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1 décembre 2022 4 01 /12 /décembre /2022 12:11

La charpente sculptée de l'église de Pleyben : les 20 abouts de poinçon du bras sud du transept (Maître de Pleyben, v.1571). De singuliers  acrobates avec entraves.

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1°)  Voir sur l'église de Pleyben :

 

 

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2°) Sur les chapelles de Pleyben :

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3°) Sur la charpente de l'église de Pleyben :

 

Sur les réalisations du Maître de Pleyben (1567-1576), attribution par S. Duhem :

 

Attribution personnelle possible au Maître de Pleyben : Bodilis, Saint-Sébastien,  et Roscoff. 

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Et enfin :

 

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PRÉSENTATION.

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Le but de cet article est d'approfondir l'étude des abouts de poinçon ( voir définition et schéma ici), ces parties sculptées verticales de la charpente qui rythment le haut des lambris et qui échappent souvent à notre curiosité déjà bien absorbé par l'examen des sablières et des blochets. À Pleyben, leur nombre est considérable, je me limite au bras sud du transept.

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À Pleyben, comme à Bodilis et sur d'autres charpentes du Maître de Pleyben et d'autres charpentiers "ymagiers" (Saint-Tugen à Primelin, Grâces à Guingamp, La Roche-Maurice), ces abouts de poinçon réservent de belles surprises à l'amateur de figures profanes et truculentes. 

Ici, c'est particulièrement le motif de l'acrobate qui est richement traité, dans sa posture en renversement, bien adaptée à la forme ramassée de l'about de poinçon : le corps forme un arc de cercle et les jambes se positionnent derrière le dos, les pieds contre les épaules.

Une posture paradoxalement proche, car tout aussi compatible avec la forme de l'about,  est finalement celle de l'ange saisi en vol, lui aussi avec  les genoux repliés et les pieds à la hauteur des épaules.

Si bien que parmi les 20 abouts de poinçon du bras sud du transept, on dénombre, outre  6 fleurons et 1 vieillard lubrique, 6 anges, et 8 personnages en posture acrobatique.

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Mais ce qui fait l'originalité des acrobates de Pleyben, c'est qu'ils utilisent, pour beaucoup d'entre eux, un appareillage d'entrave, complexe et insolite, des jambes.

Je n'ai pas trouvé d'autres exemples de ces entraves ailleurs, ni pour la période contemporaine (Renaissance), ni pour la période médiévale dans l'art roman ou gothique. Ces particularités n'ont pas été signalées par les auteurs cités en bibliographie.

C'est dire l'intérêt majeur  de ces figures. Mais leur examen est difficile, car, pour les observer, il faut multiplier les points de vue dans l'église.

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Liste ( en partant de la périphérie de la croisée) :


 

20. Le masque : homme à bonnet rouge à rabats se caressant la barbe.

19. Ange tenant un cartouche à cuir découpé à enroulement avec une inscription peinte de 1858.

14 à 18 : fleurons.

13. Ange en robe bleue jouant d'un luth à trois cordes.

12. Deux musiciens (trompette et battement de mains) ayant les pieds entravés par un joug.

11. Acrobate aux chevilles liées et se tenant à un baquet blanc.

10. Fleuron percé de deux orifices (suspension).

9. Acrobate ou contorsionniste sur un chevalet complexe.

8. Ange tenant un panneau ovale : ébauche de luth ?

7. Ange à robe bleue ourlée d'or,  bras croisés sur la poitrine.

6. Deux hommes (acrobates) liés par la taille, tenant chacun un gourdin et saisissant de l'autre main leur cheville.

5. Ange aptère à jupe bleue et or jouant (??) d'une trompe (brisée).

4. L'acrobate bleu et brun tenant sa cheville dans une pince.

3.L'ange à la tunique vert-d'eau et aux ailes dorées.

2. Un fleuron

1. Le joueur de percussion.


 

 

 

Sur la figure de l'acrobate, voir :

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Sur les acrobates sculptés en pierre  sur les crossettes ou les porches :

 

 

—Les acrobates sculptés en bois sur les charpentes ou les miséricordes: 

 


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Les abouts de poinçon du bras sud du transept (Maître de Pleyben, v.1571). Photographie lavieb-aile 2022.

Les abouts de poinçon du bras sud du transept (Maître de Pleyben, v.1571). Photographie lavieb-aile 2022.

Les abouts de poinçon du bras sud du transept (Maître de Pleyben, v.1571). Photographie lavieb-aile 2022.

Les abouts de poinçon du bras sud du transept (Maître de Pleyben, v.1571). Photographie lavieb-aile 2022.

Les abouts de poinçon du bras sud du transept (Maître de Pleyben, v.1571). Photographie lavieb-aile 2022.

Les abouts de poinçon du bras sud du transept (Maître de Pleyben, v.1571). Photographie lavieb-aile 2022.

Les abouts de poinçon du bras sud du transept (Maître de Pleyben, v.1571). Photographie lavieb-aile 2022.

Les abouts de poinçon du bras sud du transept (Maître de Pleyben, v.1571). Photographie lavieb-aile 2022.

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20 Le masque : homme à bonnet rouge à rabats se caressant la barbe.

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La figure du vieillard se caressant la barbe est déjà présente dans les modillons romans, son geste passant comme lubrique. Elle est largement reprise dans la sculpture sur pierre et sur bois du XVe siècle.

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Les abouts de poinçon du bras sud du transept (Maître de Pleyben, v.1571). Photographie lavieb-aile 2022.

Les abouts de poinçon du bras sud du transept (Maître de Pleyben, v.1571). Photographie lavieb-aile 2022.

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19. Ange tenant un cartouche à cuir découpé à enroulement avec une inscription peinte.

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L'inscription indique :

PEINT EN 1858 PAR PIERRE SAVARY GOURMELIN BATISTE.

Je n'ai pu trouver des renseignements sur ces peintres. Ils ont repeint les sculptures  qui restent, elles, du XVIe siècle.

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L'ange est aptère, j'aurai pu le décrire comme une jeune femme en corsage jaune à manches courtes très bouffantes et jupe bleue. Les manches rappellent fortement celles des anges qui tiennent les cartouches des sablières des années 1571.

 

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Les abouts de poinçon du bras sud du transept (Maître de Pleyben, v.1571). Photographie lavieb-aile 2022.

Les abouts de poinçon du bras sud du transept (Maître de Pleyben, v.1571). Photographie lavieb-aile 2022.

Les abouts de poinçon du bras sud du transept (Maître de Pleyben, v.1571). Photographie lavieb-aile 2022.

Les abouts de poinçon du bras sud du transept (Maître de Pleyben, v.1571). Photographie lavieb-aile 2022.

Les abouts de poinçon du bras sud du transept (Maître de Pleyben, v.1571). Photographie lavieb-aile 2022.

Les abouts de poinçon du bras sud du transept (Maître de Pleyben, v.1571). Photographie lavieb-aile 2022.

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14 à 18 : fleurons.

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Les abouts de poinçon du bras sud du transept (Maître de Pleyben, v.1571). Photographie lavieb-aile 2022.

Les abouts de poinçon du bras sud du transept (Maître de Pleyben, v.1571). Photographie lavieb-aile 2022.

Les abouts de poinçon du bras sud du transept (Maître de Pleyben, v.1571). Photographie lavieb-aile 2022.

Les abouts de poinçon du bras sud du transept (Maître de Pleyben, v.1571). Photographie lavieb-aile 2022.

Les abouts de poinçon du bras sud du transept (Maître de Pleyben, v.1571). Photographie lavieb-aile 2022.

Les abouts de poinçon du bras sud du transept (Maître de Pleyben, v.1571). Photographie lavieb-aile 2022.

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13. Ange en robe bleue jouant d'un luth à trois cordes pincées.

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L'instrument est représenté de façon schématique (luth, guiterne, mandore/mandole...), sans ouïe, sans chevillier, mais le geste des deux mains est précisément rendu, notamment pour la main droite pinçant la corde basse entre pouce et index, sans plectre.

La femme est si gracieuse que je la qualifie d'ange, d'autant que ses manches courtes, amples, bouffantes en plis concentriques sont semblables à celles des anges présentant, sur les sablières de Pleyben, Kerjean et Sainte-Marie-du-Menez-Hom, les cartouches.

Son cou tendu, son visage inspiré rendent presque audible son jeu.

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Les abouts de poinçon du bras sud du transept (Maître de Pleyben, v.1571). Photographie lavieb-aile 2022.

Les abouts de poinçon du bras sud du transept (Maître de Pleyben, v.1571). Photographie lavieb-aile 2022.

Les abouts de poinçon du bras sud du transept (Maître de Pleyben, v.1571). Photographie lavieb-aile 2022.

Les abouts de poinçon du bras sud du transept (Maître de Pleyben, v.1571). Photographie lavieb-aile 2022.

Les abouts de poinçon du bras sud du transept (Maître de Pleyben, v.1571). Photographie lavieb-aile 2022.

Les abouts de poinçon du bras sud du transept (Maître de Pleyben, v.1571). Photographie lavieb-aile 2022.

Les abouts de poinçon du bras sud du transept (Maître de Pleyben, v.1571). Photographie lavieb-aile 2022.

Les abouts de poinçon du bras sud du transept (Maître de Pleyben, v.1571). Photographie lavieb-aile 2022.

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12. Deux acrobates, l'un jouant de la trompette et l'autre battant la mesure,  ayant  les pieds entravés par un joug.

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C'est l'une des figures énigmatiques d'acrobates ; les deux personnages portent des bonnets et sont imberbes et joufflus, ils sont fusionnés comme des siamois, si bien qu'ils ont en commun une seule paire de jambes, à pantalons blancs et pieds nus : ce sont ces jambes qui sont réunis par une entrave verte, dont on perd le contour.

Les couleurs des coiffures (verte et jaune) et des plastrons (jaune et verte) sont croisés, et ce mélange de couleurs assez mal vues dans la société, du moins médiévale (cf. Michel Pastoureau) renforce l'idée que ces musiciens sont des saltimbanques.

Du bassin du personnage vêtu de jaune part un rouleau enroulé en tours de spires, comme une couverture roulée, dont il est difficile de comprendre la signification.

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Les abouts de poinçon du bras sud du transept (Maître de Pleyben, v.1571). Photographie lavieb-aile 2022.

Les abouts de poinçon du bras sud du transept (Maître de Pleyben, v.1571). Photographie lavieb-aile 2022.

Les abouts de poinçon du bras sud du transept (Maître de Pleyben, v.1571). Photographie lavieb-aile 2022.

Les abouts de poinçon du bras sud du transept (Maître de Pleyben, v.1571). Photographie lavieb-aile 2022.

Les abouts de poinçon du bras sud du transept (Maître de Pleyben, v.1571). Photographie lavieb-aile 2022.

Les abouts de poinçon du bras sud du transept (Maître de Pleyben, v.1571). Photographie lavieb-aile 2022.

Les abouts de poinçon du bras sud du transept (Maître de Pleyben, v.1571). Photographie lavieb-aile 2022.

Les abouts de poinçon du bras sud du transept (Maître de Pleyben, v.1571). Photographie lavieb-aile 2022.

Les abouts de poinçon du bras sud du transept (Maître de Pleyben, v.1571). Photographie lavieb-aile 2022.

Les abouts de poinçon du bras sud du transept (Maître de Pleyben, v.1571). Photographie lavieb-aile 2022.

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11. Acrobate aux deux chevilles liées, tenant un baquet blanc.

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Nouvelle énigme avec ce personnage barbu, à la tête engoncée dans les épaules  et aux grands yeux au regard lourd, qui, vu de face, semble tenir sous lui par des poignées une sorte de baquet blanc à flanc crénelé.

Vu de l'arrière, les jambes apparaissent très fléchies derrière les épaules, et les chevilles sont entravées par un joug bilobé dont on perd, vers le dos, le contour.

Le personnage porte un pantalon troué au niveau des genoux par des taillades.

La couleur verte de cet acrobate n'est pas innocente et souligne sa marginalité ; mais les couleurs d'origine ont-elles été retrouvées et respectées lors de la restauration de 1858 ?

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Les abouts de poinçon du bras sud du transept (Maître de Pleyben, v.1571). Photographie lavieb-aile 2022.

Les abouts de poinçon du bras sud du transept (Maître de Pleyben, v.1571). Photographie lavieb-aile 2022.

Les abouts de poinçon du bras sud du transept (Maître de Pleyben, v.1571). Photographie lavieb-aile 2022.

Les abouts de poinçon du bras sud du transept (Maître de Pleyben, v.1571). Photographie lavieb-aile 2022.

Les abouts de poinçon du bras sud du transept (Maître de Pleyben, v.1571). Photographie lavieb-aile 2022.

Les abouts de poinçon du bras sud du transept (Maître de Pleyben, v.1571). Photographie lavieb-aile 2022.

Les abouts de poinçon du bras sud du transept (Maître de Pleyben, v.1571). Photographie lavieb-aile 2022.

Les abouts de poinçon du bras sud du transept (Maître de Pleyben, v.1571). Photographie lavieb-aile 2022.

Les abouts de poinçon du bras sud du transept (Maître de Pleyben, v.1571). Photographie lavieb-aile 2022.

Les abouts de poinçon du bras sud du transept (Maître de Pleyben, v.1571). Photographie lavieb-aile 2022.

Les abouts de poinçon du bras sud du transept (Maître de Pleyben, v.1571). Photographie lavieb-aile 2022.

Les abouts de poinçon du bras sud du transept (Maître de Pleyben, v.1571). Photographie lavieb-aile 2022.

Les abouts de poinçon du bras sud du transept (Maître de Pleyben, v.1571). Photographie lavieb-aile 2022.

Les abouts de poinçon du bras sud du transept (Maître de Pleyben, v.1571). Photographie lavieb-aile 2022.

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10. Fleuron, percé de deux orifices (suspension ?).

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Ce fleuron peut servir de poulie pour la suspension d'un lustre, ou d'un accessoire liturgique.

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Les abouts de poinçon du bras sud du transept (Maître de Pleyben, v.1571). Photographie lavieb-aile 2022.

Les abouts de poinçon du bras sud du transept (Maître de Pleyben, v.1571). Photographie lavieb-aile 2022.

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9. Acrobate ou contorsionniste.

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La tête de cet acrobate est semblable à celle du précédent : barbe en bouc et grands yeux lourds. Elle est encadrée par deux bras nus, qu'on peine à rattacher au reste du corps, peint en vert. En arrière, deux jambes nues s'achèvent par des pieds en position peu anatomique, tournés vers l'intérieur, et dont la pointe s'appuie (ou est bloquée) par un chevalet qui se prolonge vers les bras. 

Est-ce là la performance d'un contorsionniste ?

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Les abouts de poinçon du bras sud du transept (Maître de Pleyben, v.1571). Photographie lavieb-aile 2022.

Les abouts de poinçon du bras sud du transept (Maître de Pleyben, v.1571). Photographie lavieb-aile 2022.

Les abouts de poinçon du bras sud du transept (Maître de Pleyben, v.1571). Photographie lavieb-aile 2022.

Les abouts de poinçon du bras sud du transept (Maître de Pleyben, v.1571). Photographie lavieb-aile 2022.

Les abouts de poinçon du bras sud du transept (Maître de Pleyben, v.1571). Photographie lavieb-aile 2022.

Les abouts de poinçon du bras sud du transept (Maître de Pleyben, v.1571). Photographie lavieb-aile 2022.

Les abouts de poinçon du bras sud du transept (Maître de Pleyben, v.1571). Photographie lavieb-aile 2022.

Les abouts de poinçon du bras sud du transept (Maître de Pleyben, v.1571). Photographie lavieb-aile 2022.

Les abouts de poinçon du bras sud du transept (Maître de Pleyben, v.1571). Photographie lavieb-aile 2022.

Les abouts de poinçon du bras sud du transept (Maître de Pleyben, v.1571). Photographie lavieb-aile 2022.

Les abouts de poinçon du bras sud du transept (Maître de Pleyben, v.1571). Photographie lavieb-aile 2022.

Les abouts de poinçon du bras sud du transept (Maître de Pleyben, v.1571). Photographie lavieb-aile 2022.

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8. Ange tenant un panneau (ou instrument ?) ovale.

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Cet ange (ou du moins cette femme, saisie en vol avec sa robe modelée par l'élan) est proche de celui de l'about n°13, et ce qu'il porte sur lui est sans doute l'ébauche d'un luth : on retrouve le geste assez précis de pincement des cordes.

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Les abouts de poinçon du bras sud du transept (Maître de Pleyben, v.1571). Photographie lavieb-aile 2022.

Les abouts de poinçon du bras sud du transept (Maître de Pleyben, v.1571). Photographie lavieb-aile 2022.

Les abouts de poinçon du bras sud du transept (Maître de Pleyben, v.1571). Photographie lavieb-aile 2022.

Les abouts de poinçon du bras sud du transept (Maître de Pleyben, v.1571). Photographie lavieb-aile 2022.

Les abouts de poinçon du bras sud du transept (Maître de Pleyben, v.1571). Photographie lavieb-aile 2022.

Les abouts de poinçon du bras sud du transept (Maître de Pleyben, v.1571). Photographie lavieb-aile 2022.

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7. Ange à robe bleue ourlée d'or,  bras croisés sur la poitrine.

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Les abouts de poinçon du bras sud du transept (Maître de Pleyben, v.1571). Photographie lavieb-aile 2022.

Les abouts de poinçon du bras sud du transept (Maître de Pleyben, v.1571). Photographie lavieb-aile 2022.

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6. Deux hommes (acrobates) liés par la taille, tenant chacun un gourdin et saisissant de l'autre main leur cheville.

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On retrouve la couleur verte d'un des deux bateleurs. Ils sont tous les deux barbus, et vêtus d'une tunique à manches bouffantes aux épaules. L'un porte un bonnet, l'autre, vêtu de marron, est tête nue.  Les jambes sont nues mais les pieds sont chaussés. 

Ils s'écartent et semblent vouloir se frapper mutuellement de leur gourdin, même s'ils ne se regardent pas.

La jambe droite de l'homme en vert manque, comme par un phénomène de fusion.

Leur geste de préhension de leur cheville est si caractéristique des acrobates et autres personnages licencieux des monuments du XV et XVIe siècle qu'il leur est une sorte d'attribut. Dans le contexte de cette série, il peut passer pour une contrainte que s'impose les protagonistes pour faire preuve de leur virtuosité, comme, ailleurs, les entraves.

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Les abouts de poinçon du bras sud du transept (Maître de Pleyben, v.1571). Photographie lavieb-aile 2022.

Les abouts de poinçon du bras sud du transept (Maître de Pleyben, v.1571). Photographie lavieb-aile 2022.

Les abouts de poinçon du bras sud du transept (Maître de Pleyben, v.1571). Photographie lavieb-aile 2022.

Les abouts de poinçon du bras sud du transept (Maître de Pleyben, v.1571). Photographie lavieb-aile 2022.

Les abouts de poinçon du bras sud du transept (Maître de Pleyben, v.1571). Photographie lavieb-aile 2022.

Les abouts de poinçon du bras sud du transept (Maître de Pleyben, v.1571). Photographie lavieb-aile 2022.

Les abouts de poinçon du bras sud du transept (Maître de Pleyben, v.1571). Photographie lavieb-aile 2022.

Les abouts de poinçon du bras sud du transept (Maître de Pleyben, v.1571). Photographie lavieb-aile 2022.

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5. Ange aptère à robe bleue et tunique or jouant  d'une trompette (brisée).

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La jeune femme lève la main droite pour exprimer le message ou la convocation qu'elle diffuse en soufflant dans sa trompe. On retrouve les bras nus émergeant de manches courtes bouffantes des anges précédents.

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Les abouts de poinçon du bras sud du transept (Maître de Pleyben, v.1571). Photographie lavieb-aile 2022.

Les abouts de poinçon du bras sud du transept (Maître de Pleyben, v.1571). Photographie lavieb-aile 2022.

Les abouts de poinçon du bras sud du transept (Maître de Pleyben, v.1571). Photographie lavieb-aile 2022.

Les abouts de poinçon du bras sud du transept (Maître de Pleyben, v.1571). Photographie lavieb-aile 2022.

Les abouts de poinçon du bras sud du transept (Maître de Pleyben, v.1571). Photographie lavieb-aile 2022.

Les abouts de poinçon du bras sud du transept (Maître de Pleyben, v.1571). Photographie lavieb-aile 2022.

Les abouts de poinçon du bras sud du transept (Maître de Pleyben, v.1571). Photographie lavieb-aile 2022.

Les abouts de poinçon du bras sud du transept (Maître de Pleyben, v.1571). Photographie lavieb-aile 2022.

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4. L'acrobate bleu et brun saisissant sa cheville grâce à une pince.

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Un acrobate apporte toujours avec lui ses valeurs ou contre-valeurs de rupture avec l'ordre conventionnel et de pratique ludique alors condamnée, comme le théâtre et les arts de tréteaux, par l'Église. Mais cette dernière tolérait cette transgression, et mieux, elle lui donnait une place, notamment dans les hauteurs de ses sanctuaires, sans que l'on puisse dire jamais si il s'agit d'un exutoire, d'une condamnation de Mal, ou d'une capacité à conjoindre les contraires pour mieux proclamer la gloire divine. Je renvoie à Michael Bakhtine et la carnavalisation médiévale, ou à la Fête des Fous instituée à la Sainte Chapelle pour les enfants de chœur, etc., 

 Le geste de la préhension des pieds très fréquemment représenté sous forme de crossettes, et auparavant sous forme de modillons romans en sculpture sur pierre. Il possède manifestement une valeur érotique. Ici, notre acrobate réussit un spectaculaire renversement postérieur associé à une rotation du tronc, mais surtout, il s'impose deux contraintes : la préhension de sa cheville, du côté où il est tourné, mais aussi la préhension de la cheville gauche, plus éloignée, par l'intermédiaire d'une grande  pince : un nouvel exemple d'entrave.

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Les abouts de poinçon du bras sud du transept (Maître de Pleyben, v.1571). Photographie lavieb-aile 2022.

Les abouts de poinçon du bras sud du transept (Maître de Pleyben, v.1571). Photographie lavieb-aile 2022.

Les abouts de poinçon du bras sud du transept (Maître de Pleyben, v.1571). Photographie lavieb-aile 2022.

Les abouts de poinçon du bras sud du transept (Maître de Pleyben, v.1571). Photographie lavieb-aile 2022.

Les abouts de poinçon du bras sud du transept (Maître de Pleyben, v.1571). Photographie lavieb-aile 2022.

Les abouts de poinçon du bras sud du transept (Maître de Pleyben, v.1571). Photographie lavieb-aile 2022.

Les abouts de poinçon du bras sud du transept (Maître de Pleyben, v.1571). Photographie lavieb-aile 2022.

Les abouts de poinçon du bras sud du transept (Maître de Pleyben, v.1571). Photographie lavieb-aile 2022.

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3. L'ange à la tunique vert-d'eau et aux ailes dorées.

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Il vole, une main sur le chœur et l'autre dressée, inspirée et déclamative.

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Les abouts de poinçon du bras sud du transept (Maître de Pleyben, v.1571). Photographie lavieb-aile 2022.

Les abouts de poinçon du bras sud du transept (Maître de Pleyben, v.1571). Photographie lavieb-aile 2022.

Les abouts de poinçon du bras sud du transept (Maître de Pleyben, v.1571). Photographie lavieb-aile 2022.

Les abouts de poinçon du bras sud du transept (Maître de Pleyben, v.1571). Photographie lavieb-aile 2022.

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2. Un fleuron vert et rouge.

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Les abouts de poinçon du bras sud du transept (Maître de Pleyben, v.1571). Photographie lavieb-aile 2022.

Les abouts de poinçon du bras sud du transept (Maître de Pleyben, v.1571). Photographie lavieb-aile 2022.

Les abouts de poinçon du bras sud du transept (Maître de Pleyben, v.1571). Photographie lavieb-aile 2022.

Les abouts de poinçon du bras sud du transept (Maître de Pleyben, v.1571). Photographie lavieb-aile 2022.

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1. Le homme tenant un vase et une coupe.

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J'avais précédemment pensé qu'il s'agissait d'un musicien dansant en agitant des boites à rythme, car j'interprétais les objets blancs resserrés au centre qu'il tenait comme deux petits tambours, la partie évasée me semblant recouverte d'une peau. Je retrouvais le bonnet  de musicien (voir le sonneur de cornemuse du blochet sud de la nef). La tunique bleu-gris est rayée sur le torse comme la livrée d'un domestique, serrée à la taille avant de se terminer par une fronce charmante, caractéristique du sculpteur (voir les anges présentateurs de cuir à Kerjean, par exemple).

Mais en multipliant les point de vues, je découvre qu'il tient dans la main droite un pichet saisi par une anse. Ce serait un joyeux buveur , et ce serait une coupe qu'il tiendrait de la main gauche pour la rapprocher de ses lèvres.

Il est, comme les acrobates et les anges, très cambré, ses jambes couvertes par la robe bleue atteignant l'arrière des épaules.

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Les abouts de poinçon du bras sud du transept (Maître de Pleyben, v.1571). Photographie lavieb-aile 2022.

Les abouts de poinçon du bras sud du transept (Maître de Pleyben, v.1571). Photographie lavieb-aile 2022.

Les abouts de poinçon du bras sud du transept (Maître de Pleyben, v.1571). Photographie lavieb-aile 2022.

Les abouts de poinçon du bras sud du transept (Maître de Pleyben, v.1571). Photographie lavieb-aile 2022.

Les abouts de poinçon du bras sud du transept (Maître de Pleyben, v.1571). Photographie lavieb-aile 2022.

Les abouts de poinçon du bras sud du transept (Maître de Pleyben, v.1571). Photographie lavieb-aile 2022.

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0. L'élément central de la croisée  : quatre anges du Jugement sonnant de la trompe.

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Les abouts de poinçon du bras sud du transept (Maître de Pleyben, v.1571). Photographie lavieb-aile 2022.

Les abouts de poinçon du bras sud du transept (Maître de Pleyben, v.1571). Photographie lavieb-aile 2022.

Les abouts de poinçon du bras sud du transept (Maître de Pleyben, v.1571). Photographie lavieb-aile 2022.

Les abouts de poinçon du bras sud du transept (Maître de Pleyben, v.1571). Photographie lavieb-aile 2022.

Les abouts de poinçon du bras sud du transept (Maître de Pleyben, v.1571). Photographie lavieb-aile 2022.

Les abouts de poinçon du bras sud du transept (Maître de Pleyben, v.1571). Photographie lavieb-aile 2022.

Les abouts de poinçon du bras sud du transept (Maître de Pleyben, v.1571). Photographie lavieb-aile 2022.

Les abouts de poinçon du bras sud du transept (Maître de Pleyben, v.1571). Photographie lavieb-aile 2022.

Les abouts de poinçon du bras sud du transept (Maître de Pleyben, v.1571). Photographie lavieb-aile 2022.

Les abouts de poinçon du bras sud du transept (Maître de Pleyben, v.1571). Photographie lavieb-aile 2022.

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BONUS : L'ENTRAIT DE LA CROISÉE SUD ET SON NOEUD : DEUX ANGES, JAMBES ECARTÉES, DANS DES CUIRS À ENROULEMENT.

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Vue du côté sud.

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L'entrait du bras sud du transept (Maître de Pleyben, v.1571). Photographie lavieb-aile 2022.

L'entrait du bras sud du transept (Maître de Pleyben, v.1571). Photographie lavieb-aile 2022.

L'entrait du bras sud du transept (Maître de Pleyben, v.1571). Photographie lavieb-aile 2022.

L'entrait du bras sud du transept (Maître de Pleyben, v.1571). Photographie lavieb-aile 2022.

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Vue depuis le centre de la croisée.

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L'entrait du bras sud du transept (Maître de Pleyben, v.1571). Photographie lavieb-aile 2022.

L'entrait du bras sud du transept (Maître de Pleyben, v.1571). Photographie lavieb-aile 2022.

Le bras sud du transept (Maître de Pleyben, v.1571). Photographie lavieb-aile 2022.

Le bras sud du transept (Maître de Pleyben, v.1571). Photographie lavieb-aile 2022.

La charpente de la croisée du transept (Maître de Pleyben, v.1571). Photographie lavieb-aile 2022.

La charpente de la croisée du transept (Maître de Pleyben, v.1571). Photographie lavieb-aile 2022.

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DISCUSSION : LES ACROBATES DANS LES ÉGLISES : ACROBATIE ET ART SACRÉ.

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Lorsqu'on découvre un acrobate à l'intérieur ou l'extérieur d'un édifice religieux médiéval ou Renaissance, on tend à penser qu'il s'agit d'un élément anecdotique, une licence que s'est permis l'artisan , private joke ou pied de nez qui ne serait aperçu que des initiés et échapperait à l'attention du clergé, des pieux paroissiens ou aux commanditaires. 

Ou bien, on les considère comme l'intrusion de la culture du monde laïc dans les sanctuaires (Keenan-Khedar 1986).

Ou encore, (C. Prigent), les acrobates, comme les jongleurs, les ivrognes, les joueurs de dès, les monstres diaboliques seraient placés là pour dénoncer les vices et instruire la postérité.

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Mais la répétition de ces acrobates dans la plupart des sanctuaires, le caractère  parfois très ostensible de leur emplacement (même si, ici, les abouts de poinçon ne sont visibles qu'avec un bon éclairage et des jumelles), leur étroite association avec des anges, obligent à remettre en cause ces points de vue.

Il faudrait pouvoir remettre en cause nos jugements de valeurs et a priori acquis et formés par la fréquentation de monuments religieux décorés depuis plusieurs siècles (depuis le XVIIe siècle ?) pour admettre que ces acrobates témoignent d'une expression du sacré.

C'est très difficile puisque tous les auteurs ont souligné que les musiciens, les danseurs, les acteurs de théâtre et les saltimbanques étaient condamnés par l'Église.

Néanmoins, ce rapport entre acrobatie et expression sacrée est bien attestée dans le monde païen de l'Antiquité. L'examen de la réalité de ces liens pourrait nous inciter à une conversion de nos opinions. En outre, la fréquence de la présence des acrobates sur les modillons romans atteste de la précocité de leur représentation dans les édifices chrétiens.

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Je réunis ici les copié-collés du site de la BnF consacré à ce sujet (les illustrations sont accesibles par les liens) :

 

 

Au cours de la période Antique, à Sumer, en Égypte ou aux confins de l’Indus, la pratique de l'acrobatie est souvent liée à des cérémonies funéraires. Le saut, l'équilibre ou la souplesse ont une fonction conjuratoire en opposant à la mort présente une succession de figures représentant une vitalité irrépressible. En dominant symboliquement son corps, l’acrobate est une figure de progrès : nul renversement n’échappe à son rétablissement, source de renaissance et traduction d’une transition d’un monde à l’autre

Contorsion

Liés à des pratiques chamaniques, certains exercices acrobatiques s’apparentent à des rites primitifs.  Acrobates ou danseurs attendent d'un affranchissement de la pesanteur, poussé à l’extrême, qu’ils les livrent à la force d’un pouvoir divin créateur. L’acrobatie symbolise l’accession à une condition surhumaine. Elle est une extase du corps. Et tout ce qui pare la chair – fard, huile, peau ou plumes – contribue à faire s’épanouir le mystère de l’élévation et de la transcendance. Aujourd’hui, les contorsionnistes asiatiques ou occidentaux poursuivent cette tradition dans un registre profane et spectaculaire.

http://expositions.bnf.fr/cnac/grand/cir_0391.htm

Art italiote : Hydrie à figures rouges Vème siècle av. J.C

Les convives des banquets dionysiaques, entraînés par le rythme effréné des danses, atteignaient le paroxysme de l’enthousiasme et de l’excitation au spectacle des performances acrobatiques extrêmes des danseurs et danseuses, les kybistétères. En appui sur les mains ou sur les coudes, comme ici, le corps arrondi en arc, à la limite de la culbute, les équilibristes attrapent avec leurs pieds, des objets ou des coupes pleines qu’ils soulèvent jusqu’à leurs lèvres ou offrent autour d’eux. Souvent accompagnés par la musique des crotales (pièces de bois à deux lamelles articulées) ou de l’aulos (flûte à deux corps), ils sautent, en tourbillonnant sur leurs deux jambes ou le corps disloqué en contorsion, au-dessus d’épées plantées au sol, pointes dressées.

Art de la Grande Grèce : Dionysos masqué, assistant à un spectacle avec un acrobate et un grotesque

Rite de Dionysos. Vase (phlyaque) provenant de Paestum, Campanie (Italie), IVe siècle avant J.-C.

http://expositions.bnf.fr/cnac/grand/cir_0398.htm

L’acrobate figuré sur ce cratère grec illustre la permanence des postures acrobatiques codifiées dès l’Antiquité et auxquelles les multiples civilisations qui les ont associées à des cérémonies sacrées ou profanes ont donné un sens en lien avec leurs besoins respectifs. Parfois considérée comme purement ornementale, la figure de l’acrobate possède néanmoins un potentiel d’interprétation qui s’accorde bien à de multiples représentations en Orient comme en Occident, des figurines Han aux sculptures en haut-relief des églises romanes ou gothiques.

Art romain : acrobate contorsionniste Italie, IIe siècle avant J.-C.

http://expositions.bnf.fr/cnac/grand/cir_0401.htm

Dieu grec de la marge et de la transgression mais également de la joie brute et du renouveau extatique, Dionysos inspire des comportements extrêmes adoptés par les Romains, de la danse exaltée des processions aux orgies sans fin des banquets. Les interprètes des danses dionysiaques enchaînent tourbillons et virevoltes effrénés opérés par des corps cambrés, parés de voiles mouvants et de leurs longs cheveux lâchés, ou poses acrobatiques sensuelles des corps enroulés sur eux-mêmes. Ici, la danseuse de terre cuite s’offre, entièrement nue, corps bandé comme un arc, chevelure absente, sans doute érodée par le temps.

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Enfin je citerai ce sermon de saint Bernard de Clairvaux comparant l'ascèse des cisterciens et les tours de force des jongleurs, et l'inversion de leur posture :

" Aux yeux des autres, nous  [les moines] avons l’air d’effectuer de véritables tours de force. Tout ce qu’ils désirent, nous le fuyons, et tout ce qu’ils fuient, nous le désirons, comme ces jongleurs et ces danseurs qui, la tête en bas, les pieds en l’air, dans une posture inhumaine, marchent sur les mains et attirent sur eux le regard de tous "

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SOURCES ET LIENS.

— ABGRALL (Jean-Marie), 1904, L'Architecture bretonne, Quimper, de Kerangal éditeur

https://bibliotheque.diocese-quimper.fr/files/original/f20eb990fd763d232327db92aeeb6869.pdf

ABGRALL (Jean-Marie),  et Le Coz Y., 1908 “Pleyben : église, ossuaire, calvaire,” A. de Kerangal, Quimper, 31 pages

https://bibliotheque.diocese-quimper.fr/files/original/a0a5651f868070445ed8e54fb7eecff8.pdf

ABGRALL (Jean-Marie), ou PEYRON, 1923, Notice sur Pleyben, BDHA Quimper.

https://www.diocese-quimper.fr/wp-content/uploads/2021/01/bdha1923.pdf

ABGRALL (Jean-Marie), 1897,  Livre d'or des églises de Bretagne Pleyben Brasparts page 2

http://www.bibliotheque.idbe-bzh.org/data/cle_201/pleiben__brasparts.pdf

 — COUFFON (René), LE BARS (Alfred), 1988, Notice de Pleyben, Diocèse de Quimper et de Léon, nouveau répertoire des églises et chapelles, Quimper, Association diocésaine, 1988, 551 p. 

https://www.diocese-quimper.fr/wp-content/uploads/2021/01/PLEYBEN.pdf

"L'intérieur, du type à nef obscure, est lambrissé, couverture avec sablières sculptées imitées de Kerjean et entraits apparents. Une des plus intéressantes charpentes de la Bretagne. Le lambris n'en laisse voir que les entraits engoulés, dépourvus de poinçons, et les sablières sculptées. Il affecte la forme d'un berceau surbaissé, dans la nef et dans le transept, dont la mutuelle pénétration produit une sorte de voûte d'arêtes à la croisée, et d'un demi berceau brisé dans les bas côtés. Il imite enfin, sur le choeur, une voûte d'ogives qui rayonnent autour d'une clef. Sauf un curieux blochet dans lequel on a sculpté un démon portant un phylactère qui est placé à l'extrémité orientale du bas-côté sud, il n'y a rien à noter dans les collatéraux. Mais dans la nef, la saillie des clefs qui décorent habituellement l'intersection de la lierne centrale et des aisseliers courbes frappera au premier examen. Ce sont de véritables clefs pendantes, dont la multiplicité choquait Palustre, mais dont l'extrême variété nous ramène aux fantaisies des sculpteurs du moyen âge. Nous retrouvons d'ailleurs quelques sujets de ce temps aux sablières , que je ne crois pas antérieures à la seconde moitié du XVIe siècle. Du côté nord, de l'ouest à l'est, la décoration est ainsi composée : têtes plates et figures couchées alternées; hommes nus, tenant des cartouches, mascarons cornus et figurines alternés; hommes nus et lions tenant des cartouches ; un groupe où M.Abgrall reconnaît saint Philippe expliquant à la reine Candace les prophéties d'Isaïe lues par son eunuque; encore des masques et des personnages alternés; enfin un cadavre sculpté, analogue aux représentations notées par M.Mâle entre 1520 et 1557 et encastrées dans des murs de chapelle à Gisors, à Clermont (Oise), à Moulins. A l'exception de la tour sud, elle date du milieu (?) du XVIe siècle. En 1497 dépenses pour le "rétablissement" et l'entretien de la charpente, des murs, des vitraux. En 1531 consécration de six autels, l'église ayant été souillée par une rixe avec effusion de sang. Inscription de 1504 à l'angle du choeur concernant l'abside et croisillon sud. L'inscription de 1571, sur la charpente du croisillon Nord concerne la couverture du transept (De la Barre de Nanteuil)"

 

— LECLERC (Guy), 2007, Pleyben, son enclos et ses chapelles, éditions Jean-Paul Guisserot, 31 pages pages 18 et 19.

https://books.google.fr/books?id=hWctwxQfyhgC&pg=PA18&lpg=PA18&dq=sibylles+pleyben&source=bl&ots=kzc-VMkVBx&sig=29B6LVXN1nHu2s5hEpHEt3en1vA&hl=fr&sa=X&ved=0ahUKEwiI596WxpfVAhXH2xoKHQ5WDd4Q6AEIQjAF#v=onepage&q=sibylles%20pleyben&f=false

 

— Wikipédia https://fr.wikipedia.org/wiki/Enclos_paroissial_de_Pleyben

SUR LES ACROBATES :

BNF / CNAC,  La contorsion.

http://cirque-cnac.bnf.fr/fr/acrobatie/au-sol/la-contorsion

 

— DUHEM (Sophie), 1997, Les sablières sculptées en Bretagne: images, ouvriers du bois et culture paroissiale au temps de la prospérité bretonne (XVe-XVIIe s.), Presses universitaires de Rennes, 1997 - 385 pages.

— DUHEM (Sophie), 2012  "Impudeurs et effronteries dans l'art religieux breton (xve siècle - xviiie siècle)", éditions Le Télégramme, 2012.

—GAIGNEBET (Claude) , 1985, Art profane et Religion populaire au Moyen Age, Presses Universitaires de France, 364 pages

 

—KENAAN‐KEDAR (Nurith), DEBIES (Marie-Hélène),1968, « Les modillons de Saintonge et du Poitou comme manifestations de la culture laïque », in Cahiers de Civilisation romane, XXXIXe année, 1986, pp. 311‐330,

 

https://www.persee.fr/doc/ccmed_0007-9731_1986_num_29_116_2341

"les modillons constituent un élément autonome de la sculpture romane et expriment par leur iconographie et leur style des tendances laïques qui s'écartent de l'art officiel ecclésiastique."

 

 

PRIGENT (Christiane), Sculptures de danseurs et de jongleurs dans les édifices religieux à l'époque romane et à l'époque gothique.

https://hicsa.univ-paris1.fr/documents/pdf/MondeRomainMedieval/Prigent.pdf

Le monde des jongleurs.

http://jalladeauj.fr/musiciensetjongleurs/styled-4/

— RIO (Bernard), "Le cul-bénit amour sacré et passions profanes", 25 €, aux éditions Coop Breizh,

 

WIKIPEDIA, Iconographie des modillons romans.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Iconographie_des_modillons_romans

 

— Acrobates des modillons romans :

http://chapiteaux.free.fr/TXT_acrobates.html

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Published by jean-yves cordier - dans Sablières Acrobate Anges musiciens Pleyben Sculptures
25 décembre 2014 4 25 /12 /décembre /2014 20:43

Les  47 anges de l'instrumentarium de la cathédrale du Mans.

Voûtes de la Chapelle de la Vierge par Jean de Bruges vers 1377.

 

concert 4456c

 

 

                 concert 1705c

 

 

concert 1708c

 

 

 

               concert 1710v

 

 

concert 1712c

 

 

                                        concert 1717c

 

 

 

concert 4414c

 

concert 1718x

 

 

                  concert 1722c

 

 

instrumentarium 4474cc

 

 

concert 4415c

 

 

 

concert 4417c

 

 

 

concert 4418c

 

 

concert 4419c

 

 

concert 4447c

 

 

concert 4450c

 

 

concert 4455c

 

 

concert 4457c

 

concert 4462c

 

 

concert 4464c

 

concert 4465c

 

 

 

 

concert 4534c

 

 

 

 

concert 4535c

 

 

  concert 4622c

 

concert 4574c   concert 4581c

concert 4541c

 

 

 

concert 4550c

 

 

concert 4552c

 

 

concert 4623c

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Published by jean-yves cordier - dans Le Mans Peintures murales Anges musiciens
3 septembre 2012 1 03 /09 /septembre /2012 21:42

Chapelle Notre-Dame de Carmès à Neulliac : les lambris du XVe siècle .

 

 

 

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Sur les peintures murales, voir aussi :

​Sur d'autres anges musiciens :

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La chapelle Notre-Dame de Carmès est un édifice de grande taille, propre à accueillir jadis les foules qui s'y rendaient de toute la région pour le grand Pardon ; mais si elle fut agrandie au XVIIIe, le premier sanctuaire date du XVe (1470-1500 par Jean du Porzo) , et sa tour du XVIe, avec une date gravée de 1521. 

  En 1705, le peintre La Palme réalisa un somptueux programme de décors des lambris, qui impressionne le visiteur dès qu'il pénètre dans les lieux. Cette oeuvre fut restaurée en 1814 par Blévin.

  En 1983, il était grand-temps de procéder à une restauration de grande ampleur, au cours de laquelle les lambris furent déposés. Or, ces travaux réservaient une énorme surprise : dans les deux bras du transept, l'ancien lambris se révéla orné de peintures du XVe siècle dans un état de conservation et de fraîcheur exceptionnel, consacrées à la vie de sainte Catherine. On trouva dans le chœur deux autres panneaux  consacrés à saint Pierre et à saint Jean.

  Les membres de la commission des Monuments historiques étaient enthousiastes : "Inestimable !" "Unique !" " Je dirais même plus, mon cher ami, ek-cep-cio-nel! " : c'est, à ce jour, le seul exemple de peinture sur bois de la première moitié du XVe siècle connu en Bretagne. C'était grossièrement  l'époque de la guerre de Cent ans, du règne de Charles VII ou de Louis XI, du peintre Jean Fouquet, et en Bretagne celui des ducs Jean V et François. D'autres sources indiquent une datation de la fin du XVe, vers 1470-1500, proche du mariage d'Anne de Bretagne et de Charles VII en 1491.

  Pourtant, les charpentes des églises et chapelles de Bretagne étaient, et sont encore, la plupart du temps, recouvertes par un lambris de chêne ou de sapin prenant appui sur les sablières, et ces lambris furent régulièrement peints, mais ces planches étaient sensibles à l'humidité et aux attaques des xylophages, et les comptes de fabrique mentionnent fréquemment la nécessité de leur réfection, soit par changement des boiseries, soit par superposition d'un nouveau lambris au dessus de l'ancien, soit par simple renouvellement des peintures.

    La surprise de spécialistes de l'art médiéval frappe aussi le visiteur du dimanche qui a traversé, écrasé par le faste des peintures, la nef et le chœur, et que l'on guide derrière l'autel ; passant une porte, il pénètre dans la belle sacristie peinte en gris. Il monte une escalier étroit et , poussant une nouvelle porte, il pousse aussi un cri, ou  reste ébahi : huit panneaux faits de planches inégales de bois clair sont répartis sur trois cotés de la pièce voûtée, et le trait fin et sûr des dessins semble avoir été tracé hier par un artiste contemporain, mais de talent rare.

  On ignore le nom de l'artiste du XVe siècle qui en est l'auteur, mais on évoque une influence flamande ou italienne, et on écarte la possibilité que ces lambris soient l'oeuvre d'un peintre local.

  Un beau travail de restauration a permis de débarrasser les panneaux de coulées noirâtres, bien visibles sur les premiers clichés qui furent pris avant que soit prise la décision d'aménager la sacristie pour y présenter ce corpus.     http://carmes.alvinet.com/visite/lambris-xv.html 

  Chaque panneau, de un mètre de large sur six de haut, se compose dans sa partie basse d'une scène historiée ou d'un saint personnage, et dans sa partie basse de deux anges tenant les instruments de la Passion ou participant à un concert spirituel.

  Après avoir donné une vue d'ensemble (mais les photographies sont celles qu'on peut attendre avec la taille réduite du local et l'éclairage adapté à la protection des œuvres), je présenterai la succession des anges, puis la bande dessinée de la partie inférieure. Je les numéroterai en partant de la gauche.

 

  A gauche : suite du cycle de sainte Catherine, trois panneaux 1 à 3.

                       general 7091c

 

Au centre , cycle de sainte Catherine, deux panneaux 4 et 5:

general-7084c.jpg

 

 

                             general-7093c.jpg

 

A droite : saint Pierre et saint Jean, et translation du cercueil de Catherine, trois panneaux 6 à 8.

 

                              general 7089c

 

 

 

I. Les anges musiciens : 

 Onze anges participent au concert : cinq musiciens jouant de la harpe, de la vielle à roue, de la sacqueboute, du luth à manche court et du psaltérion, accompagnant six chanteurs déchiffrant les partitions dont les portées comportent quatre lignes, et des notes représentées par des carrés noirs. La portée de quatre lignes est celle de la musique grégorienne, et la cinquième ligne est apparue à la Renaissance. Les œuvres de musique sacrée sont des chants des offices de Pâques et de Noël.

Ange jouant de la harpe, Panneau 1 :

  On compte les dix cordes de l'instrument. Les didascalies des psaumes Ps 6 et Ps 12 mentionnent la harpe à huit cordes, et le Psaume 33 dit : "Célébrez l'Éternel avec la harpe. Célébrez-le sur le luth à dix cordes".

                             lambris 7077c

 

Ange tenant un phylactère, Panneau 1

où est inscrit le début de l'hymne chanté à la liturgie des heures de l'office des matines et après l'évangile lors des messes des dimanches et fêtes : Te Deum laudamus te dominum confitemur. C'est le fameux Te Deum entonné lors des célébrations des victoires ou en hymne d'action de grâce en remerciement d'événement exceptionnel : "Dieu, nous te louons, Seigneur nous t'acclamons". Sa première mise en musique polyphonique date du XIVe siècle.

  La première lettre est en rouge, comme dans les manuscrits aux lettrines ornées, ce qui nous rappelle l'origine du mot rubrique emprunté au latin rubrica, terre rouge et désignant initialement le titre du chapitre, écrit en rouge. Le pigment était soit du minium ou un mélange minium-massicot, issu du plomb, soit du cinabre, vermillon fait de sulfure de mercure.

  Ici, l'ange est placé au dessus du supplice de l'arrachement mammaire de l'impératrice Faustine, pour rendre grâce de sa conversion et de son martyre.

 

                           lambris 7074c

 

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Ange tenant un rouleau , panneau 2

 Allel ... virginias que : uliu

Peut-être s'agit-il du chant de communion "Alleluia Beata viscera Mariae Virginis, quae portaverunt aeterni Patris Filium Alleluia". Heureux le ventre de la Vierge Marie qui porta le Fils de Dieu. (Office ordinaire de la sainte Vierge, de Pâques à Pentecôte, Paroissien romain). Il appartient bien à la musique sacrée et je je retrouve mentionné en 1300 dans le Codex Las Huelgas, ou bien chanté en grégorien par les moines de Solesmes sous le titre Beata Viscera.

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                         lambris 7075c

 

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Ange jouant de la vielle à roue, panneau 2 :

 L'instrument, aussi nommé chifonie, est connu depuis le IXe siècle, utilisé par les ménestrels. Il dispose  d'un clavier actionné par la main gauche, et il pouvait être joué à l'église sous le nom d'organistrum, par deux instrumentistes assis côte-à-côte, l'un tournant la manivelle et l'autre frappant des deux mains les touches du clavier. Au XVe siècle, on le trouve représenté entre les mains des anges, des rois ou de nobles personnages, ou a contrario tenu par les mendiants. 

  On le décrit comme "un instrument à cordes dont la table d'harmonie est percée d'une fente pour le passage de la roue et dont le manche, dégagé du corps, est monté de quatre cordes, deux bourdons placés de chaque coté du manche de l'octave et deux cordes mélodiques, accordées à l'unisson, passant dans une boite fixée à la table. Leur longueur est modifié par un clavier placé sur le bord gauche de l'instrument. L'archet est remplacé par une roue, mue par une manivelle et protégée par un couvercle de sapin" (http://www.peiresc.org/Musique/Musiq.03.html)

 

Ici, je vois cinq cordes, et la main gauche de l'ange, peut-être un simple figurant et non un instrumentiste confirmé, semble chercher en vain un clavier non représenté*. Le couvercle, orné ou percé d'une ouïe trilobée, semble très large ; mais je n'y connais rien.

  *Un commentaire avisé de Danièle Deveaux en avril 2014 corrige ma bévue : "Concernant l'ange jouant de la vielle à roue vous dites qu'il n'y a pas de clavier, mais en regardant attentivement à gauche de l'index de la main gauche, il y a 3 touches visibles. Elles peuvent se confondre avec les plis du tissu, mais un examen attentif permet de les distinguer."  Bien vu !

Mais a contrario, Arnaud Lachambre m'indique dans son commentaire d'août 2017 ceci : 

 

"Je tiens à m'inscrire en faux contre la remarque de Madame Danièle Deveaux, qui croit voir les touches de la vielle là où je ne vois que la prolongation des plis du vêtement. Cette erreur est bien compréhensible et pardonnable pour qui ne connait pas le fonctionnement d'une vielle à roue. D'abord parce que si touches il y avait, elles ne seraient pas sous l'éclisse ou le fond de l'instrument, mais sous le "plumier" ou boîtier où l'on voit ici les cordes, ensuite parce qu'il n'y en aurait pas que trois.

Mon hypothèse est que l'artiste, comme souvent, n'était pas familier avec l'instrument et l'a dessiné de mémoire ou à partir d'un croquis inexact. J'en veux pour preuve le nombre d'erreurs qui font que cette vielle n'est pas une reproduction fidèle d'un instrument existant : l'absence de touches donc, la disposition asymétrique des chevilles sur la tête, le cache-roue mal placé et succinctement dessiné, une décoration florale là où devrait être le cache-roue, l'absence d'ouïes, l'absence de cordes au niveau du corps de l'instrument (elles ne sont visibles que sur le manche, ce qui serait éventuellement possible plumier ouvert, mais dans ce cas seules une à trois cordes passeraient par là, le reste étant des bourdons disposés de chaque côté du boîtier, et l'artiste aurait alors négligé de représenter les tangentes et sautereaux), la mauvaise position du bras gauche de l'ange... 

Seule la forme générale de l'instrument rappelle des modèles connus antérieurement au Moyen-Âge et à la Renaissance, mais plus du tout en 1705. Le trait de renfort sur l'éclisse est en revanche un joli détail, conforme à de nombreux modèles comme la vielle du Manuscrit du Zodiaque (Lyon, 1430), jusqu'à la "Rixe des Musiciens de Georges de la Tour". 

Tout ceci étayerait l'hypothèse que l'artiste aurait basé cette représentation sur une ou plusieurs images anciennes plutôt que sur un instrument réel, et aurait pêché par oubli et imprécision sur nombre de détails."

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                        lambris 7070c

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Ange tenant un rouleau de musique , panneau 3.

La partition (qu'un musicologue pourrait peut-être étudier) comporte les lignes de portées, mais seuls quelques fragments des paroles (peut-être edi...clara ? ).

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                      lambris 7076c

 

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Ange jouant de la sacqueboute, panneau 3.

  Le nom tordu, et la forme en tuyau de plomberie qui pourrait être raccommodé avec un boud'ficelle dorée, de cet instrument en font, avec le serpent l'un de mes préférés. Sacquer et bouter, c'est pousser et tirer, et, à l'impératif, cela donne Sacque! Boute! Pousse! Tire!  mais en 1306, la sacqueboute est une arme, une "lance à bout crochu destinée à désarçonner l'adversaire" (Trésor de la Langue Française). Le mot apparaît en 1466 dans son emploi musical sous la plume de Pierre Michault pour désigner une trompette grave à pompe mobile.

  1466! Ce dessin du XVe est donc contemporain de l'apparition du mot.

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                        lambris 7071c

 

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Ange tenant une partition panneau 4.

 Je déchiffre "ipum e paschali lau(des) Agnius redemit mi..", ce qui renvoie à la séquence liturgique de Pâques Victimae paschali laudes, : A la victime pascale les chrétiens offrent leurs louanges ; l'Agneau a racheté les brebis. Composée par l'aumônier de l'empereur Konrad II Wipon vers 1040, elle figure dans le Codex Las Huelgas (1300) déjà cité ; parmi les seize séquences pascales médiévales, elle est la seule a été reprise dans le Missel Romain de 1570. Elle inspira le choral  Christ ist erstanden de Luther, repris par Jean-Sébastien Bach dans son choral BWV 4. Elle a donc donné lieu à des études approfondies http://www.bach-cantatas.com/CM/Christ-ist-erstanden.htm#Wipo1040

 

http://www.unavoce.fr/content/view/1198/64/

paques0_9_2_victimaepaschalilaudes.png

 

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lambris-7084c.jpg

 

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Ange du panneau 6 :

   Au dessus de saint Pierre, il déploie un instrument désormais invisible. Il s'agissait d'un manche à luth court.

 

                    lambris 7063c

 

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Ange tenant une partition panneau 6 :

 

 On déchiffre ..  quem .....p..

 s'agit-il du répons grégorien  ii, quem vidisti pastores ? de quem quaeritis ? de Beatus quem elgisti ? ou du second verset du Regina Coeli laetare, "quia quem meruisti portare alleluia" ? Bien que les fragments de lettres suivantes ne le laissent pas parfaitement imaginer, c'est la solution que j'adopte, puisque la première ligne de cette antienne est présentée par l'ange du panneau 7.

           lambris-7063cc.jpg

 

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Ange tenant un psaltérion, Panneau 7

  Cet instrument , que les anges affectionnent particulièrement, sans-doute-parce que son nom indique qu'il est destiné à accompagner les psaumes, est représenté depuis le XIIe siècle ; il se tient comme il nous en est donné ici une démonstration, la caisse de résonance plate appliquée contre le thorax, suspendu autour du cou par une sangle. La forme de" groin de porc" est caractéristique, de même que la tenue des plectres (en plume d'oie) entre index et majeur ou plutôt ici entre majeur et annulaire. Les cordes métalliques (une quinzaine) sont tendues entre des chevilles en os, et résonnent par sympathie lorsque l'une d'entre elles est pincée. Dès le siècle suivant, les anges l'abandonneront.

  On voit une rosace centrale et quatre ouïes rondes à chaque coin.

 

                            lambris-7061c-copie-1.jpg

                    

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Ange tenant une partition Panneau 7:

 Il s'agit de celle de l'antienne à la Vierge Regina celi letare, l'une des quatre antiennes mariales du catholicisme, et dont le texte est lié à la joie de la Résurrection : Regina coeli laetare alleluia / Quia quem meruistit portare alleluia / Resurrexit, sicut dixit alleluia / Ora pro nobis Deum alleluia. Elle est chantée à la fin des Complies du dimanche de Pâques à celui de la Trinité.

 

  Cet ange se tient au dessus de saint Jean.

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                       lambris 7060c

 

 

II. Anges tenant les instruments de la Passion.

Panneaux 4 et 5

Un ange porte, à droite, la colonne de flagellation.

L'ange de gauche tient un instrument haut de deux mètres, nommé Trompette marine, Trompa marina, un monocorde (mais il a pu avoir jusqu'à 4 cordes) à corde frotté par un archet droit (visible ici). J'ai observé cet instrument à Beauvais, joué par une sirène sur une peinture murale datant vers 1313 :

 http://www.lavieb-aile.com/2015/10/les-quatre-sirenes-musiciennes-de-beauvais.html

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Sirène joueuse de trompette marine, Beauvais, tour nord du palais épiscopal, photographie lavieb-aile.

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Je l'ai aussi entendu joué par un ange des voûtes de la chapelle mariale de la cathédrale du Mans. instrument à deux cordes).

http://www.lavieb-aile.com/article-un-concert-de-noel-pour-nicole-et-michel-125275886.html

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concert 1722c

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Enfin, on peut voir un ange musicien jouant de la Trompa marina sur le retable peint par Hans Memling pour Santa Maria la Real de Najera. (Merci à "P.L" pour ces informations en commentaire).

lambris 7083c

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      Panneau 5, registre moyen :

      L'ange porte la lanterne et l'éponge imbibée de vinaigre. 

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 lambris 7092ccc

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      Panneau 8;

L'ange porte la lance qui frappa le flanc droit du Christ en croix.

                         lambris 7062c

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Au dessus de lui, un ange porte la croix :

lambris-7089cc.jpg

 

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      III. Le cycle de sainte Catherine.

 Il s'agit de la légende de sainte Catherine d'Alexandrie, telle qu'elle a été recueillie par l'italien Jacques de Voragine et écrite en latin dans la Légende Dorée entre 1261 et 1266, chapitre CLXIX pour la fête du 25 novembre. Mais une Vie Sainte Katherine versifiée avait précédé la Légende dorée, écrite en français par Clémence de Barking, moniale de l'abbaye de Barking, entre 1153 et 1175.  On peut citer aussi :

  • La vie me damne sainte Kateline Vierge, vers, anonyme
  • De Sainte Catherine (1616 octosyllabes d'une version picarde)
  • Dés le XIIIe siècle une Passion de sainte Catherine fut écrite par Aumeric Talbert en dialecte poitevin.
  • La Légende dorée est traduite en  français en prose vers 1348 par Jean de Vignay.
  • Cette traduction est reprise en 1476 par le dominicain Jean Batallier, de l'Université de Paris.
  • La vie de sainte Katherine en prose par Jean Miélot paraît en 1457, commanditée par Philippe III le Bon, duc de Bourgogne. 
  • La première version connue publiée en breton date de 1576, à Curburien, imprimerie St François. (Aman ez deraov buhez an itron sanctes Cathell guerhes ha merzeres en Brezonec neuez Imprimet e Cuburien euit Bernard de Leau, peheny a cho e Montrolles, voar pontz Bouret : en bloaz M.D.LXXVI)

  Il est très vraisemblable que des Passions de Sainte Catherine, Vierge et Martyre ont figuré dans le répertoire du théatre religieux, avec leur très nombreux figurants, et que les scènes que nous découvrons ici avaient été vues par les paroissiens sur les tréteaux avant de figurer sur les lambris. Le 26 février 1454, à Rouen, on joua le Mystère de sainte Catherine sur le Marché aux Veaux (M. Bouhaïk-Girones), et le Jeu de sainte Catherine à Metz en 1434 (durant trois jours) sur la place du marché. Cette fois-là, le rôle de Catherine était tenu par un notaire nommé Jean Didier, les femmes étant sévèrement exclues.

 

Nous avons affaire (comme sur les vitraux des Vies de Saint du XVe) à des images placées au dessus d'une inscription gothique, comme une bande dessinée. Pour les décrire, je placerai les panneaux selon l'ordre narratif logique, et je débuterai par l'inscription.



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Panneau 5 : 

Saincte Katherine devroy convertist a nostre foy cinquante grans mestres en ars quelle par macence furent c...

Soit ; Sainte Catherine en vérité convertit à notre foi 50 grands maîtres (ou philosophes païens) en argumentation  quele par Maxence furent c..

  On note les tildes et les P barrés abréviatifs.

  L'image décrit peut-être aussi une première rencontre de "Catherine, fille du roi Coste, née dans la pourpre et élevée dès l'enfance dans les arts libéraux" et de Maxence, empereur romain : la jeune (et extrêmement jolie, selon Maxence) demoiselle s'adresse sans vergogne à l'empereur alors qu'il s'apprête à offrir un sacrifice aux idoles et à contraindre les chrétiens à y assister ; et la voilà discutant "conformément aux diverses modes du syllogisme, par allégorie et par métaphore" et laissant Maxence stupéfait et coi.  C'est alors qu'il décide de convoquer à Alexandrie "tous les grammairiens et rhéteurs du temps" en leur promettant de fortes récompenses s'ils parvenaient à répondre à cette effrontée à la pernicieuse éloquence qui prétend que les dieux romains ne valaient rien à coté de son Seigneur Jésus-Christ.

  On voit donc Maxence assis sur le trône impérial et tenant son sceptre, entouré de huit philosophes vêtus à la mode du XVe siècle, comme les bourgeois du temps de Louis XI. Catherine, aidée par un ange qui lui dicte secrètement  répond point par point à ses interlocuteurs, chacun utilisant le fameux comput digital scholastique. Au VIIIe siècle Bède le Vénérable (Beda venerabilis) en avait conseillé l'usage dans son De loquela per gestum digitorum, dont la lecture est, à mon sens, trop négligée.

  La future sainte est déjà auréolée, elle porte une robe longue damassée et dorée recouverte par un corselet (ou cotte cintrée) frappé d'hermines. Elle est couronnée puisqu'elle est fille de roi. Les cheveux longs tombant dans le dos sont ceux d'une jeune vierge.

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                                        catherine 7095c

 

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catherine 7081c

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Panneau 4 : 

La roigne la va visiter en la charte par compagnie Katherine luy va precher la foy divine et fut convertie.

 

  Les cinquante philosophes s'avèrent non seulement incapables de démontrer que les propositions de Catherine étaient erronées, mais au contraire si convaincus de le justesse de ses dires qu'ils se convertissent au Christ ; si bien que Maxence les fait brûler vifs.

 

"Pendant que les chrétiens s'occupaient de les ensevelir, Maxence dit à Catherine : "Noble fille, aie pitié de ta jeunesse, et je te ferai impératrice dans mon palais, et le peuple adorera ton image au milieu de la ville!". Mais elle : "cesse de dire des choses dont la pensée même est un crime. J'ai pris le Christ pour fiancé, lui seul est ma gloire et mon amour ; et ni caresses ni tourments ne pourront me détourner de lui!". L'empereur la fit alors dépouiller de ses vêtements ; il la fit frapper de griffes de fer, puis, l'ayant jetée dans une obscure prison, il ordonna que pendant dix jours on la laissât sans nourriture."

   "Or sa femme qui avait pour amant un officier nommé Porphyre, vint la nuit dans la prison de Catherine. Et, y étant rentrée, elle vit la cellule remplie d'une clarté immense, et elle vit que les anges pansaient les plaies de la prisonnière. Et celle-ci, s'étant mise à lui décrire les joies éternelles, la convertit et lui prédit la couronne du martyre. Ce qu'apprenant, Porphyre alla se jeter lui-aussi aux pieds de Catherine, et il reçut la foi du Christ avec deux cents de ses hommes." (Jacques de Voragine, Légende dorée).

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                          catherine 7094c

 

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Panneau 3 :

Puis ung a(n)ge  luy envoia.  d' paradis qui onguent po(u)r la guerir lui apporta + la co(n)forta doulcement.

    On remarque toujours les tildes remplaçant les "n", le signe + remplaçant "et",  le mot "a(n)ge oublié qui a été suscrit, l'élision du "u" dans "du paradis", les lettres conjointes pa (paradis), po (pour), do (doulcement), ou encore l'abréviation de "pour" par por.

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 catherine 7067c

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catherine 7073c

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Panneau 2:

Comment les roues so(n)t paretz. pour Katherine marturer. ung foueld(r)e du ciel desce(n)d qui quat(re) m(ille) païe(n)s destruit..

Le mot "marturer" est la forme en moyen français (martyrer, martirier) de "martyriser". (Glossaire de la langue romane de Jean-Baptiste de Roquefort).

  Maxence revenant de voyage retrouve celle qu'il a enfermée 10 jours sans nourriture aussi fraîche qu'une autre jouvencelle ; il lui propose à nouveau de l'épouser, et devant son refus il lui donne le choix entre l'abjuration de sa foi, ou la mort dans des tourment effroyables : il ne fallait pas en promettre tant à la vierge exaltée : "Quelques tourments que tu puisses imaginer, n'hésites pas à me les infliger, car j'ai soif d'offrir ma chair et mon sang à Jésus."

  " Alors un préfet conseilla à l'empereur de faire garnir quatre roues de pointes de fer, et de s'en servir pour déchirer les chairs de Catherine, de façon à épouvanter par un tel  exemple les autres chrétiens. Et l'on décida que de ces quatre roues, où on attacha la sainte, deux seraient poussées dans un sens, et deux dans un autre, pour que les membres de Catherine furent arrachés et broyès en morceau. Et voici qu'un ange secoua si fortement la masse énorme des quatre roues que quatre mille païens périrent écrasés." (Jacques de Voragine, Légende dorée) 

 

 Le peintre, qui ne manquait pas d'humour, a placé au dessus de cette scène l'ange qui tourne, comme un tournebroche, la manivelle de la vielle à roue...

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                      catherine 7068c

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                  lambris 7070c

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 catherine 7072c

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Panneau 1 :

Quand le roy luy la fist ...denude entière.

 

  On pourrait penser qu'il s'agit d'un nouveau supplice réservé à Catherine, celui de l'arrachage des seins, comme celui que connut son alter ego sainte Barbe. Mais on lit :

"En ce moment, l'impératrice, qui avait assisté à la scène [celle des roues ] du haut du palais, s'enhardit à descendre, et reprocha à son mari tant de cruauté. Le roi lui fit arracher les mamelles, puis trancher la tête." (ibidem)

En réalité, le panneau représente sainte Catherine flagellée par deux bourreaux, dont on voit au dessus des quatre planches de restauration, l'extrémité des fouets dardés de barbelés. 

 

                                        catherine 7069cc

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Panneau 8 :

Les anges l'ont enseveli

"Après quoi la sainte eut la tête tranchée, et de son corps jaillit du lait au lieu du sang. Et des anges, recueillant ses restes, transportèrent son corps sur le mont Sinaï." (ibid.)

 

                        lambris 7066c

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IV Un saint Pierre et saint Jean.

 

Panneau 6 : saint Pierre (?) ou un saint évangéliste.

Pas d'attribut visible ; la chapelle Notre-Dame de Carmés était autrefois dédiée à saint Pierre et saint Paul. Mais l'absence de calvitie et de toupet, de clefs ou d'épée ne plaide pas pour cette hypothèse. 

   Ce panneau était placé dans le chœur face à saint Jean, et il s'agit donc peut-être d'un des trois autres évangélistes (Matthieu, Luc et Marc). L'objet qui apparaît mal entre les mains du saint se révèle être un livre (caractéristique des apôtres en général et des évangélistes en particulier) sur les clichès qui précèdent la restauration, et peut-être un animal ou l'ange de Matthieu peut s'imaginer en dessous. 

                   pierre-et-jean 7064c

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Panneau 7 : saint Jean

  Jean l'évangéliste est représenté avec deux de ses attributs, l'aigle à ses pieds et la coupe d'où sortent les serpents témoins du poison qu'elle contenait.

On lit l'inscription (S)aint J.h.n

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                      pierre-et-jean 7065c

 

 

 

                             pierre-et-jean 7088c

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 Remerciements.

  Merci aux auteurs des commentaires (cf infra), qui m'ont permis de corriger mes erreurs et contre-sens.

 

      Sources et liens: 

http://carmes.alvinet.com/visite/lambris-xv.html 

http://delestienne.eu/France/Neulliac/Notre-Dame-de-Carmes.html

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Published by jean-yves cordier - dans Peintures murales Anges musiciens Neuillac

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  • : Le blog de jean-yves cordier
  • : 1) Une étude détaillée des monuments et œuvres artistiques et culturels, en Bretagne particulièrement, par le biais de mes photographies. Je privilégie les vitraux et la statuaire. 2) Une étude des noms de papillons et libellules (Zoonymie) observés en Bretagne.
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  • "Il faudrait voir sur chaque objet que tout détail est aventure" ( Guillevic, Terrraqué).  "Les vraies richesses, plus elles sont  grandes, plus on a de joie à les donner." (Giono ) "Délaisse les grandes routes, prends les sentiers !" (Pythagore)
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