilastres ornés de losanges, soit du côté sud par une baie au dessus de laquelle se lit encore une inscription en lettres gothiques qui a été relevée ainsi (Couffon:
CE FVST FET 1552 MORVAN ROLLANT
Monnier avait lu la date de 1557.
.
.
L'ossuaire d'attache de 1552. Granite gris du Trégor. Photographie lavieb-aile juin 2022.
L'ossuaire d'attache de 1552. Granite gris du Trégor. Photographie lavieb-aile juin 2022.
L'ossuaire d'attache de 1552. Granite gris du Trégor. Photographie lavieb-aile juin 2022.
L'ossuaire d'attache de 1552. Granite gris du Trégor. Photographie lavieb-aile juin 2022.
.
.
Au sommet du gable de l'ossuaire.
Armoiries de Kernechriou seigneur de Lestrézec (cf. L. Monnier) ?
.
L'ossuaire d'attache de 1552. Granite gris du Trégor. Photographie lavieb-aile juin 2022.
L'ossuaire d'attache de 1552. Granite gris du Trégor. Photographie lavieb-aile juin 2022.
.
.
LES QUATRE PIGNONS DE LA FAÇADE.
.
Nous pouvons décrire de gauche à droite (d'ouest à est) quatre pignons successifs. Le premier est celui de la chapelle des fonts baptismaux.
"Face au calvaire, se dresse l'imposante façade à file de pignons du bas-côté sud, la plus décorée des élévations externes de Notre-Dame de Runan. Les pignons plutôt homogènes sont en grand appareil de granite et sommés d'un épi de faîtage ; les rampants sont lisses et simplement chanfreinés et les pinacles des contreforts rythment la façade en partie haute. Sa construction s'est achevée avant l'année 1438, comme semble l'indiquer l'enquête, diligentée par le commandeur hospitalier Pierre de Keramborgne, du 15 août 1439." (S. Lemaître)
.
Dans ce mandement devant le duc Jean V, reproduit infra (sources), Pierre de Keramborgne expose d'abord que l'église de Runazhan dépend de la commanderie de l'Ordre de saint Jean de Jérusalem : en témoigne sa situation au sein d'autres biens de cette commanderie, celle de la Feuillée unie à celle du Palacret, où Pierre de Keramborgne sera inhumé en 1499. (On reconnaît Runan dans le « Runargant » de la charte donnée aux Templiers en 1182. Notre-Dame de Runan, jadis trêve de Plouëc, se trouvait, en effet, « assise dans le fief du Palacret. Malgré sa richesse, la fabrique de Runan ne devait au commandeur du Palacret que 24 sols de rente, et « pour les offrandes du lieu 100 sols, à la Nativité de Notre-Dame. » Par ailleurs, ce commandeur avait certains droits sur la halle de Runan, et jouissait de treize tenues et d'une dîme. )
Il signale ensuite qu'en cette église, et précisément en une chapelle du bas-côté sud ("chapelle devers le midi"), qu'on désigne donc sous le terme de "chapelle de la commanderie" et qui était alors "commencée ou faite ou près d'être faite" (ces informations imprécises laissent penser que ses informations sont de seconde main), sur le pignon sud, un écu ("escuczon") en belle pierre de taille, sculpté et peint aux armes de l'exposant (Pierre de Keramborgne) placée en haut de la grande baie a été arasé ou ôté depuis un mois — donc juillet 1439—, après y être resté au moins un an, et remplacé par les armes de Rolland de Kernechriou, aîné de sa famille, avec la complicité de son frère Philippe et de leur oncle Alain.
L'intérêt de cet acte est de nous indiquer la date de la construction de cette chapelle , vers 1438. C'est aussi de nous fournir la précision que cet écu était timbré, et présenté par deux lions.
L'offense a-t-elle été constatée ? Fut-elle réparée par la restitution des armes de Keramborgne à la place de celle de Kernechriou? Ou bien un arrangement a-t-il été trouvé ?
À quelle place se trouvait cette chapelle ? S. Lemaître l'assimile à la première chapelle, celle des Fonts. Pierre de Keramborgne possédait une autre "chapelle du midi" en l'église Notre-Dame de Keramanac'h de Plonévez-Moëdec (commanderie de Plouaret appartenant à la fondation de La Feuillée) , placée elle-aussi à l'entrée de la nef au sud : les blasons de l'Ordre de Malte et des Keramborgne sont encore visibles sur les ajours trilobés du vitrail de 1499.
Autant de recherches qui peuvent aujourd'hui susciter notre curiosité lorsque nous nous trouvons devant ces quatre pignons.
Notons que les armes des Kernechriou, seigneurs de Lestrézec (*) figure sur la chaire-calvaire hexagonale qui marque l'entrée du placître.
(*) écartelé d'argent et de sable, ouécartelé d'argent et de sable au bâton de gueules brochant.
.
La façade méridionale de l'église de Runan (granite, vers 1437, restauration en 1855) et ses armoiries. Photographie lavieb-aile juin 2022.
.
.
La façade méridionale de la chapelle des Fonts ou de la Commanderie (vers 1438), ou premier pignon.
.
La façade méridionale de l'église de Runan (granite, vers 1437, restauration en 1855) et ses armoiries. Photographie lavieb-aile juin 2022.
.
.
H1 : un écu présenté par deux anges. Rostrenen de Brélidy ??
.
Jean-Paul Rollant l'attribue à la famille Rostrenen de Brélidy. Les armoiries de Rostrenen se blasonnent : d'hermine à trois fasces de gueules.
https://man8rove.com/fr/blason/60gqkk-rostrenen
Les armoiries de la baronnie de Rostrenen sont ordinairement timbrées d'une couronne en dessous laquelle apparaît la devise "OULTRE".
Elles figurent sur la maîtresse-vitre de Runan (1423).
Ici, dans un cartouche rectangulaire, les tenants sont deux anges de profil, dont la tête a été martelée ; l'écu placé de biais (sans meuble visible mais sur lequel je distingue une partition médiane) est timbré d'un heaume de profil vers la droite, lui-même surmonté d'un ornement (couronne ? tortil ?) et enfin d'un arbre.
Je ne vois là aucun élément d'attribution.
.
La façade méridionale de l'église de Runan (granite, vers 1437, restauration en 1855) et ses armoiries. Photographie lavieb-aile juin 2022.
.
.
H2. Un écu présenté par deux hommes d'armes Kernecheriou ? Kerbouric ?
.
Les tenants sont deux soldats en cotte de maille, de profil mais la tête de face.
L'écu est incliné vers la droite. On devine une partition à quatre quartiers. Il est timbré d'un heaume, puis d'une coiffure et enfin surmonté d'un arbuste touffu.
"À droite de la baie, il semblerait que le timbre fiché dans la maçonnerie représente les armes de Kerbouric, car à la lumière rasante les quatre quintefeuilles du blason familial ressortent nettement." (S. Lemaître)
.
La façade méridionale de l'église de Runan (granite, vers 1437, restauration en 1855) et ses armoiries. Photographie lavieb-aile juin 2022.
.
.
H3. Écu présenté par deux léopards.
.
"Contre le pignon de la chapelle des fonts, à l'équerre, un pan de mur fait jonction avec le mur pignon de la travée du porche.
À mi-hauteur, une fenêtre surbaissée à quatre quadrilobes cernée d'un tore et d'une gorge éclaire le bas-côté sud. Au dessus, un écu bûché, timbré d'un heaume à bourrelet, à cimier et lambrequins, tenu par deux léopards indique les armes d'un chevalier. Son cri d'alarme n'est malheureusement plus visible car la bannière qui surmonte le cimier est effacé. Souvent attribuées à Pierre de Keramborgne, ces armoiries ne peuvent être les siennes car il possède en tenant [support] deux lions et non deux léopards."
Rappel : les "léopards" héraldiques ont la tête de face (comme ici) et les "lions" la tête de profil.
L'ensemble héraldique est placé dans un cartouche rectangulaire bordé d'une frise de rinceaux.
Les supports, des léopards dressés sur leurs pattes postérieures ont la queue dressée verticalement derrière leur corps. Ils présentent un écu non incliné, sur lequel je crois deviner une barre oblique.
Le heaume est tourné vers la gauche. Il est surmonté d'un cimier en tête d'animal (lion ? dragon ? ) de profil tournée vers la gauche, dont la gueule est ouverte et les oreilles sont longues. Une banderole portait le cri.
.
On comparera cet ensemble aux deux armoiries des contreforts du porche.
.
.
La façade méridionale de l'église de Runan (granite, vers 1437, restauration en 1855) et ses armoiries. Photographie lavieb-aile juin 2022.
La façade méridionale de l'église de Runan (granite, vers 1437, restauration en 1855) et ses armoiries. Photographie lavieb-aile juin 2022.
.
.
Le troisième pignon, correspondant à la chapelle seigneuriale.
.
"Dans la continuité du porche, le pignon suivant vers l'est abrite les troisième et quatrième travées qui correspondent à la chapelle seigneuriale. Il a été édifié en même temps que le mur pignon de la travée du porche comme l'indique le chaînage contigu du pinacle à deux corbeaux qui laisse s'écouler entre eux l'eau du chéneau.
Le pignon est ouvert d'une baie en tiers-point liseré d'une colonnette au réseau à cinq lanternes surmonté d'une rosace flamboyante. Ces dispositions datent d'une restauration de 1855 (B. Jollivet).
Les armoiries en partie basse ont été trop mutilées pour pouvoir être identifiable mais l'écu en bannière de Jean du Perrier se devine en haut et à droite de la baie." [N°7] S. Lemaître.
.
.
La façade méridionale de l'église de Runan (granite, vers 1437, restauration en 1855) et ses armoiries. Photographie lavieb-aile juin 2022.
.
.
H4 et H5.
.
La façade méridionale de l'église de Runan (granite, vers 1437, restauration en 1855) et ses armoiries. Photographie lavieb-aile juin 2022.
La façade méridionale de l'église de Runan (granite, vers 1437, restauration en 1855) et ses armoiries. Photographie lavieb-aile juin 2022.
.
.
H4. Écu présenté par un ange de face.
.
La tête de l'ange devait être fixée par un tenon dans la mortaise visible.
.
La façade méridionale de l'église de Runan (granite, vers 1437, restauration en 1855) et ses armoiries. Photographie lavieb-aile juin 2022.
.
.
H5. Écu présenté par deux chiens.
.
Le cadre est rectangulaire.
Les supports sont deux chiens de chasse placés de profil.
L'écu est incliné vers la droite, timbré par un heaume de face et un cimier à tête et cou d'oiseau, de profil.
.
La façade méridionale de l'église de Runan (granite, vers 1437, restauration en 1855) et ses armoiries. Photographie lavieb-aile juin 2022.
.
.
H6. L'écu et les emblèmes du duc de Bretagne (Jean V).
.
"Sous le faîte, les armes facilement reconnaissable du duc Jean V dominent la chapelle seigneuriale. Elles comportent une targe couronnée surmontée d'un heaume à deux cornes, au cimier du lion des Montfort tenu par deux hermines et ornées d'hermines passantes de part et d'autre.
Cette chapelle était réservée aux familles nobles de Runan, proches du haut rang du duc Jean V." (S. Lemaître)
.
L'écu incliné vers la droite, et dont la partie haute est crantée et bombée (targe), est tenu par deux hermines dressées de profil. Le heaume est de face, surmonté d'une paire de cornes et du lion de Monfort.
Le complexe rectangulaire est encadré d'une frise de quatre hermines passant à travers les spires d'un phylactère. C'est un emblème bien connu des ducs de Bretagne, associé à la devise A MA VIE inscrite, lorsqu'elle est conservée, sur la banderole.
La façade méridionale de l'église de Runan (granite, vers 1437, restauration en 1855) et ses armoiries. Photographie lavieb-aile juin 2022.
La façade méridionale de l'église de Runan (granite, vers 1437, restauration en 1855) et ses armoiries. Photographie lavieb-aile juin 2022.
.
.
H7. Jean du Perrier ?
.
Le cadre rectangulaire est cintré sur sa ligne intérieur. Les deux anges de profil présentent un écu rectangulaire couronné. Cet écu est dit "en bannière" : "Manière de disposer les armes en carré, comme les bannières féodales, plus honorable qu'en écusson ou en pointe."
Il m'est impossible de distinguer le moindre indice d'identification.
.
Les armoiries de Jean du Perrier, seigneur de Quintin et chambellan du duc, se retrouvent sur la maîtresse-vitre de 1423.
"Dans les quatre quatrefeuilles, sont les armes d'azur à dix billettes d'or, quatre, trois, deux et un de Jean du Perrier comte de Quintin et de son épouse Constance Gaudin décédée en 1423.
"Au troisième rang, un écu aux armes des du Perrier et un autre losangé mi-parti : au I, du Perrier, au II, écartelé Gaudin et Brienne de Beaumont, armes de Jean du Perrier, sire de Quintin et du Perrier et de Constance Gaudin sa femme, fille de Péan et de Jeanne Riboule. [...]
Ces grandes armoiries permettent de dater avec une très grande précision la verrière. En effet, l'on sait, d'une part, que c'est par contrat du 3 janvier 1423 que Jean du Perrier, veuf d'Olive de Rougé, épousa Constance Gaudin. (René Couffon)
.
La seigneurie de Quintin sera érigée en baronnie en 1551 en faveur de Tristan du Perrier.
Voir la généalogie de Jean I du Perrier (v1380-1461) :
La façade méridionale de l'église de Runan (granite, vers 1437, restauration en 1855) et ses armoiries. Photographie lavieb-aile juin 2022.
La façade méridionale de l'église de Runan (granite, vers 1437, restauration en 1855) et ses armoiries. Photographie lavieb-aile juin 2022.
.
.
H8. Deux écus présentés par un ange assis, de face.
.
Les écus sont droits, aucun meuble n'est visible. Un évidemment dans la tête de l'ange laisse supposer que la face était rapportée.
.
La façade méridionale de l'église de Runan (granite, vers 1437, restauration en 1855) et ses armoiries. Photographie lavieb-aile juin 2022.
La façade méridionale de l'église de Runan (granite, vers 1437, restauration en 1855) et ses armoiries. Photographie lavieb-aile juin 2022.
La façade méridionale de l'église de Runan (granite, vers 1437, restauration en 1855) et ses armoiries. Photographie lavieb-aile juin 2022.
.
.
H9. Écu présenté par deux hommes sauvages.
.
Les deux hommes sauvages (tenants très fréquemment adoptés en héraldique), de face ou trois-quarts, présentent un écu incliné vers la droite, timbré d'un heaume tourné vers la gauche, et surmonté d'un tortil et ? d'une tête féminine.
.
La façade méridionale de l'église de Runan (granite, vers 1437, restauration en 1855) et ses armoiries. Photographie lavieb-aile juin 2022.
La façade méridionale de l'église de Runan (granite, vers 1437, restauration en 1855) et ses armoiries. Photographie lavieb-aile juin 2022.
.
.
Autres ornements sculptés. Quatrième pignon.
.
.
La façade méridionale de l'église de Runan (granite, vers 1437, restauration en 1855) et ses armoiries. Photographie lavieb-aile juin 2022.
La façade méridionale de l'église de Runan (granite, vers 1437, restauration en 1855) et ses armoiries. Photographie lavieb-aile juin 2022.
La façade méridionale de l'église de Runan (granite, vers 1437, restauration en 1855) et ses armoiries. Photographie lavieb-aile juin 2022.
.
.
CONCLUSION.
1. La totalité des meubles des écus de cette façade méridionale de Runan, pourtant très riche en matériel héraldique, a disparu, si tant est qu'ils aient existé (ils pouvaient être peints). Bien sûr, on peut toujours imaginer qu'une nouvelle mission de collectage photographique, effectuée dans des conditions optimisées d'éclairage, par source additionnelle à jour frisant, puisse réserver de rares surprises.
Il faut aussi tenir compte de l'apport des ouvriers et artisans de 1855 dont Benjamin Jollivet laisse entendre qu'ils sont intervenus par copie fidèle.
On ne voit plus les devises que cet auteur a relevé en 1855.
2. Par contre, si les écus sont muets, les autres éléments du complexe héraldique pourraient fournir, à des spécialistes, des éléments d'identification. Mais il faut sans doute, pour permettre des rapprochements, que la constitution d'un corpus iconographique breton indexé soit colligé de façon suffisamment vaste.
C'est le but de cet article d'y contribuer.
.
.
.
SOURCES ET LIENS.
.
—ALAIN (Agnès), 2020, Sortie fontaines et petits patrimoines
—BLANCHARD (René), 1895, Lettres et mandements de Jean V, duc de Bretagne: étude sur les sources du recueil. n°. 2218 et 2371
1. Lettres du duc concédant à la chapelle de N. D. de Runan une foire qui devait se tenir le samedi précédant le pardon de la chapelle, fixé au dernier dimanche de juillet. Par le duc, de son commandement, présents : l'archidiacre d'Acreleon, Yvon Roscerf et autres. — Cador.
2. Mandement d'enquérir de l'injure faite au commandeur de la Feuillie en enlevant ses armoiries de l'église de Runan. Orîg. jad. scellé sur s. q. (Ar. CÔtes-du-Nord, H, f. de Malte).
A Vannes, 1439, 15 août. — « Jehan... A noz seneschalx, alloez et procureurs du ressort de Goelou, de Guigamp et de Lannuyon et à leurs lieutenans, à noz bien amez et fealx conseillers Eon de Roscerf, nostre maistre d'ostel, Jehan de Vennes, nostre contrerolleur gênerai, Robert Cador, nostre secrétaire, Alain Raison et Guillaume Labbé, salut.
De la partie de nostre bien amé et féal religieux et cher frère Pierres de Kaerenborgne, commandeur de la commanderie de la Feuillée et du Palacret, nous a esté exposé engrièvement complaignant, disant que l'église ou chapelle de N. D. de Runarzhan, tref ou fillete de la paroesse de Ploeuc, du diocèse de Treguer, est, comme on tient et dit on communeement, fondée et située en la terre ou fé de lad. commanderie, et ce est assez vroysemblable à croire, car celle chapelle est cernée et environée pour la plus grant partie, des fiez et terres d'icelle commanderie, et aussi en celle chapelle a telle et semblable indulgence et remission comme il a es aultres églises et chapeles fondées et situées es fonds, fiez et terres de lad. commanderie et des autres samblables commanderies de l'ordre de l'ospital Mr saint Jehan Baptiste de Jherusalem ; et que en celle chapelle et église de Runazhan, devers le midi, a esté puis nagueres une chapelle commancée et faicte ou près de faicte, et que au pingnon d'icelle nouvelle chapelle, devers led. midi, est assise et levée une belle fenestre de pierre de taille, et que en une belle pierre de taille assise ou hault d'un costé d'icelle fenestre, par dehors devers midi, led. exposant avoit fait mectre et entailler un escuczon ouquel estoient mises et entaillées les armes d'icellui exposant, avecques son timbre au dessus d'icelles armes, et y estoient entaillez et figurez deux leons, l'un d'un costé et l'autre de l'autre costé d'icelles armes, semblans en figure que celx deux leons tenoient led. escuçon où estoient celles armes, et que tout estoit bien et notablement figuré, entaillé et fiait de et en bel et bon ouvrage de pierre ; et ilecques mis, assis, souffert et laissé par le temps d'un an ou environ ou plus, et tellement que les voisins et demourans en celles mettes et celx qui aloient à lad. église ou passoient par auprès d'elle, au moins devers le midi, le povoient veoir et savoir ; et mesmes Rollant de Kernechriou, Phelipe de Kernechriou son frère et Alain de Kernechriou, oncle desd. frères, le savoient et povoient assez savoir, ainsi que sera déclaré et trouvé si mestier est, comme dit celui exposant ; disant oultre que lui, avecques ses biens, saisines et possessions quelxconcques estoient de piecza et encore sont en noz seurté, proteccion et sauvegarde générale et especiale, pupliés et faictes açavoir tellement que lesd. de Kernechriou ne autres d'icelles parties n'en porroient prétendre ignorance.
Et neantmoins tout ce que dit est, lesd. armes dud. exposant ont esté, puis un mois encza ou environ et que que soit nouvelement et puis nagueres, rompues, arrasées, deffaictes, desentaillées et ostées, et ou lieu et endroit où elles estoient, sont mises, figurez et peintes les armes desd. de Kernechriou ou des aucuns d'elx, car en icelui lieu, puis le démolissement desd. armes dud. exposant, furent mises et assises en peinture et colleurs les armes dud. de Kernechriou, o un cressant d'avantage qui sambloit estre manière de diferance, et que celles armes de Kernechriou o celle diferance furent ilecques par aucuns jours, et après ce en fut ostée lad. diference, et y demeurèrent les plaines armes dud. de Kernechriou, savoir dud. Rollant de Kernechriou, teles comme il les porte, car il est l'aisné de celx de Kernechriou ; et dit celui exposant que lad. offense a esté principalement procurée, pourchacée et faicte par lesd. Rollant et Phelipes de Kernechriou, et que de ce faire ilz et leurs adhérez et complices ont esté agens, consentens et participans, ainsi que plus à plaîn sera déclaré en lieu et temps ; quelle chose, si elle n'estoit reparée, seroit en grant foule, vitupère, deshoneur, préjudice, grief et domage dud. exposant ainsi qu'il dit, et nous a très humblement supplié de lui pourvoir sur ce de convenable remède.
Pour ce est il que nous, desirans justice estre faicte et ne voulanz tieulx deliz demeurer impuniz, quelx, s'ilz sont vroiz, sont cas de mal exemple et dignes de granit punicion, comme de violence faicte à l'iglise, commectant sacrilège et infraccion de nostre sauvegarde et grant offense faicte aud. commandeur et à son estât et honeur, qui est issu de bon et grant lignage appartenant à plusieurs des barons et autres grans nobles de nostre duchié et grandement et dignement bénéficié..., Vous mandons... que vous vous transportez sur le lieu où l'en dit lesd. excès avoir esté faitz, et vous imformez et enquerez du cas sommairement et de plain...; et si vous trouvez lesd. de Kernechriou... coulpables, les requérez... d'en faire reparacion... et remectre les armes dud. commandeur es lieu et estât que trouverez [que] elles estoient avant lad. demolicion d'icelles... Par le duc, en son conseil, ouquel : Vous, l'evesque de S» Brieuc, le maistre d'ostel, Pierres Ivete, le seneschal de Moncontour et autres estoint. — Gunemar. »
— COUFFON (René), 1950, « Runan », Congrès archéologique de France, Société française d'archéologie « 107e session, 1949, Saint-Brieuc », 1950, p. 150-164.
— DE COURCY (Pol Potier), 1864, Source : De Rennes à Brest et à Saint-Malo par
"Quand on a quitté l'espèce d'entonnoir au fond duquel gît Pontrieux et qu'on s'est dirigé sur la route de Bégard, on arrive, après avoir monté pendant un kilomètre, à la chapelle de la Trinité, dite la belle église, dédiée à saint Jorand. Son architecture annonce le XVIe siècle, et elle montre sur ses murs la légende de son patron, dont elle possède aussi le tombeau. A trois kilomètres à l'ouest, est un joli bourg, entouré d'arbres et de verdure, et où l'on remarque une splendide église de la fin du XVe siècle : l'église de Runan. On y distingue surtout une maîtresse vitre restaurée avec soin ; un retable d'autel en pierre, divisé en plusieurs compartiments sculptés et représentant les scènes de la vie de la Vierge ; les tombeaux des sieurs de Kernec'hriou et de Boisboissel, et plusieurs piliers prismatiques très-délicatement travaillés. Le porche méridional abrite les statues des apôtres et est décoré extérieurement, ainsi que la façade de l'église, d'écussons à supports variés, mais dont le champ est martelé.
Dans le cimetière, un calvaire, composé de trois croix en granit, à sa base en forme de chaire à prêcher.
Runan obtint, par chartes des ducs Jean V et Pierre II, de 1414 à 1450, trois foires annuelles dont les droits devaient être consacrés à l'entretien de la chapelle de Notre-Dame. Ainsi s'expliquent les beautés architecturales que l'on y remarque. Les foires ducales existent encore, mais leurs revenus ont reçu une autre destination. On rejoint, par Ploëzal, la grande route de la Roche-Derrien.
—Infobretagne
http://www.infobretagne.com/runan-eglise.htm
— JOLLIVET (Benjamin-Philibert), 1855, Les Côtes-du-Nord, histoire et géographie de toutes les villes et communes
Étymologie et origine
La localité qui nous occupe, de vieux titres nous l'apprennent, se nommait autrefois Run-ar-Gan, trois mots celtiques dont l'usage a fait à la longue, par contraction, Runan. Son commerce et son importance relative datent évidemment de 1414, époque de l'institution de la première de ses foires ; mais son origine est moins facile à établir. Nous croyons, toutefois, que Run-ar-Gan ne prit naissance que dans le quatorzième siècle, après l'érection de Notre-Dame et lorsque la dévotion à cette chapelle eut attiré l'attention sur ce coin de terre.
Monuments
L'église est sous l'invocation de la Vierge, Notre-Dame de Runan. C'est un fort bel édifice de la fin du quinzième siècle, au pignons parsemés d'armoiries de toutes sortes, parmi lesquelles se remarquent les armes de Bretagne, d'hermine plein, avec cette devise : Potius mori quàm fædari, et cette autre : à ma vie, gravée sur le collier de l'hermine suspendue au-dessous de l'écu (Le collier de l'ordre de l'hermine, institué par Jean IV, en 1381, était composé de 2 chaines, attachées par leurs extrémités à 2 couronnes ducales renfermant chacune une hermine passante. Une des couronnes pendait sur la poitrine et l'autre était sur le cou. Les chaînes étaient composées chacune de 4 fermoirs, et ces fermoirs étaient une hermine avec un rouleau autour du corps, sur lequel ces mots étaient écrits : à ma mie. Les rouleaux étaient émaillés alternativement de blanc avec des lettres noires, ou de noir avec des lettres blanches. chacune des hermines portait un collier, d'où pendait un chainon composé de 4 ou 5 anneaux. Les colliers des chevaliers étaient d'or ou d'argent, suivant la qualité des personnes ; ceux des ducs étaient enrichis de pierreries. Les femmes étaient reçues dans cet ordre sous le titre de chevaleresses).
Au moment où nous écrivons (novembre 1855), les maçons et, les tailleurs de pierre ont mis à découvert la nef de droite ; ils relèvent plusieurs pignons, et, copistes fidèles, reproduisent les belles fenêtres ogivales à compartiments dont la conservation n'était plus possible. Les premiers ouvriers de cette église ont reçu depuis longtemps la qualification d'artistes, les seconds s'appellent simplement des tailleurs de pierre ; mais quand le temps aura noirci le travail de ces derniers, les soi-disant antiquaires s'arrêteront pour admirer ce chef-d'œuvre du quinzième siècle, et nos tailleurs de pierre, eux aussi, seront proclamés artistes, à moins qu'ils n'aient la malencontreuse idée de mettre une date à leur œuvre. Alors tout serait perdu ; car les admirateurs systématiques du passé n'accueillent les choses du présent qu'avec froideur et dédains.
L'intérieur de l'église de Runan est d'une grande irrégularité. Il se compose de trois nefs, dont l'une, celle de gauche, est étroite et écrasée, tandis que celle de droite, plus large et plus élevée, se divise en compartiments communiquant entre eux par des arcades disposées dans le sens de la largeur de cette nef, circonstance en dehors, croyons-nous, des règles de l'art architectural et du bon goût. Les piliers diffèrent presque tous : les uns sont de forme carrée et chargés d'ornements, d'autres sont composés de colonnettes en faisceau, d'autres enfin sont ronds, massifs, sans aucune ornementation. Cette nef renferme l'autel du Rosaire, les fonds baptismaux à l'extrémité opposée, et, dans le compartiment du milieu, une énorme pierre sépulcrale sur laquelle sont grossièrement sculptés un homme et une femme, reposant à côté l'un de l'autre. Ces statues ont de 15 à 20 centimètres de relief ; elles sont de grandeur naturelle, et comme l'ouvrier leur a donné à toutes les deux même taille et mêmes proportions, la femme apparaît sur cette pierre froide comme un phénomène de stature. Pauvre Jeanne de France ! car cette femme c'est la fille de Charles VI, roi de France : le guerrier qui repose à ses côtés est Jean V, dit le bon (Jean V fut élevé a la cour de France. Il fit hommage au roi Charles VI; envoya des ambassadeurs en Italie pour travailler a l'extinction du schisme ; marcha plusieurs fois au secours du roi de France, qui lui restitua St-Malo ; conclut une trêve avec le roi d'Angleterre ; retourna à Paris après le massacre des Armagnac ; conduisit le dauphin à Saumur ; fut arrêté à Chantoceaux par Marguerite de Clisson, puis délivré par ses sujets ; confisqua, à la suite de cette trahison, les terres des Penthièvre ; fit alliance avec le dauphin a Sablé. peu de temps après avec le roi Charles VI ; fit armer les communes ; rendit hommage au roi Charles VII ; traita avec le duc de Belfort et ratifia le traité de Troyes), son époux dont les restes mortels, comme nous le verrons plus bas, reposèrent pendant une nuit dans l'église de Runan, il y a de cela 404 ans ! Les statues dont nous venons de parler ont beaucoup souffert de la part du temps ou des hommes.
La maîtresse-vitre a conservé plusieurs fragments de vitraux peints, au milieu de ses gracieux enroulements de granit. Mais, pour admirer les uns et les autres, il faut d'abord savoir que cette maîtresse-vitre existe, complètement cachée par un énorme baldaquin en menuiserie formant tout-à-la-fois et comme d'une seule pièce, autel, tabernacle et retable ; puis, certain de trouver ce que l'on désire derrière cette boiserie malencontreuse, chercher longtemps des yeux un passage. On finit par découvrir deux petites portes placées de chaque côté du maître-autel ; celle de gauche résiste ; mais celle de droite cède à la première pression, et l'on se trouve tout-à-coup en présence de l'objet de ses recherches, dans un couloir étroit et encombré de vieilleries sans nom.
La chaire est ornée de sculptures d'un travail remarquable.
Le clocher a été refait en entier en 1822, mais sans tenir compte du style architectural du reste de l'édifice, avec lequel il n'est plus en harmonie.
Cette jolie église est désignée dans les vieux titres sous le nom de chapelle de Notre-Dame de Plouëc ; et, en effet, nous verrons plus loin que Runan était jadis simple trêve de cette paroisse. Elle appartenait, lorsque éclata la révolution de 1789, à la commanderie du Paraclet, ordre de Malte, et lorsque les commandeurs venaient y faire des visites pastorales, on était tenu de leur présenter les comptes des fabriciens. L'évêque de Tréguier ayant voulu, lui aussi, se faire servir ces comptes, l'ordre plaida et obtint de Louis XIV une ordonnance qui rappelait l'évêque comme d'abus.
Dès les premières années du quinzième siècle, Notre-Dame de Plouëc était en grande vénération parmi les fidèles, et comptait au nombre de ses bienfaiteurs Jean V, dit le Bon, 21° duc de Bretagne, dont les dépouilles mortelles furent solennellement transportées à la cathédrale de Tréguier en 1451, après de vives contestations entre le clergé de cette cathédrale et celui de Nantes. A l'occasion de cette translation, voici ce que rapporte la tradition : Le char funèbre roulait lentement et à petites journées pour se rendre au lieu de sa destination, lorsqu'arrivé en face de la porte de la chapelle de N.D. de Plouëc les roues se brisèrent en éclats ; il fallut donc renoncer à poursuivre la route. On descendit le cercueil renfermant les reliques précieuses, et on le déposa dans l'église de Runan, où il passa la nuit. Dès le lendemain, l'évêque de Tréguier, Jean de Plœuc, accompagné de son clergé, vint au-devant des restes mortels de son ancien duc et les conduisit en grande pompe à Tréguier.
Cette halte, a dit l'histoire, était réglée dans le cérémonial ; mais la tradition n'est pas de cet avis ; elle l'attribue à l'impossibilité, où fut le char de continuer son chemin, par suite de la rupture de ses roues, et regarde cet accident comme une circonstance miraculeuse, comme un avertissement de déposer là les précieuses et saintes reliques, Jean V, de son vivant, ayant eu, comme nous l'avons dit plus haut, une grande dévotion pour cette chapelle de Notre-Dame de Plouéc, devenue depuis église paroissiale de la commune de Runan.
Calvaire et bas-relief en granit
Dans le cimetière, assez mal entretenu, de Runan, le touriste visite avec admiration deux créations artistiques paraissant, l'une et l'autre, appartenir au quinzième siècle. C'est d'abord, au milieu d'une enceinte en maçonnerie formant balustrade, un superbe Calvaire dont la base a 6 pans et supporte trois croix d'inégales grandeurs. Ce monument, de même que l'église, était chargé d'armoiries et de riches sculptures ; mais le marteau des mauvais jours de notre révolution de 1789 a laissé là des témoignages nombreux de la fièvre de destruction qui fut un des traits caractéristiques de cette terrible époque.
Plus heureux que le Calvaire, dont les profondes cicatrices attristent les regards, le Bas-Relief a été préservé de toute atteinte. Découvert, en juillet 1854, par un enfant qui s'amusait à gratter le mur qui le soutient, et débarrassé, à cette époque, de l'épaisse couche d'argile sous laquelle la paroisse l'avait caché en 1793, il est devenu depuis un but de pèlerinage assez fréquenté, et laisse voir maintenant sans crainte les gracieuses statuettes, disposées en groupe, dont nous regrettons de n'avoir pu reproduire ici qu'une partie. Cette œuvre représente les scènes principales de la vie de la Vierge. Elle est incrustée maintenant dans la muraille intérieure d'une masure dont la toiture est complètement détruite. Située dans un coin du cimetière et transformée en mairie lors de l'érection de Runan en commune, cette masure était anciennement disposée en oratoire et formait une petite chapelle. Il ne serait donc pas impossible que ce bas relief eût été fait pour la place qu'il occupe ; mais on suppose qu'il servait autrefois de retable au maître-autel de l'église. Quoi qu'il en soit, nous pensons qu'on ne saurait mieux faire aujourd'hui que de faire revivre l'oratoire des temps anciens, et de lui conserver surtout les admirables sculptures dont nous venons de parler."
— LEMAÎTRE (Stéven), 2015, « Runan, église Notre-Dame-de-Miséricorde », Congrès archéologique de France, Société française d'archéologie « Monuments des Côtes d'Armor, le « Beau Moyen Âge », 173e session, 2015 », 2017, p. 313-326.
— LE BARZIC (E.), Crec'hriou, Sur les traces d'une vieille maison bretonne, 1969, Bull. Société d'Emulation des Côtes-du-Nord
"Cette fenêtre est accostée de deux écussons qui seraient ceux des anciennes familles dominantes de Runan : les Lestrezc et les Kerambellec. Ces derniers portaient d'argent au lion de sable accompagné de quatre merlettes de même. Les armoiries de Lestrezec se lisent encore très facilement plus à notre droite, au haut du pignon de l'ossuaire qui voient, en cet endroit, s'accoler au mur de l'église."
L'église de Runan, construite au XIV et XVe siècle est une ancienne fondation des Templiers, devenue une commanderie des Hospitaliers de Saint-Jean, mais dédiée à Notre-Dame, est surtout redevable de sa magnificence aux fondations qu'y firent les ducs de Bretagne en raison de leur proche résidence de Châteaulin-sur-Trieux, et dès 1381, Jean IV y fonda une chapellenie d'une messe chaque jour, dans la "chapelle de Ruzargan". Cette fondation se traduit par la restauration du transept et l'ajout d'un bas-côté nord.
Puis Jean V concéda une nouvelle foire à la fabrique le 2 juin 1414, à la fête de Notre-Dame.
Une nouvelle foire au jour de la Saint-Barnabé est octroyée le 19 mai 1421, son administration étant confiée à Henry du Parc. Ce dernier fera établir son gisant avec celui de son épouse Catherine de Kersaliou.
La nouvelle foire est établie "pour l'augmentation de la dite chapelle, et dès 1423, l'ancien plan en tau des templiers est modifié par la création du chevet et de la tour-porche. Sur la maîtresse-vitre à six lancettes de 1423, les nobles de Runan témoignent de leur participation au chantier et aux prééminences qu'ils y exercent : les familles Le Goales, de Lestrézec, Le Caourcin Le Saint de Kerambellec, de Lezversault, Kergrist et Plusquellec ont leurs armes sur les lancettes, Henry du Parc et Catherine de Kersaliou placent les leurs en tête de lancette; tandis que le tympan reçoit celles des Rostrenen, de Jean du Perrier (et de sa femme Constance Gaudin), avec celles des Kerchenériou dans les ajours. Enfin, en supériorité sur le tympan viennent les armes du duc Jean V et de son épouse Jeanne de France.
L'abondance de ces armoiries, et de celles que nous allons découvrir, amène à relativiser l'importance du mécénat ducal et de donner plus de poids à celui des bienfaiteurs locaux. En témoignent les chapellenies mentionnés dans les aveux hospitaliers, appartenant principalement aux prestigieux lignages établis à Runan et Plouëc, dont certains furent associés à la haute administration du duché dès la seconde moitié du XIVe siècle. (S. Lemaître)
Le 28 mars 1435 est accordée une nouvelle foire.
Une enquête du 15 août 1439, relative à l'enlèvement par Olivier de Kernechriou des armes du commandeur du Palacret, Pierre de Keramborgne, indique, d'autre part, que la chapelle de la Commanderie, au sud de l'église, venait d'être terminée l'année précédente, ainsi que le porche méridional.
.
.
Le porche sud (granite, vers 1437) de l'église de Runan. Photographie lavieb-aile 2013.
Le porche sud (granite, vers 1437) de l'église de Runan. Photographie lavieb-aile juin 2022.
Le porche sud (granite, vers 1437) de l'église de Runan. Photographie lavieb-aile juin 2022.
.
.
LE TYMPAN DU PORCHE.
.
Le tympan du porche sud, édifié par Pierre de Keramborgne entre 1435 et 1438, en arc brisé, porte un décor sculpté en moyen-relief sur deux registres.
Le registre principal s'inscrit sur une corniche moulurée de part et d'autre du fleuron de l'accolade. Elle associe une Annonciation à gauche et une Déploration à quatre personnages à droite. Une frise de sarment la surmonte.
Le registre supérieur, encadré de la frise de rinceaux, n'a qu'un tableau, consacré à un ange aux ailes déployées, qui écarte les bras en signe d'accueil ou de salutation.
.
Le porche sud (granite, vers 1437) de l'église de Runan. Photographie lavieb-aile juin 2022.
Le porche sud (granite, vers 1437) de l'église de Runan. Photographie lavieb-aile juin 2022.
.
.
La Déploration.
.
Au centre, la Vierge, un genou à terre et peut-être assise, vêtue d'un manteau qui la voile, tient son Fils, dont le corps vu de face les bras parallèles au tronc, forme une diagonale.
À sa droite, saint Jean offre la particularité de tenir la palme, celle que, dans les récits apocryphes, lui sera remis par la Vierge pressentant sa mort., et qu'on voit dans les Dormitions.
À sa gauche, sainte Marie-Madeleine, la tête inclinée et les cheveux longs tombant sur ses épaules, tient le flacon d'aromates de la main gauche.
.
Le porche sud (granite, vers 1437) de l'église de Runan. Photographie lavieb-aile juin 2022.
Le porche sud (granite, vers 1437) de l'église de Runan. Photographie lavieb-aile 2013.
.
.
L'Annonciation.
.
À droite, l'archange Gabriel, de trois-quarts, est agenouillé un seul genou à terre, ses cheveux sont rassemblés par un bandeau puis forment deux masses latérales polylobées, et ces boucles angéliques rappellent fortement la manière de l'atelier ducal du Folgoët tant à la collégiale du Folgoët, qu'à Rumengol , à Saint-Herbot et sur le porche sud de la cathédrale de Quimper.
De grosses joues arrondies encadrent une bouche très petite.
Il est vêtu d'une tunique longue dont le large revers (ou l'amict) descend en pectoral.
Il est séparé de la Vierge par un vase d'où s'élève comme une colonne fleuronnée le lys métaphorique de la fleur de pureté et du vase clos de la virginité.
D'une main droite placée en avant paume vers le haut et d'une main gauche tendue en arrière, il déploie un phylactère (celui de l'Ave Maria), mais si nous voulons suivre le déroulé de ce dernier, nous le voyons à la fois à la base du vase, s'enroulant autour de la colonne, passant en diagonale et se retrouvant en haut à droite devant l'une des ailes.
L'autre aile, la droite, montre son bord crénelé entre l'épaule, et la colonne.
.
Devant lui, et sculpté sur un bloc séparé, la Vierge est représenté de face, faisant de la paume gauche le geste d'acceptation du Fiat, tandis que la main droite est encore posée sur le lutrin et le livre dont elle récitait les prières avant d'être surprise par l'irruption du messager divin. Un phylactère se retrouve sur le piètement du lutrin, et une inscription peinte courait peut-être sur l'ensemble de la banderole.
Là encore, le visage de la Vierge est particulièrement joufflue ; un bandeau ou un cordon passe autour de son voile.
.
Le porche sud (granite, vers 1437) de l'église de Runan. Photographie lavieb-aile juin 2022.
Le porche sud (granite, vers 1437) de l'église de Runan. Photographie lavieb-aile 2013.
.
.
L'Ange aux bras écartés.
.
Il semble agenouillé et donc en adoration ; sa tunique est serrée par une ceinture.
.
Le porche sud (granite, vers 1437) de l'église de Runan. Photographie lavieb-aile juin 2022.
.
.
LES CONTREFORTS ET LEURS ÉCUS.
.
Ils sont décrits par S. Lemaître comme "des contreforts obliques armoriés qui se détachent de la file de pignon".
Ces contreforts à orientation obliques sont une innovation que se retrouvera une décennie plus tard à La Martyre.
Couffon écrit : "Les contreforts sont ornés d'écus d'une très belle sculpture, mais que les lions servant de supports permettent, d'après l'enquête de 1439, d'attribuer au commandeur Pierre de Keramborgne."
.
Pierre de Keramborgne et ses armoiries.
Une enquête du 15 août 1439 est relative à l'enlèvement par Olivier de Kernechriou des armes du commandeur du Palacret, Pierre de Keramborgne, sur le pignon sud, après qu'elle y soient restée au moins une année avant le procès, soit un chantier débuté entre le milieu de l'année 1437 et le début de l'année 1438.
Cette enquête d'un procès dont on ignore l'aboutissement , "en cette chapelle et église de Runazhan, devers le midi, [qui] a esté puis nagueres commancee et facte ou près de faicte" disait: "Led. exposant avoir fait mestre et entailler un escuczon ouquel estoient mises et entaillees les armes d'icelui exposant, avecques son timbre au dessus d'icelles armes, et y estoient entaillez et figurez deux leons tenoient led. escuçon ou estoient celles armes."
Ces armes se retrouvent avec celles de l'Ordre de Malte sur les ajours trilobés de la maîtresse-vitre. On les trouve aussi sur la maîtresse-vitre de la chapelle de Keramanach en Plounevez-Moëdec. Elles se blasonnent de gueules à un heaume de profil d'or accompagné de trois coquilles d'argent.
La famille de Keramborgne était établie près de Vieux-Marché. Pierre était le fils de Guillaume, homme d'armes lors de la montre de Tréguier de 1481, et de Catherine de Coëtvoult.
"Cette famille a notamment fondée la chapelle de Sainte-Barbe à Plouaret. Leurs armoiries sont d'ailleurs visibles sur le calvaire daté de 1612. Cette seigneurie possédait un droit de haute, moyenne et basse justice qu'elle exerçait au bourg de Plouaret. On peut citer dans cette famille : Merien de Keramborgne (1437), Jean de Keramborgne (époux d'Anne Loz), Guillaume de Keramborgne (époux de Catherine de Coatvoult, il comparait à Tréguier en 1481 avec 400 livres de revenu comme homme d’armes) et Pierre de Keramborgne (1498). La seigneurie passe ensuite entre les mains des familles La Haye (suite au mariage de Jeanne de Keramborgne avec Jean de La Haye), de Bellisle (cité en 1526 et 1556), Perrien (en 1583, suite au mariage de Louise de Bellisle avec Charles de Perrien)." http://patrimoine.bzh/gertrude-diffusion/dossier/ferme-de-keramborn-le-vieux-marche/6ce960cc-2062-46c6-8112-69871cafefc6
Les pinacles de ces contreforts ont été ajoutés selon Couffon pendant les restaurations de 1895.
.
Le complexe armorié de gauche.
.
Je n'en n'ai pas trouvé de description précise. Les gens ne sont-ils point curieux ? Gardent-ils le fruit de leurs recherches pour eux ?
Les supports en sont deux lions, dressés sur les pattes arrières, et présentant entre leurs pattes antérieures le complexe héraldique. Mais celui de gauche a la tête de profil ("lion" héraldique) et l'autre, à droite, a la tête de face ("léopard" héraldique). Leur queue se dresse verticalement derrière leur corps.
L'écu est-il réduit à la partie rectangulaire inférieure (muette), ou inclut-il le heaume, comme meuble, heaume représenté ici de face ?
Dans ce dernier cas, peu convainquant, l'écu est surmonté d'une couronne, puis vient le cimier que je compare à un vase (c'est difficile à décrire) et à une fleur à plusieurs boutons. À la réflexion le "vase" est un coussin (ou un tortil, mais qui ferait double emploi avec la couronne.
Je penche plutôt pour un (petit) écu aujourd'hui muet, surmonté d'un heaume de face et d'une couronne, puis d'un coussinet d'un cimier en fleur stylisé.
L'écu étant muet, nous ne pouvons en déterminé le possesseur.
Au secours les amis experts !!
.
Le porche sud (granite, vers 1437) de l'église de Runan. Photographie lavieb-aile juin 2022.
.
.
Le complexe armorié de droite.
.
Il ressemble fort au premier, mais pourtant...
1. Le lion de notre gauche est de profil mais sa tête est tournée vers nous, le support est un léopard à dextre. Et inversement, le support senestre est un lion.
2. Leurs queues passent entre les jambes puis devant le ventre.
3. L'écu est couché, la pointe vers notre droite.
4. Le coussin se prolonge en une tige, cerclée d'un anneau, et le cimier ressemble à un arbre.
.
Le porche sud (granite, vers 1437) de l'église de Runan. Photographie lavieb-aile juin 2022.
.
.
Les armoiries ducales du faîte.
.
C'est ballot. J'ai oublié de prendre en gros plan l'écu rectangulaire couronné, paraît-il, en bannière. Ce serait l'écu du duc. Je n'y vois rien de précis, hormis la couronne.
Ma photo montre en arrière-plan le cadran solaire qui surmonte la rosace.
.
Le porche sud (granite, vers 1437) de l'église de Runan. Photographie lavieb-aile juin 2022.
.
.
Le cadran solaire.
.
Michel Lalos cite l'inventaire de la SAF [inv. SAF : 2226901-1] et décrit un cadran peu déclinant de l'après-midi, semi-circulaire, gravé sur pierre, aux lignes chiffrées dans demi-couronne, avec un moignon de style
Il existe un autre cadran solaire, "canonial" (*), à dix secteurs égaux, en réemploi sur le soubassement d'une banquette du porche.
Le porche sud (granite, vers 1437) de l'église de Runan. Photographie lavieb-aile juin 2022.
.
.
RAPPROCHEMENT AVEC LA CHAPELLE NOTRE-DAME-DE-LA-CLARTÉ DE PERROS-GUIRREC.
.
S. Lemaître a souligné les ressemblances entre ce décor et celui du tympan de la chapelle Notre-Dame-de-la-Clarté ( à 25 km au nord-ouest), datant du milieu du XVe siècle et décrite en 2010 par Philippe Bonnet et Jean-Jacques Rioult. Elle peut être datée entre 1445 (inscription sur un pilier) et 1485.
Malgré l'absence d'ange aux bras écartés en partie haute, la composition 'apparente dans tous ses détails à celle de Runan, tant pour l'Annonciation et la Déploration séparées par l'imposant fleuron d'accolade que pour les choux frisés des rampants au dessus du gable et que pour les deux panneaux des armes présentées par deux lions, et avec des heaumes.
.
Chapelle de la Clarté à Perros-Guirec.
.
.
.
LES PIÉDROITS ET VOUSSURES DU PORCHE : DOUZE PERSONNAGES ASSIS ET DES ANGES BANDEROLÉS.
.
S. Lemaître décrit ici les piédroits, la triple voussure en tiers point, le cortège des anges banderolés, et l'archivolte en accolade rehaussée de choux frisés.
Je retrouve bien, de l'intérieur à l'extérieur, une voussure à sarments, puis une voussure à douze personnages, puis l'accolade s'appuyant sur une console feuillagée et sculptée de douze anges enrubannés du côté interne et de feuilles côté externe, et des deux pinacles engagés à denticules.
Les auteurs, lorsqu'ils se prononcent sur ces personnages, les tiennent, comme Lemaître, pour des apôtres. Parce qu'ils vont par douze sans doute. Je n'y crois pas. Les apôtres sont rarement assis. Leurs barbes ne sont pas taillées en pointe, et ils ne sont pas coiffés de bonnets. J'inclinerait pour des prophètes. C'est drôle comme dès qu'on approfondit un peu l'examen des sites, on se retrouve avec plus de questionnements et moins de certitudes.
L'usure du granite ne facilite pas les choses. Ce n'est pas ici le beau kersanton de Basse-Bretagne.
Certains de ces messieurs ont un point commun, celui de lever la main vers le haut, pour désigner le ciel, ou plutôt un saint personnage (Christ ou Vierge) qui les dominerait . Comme les rois de Juda et les Prophètes dans les Arbres de Jessé.
Ceux qui débutent les séries, en bas à droite et à gauche (n°1 et n°12), s'encadrent dans les moulures transformées en colonnes à chapiteaux.
J'ai pris mes photos des personnages en débutant par la gauche, ce qui reste arbitraire tant qu'aucun d'eux n'est identifié. En tout cas, je ne vois nulle part un saint Pierre tenant sa clef.
Des restes de polychrome ocre sont visibles.
.
Le porche sud (granite, vers 1437) de l'église de Runan. Photographie lavieb-aile juin 2022.
Le porche sud (granite, vers 1437) de l'église de Runan. Photographie lavieb-aile juin 2022.
.
.
N°1.
.
Le porche sud (granite, vers 1437) de l'église de Runan. Photographie lavieb-aile juin 2022.
.
.
N°2.
.
Le porche sud (granite, vers 1437) de l'église de Runan. Photographie lavieb-aile juin 2022.
.
.
N°3.
.
Le porche sud (granite, vers 1437) de l'église de Runan. Photographie lavieb-aile juin 2022.
.
.
N°4.
.
Le porche sud (granite, vers 1437) de l'église de Runan. Photographie lavieb-aile juin 2022.
.
.
N°5.
.
Le porche sud (granite, vers 1437) de l'église de Runan. Photographie lavieb-aile juin 2022.
.
.
N°6.
.
Le porche sud (granite, vers 1437) de l'église de Runan. Photographie lavieb-aile juin 2022.
.
.
N°7. On redescend vers la droite.
.
Le porche sud (granite, vers 1437) de l'église de Runan. Photographie lavieb-aile juin 2022.
.
.
N°8.
.
Le porche sud (granite, vers 1437) de l'église de Runan. Photographie lavieb-aile juin 2022.
Le porche sud (granite, vers 1437) de l'église de Runan. Photographie lavieb-aile juin 2022.
.
.
N°9.
.
Le porche sud (granite, vers 1437) de l'église de Runan. Photographie lavieb-aile juin 2022.
.
.
N°10.
.
Le porche sud (granite, vers 1437) de l'église de Runan. Photographie lavieb-aile juin 2022.
.
.
N°11.
.
Le porche sud (granite, vers 1437) de l'église de Runan. Photographie lavieb-aile juin 2022.
.
.
N°12.
.
Le porche sud (granite, vers 1437) de l'église de Runan. Photographie lavieb-aile juin 2022.
.
.
.
.
L'INTÉRIEUR DU PORCHE.
.
"À l'intérieur du porche, la porte en tiers-point est simplement soulignée aux piédroits par deux colonnettes qui s'effacent dans les claveaux de la voussure supérieure. L'entrée du porche est couverte d'une voûte octopartite reposant sur de fines arcatures qui ont pour clé une rose couronnée d'angelots." (S. Lemaître)
.
L'ange à phylactère du côté ouest.
On remarquera la coiffure à boules ou macarons, si typique des sculpteurs de l'atelier ducal, au Folgoët, à Quimper et à Rumengol.
.
Le porche sud (granite, vers 1437) de l'église de Runan. Photographie lavieb-aile juin 2022.
.
.
Une console feuillagée du côté est.
.
Le porche sud (granite, vers 1437) de l'église de Runan. Photographie lavieb-aile juin 2022.
.
.
La rose feuillagée ou nuée entourée de huit anges à phylactères.
.
Mes photos des têtes d' anges ne sont pas excellentes, mais tendent à montrer les coiffures en macarons, largement illustrés dans mes articles sur l'atelier ducal dit "du Folgoët" (E. Le Seac'h).
.
Le porche sud (granite, vers 1437) de l'église de Runan. Photographie lavieb-aile juin 2022.
Le porche sud (granite, vers 1437) de l'église de Runan. Photographie lavieb-aile juin 2022.
Le porche sud (granite, vers 1437) de l'église de Runan. Photographie lavieb-aile juin 2022.
Le porche sud (granite, vers 1437) de l'église de Runan. Photographie lavieb-aile juin 2022.
Le porche sud (granite, vers 1437) de l'église de Runan. Photographie lavieb-aile juin 2022.
Le porche sud (granite, vers 1437) de l'église de Runan. Photographie lavieb-aile juin 2022.
Le porche sud (granite, vers 1437) de l'église de Runan. Photographie lavieb-aile juin 2022.
.
.
SOURCES ET LIENS.
.
—ALAIN (Agnès), 2020, Sortie fontaines et petits patrimoines
—BLANCHARD (René), 1895, Lettres et mandements de Jean V, duc de Bretagne: étude sur les sources du recueil. n°. 2218 et 2371
Lettres du duc concédant à la chapelle de N. D. de Runan une foire qui devait se tenir le samedi précédant le pardon de la chapelle, fixé au dernier dimanche de juillet. Par le duc, de son commandement, présents : l'archidiacre d'Acreleon, Yvon Roscerf et autres. — Cador.
Mandement d'enquérir de l'injure faite au commandeur de la Feuillie en enlevant ses armoiries de l'église de Runan. Orîg. jad. scellé sur s. q. (Ar. CÔtes-du-Nord, H, f. de Malte).
A Vannes, 1439, 15 août. — « Jehan... A noz seneschalx, alloez et procureurs du ressort de Goelou, de Guigamp et de Lannuyon et à leurs lieutenans, à noz bien amez et fealx conseillers Eon de Roscerf, nostre maistre d'ostel, Jehan de Vennes, nostre contrerolleur gênerai, Robert Cador, nostre secrétaire, Alain Raison et Guillaume Labbé, salut.
De la partie de nostre bien amé et féal religieux et cherfrère Pierres de Kaerenborgne, commandeur de la commanderie de la Feuillée et du Palacret, nous a esté exposé engrièvement complaignant, disant que l'église ou chapelle de N. D. de Runarzhan, tref ou fillete de la paroesse de Ploeuc, du diocèse de Treguer, est, comme on tient et dit on communeement, fondée et située en la terre ou fé de lad. commanderie, et ce est assez vroysemblable à croire, car celle chapelle est cernée et environée pour la plus grant partie, des fiez et terres d'icelle commanderie, et aussi en celle chapelle a telle et semblable indulgence et remission comme il a es aultres églises et chapeles fondées et situées es fonds, fiez et terres de lad. commanderie et des autres samblables commanderies de l'ordre de l'ospital Mr saint Jehan Baptiste de Jherusalem ; et que en celle chapelle et église de Runazhan, devers le midi, a esté puis nagueres une chapelle commancée et faicte ou près de faicte, et que au pingnon d'icelle nouvelle chapelle, devers led. midi, est assise et levée une belle fenestre de pierre de taille, et que en une belle pierre de taille assise ou hault d'un costé d'icelle fenestre, par dehors devers midi, led. exposant avoit fait mectre et entailler un escuczon ouquel estoient mises et entaillées les armes d'icellui exposant, avecques son timbre au dessus d'icelles armes, et y estoient entaillez et figurez deux leons, l'un d'un costé et l'autre de l'autre costé d'icelles armes, semblans en figure que celx deux leons tenoient led. escuçon où estoient celles armes, et que tout estoit bien et notablement figuré, entaillé et fiait de et en bel et bon ouvrage de pierre ; et ilecques mis, assis, souffert et laissé par le temps d'un an ou environ ou plus, et tellement que les voisins et demourans en celles mettes et celx qui aloient à lad. église ou passoient par auprès d'elle, au moins devers le midi, le povoient veoir et savoir ; et mesmes Rollant de Kernechriou, Phelipe de Kernechriou son frère et Alain de Kernechriou, oncle desd. frères, le savoient et povoient assez savoir, ainsi que sera déclaré et trouvé si mestier est, comme dit celui exposant ; disant oultre que lui, avecques ses biens, saisines et possessions quelxconcques estoient de piecza et encore sont en noz seurté, proteccion et sauvegarde générale et especiale, pupliés et faictes açavoir tellement que lesd. de Kernechriou ne autres d'icelles parties n'en porroient prétendre ignorance.
Et neantmoins tout ce que dit est, lesd. armes dud. exposant ont esté, puis un mois encza ou environ et que que soit nouvelement et puis nagueres, rompues, arrasées, deffaictes, desentaillées et ostées, et ou lieu et endroit où elles estoient, sont mises, figurez et peintes les armes desd. de Kernechriou ou des aucuns d'elx, car en icelui lieu, puis le démolissement desd. armes dud. exposant, furent mises et assises en peinture et colleurs les armes dud. de Kernechriou, o un cressant d'avantage qui sambloit estre manière de diferance, et que celles armes de Kernechriou o celle diferance furent ilecques par aucuns jours, et après ce en fut ostée lad. diference, et y demeurèrent les plaines armes dud. de Kernechriou, savoir dud. Rollant de Kernechriou, teles comme il les porte, car il est l'aisné de celx de Kernechriou ; et dit celui exposant que lad. offense a esté principalement procurée, pourchacée et faicte par lesd. Rollant et Phelipes de Kernechriou, et que de ce faire ilz et leurs adhérez et complices ont esté agens, consentens et participans, ainsi que plus à plaîn sera déclaré en lieu et temps ; quelle chose, si elle n'estoit reparée, seroit en grant foule, vitupère, deshoneur, préjudice, grief et domage dud. exposant ainsi qu'il dit, et nous a très humblement supplié de lui pourvoir sur ce de convenable remède.
Pour ce est il que nous, desirans justice estre faicte et ne voulanz tieulx deliz demeurer impuniz, quelx, s'ilz sont vroiz, sont cas de mal exemple et dignes de granit punicion, comme de violence faicte à l'iglise, commectant sacrilège et infraccion de nostre sauvegarde et grant offense faicte aud. commandeur et à son estât et honeur, qui est issu de bon et grant lignage appartenant à plusieurs des barons et autres grans nobles de nostre duchié et grandement et dignement bénéficié..., Vous mandons... que vous vous transportez sur le lieu où l'en dit lesd. excès avoir esté faitz, et vous imformez et enquerez du cas sommairement et de plain...; et si vous trouvez lesd. de Kernechriou... coulpables, les requérez... d'en faire reparacion... et remectre les armes dud. commandeur es lieu et estât que trouverez [que] elles estoient avant lad. demolicion d'icelles... Par le duc, en son conseil, ouquel : Vous, l'evesque de S» Brieuc, le maistre d'ostel, Pierres Ivete, le seneschal de Moncontour et autres estoint. — Gunemar. »
— COUFFON René Couffon, « Runan », Congrès archéologique de France, Société française d'archéologie « 107e session, 1949, Saint-Brieuc », 1950, p. 150-164.
— LEMAÎTRE (Stéven), 2015, « Runan, église Notre-Dame-de-Miséricorde », Congrès archéologique de France, Société française d'archéologie « Monuments des Côtes d'Armor, le « Beau Moyen Âge », 173e session, 2015 », 2017, p. 313-326.
:
1) Une étude détaillée des monuments et œuvres artistiques et culturels, en Bretagne particulièrement, par le biais de mes photographies. Je privilégie les vitraux et la statuaire. 2) Une étude des noms de papillons et libellules (Zoonymie) observés en Bretagne.
"Il faudrait voir sur chaque objet que tout détail est aventure" ( Guillevic, Terrraqué). "Les vraies richesses, plus elles sont grandes, plus on a de joie à les donner." (Giono ) "Délaisse les grandes routes, prends les sentiers !" (Pythagore)