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13 décembre 2019 5 13 /12 /décembre /2019 13:13

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Voir :

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Tu m'écris sur les sables des signes éphémères,

Je reconnais ton pas mais j'ignore tout de toi,

Tu dessines une fable que tu n'achèves pas,

Passagère voilée marchant comme un serpent,

Dans le vent énervant.

 

 

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Kersiguénou, photo lavieb-aile.

Kersiguénou, photo lavieb-aile.

Kersiguénou, photo lavieb-aile.

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Published by jean-yves cordier
12 décembre 2019 4 12 /12 /décembre /2019 23:15

Le tympan (v.1408) de la baie  8 de l'église Saint-Taurin d'Évreux.

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La liste de mes 21 articles sur la cathédrale d'Évreux est donnée ici:

http://www.lavieb-aile.com/2019/12/les-vitraux-du-xive-siecle-de-la-cathedrale-d-evreux.xvii.la-baie-127-avant-1400-de-la-nef.html

Mais cet article concerne, non la cathédrale, mais l'ancienne abbatiale Saint-Taurin d'Évreux, fondée au Xe siècle sur l'emplacement du tombeau du premier évêque de cette ville, et dont il est le patron. Le chœur qui regroupe l'essentiel des vitraux anciens a été achevé en 1440, après les destructions de la Guerre de Cent ans. Ainsi, les trois  baies 0, 1 et 2 de l'abside  du chœur, racontant la vie de saint Taurin,  datent de 1450 environ, sous l'abbatiat de Jean Trunquet dont on retrouve les armoiries. Un peu plus tard, vers 1465, l'abbé Jean Le Quincarnon appose les siennes sur les baies 5 et 6 de chaque coté de la 1ère travée du chœur. 

Mais des fragments des vitraux du tout début du XVe siècle, sous l'abbatiat de Philippe Prunelé, sont visibles soit dans le tympan de la baie 8 (chapelle absidiale sud) au dessus de lancettes vitrées en 1980 de motifs géométriques sur fond jaune, soit sur les cotés de la baie 104 du croisillon sud.

Pour mon premier article sur les vitraux de Saint-Taurin, je privilégie la baie 8, d'une part par priorité chronologique, d'autre part et surtout parce que j'y ai découvert le texte rare d'un Psaume à la Vierge du XIIe siècle, connu jusqu'à présent par les quelques manuscrits qui le conservent.

Ce tympan est tout entier voué à la glorification de la Vierge, en trois soufflets en quadrilobe : en haut un soufflet  de l'Adoration des Mages, en bas à  gauche un soufflet de la Royauté de la Vierge et un soufflet droit du Couronnement de la Vierge. F. Gatouillat identifiait à gauche une sainte Marguerite, mais cela est démenti par le texte des phylactères qui sont des salutations à Marie.

Les Mages et les anges ont été en partie restitués au XIXe et XXe siècle.

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Philippe II Prunelé, abbé de Saint-Taurin en 1408 et mort en 1420 (Gatouillat) est difficile à distinguer de Philippe Le Prunelé, abbé de Saint-Taurin  et de Saint-Lomer de Blois, qui sera brièvement évêque de Chartres en 1432. Sa famille est originaire de La Porte près d'Étampes et porte de gueules à six annelets d'or posés 3,2, 1. 

La fin de son abbatiat a été concernée par l'occupation anglaise d'Évreux de 1418 à 1444. Robert III Beurière lui succédera en 1421.

 

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Vue générale de la chapelle absidiale sud.

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Baie 8 de l'église Saint-Taurin d'Évreux. Photographie lavieb-aile.

Baie 8 de l'église Saint-Taurin d'Évreux. Photographie lavieb-aile.

Baie 8 de l'église Saint-Taurin d'Évreux. Photographie lavieb-aile.

Baie 8 de l'église Saint-Taurin d'Évreux. Photographie lavieb-aile.

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Le tympan de la baie 8.

Les soufflets du tympan contiennent des fragments remontés, en grisaille et jaune d'argent sur verres colorés bleus et rouge lie-de-vin.

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Tympan de la baie 8 de l'église Saint-Taurin d'Évreux. Photographie lavieb-aile.

Tympan de la baie 8 de l'église Saint-Taurin d'Évreux. Photographie lavieb-aile.

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L'Adoration des Mages.

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Au centre du quadrilobe, une Vierge à l'Enfant couronnée et nimbée porte l'Enfant nu à qui elle présente un objet. Elle est revêtue d'une cape à fermail.

Sa couronne, ainsi que le fait qu'elle soit adorée par trois rois, soulignent son statut de Reine des Cieux.

Seul le roi de droite date du XVe siècle, mais avec un panneau retourné. Les deux autres rois sont des interventions des restaurateurs du XIXe-XXe siècle.

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Tympan de la baie 8 de l'église Saint-Taurin d'Évreux. Photographie lavieb-aile.

Tympan de la baie 8 de l'église Saint-Taurin d'Évreux. Photographie lavieb-aile.

Tympan de la baie 8 de l'église Saint-Taurin d'Évreux. Photographie lavieb-aile.

Tympan de la baie 8 de l'église Saint-Taurin d'Évreux. Photographie lavieb-aile.

Tympan de la baie 8 de l'église Saint-Taurin d'Évreux. Photographie lavieb-aile.

Tympan de la baie 8 de l'église Saint-Taurin d'Évreux. Photographie lavieb-aile.

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Soufflet inférieur gauche. La Royauté de la Vierge. Le psaume de Sancta Dei Genitrice Maria.

Au centre, la Vierge porte des attributs royaux ou même impériaux : une tiare triple, une croix fleuronnée, et le surcot ouvert doublé d'hermines, qui est le privilège des princesses de sang royal.

Les anges tiennent des phylactères où se lisent — après résolution des abréviations — les inscriptions suivantes :

en haut : PRINCIPUM VICTRIX FEMINA.

à gauche : AVE CELORUM DOMINA

à droite : FUGA CATERVAS HOSTIUM

en bas : PACEM NOSTRAM TURBANTIUM.

 

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Ces quatre versets ne se retrouvent que dans un seul texte, le Psalterium de Sancta Dei Genitrice Maria ( Psaume de  sainte Marie Mère de Dieu), attribué à Lietbertus (*) abbé vers 1100-1110 de Saint-Ruf d'Avignon, et auteur d'un commentaire des Psaumes, le Flores Psalmorum (Fleurs sur le Psautier). En effet, ce Psalterium suit immédiatement, dans les manuscrits, la fin du Flores Psalmorum.

(*)Il est également connu sous le nom de Lietbertus de Sancto Rufo, Lietbertus de Insulis, Lietbert von Lille, Lambert von Lille, Letbert von Lille, Lambertus de Lille, Lambertus de Sancto Rufo, Lambertus Insulensis, Letbert de Saint-Pierre de Lille, Letbert de Saint -Ruf, Lietbert de Lille, Lietbert de Saint Pierre de Lille, Lietbert de Saint-Ruf, Lietbertus Abbas Sancti Rufi, Lietbertus de Lille, Lietbertus de Sancto Rufo, Lietbertus Insulensis

https://en.wikipedia.org/wiki/Lietbertus_of_Saint-Ruf

http://bibnum.enc.sorbonne.fr/omeka/files/original/db0c8d7aa77ef04e38196cce6e684adb.pdf

 

L'abbaye de Saint-Ruf, soutenue par la papauté grégorienne et les comtes de Barcelone, devient au xiie siècle un des principaux foyers de la réforme canoniale, dont les coutumes connaissent une diffusion « européenne » (France méridionale, péninsule Ibérique, Scandinavie, Allemagne du sud, etc.). L'abbé Lietbertus a été l'auteur  des coutumes, Liber ecclesiastici et canonici ordinis , pratiquées dans son abbaye. Ces coutumes étaient basées sur les recommandations monastiques de saint Augustin. Ils sont devenus très influents et ont commencé la réforme de la vie monastique, qui a finalement conduit à l'ordre de Saint-Augustin. Faut-il attribuer la présence de ces litanies à Saint-Taurin comme le témoin de l'influence des Augustins? 

Ce texte des Flores Psalmorum  est  présent dans 29 manuscrits,  et il est complété du Psalterium dans au moins deux  manuscrits du dernier quart du XIIe siècle, dont Paris, Bibl. Mazarine, 0201.

http://initiale.irht.cnrs.fr/codex/6323

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L'incipit est SVSCIPE, regina cœli, quae mente benigna  

Puis suivent des litanies débutant par la salutation AVE. Ave, porta paradysi , etc...

Les versets qui nous concernent  se suivent, dans le texte,  au milieu de l'Oraison. Nous trouvons ceci : (page 21 ici)

 

 

Ave, coelorum domina, principum victrix femina;
Fuga catervas hostium pacem nostram turbantium.

Salut, reine du Ciel, Femme victorieuse des Principautés [?]

tu fais fuir les troupes ennemies qui troublent notre paix [??]

 

 

https://books.google.fr/books?id=XzZfAAAAcAAJ&pg=PA21&dq=fuga+hostium+victrix&hl=fr&sa=X&ved=0ahUKEwiAvdTm8qrmAhUIfBoKHc1uB3MQ6AEIODAC#v=onepage&q=fuga%20hostium%20victrix&f=false

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Françoise Gatouillat voit dans l'oculus central la figure de sainte Marguerite, et précise que 2 anges ont été restaurés au XIXe  siècle.

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Tympan de la baie 8 de l'église Saint-Taurin d'Évreux. Photographie lavieb-aile.

Tympan de la baie 8 de l'église Saint-Taurin d'Évreux. Photographie lavieb-aile.

Tympan de la baie 8 de l'église Saint-Taurin d'Évreux. Photographie lavieb-aile.

Tympan de la baie 8 de l'église Saint-Taurin d'Évreux. Photographie lavieb-aile.

Tympan de la baie 8 de l'église Saint-Taurin d'Évreux. Photographie lavieb-aile.

Tympan de la baie 8 de l'église Saint-Taurin d'Évreux. Photographie lavieb-aile.

Tympan de la baie 8 de l'église Saint-Taurin d'Évreux. Photographie lavieb-aile.

Tympan de la baie 8 de l'église Saint-Taurin d'Évreux. Photographie lavieb-aile.

Tympan de la baie 8 de l'église Saint-Taurin d'Évreux. Photographie lavieb-aile.

Tympan de la baie 8 de l'église Saint-Taurin d'Évreux. Photographie lavieb-aile.

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Le soufflet de droite est consacré au  Couronnement de la Vierge.

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La Vierge, tête baissée, couronnée et nimbée, est bénie par le Christ-Roi tenant le globe terrestre. Ils sont assis sur la même banquette au dossier ajouré. Les anges portent un diadème sur des cheveux longs, une cape à fermail sur une aube bouffant au dessus d'une ceinture cachée.

Le texte des phylactères résiste d'avantage à mon décryptage

SEPTA CHORUS ANGELORUM

TE ASSUMPTA --P CELOS

TE -------- CHIS 

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Tympan de la baie 8 de l'église Saint-Taurin d'Évreux. Photographie lavieb-aile.

Tympan de la baie 8 de l'église Saint-Taurin d'Évreux. Photographie lavieb-aile.

Tympan de la baie 8 de l'église Saint-Taurin d'Évreux. Photographie lavieb-aile.

Tympan de la baie 8 de l'église Saint-Taurin d'Évreux. Photographie lavieb-aile.

Tympan de la baie 8 de l'église Saint-Taurin d'Évreux. Photographie lavieb-aile.

Tympan de la baie 8 de l'église Saint-Taurin d'Évreux. Photographie lavieb-aile.

Tympan de la baie 8 de l'église Saint-Taurin d'Évreux. Photographie lavieb-aile.

Tympan de la baie 8 de l'église Saint-Taurin d'Évreux. Photographie lavieb-aile.

Tympan de la baie 8 de l'église Saint-Taurin d'Évreux. Photographie lavieb-aile.

Tympan de la baie 8 de l'église Saint-Taurin d'Évreux. Photographie lavieb-aile.

Tympan de la baie 8 de l'église Saint-Taurin d'Évreux. Photographie lavieb-aile.

Tympan de la baie 8 de l'église Saint-Taurin d'Évreux. Photographie lavieb-aile.

Tympan de la baie 8 de l'église Saint-Taurin d'Évreux. Photographie lavieb-aile.

Tympan de la baie 8 de l'église Saint-Taurin d'Évreux. Photographie lavieb-aile.

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Dans les demi-soufflets latéraux ont été placées les armoiries (restaurées)  de l'abbé Jean Trunquet, d'azur au chevron d'or accompagné en chef de deux roses de gueules et en pointe d'une pomme de pin d'or, à la crosse abbatiale en pal. Mais elles sont postérieures aux panneaux précédents, puisque Jean Trunquet a été nommé abbé de Saint-Taurin en 1432, et jusqu'en 1473.

https://books.google.fr/books?id=wqA6AQAAMAAJ&q=trunquet+%22saint-taurin%22&dq=trunquet+%22saint-taurin%22&hl=fr&sa=X&ved=0ahUKEwjvyeSbvK7mAhUMDWMBHdpzCVcQ6AEIUTAG

 

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Tympan de la baie 8 de l'église Saint-Taurin d'Évreux. Photographie lavieb-aile.

Tympan de la baie 8 de l'église Saint-Taurin d'Évreux. Photographie lavieb-aile.

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SOURCES ET LIENS.

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https://www.patrimoine-histoire.fr/Patrimoine/Evreux/Evreux-Saint-Taurin.htm

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k56126932.r=%C3%A9vreux.langFR

— GATOUILLAT (Françoise), 2001, Les vitraux de l'église Saint-Taurin, in Les Vitraux de Haute-Normandie, Corpus Vitrearum vol. VI, CNRS éditions, page164.

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Published by jean-yves cordier - dans Vitraux Évreux
11 décembre 2019 3 11 /12 /décembre /2019 18:19

La Vierge à la Démone de la chapelle de Locmaria-Lannn à Plabennec.

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Voir d'autres Vierges à la démone de Bretagne dans les articles suivants :

etc...

Et sur patrimoine.bzh :

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INTRODUCTION.

Les Démones tentatrices, ou les  Vierges à la Démone de Bretagne ont été étudiées par Louis Le Thomas en 1961, puis par Amemiya en 1996, puis j'ai multiplié sur ce blog  depuis une dizaine d'année mes articles d'analyse iconographique à leur propos.

1. Louis Le Thomas.

  Louis Thomas a recensé  19 Arbres de Jessé sculptés en Bretagne dont 6 en Finistère (outre Locquirec, Plounevezel, Plouzevedé/Berven, Plourin-les-Morlaix, St-Thégonnec, St-Yvi) dont un sous-groupe de 13 avec Démones.

  Ces Démones fascinent Louis Le Thomas, qui leur a consacré un article particulier, et les classe en deux figurations anthropomorphiques, celle de Démone-Serpent ou anguiforme, ou ophioure (ou "Echidna"), et celles, plus rares, de Démone-poisson (ou "Néreïde"). Il  voit dans ces formes qui "relèvent d'une gynécomorphie du Serpent de la tentation"  "l'occasion rare, dans l'iconographie religieuse; d'une étude du nu féminin, bustes et torses de démones ayant été, dans les Arbres de Jessé bretons, traités avec une verve évidemment complaisante et un réalisme particulièrement suggestif" car elles ont "pour attribut principal des mamelles orthomorphes, discoïdes, d'un galbe partout très exagéré" dont le mérite est néanmoins de consoler le fidèle des démons et démones de l'iconographie religieuse, très souvent affligées de mamelles pendantes, à titre péjoratif, et d'inspiration probablement monacale". Souvent, hélas, ces "exubérance mammaire a servi de prétexte à une chirurgie iconographique correctrice particulièrement tenace afin, presque partout, de réduire —sinon de supprimer— cette exubérance en pratiquant des amputations, alors qu'aux personnages "cacheurs" de Molière suffisait...le mouchoir".

 A la question qu'avait posé le chanoine Abgrall (Est-ce Éve ? Est-ce le serpent qui l'a trompé ?), Louis Le Thomas répond : c'est le Serpent, car il tend la pomme plutôt qu'il ne s'en saisit, mais aussi en raison de ses caractères chtoniens : main griffue, tête cornue, animalité.

 

2. Hiroko Amemiya.

H. Amemiya recense 52 "Vierges à l'Enfant foulant une représentation semi-humaine" en Bretagne, dont 28 en Finistère, 10 en  Côtes d'Armor, 11 en Morbihan et 3 en Ille-et-Vilaine, la grande majorité en pays bretonnant (seuls 4 exemples sont en pays gallo). Parmi les 28 exemples du Finistère, 13 se trouvent dans l'église paroissiale et 15 dans des chapelles. La Vierge est debout dans tous les cas, sauf 2. Elle appartient à un arbre de Jessé dans 12 cas, et est posée sur un croissant de lune dans 15 cas, ces deux représentations évoquant un lien avec le culte de l'Immaculé-Conception.

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Quant à la Démone, sur les 28 exemples finistériens, elle tient la pomme de la Tentation dans 22 cas, Elle associe un visage féminin, un buste aux seins dénudés, et une queue de serpent dans tous les cas.

De façon générale, "la grande série des Vierges sur croissant et démone date de la fin du XVIe"

 

Voici la liste commentée des 28 exemples du Finistère :


 

  • Bohars, église Saint-Pierre-es-Liens / chapelle de Locquillo : bois polychrome, assise, XVIe. Démone à la pomme. Queue de serpent  nouée sur elle-même.

  • Brest, église Saint-Louis, bois polychrome, XVIIIe. 

  • Landudal, église Notre-Dame-du-Populo, bois polychrome, Fin XVIe ? Vierge couronnée par deux anges. Croissant. Enfant tenant la citation d'Isaïe Ecce virgo concipiet. Démone à la queue de serpent se redressant verticalement.

  • Carhaix-Plouguer, chapelle Sainte-Anne, bois polychrome, 2eme moitié XVIe. Vierge couronnée. Bandeau occipital, Jessé. Démone à la pomme associée à un dragon. Queue de serpent se redressant verticalement.

  • Kergloff, chapelle de la Trinité, bois polychrome, 2eme moitié XVIe. Vierge couronnée ;  croissant.  Démone à la pomme. Queue de serpent se redressant verticalement.

  • Poullaouen, église Saint-Pierre et Saint-Paul, atelier de Carhaix ? 2eme moitié XVIe, bandeau occipital. Démone à la pomme. Queue de serpent s'enroulant verticalement.

  • Poullaouen, chapelle Saint-Tudec, bois polychrome, atelier de Carhaix ? 2eme moitié XVIe. Vierge couronnée. Démone à la pomme. Queue de serpent se redressant verticalement.

  • Saint-Hernin, ossuaire de l'église Saint-Hernin, bois polychrome : Anne trinitaire à la démone. "Fin XVIIe"?? Vierge couronnée. Démone à la pomme. Queue de serpent s'enroulant en socle.

  • Saint-Ségal, chapelle Saint-Sébastien, bois polychrome, fin XVIe. Vierge couronnée (couronne perdue) par deux anges. Bandeau occipital. Démone à la pomme. Queue de serpent s'enroulant verticalement.

  • Le Moustoir, chapelle Saint-Ruellin, bois polychrome, fin XVIe. Couronne ? Bandeau occipital. Démone à la pomme. Queue de serpent s'enroulant verticalement.

  • Leuhan, église Saint-Théleau, bois polychrome, 2eme moitié XVIe. Vierge couronnée. Démone à la pomme. Queue de serpent s'enroulant autour du pied de la Vierge.

  • Irvillac, chapelle Notre-Dame de Lorette, granite polychrome, 2eme moitié XVIe.Vierge couronnée. Démone à la pomme. Queue de serpent s'enroulant verticalement.

  • Plougastel-Daoulas, chapelle Saint-Trémeur. bois polychrome, XVIIe. Démone à la pomme. Queue de serpent s'enroulant verticalement.

  • Plogonnec, chapelle Saint-Pierre, bois polychrome, 2eme moitié XVIe. Vierge couronnée.  Démone  à poitrine nue. Queue de serpent s'enroulant verticalement.

  • Landeleau, chapelle Saint-Laurent, bois polychrome, 2eme moitié XVIe, assise. Vierge couronnée.  Bandeau occipital. Démone à la pomme. Queue de serpent s'enroulant verticalement.

  • Locquirec, église Saint-Jacques. Bois polychrome. Niche à volets, arbre de Jessé. Démone à la pomme. Queue de serpent s'enroulant verticalement.

  • Le Folgoët, église Notre-Dame. Kersantite, XVe (?) Ceinture nouée par une ganse. Cape fermée par une chaîne. Bandeau occipital. Croissant. Démone à la pomme. Queue de serpent s'enroulant verticalement.

  • Plouider, chapelle Saint-Fiacre. Bois polychrome, XVIe. Bandeau occipital. Croissant. Queue de serpent remontant verticalement.

  • Plourin-les-Morlaix, église Notre-Dame.  Bois polychrome, début XVIe ? Vierge couronnée.  Croissant, arbre de Jessé. Démone à la pomme. Queue de serpent s'enroulant à l'arbre de Jessé.

  • Plabennec, chapelle de Locmaria Lann. Bois polychrome, XVIIe. Vierge à bandeau occipital. Mandorle rayonnante (perdue).Croissant.  Démone à la pomme ? (bras perdu). Queue de serpent remontant verticalement.

  • Brennilis, église Notre-Dame. Bois polychrome, vers 1575. Niche à volets. Vierge couronnée.  Démone à la pomme. Queue de serpent remontant verticalement.

  • Pleyben, chapelle de Gars-Maria. Kersantite.  vers 1578-1580. Vierge couronnée.  Démone à la pomme, Queue de serpent remontant verticalement.

  • Pleyben, chapelle de Gars-Maria. Bois polychrome, XVIe. Démone à la pomme. Queue de serpent remontant verticalement.

  • Pleyben, chapelle de Notre-Dame de Lannelec. Kersantite, vers 1578. Bandeau occipital.  Démone à la pomme.  Queue de serpent remontant verticalement. Atelier de Pleyben d'après les modèles de l'atelier de Locronan.

  • Lampaul-Ploudalmézeau, église Saint-Paul. Bois polychrome, XVIe? Démone à la pomme.  Queue de serpent remontant verticalement.

  • Saint-Yvi, église Saint-Yvi. Bois polychrome. Fin XVIe. Croissant (disparu) et Jessé endormi. Bandeau occipital. Fin XVIe.

  • Saint-Thégonnec, église Notre-Dame. Bois polychrome, fin XVIe. Niche à volets, Arbre de Jessé, croissant. Bandeau occipital. Démone à queue de serpent.

  • Scaer, chapelle Saint-Adrien. Bois polychrome, fin XVIe. Démone à la pomme.


 

Il faudrait ajouter à cette série les 20 exemples de "Vierge foulant un serpent ou un dragon", série apparentée mais apparaissant au XVIIe et XVIIe siècle (cf. Kerdévot en Ergué-Gabéric) . Ainsi, les démones semi-humaines disparaissent quasi complètement à partir du XVIIe.

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Commentaires.

Parmi ces 28 Vierges à la Démones du Finistère, on dénombre (rapidement) : 1 statue du XVe (en kersantite), 21 statues du XVIe, 3 statues du XVIIe et 1 du XVIIIe.

Dans le groupe majoritaire du XVIe, 1 date du début de ce siècle, 7 du milieu, 9 de son dernier tiers ou de sa fin, et 4 sont "du XVIe".

Cela confirme les remarques de Couffon puis de C. Prigent, pour qui la grande série des Vierges à croissant et démones date de la deuxième moitié du XVIe siècle : 16 exemples sur 28.

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Ces démones bas-bretonnes sont donc, on le voit, l'une des caractéristiques des sanctuaires de notre région, et leur confère un cachet d'autant plus intéressant à découvrir que leur compréhension n'est pas univoque, et que l'énigme qu'elles proposent rebondit à chaque nouvel exemple, alors qu'au contraire, les traits qu'elles ont en commun suscitent ce plaisir, pour le touriste, d'une connivence jubilatoire : Ah, j'en étais sûr, la queue de la démone s'entortille encore ici en se dissimulant dans le dos de la robe de la Vierge pour témoigner de son opiniâtreté à répandre son venin !

De même, j'ai plaisir à retrouver,   le bandeau occipital (mon chouchou) retenant en arrière les cheveux de la Vierge, un détail stylistique qui place cette œuvre dans une grande famille de sculptures presque exclusivement retrouvées en Finistère, au XVIe siècle et au tout début du XVIIe, sur des Vierges ou plus rarement des Marie-Madeleine, comme si cet accessoire capillaire était le marqueur d'une mode touchante car presque folklorique.

 À me lire, on pourrait croire que ce groupe sculpté de la petite chapelle de Locmaria en Plabennec  a été très étudié , mais il n'en est rien. Seul l'ouvrage de H. Amemiya en donne une description détaillée, avec une photographie noir et blanc de la Démone.

À moi de jouer !

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DESCRIPTION.

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Locmaria-Lan, formé avec le mot breton "lok " "lieu consacré" - ecclesia Beatae Mariae de Landa, en 1363, était une chapelle dépendante de Plabennec ( une trève) et lieu sacré depuis probablement la préhistoire. La fondation de la première chapelle chrétienne remonte au XIe siècle. Elle est réédifiée en  1450  à l'initiative du seigneur du Baudiez au Rest,  puis les familles Carman-Lesquelen et Lescoët agrandissent au XVIe siècle la chapelle de trois travées dans la partie est. Un ange du  bel autel en kersanton porte la date de 1512. D'autres inscriptions portent les dates de 1604 et de 1682.

 

 

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Le groupe sculpté de 1,70 m de haut en bois polychrome est placé contre le pignon du chœur, à gauche de l'autel, au dessus d'une porte de sacristie, sur une console en bois à 2 m environ du sol. 

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Photo Henri Moreau Wikipedia

 

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La Vierge à l'Enfant est debout sur un croissant de lune, foulant la Démone tandis que l'Enfant déroule un phylactère muet. Ses couleurs pimpantes témoignent d'une restauration récente dont je n'ai trouvé aucune trace en ligne.

Vénérée sous le vocable de Notre-Dame de Locmaria, elle date  du XVIIe siècle. Elle est couronnée, les cheveux bruns retenus par le bandeau blanc plissé, et elle tient dans la main droite un objet cylindrique brisé (sans doute la tige d'une fleur). Son manteau est resserré par  deux lignes d'une chaîne aux maillons larges, comme en portaient jadis les femmes de la haute noblesse au XVe siècle.Cette chaîne s'achève par une petite croix. Sous le manteau bleu, qui descend jusqu'à terre, vient une robe orange, aux manches plissées, mais tombant en plis larges et flottants, et dépourvue de tout décolleté. Enfin, une tunique blanche descend jusqu'au sol, dévoilant seulement la chaussure brune qui terrasse la démone.

Elle est posée sur un croissant lunaire, renvoyant ainsi au culte de la Vierge de l'Apocalypse.

Nous verrons plus loin qu'elle était le centre d'une mandorle de rayons, comme le veut l'iconographie de la Vierge de l'Immaculée-Conception.

L'Enfant, blond, cheveux courts et blonds, vêtu d'une tunique bleue, et portant lui aussi une chaîne en or, regarde devant lui. Il tient un phylactère sans inscription, et le globe terrestre non crucigère.

 

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La Démone est couchée sur le coté devant le croissant, sous le pied gauche de la Vierge, tête à droite. Buste redressé, elle regarde la Vierge en levant la tête, et on peut imaginer que ce regard est ironique ou nargueur. Son visage rond encadré d'une longue chevelure brune ne présente aucun caractère animal ou démoniaque.

Les avant-bras et les seins sont été bûchés. Une fleur de lys porte une ferrure en U, peut-être destinée à un accessoire. Le corps peint en rouge-orange est marqué de grosses verrucosités. Les deux ailes nervurées de chiroptères partent de la nuque comme un gros nœud papillon marron, comme un rappel (involontaire) des plis du bandeau de sa concurrente. 

La  queue porte une rangée de dents dorées. Il faut se déplacer sur le coté pour voir qu'elle remonte en torsades sournoises le long de l'extrémité gauche du croissant vers la cuisse de la Vierge.

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Vierge à la Démone, bois polychrome, XVIIe siècle. Photographie lavieb-aile.

Vierge à la Démone, bois polychrome, XVIIe siècle. Photographie lavieb-aile.

Vierge à la Démone, bois polychrome, XVIIe siècle. Photographie lavieb-aile.

Vierge à la Démone, bois polychrome, XVIIe siècle. Photographie lavieb-aile.

Vierge à la Démone, bois polychrome, XVIIe siècle. Photographie lavieb-aile.

Vierge à la Démone, bois polychrome, XVIIe siècle. Photographie lavieb-aile.

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In caude venenum

 

Vierge à la Démone, bois polychrome, XVIIe siècle. Photographie lavieb-aile.

Vierge à la Démone, bois polychrome, XVIIe siècle. Photographie lavieb-aile.

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Une mandorle rayonnante.

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Vierge à la Démone, bois polychrome, XVIIe siècle. Photographie lavieb-aile.

Vierge à la Démone, bois polychrome, XVIIe siècle. Photographie lavieb-aile.

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LE BANDEAU OCCIPITAL.


 

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A. Il est présent sur huit Vierges allaitantes du Finistère

Vierges allaitantes I : Notre-Dame de Tréguron à Gouezec: les Vierges. 

 

Vierges allaitantes II : Kergoat à Quéméneven, la Vierge.

Vierges allaitantes III : Chapelle de Quillidoaré à Cast, la Vierge.. 

Vierges allaitantes IV : Kerlaz, la Vierge.

Vierges allaitantes VI : Kerluan à Chateaulin : la Vierge ressuscitée

Vierges allaitantes VII : Chapelle de Lannelec à Pleyben, la Vierge.

Vierge allaitante VIII :  de  l'ossuaire de Pleyben.

Vierges allaitantes du Finistère X. La chapelle St-Denis à Seznec, Plogonnec.

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B. Il est présent aussi sur plusieurs statues de la Vierge en Finistère :


 

1. La Vierge de l'Annonciation du porche de l'église saint-Germain de Pleyben. Kersanton, 1588.

On peut observer que le costume possède des points communs avec les vierges allaitantes, par exemple les poignets "gaufrés". Et aussi que la chevelure est dénouée et serpentine, ce qui est inhabituelle pour une vierge de l'Annonciation d'habitude plus retenue.

2. La vierge à l'enfant Notre-Dame de Bonne-Nouvelle à Saint-Herbot en Plonevez-du-Faou. Date ?

3. La Vierge à l'Enfant de l'église Saint-Julien de Châteauneuf du Faou (16e siècle) : 

L'église Saint-Julien et Notre-Dame à Châteauneuf du Faou.

4. Notre-Dame de Bons-Secours de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. XVIe siècle. Vierge à l'Enfant, bois polychrome, Bandeau occipital, croissant lunaire, mandorle, ceinture à boucle puis nœud

Le retable de Notre-Dame-du-Bon-Secours, église de La Roche-Maurice (29).

5. Vierge à la Démone du Folgoët.

Kersantite XVI ?, manteau à fermail en chaîne à pan gauche faisant retour sous le bras gauche, robe à ceinture nouée, croissant de lune, 

6. Vierge de la Nativité du tympan du porche de 1566.

7. Vierge à la Démone de Brennilis.

8. Sur une statue de l'église de Bodilis.

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On trouve ce motif exceptionnellement dans d'autres départements bretons (mais biais de recrutement ?)

8. Vierge à l'Enfant de Lantic (22)

 

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C. On le trouve aussi sur des statues de Marie-Madeleine  :

1. Sur le calvaire de Dinéault

Le calvaire de l'église Sainte-Marie-Madeleine de Dinéault.

Marie-Madeleine, sculptée par les frères Prigent, actif entre 1527 et 1577, 

2. Sur une Déploration de Bodilis .

Les sculptures de l'église de Bodilis : le retable de la Déploration. 

Bois polychrome, XVIe, bandeau occipital sur Marie-Madeleine.

3 À Pencran, sur une   statue de Marie-Madeleine. kersanton, Bastien Prigent.

4. Sur un calvaire de Ploéven.

 La chapelle Sainte-Barbe de Ploéven. Son calvaire, son vitrail, sa statuaire, son Pardon. Marie-Madeleine de la Déploration du calvaire (kersanton, vers 1575)

5. Sur un vitrail du Faouët.

Les vitraux du XVIe siècle de la chapelle Ste-Barbe du Faouët (56) : II. la Transfiguration. Vers 1512-1515. C'est Marie-Madeleine qui porte ce bandeau.

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D. Enfin, il peut se retrouver sur d'autres personnages féminins.

1. La Sibylle de Tibur de Roscoff.

Bois polychrome, 1606, le bandeau occipital est porté par la Sibylle Tiburtine.

 

2. La cariatide de La Martyre.

L'église Notre-Dame de Rumengol.  V : les gargouilles et crossettes. 

Ossuaire de La Martyre, cariatide, kersanton, 1606.

La chapelle Notre-Dame-de-Berven en Plouzévédé. I. L'Arbre de Jessé du retable de l'autel nord. Vierge à l'Enfant, bois polychrome, fin XVIe, Croissant lunaire, mandorle radiante, manteau à fermail par chaîne ; Enfant en Sauveur du Monde.

3. Un ange de la chapelle Saint-Côme.

Les sablières (1641-1675)  de la chapelle Saints Côme-et-Damien à Saint-Nic. III. Les sablières des bas-cotés, et leurs blochets. Ange d'un blochet de 1661.

4. Pencran. Statue de sainte Anne, 1553

 

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Conclusion.

Ce bandeau occipital, surnommé "chouchou", est un bon marqueur iconographique car il est presque exclusivement retrouvé en Finistère, au XVIe et tout début du XVIIe siècle, sur des Vierges à l'Enfant ou plus rarement des Marie-Madeleine, anecdotiquement sur d'autre personnages, surtout en sculpture sur bois, mais aussi en sculpture sur pierre.

Il n'est pas attesté sur les enluminures françaises (dépouillement de Les Manuscrits à peinture de François Avril et Nicole  Reynaud et des Enluminures du Louvre des mêmes auteurs, et consultation des divers autres ouvrages), ni en enluminure religieuse, ni comme coiffure féminine, même si les voiles de la Vierge dégagent progressivement le front au XVIe siècle et deviennent plus postérieurs.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

SOURCES ET LIENS.

— PERENNES (Henri),, 1938,  Notices pour le diocèse de Quimper, BDHA, page 170

http://diocese-quimper.fr/bibliotheque/files/original/3c650c05ef86fe15d59ddb6b528d5f93.pdf

" La chapelle de Locmaria-Lann est située à quatre kilomètres au Nord du bourg de Plabennec. Elle a un fort beau clocher Renaissance, épaulé de contreforts, décoré de galeries et d’un double étage de beffroi, terminé par une flèche pyramidale. D’une base d’environ 6 mètres de largeur, la tour écrase de sa masse la chapelle assez pauvrement restaurée en 1841, mais dont heureusement l’intérieur est demeuré ancien. Sous le porche voûté de la tour, dont l'arcade, de forme gothique, est coupée de claveaux, on voit les statues, non des douze apôtres, mais de douze saintes, pour rappeler sans doute que le sanctuaire est dédié à la plus célèbre et la plus sainte d’entre elles.

Ces statues de bois, jadis peintes et dorées, ont le costume de la fin du XVIème siècle. On y reconnaît là Véronique, tenant le voile de la Sainte Face ; une autre Sainte a pour attribut une corde, une troisième un berceau ou un lit ; deux ou trois tiennent un livre ouvert. Au-dessus de la porte est une statue en pierre du Sauveur du monde. Quant à l'arcade extérieure, elle est surmontée d’une belle statue en kersanton de la Vierge Mère couronnée.

L’édifice peut mesurer 24 mètres de long sur une douzaine en largeur. A l’intérieur c’est une nef et deux bas-côtés à cinq travées au Nord, à quatre au Midi, toutes en gothique du XVIème siècle. Comme parquet, c’est le sol de terre battue ; des bancs apparaissent à la base des piliers. A la clef de voûte de la première arcade à gauche on voit le blason des Carman-Lesquelen, mutilé, mais encore lisible. La troisième arcade présente un écusson armorié portant une fasce de 3 quintefeuilles et surmontée d’un lambel. La porte du bas de la nef est surmontée d’un écusson fascé de 6 pièces (du Chastel ?).

Le maître-autel, en kersanton, mesure 3 mètres 50 de longueur. Il est gothique et décoré de panneaux finement ouvragés. Au-dessus règne une belle frise de feuillages découpés et évidés. Dans les panneaux du centre, on aperçoit deux angelots : l’un tient un écusson chargé d’un calice st une banderole portant, en caractères gothiques, l’inscription suivante : Yves an Du lan mil cincq centz x II ; le second porte une banderole qui offre aussi une dizaine de caractères gothiques très distincts. Le retable de l'autel, en bois sculpté, porte des têtes d’anges et deux oiseaux. Quant au tabernacle, il est double ; la partie inférieure offre un ostensoir, tandis que le tabernacle supérieur présente le Christ crucifié, avec la Vierge et Saint Jean, encadré de deux vertus supportant des guirlandes de fleurs. Plus loin figurent deux autres vertus dans les mêmes conditions. A gauche et à droite du tabernacle s’étale cette inscription : Y : LE GUEN R : DE L : L’AN 1682.

A gauche de l’autel on aperçoit une grande statue couronnée de N.-D. de Locmaria, qui de la main droite présente un objet à l'Enfant Jésus qu’elle porte de la main gauche. A ses pieds un grand croissant jaune et un dragon rougeâtre.

A droite de l’autel apparaît un grand Saint Jean-Baptiste. On voit dans la chapelle une autre statue, celle de Sainte Brigitte, qui tient un livre sur ses genoux ; deux bénitiers dont l’un mesure un mètre de diamètre, tandis que l’autre, près de la porte latérale, présente cette inscription : P . G . 1604 ; puis deux enfeux et une dalle funéraire qui porte une croix à longue hampe, dont le croisillon est entouré d’un cercle.

Un procès-verbal de 1614 a relevé quelques détails intéressants touchant N.-D. de Locmaria. Ce sont les Kerman-Lesquelen qui y avaient fait placer la verrière du chevet. On y voyait un groupe de N.-D. de Pitié, entouré des effigies de Tanguy de Kerman et de Louise de la Forest. Celle-ci est présentée par l'apôtre Saint Jean qui tient une coupe, son mari par Saint Goulven, en évêque. Au-dessous on lit : Sancte Golvine ora pro nobis. Au quatrième panneau figurent Saint Pierre avec sa clef, Saint Paul avec son épée, et le roi Saint-Louis rendant la justice assis, en grand manteau d’hermines semé de fleurs de lys d'or, et en chaperon rouge... Au-dessous : 1508 — S Louys. Les armes des Rohan, avec le collier de l'Ordre et la devise A plus brillent au sommet de la fenêtre, et onze écus de Kerman et alliances — entre autres Pestivien (?) Coëtmen et du Perrier — occupent les jours du remplage. Dans le quadrilobe d’une petite fenêtre latérale apparaît le lion de Léon (L. Le Guennec, Prééminences de la famille De Maillé-Kerman..., p. 22). 

Une pièce du 26 Juillet 1735 signale l'existence de deux fondations faites à Notre-Dame de Locmaria au cours du XVème siècle. Le 20 Juin 1410, Sébastien Coetelleau établit par testament une messe à note le jour de l'Ascension. Plus tard, en 1451, une dame Amabile Marzin fait une fondation aux termes de laquelle on viendrait processionnellement de l'église paroissiale à Locmaria, le jour de la Fête-Dieu, pour y chanter la messe du Saint-Sacrement "

AMEMIYA (Hiroko) 2005, Vierge ou démone, exemple dans la statuaire bretonne, Keltia éditeur, Spézet. 269 p. page 68-69. Version remaniée de la thèse de 1996.

— AMEMIYA (Hiroko) Figures maritimes de la déesse-mère, études comparées des traditions populaires japonaises et bretonnes thèse de doctorat d'études littéraires, histoire du texte et de l'image  Paris 7 1996 sous la direction de Bernadette Bricout et de Jacqueline Pigeot. 703 pages Thèse n° 1996PA070129

Résumé : Le thème principal de cette etude est de voir quel role la femme non-humaine - et notamment la femme qui appartient au monde maritime - a joue au japon et en bretagne, a travers les recits relatifs a l'epouse surnaturelle. Pour la bretagne, les recherches s'etendent egalement sur l'iconographie religieuse representant l'etre semi-humain telles la sirene et la femme-serpent. La region conserve dans ses chapelles de nombreuses statues des xvie et xviie siecles figurant ce type faites par des artisans locaux. L'imagination populaire s'epanouit ainsi dans la femme non-humaine de deux facons en bretagne : dans l'expression orale et dans l'expression plastique ce qui nous offre une occasion inestimable d'etudier leur compatibilite dans leur contexte socioculturel. Les recits qui traitent le theme du mariage entre l'etre humain et l'etre non-humain revelent la conception de l'univers d'une societe. L'autre monde ou les etres de l'autre monde sont en effet une notion fonctionnelle qui permet a la societe de maintenir l'ordre interne par une intervention externe fictive : la suprématie du fondateur du Japon s'explique par la transmission d'une puissance surnaturelle par sa mère du royaume maritime, alors qu'en bretagne, la destruction de la cite legendaire d'is est causee par une fille maudite nee d'une fee. Le premier volume de cette etude est compose de trois parties : i. L'autre monde dans la tradition populaire au japon, ii. Recits relatifs au mariage au japon et en bretagne, iii. Iconographie d'une femme semi-humaine. Le deuxieme volume est un inventaire des differents types de representation semi-humaine en bretagne.

CASTEL (Yves-Pascal)1260 Plabennec, les petites croix de Locmaria-Lan... 31.08.96., Yves-Pascal Castel : articles du Progrès de Cornouaille / Courrier du Léon ” Collections numérisées – Diocèse de Quimper et Léon, consulté le 25 juin 2019, http://diocese-quimper.fr/bibliotheque/items/show/2774.

 

— COUFFON, René, LE BARS, Alfred. Diocèse de Quimper et de Léon. Nouveau répertoire des églises et chapelles. Quimper : Association Diocésaine, 1988. 

http://diocese-quimper.fr/bibliotheque/files/original/929d131ccf0e85c0f4d63b4794d6d5e9.pdf

CHAPELLE DE LOCMARIA-LANN Elle fut église tréviale jusqu'en 1696. Ruinée après la Révolution, elle a été restaurée en 1841. 

"De plan irrégulier, elle comprend une nef de cinq travées avec bas-côté au nord et de quatre travées avec bas-côté au sud. Clocher du XVIIè siècle : galerie à moitié détruite, une chambre de cloches, flèche sans crochets. Le porche est voûté : l'arcade gothique extérieure est surmontée d'une statue en kersanton de la Vierge Mère couronnée ; au-dessus de la porte intérieure, statue en pierre du Christ Sauveur du monde.

Les statues qui garnissaient les deux murs latéraux (saintes dont une Véronique) sont actuellement dans la chapelle. Mobilier : Maître-autel en kersanton, de 3,5 m. de longueur (C.). Le devant est orné de panneaux finement sculptés et d'une frise de feuillages découpés et évidés. Un ange tient une banderole portant l'inscription en caractères gothiques : "YVES. AN. DU. LAN. MIL. CINCQ. CENTS. XII."

Retable en bois sculpté avec deux tabernacles superposés ; inscription : "Y. LE GVEN. R. DE. LAN. 1682."

Statues anciennes : Crucifix, Vierge Mère dite Notre Dame de Locmaria, XVIIè siècle, saint Joseph, sainte Anne seule, et celles en bois autrefois dans le porche.

Deux bénitiers en pierre ; l'un d'eux porte l'inscription : ".P G. 1604" - Bénitier portatif de bronze : "NOSTRE DAME DE LANDE DE LOCMARIA."

— LE SEAC'H (Emmanuelle), 2014, Sculpteurs sur pierre en Basse-Bretagne, les ateliers du XVe au XVIIe siècle , 1 vol. (407 p.) - 1 disque optique numérique (CD-ROM) : ill. en coul. ; 29 cm ; coul. ; 12 cm . Note : Index. - Notes bibliogr., bibliogr. p. 373-395 Rennes : Presses universitaires de Rennes , 2014 Éditeur scientifique : Jean-Yves Éveillard, Dominique Le Page, François Roudaut.

MAUGUIN (Michel), Loc-Maria-Lann, la chapelle,

http://michel.mauguin.pagesperso-orange.fr/sonj/loc_mari.htm

— LE THOMAS (Louis), 1961 "Les Démones bretonnes, iconographie comparée et étude critique", Bulletin de la société Archéologique du Finistère t. 87 p. 169-221.

— LE THOMAS (Louis) 1963 "Les Arbres de Jessé bretons", première partie, Bulletin de la Société Archéologique du Finistère 165- 196.

 — LE THOMAS (Louis) 1963, "Les Arbres de Jessé bretons", troisième partie, Bulletin de la Société Archéologique du Finistère pp. 35-72.

PRIGENT, Christiane. 1981, Etude de quelques sculptures bretonnes influencées par les modes venues des pays nordiques. Dans : Bulletin de la société archéologique du Finistère, t. CVIII, 1981.

 — PRIGENT, Christiane, 1982, . Les statues des vierges à l'enfant de tradition médiévale: XVe- XVe siècles dans l'ancien diocèse de Cornouaille  Prigent, Christiane. - [Université de Rennes] (1982)

 

 

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Published by jean-yves cordier - dans Vierges à la démone. Bandeau Chapelles bretonnes.
10 décembre 2019 2 10 /12 /décembre /2019 10:57

Les vitraux du XIVe siècle de la cathédrale d'Évreux. XVII. La baie 127 (avant 1400) de la nef, une Annonciation offerte par Pierre Beaublé, archidiacre d'Ouche.

 

 

 

 

 

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Cet article est le dix-septième et le dernier d'une série sur l'apparition du jaune d'argent dans les vitraux du chœur de la cathédrale d'Évreux au XIVe siècle.

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Je suis guidé par les publications de Françoise Gatouillat, et notamment par Gatouillat 2019.

 

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Voir :

 

 

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Voir aussi :

.— Sur les vitraux plus tardifs de la cathédrale d'Évreux :

— Sur les fonds damassés  outre les articles sur les baies 15, 17 et 19 cités supra : 

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Liste de mes 200 articles sur les vitraux :.

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PRÉSENTATION.

 

Haute de 8 m et large de 3,80 m, la baie 127, au coté nord de la nef, comporte 4 lancettes trilobées  et un tympan à 1 octolobe,  2 trilobes et des écoinçons. C'est une Annonciation, offerte par  Pierre Beaublé lorsqu'il était archidiacre d'Ouche, comme le révèlent les armoiries du tympan. 

Les lancettes sont occupées en haut et en bas par des vitreries géométriques peintes comme ailleurs de fleurettes et festons en grisaille et jaune d'argent, frappés de fermaillets en fleur de lys, selon la disposition "en litre", tandis que les motifs figurés colorés  sont placé au centre des 2ème et 3ème lancettes : une Annonciation, adorée par le donateur présenté par saint Pierre.

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Description en 1868 par Lebeurier :

"La verrière de la fenêtre 4 3 porte en haut un écusson d'azur, à 3 roues d'or, et à la bordure denticulée de gueules. Les formes 1 et 4 de la fenêtre sont de simples grisailles. La forme 2 représente une vierge et l'ange de l'annonciation à ses pieds. La forme 3, un chanoine à genoux présentant un vitrail à la Vierge, et, derrière lui, S. Pierre, son patron, tenant les clefs. Une inscription placée au-dessous prenait tout le vitrail, mais elle a complètement disparu. "

 

 

Voici la description qu'en donne  René Dubuc en 1968 in Grodecki (la verrière portait alors le n° 106). Des sous-titres ont été ajoutés.

https://www.persee.fr/doc/bulmo_0007-473x_1968_num_126_1_4898

 

"Une intéressante identification vient d'être obtenue en rapprochant le majestueux blason (d'azur à trois roues d'or, à la bordure engrêlée de gueules) qui, dans la nef, orne la rosace au tympan de la verrière 106, d'un sceau apposé sur une quittance de 1393 conservée dans la collection des pièces originales de la Bibliothèque nationale [sceau attaché à une quittance donnée au trésorier du duc d'Orléans le 16 mai 1393 par Pierre Beaublé]. La partie centrale de cette verrière est occupée par deux grands panneaux représentant un chanoine en grand habit de chœur, à genoux, présenté par son patron, saint Pierre, qui offre en son nom un vitrail à la sainte Vierge aux pieds de laquelle s'est agenouillé l'ange de l'Annonciation.

Pierre Beaublé,  archidiacre d'Ouche au diocèse d'Évreux.

Il s'agit de messire Pierre Beaublé, alors archidiacre d'Ouche au diocèse d'Évreux après avoir poursuivi ses études de bachelier, puis de docteur es loix à l'Université de Paris, où il fut notamment mêlé de près, entre 1386 et 1388, au long procès soutenu par maître Aymé du Breuil contre le doyen et la Faculté de décret de Paris.

 

Professeur de droit civil et canonique, conseiller et ambassadeur du roi Charles VI en Italie.

Familier du roi Charles V dont il était devenu le conseiller, il avait déjà été chargé, vers 1385, d'une mission en Hongrie, peut-être pour s'informer de la situation difficile laissée depuis trois ans à la reine Marie par la mort de son père, le glorieux roi Louis le Grand. Il s'était également attaché au duc Louis d'Orléans, frère du roi Charles VI, et avait su gagner la confiance de l'un et de l'autre, qui l'avaient à leur tour nommé leur conseiller. Dès lors, il fut chargé d'importantes missions dans le cadre des visées italiennes qui constituaient à ce moment l'une des préoccupations de la cour de France. En mai 1394, il part en Lombardie pour négocier le rattachement de Savone à la France et, le 30 novembre, il assiste, triomphant, à l'échange des confirmations de la capitulation de la ville. Puis il est envoyé à Gênes dès décembre 1394 pour entamer les pourparlers tendant à la réunion de cette ville à la France. De longues et délicates négociations occupent l'année 1395 et, en mars 1396, le roi Charles VI le charge à nouveau, avec Pierre Fresnel, évêque de Meaux, d'une mission à Gênes, qui devait aboutir à l'accord souhaité. Mais la riche ville italienne peut être de quelque utilité pour les finances obérées du roi de France : le 29 décembre 1396, Charles VI désigne comme ambassadeurs, outre Enguerrand de Luxembourg, comte de Ligny et de Saint-Pol, gouverneur de Gênes pour le roi de France depuis deux mois, l'évêque Pierre Fresnel et maître Pierre Beaublé pour négocier un emprunt de 10.000 florins. Celui-ci est heureusement conclu le 16 mai 1397.

Évêque d'Uzès 1400-1404.

Charles VI, en récompense de sa fructueuse diplomatie, désigne alors son conseiller pour l'évêché d'Uzès, vers 1389, mais sans l'agrément du pape d'Avignon, Benoît XIII, qui, en 1400, au cours d'une audience orageuse, refusera son investiture à celui qui venait, en termes à peine voilés, le sommer d'abdiquer au nom du roi de France. Toutefois, c'est avec le titre d'évêque d'Uzès que Pierre Beaublé assiste aux séances du Parlement et que, le 19 octobre 1403, il est choisi par le duc d'Orléans  comme l'un de ses exécuteurs testamentaires.

Évêque de Sées (Orne) 1405-1408.

Quelques mois plus tard, le 16 septembre 1405, Benoît XIII se résigne enfin à le nommer évêque de Séez, pour succéder à Guillaume Langlois, décédé le 13 mai 1404. Le début de l'année 1405 l'avait à nouveau conduit sur les routes d'Italie, où, accompagné entre autres de Nicolas le Dur, qui lui avait succédé à l'archidiaconé d'Ouche, il avait été envoyé au maréchal Boucicaut, devenu gouverneur de Gênes, pour tenter d'apaiser le différend qui avait éclaté avec la République de Venise : le 13 juillet 1405, il ordonnait au maréchal de suspendre toutes les hostilités. Ce fut sans doute sa dernière chevauchée. En janvier 1407, on le retrouve à Séez chargé de la délicate fonction de président de la Chambre des aides ordonnés pour la guerre. Et, le 23 novembre 1407, tombe sous le poignard son protecteur et ami Louis d'Orléans. Sa santé s'affaiblit. Il demeure volontiers en son hôtel de Paris, d'où il se rend plus facilement au Parlement, où il paraîtra encore' le 5 septembre 1408. Mais, dès le 10 mars 1408, son testament est rédigé de sa propre main : il n'oubliera ni ses sœurs ni ses neveux, de l'avenir desquels il se préoccupe avec soin, ni ses familiers ni sa paroisse d'origine, Saint- Amand-en-Puisaye, à laquelle il léguera des ornements pour le service funèbre qu'il y instaure. L'inventaire de ses biens, qui accompagnait le testament, n'a malheureusement pas été conservé ; il devait être assez important si l'on considère les legs qu'il a prévus : manuscrits précieux, vaisselle d'or, vêtements de fourrure, chevaux y figurent en bonne place. Quelques semaines après que sa présence eut été constatée au Parlement, sa vie mouvementée s'achevait, sans qu'on sache exactement à quelle date. En effet, le 30 octobre 1408, Jean III, désigné comme nouvel évêque de Séez, faisait promesse d'obéissance entre les mains de Louis, archevêque de Rouen. Le rôle de Pierre Beaublé est assez important, en cette époque tourmentée, pour mériter quelque attention et sa générosité envers la cathédrale d'Évreux, si meurtrie à l'époque, lui aura valu cette évocation inattendue qu'un prochain travail s'efforcera de préciser."

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Il faut savoir qu'avant le Concordat de 1801, le diocèse d'Évreux était divisé en trois archidiaconés : Évreux, Ouche et Neubourg. Pierre Beaublé, en tant qu'archidiacre d'Ouche, avait une place majeure dans la hiérarchie du diocèse, immédiatement après l'évêque, qui était alors Guillaume IV de Vallan (1388-1400), confesseur du jeune Charles VI. 

Puisque le donateur n'est pas peint en habit épiscopal, la verrière est donc contemporaine de cette fonction d'archidiacre, car antérieure à sa nomination à Uzés en 1400.

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Influences du peintre-verrier.

L'influence exercée par les enlumineurs parisiens du tiers du XIVe siècle (Jean Pucelle et Jean Le Noir) a été soulignée pour les verrières du chœur réalisées vers 1325-1340, mais la baie 207, à la toute fin du XIVe siècle, relève d'autres modèles. Le nom qui vient en premier est celui d'André Beauneveu. Et ce dernier a, justement, été influencé par Jean Pucelle par son art des grisailles ; il est l'auteur des enluminures du Psautier de Jean de Berry BnF fr. 13091. En sculpture, nous conservons de cet artiste une Annonciation sculptée,  qui mérite notre intérêt car le donateur qui y figure est le duc Louis d'Orléans (Avignon, musée du Petit Palais, provenant du tombeau du cardinal Jean de Lagrange, mort en 1402). Les points communs avec la verrière sont la posture du donateur présenté par un apôtre — mais celle-ci est très stéréotypée—, et surtout celle de l'ange, un genou à terre en "chevalier servant", bras croisés sur la poitrine, regard levé vers la Vierge qui est debout et dont le corps nous fait face. 

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André Beauneveu, Annonciation adorée par Louis d'Orléans, albâtre

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 Les frères Limbourg débutent alors leur activité (1399-1416). Les Belles Heures du duc de Berry, des frères Herman, Paul et Jean de Limbourg, (1405 1409) comportent une Annonciation au folio 30r.

https://www.metmuseum.org/art/collection/search/70010729

 

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Les vitraux du XIVe siècle de la cathédrale d'Évreux. XVII. La baie 127 de la nef.
Les vitraux du XIVe siècle de la cathédrale d'Évreux. XVII. La baie 127 de la nef.

Les vitraux du XIVe siècle de la cathédrale d'Évreux. XVII. La baie 127 de la nef.
Les vitraux du XIVe siècle de la cathédrale d'Évreux. XVII. La baie 127 de la nef.

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Sur un fond vert dessinant une triple arcade, une importantes niche architecturale claire est animée de deux statuettes d'apôtres tenant un livre.

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Les vitraux du XIVe siècle de la cathédrale d'Évreux. XVII. La baie 127 de la nef.

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La niche est tendue, derrière les personnages, d'une tenture rouge à rinceaux, laissant voir, au dessus d'eux, dans une mise en plomb complexe de verres blancs et de verres bleus, l'architecture d'une chapelle voûtée d'ogive sur clef de voûte, et, sous les voûtains, trois fenêtres vitrées à deux lancettes et tympan.

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L'Ange, entièrement en verre blanc, grisaille et jaune d'argent, est agenouillé devant la Vierge, à qui il présente dans la main droite le phylactère de l'Annonce tandis que la main gauche est posée sur la poitrine, index et majeurs tendus. Il porte une chape à fermail de quadrilobe. Ses cheveux sont bouclés, sans diadème. 

Un lys  posé dans un vase d'or élève sa tige  au centre.

La Vierge, à robe rouge et manteau bleu qui la voile, et à souliers blancs pointus, est montrée de face, mais le visage incliné et tourné vers l'ange. Elle tient un livre dans la main gauche et montre sa surprise par un geste de la main droite. Elle est très peu déhanchée.

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Les vitraux du XIVe siècle de la cathédrale d'Évreux. XVII. La baie 127 de la nef.

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Troisième lancette : saint Pierre présentant Pierre Beaublé.

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On retrouve la même composition à dais orné de deux statuettes d'apôtres, chapelle voûtée d'ogives à trois fenêtres vitrées, et tenture de fond jaune à rinceaux.

Saint Pierre, à manteau rouge, tient la clef de la main gauche et tend vers la Vierge le vitrail offert par son protégé.

Pierre Beaublé, peint en grisaille sur verre blanc, est agenouillé devant la Vierge. Son visage est réaliste, avec un nez busqué, et des cheveux longs et bouclés sur les cotés de la tête.

Il est entièrement couvert d'une grande robe de chœur à manches larges, d'où n'émergent que les rangées de boutons des poignets de la tunique. Nous ne voyons ni l'aumusse ni les chaussures et parements bleus des chanoines donateurs précédemment examinés. Mais François Gatouillat signale que ces panneaux ont été très restaurés.

A Rouen, en la cathédrale Notre-Dame, un vitrail (vers 1340-1350) montre un autre archidiacre, Jean de Nonancourt, enveloppé dans un manteau bleu.

http://www.mesvitrauxfavoris.fr/Supp_h/cathedrale-nd_rouen.htm

http://www.rouen-histoire.com/Vitraux/Transept_S/Images/Fen36_1.htm

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Les vitraux du XIVe siècle de la cathédrale d'Évreux. XVII. La baie 127 de la nef.
Les vitraux du XIVe siècle de la cathédrale d'Évreux. XVII. La baie 127 de la nef.
Les vitraux du XIVe siècle de la cathédrale d'Évreux. XVII. La baie 127 de la nef.

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Les armoiries du tympan.

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Les vitraux du XIVe siècle de la cathédrale d'Évreux. XVII. La baie 127 de la nef.

 

 

SOURCES ET LIENS.

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— Stained-glass windows of Cathédrale Notre-Dame d'Évreux

https://commons.wikimedia.org/wiki/Category:Stained-glass_windows_of_Cath%C3%A9drale_Notre-Dame,_%C3%89vreux?uselang=fr

 

— BATISSIER, 1849, "Description des vitraux de la cathédrale d'Évreux", Revue de Rouen et de Normandie, volume 17.

https://books.google.fr/books?id=2L5DAAAAYAAJ&dq=%22MARTINUS%22+%22cath%C3%A9drale+d%27%C3%A9vreux%22+vitraux&hl=fr&source=gbs_navlinks_s

— BLUMENSHINE (Gary B. ),1990, Le vitrail du Triomphe de la Vierge d'Evreux et Louis XI. Le patronage artistique des Valois dans la Normandie du 15e siècle, Annales de Normandie  Année 1990  40-3-4  pp. 177-214

https://www.persee.fr/doc/annor_0003-4134_1990_num_40_3_1881

BONNENFANT (Georges),1939, Notre-Dame d’Evreux (Paris: H. Laurens, 1939), 43-44, pl. 16;

— BOUDOT ( Marcel), 1966,“Les verrières de la cathédrale d’Evreux: Cinq siècles d’histoire,” Nouvelles de l’Eure 27 (1966), 28-29.

— BOUSQUET (Jacques et Philippe), 2019, Donateurs avec la Madone, le cas de la cathédrale d'Evreux, site artiflexinopere.

https://artifexinopere.com/?p=17412

 

 

— FOSSEY Jules  1898, Monographie de la cathédrale d'Evreux par l'abbé Jules Fossey,... Illustrations de M. Paulin Carbonnier,...

— GATOUILLAT (Françoise), 2019, "French 14-th-century stained glass and other arts", in Investigations in Medieval Stained Glass, Materials, Methods and Expressions, Brill ed., pages 374-385

 — GATOUILLAT (Françoise), 2001, "Les vitraux de la cathédrale d'Évreux", in CALLIAS-BEY, M., CHAUSSÉ, V., GATOUILLAT, F., HÉROLD, M., Les vitraux de Haute-Normandie, Corpus Vitrearum France, Recensement des vitraux anciens vol. VI, Ed du CNRS / Monum ed. du patrimoine. Paris, pages 143-161.

GAVET Philippe, Si l'art m'était conté. La cathédrale d'Évreux.

  http://www.philippe-gavet.fr/05/36/index.html

GOSSE-KISCHINEWSKI  ( Annick ) et  Françoise Gatouillat, La cathédrale d’Evreux, Evreux, Hérissey, 1997.

GOSSE-KISCHINEWSKI  ( Annick ), HENRY (Virginie), 2016, Unité Départementale de l'Architecture et du Patrimoine de l'Eure (DRAC Normandie) Connaissance n°07

http://www.eure.gouv.fr/content/download/18041/123811/file/ESSENTIEL_CONNAISSANCE_07%20Historique%20complet%20de%20la%20Cath%C3%A9drale%20d'Evreux.pdf

— KURMANN-SCHWARZ (Brigitte), LAUTIER  (Claudine), 2009, « Le vitrail médiéval en Europe : dix ans d’une recherche foisonnante », Perspective [En ligne], 1 | 2009, mis en ligne le 21 février 2018, consulté le 01 novembre 2019.

https://journals.openedition.org/perspective/1841#tocto2n3

— LAFOND (Jean), 1953, "Le vitrail en Normandie de 1250 à 1300", Bulletin Monumental  Année 1953  111-4  pp. 317-358

https://www.persee.fr/doc/bulmo_0007-473x_1953_num_111_4_3745

— LEBEURIER (P-F.), 1868,  Description de la Cathédrale d'Evreux accompagnée d'une vue générale et d'un plan géométrique, Huet ed., Evreux 1868

 

https://archive.org/details/bub_gb_TYdZAAAAYAAJ/page/n27

— LILLICH (Meredith Parsons), 1986, “European Stained Glass around 1300: The Introduction of Silver Stain,” Europäische Kunst um 1300 6, Akten des XXV. Internationalen Kongresses für Kunstgeschichte, Gerhard Schmidt and Elizabeth Liskar, eds. (Wien, Köln and Graz: Hermann Böhlaus Nachf., 1986).

https://www.researchgate.net/publication/324314671_European_Stained_Glass_around_1300_The_Introduction_of_Silver_Stain

— LILLICH (Meredith Parsons),  1970, The Band Window: A Theory of Origin and Development, Gesta, Vol. 9, No. 1 (1970), pp. 26-33 Published by: The University of Chicago Press on behalf of the International Center of Medieval Art

https://www.academia.edu/35604582/_The_Band_Window_A_Theory_of_Origin_and_Development_

— LAUTIER (Claudine), 2000, Les débuts du jaune d'argent dans l'art du vitrail ou le jaune d'argent à la manière d'Antoine de Pise, Bulletin Monumental  Année 2000  158-2  pp. 89-107

https://www.persee.fr/doc/bulmo_0007-473x_2000_num_158_2_2371

— Monuments historiques, Notre-Dame-d'Evreux

http://monumentshistoriques.free.fr/cathedrales/evreux/vitraux/1.html

— xxx

http://evreux.catholique.fr/contenu/documents/services/cathedrale_Evreux-bestiaire.pdf

—  Patrimoine-histoire.fr, Patrimoine/Evreux/Evreux-Notre-Dame

http://www.patrimoine-histoire.fr/Patrimoine/Evreux/Evreux-Notre-Dame.htm

— http://www.evreux-histoire.com/evreux-3-1-0.html#icono2

 

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Published by jean-yves cordier - dans Vitraux Évreux
6 décembre 2019 5 06 /12 /décembre /2019 13:44

Les vitraux du XIVe siècle de la cathédrale d'Évreux. XVI. La baie 125 (vers 1320 et vers 1400) de la nef.

 

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Cet article est le seizième d'une série sur l'apparition du jaune d'argent dans les vitraux du chœur, et désormais de la nef, de la cathédrale d'Évreux au XIVe siècle.  

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Je suis guidé par les publications de Françoise Gatouillat, et notamment par Gatouillat 2019.

 

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Voir :

 

 

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Voir aussi :

.— Sur les vitraux plus tardifs de la cathédrale d'Évreux :

— Sur les fonds damassés  outre les articles sur les baies 15, 17 et 19 cités supra : 

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Liste de mes 200 articles sur les vitraux :.

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PRÉSENTATION.

 

Haute de 8 m et large de 3,80 m, la baie 125, au coté nord de la nef, comporte 4 lancettes trilobées  et un tympan à 1 octolobe et 2 trilobes et des écoinçons. Les lancettes sont occupées par des vitreries géométriques peintes comme ailleurs de fleurettes et festons en grisaille et jaune d'argent, mais au centre des 2ème et 3ème lancettes ont été réunies des panneaux colorés, jadis placés  au XIXe (Lebeurier) dans la 3ème et 4ème lancette, mais provenant sans doute d'une chapelle du chœur, et datés vers 1320  (Gatouillat).

On y voit sur un fond rouge uni une Vierge à l'Enfant debout dans une niche architecturale, dont le carton est identique à une autre Vierge conservée en dépôt. Le jaune est largement employé, pour l'architecture, les chevelures, la couronne,  le manteau orange, le nimbe crucifère et la robe de l'Enfant.

Dans la  3ème lancette et également sur fond rouge uni, le couple de donateurs agenouillés, mains jointes et yeux levés est vêtu d'une tunique bleue ; la femme porte une coiffe verte. La tête du donateur a été restituée. Le jaune d'argent n'y est utilisé que pour les losanges des bordures.

 

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Description en 1849 par Batissier : 

"on y voit une Vierge et deux donateurs à genoux."

Description en 1868 par Lebeurier :

"La fenêtre 14 a, dans sa 3e forme, une Vierge tenant l'enfant Jésus, et, dans la 4e , deux donateurs à genoux. Au-dessous l'inscription: COLLIN' ET U. DONAVERUNT HAC V, qui montre qu'un nommé "Collin et sa femme ont donné cette vitre."

L'inscription se décrypte ainsi : Collinus et Uxor donaverunt hac vitrum.

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Baie 125 de la nef d la cathédrale d'Évreux. Photographie lavieb-aile.

Baie 125 de la nef d la cathédrale d'Évreux. Photographie lavieb-aile.

Baie 125 de la nef de la cathédrale d'Évreux. Photographie lavieb-aile.

Baie 125 de la nef de la cathédrale d'Évreux. Photographie lavieb-aile.

Baie 125 de la nef de la cathédrale d'Évreux. Photographie lavieb-aile.

Baie 125 de la nef de la cathédrale d'Évreux. Photographie lavieb-aile.

Baie 125 de la nef de la cathédrale d'Évreux. Photographie lavieb-aile.

Baie 125 de la nef de la cathédrale d'Évreux. Photographie lavieb-aile.

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SOURCES ET LIENS.

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— Stained-glass windows of Cathédrale Notre-Dame d'Évreux

https://commons.wikimedia.org/wiki/Category:Stained-glass_windows_of_Cath%C3%A9drale_Notre-Dame,_%C3%89vreux?uselang=fr

 

— BATISSIER, 1849, "Description des vitraux de la cathédrale d'Évreux", Revue de Rouen et de Normandie, volume 17.

https://books.google.fr/books?id=2L5DAAAAYAAJ&dq=%22MARTINUS%22+%22cath%C3%A9drale+d%27%C3%A9vreux%22+vitraux&hl=fr&source=gbs_navlinks_s

— BLUMENSHINE (Gary B. ),1990, Le vitrail du Triomphe de la Vierge d'Evreux et Louis XI. Le patronage artistique des Valois dans la Normandie du 15e siècle, Annales de Normandie  Année 1990  40-3-4  pp. 177-214

https://www.persee.fr/doc/annor_0003-4134_1990_num_40_3_1881

BONNENFANT (Georges),1939, Notre-Dame d’Evreux (Paris: H. Laurens, 1939), 43-44, pl. 16;

— BOUDOT ( Marcel), 1966,“Les verrières de la cathédrale d’Evreux: Cinq siècles d’histoire,” Nouvelles de l’Eure 27 (1966), 28-29.

— BOUSQUET (Jacques et Philippe), 2019, Donateurs avec la Madone, le cas de la cathédrale d'Evreux, site artiflexinopere.

https://artifexinopere.com/?p=17412

 

 

— FOSSEY Jules  1898, Monographie de la cathédrale d'Evreux par l'abbé Jules Fossey,... Illustrations de M. Paulin Carbonnier,...

— GATOUILLAT (Françoise), 2019, "French 14-th-century stained glass and other arts", in Investigations in Medieval Stained Glass, Materials, Methods and Expressions, Brill ed., pages 374-385

 — GATOUILLAT (Françoise), 2001, "Les vitraux de la cathédrale d'Évreux", in CALLIAS-BEY, M., CHAUSSÉ, V., GATOUILLAT, F., HÉROLD, M., Les vitraux de Haute-Normandie, Corpus Vitrearum France, Recensement des vitraux anciens vol. VI, Ed du CNRS / Monum ed. du patrimoine. Paris, pages 143-161.

GAVET Philippe, Si l'art m'était conté. La cathédrale d'Évreux.

  http://www.philippe-gavet.fr/05/36/index.html

GOSSE-KISCHINEWSKI  ( Annick ) et  Françoise Gatouillat, La cathédrale d’Evreux, Evreux, Hérissey, 1997.

GOSSE-KISCHINEWSKI  ( Annick ), HENRY (Virginie), 2016, Unité Départementale de l'Architecture et du Patrimoine de l'Eure (DRAC Normandie) Connaissance n°07

http://www.eure.gouv.fr/content/download/18041/123811/file/ESSENTIEL_CONNAISSANCE_07%20Historique%20complet%20de%20la%20Cath%C3%A9drale%20d'Evreux.pdf

— KURMANN-SCHWARZ (Brigitte), LAUTIER  (Claudine), 2009, « Le vitrail médiéval en Europe : dix ans d’une recherche foisonnante », Perspective [En ligne], 1 | 2009, mis en ligne le 21 février 2018, consulté le 01 novembre 2019.

https://journals.openedition.org/perspective/1841#tocto2n3

— LAFOND (Jean), 1953, "Le vitrail en Normandie de 1250 à 1300", Bulletin Monumental  Année 1953  111-4  pp. 317-358

https://www.persee.fr/doc/bulmo_0007-473x_1953_num_111_4_3745

— LEBEURIER (P-F.), 1868,  Description de la Cathédrale d'Evreux accompagnée d'une vue générale et d'un plan géométrique, Huet ed., Evreux 1868

 

https://archive.org/details/bub_gb_TYdZAAAAYAAJ/page/n27

— LILLICH (Meredith Parsons), 1986, “European Stained Glass around 1300: The Introduction of Silver Stain,” Europäische Kunst um 1300 6, Akten des XXV. Internationalen Kongresses für Kunstgeschichte, Gerhard Schmidt and Elizabeth Liskar, eds. (Wien, Köln and Graz: Hermann Böhlaus Nachf., 1986).

https://www.researchgate.net/publication/324314671_European_Stained_Glass_around_1300_The_Introduction_of_Silver_Stain

— LILLICH (Meredith Parsons),  1970, The Band Window: A Theory of Origin and Development, Gesta, Vol. 9, No. 1 (1970), pp. 26-33 Published by: The University of Chicago Press on behalf of the International Center of Medieval Art

https://www.academia.edu/35604582/_The_Band_Window_A_Theory_of_Origin_and_Development_

— LAUTIER (Claudine), 2000, Les débuts du jaune d'argent dans l'art du vitrail ou le jaune d'argent à la manière d'Antoine de Pise, Bulletin Monumental  Année 2000  158-2  pp. 89-107

https://www.persee.fr/doc/bulmo_0007-473x_2000_num_158_2_2371

— Monuments historiques, Notre-Dame-d'Evreux

http://monumentshistoriques.free.fr/cathedrales/evreux/vitraux/1.html

— xxx

http://evreux.catholique.fr/contenu/documents/services/cathedrale_Evreux-bestiaire.pdf

—  Patrimoine-histoire.fr, Patrimoine/Evreux/Evreux-Notre-Dame

http://www.patrimoine-histoire.fr/Patrimoine/Evreux/Evreux-Notre-Dame.htm

— http://www.evreux-histoire.com/evreux-3-1-0.html#icono2

 

 

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Published by jean-yves cordier - dans Vitraux Évreux
6 décembre 2019 5 06 /12 /décembre /2019 10:05

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Sables luisants, 

Déserts blancs,

Attirez les passants 

Orpailleurs et mendiants

Des éclairs du couchant.

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Kersiguénou. Photo lavieb-aile.

Kersiguénou. Photo lavieb-aile.

Kersiguénou. Photo lavieb-aile.

Kersiguénou. Photo lavieb-aile.

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Kersiguénou. Photo lavieb-aile.

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Kersiguénou. Photo lavieb-aile.

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Published by jean-yves cordier
5 décembre 2019 4 05 /12 /décembre /2019 20:23

Les vitraux du XIVe siècle de la cathédrale d'Évreux. XV. La baie 214 (2ème quart XIVe et 1er quart XVe). Calvaire et trois saints. Robert le Sesne donateur.

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Cet article est le quinzième d'une série sur l'apparition du jaune d'argent dans les vitraux du chœur  de la cathédrale d'Évreux au XIVe siècle. Nous suivons l'ordre chronologique de leur datation estimée. Les quatre premiers articles montrent les vitraux des baies des chapelles du déambulatoire avant cette apparition du "jaune d'Évreux" : voir l'introduction dans le premier article. Le cinquième présente la première baie du chœur qui a bénéficié de cette innovation, la baie 23 datée de 1325-1327 et offerte par l'évêque Geoffroy du Plessis. Le sixième nous faisait accéder aux 15 fenêtres les plus hautes du chœur, pour examiner la baie la plus ancienne de cet ensemble, la baie 211 datée vers 1325-1327 du coté nord des travées droites. De la même campagne relève la baie 207 offerte par le chanoine Raoul de Ferrières, et la baie 208 , qui lui fait face du coté sud. Après ce parcours en zig-zag, nous avons atteint l'ensemble des 3 baies les plus prestigieuses par leur emplacement dans l'axe médian de la cathédrale et par leurs donateurs, les évêques d'Évreux : les baies 200, 201 et 202. La visite s'est poursuivie du coté sud avec 2 autres baies offertes par l'évêque Geoffroy Faë, les baies 204 et 206, puis la baie 212 offerte par le chanoine Renault de Moulins. C'est immédiatement après cette dernière que se situe la baie 214 examiné dans cet article.

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Je suis guidé par les publications de Françoise Gatouillat, et notamment par Gatouillat 2019.

 

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Voir :

 

 

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Voir aussi :

.— Sur les vitraux plus tardifs de la cathédrale d'Évreux :

— Sur les fonds damassés  outre les articles sur les baies 15, 17 et 19 cités supra : 

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Liste de mes 200 articles sur les vitraux :.

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PRÉSENTATION.

 

Haute de 6,50 m et large de 3,60 m, la baie 214, parmi les travées droites du coté sud du chœur, comporte 4 lancettes trilobées et un tympan à 1 pentalobe et 2 trilobes et 9 écoinçons. C'est une verrière recomposée à deux registres au sein —principalement pour les lancettes latérales —, d'une verrerie claire. La prédominance, dans les panneaux figurés, de verres blancs peints au jaune d'argent, dispense ainsi dans le chœur plus de luminosité. Le registre supérieur présente sainte Foy à gauche et saint Aubin à droite encadrant une Crucifixion et saint Pierre.

Les bordures sont uniformément blanches. La verrerie à losanges et fermaillets accueille le décor à fleurettes jaunes utilisé ailleurs. La verrière, atteinte par la grêle en 1983, a été déposée et restaurée en 1992-1993 par l'atelier de Jean-Pierre Tisserand à Évreux : les plombs de casse ont été supprimés grâce à un collage.

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Description en 1849 par Batissier :

"La quinzième fenêtre qui est la première à côté du gros pilier de la lanterne à droite en entrant dans le chœur, montre d'abord les deux donateurs du vitrail, au dessus un Christ en croix, et au-dessus encore une Vierge. La première figure du second compartiment est accompagnée de l'inscription R. L. SESNE. Q. que quelques personnes considèrent comme le nom d'un peintre verrier. Nous indiquerons dans le troisième compartiment une sainte Foi STA FEDIS sous un dais en grisaille , et dans le quatrième un saint évêque agenouillé avec son nom STus AULENES."

Description en 1868 par Lebeurier :

"Chacune des fenêtres du chœur, sauf celles de l'abside, sont divisées en quatre formes. La première fenêtre contient 1° une Vierge ; au-dessous le crucifiement, et au bas les deux donateurs à genoux ; 2° un saint pape revêtu de la tiare; à ses pieds le donateur chanoine avec l'inscription : R. L . SESNE ; 3° Sainte Foi tenant une palme, avec l'inscription: STA FEDIS; au-dessous deux écussons dont le premier : d'or, à 3 arbres de sinople reliés entre eux d'argent, soutenus d'un ancre d'argent en pointe , l'écu traversé d'une crosse d'or (ce sont les armes de Paul Capranica, évêque d'Evreux, de 1420 à 1427); le second : d'azur, au chevron de sinople, chargé de 3 aiglons d'or ; 4° un saint évêque , avec l'inscription : S. LAUDH ; au- dessous un écusson : de gueules, à la fasce d'azur, accompagnée de 3 étoiles d'argent, 2 en chef et 4 en pointe. Quelques panneaux de cette verrière peuvent ne pas lui appartenir et avoir été rapportés d'ailleurs. "

Note : nous ne trouvons plus aujourd'hui ni la Vierge en registre supérieur, ni les armes de Paul Capranica.

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Baie 214 du chœur de la cathédrale d'Évreux. Photographie lavieb-aile.

Baie 214 du chœur de la cathédrale d'Évreux. Photographie lavieb-aile.

Baie 214 du chœur de la cathédrale d'Évreux. Photographie lavieb-aile.

Baie 214 du chœur de la cathédrale d'Évreux. Photographie lavieb-aile.

Baie 214 du chœur de la cathédrale d'Évreux. Photographie lavieb-aile.

Baie 214 du chœur de la cathédrale d'Évreux. Photographie lavieb-aile.

Baie 214 du chœur de la cathédrale d'Évreux. Photographie lavieb-aile.

Baie 214 du chœur de la cathédrale d'Évreux. Photographie lavieb-aile.

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La première lancette (celle de gauche) .

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Baie 214 du chœur de la cathédrale d'Évreux. Photographie lavieb-aile.

Baie 214 du chœur de la cathédrale d'Évreux. Photographie lavieb-aile.

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Registre supérieur. Sainte Foy. Premier quart du XVe siècle.

Inscription en grisaille et jaune d'argent sur verre blanc  S: FEDIS .

Nous ne retrouvons pas la leçon STA FEDIS des auteurs du XIXe.

Le nom FEDIS n'existe pas en latin, et n'est pas attesté, même comme variante. Il faut supposer une inversion dans la transcription par le peintre du texte Sancta Fides, "Sainte Foy", pour se référer à la vierge et martyre du IIIe siècle vénérée à Conques et Agen.

La sainte figure sous un dais à tourelle devant un fond rouge (deux nuances). Nimbée de bleu-vert, elle tient la palme des martyres. Le sol fleuri, le livre, la palme et la chevelure sont peints au jaune d'argent.

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Baie 214 du chœur de la cathédrale d'Évreux. Photographie lavieb-aile.

Baie 214 du chœur de la cathédrale d'Évreux. Photographie lavieb-aile.

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Registre inférieur : Vitrerie et  blason (milieu XIVe siècle).

Dans une vitrerie géométrique à décor de fleurons relevés de jaune d'argent, l'écu se lit d'azur, au chevron de sinople, chargé de 3 aiglons d'or . Ce blason n'a pas été identifié.

 

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Baie 214 du chœur de la cathédrale d'Évreux. Photographie lavieb-aile.

Baie 214 du chœur de la cathédrale d'Évreux. Photographie lavieb-aile.

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La deuxième lancette. Calvaire au saint Jean barbu. 1er quart XVe siècle.

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Baie 214 du chœur de la cathédrale d'Évreux. Photographie lavieb-aile.

Baie 214 du chœur de la cathédrale d'Évreux. Photographie lavieb-aile.

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Registre médian : Calvaire (1er quart XVe siècle).

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Architecture à pièdroits polygonaux, dais à arcade trilobée sur une voûte rayonnante à clefs pendantes et donc avec un effet de perspective. Fond derrière le Calvaire rouge uni. La Vierge et Jean se découpent devant les pièdroits, d'où un nouvel effet de perspective. Les trois personnages en verre blanc peint en grisaille et rehauts de jaune d'argent pour les nimbes, les chevelures, le livre, la couronne d'épines et la croix.

Françoise Gatouillat 2001 indique une facture étrangère à celle des panneaux précédents et un encadrement architectural restitué.

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Baie 214 du chœur de la cathédrale d'Évreux. Photographie lavieb-aile.

Baie 214 du chœur de la cathédrale d'Évreux. Photographie lavieb-aile.

Baie 214 du chœur de la cathédrale d'Évreux. Photographie lavieb-aile.

Baie 214 du chœur de la cathédrale d'Évreux. Photographie lavieb-aile.

Baie 214 du chœur de la cathédrale d'Évreux. Photographie lavieb-aile.

Baie 214 du chœur de la cathédrale d'Évreux. Photographie lavieb-aile.

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Baie 214 du chœur de la cathédrale d'Évreux. Photographie lavieb-aile.

Baie 214 du chœur de la cathédrale d'Évreux. Photographie lavieb-aile.

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Baie 214 du chœur de la cathédrale d'Évreux. Photographie lavieb-aile.

Baie 214 du chœur de la cathédrale d'Évreux. Photographie lavieb-aile.

Baie 214 du chœur de la cathédrale d'Évreux. Photographie lavieb-aile.

Baie 214 du chœur de la cathédrale d'Évreux. Photographie lavieb-aile.

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Deuxième lancette, registre inférieur. Couple de donateurs agenouillés. 1320-1330.

Restitué, resserré lors du réemploi. Le donateur tient la maquette du vitrail. La datation fait de ce panneau le contemporain des baies 207 et 208, mais l'importance des parties restaurées en diminue un peu l'intérêt. Je remarque les deux pièces rondes bleu et rouge sur le fond orangé.

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Baie 214 du chœur de la cathédrale d'Évreux. Photographie lavieb-aile.

Baie 214 du chœur de la cathédrale d'Évreux. Photographie lavieb-aile.

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Troisième lancette.

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Baie 214 du chœur de la cathédrale d'Évreux. Photographie lavieb-aile.

Baie 214 du chœur de la cathédrale d'Évreux. Photographie lavieb-aile.

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Saint Pierre coiffé de la tiare de premier pape.

Dais identique au précédent. Une tenture fictive rouge unie y est suspendue. Verres blancs (peints à la grisaille et +/- rehaussés de jaune) pour la tiare, le visage, la clef, les mains et le surplis, mais aussi les galons de la chape.

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Baie 214 du chœur de la cathédrale d'Évreux. Photographie lavieb-aile.

Baie 214 du chœur de la cathédrale d'Évreux. Photographie lavieb-aile.

Baie 214 du chœur de la cathédrale d'Évreux. Photographie lavieb-aile.

Baie 214 du chœur de la cathédrale d'Évreux. Photographie lavieb-aile.

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Troisième lancette, le donateur Robert le Sesne.

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Une inscription est signalée par les auteurs du XIXe siècle (R. LE SESNE), alors que F. Gatouillat 2001 signale l'inscription "ROBERT LE SESNE". Je ne peux la lire (si elle existe, elle n'est pas accessible à mon objectif depuis le sol de la cathédrale).

Il existe bien une famille Le SESNE ou LE CESNE ou LE SESNE DE MENILLES, d'après le nom d'une localité de l'Eure à 20 km à l'est d'Évreux. (cf l'abbé Jean-Baptiste Le Sesne de Ménilles d'Etemare, XVIIIe siècle).  https://fr.wikipedia.org/wiki/Jean-Baptiste_Le_Sesne_de_M%C3%A9nilles_d%27%C3%89temare

Les archives témoignent ainsi d'un aveu de Guillaume Le Cesne, au droit de Jehanne de Menilles, sa femme, le 10 avril 1450. Arch imp. P308 f XXXII, vicomté d'Évreux.

 

Les armoiries en seraient pour Jouffroy d'Eschavannes  un écartelé d'argent et de gueules ou, ailleurs, un écartelé d'argent et de gueules accolé d'azur, à la fasce d'or accompagné de croisettes de même, 2 en chef et 1 en pointe.

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Le donateur est vêtu, comme les autres chanoines donateurs de verrières du chœur, d'un habit blanc, d'une coiffure (aumusse), d'une robe et de chaussures bleues.

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Baie 214 du chœur de la cathédrale d'Évreux. Photographie lavieb-aile.

Baie 214 du chœur de la cathédrale d'Évreux. Photographie lavieb-aile.

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Quatrième lancette.

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Baie 214 du chœur de la cathédrale d'Évreux. Photographie lavieb-aile.

Baie 214 du chœur de la cathédrale d'Évreux. Photographie lavieb-aile.

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Saint Aubin.

Le dais à une clef pendante est surmonté de deux anges tenant des phylactères.

Fond rouge uni. Le saint évêque est entièrement peint au jaune et grisaille sur un verre blanc. Il est identifié par l'inscription  :S. AUBIN : Celui-ci fut évêque d'Angers au VIe siècle. Il était vénéré à Saint-Aubin-le-Vieil-Évreux (église Saint-Aubin)

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Baie 214 du chœur de la cathédrale d'Évreux. Photographie lavieb-aile.

Baie 214 du chœur de la cathédrale d'Évreux. Photographie lavieb-aile.

Baie 214 du chœur de la cathédrale d'Évreux. Photographie lavieb-aile.

Baie 214 du chœur de la cathédrale d'Évreux. Photographie lavieb-aile.

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Registre inférieur : Vitrerie et  blason (milieu XIVe siècle).

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Dans une vitrerie géométrique à décor de fleurons relevés de jaune d'argent est inclut un blason de gueules, à la fasce d'azur, accompagnée  de 3 étoiles d'argent, 2 en chef et 1 en pointe.

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Ces armoiries restent à identifier. 

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Baie 214 du chœur de la cathédrale d'Évreux. Photographie lavieb-aile.

Baie 214 du chœur de la cathédrale d'Évreux. Photographie lavieb-aile.

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La baie 114 du triforium (vers 1450).

Les 3 baies géminées à 2 lancettes trilobées, tympans à 1 soufflet et 4 écoinçons sont hautes de 3,20 m et large de 3,60 m.  La vitrerie géométrique entourée de bordures à motifs losangés en grisaille et jaune d'argent alternant avec des pièces colorées est traversée par une inscription de donation par Maître Jean de Gonesse, chanoine d'Évreux. 

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"Les claires-voies du triforium sont ornées d'un écusson plusieurs fois répété, qui est : coupé d'azur, à la gerbe de blé d'or,accostée de deux fleurs de lys du même, sur or, au gond et à l's d'argent. Au-dessous cette inscription qui forme une seule ligne sur les six formes de la verrière : MESTRE JEHAN DE GONNESSE DIACRE NATIF DE... CHAN. DEVREUX MA DONNÉS." (Lebeurier 1868 page 22)

Je  trouve mention d'un Jehan de Croux, diacre, chanoine d'Évreux, natif de Gonesse, dans l'Essai sur l'histoire religieuse de Gonesse qui cite son testament :  il  "fonda  une messe haute d'obit précédée des matines, « laudes et recommandations ; et suivie du Libéra, De Profundis et Salve Regina pour le repos de son âme, pour ses père et mère et ses parents. » Il existe 4 pièces servant de titres à cette fondation: 1° Le testament du fondateur daté du 14 septembre 1413; 2° un contrat d'acquisition de o arpents 1/2 (18 novembre 1418); 3° un arpent 1/3 à Morlu sur le chemin de Villepinte; 4° Renie de 32 sous parisis sur une maison sise grande rue St-Pierre (2 février 1418). Ce Jehan de Croùx était natif de Gonesse."

S'il s'agit du même personnage, la donation de la baie 114 est alors à dater vers 1413-1418.

Remarque :

a) la Croult ou Crould ou Croux est une petite rivière qui traverse la commune de Gonesse, et "Du xie au xive siècle, Gonesse se fait connaître, pour son drap de laine, appelé la « gaunace », dont la fabrication doit beaucoup au Croult et à ses moulins, les moulins à drap, installés sur le cours du ruisseau. Au XIIIe siècle, on y faisait un grand commerce en draps et en peaux.  À partir du XIIIe siècle, les farines et les pains de Gonesse sont fort recherchés (cf. la gerbe d'or des armoiries).

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b) Les armoiries actuelles de Gonesse sont "de gueules à la tour crénelée couverte en dôme d'argent, ouverte, ajourée et maçonnée de sable, accostée à dextre d'une gerbe de blé d'or et à senestre d'un gond enlacé de la lettre S capitale du même ; au chef cousu d'azur semé de fleurs de lys d'or" http://gonesse.free.fr/

Or, le blason plusieurs fois répété de la verrière de 114 reprend d'une part la gerbe de blé d'or  [qui évoque le pain mollet ou pain de chapitre qui fait la réputation de la ville ], d'autre part l'azur aux fleurs de lys d'or, et enfin et surtout le monogramme Gond/S qui forment les armes parlantes : Gond-esse. 

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Jehan de Gonesse se déclarait-il, dans son inscription, "natif de Croux" ?

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Baie 114, triforium du chœur de la cathédrale d'Évreux. Photographie lavieb-aile.

Baie 114, triforium du chœur de la cathédrale d'Évreux. Photographie lavieb-aile.

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SOURCES ET LIENS.

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— Stained-glass windows of Cathédrale Notre-Dame d'Évreux

https://commons.wikimedia.org/wiki/Category:Stained-glass_windows_of_Cath%C3%A9drale_Notre-Dame,_%C3%89vreux?uselang=fr

 

— BATISSIER, 1849, "Description des vitraux de la cathédrale d'Évreux", Revue de Rouen et de Normandie, volume 17.

https://books.google.fr/books?id=2L5DAAAAYAAJ&dq=%22MARTINUS%22+%22cath%C3%A9drale+d%27%C3%A9vreux%22+vitraux&hl=fr&source=gbs_navlinks_s

— BLUMENSHINE (Gary B. ),1990, Le vitrail du Triomphe de la Vierge d'Evreux et Louis XI. Le patronage artistique des Valois dans la Normandie du 15e siècle, Annales de Normandie  Année 1990  40-3-4  pp. 177-214

https://www.persee.fr/doc/annor_0003-4134_1990_num_40_3_1881

BONNENFANT (Georges),1939, Notre-Dame d’Evreux (Paris: H. Laurens, 1939), 43-44, pl. 16;

— BOUDOT ( Marcel), 1966,“Les verrières de la cathédrale d’Evreux: Cinq siècles d’histoire,” Nouvelles de l’Eure 27 (1966), 28-29.

— BOUSQUET (Jacques et Philippe), 2019, Donateurs avec la Madone, le cas de la cathédrale d'Evreux, site artiflexinopere.

https://artifexinopere.com/?p=17412

 

— CHASSANT (Alphonse) ,1846,  : Histoire des évêques d'Évreux : avec des notes et des armoiries / par M. A. Chassant,... et M. G.-E. Sauvage,..1846.

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k95305k/f101.image

— FOSSEY Jules  1898, Monographie de la cathédrale d'Evreux par l'abbé Jules Fossey,... Illustrations de M. Paulin Carbonnier,...

— GATOUILLAT (Françoise), 2019, "French 14-th-century stained glass and other arts", in Investigations in Medieval Stained Glass, Materials, Methods and Expressions, Brill ed., pages 374-385

 — GATOUILLAT (Françoise), 2001, "Les vitraux de la cathédrale d'Évreux", in CALLIAS-BEY, M., CHAUSSÉ, V., GATOUILLAT, F., HÉROLD, M., Les vitraux de Haute-Normandie, Corpus Vitrearum France, Recensement des vitraux anciens vol. VI, Ed du CNRS / Monum ed. du patrimoine. Paris, pages 143-161.

GAVET Philippe, Si l'art m'était conté. La cathédrale d'Évreux.

  http://www.philippe-gavet.fr/05/36/index.html

GOSSE-KISCHINEWSKI  ( Annick ) et  Françoise Gatouillat, La cathédrale d’Evreux, Evreux, Hérissey, 1997.

GOSSE-KISCHINEWSKI  ( Annick ), HENRY (Virginie), 2016, Unité Départementale de l'Architecture et du Patrimoine de l'Eure (DRAC Normandie) Connaissance n°07

http://www.eure.gouv.fr/content/download/18041/123811/file/ESSENTIEL_CONNAISSANCE_07%20Historique%20complet%20de%20la%20Cath%C3%A9drale%20d'Evreux.pdf

— KURMANN-SCHWARZ (Brigitte), LAUTIER  (Claudine), 2009, « Le vitrail médiéval en Europe : dix ans d’une recherche foisonnante », Perspective [En ligne], 1 | 2009, mis en ligne le 21 février 2018, consulté le 01 novembre 2019.

https://journals.openedition.org/perspective/1841#tocto2n3

— LAFOND (Jean), 1953, "Le vitrail en Normandie de 1250 à 1300", Bulletin Monumental  Année 1953  111-4  pp. 317-358

https://www.persee.fr/doc/bulmo_0007-473x_1953_num_111_4_3745

— LEBEURIER (P-F.), 1868,  Description de la Cathédrale d'Evreux accompagnée d'une vue générale et d'un plan géométrique, Huet ed., Evreux 1868

 

https://archive.org/details/bub_gb_TYdZAAAAYAAJ/page/n27

— LILLICH (Meredith Parsons), 1986, “European Stained Glass around 1300: The Introduction of Silver Stain,” Europäische Kunst um 1300 6, Akten des XXV. Internationalen Kongresses für Kunstgeschichte, Gerhard Schmidt and Elizabeth Liskar, eds. (Wien, Köln and Graz: Hermann Böhlaus Nachf., 1986).

https://www.researchgate.net/publication/324314671_European_Stained_Glass_around_1300_The_Introduction_of_Silver_Stain

— LILLICH (Meredith Parsons),  1970, The Band Window: A Theory of Origin and Development, Gesta, Vol. 9, No. 1 (1970), pp. 26-33 Published by: The University of Chicago Press on behalf of the International Center of Medieval Art

https://www.academia.edu/35604582/_The_Band_Window_A_Theory_of_Origin_and_Development_

— LAUTIER (Claudine), 2000, Les débuts du jaune d'argent dans l'art du vitrail ou le jaune d'argent à la manière d'Antoine de Pise, Bulletin Monumental  Année 2000  158-2  pp. 89-107

https://www.persee.fr/doc/bulmo_0007-473x_2000_num_158_2_2371

— Monuments historiques, Notre-Dame-d'Evreux

http://monumentshistoriques.free.fr/cathedrales/evreux/vitraux/1.html

— xxx

http://evreux.catholique.fr/contenu/documents/services/cathedrale_Evreux-bestiaire.pdf

—  Patrimoine-histoire.fr, Patrimoine/Evreux/Evreux-Notre-Dame

http://www.patrimoine-histoire.fr/Patrimoine/Evreux/Evreux-Notre-Dame.htm

— http://www.evreux-histoire.com/evreux-3-1-0.html#icono2

 

INFLUENCES : ENLUMINURES ET ORFÈVRERIE.

 

a) Jean Pucelle :

 

 

Les  Heures (1324-1328) de Jeanne d'Évreux, reine de France (1329-1349) 

https://www.metmuseum.org/art/collection/search/70010733

 

— Le bréviaire de Belleville : Breviarium ad usum fratrum Predicatorum dit Bréviaire de Belleville. Ce manuscrit destiné à suivre les prières durant la célébration de la messe comprend deux volumes, l'un destiné aux prières pendant l'été (volume 1), l'autre pendant l'hiver (volume 2). BnF lat. 10483 et 10484.

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b8447295h

— Bible de Robert de Billying BnF  latin 11935   Décoration achevée en 1327.

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b105097447 

 — Bréviaire de Jeanne d'Évreux : ms. Chantilly, Musée Condé 51

http://initiale.irht.cnrs.fr/codex/10299 

Manuscrit de Gautier de Coincy, Miracles de Nostre Dame (Livres I et II) pour Jeanne de Bourgogne, Paris, BnF, NAF 24541

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b6000451c

— Influence : Heures à l'usage d'Amiens

http://initiale.irht.cnrs.fr/codex/6048/659

— BLUM (Rudolf ), 1949, Jean Pucelle et la miniature parisienne du XIVe siècle  Scriptorium  Année 1949  3-2  pp. 211-217

https://www.persee.fr/doc/scrip_0036-9772_1949_num_3_2_2230

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b) Jean le Noir, Jean Mahiet et autres artistes issus de l'atelier de Jean Pucelle : Bourgot, fille de Jean Le Noir 

— Heures de Jeanne de Navarre BnF NAL 3145 réalisé vers 1330-1340.

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b10025448r

— Heures de Bonne de Luxembourg, Jean le Noir, avant 1349. Metropolitan Museum. New York, Cloisters, MS 69.86

https://www.metmuseum.org/art/collection/search/70012435 

— Heures de Yolande de Flandre, 1353-1363, Londres, Brit. Mus., Yates Thompson, ms 27, par Jean le Noir ou sa fille Bourgot.

https://www.bl.uk/catalogues/illuminatedmanuscripts/record.asp?MSID=6440&CollID=58&NStart=27

 

— Heures de Jeanne de Savoie 

http://www.calames.abes.fr/pub/#details?id=IF3030001


 

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Published by jean-yves cordier - dans Vitraux Évreux
4 décembre 2019 3 04 /12 /décembre /2019 08:57
Photographie lavieb-aile 2 décembre 2019.

Photographie lavieb-aile 2 décembre 2019.

Photographie lavieb-aile 2 décembre 2019.

Photographie lavieb-aile 2 décembre 2019.

Photographie lavieb-aile 2 décembre 2019.

Photographie lavieb-aile 2 décembre 2019.

Photographie lavieb-aile 2 décembre 2019.

Photographie lavieb-aile 2 décembre 2019.

Photographie lavieb-aile 2 décembre 2019.

Photographie lavieb-aile 2 décembre 2019.

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Published by jean-yves cordier
2 décembre 2019 1 02 /12 /décembre /2019 12:34

Les vitraux du XIVe siècle de la cathédrale d'Évreux. XIV. La baie 212 (1335-1341) offerte par le chanoine Renault de Moulins : Vierge à l'Enfant et saints Taurin et Aquilin, évêques d'Évreux.

 

 

 


 

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Cet article est le quatorzième d'une série sur l'apparition du jaune d'argent dans les vitraux du chœur de la cathédrale d'Évreux au XIVe siècle. Nous suivons l'ordre chronologique de leur datation estimée. Les quatre premiers articles montrent les vitraux des baies des chapelles du déambulatoire avant cette apparition du "jaune d'Évreux" : voir l'introduction dans le premier article. Le cinquième présente la première baie du chœur qui a bénéficié de cette innovation, la baie 23 datée de 1325-1327 et offerte par l'évêque Geoffroy du Plessis. Le sixième nous faisait accéder aux 15 fenêtres les plus hautes du chœur, pour examiner la baie la plus ancienne de cet ensemble, la baie 211 datée vers 1325-1327 du coté nord des travées droites. De la même campagne relève la baie 207 offerte par le chanoine Raoul de Ferrières, et  la baie 208 , qui lui fait face du coté sud.

Après ce parcours en zig-zag, nous avons atteint  l'ensemble des 3 baies les plus prestigieuses par leur emplacement dans l'axe médian de la cathédrale et par leurs donateurs, les évêques d'Évreux : les baies 200, 201 et 202. La visite s'est poursuivie avec 2 autres baies offertes par l'évêque Geoffroy Faë, les baies 204 et 206. 

Nous découvrons aujourd'hui une transfuge dont les panneaux, jadis placés au nord juste en face des précédentes, en ont été roqué, comme aux échecs, au sud en position 212. 

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Les fenêtres supérieures du chœur sont numérotées de 200 à 214, (les numéros impairs étant situés au nord), au dessus des baies du triforium dont les vitraux héraldiques sont plus tardifs, car réalisés au 3ème quart du XVe siècle.

Ces fenêtres hautes  du chœur bénéficient toutes de l'apport du jaune d'argent. 

Je suis guidé par les articles de Françoise Gatouillat, et notamment par Gatouillat 2019.

 

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Voir :

 

 

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Voir aussi :

.— Sur les vitraux plus tardifs de la cathédrale d'Évreux :

— Sur les fonds damassés  outre les articles sur les baies 15, 17 et 19 cités supra : 

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Liste de mes 200 articles sur les vitraux :.

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PRÉSENTATION.

 

Haute de 7 m et large de 3,20 m, la baie 212, parmi les travées droites du coté sud du chœur, comporte 4 lancettes trilobées  et un tympan à 1 pentalobe et 2 trilobes et 9 écoinçons. La disposition "en litre", (en bande médiane colorée entre deux étages de vitrerie claire) se retrouve ici comme ailleurs (seuls les trois baies axiales 200 à 202 faisaient exception), mais l'étage inférieur de vitrerie reçoit ici des inscriptions en légende de l'étage médian. Celui-ci est divisé en quatre niches, une par lancette, dont la plus petite est réservée au donateur, les trois autres honorant la Vierge à l'Enfant, saint Taurin et saint Aquilin premiers évêques d'Évreux. .

La bordure des panneaux colorés répète la succession de pièces rouges  et de fleurettes jaunes des baies précédentes (sauf autour de la Vierge).

Les panneaux de cette verrière occupaient antérieurement, au  nord, les baies 203 et 205, dans un emplacement plus estimable puisque plus proche des 3 baies axiales 200 à 202, mais lorsque Thibaut de Malestroit offrit vers 1408-1415 deux verrières, il obtint, par son rang d'évêque, cette situation privilégiée pour sa donation et les panneaux qui nous intéressent furent déplacés. Il faut donc les imaginer initialement en face  des baies 204 (saint Jean et saint Martin) et 206 (saint Michel et saint Maur) qui occupent le coté sud.

Avant 1939, la Vierge et le donateur agenouillé occupaient l'actuelle baie 130 au coté sud de la nef, et les saint Taurin et Aquilin,se trouvaient en baie 210 du coté sud du haut chœur. 

En 1939, la verrière a été recomposée sous la forme que nous lui connaissons. Elle fut atteinte par un orage de grêle en 1983, elle fut déposée (comme les baies sud 208 à 214 et la rose sud) puis restaurée par Tisserand en 1992, avec de nombreuses inclusions, des pièces doublées et collées.

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La baie 212 du chœur de la cathédrale d'Évreux. Photographie lavieb-aile.

La baie 212 du chœur de la cathédrale d'Évreux. Photographie lavieb-aile.

La baie 212 du chœur de la cathédrale d'Évreux. Photographie lavieb-aile.

La baie 212 du chœur de la cathédrale d'Évreux. Photographie lavieb-aile.

 

 

La baie 212 du chœur de la cathédrale d'Évreux. Photographie lavieb-aile.

La baie 212 du chœur de la cathédrale d'Évreux. Photographie lavieb-aile.

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La vitrerie à losanges et fermaillets.

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La baie 212 du chœur de la cathédrale d'Évreux. Photographie lavieb-aile.

La baie 212 du chœur de la cathédrale d'Évreux. Photographie lavieb-aile.

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La deuxième lancette : la Vierge à l'Enfant.

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La baie 212 du chœur de la cathédrale d'Évreux. Photographie lavieb-aile.

La baie 212 du chœur de la cathédrale d'Évreux. Photographie lavieb-aile.

La baie 212 du chœur de la cathédrale d'Évreux. Photographie lavieb-aile.

La baie 212 du chœur de la cathédrale d'Évreux. Photographie lavieb-aile.

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Le dais :

Verre blanc peint en grisaille et jaune d'argent, et verres colorés.En haut, succession de gables et de pinacles à crochets, aérés par des remplages, et, au centre en verre bleu, la peinture d'une baie vitrée à lancettes et tympan à quadrilobe et trilobes. En bas, arcade à feuilles en guise de crochets, s'appuyant sur des chapiteaux à motifs de dragons au dos hérissé d'écailles. 

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La baie 212 du chœur de la cathédrale d'Évreux. Photographie lavieb-aile.

La baie 212 du chœur de la cathédrale d'Évreux. Photographie lavieb-aile.

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La Vierge.

Architecture de colonne torve, prenant la place des bordures. Fond rouge uni. Vierge nimbée de bleu, couronnée, voilée, vêtue d'un manteau bleu et or. La tête inclinée et le regard, de même que le regard et le geste de l'Enfant, sont  dirigés vers le bas et la droite, dans la direction du donateur. La robe de l'Enfant est verte, par application de jaune sur un verre bleu, tout comme le livre tenue par la Vierge.

La baie 212 du chœur de la cathédrale d'Évreux. Photographie lavieb-aile.

La baie 212 du chœur de la cathédrale d'Évreux. Photographie lavieb-aile.

La baie 212 du chœur de la cathédrale d'Évreux. Photographie lavieb-aile.

La baie 212 du chœur de la cathédrale d'Évreux. Photographie lavieb-aile.

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Le donateur Renault de Moulins.

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Inscription

Ses lettres en verre bleues sont serties en plomb, une par une dans le verre blanc.

On remarquera aussi les quatre cercles rouges,  ornementales sans fonction de ponctuation, qui sont également chacune sertie dans un plomb : l'une d'entre elle, au moins, est placée "en chef-d'œuvre" c'est à dire sertie dans une découpe au sein d'une pièce de verre blanc : une vraie prouesse.

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Lettres gothiques ; lettres conjointes TR et DE ; abréviation par une apostrophe après le R de R[ENAULT].

.MESTRE

R' . DE . M

OLINS .

 

soit "Mestre R' de Molins", ce qui a été interprété comme "Maître Regnaut de Molins" (ou Renault de Moulins, Renaud de Moulins), un officier de l'hôtel — et ami  : « Renault de Moulins ami et féal clerc de Philippe de Valois "— du roi Philippe VI en 1329, notaire de la reine,  qui fut  chanoine de Troie, chanoine et chantre d'Amiens, chanoine de Tours et Sens avant 1335, et chanoine d'Évreux entre 1335 et 1341, avant devenir chanoine de Notre-Dame de Paris en 1341.

On l'apparente, comme aîné,  à Philippe de Moulins ( qui fut  chanoine et chantre d'Evreux  et/ou chanoine et chantre d'Evreux de Notre-Dame de Paris, puis évêque d'Evreux, et ensuite évêque de Noyon de 1388 à 1409 . Il  tire alors son nom de la ville de Moulins-Engilbert dans la Nièvre, où Philippe fonda en 1378 dans la nef de l'église de cette commune une Collégiale  dotée de six chanoines.

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La baie 212 du chœur de la cathédrale d'Évreux. Photographie lavieb-aile.

La baie 212 du chœur de la cathédrale d'Évreux. Photographie lavieb-aile.

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Le chanoine Renault de Moulins agenouillé en donateur.

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Le dais soutenu par deux piliers polygonaux est comparable à celui de la Vierge, mais sa taille inférieure marque la différence de statuts.

Le fond, dont les plombs de casse ont été expurgés par collage, est vert, à damas de rinceaux.

Le chanoine porte un habit liturgique blanc s'arrêtant aux genoux, au dessus d'une soutane pourpre. Son aumusse est placée sur l'avant-bras droit. Ses souliers sont bleus.

On comparera cet habit à celui d'un autre chanoine donateur des verrières d'Évreux : Raoul de Ferrières pour la baie 207 : les couleurs des deux habits et celle des chaussures est la même.

Les vitraux du XIVe siècle de la cathédrale d'Évreux. VII. La baie 207 (1325-1329) offerte par le chanoine Raoul de Ferrières.

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La baie 212 du chœur de la cathédrale d'Évreux. Photographie lavieb-aile.

La baie 212 du chœur de la cathédrale d'Évreux. Photographie lavieb-aile.

La baie 212 du chœur de la cathédrale d'Évreux. Photographie lavieb-aile.

La baie 212 du chœur de la cathédrale d'Évreux. Photographie lavieb-aile.

La baie 212 du chœur de la cathédrale d'Évreux. Photographie lavieb-aile.

La baie 212 du chœur de la cathédrale d'Évreux. Photographie lavieb-aile.

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LES DEUX ÉVÊQUES D'ÉVREUX.

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​​​​​​Les deux  évêques d'Évreux sont placés sous des dais  architecturaux semblables. Saint Taurin, premier évêque et évangélisateur  d'Évreux entre 350 et 410, est à droite, et son successeur près de 300 ans plus tard, entre 673 et 695, saint Aquilin, se trouve à gauche.

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1. Saint Aquilin dans la lancette de gauche.

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Inscription (voir commentaires infra pour saint Taurin ; la ponctuation est ici absente) :

S9 AQULIN9, Sanctus Aquilinus.

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La baie 212 du chœur de la cathédrale d'Évreux. Photographie lavieb-aile.

La baie 212 du chœur de la cathédrale d'Évreux. Photographie lavieb-aile.

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La baie 212 du chœur de la cathédrale d'Évreux. Photographie lavieb-aile.

La baie 212 du chœur de la cathédrale d'Évreux. Photographie lavieb-aile.

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La baie 212 du chœur de la cathédrale d'Évreux. Photographie lavieb-aile.

La baie 212 du chœur de la cathédrale d'Évreux. Photographie lavieb-aile.

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Saint Taurin, évêque d'Évreux.

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Inscription.

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À la différence de celle du chanoine, elle est simplement tracée par soustraction d'un lavis de grisaille, dans un seule pièce, (pas exactement rectangulaire car elle englobe les signes abréviatifs)  barrant le verre blanc. L'écriture est une gothique textura à fûts droits, se terminant en pointes losangiques mais dont tous les traits ne sont pas des droites puisque le A à deux boucles fermées et le N sont en courbes :

S9 TAURIN9

Soit : SANCTUS TAURINUS.

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La baie 212 du chœur de la cathédrale d'Évreux. Photographie lavieb-aile.

La baie 212 du chœur de la cathédrale d'Évreux. Photographie lavieb-aile.

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Le fond uni est rouge lie-de-vin, le nimbe d'un rouge vermillon, la chasuble est d'un très beau orange-doré (jaune d'argent) avec un revers bleu (très belle pièce en virgule), la couverture du livre jaune, la hampe de la crosse trace une diagonale  rouge.

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La baie 212 du chœur de la cathédrale d'Évreux. Photographie lavieb-aile.

La baie 212 du chœur de la cathédrale d'Évreux. Photographie lavieb-aile.

La baie 212 du chœur de la cathédrale d'Évreux. Photographie lavieb-aile.

La baie 212 du chœur de la cathédrale d'Évreux. Photographie lavieb-aile.

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La baie 112 du triforium : 3ème quart XVe.

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Les vitraux du XIVe siècle de la cathédrale d'Évreux . XIV. La baie 212.

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SOURCES ET LIENS.

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— Stained-glass windows of Cathédrale Notre-Dame d'Évreux

https://commons.wikimedia.org/wiki/Category:Stained-glass_windows_of_Cath%C3%A9drale_Notre-Dame,_%C3%89vreux?uselang=fr

https://commons.wikimedia.org/wiki/Category:Baie_204_(Notre-Dame,_%C3%89vreux)?uselang=fr

— BATISSIER, 1849, "Description des vitraux de la cathédrale d'Évreux", Revue de Rouen et de Normandie, volume 17.

https://books.google.fr/books?id=2L5DAAAAYAAJ&dq=%22MARTINUS%22+%22cath%C3%A9drale+d%27%C3%A9vreux%22+vitraux&hl=fr&source=gbs_navlinks_s

BLUMENSHINE (Gary B. ),1990, Le vitrail du Triomphe de la Vierge d'Evreux et Louis XI. Le patronage artistique des Valois dans la Normandie du 15e siècle, Annales de Normandie  Année 1990  40-3-4  pp. 177-214

https://www.persee.fr/doc/annor_0003-4134_1990_num_40_3_1881

BONNENFANT (Georges),1939, Notre-Dame d’Evreux (Paris: H. Laurens, 1939), 43-44, pl. 16;

— BOUDOT ( Marcel), 1966,“Les verrières de la cathédrale d’Evreux: Cinq siècles d’histoire,” Nouvelles de l’Eure 27 (1966), 28-29.

— BOUSQUET (Jacques et Philippe), 2019, Donateurs avec la Madone, le cas de la cathédrale d'Evreux, site artiflexinopere.

https://artifexinopere.com/?p=17412

 

— CHASSANT (Alphonse) ,1846,  : Histoire des évêques d'Évreux : avec des notes et des armoiries / par M. A. Chassant,... et M. G.-E. Sauvage,..1846.

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k95305k/f101.image

— FOSSEY Jules  1898, Monographie de la cathédrale d'Evreux par l'abbé Jules Fossey,... Illustrations de M. Paulin Carbonnier,...

— GATOUILLAT (Françoise), 2019, "French 14-th-century stained glass and other arts", in Investigations in Medieval Stained Glass, Materials, Methods and Expressions, Brill ed., pages 374-385

 — GATOUILLAT (Françoise), 2001, "Les vitraux de la cathédrale d'Évreux", in CALLIAS-BEY, M., CHAUSSÉ, V., GATOUILLAT, F., HÉROLD, M., Les vitraux de Haute-Normandie, Corpus Vitrearum France, Recensement des vitraux anciens vol. VI, Ed du CNRS / Monum ed. du patrimoine. Paris, pages 143-161.

GAVET Philippe, Si l'art m'était conté. La cathédrale d'Évreux.

  http://www.philippe-gavet.fr/05/36/index.html

GOSSE-KISCHINEWSKI  ( Annick ) et  Françoise Gatouillat, La cathédrale d’Evreux, Evreux, Hérissey, 1997.

GOSSE-KISCHINEWSKI  ( Annick ), HENRY (Virginie), 2016, Unité Départementale de l'Architecture et du Patrimoine de l'Eure (DRAC Normandie) Connaissance n°07

http://www.eure.gouv.fr/content/download/18041/123811/file/ESSENTIEL_CONNAISSANCE_07%20Historique%20complet%20de%20la%20Cath%C3%A9drale%20d'Evreux.pdf

— KURMANN-SCHWARZ (Brigitte), LAUTIER  (Claudine), 2009, « Le vitrail médiéval en Europe : dix ans d’une recherche foisonnante », Perspective [En ligne], 1 | 2009, mis en ligne le 21 février 2018, consulté le 01 novembre 2019.

https://journals.openedition.org/perspective/1841#tocto2n3

— LAFOND (Jean), 1953, "Le vitrail en Normandie de 1250 à 1300", Bulletin Monumental  Année 1953  111-4  pp. 317-358

https://www.persee.fr/doc/bulmo_0007-473x_1953_num_111_4_3745

— LEBEURIER (P-F.), 1868,  Description de la Cathédrale d'Evreux accompagnée d'une vue générale et d'un plan géométrique, Huet ed., Evreux 1868

 

https://archive.org/details/bub_gb_TYdZAAAAYAAJ/page/n29 

— LILLICH (Meredith Parsons), 1986, “European Stained Glass around 1300: The Introduction of Silver Stain,” Europäische Kunst um 1300 6, Akten des XXV. Internationalen Kongresses für Kunstgeschichte, Gerhard Schmidt and Elizabeth Liskar, eds. (Wien, Köln and Graz: Hermann Böhlaus Nachf., 1986).

https://www.researchgate.net/publication/324314671_European_Stained_Glass_around_1300_The_Introduction_of_Silver_Stain

— LILLICH (Meredith Parsons), 1992, "Heraldry and Patronage in the Lost Windows of Saint-Nicaise de Reims.", L'Art et les revolutions, 27e Congres international d'histoire de l'art, vol. 8 (Strasbourg: 1992), pp. 71-102.

https://www.academia.edu/36414224/_Heraldry_and_Patronage_in_the_Lost_Windows_of_Saint-Nicaise_de_Reims_

 

— LILLICH (Meredith Parsons),  1970, The Band Window: A Theory of Origin and Development, Gesta, Vol. 9, No. 1 (1970), pp. 26-33 Published by: The University of Chicago Press on behalf of the International Center of Medieval Art

https://www.academia.edu/35604582/_The_Band_Window_A_Theory_of_Origin_and_Development_

— LAUTIER (Claudine), 2000, Les débuts du jaune d'argent dans l'art du vitrail ou le jaune d'argent à la manière d'Antoine de Pise, Bulletin Monumental  Année 2000  158-2  pp. 89-107

https://www.persee.fr/doc/bulmo_0007-473x_2000_num_158_2_2371

— Monuments historiques, Notre-Dame-d'Evreux

http://monumentshistoriques.free.fr/cathedrales/evreux/vitraux/1.html

— xxx

http://evreux.catholique.fr/contenu/documents/services/cathedrale_Evreux-bestiaire.pdf

—  Patrimoine-histoire.fr, Patrimoine/Evreux/Evreux-Notre-Dame

http://www.patrimoine-histoire.fr/Patrimoine/Evreux/Evreux-Notre-Dame.htm

https://www.patrimoine-histoire.fr/Patrimoine/Evreux/Evreux-NotreDame_v8.htm

— http://www.evreux-histoire.com/evreux-3-1-0.html#icono2

 

INFLUENCES : ENLUMINURES ET ORFÈVRERIE.

 

a) Jean Pucelle :

 

"On associe son nom à trois œuvres, dont deux ont été exécutées en collaboration : le Bréviaire de Belleville et la Bible de Robert de Billyng (Paris, B. N.) ; la troisième, sûrement de sa main, est un " petit livret d'oraisons que Pucelle enlumina ", commandé entre 1325 et 1328 par le roi Charles IV pour sa femme, la reine Jeanne d'Évreux, et identifié aujourd'hui avec un petit livre d'heures (New York, Cloisters). Toutefois, la critique moderne, grâce à des rapprochements stylistiques, s'est efforcée d'attribuer à l'atelier de l'artiste une production beaucoup plus riche ; il s'agit en général de livres commandés par de très grands personnages, tels le Bréviaire de Blanche de France, les Heures de Jeanne de Savoie, le Psautier de la reine Bonne de Luxembourg, les Heures de Jeanne II de Navarre, les Heures de Yolande de Flandre. De plus, il est intéressant de constater une parenté de style entre l'art de Pucelle et les émaux translucides qui ornent la base de la célèbre Vierge d'argent doré, dite " de Jeanne d'Évreux " et datée de 1339 (Louvre). Le Bréviaire de Belleville et les Heures d'Évreux sont des œuvres vraiment représentatives de la manière de Jean Pucelle : il s'y révèle un artiste de premier plan. […]  l'artiste arrive à dépasser ses prédécesseurs au moyen de la technique : s'il utilise le contour noir, le pointillé foncé, le contour rouge avec des ombres de sanguine et des couleurs brillantes, dans les Heures de Jeanne d'Évreux, il découvre surtout le lavis en grisaille rehaussé de couleurs, nouveauté qui, par son effet de monochromie, lui permet d'assurer à la page une plus grande unité décorative, à ses personnages une plus grande plasticité, au style une plus grande spontanéité. Subit-il en cela l'influence du vitrail contemporain ? Connaît-il les trouvailles de Giotto ?"

https://www.larousse.fr/encyclopedie/peinture/Pucelle/153981

Les  Heures (1324-1328) de Jeanne d'Évreux, reine de France (1329-1349) 

https://www.metmuseum.org/art/collection/search/70010733

 

— Le bréviaire de Belleville : Breviarium ad usum fratrum Predicatorum dit Bréviaire de Belleville. Ce manuscrit destiné à suivre les prières durant la célébration de la messe comprend deux volumes, l'un destiné aux prières pendant l'été (volume 1), l'autre pendant l'hiver (volume 2). BnF lat. 10483 et 10484.

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b8447295h

— Bible de Robert de Billying BnF  latin 11935   Décoration achevée en 1327.

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b105097447 

 — Bréviaire de Jeanne d'Évreux : ms. Chantilly, Musée Condé 51

http://initiale.irht.cnrs.fr/codex/10299 

Manuscrit de Gautier de Coincy, Miracles de Nostre Dame (Livres I et II) pour Jeanne de Bourgogne, Paris, BnF, NAF 24541

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b6000451c

— Influence : Heures à l'usage d'Amiens

http://initiale.irht.cnrs.fr/codex/6048/659

— BLUM (Rudolf ), 1949, Jean Pucelle et la miniature parisienne du XIVe siècle  Scriptorium  Année 1949  3-2  pp. 211-217

https://www.persee.fr/doc/scrip_0036-9772_1949_num_3_2_2230

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b) Jean le Noir, Jean Mahiet et autres artistes issus de l'atelier de Jean Pucelle : Bourgot, fille de Jean Le Noir 

— Heures de Jeanne de Navarre BnF NAL 3145 réalisé vers 1330-1340.

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b10025448r

— Heures de Bonne de Luxembourg, Jean le Noir, avant 1349. Metropolitan Museum. New York, Cloisters, MS 69.86

https://www.metmuseum.org/art/collection/search/70012435 .

— Heures de Yolande de Flandre, 1353-1363, Londres, Brit. Mus., Yates Thompson, ms 27, par Jean le Noir ou sa fille Bourgot.

https://www.bl.uk/catalogues/illuminatedmanuscripts/record.asp?MSID=6440&CollID=58&NStart=27

 

— Heures de Jeanne de Savoie 

http://www.calames.abes.fr/pub/#details?id=IF3030001

— Orfèvrerie :La Vierge d'Évreux.

. La fille de Louis d'Évreux et de Marguerite d'Artois, Jeanne d'Évreux, deviendra reine de France de 1325 à 1328  par son mariage avec Charles IV le Bel. Veuve et douairière depuis 1328,  elle fut enterrée à sa mort en 1371 à l'abbaye de Saint-Denis. Or, l'enlumineur Jean Pucelle (dont l'influence sur les cartons des vitraux d'Evreux après 1330 est reconnue) a orné le Livre d'Heures de Jeanne d'Évreux entre 1325 et 1328 et son Bréviaire à l'usage des franciscains après 1325. Une autre influence exercée sur la peinture sur verre de l'époque est celle de l'orfèvrerie, et on se reportera à la statue en argent doré de 69 cm de la Vierge à l'Enfant, réalisée entre 1324 et 1339, pour la comparer aux Vierges des baies du XIVe siècle d'Évreux.

Orfèvrerie : statue de la Vierge à l'Enfant offerte par Jeanne d'Evreux en 1339 à Saint-Denis.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Vierge_%C3%A0_l%27Enfant_(Jeanne_d%27%C3%89vreux)

 

 

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Published by jean-yves cordier - dans Vitraux Évreux
27 novembre 2019 3 27 /11 /novembre /2019 21:20

Les vitraux du XIVe siècle du chœur de la cathédrale d'Évreux. XIII. La baie 206 (vers 1335), offerte par l'évêque Geoffroy Faë : saint Michel et saint Maur.


 

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Cet article est le treizième d'une série sur l'apparition du jaune d'argent dans les vitraux du chœur de la cathédrale d'Évreux au XIVe siècle : ça progresse !

 Nous avons suivi l'ordre chronologique de leur datation estimée. Les quatre premiers articles montrent les vitraux des baies des chapelles du déambulatoire avant cette apparition du "jaune d'Évreux" : voir l'introduction dans le premier article. Le cinquième présente la première baie du chœur qui a bénéficié de cette innovation, la baie 23 datée de 1325-1327 et offerte par l'évêque Geoffroy du Plessis. Le sixième nous faisait accéder aux 15 fenêtres les plus hautes du chœur, pour examiner la baie la plus ancienne de cet ensemble, la baie 211 datée vers 1325-1327 du coté nord des travées droites. De la même campagne relève la baie 207 offerte par le chanoine Raoul de Ferrières , et  la baie 208 , qui lui fait face du coté sud.

Après ce parcours en zig-zag, nous avons atteint  l'ensemble des 3 baies les plus prestigieuses par leur emplacement dans l'axe médian de la cathédrale et par leurs donateurs, les évêques d'Évreux : les baies 200, 201 et 202. Nous restons dans les hauteurs car après  la baie 204, voici sa voisine, la  206, elle aussi offerte par l'évêque Geoffroy de Faë,  .

 Comme déjà dans le déambulatoire en baie 12, 16, 18, 22, 23, 27, la Vierge (Notre-Dame d'Évreux) est représentée dans la majorité des baies hautes du chœur du 2ème quart  du XIVe : Vierge à l'Enfant tenant une fleur (207), Vierge allaitant son Fils (208), Vierge en Assomption (208), Vierge à l'Enfant (200), Vierge de l'Annonciation (201), Vierge du couronnement (202). Mais dans cette baie 206, Geoffroy de Faë rend hommage à l'archange Michel et à saint Maur.

 

Les fenêtres supérieures du chœur sont numérotées de 200 à 214, (les numéros impairs étant situés au nord), au dessus des baies du triforium dont les vitraux héraldiques sont plus tardifs, car réalisés au 3ème quart du XVe siècle.

Ces fenêtres hautes  du chœur bénéficient toutes de l'apport du jaune d'argent. 

Je suis guidé par les articles de Françoise Gatouillat, et notamment par Gatouillat 2019.

 

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Voir :

 

 

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Voir aussi :

.— Sur les vitraux plus tardifs de la cathédrale d'Évreux :

— Sur les fonds damassés  outre les articles sur les baies 15, 17 et 19 cités supra : 

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Liste de mes 200 articles sur les vitraux :.

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PRÉSENTATION.

 

Haute de 6,70 m et large de 1,80 m, la baie 206, première baie à droite après  le rond-point, comporte 2 lancettes trilobées (et non 4 comme les baies des travées droites 207 à 214) organisées en 2 registres et un tympan à 1 pentalobe et 2 trilobes. Le registre supérieur montre à gauche saint Michel et saint Maur. Au registre inférieur, un évêque agenouillé, dont une inscription révèle l'identité du donateur, Geoffoy Faë, évêque d'Évreux de 1335 à 1340 déjà donateur de la baie 201, 202, et 204. Un second donateur, à gauche, provient d'une autre verrière du  2ème quart du XIVe, et son damas est remarquable.  Le tympan est semblable à celui des baies 201, 202, et 204 hormis l'oculus qui date du XIXe.

La bordure des panneaux colorés répète la succession de pièces rouges ou bleues et de fleurettes jaunes des baies précédentes.

Contrastant avec les trois baies centrales 200, 201 et 202, qui étaient en pleine couleurs, la baie 206, comme sa voisine la 204 reprend la disposition "en litre" des baies basses du déambulatoire et des baies hautes de la partie non arrondie du chœur, c'est à dire que les panneaux colorés figurés (les deux saints et les donateurs) se détachent en bande horizontale au milieu d'une vitrerie losangique à festons et fleurettes. 

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La baie 206 du chœur de la cathédrale d'Évreux. Photographie lavieb-aile.

La baie 206 du chœur de la cathédrale d'Évreux. Photographie lavieb-aile.

La baie 206 du chœur de la cathédrale d'Évreux. Photographie lavieb-aile.

La baie 206 du chœur de la cathédrale d'Évreux. Photographie lavieb-aile.

La baie 206 du chœur de la cathédrale d'Évreux. Photographie lavieb-aile.

La baie 206 du chœur de la cathédrale d'Évreux. Photographie lavieb-aile.

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LE REGISTRE MÉDIAN : SAINT MICHEL ET SAINT MAUR.

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La baie 206 du chœur de la cathédrale d'Évreux. Photographie lavieb-aile.

La baie 206 du chœur de la cathédrale d'Évreux. Photographie lavieb-aile.

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1. Saint Michel terrassant le dragon.

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Pour l'une des premières fois (après la cathèdre de la Vierge de la baie 23), nous voyons apparaître dans l'encadrement d'architecture un effet de perspective, puisque les contreforts sont dessinés en fuite, tout comme le plafond " à caissons" ou à damiers supporté par un arc surbaissé. Cet effet est renforcé par les ailes ou les bras de l'ange, placés "en avant" de l'architecture. 

Du fait de cette perspective, le fond bleu est réduit à la portion congrue.

L'ange est vêtu d'un manteau blanc à galons jaune festonné (jaune d'argent et grisaille) déjà utilisé pour saint Jean dans la baie 204 et le Christ de la baie 202. La couleur verte du revers  de ce manteau est sans doute  due à un vert bleu peint au jaune. La robe lie de vin n'est visible qu'en parti inférieure.

Il tient un bouclier rouge à croix blanche (la partie blanche ornée de feuilles dans des carrés), et une lance croisetée, dont la pointe est enfoncée dans la gueule du dragon qu'il terrasse de ses pieds nus.

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Modèle possible : le Bréviaire de Jeanne d'Évreux enluminé par Jean Pucelle, ms. Chantilly, Musée Condé 51 folio 367.

 

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Bréviaire de Jeanne d'Évreux f.367. Droits coll. Mus. Chantilly

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La baie 206 du chœur de la cathédrale d'Évreux. Photographie lavieb-aile.

La baie 206 du chœur de la cathédrale d'Évreux. Photographie lavieb-aile.

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La baie 206 du chœur de la cathédrale d'Évreux. Photographie lavieb-aile.

La baie 206 du chœur de la cathédrale d'Évreux. Photographie lavieb-aile.

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Le dragon mérite d'être admiré pour sa gueule aux crocs acérés, pour son aile nervurée, et surtout pour sa queue nouée (un tour qui lui est habituel et dont maintes sculptures attestent).

Les rehauts au jaune d'argent soulignent les nervures, les mèches de la toison, et, par des petites touches, les verrucosités infectes propres à cet animal.

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La baie 206 du chœur de la cathédrale d'Évreux. Photographie lavieb-aile.

La baie 206 du chœur de la cathédrale d'Évreux. Photographie lavieb-aile.

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2. Saint Maur.

Cet abbé (crosse abbatiale et livre) bénédictin est identifié par l'inscription SANCT9 MAURUS, Sanctus Maurus. Il porte une coule bleue.

Sa présence ici n'est pas liée à la Congrégation de Saint-Maur (qui reprit la plupart des abbayes tombées sous le régime de la commende, comme l'abbaye Saint-Taurin d'Évreux, ou celle du Bec), car cette Congrégation ne fut fondée qu'en 1618.

Mais l'évêque Geoffroy  Faë était un bénédictin, qui fut abbé du Bec, de l'ordre de saint Benoit, dont saint Maur fut le plus proche disciple.

Sur le plan technique, nous remarquerons le livre en verre rose grillagé à la grisaille,et le fond damassé d'un motif à feuillages  de chêne et à glands.

Nous retrouvons le motif du chêne, noté en baie 12 (la Vierge au chêne déraciné), ou en baie 27, et plus tard en baie 15.

http://www.lavieb-aile.com/2019/11/les-vitraux-du-xive-siecle-de-la-cathedrale-d-evreux-iv.la-baie-27-offerte-par-l-eveque-mathieu-des-essarts-vers-1300-1310.html

http://www.lavieb-aile.com/2017/10/les-vitraux-de-la-baie-15-vers-1360-1370-et-1387-1400-de-la-chapelle-du-rosaire-de-la-cathedrale-d-evreux.html

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La baie 206 du chœur de la cathédrale d'Évreux. Photographie lavieb-aile.

La baie 206 du chœur de la cathédrale d'Évreux. Photographie lavieb-aile.

La baie 206 du chœur de la cathédrale d'Évreux. Photographie lavieb-aile.

La baie 206 du chœur de la cathédrale d'Évreux. Photographie lavieb-aile.

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LE REGISTRE DES DONATEURS.

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La baie 206 du chœur de la cathédrale d'Évreux. Photographie lavieb-aile.

La baie 206 du chœur de la cathédrale d'Évreux. Photographie lavieb-aile.

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1. Sur la lancette de droite : l'évêque Geoffroy Faë.

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a) Inscription

DNS GAUFRID9 ABBAS BECCI

POSTEA EBRO

CENSIS EPS.

Dominus Gaufridus abbas becci postea ebroicencis episcopus. C'est l'inscription déjà rencontrée sur les baies 201, 202 et 204 offertes par Geoffroy Faë : "Seigneur Geoffroy, abbé du Bec et ensuite évêque d'Évreux".

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b) L'évêque.

Pas de surprise, nous retrouvons la figure de l'évêque agenouillé, mains jointes, la crosse entre les bras, déjà notée sur les baies précédentes. Exactement comme en baie 202, la chape est dorée, ornée autour du cou et en partie inférieure d'une étoffe bleue gaufrée de croisillons en losanges, tandis que la robe est verte doublée de rouge pâle. Comme en baie 204, l'évêque est détouré sur fond blanc.

Mais un élément distingue cette figure : le soubassement, dont les quatre consoles sont vues en perspective.

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La forme polylobée des quatre consoles rappelle celle qui soutient le plafond de l'Annonciation des Heures de Jeanne de Navarre, enluminées par Jean Le Noir et Jean Mahiet entre 1330 et 1340. La ressemblance n'est pas si fortuite, puisque sur le même folio 39r , le plafond à damier bleu et noir est semblable —avec les mêmes couleurs — à celui qui dominait saint Michel en registre médian de la  lancette de gauche.

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b10025448r/f85.image

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Heures de Jeanne de Navarre f. 39r

 

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La baie 206 du chœur de la cathédrale d'Évreux. Photographie lavieb-aile.

La baie 206 du chœur de la cathédrale d'Évreux. Photographie lavieb-aile.

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La baie 206 du chœur de la cathédrale d'Évreux. Photographie lavieb-aile.

La baie 206 du chœur de la cathédrale d'Évreux. Photographie lavieb-aile.

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2. Sur la lancette de gauche : un autre donateur.

F. Gatouillat, dans sa description de 2001, indique que ces panneaux sont "rapportés d'une autre verrière du 2ème quart du XIVe siècle ; panneaux interpolés avant 1868 [et même 1849], restaurés".

La datation entre 1325 et 1350 ne crée pas d'écart avec celle, vers 1335, de l'ensemble de la baie, mais pourtant, le fond sous l' arcade trilobée est très différent (cf. infra).

Le travail au jaune d'argent diffère également, car le crâne tonsuré et le menton rasé sont rendus par un piqueté de taches jaunes.

Il est vraisemblable que ce personnage, vêtu d'un surplis blanc à larges manches sur une robe bleue soit un chanoine de la cathédrale, comme les autres donateurs dont le nom nous est resté (Raoul de Ferrières, Renaud de Moulins), Alain et Jean de Balan. Sur le bras gauche du clerc pend une pièce de tissu rehaussée de jaune d'argent, qui pourrait être l'aumusse de ce chanoine.

N.b Selon Lebeurier, la baie 17, celle de Renaud de Moulins, datée de 1360-1370 comportait, sous saint Laurent,  le panneau d'un autre chanoine donateur, aujourd'hui disparu.

https://archive.org/details/bub_gb_TYdZAAAAYAAJ/page/n27

 

 

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La baie 206 du chœur de la cathédrale d'Évreux. Photographie lavieb-aile.

La baie 206 du chœur de la cathédrale d'Évreux. Photographie lavieb-aile.

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Le fond damassé d'animaux.

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Ce verre rouge est orné (par enlevé sur un lavis de  grisaille ou par pochoir) d'un motif aux lions (ou autre quadrupède à crinière) très cambrés.

Comme cela est habituel dans ces fonds de verrières, le motif n'est jamais impeccable, tant s'en faut, mais réduit à des fragments comme si une étoffe avait été froissée, pliée, et que l'animal, et surtout sa tête, n'était montrée qu'avec parcimonie, comme l'évocation  d'un modèle caché.

Ici, nous voyons une croupe puissante empanachée d'une triple queue, rattachée par une cambrure exagérée à un poitrail tendant vers l'avant deux pattes, mais la barlotière nous cache la tête.

Ailleurs, une tête évanescente nous fixe de face, alors qu'une autre tête, de profil, est rattachée à un corps d'embryon. Et tout cela parmi des plumes, des indentations, qui pourraient former une crinière exubérante tout autant que le plumage de quelque paon.

Ailleurs, un buste enrubanné de longues mèches, mais dont le mufle empâté et difforme n'a rien d'un félin.  

Ce que nous savons, c'est que ces motifs ne naissent pas de la fantaisie du peintre-verrier, mais qu'ils reproduisent, mais par métonymie et sans souci de documenter le modèle, les riches étoffes des trésors de cathédrales, à usage de tenture, de couverte de livre sacré, ou de nappe. Et que leur valeur tenait de leur manufacture en Italie (à Lucques par exemple), de leur matière (la  soie) et des influences persanes, sassanides, que les nobles les plus proches du pouvoir royal recherchaient pour faire ostentation de leur statut.

"Dans leur immense majorité, les étoffes byzantines ont survécu dans les trésors des églises d’Occident, en France, en Suisse, en Allemagne, en Belgique ou en Italie. Elles y ont servi à envelopper les reliques des saints, d’où leur appellation de suaires. Dans d’autres de ces tissus précieux, on a taillé des chasubles ou autres vêtements religieux. Les damas, les taquetés et les samits façonnés ou les lampas sont les armures de tissage connues à Byzance : les armures de tissage qui ont servi à la réalisation de ces soieries monochromes sont le samit façonné, qui ne fait apparaître le motif que par ses contours dessinés par la seule croisure des trames endroit et envers, ou le lampas, qui par l’alternance de deux effets, toile et sergé, crée un fond sur lequel se détache nettement les ornements. Le lampas a d’ailleurs dû être élaboré à cette époque, sans qu’on puisse déterminer son lieu de naissance puisqu’il semble apparaître simultanément, aux alentours de l’an Mil, dans le monde arabo-oriental et à Byzance. 

Décor :  Les créatures fantastiques d’inspiration proche-orientale tiennent un rôle important dans les décors textiles byzantins : chevaux ailés, simurghs ou griffons. Les chevaux ailés et les bouquetins qui ornent de nombreux stucs ou sceaux sassanides se retrouvent sur les textiles. Il est à noter que ce sont ces motifs tels les lions passants de type iraniens qui deviendront emblématiques de la production des ateliers impériaux qui portait en outre une inscription au nom des souverains (voir divers exemples conservés en Allemagne, Cologne, Berlin…). Ainsi que le monde arabe, Byzance connaît aussi les décors géométriques qui peuvent constituer l’unique ornement du textile ou se combiner avec des motifs floraux ou figurés. Plus tard, apparaîtront des décors orientaux témoignant de l’influence arabo-musulmane comme les griffons, ou mieux encore les pseudo-caractères coufiques, utilisés pour leur valeur ornementale."

"En Islam : La sériciculture de la Syrie byzantine, lancée sous Justinien (VIe s.) est acclimatée dans le Levant espagnol et le nord de la Sicile. En Andalousie, elle fera naître une industrie de luxe centrée sur Almeria. Le tissage des lampas, apparu à Baghdad au XIe siècle, gagne peu à peu la Syrie, l’Egypte et l’Espagne et remplace celui des samits. L’Occident latin emboîte le pas. " (d'après Qantara  https://www.qantara-med.org/public/show_document.php?do_id=576 )

"

Nous pourrions rêver qu'un heureux hasard nous permette de tomber, dans les collections de lampas et damas, sur une composition proche de ce vitrail.

 

https://www.musee-moyenage.fr/collection/oeuvre/aumoniere-brodee.html

Je m'y suis essayé à Évreux, à Sées, à Quimper,  ou surtout à Bourges, car nous devons à Albert de Meloizes un relevé précis de ces damas pour la cathédrale de Bourges publié en 1891-1897. Mais les exemples sont ceux de vitraux du XVe siècle .

À Évreux, les exemples les plus précoces de fonds damassés à motifs animaliers, étaient pour moi, avant ma découverte de ce fond de la baie 206, ceux des trois baies 15, 17 et  19 de la chapelle du Rosaire (vers 1360-1370)  dont le motif est formé par des couples d'oiseaux fabuleux affrontés. Puis viennent les baies  203 et 205 offertes par Thibaud de Malestroit vers 1408-1415, reprenant le même motif d'oiseaux tenant au bec la tige des rinceaux.

Les "verrières royales " des baies 209 et 210 (vers 1390-1400) offrent de beaux fonds à damas, mais au motif de rinceaux.

Damas des enluminures parisiennes.

L'influence des enlumineurs parisiens sur les peintres-verriers de Normandie étant admise, nous pouvons chercher si les fonds des enluminures contemporaines de la baie 206 nous offre des modèles.

Nous y trouvons soit des fonds quadrillés archaïques, soit des fonds damassés de rinceaux en spirales, soit, enfin,  quelques fonds damassés incluant des animaux : soit des oiseaux, soit des mammifères.

a) Dans les Heures de Jeanne de Navarre BnF NAL 3145 réalisées vers 1330-1340 par Jean Le Noir, on trouve, parmi une forte majorité de fonds quadrillés,  une chasse entre chiens et lapins au folio 148v, alors que la page suivante offre un fond à quadrillage et à feuilles et glands, et la suivante un fond bleu à anges en filigrane.

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b10025448r

gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b10025448r/f303.image

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b10025448r/f305.image

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b10025448r/f323.image

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b10025448r/f373.image

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b10025448r/f375.image

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b) Le Psautier de Bonne de Luxembourg, peint par Jean Le Noir,  est daté avant 1349, et il offre huit exemples de fonds damassés à animaux . Bonne de Luxembourg devint duchesse de Normandie en 1332 après son mariage avec le duc Jean, futur roi Jean le Bon.

-f. 15r Psaume 1 Beatus qui non abiit vir . Le roi David (harpe) et deux musiciens (psalterion et vièle à archet ) sur fond à rinceaux, où 9 oiseaux (8 huppes et 1 échassier) sont posés tandis qu'un lapin se dissimule sous le trône du roi.

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Psautier de Bonne de Luxembourg f.15 registre sup., Metropolitan Museum, New York.

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Le folio 83v : Psaume 52 Dixit insipiens in corde suo non est Deus. L'enluminure illustre le verset 1 "L'insensé dit en son cœur Il n'y a pas de Dieu" par un homme frappant de verges un buveur. Le fond bleu est animé parmi les rinceaux de deux singes en tournoi chevauchant un bouc et un lion ; d'un lièvre et d'un chien

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Psautier de Bonne de Luxembourg f. 83v. Metropolitan Museum Nex York

 

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Le folio 102v : le Psaume 68 Salvum me fac deus. "Sauve moi ô Dieu car les eaux menacent ma vie" est illustré par un roi nu, dans l'eau jusqu'au ventre, suppliant Dieu dans  les Cieux devant son navire échoué. Dans le fond brun rougeâtre, les feuillages donnent abri à deux oiseaux et deux lapins.

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Psautier de Bonne de Luxembourg f. 102r

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Folio 170r : Psaume 110 Dixit Dominus Domino meo sede a dextris meus. illustré par la la Trinité. Sur les rinceaux de vigne du fond bleu sont perchés divers oiseaux, tandis qu'un lapin est sur le banc.

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Psautier de Bonne de Luxembourg f. 170r. Metropolitan Museum.

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Folio 295v : un abbé franciscain contemplant le Crucifix. Jérémie 9 : Haa, dist-il. Qui dourra a mon chief caue. et a mes iex fontaine de lermes que ie puisse plourer  par [jour et par nuit les enfants de mon peuple]. Rinceaux blanc et bistre sur fond bleu, peuplé d'oiseaux, dont une huppe et un échassier.

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Folio 321v. Ci apres commence une moult merveilleuse et horrible exemplaire que l'en dist des iii vi[f]s et des iii mors. Sur le fond rougeâtre à rinceaux de feuilles bleues se trouvent cinq oiseaux et deux lapins.

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Folio 322r. Si come la matiere no9 conte, ils furent si duc ou conte Trois noble home de grant aroy  Et de gentil come fils a roy. Sur le rinceau du fond bleu et brun, un couple de deux animaux : un paon à gauche, et un chat à droite. Plus un autre oiseau.

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Folio 328r. Donateurs devant le Crucifix. "Ha homme et fame voy que sueffre pour toy. Voy ma douleur. mon angoysseus conroy. Je crie à toy tou dis, regarde donc et voy". C'est la Complainte du Crucifix, attestée aussi au XIIIe siècle dans les Heures à l'usage de Metz Paris, Arsenal ms 570 f.152,  au XIVe siècle dans les Heures en latin et en français... ms Paris Arsenal 288 f. 13-14, dans le Miracle Nostre-Dame BnF Paris fr. 12483 f. 42r col.2 et BnF fr. , au XVe siècle par 33 alexandrins rimés vers 1415 dans les Heures de Paris  (Chantilly, Musée Condé ms 0066-1383-) folio 150r-152r, ou enfin  au XVe siècle dans le ms de la Bibliothèque royale de La Haye 78J49.

Le fond accueille parmi les rinceaux quatre lapins, un échassier, une huppe, un renard et un (?) sanglier. J'ai montré aussi la marge, ornée du même décor de feuilles, de cigogne, de passeraux...

 

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Conclusion.

 

En conclusion, ce fond damassé à griffon— ou lion peut-être ailé—, remarquable par sa précocité dans l'art des vitraux (si la datation des panneaux est confirmée), n'a pas d'équivalent à Évreux, mais il est contemporain de l'apparition de fond à animaux dans les enluminures parisiennes, avant 1350. Néanmoins, le vitrail semble plus inspiré par les soieries d'Orient que ne le sont les enluminures, dans lesquelles les animaux sont ceux qui occupaient auparavant les marges pour participer à des drôleries, et dont les modèles n'étaient pas orientaux.

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La baie 206 du chœur de la cathédrale d'Évreux. Photographie lavieb-aile.

La baie 206 du chœur de la cathédrale d'Évreux. Photographie lavieb-aile.

La baie 206 du chœur de la cathédrale d'Évreux. Photographie lavieb-aile.

La baie 206 du chœur de la cathédrale d'Évreux. Photographie lavieb-aile.

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LE TYMPAN.

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La baie 206 du chœur de la cathédrale d'Évreux. Photographie lavieb-aile.

La baie 206 du chœur de la cathédrale d'Évreux. Photographie lavieb-aile.

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La baie 106 du trifolium. 3ème quart XVe siècle.

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La baie 106 du chœur de la cathédrale d'Évreux. Photographie lavieb-aile.

La baie 106 du chœur de la cathédrale d'Évreux. Photographie lavieb-aile.

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SOURCES ET LIENS.

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Stained-glass windows of Cathédrale Notre-Dame d'Évreux

https://commons.wikimedia.org/wiki/Category:Stained-glass_windows_of_Cath%C3%A9drale_Notre-Dame,_%C3%89vreux?uselang=fr

https://commons.wikimedia.org/wiki/Category:Baie_204_(Notre-Dame,_%C3%89vreux)?uselang=fr

BATISSIER, 1849, "Description des vitraux de la cathédrale d'Évreux", Revue de Rouen et de Normandie, volume 17.

https://books.google.fr/books?id=2L5DAAAAYAAJ&dq=%22MARTINUS%22+%22cath%C3%A9drale+d%27%C3%A9vreux%22+vitraux&hl=fr&source=gbs_navlinks_s

— BLUMENSHINE (Gary B. ),1990, Le vitrail du Triomphe de la Vierge d'Evreux et Louis XI. Le patronage artistique des Valois dans la Normandie du 15e siècle, Annales de Normandie  Année 1990  40-3-4  pp. 177-214

https://www.persee.fr/doc/annor_0003-4134_1990_num_40_3_1881

BONNENFANT (Georges),1939, Notre-Dame d’Evreux (Paris: H. Laurens, 1939), 43-44, pl. 16;

— BOUDOT ( Marcel), 1966,“Les verrières de la cathédrale d’Evreux: Cinq siècles d’histoire,” Nouvelles de l’Eure 27 (1966), 28-29.

— BOUSQUET (Jacques et Philippe), 2019, Donateurs avec la Madone, le cas de la cathédrale d'Evreux, site artiflexinopere.

https://artifexinopere.com/?p=17412

 

CHASSANT (Alphonse) ,1846,  : Histoire des évêques d'Évreux : avec des notes et des armoiries / par M. A. Chassant,... et M. G.-E. Sauvage,..1846.

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k95305k/f101.image

— FOSSEY Jules  1898, Monographie de la cathédrale d'Evreux par l'abbé Jules Fossey,... Illustrations de M. Paulin Carbonnier,...

— GATOUILLAT (Françoise), 2019, "French 14-th-century stained glass and other arts", in Investigations in Medieval Stained Glass, Materials, Methods and Expressions, Brill ed., pages 374-385

 — GATOUILLAT (Françoise), 2001, "Les vitraux de la cathédrale d'Évreux", in CALLIAS-BEY, M., CHAUSSÉ, V., GATOUILLAT, F., HÉROLD, M., Les vitraux de Haute-Normandie, Corpus Vitrearum France, Recensement des vitraux anciens vol. VI, Ed du CNRS / Monum ed. du patrimoine. Paris, pages 143-161.

GAVET Philippe, Si l'art m'était conté. La cathédrale d'Évreux.

  http://www.philippe-gavet.fr/05/36/index.html

GOSSE-KISCHINEWSKI  ( Annick ) et  Françoise Gatouillat, La cathédrale d’Evreux, Evreux, Hérissey, 1997.

GOSSE-KISCHINEWSKI  ( Annick ), HENRY (Virginie), 2016, Unité Départementale de l'Architecture et du Patrimoine de l'Eure (DRAC Normandie) Connaissance n°07

http://www.eure.gouv.fr/content/download/18041/123811/file/ESSENTIEL_CONNAISSANCE_07%20Historique%20complet%20de%20la%20Cath%C3%A9drale%20d'Evreux.pdf

— KURMANN-SCHWARZ (Brigitte), LAUTIER  (Claudine), 2009, « Le vitrail médiéval en Europe : dix ans d’une recherche foisonnante », Perspective [En ligne], 1 | 2009, mis en ligne le 21 février 2018, consulté le 01 novembre 2019.

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— LAFOND (Jean), 1953, "Le vitrail en Normandie de 1250 à 1300", Bulletin Monumental  Année 1953  111-4  pp. 317-358

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— LEBEURIER (P-F.), 1868,  Description de la Cathédrale d'Evreux accompagnée d'une vue générale et d'un plan géométrique, Huet ed., Evreux 1868

 

https://archive.org/details/bub_gb_TYdZAAAAYAAJ/page/n29 

— LILLICH (Meredith Parsons), 1986, “European Stained Glass around 1300: The Introduction of Silver Stain,” Europäische Kunst um 1300 6, Akten des XXV. Internationalen Kongresses für Kunstgeschichte, Gerhard Schmidt and Elizabeth Liskar, eds. (Wien, Köln and Graz: Hermann Böhlaus Nachf., 1986).

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— LILLICH (Meredith Parsons), 1992, "Heraldry and Patronage in the Lost Windows of Saint-Nicaise de Reims.", L'Art et les revolutions, 27e Congres international d'histoire de l'art, vol. 8 (Strasbourg: 1992), pp. 71-102.

https://www.academia.edu/36414224/_Heraldry_and_Patronage_in_the_Lost_Windows_of_Saint-Nicaise_de_Reims_

 

— LILLICH (Meredith Parsons),  1970, The Band Window: A Theory of Origin and Development, Gesta, Vol. 9, No. 1 (1970), pp. 26-33 Published by: The University of Chicago Press on behalf of the International Center of Medieval Art

https://www.academia.edu/35604582/_The_Band_Window_A_Theory_of_Origin_and_Development_

— LAUTIER (Claudine), 2000, Les débuts du jaune d'argent dans l'art du vitrail ou le jaune d'argent à la manière d'Antoine de Pise, Bulletin Monumental  Année 2000  158-2  pp. 89-107

https://www.persee.fr/doc/bulmo_0007-473x_2000_num_158_2_2371

— Monuments historiques, Notre-Dame-d'Evreux

http://monumentshistoriques.free.fr/cathedrales/evreux/vitraux/1.html

— xxx

http://evreux.catholique.fr/contenu/documents/services/cathedrale_Evreux-bestiaire.pdf

—  Patrimoine-histoire.fr, Patrimoine/Evreux/Evreux-Notre-Dame

http://www.patrimoine-histoire.fr/Patrimoine/Evreux/Evreux-Notre-Dame.htm

https://www.patrimoine-histoire.fr/Patrimoine/Evreux/Evreux-NotreDame_v8.htm

— http://www.evreux-histoire.com/evreux-3-1-0.html#icono2

 

INFLUENCES : ENLUMINURES ET ORFÈVRERIE.

 

a) Jean Pucelle :

 

"On associe son nom à trois œuvres, dont deux ont été exécutées en collaboration : le Bréviaire de Belleville et la Bible de Robert de Billyng (Paris, B. N.) ; la troisième, sûrement de sa main, est un " petit livret d'oraisons que Pucelle enlumina ", commandé entre 1325 et 1328 par le roi Charles IV pour sa femme, la reine Jeanne d'Évreux, et identifié aujourd'hui avec un petit livre d'heures (New York, Cloisters). Toutefois, la critique moderne, grâce à des rapprochements stylistiques, s'est efforcée d'attribuer à l'atelier de l'artiste une production beaucoup plus riche ; il s'agit en général de livres commandés par de très grands personnages, tels le Bréviaire de Blanche de France, les Heures de Jeanne de Savoie, le Psautier de la reine Bonne de Luxembourg, les Heures de Jeanne II de Navarre, les Heures de Yolande de Flandre. De plus, il est intéressant de constater une parenté de style entre l'art de Pucelle et les émaux translucides qui ornent la base de la célèbre Vierge d'argent doré, dite " de Jeanne d'Évreux " et datée de 1339 (Louvre). Le Bréviaire de Belleville et les Heures d'Évreux sont des œuvres vraiment représentatives de la manière de Jean Pucelle : il s'y révèle un artiste de premier plan. […]  l'artiste arrive à dépasser ses prédécesseurs au moyen de la technique : s'il utilise le contour noir, le pointillé foncé, le contour rouge avec des ombres de sanguine et des couleurs brillantes, dans les Heures de Jeanne d'Évreux, il découvre surtout le lavis en grisaille rehaussé de couleurs, nouveauté qui, par son effet de monochromie, lui permet d'assurer à la page une plus grande unité décorative, à ses personnages une plus grande plasticité, au style une plus grande spontanéité. Subit-il en cela l'influence du vitrail contemporain ? Connaît-il les trouvailles de Giotto ?"

https://www.larousse.fr/encyclopedie/peinture/Pucelle/153981

Les  Heures (1324-1328) de Jeanne d'Évreux, reine de France (1329-1349) 

https://www.metmuseum.org/art/collection/search/70010733

 

— Le bréviaire de Belleville : Breviarium ad usum fratrum Predicatorum dit Bréviaire de Belleville. Ce manuscrit destiné à suivre les prières durant la célébration de la messe comprend deux volumes, l'un destiné aux prières pendant l'été (volume 1), l'autre pendant l'hiver (volume 2). BnF lat. 10483 et 10484.

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b8447295h

— Bible de Robert de Billying BnF  latin 11935   Décoration achevée en 1327.

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b105097447 

 — Bréviaire de Jeanne d'Évreux : ms. Chantilly, Musée Condé 51

http://initiale.irht.cnrs.fr/codex/10299 

Manuscrit de Gautier de Coincy, Miracles de Nostre Dame (Livres I et II) pour Jeanne de Bourgogne, Paris, BnF, NAF 24541

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b6000451c

— Influence : Heures à l'usage d'Amiens

http://initiale.irht.cnrs.fr/codex/6048/659

— BLUM (Rudolf ), 1949, Jean Pucelle et la miniature parisienne du XIVe siècle  Scriptorium  Année 1949  3-2  pp. 211-217

https://www.persee.fr/doc/scrip_0036-9772_1949_num_3_2_2230

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b) Jean le Noir, Jean Mahiet et autres artistes issus de l'atelier de Jean Pucelle : Bourgot, fille de Jean Le Noir 

Heures de Jeanne de Navarre BnF NAL 3145 réalisé vers 1330-1340.

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b10025448r

Heures de Bonne de Luxembourg, Jean le Noir, avant 1349. Metropolitan Museum. New York, Cloisters, MS 69.86

https://www.metmuseum.org/art/collection/search/70012435 .

— Heures de Yolande de Flandre, 1353-1363, Londres, Brit. Mus., Yates Thompson, ms 27, par Jean le Noir ou sa fille Bourgot.

https://www.bl.uk/catalogues/illuminatedmanuscripts/record.asp?MSID=6440&CollID=58&NStart=27

 

Heures de Jeanne de Savoie 

http://www.calames.abes.fr/pub/#details?id=IF3030001

Orfèvrerie :La Vierge d'Évreux.

. La fille de Louis d'Évreux et de Marguerite d'Artois, Jeanne d'Évreux, deviendra reine de France de 1325 à 1328  par son mariage avec Charles IV le Bel. Veuve et douairière depuis 1328,  elle fut enterrée à sa mort en 1371 à l'abbaye de Saint-Denis. Or, l'enlumineur Jean Pucelle (dont l'influence sur les cartons des vitraux d'Evreux après 1330 est reconnue) a orné le Livre d'Heures de Jeanne d'Évreux entre 1325 et 1328 et son Bréviaire à l'usage des franciscains après 1325. Une autre influence exercée sur la peinture sur verre de l'époque est celle de l'orfèvrerie, et on se reportera à la statue en argent doré de 69 cm de la Vierge à l'Enfant, réalisée entre 1324 et 1339, pour la comparer aux Vierges des baies du XIVe siècle d'Évreux.

Orfèvrerie : statue de la Vierge à l'Enfant offerte par Jeanne d'Evreux en 1339 à Saint-Denis.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Vierge_%C3%A0_l%27Enfant_(Jeanne_d%27%C3%89vreux)

 

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Published by jean-yves cordier - dans Vitraux Évreux

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  • "Il faudrait voir sur chaque objet que tout détail est aventure" ( Guillevic, Terrraqué).  "Les vraies richesses, plus elles sont  grandes, plus on a de joie à les donner." (Giono ) "Délaisse les grandes routes, prends les sentiers !" (Pythagore)
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