La chapelle de Loc Mazé ("ermitage ou lieu consacré à saint Matthieu") sur la commune du Drennec était autrefois l'église de Bréventec, prieuré-cure de l'abbaye Saint-Mathieu de Fine-Terre et paroisse de l'ancien diocèse de Léon. À Bréventrez, la sainte patronne Santez Bentroc ou Ventroc était invoquée pour les maux de ventre.
Cette modeste chapelle du XVe siècle fut reconstruite à la fin du XVIIIe sur les ruines de la précédente ; le clocher jadis très imposant fut frappé par la foudre et un clocheton fut reconstruit en 1842 chevet à pans coupés est bâtie sur un promontoire rocheux au bord de l'Aber Benoît. Délaissée depuis 1928 et tombée en ruines, elle a été restaurée à partir de 1979 par un groupe de jeunes de Plabennec puis en 1983-1984 par l'association Buhez A Plijadur E Lok Maze .
En 1999, six vitraux ont été installés par l'association ; le travail de création a été confié à 2 artistes : Yves Picquet, de Plouedern, Nicolas Fédorenko, de Pont-Croix et à un groupe : Guy Le Levé, Marie Le Bihan et Michel Thépaut ; la réalisation a été assurée par l’atelier Le Bihan, de Quimper.
Une plaquette Le Vitrail – Chapelle de Lok-Mazé- 13 juin-13 juillet – Le Drennec – [1997] a été éditée lors de l'exposition de 1997 ; sa lecture est proposée sur place aux visiteurs, j'en donnerai des extraits.
Elle répond à la baie 4 côté sud avec laquelle elle forme un ensemble :
"Choix d'une même composition pour les deux vitraux avec des variations colorées différentes.
L'espace et la dynamique sont définis par des colonnes hérissées traversant les vitraux de bas en haut ou basculant sur les côtés. L'élan rompu par l la barlotière et les vergettes est préservé et accentué par le traitement en sérigraphie des verres montés entre les colonnes avec une coloration proche du plomb. Cette technique permet l'introduction d'une intensité lumineuse différente du reste du vitrail." (Y. Picquet)
Yves Picquet, composition en verres colorés et plombs, 1999, baie 3, chapelle de Lok-Mazé, Le Drennec. Photo lavieb-aile 2024.
Yves Picquet, signature, 1999, baie 3, chapelle de Lok-Mazé, Le Drennec. Photo lavieb-aile 2024.
Baie 4 (transept côté sud)
Yves Picquet, composition en verres colorés et plombs, 1999, baie 4, chapelle de Lok-Mazé, Le Drennec. Photo lavieb-aile 2024.
NICOLAS FÉDORENKO
Baie 1 (chœur côté nord).
" Dans la verrière nord, deux spirales opposées se rejoignent au centre dans un entrelacs qui permet à l'idée « en-haut » et « en-bas » de se développer à l'ombre du deuxième jour de la création : « Qu'il y ait un firmament au milieu des eaux et qu'il sépare les eaux d'avec les eaux » Genèse 1:6.
"J'ai placé dette référence aquatique et aérienne sur le mur nord de l'édifice afin de renforcer l'inégalable préciosité des lumières bleues qui, dans nos régions, nous viennent du nord." (N. Fédorenko)
Comparez le vitrail avec la maquette (reproduite dans la plaquette) :
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La photographie ne rend pas bien compte de la réalité "en 3 D" puisque devant le vitrail est fixé un réseau de métal découpé dans des toles épaisses par coupe laser qui permet de conserver au dessin ses déliés et ses hésitations tremblantes. Au centre, une pièce de verre bleue est fixée au réseau par trois vis.
Je donne trois vues de détail pour mieux montrer ce montage.
NICOLAS FÉDORENKO, Baie 1, Chapelle Lok-Mazé, Le Drennec. Photo lavieb-aile 2024.
NICOLAS FÉDORENKO, Baie 1, Chapelle Lok-Mazé, Le Drennec. Photo lavieb-aile 2024.
NICOLAS FÉDORENKO, Baie 1, Chapelle Lok-Mazé, Le Drennec. Photo lavieb-aile 2024.
NICOLAS FÉDORENKO, Baie 1, Chapelle Lok-Mazé, Le Drennec. Photo lavieb-aile 2024.
Baie 2 (chœur côté sud).
"Dans la verrière sud, l'image de la croix se trouve mise à l'épreuve de sa figuration. Les souples développements concentriques sans cesse poussés vers l'extérieur associent le registre floral au dessin cruciforme fortement marqué en jaune vif. C'est en quelque sorte associer l'éveil printanier du végétal au formidable espoir que la chrétienté naissante avait investi dans l'image de la crucifixion.
Ainsi, nord et sud, chaud et froid, l'opposition de la séparation des eaux et l'unification de l'homme à la nature proposent une plénitude qui me paraît convenir à l'espace privilégié du chœur où s'inscrivent ces deux vitraux." (N. Fédorenko)
Là encore, il faut être présent physiquement devant l'œuvre pour pérecevoir, mieux que sur une photographie, la superposition du verre (blanc à croix jaune), avec son épaisseur, sa matérialité, ses nervures concentriques, avec le fer découpé avec ses épines et ses aspérités et sa noirceur opposé à la transparence du verre, et la petite plaque rose où nagent trois poissons.
Il faut pouvoir observer la serrurerie, les vis, les soudures qu'en général on occulte devant un vitrail.
J'ai donc donné une vue de détail.
NICOLAS FÉDORENKO, Baie 2, Chapelle Lok-Mazé, Le Drennec. Photo lavieb-aile 2024.
GUY LE LEVÉ, MARIE LE BIHAN ET MICHEL THÉPAULT.
Baie 5 (Nef côté nord)
-Inscription :
SAINT MATHIEU EVANGELIS[TE]
ANGE MESSAGER DU TETRA[MORPHE]
-Signature le long du bord droit.
Les trois artistes ont travaillé sur l'image d'un saint Matthieu voyageur et écrivain. On le voit au nord en entier, "transporté par son écriture".
On remarquera la barlotière en diagonale, très originale, et les vergettes obliques.
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GUY LE LEVÉ, MARIE LE BIHAN ET MICHEL THÉPAULT, Baie 5, Chapelle Lok-Mazé, Le Drennec. Photo lavieb-aile 2024.
GUY LE LEVÉ, MARIE LE BIHAN ET MICHEL THÉPAULT, Baie 5, Chapelle Lok-Mazé, Le Drennec. Photo lavieb-aile 2024.
Baie 6 (Nef côté sud).
Inscriptions :
Sant Vazé Montroulez ; Kermazé Plouneour-Me- ; Breventec ; FINE-TERRE ; BEG SANT VAZE
Tampon de la poste daté 19-05-2000-1 SANT VAZE KEMPER
Porzh-Mahé Landerne
Saint Mace Anger-
Gohmazé Lochrist
Signature le long du bord droit : "Michel Thépaut Marie Le Bihan Guy Le Levé 19 mai 1999" (date de la fête de saint Yves)
"Au sud, il apparaît comme endormi par sa tête désolidarisée d'un corps dématérialisé, comme si son action d'évangéliste le faisait aller outre toutes limites".
GUY LE LEVÉ, MARIE LE BIHAN ET MICHEL THÉPAULT, Baie 6, Chapelle Lok-Mazé, Le Drennec. Photo lavieb-aile 2024.
Vues de situation des vitraux (photos lavieb-aile lors de l'exposition des œuvres de Véronique Egloff).
Ensemble de deux verrières (baies 0 et 2, 1966, 34 m²) de Jacques Le Chevallier pour le chœur de l'église Saint-Nonna de Penmarc'h (Finistère 29. Bretagne).
Une verrière (baie 13, 1975, 8,30 m², composition colorée) de Jacques et Guy Le Chevallier pour les Fonts baptismaux de l'église Saint-Nonna de Penmarc'h (Finistère 29. Bretagne).
(D'après F. Gatouillat et M. Hérold, Vitraux de Bretagne 2005).
La construction de l'église Saint-Nonna de Penmarc'h a débuté en 1508, à une période de forte prospérité économique liée au commerce maritime, sous l'impulsion du recteur Charles Jégou, qui sera abbé de Daoulas de 1519 à 1536.
L'église est de dimension imposante, mesurant près de 50 m de long et 25 m de large, sur un plan rectangulaire avec tour carrée, clocher central et chevet plat.
La maîtresse-vitre (ou baie 0) semble avoir été commandée, selon les données héraldiques, vers 1510 à l'atelier de Quimper, probablement par Jean du Pont époux en 1490 de Catherine de Brosse, et les lancettes comportaient 16 scènes de la Vie du Christ sous des dais gothiques, dont seules 5 ont survécu : elles sont comparables à celles de Guengat (baie 1), de Plogonnec (baie 0) et d'Ergué-Gabéric.
Du tympan de la baie 2, à droite du chevet, ont été conservés des fragments de la même époque que la baie axiale.
L'état de la baie 0 était jugé déplorable après la Première Guerre mondiale : le curé Guillem fit déposer les panneaux en 1918 et envisagea de les céder "à un riche amateur de Mulhouse", Alfred Sparry, qui prévoyait en échange d'offrir à l'église une création du Parisien Paulin-Aristide Durrieu moyennnant 10 000 frs. Le Service des Monuments historiques intervint à temps pour empêcher la transaction : un devis de restauration, établi dès 1913, fut repris et les vitraux restaurés par Labouret en 1920. Déposées par Gruber en 1942, les deux verrières furent stockées dans trois caisses au château de Champs-sur-Marne.
Dés mai 1962, René Lisch, architecte en chef des monuments historiques, et Pierre-Marie Auzas, Inspecteur principal, en accord avec l'Inspecteur général Dupont, confient les maquettes des vitraux de Champ-sur-Marne à Jacques Le Chevallier pour une étude de restauration, et charge ce dernier d'ouvrir les caisses des vitraux classés, puis de transporter ceux-ci à son atelier de Fontenay-Aux-Roses. Le peintre-verrier procède à un relevé de la situation des panneaux :
Le travail, si l'on en croit les courriers archivés, débute en 1966, et c'est alors Guy Le Chevallier, fils de Jacques, qui a repris la direction de l'atelier du vitrail de Fontenay, qui est l'acteur du projet (sur des cartons de Jacques Le Chevallier, qui appose sa signature sur la baie 0). Tandis que les nouveaux verres sont exécutés à Fontenay, il échange de nombreuses lettres avec le maître-verrier de Quimper Jean-Pierre Le Bihan, qui assume le travail local (mise en place d'un échafaudage, gabarits et mesures, serrurerie), dans une collaboration manifestement parfaitement amicale. Les panneaux sont terminés en novembre 1966. La pose est terminée en janvier 1967.
Entre 1972 et 1975, l'atelier du vitrail de Fontenay se verra confier la réalisation d'une des deux verrières des Fonts baptismaux, la baie 13.
Selon Gatouillat et Hérold 2005, "la remise en état du vitrage de l'église s'est poursuivie jusqu'en 1989, avec des créations d'Anne et de Guy Le Chevallier (vers 1981), et avec la restauration des verrières du XIXe siècle par Jean-Pierre Le Bihan. Le dernier vitrail sera la baie haute de la tour, à l'ouest, par Antoine Le Bihan fils de Jean-Pierre, en 2008-2016.
Baie
situation
mesures
lancette
tympan
signature
Description
0
chevet
L.4,30 m
H. 8,60 m
25,4 m² dont 13,17 m² ancien
6 lancettes trilobées
12 ajours
Baie C angle inf. gauche J. LE CHEVALLIER 1966.
Panneaux anciens (vers 1510) d'une Vie du Christ fragmentaire et d'un tympan héraldique insérés dans une composition colorée de Jacques Le Chevallier.
1
Hors atelier
chevet
4 lancettes trilobées
10 mouchettes et 4 écoinçons
Vitrerie blanche à losanges et bordure jaune et verte. Verres colorés au tympan.
2
chevet
L.3,30 m
H. 4,20 m
8,6 m² dont 1,7 m² ancien
5 lancettes trilobées
5 ajours
Panneaux anciens (vers 1510) d'une Vie du Christ fragmentaire et d'un tympan héraldique insérés dans une composition colorée de Jacques Le Chevallier.
3
Hors atelier
Chœur côté nord
lancettes trilobées
Composition en vitrerie à rubans entrecroisés. Guy ou Anne Le Chevallier vers 1981 ?
4
Baie murée.
Chœur côté sud
murée
2 lancettes trilobées
3 mouchettes et 4 écoinçons
murée
murée
5
Hors atelier
Chœur côté nord
lancettes trilobées
Composition en vitrerie à rubans entrecroisés. Guy ou Anne Le Chevallier vers 1981 ?
Notre-Dame-de-la-Joie. Anges adorateurs au tympan. Atelier du Carmel du Mans 1863-1870.
12
Hors atelier
Nef bas-côté sud.
3 lancettes trilobées
5 mouchettes et 4 écoinçons
Sainte Thumette. Atelier du Carmel du Mans 1868.
13
Fonts baptismaux côté nord
3 lancettes trilobées
5 mouchettes et 4 écoinçons
Composition colorée (dominance brun et vert) à réseaux de plombs.
Atelier du vitrail de Fontenay. Carton Jacques Le Chevallier, exécution Guy Le Chevallier.
14
Hors atelier
Pignon ouest côté sud.
4 lancettes trilobées
5 mouchettes et 4 écoinçons
Saints Pierre et Paul. Atelier du Carmel du Mans 1868.
15
Hors atelier
Fonts baptismaux côté sud
4 lancettes trilobées
Vitrerie blanche à bordure. Guy ou Anne Le Chevallier vers 1981 ?
102
Porche tour
baie haute.
3 lancettes trilobées
5 mouchettes.
Composition colorée par Antoine Le Bihan Quimper v.2016. Inscription "DA FEIZ ON TADOU KOZ 1508-2008. Association Sant-Nonna".
Protection : par grillage extérieur.
Description détaillée des baies 0 et 2.
I. La Baie 0 ou maîtresse-vitre. 1510 et 1966.
1°) Les lancettes.
Les vitraux anciens se trouvent dans les deux lancettes centrales, les têtes de lancettes et le tympan.
Les têtes de lancette contiennent six sommets d'édicules flanqués de statuettes de prophètes à arcs redentés ouvrant sur des voûtants colorés et des tentures galonnées.
Dans les deux lancettes centrales sont regroupés les panneaux restant du cycle de l'Enfance du Christ, de la Vie publique et de la Passion du Christ autrefois disposés en trois registres dans la baie. Ces scènes sont peu restaurées et affectées de nombreux plombs de casse.
--Au registre supérieur de la lancette C : Déposition de Croix (assez bien conservé).
--Au registre supérieur de la lancette D : la Mise au tombeau (tête du Christ restauré)
--Registre moyen, lancette C : la Flagellation (pièces modernes : sol, jambes des bourreaux).
--Registre moyen, lancette D : le Baptême du Christ (même carton qu'à Guengat ; verre gravé pour les rayons entourant la colombe du Saint-Esprit ; pièces modernes à la base du panneau.
--Registre inférieur, lancette C : la Circoncision (même carton qu'à Guengat ; tête de la Vierge restaurée ; panneau inférieur perdu) ; à côté, dais, (très restauré, abritant un panneau de vitrerie moderne).
Le reste des lancettes est occupée par la vitrerie colorée de Jacques Le Chevallier.
Signature dans l'angle inférieur gauche de la lancette B.
Un verre cassé, angle inférieur gauche de lancette E.
Baie 0. Jacques Le Chevallier 1966. Photographie Jean-Yves Cordier 2024.
Eglise Saint-Nonna de Penmarc'h, baie 0, la signature de Jacques Le Chevallier. Photo Jean-Yves Cordier 2024.
Eglise Saint-Nonna de Penmarc'h, baie 0, la Flagellation (atelier Le Sodec de Quimper, v.1510). Photo Jean-Yves Cordier 2024.
Eglise Saint-Nonna de Penmarc'h, baie 0, La Déposition (atelier Le Sodec de Quimper, v.1510). Photo Jean-Yves Cordier 2024.
Eglise Saint-Nonna de Penmarc'h, baie 0, détail La Mise au tombeau (atelier Le Sodec de Quimper, v.1510). Photo Jean-Yves Cordier 2024.
2°) Le tympan.
-Au sommet, armes parti de France et de Bretagne couronnées et entourées du collier de l'Ordre de l'Hermine. Phylactères avec devise. Panneau bien conservé.
-Au dessous, dans 6 des 12 ajours, anges en buste sur fond de nuées mises en plombs (fréquentes dans les Passions de cet atelier Le Sodec), tenant des phylactères et supportant les armes des seigneurs de Pont-L'Abbé d'or au lion de gueules, et leurs alliances.
En haut à gauche, écu du Pont parti de Rostrenen d'hermines à trois fasces de gueules (panneaux plus ou moins complétés)
Autres ajours : bouche-trous (à droite, tête du Christ, buste d'une Vierge de Pitié, fragments de dais et d'écus), et un panneau de Jacques Le Chevallier.
Baie 0 (tympan) Jacques Le Chevallier 1966. Photographie Jean-Yves Cordier 2024.
--Armoiries couronnées (couronne royale aux fleurs de lys), mi-parti de France et de Bretagne entourées du collier de l'Ordre de l'Hermine : la prééminence royale de Louis XII et d'Anne de Bretagne. Le collier est une cordelière à nœuds de cordeliers, rappelant l'attachement d'Anne de Bretagne et de son père le duc François II à cet emblème, repris dans l'Ordre de la cordelière créé en 1498 par Anne de Bretagne. Sur le phylactère, où on attendrait la devise ducale A MA VIE, on lit, sous réserve, SVIS POUR SOY.
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Eglise Saint-Nonna de Penmarc'h, baie 0, tympan (atelier Le Sodec de Quimper, v.1510). Photo Jean-Yves Cordier 2024.
Le collier de l'Ordre de l'Hermine : L'hermine au naturel est suspendue à la cordelière par un entrelacs.
Eglise Saint-Nonna de Penmarc'h, baie 0, tympan (atelier Le Sodec de Quimper, v.1510). Photo Jean-Yves Cordier 2024.
Dans l'ordre dees prééminences, nous trouvons en dessous les armoiries de trois générations de barons de Pont-L'Abbé, de gauche à droite :
— écu mi-parti d'or au lion de gueules, qui est Pont-L'Abbé, et d'hermines à 3 fasces de gueules, qui est Rostrenen. Jean, baron du Pont-L'Abbé épousa en 1440 Marguerite qui lui apporta la baronnie de Rostrenen dont il écartela ses armes.
Eglise Saint-Nonna de Penmarc'h, baie 0, tympan (atelier Le Sodec de Quimper, v.1510). Photo Jean-Yves Cordier 2024.
— écu écartelé au 1, 4 de Pont-L'Abbé et de Rostrenen, au 2 contrécartelé au 1 et 3 de gueules à la raie d'escarboucle d'or et au 2,4 d'azur à trois fleurs de lys d'or à la cotice du même brochant qui est Bourbon-Navarre, et au 3 de gueules à 3 macles d'or qui est Rohan à la vouivre ondoyante brochant sur le parti. Pierre du Pont-L'Abbé décédé en 1488 à Saint-Aubin-du-Cormier épousa Hélène de Rohan en 1463.
Eglise Saint-Nonna de Penmarc'h, baie 0, tympan (atelier Le Sodec de Quimper, v.1510). Photo Jean-Yves Cordier 2024.
— Présenté par un ange couronné à amict brodé d'or et ailes rouges frangées d'or, l'écu mi-parti Pont-L'Abbé-Rostrenen et d'hermines, autres armoiries, imparfaitement reproduites, des de Brosse, comte de Penthièvre. Jean III du Pont-L'Abbé épousa Catherine de Brosse-Bretagne vers 1490.
Eglise Saint-Nonna de Penmarc'h, baie 0, tympan (atelier Le Sodec de Quimper, v.1510). Photo Jean-Yves Cordier 2024.
Au dessous, de gauche à droite des anges semblables présentent les armoiries de seigneurs de moindre importance, qui ont possédé la seigneurie de Lescoulouarn dans la paroisse de Plonéour, voisine de Penmarc'h :
— écu écartelé au 1 et 4 d'or au lion d'azur et au 2 et 3 de gueules à 5 fleurs de lys d'argent, copie moderne pour d'azur à 6 fleurs de lys d'argent posées 3.2.1. Il s'agit des armes inversées de la famille Foucault dont la branche aînée possédant Lescoulouarn se fondit dans Langéouez avant 1510 par le mariage de Jean et de Jeanne Foucault. Sur la banderole ONI...ET et P...DE...
Eglise Saint-Nonna de Penmarc'h, baie 0, tympan (atelier Le Sodec de Quimper, v.1510). Photo Jean-Yves Cordier 2024.
— écu mi-parti Foucault et du Pont-L'Abbé; alliance inconnue.Sur la banderole : L...ON...EN...
Eglise Saint-Nonna de Penmarc'h, baie 0, tympan (atelier de Quimper, v.1510). Photo Jean-Yves Cordier 2024.
— écu mi-parti fascé ondé d'or et d'azur qui est Languéouez et d'or au léopard morné de gueules qui est Nevet. Un Jean de Languéouez seigneur de Lézarscoët épousa vers 1450 Typhaine de Nevet. Sur la banderole :CHRISTU...TRIS.. VI., fragment d'un hymne dans le style du Victimae Paschali.
Eglise Saint-Nonna de Penmarc'h, baie 0, tympan (atelier de Quimper, v.1510). Photo Jean-Yves Cordier 2024.
— écu contrécartelé au 1 et en cœur Foucault, au 3 Languéouez, au 2 d'argent à neuf macles de gueules et au 4 d'azur à la croix d'argent qui sont inconnus. Sur la banderole : ...VIS [cf SVIS]... Il doit s'agir de l'alliance d'un Langéouez avec une autre famille par laquelle la seigneurie de Lescoulouarn échut aux Talhouët. Cette famille était présente dans la région dés 1513 puisqu'on sait que Guyon de Talhouët était capitaine et porte-enseigne de Pierre de Foix, nouveau baron du Pont et de Rostrenen. Bien que l'on ignore si les armes de ces deux personnages figuraient dans la verrière, cependant on peut conclure que la réalisation de cette dernière se situe peu avant ou peu après l'héritage des baronnies par la famille de Foix et celui de la seigneurie de Lescoulouarn par la famille de Talhouët, toutes deux citées en 1513.
Eglise Saint-Nonna de Penmarc'h, baie 0, tympan (atelier de Quimper, v.1510). Photo Jean-Yves Cordier 2024.
II. La baie 2. Vers 1510, fin du XVIe siècle et 1966.
Les panneaux anciens se trouvent dans 4 ajours du tympan et en haut de la lancette centrale.
La lancette médiane C s'élève très haut à l'intérieur du tympan.
1°) Les lancettes.
Lancette centrale : en haut, dais, fragment d'un Portement de croix (buste du Christ) et pièces bouche-trous.
Le reste des lancettes est occupée par la vitrerie colorée de Jacques Le Chevallier.
Baie 2, lancettes. Jacques Le Chevallier 1966. Photographie Jean-Yves Cordier 2024.Baie 2, lancette C. Photo Jean-Yves Cordier 2024.
2°) Le tympan.
Quatre écus armoriés au sommet, celui de Jean II du Pont à gauche, et de Marguerite de Rostrenen à droite, mariés en 1444.
Ajour latéral gauche : ange soutenant des armes d'argent au greslier et au lévrier de sable, armoiries de Penmorvan, seigneur de Tréoulté (Tréoultré est l'ancien nom de Penmarc'h) .
En symétrie, à droite, écu moderne France-Bretagne tenu par un ange ancien.
Complément de vitrerie en composition colorées Jacques Le Chevallier 1966.
Baie 2, tympan. Jacques Le Chevallier 1966. Photographie Jean-Yves Cordier 2024.
Baie 2, tympan, détail (v. 1510). Photo lavieb-aile juillet 2024.Armes de Jean II du Pont. Baie 2, tympan, détail (v. 1510). Photo lavieb-aile juillet 2024.
Armes mi-parti Jean II du Pont/Marguerite de Rostrenen. Eglise Saint-Nonna, Baie 2, tympan, détail (v. 1510). Photo lavieb-aile juillet 2024.Armes mi-parti France et Bretagne. Eglise Saint-Nonna, Baie 2, tympan, détail ( ange v. 1510). Photo lavieb-aile juillet 2024.
Une verrière (baie 13, 1975, 8,30 m², composition colorée) de Jacques et Guy Le Chevallier pour les Fonts baptismaux de l'église Saint-Nonna de Penmarc'h (Finistère 29. Bretagne).
Cette réalisation est préparée par un échange de courrier de mai à juillet 1972, dans un projet qui concerne les deux baies des Fonts baptismaux, n° 13 et n° 15. Le remplage de la baie n°15 est remarquable par ses trois fleurs de lys.
1°) Courrier du 12 mai 1972 à Jacques Le Chevallier :
Cher Monsieur, à la suite de la tournée de M. l’inspecteur général DUPONT, je tiens à bien préciser les décisions prises :
PENMARCH Saint-Nonna :
--vous présenterez des maquettes pour les deux fenêtres de la chapelle des fonts baptismaux car elles ne peuvent pas être dissociées,
--dans les fenêtres du bas-côté nord, il y a cinq vitraux du XIXe siècle très menacés qu'il faut déposer d'urgence,
--l'urgence semble moindre dans les vitraux du bas-côté sud que M. DUPONT souhaite conserver
--vos vitraux du chevet sont fort réussis et il est souhaitable de vous confier sans tarder l’exécution de la troisième fenêtre du côté nord.
2°) Courrier du 14 juin 1972 de Mr AUZAS Inspecteur Principal des Monuments Historiques à Mr Le Chevallier.
Cher Monsieur, voici les deux projets « prioritaires » pour la chapelle des fonts baptismaux de l'église de Penmarc'h. Compte-tenu de l'extrême variété des diverses baies de l'église et sans préjuger de la suite des travaux, il m'a semblé intéressant de chercher un parti-pris de vitrerie libre assez animé dans ses rythmes graphiques d'une tonalité générale assez claire et homogène. Il est d'ailleurs souhaitable de consacrer à cette chapelle une grande luminosité et de mettre en évidence les formes du fenestrage.
3°) Courrier du 12 juillet de [Guy] Le Chevallier à Mr LISCH, architecte en Chef des MH :
Monsieur, suivant les indications de Mr AUZAS, je vous envoie un devis estimatif pour les vitraux du baptistère de Saint-Nonna. Après avoir rencontré Messieurs Dupont et Auzas, mon père a mis au point des projets qui se rapprochent des vitraux déjà réalisés dans le chœur et faisant ressortir les fleurs de lys du remplage de la baie I.
Les pièces d'archives précisent que "les nouveaux vitraux étaient posés en mai 1974", mais un mémoire de réglement à Mr LISCH précise que "le vitrail" a débuté en décembre 1974. Un mémoire de réglement 14 093 86 du 30-06-1975 mentionne un seul vitrail, celui du côté nord des Fonts désigné Baie A [baie 13], réalisé de décembre 74 à mars 75, par Guy Le Chevallier à la demande de Mr LISCH, pour la somme de 5.636 Frs : les 24 panneaux de verre antique de couleurs mis sous plombs ont une surface de 8,3080 m².
Description de la baie 13 :
Cette verrière associe, au centre de chaque lancette et de chaque mouchette du tympan, des verres colorés à l'antique sans grisaille, avec une périphérie blanche, l'ensemble étant animée par des lignes (plombs) souples, faiblement curvilignes verticales et horizontales. Les couleurs principales vont du jaune au brun et du vert au bleu.
La baie 13 (Fonts baptismaux), Jacques et Guy Le Chevallier 1974-1975. Photographie Jean-Yves Cordier 2024.
ESQUISSES
La baie 13 a fait l'objet d'une esquisse colorée :
La baie 15, qui n'a pas été réalisée par l'atelier Le Chevallier dans cet exercice 1974-75, avait fait l'objet de l'esquisse colorée suivante :
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LES AUTRES VITRAUX.
Baie 1. Guy ou Anne Le Chevallier ?
Baie 4 (murée)
Eglise Saint-Nonna de Penmarc'h, baies 3 et 5. Photo Jean-Yves Cordier 2024.
Eglise Saint-Nonna de Penmarc'h, baie 6 Photo Jean-Yves Cordier 2024.
Eglise Saint-Nonna de Penmarc'h, baie 7 Photo Jean-Yves Cordier 2024.Eglise Saint-Nonna de Penmarc'h, baie 8 Photo Jean-Yves Cordier 2024.
Eglise Saint-Nonna de Penmarc'h, baie 9 Photo Jean-Yves Cordier 2024.
Eglise Saint-Nonna de Penmarc'h, baie 10 Photo Jean-Yves Cordier 2024.
Eglise Saint-Nonna de Penmarc'h, baie 11 Photo Jean-Yves Cordier 2024.
Eglise Saint-Nonna de Penmarc'h, baie 12 Photo Jean-Yves Cordier 2024.
Eglise Saint-Nonna de Penmarc'h, baie 14. Photo Jean-Yves Cordier 2024.
Eglise Saint-Nonna de Penmarc'h, baie 15 Photo Jean-Yves Cordier 2024.
Eglise Saint-Nonna de Penmarc'h, baie 102 (Antoine Le Bihan 2016). Photo Jean-Yves Cordier 2024.
LIENS ET SOURCES
— GATOUILLAT (Françoise) HEROLD (Michel), Les Vitraux de Bretagne, Corpus vitrearum France recensement VII, Presses Universitaires de Rennes : Rennes 2005 pages 157-159.
— BARRIÉ (Roger) Etude sur le vitrail en Cornouaille au 16e siècle : Plogonnec et un groupe d'églises de l'ancien diocèse de Quimper / ; sous la direction d' André Mussat, 1979 Thèse de 3e cycle : Art et archéologie : Rennes 2 : 1979. Bibliogr. f. 9-32. 4 annexes (vol. 2)
Ensemble de 7 verrières de Jacques Le Chevallier (74 m², composition non figurative, 1951, classement MH) de la chapelle Saint-Jean-Baptiste du château du Roi René d'Angers. Le vitrail du XVe siècle (v. 1457), René d'Anjou et Jeanne de Laval agenouillés devant la Vierge.
Je remercie l'équipe de l'accueil et les guides du château d'Angers, ainsi que Catherine Leroi cheffe du service culturel du Domaine national du château d'Angers.
Le château est composé de deux éléments : la forteresse construite par Saint-Louis en 1230 et le château-résidence des ducs d'Anjou. La forteresse comporte 17 tours hautes d'une trentaine de mètres et larges de 18 mètres. A partir de 1360, le château, devenu résidence ducale, est transformé : logis royal et chapelle édifiés au début du 15e siècle, châtelet construit en 1450. En 1373, le duc Louis 1er d'Anjou commande la série de tapisseries ayant pour thème l'Apocalypse, dont la série est probablement achevée en 1382.
La chapelle actuelle a été érigée de 1405 à 1412 par Louis II d'Anjou et Yolande d'Aragon, parents de René Ier d'Anjou, pour remplacer la chapelle du XIIe siècle enclose dans l'angle sud-ouest et jugée trop petite et trop délabrée par la reine Yolande.
Sa large nef unique est rythmée de trois travées couvertes de voûtes d'ogives bombées dites « à l'angevine » Les clefs de voûte portent les armes pleines de Louis II, puis mi-parti de Louis II et de Yolande d'Aragon, et la troisième une croix à double traverse honorant la relique de la Vraie Croix ramenée de Constantinople en 1241 et amenée au château d'Angers pendant la Guerre de Cent Ans.
La chapelle a été utilisée au XVIIIe siècle comme prison et 500 marins anglais y ont été détenus, certains y laissant des graffitis.
Le château abritant une base allemande, il a été victime d'un bombardement le 4 août 1944 faisant des dégâts considérables : les parties hautes hautes de la chapelle durent être restaurées.
La façade est de la chapelle (baies 1, 3, 5). Photo Jean-Yves Cordier juillet 2024.
Les baies 0 et 1. Photo Jean-Yves Cordier juillet 2024.
La chapelle du château d'Angers, baies 5, 3, 1 et 0. Photo Jean-Yves Cordier juillet 2024.
Les vitraux.
L'édifice est éclairé par sept grandes baies dont les vitraux modernes de Jacques Le Chevallier ont été installés en 1951.
Dans la baie moderne 6, du côté ouest devant la porte d'entrée, a été enchâssée une verrière provenant de l'abbaye du Louroux à Vernantes (Maine-et-Loire), classée Monument Historique. Dans trois lancettes gothiques, René Ier d'Anjou, en donateur mais en tenue de chasse, et son épouse Jeanne de Laval (mariage en 1454) entourent la Vierge, au-dessus de leurs armes couronnées. Ce vitrail est attribué à André Robin, créateur des Rosaces de la cathédrale en 1452.
À propos de cette abbaye cistercienne du Louroux fondé en 1120, l'article Wikipédia précise en citant Jocelyn Mercier, Vernantes : Pages d'Histoire, images d'autrefois, Clichy-sous-Bois, Éditions du Vieux-Logis, 1989 : « Au départ des Anglais, une chapelle est construite dans le style gothique angevin, ornée de fresques représentant quatre anges portant les instruments de la Passion du Christ.[...]. Après la guerre, le Roi René fait de larges donations à l'abbaye ; en témoigne un vitrail qu'il fait installer dans l'église. Ce vitrail survit à l'abbaye, car transporté en 1812 dans l'église de Vernantes, puis de là en 1901 au musée Saint-Jean d'Angers. ». Mais ce vitrail avait été très remanié, avec des pièces de ré-emploi qui lui était étrangère, et son insertion dans une vitrerie moderne ne fut pas simple ; Jacques Le Chevallier a refait la tête du donateur en s'inspirant d'une médaille conservée à la Bibliothèque Nationale.
Henri Enguehard, ( La chapelle du château d'Angers,1954) écrit à propos de la commande des nouveaux vitraux : « Dans le but d'exposer dans la chapelle des tapisseries de sujet religieux,les verrières neuves commandées à M. Le Chevallier ont été composées en choisissant des verres et des couleurs qui permettent d'éviter la détérioration des tapisseries par la lumière solaire. »
Jacques Le Chevallier avait réalisé dès 1949-1950 à Angers l'ensemble de vitraux figuratifs (7 baies, 28 m²) de la chapelle des Sœurs franciscaines de l’Esvière, sur le site d'un sanctuaire de Notre-Dame-sous-Terre créé en 1429 par Yolande d'Aragon.
Par la suite, en 1954-56, Jacques Le Chevallier créera 6 verrières pour la nef sud de la cathédrale d'Angers et des compléments pour les vitraux anciens (notamment la baie axiale de 1230), et 4 verrières pour la chapelle N-D-de Pitié de la cathédrale (74 m² au total). En 1954, il crée les deux fenêtres de l'oratoire du château de Baugé, le relais de chasse du Roi René. En 1958, il revient à la chapelle de l'Esvière pour créer des verrières composées pour le réfectoire et le chapitre (31 m²).
SITUATION ET NUMÉROTATION.
Numérotation selon les normes du Corpus vitrearum. La chapelle n'est pas orientée vers l'Est, mais vers le Sud-sud-est.
Numérotation des baies, Jean-Yves Cordier juillet 2024.
Aucune des verrières de la chapelle du château n'est signée (ou du moins aucune signature n'est visible depuis le sol). Pas de protection extérieure.
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Baie o et 1. Photo Jean-Yves Cordier juillet 2024.
Baies 2, 4 et 6. Photo Jean-Yves Cordier juillet 2024.
DESCRIPTION.
Tableau de synthèse.
Baie
situation
taille
lancette
tympan
description
0
Baie d'axe pignon sud.
Hauteur pleine.
5 lancettes lancéolées de 0,70 m de large
9 quadrilobes et 7 quadrilobes tronqués.
Composition colorée
1
Haute nef (chœur) Est
Hauteur pleine.
3 lancettes lancéolées de 0,70 m de large.
3 quadrilobes et 4 écoinçons
Composition colorée
2
Haute nef (chœur) Ouest
Demi-hauteur
3 lancettes lancéolées de 0,70 m de large.
3 quadrilobes et 4 écoinçons
Composition colorée
3
Nef Est
Hauteur pleine
3 lancettes lancéolées de 0,70 m de large.
3 quadrilobes et 4 écoinçons
Composition colorée
4
Nef Ouest
Demi-hauteur
3 lancettes lancéolées de 0,70 m de large.
3 quadrilobes et 4 écoinçons
Composition colorée
5
Nef Est au dessus de la porte
Demi-hauteur ? 8,09 m²
3 lancettes lancéolées de 0,70 m de large.
3 quadrilobes et 4 écoinçons
Composition colorée
6
Nef Ouest
Hauteur pleine. 12,32 m² dont 7,74 m² vitrail ancien restauré.
3 lancettes lancéolées de 0,70 m de large à 6 panneaux.
3 quadrilobes et 4 écoinçons
Composition colorée JLC et verrières du 2ème moitie XVe siècle.
Description détaillée.
Auteur : Jacques Le Chevallier (1896-1987) peintre-verrier, atelier de Fontenay-aux-Roses, pour la conception, le dessin des cartons, et la réalisation des verrières.
Ces verrières de Jacques Le Chevallier sont des compositions de pièces colorées en verre antique montés sur plomb, avec serrurerie habituelle par barlotières et vergettes.
La composition répond à un principe identique sur les sept verrières, celui d'éléments géométriques centraux dans un quadrillage rectangulaire plus clair lui-même encadré de bordures. La majorité des pièces sont rectangulaires. Les couleurs dominantes des motifs sont le bleu et le rouge, mais on retrouve aussi le vert, le jaune et l'orangé.
Dans les lancettes de la baie 0, 4 motifs en bandes ou en chevrons se répètent, pouvant évoquer un ensemble héraldique. Au tympan, 2 motifs se répètent également , identiques sauf par leurs couleurs, et privilégiant les losanges.
Dans la baie 1, se répètent des cercles et des losanges centrés par des croix. La baie 3 voisine s'en rapproche, mais introduit des cercles concentriques.
Les demi-baies 2 et 4 associent losanges et carrés.
Les baies 5 et 6, qui se font face, introduisent un nouveau motif, en lignes courbes entrelacées en tissage, un motif que Jacques Le Chevallier reprend aussi dans l'oratoire du château du Roi René de Baugé, dont il crée les deux verrières en 1954.
Photographies des six verrières.
Baie d'axe 0. Photo Jean-Yves Cordier juillet 2024.Baie 0. Photo Jean-Yves Cordier juillet 2024.Baie 1. Photo Jean-Yves Cordier juillet 2024.Baie 1. Photo Jean-Yves Cordier juillet 2024.
Baie 2. Photo Jean-Yves Cordier juillet 2024.
Baie 2. Photo Jean-Yves Cordier juillet 2024.
Baie 3. Photo Jean-Yves Cordier juillet 2024.
Baie 3.Photo Jean-Yves Cordier juillet 2024.
Baie 4. Photo Jean-Yves Cordier juillet 2024.
Baie 3. Photo Jean-Yves Cordier juillet 2024.
Baie 5. Photo Jean-Yves Cordier juillet 2024.
Baie 5. Photo Jean-Yves Cordier juillet 2024.
Baie 6. Photo Jean-Yves Cordier juillet 2024.
Baie 6. Photo Jean-Yves Cordier juillet 2024.
Historique.
Je ne dispose d'aucune information sur la réalisation en maçonnerie des baies et de leur remplage : avaient-elles étaient entièrement détruites ? Ont-elles reproduit les fenestrages antérieurs ? Disposent-on de documents graphiques sur celles-ci avant 1944 ?
Archives.
Les documents des archives Jacques Le Chevallier (Archives départementales de l'Aube 213-J-000133 ) contiennent les pièces de deux marchés, soumissions, devis, métrages, mais aussi les dessins des baies/fenestrages, esquisses/recherches de compositions ornementales colorées sur papier calque, et mesures des baies.
La correspondance concerne Mr Pradillon, Architecte parisien, Mr Jacques Levron, Archiviste de la bibliothèque d’Angers, au sujet des armoiries de René d'Anjou et de son épouse, et surtout les deux maîtres d'ouvrage, Henri Enguehard, Architecte départemental des Monuments Historiques, et Bernard Vitry, Architecte en chef des Monuments Historiques.
Jacques Le Chevallier sollicite le 31 février 1952 Jacques Levron afin de compléter les armes de Jeanne de Laval (son correspondant répond en lui adressant le fac-similé des armes d'après un sceau conservé aux archives). Il déclare qu'il se voit obligé, pour ne pas rompre l'unité ancienne des panneaux par des compositions modernes, les inscriptions anciennes, bien que l'archiviste ait déclaré qu'elles n'avaient aucun intérêt, et, selon H. Enguehard, elles n'ont jamais appartenu à la verrière ancienne et n'ont aucun rapport avec elle : elles ont été introduites en réemploi lors des restaurations du XIXe ou XXe siècle. Dans le même courrier, il souligne combien cette restauration est délicate : « des éléments rapportés déséquilibrent la plupart des panneaux. J'ai réussi à redonner un peu de couleur aux fonds qui ont été patinés d'une manière très lourde »
Il ajoute : « La tête du roi René sera refaite en s'inspirant d'une très belle médaille « , médaille très connue et reproduite, conservée à la Bibliothèque Nationale (sans-doute celle de Pietro da Milano, représentant le couple de René et Jeanne de Laval et au revers, une scène qui se passe devant un palais Paris, BnF, cabinet des médailles, série 4011 bis1462). Pierre de Milan était un sculpteur d’origine dalmate qui, après avoir exercé son métier à Dubrovnik et à Naples, travailla à la cour aixoise de René au début des années 1460 et dans les années 1470.
Médaille du roi René et de Jeanne de Laval, Pietro da Milano, bronze, BnF droits réservés.Maquette de réfection de la tête de René d'Anjou. Archives départementale de l'Aube 213-J-000133. Droits réservés.
Il existe une autre médaille du cabinet des médailles de la BnF n°A.V. 142 attribuée aussi à Pietro da Milano vers 1460 : on remarquera avec Laurent Hablot que René d'Anjou s'y fait représenter en roi souverain avec sa couronne, mais aussi en chevalier tournoyeur armé de joutes avec son heaume de parade au cimier au lys, et le renfort de plate sur l'épaule droite. Cela montre que, pour le Roi René, le pouvoir et le gouvernement ne l'emportait pas sur ses deux passions : les tournois (il est l'auteur du Traité de la forme et devis comme on peut faire les tournois) et la chasse.
René d'Anjou, médaille attribuée à Pietro da Milano, Paris, BnF, cabinet des Médailles, no A. V. 142, vers 1460. In Laurent Hablot.
...
Mais ce courrier de 1952 est tardif. C'est le 15 novembre 1949 que le peintre-verrier adresse une étude et exécution de vitreries ornementales de petite échelle avec motifs variés en verre antique de couleurs. » Le marché est approuvé le 6 juillet 1950. Une « 2ème situation de travaux » sera adressée pour la pose, en janvier 1951, des baies « E, A, A', B et B' » soit 58 m² pour un total de 806.891 Frs.
Un courrier du 20 novembre 1950 signale au peintre-verrier qu'il peut débuter « la vitrerie de la chapelle et de la sacristie ». S'agit-il de l'oratoire privé ?
Un deuxième marché le 25 novembre 50 concerne une « étude et exécution en vitreries ornementales [en verre antique] d'une baie C de 8,09 m² [baie 5 Corpus vitr.] et l'étude et exécution de vitreries ornementales d'une baie D [Baie 6] et transfert de la baie du Roi René provenant du musée de Saint-Jean soit 20, 41 m² au prix de 16000 frs le m² » . Le verrier se charge aussi de la dépose, de la remise en plombs et du transport depuis le musée Saint-Jean.
De nombreuses maquettes sont réalisées.
Dessin de Jacques Le Chevallier, Archives départementale de l'Aube 213-J-000133. Droits réservés.
L'intégration du vitrail du XVe siècle.
Le vitrail ancien est relevé par Jacques Le Chevallier, avec sa baie ogivale, dans un dessin en couleur :
Dessin de Jacques Le Chevallier, Archives départementale de l'Aube 213-J-000133. Droits réservés.
Un deuxième dessin montre le projet d'insertion de la vitre dans la verrière moderne, avec la mention « ne pas manquer (ou marquer?) l'ogive. »
Dessin de Jacques Le Chevallier, Archives départementale de l'Aube 213-J-000133. Droits réservés.
Deux autres dessins montrent que l'intégration du vitrail ancien a également été envisagée en baie 2 (ou A) et en baie 5 (ou C) :
Dessin de Jacques Le Chevallier, Archives départementale de l'Aube 213-J-000133. Droits réservés.
Dessin de Jacques Le Chevallier, Archives départementale de l'Aube 213-J-000133. Droits réservés.
Échanges de courriers.
Le 17 septembre 1951, un courrier d'Henri Enguehard concerne ce vitrail ancien, déclarant comme on l'a vu que les inscriptions gothiques devaient disparaître, et ajoutant que la tête du Roi René, qui avait été refaite par les restaurateurs précédents, était, quoique pas mauvaise, insuffisamment ressemblante : il adressait au peintre-verrier « un dessin de Guegnard ».
Il ajoute :
« Au dessus du portrait du Roi René, il existe une figure qui n'a également, aucun rapport avec le vitrail.Voici ce que dit monsieur le chanoine URSEAU dans sa brochure de 1924 sur le musée Saint-Jean :
« Au cours des siècles, le vitrail de l'abbaye du Louroux a beaucoup souffert. La partie « supérieure a été rognée. Des morceaux brisés ont été remplacés au hasard par des débris « de verre peints appartenant à d'autres vitraux. Une tête d'époque plus récente a été « enchâssée dans le dais d'architecture, au dessus de la tête du roi. Un fragment d'inscription « a été placé en dessous de la Vierge.
« Ce vitrail est l'un des monuments les plus précieux de l'art angevin du XVe siècle. Il sort « probablement de l'atelier d'André Robin, peintre-verrier d'Angers à qui on doit la « magnifique rose du croisillon nord de la cathédrale et, en particulier, les délicieux « médaillons qui y figurent les douze mois de l'année. On trouve en effet dans ces petits « tableaux et dans notre vitrail des détails de facture qui décèlent la même époque et la « même main . »
L'accord pour la dépose et le remontage du vitrail ancien est signé en décembre 1950, et dans un courrier du 22 décembre 1950 de l'Architecte en chef des bâtiments de France Bernard Vitry, qui donne le feu vert des travaux, on apprend que la baie concernée était vitrée « par des verres blancs provenant de la cathédrale ».
LES VITRAUX DE L'ORATOIRE : JACQUES LE CHEVALLIER ?
L'oratoire privé de René d'Anjou, un local de 14 m² chauffé par sa cheminée et communiquant avec la chapelle par une porte en anse de panier et trois baies lancéolées (verre blanc) est éclairé vers l'extérieur par deux baies, dont les vitraux sont a priori de Jacques Le Chevallier.
Celle de gauche comporte deux baies lancéolées et un tympan à un quadrilobe, celle de droite une seule lancette ogivale. Les verrières sont des compositions colorées en verre antique, jaune et bleu pâle, aux motifs géométriques identiques faits de losanges et de croix.
Au milieu de cette baie de droite est suspendu une pièce ancienne (XVe ?) représentant la Trinité souffrante, c'est à dire Dieu le Père, en manteau rouge, assis dans une cathèdre et tenant le crucifix, dont le Christ a été restauré.
Oratoire de la chapelle. Photo Jean-Yves Cordier juillet 2024.
Oratoire de la chapelle. Photo Jean-Yves Cordier juillet 2024.
Photo Jean-Yves Cordier juillet 2024.
Description du vitrail du XVe siècle.
Ce vitrail représente René d'Anjou et Jeanne de Laval aux côtés de la Vierge. Il était jusqu'en 1951 dans la chapelle du Musée Saint-Jean dans la fenêtre du côté sud.
La baie 6 (détail). Photo Jean-Yves Cordier juillet 2024.
Henri Enguehard cite dans son ouvrage La chapelle du château d'Angers la description détaillée du chanoine Urseau:
« Ce très curieux vitrail du XVe siècle est sorti de l'abbaye du Loroux, sur le territoire de Vernantes en Anjou. Il fut transporté en 1812 à l'église de la paroisse ; puis il fut donné en 1901 au Musée d'Archéologie par M. le Comte de Maillé et remonté avec soin dans une des baies de l'ancien Hôpital Saint-Jean.
Trois lancettes le compose. Celle du milieu représente la Vierge, debout, appuyée sur une tige de lys, dont elle semble être la fleur mystérieuse ; sa main droite est ramenée sur la poitrine et sa main gauche légèrement tendue en avant. La lancette de droite montre le Roi René ; celle de gauche, Jeanne de Laval, sa seconde femme.
Le roi et la reine, à genoux, sont en prière tournés vers la mède des Miséricordes. Un dais d'architecture les abrite et leur blason est placé au-dessus [sic] d'eux ; à celui du roi est suspendu un croissant d'or, portant la devise de l'Ordre du Croissant : Los en croissant.
Le roi a la tête couverte d'un bonnet de feutre ou de grosse étoffe violette foncé. Sa tunique échancrée par le haut n'a pas de col et se boutonne sur la poitrine ; la partie inférieure dessine, au-dessous de la ceinture de longs fourreaux. Les manches sont évasés aux poignets. Les bottes se rabattent aux genoux en formant revers et sont munis d'éperons à molette. De gauche à droite, en sautoir, une courroie barre la poitrine du prince, soutenant un cor d'ivoire, cerclé d'or et de métal doré, un paquet de cordes et une trousse en bois, qui renferme deux couteaux dont on voit les manches. Sur l'épaule droite est appuyée la lance ou l'épieu. Sous le bras droit on distingue l'extrémité du croissant de l'ordre royal, avec les dernières lettres de la devise ...ANT, Los en croissant. Il est évident que le personnage a voulu être représenté en tenue de chasse. »
Jeanne de Laval agenouillée, les mains jointes, comme le roi, sur un prie-dieu recouvert d'une étoffe de brocard porte une robe violacée, cachée en partie sous un manteau de couleur brune. Une guimpe blanche lui entoure le cou. Une coiffe et un voile de la même couleur enveloppent la tête. À côté d'elle, un élégant lévrier, dont la silhouette se profile en blanc sur le costume un peu sombre de la reine, monte la garde au premier plan et veille à ce que personne ne vienne troubler la prière de sa pieuse maîtresse.
Au cours des siècles, le vitrail du Loroux a beaucoup souffert. La partie supérieure a été rognée ; des morceaux brisés ont été remplacés au hasard par des débris de verre peint appartenant à d'autres vitraux ; une tête d'époque plus récente a été enchâssée dans le dais d'architecture, au-dessus de la tête du roi ; un fragment d'inscription a été placé au dessous de la Vierge . »
Discussion.
Malgré la qualité de cette description, nous pouvons la compléter ou la discuter.
Datation : vers 1457.
Le vitrail peut être daté par la date du mariage de René d'Anjou avec Jeanne de Laval le 10 septembre 1454 : il est postérieur aux roses de la cathédrale, dont le chantier est terminé en 1454 (K. Boulanger). On sait que René d'Anjou s'occupa de l'abbaye de Loroux à partir de janvier 1452. L'étude des armoiries par Christian de Mérindol permet d'affirmer que le vitrail est antérieur à 1466 (date à laquelle l'écusson d'Aragon s'introduit en surcharge dans les armes de René) mais dans cette fourchette 1453-1466, il estime que d'après les portraits de ce vitrail il est plus proche de la première que de la seconde, et il opte pour la date de 1457: "Le roi René se rendit à l'abbaye en 1455 et il aimait alors séjourner au château de Launay, peu éloigné de l'abbaye , pour y chasser. De 1458 à 1461 il se trouvait en Provence." (Mérindol 1981)
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Attribution.
Le vitrail est attribué généralement à l'angevin André Robin. Mais la posture de la Vierge m'a évoqué l'Annonciation de Jan Van Eyck, et j'ai pensé à une attribution possible à Barthélémy d'Eyck : j'ai eu le réconfort de lire que c'était aussi l'avis de François Avril qui a vu " dans les « pourtraistures de feu Berthelemy" que sa veuve Jeanne de La Forest offrait de remettre à René, justement des modèles ou cartons pour d'autres techniques que la peinture, comme la broderie, le vitrail, voire le sceau et les médailles. Selon lui, son dessin serait à l'origine du vitrail provenant de l'abbaye de Loroux et actuellement conservé dans la chapelle du château d'Angers." François Avril et Nicole Reynaud, "Les manuscrits à peintures en France, 1440-1520" page 225. Barthélémy d'Eyck est l'enlumineur des Heures de René d'Anjou Egerton 1070, des Heures de René d'Anjou BnF lat.17332, du Livre des tournois BnF fr.2695, , du Mortifiement de vaine plaisance de René d'Anjou Metz BM ms 1486, du Livre du coeur d'amour épris de René d'Anjou (Vienne), etc.
Les deux hypothèses ne sont pas incompatibles : le peintre Barthélémy d'Eyck a pu réaliser le carton, et le maître-verrier André Robin le vitrail.
État actuel.
Le vitrail est très altéré, et la restauration n'a pu ôter la « patine » qui rend opaque une grande partie de la tenture d'apparat servant de fond, ou la robe de la reine, et beaucoup de détails nous échappent ou ont été modifiés.
Le jaune d'argent est largement utilisé en rehaut des verres blancs aux dessins et ombres de grisaille.
Les deux personnages royaux sont placés sous des pavillons frangés d'or et d'argent. Tous les deux sont placés dans une architecture gothique avec socle rectangulaire, piédroits sans personnages et gables aigus à crochets. Ces « niches » architecturées sont d'un usage établi, à Paris, Évreux, Rouen ou Quimper par exemple, au début du XVe siècle. Au pie des socles son,t représentées (en enlevé sur grisaille) des fleurettes évoquant les tapisseries mille-fleurs.
La niche abritant la Vierge montre le réseau de nervure d'une voûte à clef pendante, et un drap d'honneur rouge damassé de motif à fleurs (rinceau à deux types de fleurs, l'une large à huit pétales, l'autre petite à quatre pétales et quatre fins sépales).
René d'Anjou.
Les mains de René sont jointes au dessus d'un coussin qui porte peut-être un livre, coussin en drap damassé d'or et d'argent à motif végétal. La même étoffe se retrouve sur le coussin où le roi est agenouillé.
Le manche de l'épieu (ce n'est pas une lance, mais un épieu de chasseur) est doré, et muni d'un lacet noué (à hauteur de l'aisselle). Les chasseurs nobles, qui montaient à cheval, laissaient plutôt l'usage de l'épieu à leur veneur, ce qui rend ce détail insolite, mais ce n'est pas le seul.
Le vêtement boutonné est une veste de chasse.
Le croissant.
L'élément le plus remarquable est le croissant d'armes, cette pièce de harnois protégeant l'aisselle droite des chevaliers lors des tournois ou combats, et qui est fixée par un lacet bien visible. Il figure sur le livre des comptes dûs à son armurier Jacques Merveihes en 1514 par Jacques de la Place, écuyer argentier du duc de Valois ( "Pour ung harnoiz complet à double croysant") ou dans l'inventaire après décès de 1468 de Jean, bâtard d'Orléans («Idem une salade, ung harnois de jambes, ung croissant tenant à un méchant pourpoint, et deux paires de hauberjeon avecques une vieille espée d'armes.) ».
Cette pièce en croissant n'est pas sans rappeler le sac rempli de paille qui, placé dans un hourt (un cadre de baguettes lacées), protégeait la poitrine des chevaux lors des tournois (René d'Anjou, Livre des tournois folio 23v).
Mais ce croissant de rembourrage axillaire devint, pour les membres de l'Ordre du Croissant créé en 1448 par René d'Anjou (et dont la chapelle se trouvait dans le transept sud de la cathédrale d'Angers), un ornement de distinction, qui était "en or pour les chevaliers et en argent pour les écuyers" (Espitre pour... célébrer la feste du Thoisun d'or, par Ol. de la Marche).
Les statuts de l’ordre prévoient que chaque membre se fasse faire un « carreau » (coussin carré) de velours ou de satin cramoisi, de près de 50 cm de côté, pour y broder ses armoiries et marquer sa place à la cathédrale d’Angers.
Lors d'une réunion de l'Ordre sous la statue de saint Maurice son patron, les chevaliers portent un large chapeau noir, le manteau en velours de couleur rouge doublé de satin blanc sur une robe noire, et, sous l'aisselle droite, le croissant d’or cousu avec le mot Loz en Croissant gravé dessus.
Passio Mauritii et sotiorum ejus, XVe s, BnF Bibliothèque de l'Arsenal. Ms-940 réserve, page 1.
Passio Mauritii et sotiorum ejus, XVe s, BnF Bibliothèque de l'Arsenal. Ms-940 réserve, page 1, détail.
L'enluminure f.38v du Passio Mauritii est plus précise encore, montrant le croissant d'or faisant entièrement le tour de l'aisselle, avec ses lacets cousus sur le manteau rouge, et les lettres [CROI]SSANT. Il ressemble tant à celui du vitrail qu'on pourrait penser qu'il a servi de modèle.
On voit aussi que le croissant est poli dans sa partie supérieure, et hachuré de rangs de lignes curvilignes dans la partie inférieure. Or, ce détail se retrouve aussi sur le vitrail.
Passio Mauritii et sotiorum ejus, XVe s, BnF Bibliothèque de l'Arsenal. Ms-940 réserve, f.38v.
Dans le même ouvrage, saint Maurice est également représenté portant cet insigne.
Passio Mauritii et sotiorum ejus, XVe s, BnF Bibliothèque de l'Arsenal. Ms-940 réserve, f.34v
"L’adoption de la devise et du mot de l’ordre confirment cette exaltation de l’idéal chevaleresque : une pièce du harnois, le croissant d’armes protégeant l’aisselle, et une sentence los en croissant allusive à la renommée, véritable investissement moteur de l’action chevaleresque et dont le prince est garant par la voix de ses hérauts d’armes. Promoteur de l’ordre, René d’Anjou se transpose, aux yeux de sa noblesse, en défenseur d’un idéal en péril." (Laurent Hablot)
Baie 6, détail. Photo Jean-Yves Cordier juillet 2024.
La trompe de chasse est suspendue par une courroie, selon un mode bien représenté dans le Livre de chasse de Gaston Phoebus.
Les bottes à trois rangs de sangles à boucles dorées prolongent des cuissardes. (Livre de la chasse f.77r)
Le détail de l'étui à couteau de chasse confirme que René d'Anjou est armé "jusqu'aux dents" pour sa passion de la chasse.
Baie 6, détail. Photo Jean-Yves Cordier juillet 2024.
On voit ce type d'étui, à la ceinture d'un sergent d'armes, au folio 6r de son Traité des tournois BnF fr 2693. Son voisin porte les cuissardes à revers et les chaussures à la poulaine aux éperons à molettes.
Le chanoine Urseau n'a pas remarqué le chien (plutôt un épagneul qu'un Saint-Hubert) qui attend son maître avec impatience.
Enfin le sol est un dallage bicolore à triangle blanc et noir.
J'hésite à interpréter les liens qui se déploient devant la trompe de chasse comme les lanières d'un fouet. Il pourrait s'agir d'un emblème, celui du toupin de cordier, tel qu'il apparait dans ses Heures Paris, BnF, ms. lat. 17332, fo 18 vo ou 31v, 1459-1460. "Le toupin des cordiers associé au mot EN UN " (L. Hablot). Cette devise du toupin, reprise au revers d'une médaille à l'effigie du roi et due à Pietro da Milano, pourrait se référer aux États de René, dispersés et néanmoins réunis en sa personne, comme sous l'action du toupin les brins séparés viennent former un cordage.
René d'Anjou en tenue de chasse avec son chien.Baie 6, détail. Photo Jean-Yves Cordier juillet 2024.
Conclusion.
René d'Anjou n'adopte vraiment pas un costume adapté à une cérémonie religieuse de dévotion à la Vierge, mais semble plutôt équipé pour partir sur le champ se livrer à son passe-temps favori. On sait qu'il fit construire à Baugé un château en guise de relais de chasse, qui sera achevé en 1465, près des forêts
Dès lors, la levrette qui accompagne Jeanne de Laval peut également entrer dans ce contexte cynégétique.
Au total, nous avons ici un exemple unique d'un donateur (et même d'un couple de donateurs, bien que Jeanne de Laval soit moins facile à observer) d'une scène de dévotion, en tenue de chasse devant la Vierge. Alors que les donateurs nobles se font représenter partout ailleurs en chevalier, en armure et tabard à leurs armes, estimait-il que la chasse dépassait, dans son échelle des vertus, les capacités militaires ? Mais le croissant axillaire nous oblige à dépasser ce point de vue, car il n'a pas sa place dans un costume de chasse. Le croissant affirme l'appartenance à un ordre de chevalerie rassemblé sous l'égide de saint Maurice, l'officier romain donnant sa vie pour sa Foi. Nous n'avons pas ici un portrait, mais une effigie, la proclamation de valeurs, de systèmes de croyances et d'appartenances, faites d'emblèmes et de devises.
René d'Anjou a-t-il voulu se représenter dans le rôle le plus valeureux à ses yeux, le plus digne de louange pour son courage et sa vaillance face à Notre-Dame, en rassemblant un bouquet d'emblèmes ?
Pour souligner le caractère totalement atypique de cette présentation, il suffit de la comparer à celle de René sur le vitrail (v. 1454-1460) de la chapelle des Bernardins de l'église des Cordeliers d'Angers, chapelle qu'il a fondée en 1453 : ce vitrail est perdu mais son relevé par Gaignières est conservé. Il y figure précédé de Jean II et de Jeanne de Laval et suivit par Isabelle de Lorraine, Yolande d'Anjou et Marguerite d'Anjou. René et Jeanne sont les deux personnages alors vivants. René est en position d'orant, revêtu d'un manteau royal de pourpre doublé d'hermine dissimulant ses autres vêtements à l'exception d'une cotte verte qui dépasse des amples manches. René est coiffé d'une couronne royale . Le cadre architectural gothique, la tenture et l'étoffe des coussins sont proches de ceux de notre vitrail.
Paris : BNF (Département des Estampes et de la photographie)RESERVE OB-10-FOL (Folio : 13)
Baie 6, détail. Photo Jean-Yves Cordier juillet 2024.
Jeanne de Laval.
Jeanne de Laval est née à Auray le 10 novembre 1433. Elle est la fille d'Isabelle de Bretagne et de Guy XIV de Laval. Son mariage avec le roi René fut célébré à Angers le 10 septembre 1454, elle avait alors 20 ans tandis que son époux avait 44 ans.
Elle porte un voile transparent couvrant tout le front et descendant assez bas dans le dos. Son jeune visage finement dessiné est proche de celui de la Vierge, qu'elle regarde d'un regard direct. Elle porte un manteau de couleur désormais indistincte, un surcot d'hermines, un collier tressé à pendentif, et deux bagues sur l'annulaire gauche.
Son coussin est de drap damassé d'or.
La levrette (ou pour C. de Mérindol un "limier") porte un collier à fleurettes et boucle de fixation.
Jeanne de Laval par André Robin, après 1454. Baie 6, détail. Photo Jean-Yves Cordier juillet 2024.
Jeanne de Laval. Baie 6, détail. Photo Jean-Yves Cordier juillet 2024.
Là encore, la comparaison est intéressante avec le vitrail de la chapelle des Cordeliers d'Angers. On retrouve le même surcot et le même collier à pendentif (un restaurateur du vitrail de Loroux ne s'est-il pas inspiré de celui des Cordeliers ?), mais Jeanne y porte la couronne ducale, et, bien-sûr, aucun chien ne l'accompagne dans cette présentation de dévotion et de prestige. (On notera aussi que les armoiries de René y comporte l'écusson d'Aragon brochant sur le tout, introduit en 1466).
La Vierge est également singulière, car on s'attendrait ici à une Vierge à l'Enfant, alors que la posture des mains est celle du Fiat de l'Annonciation. Marie est nimbée, ses cheveux blonds et longs tombent sur les épaules (mais sont retenus derrière la nuque par un voile doré), son manteau ou chape est bleu à galons brodés d'or et à revers pourpre, sur un surcot d'argent et d'or damassé du même motif que la tenture, et une chemise formant un V sur la gorge. Sous les mains, vers la ceinture, deux pièces de verre rouge correspondent aux pans du manteau, retenus par la ceinture.
Le visage, au front et aux sourcils épilés, au nez droit au dessus d'une bouche fine et boudeuse et d'un menton marqué, est tourné vers la droite et vers le bas, dans une attitude songeuse.
La Vierge. Baie 6, détail. Photo Jean-Yves Cordier juillet 2024.
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La Vierge. Baie 6, détail. Photo Jean-Yves Cordier juillet 2024.
Comparez avec la Vierge à l'Enfant (très restaurée) de la rose sud de la cathédrale d'Angers (André Robin 1452) :
Cathédrale d'Angers, rose sud. Photo Jean-Yves Cordier juillet 2024.
Comparez avec l'Annonciation de Jan Van Eyck :
Héraldique.
1. Armes de René d'Anjou.
Le complexe héraldique associe le blason sous la couronne ducale, et le croissant d'or de l'Ordre du Croissant avec la devise LOS EN CROISSANT.
Les armes sont une composition à partir des armes de la Hongrie fascé d'argent et de gueules, d'Anjou-Naples d'azur semé de lys d'or et au lambel de gueules, de Jérusalem d'argent à la croix potencée d'or, cantonnée de quatre croisettes du même, des Anjou-Valois d'azur semé de lys d'or et à la bordure de gueules, du duché de Bar d'azur semé de croisettes d'or et aux deux bar d'or (d'après Wikipédia), mais il manque les armes d'Aragon d'or aux quatre pals de gueules brochant sur le tout. Cela signifie que ce blason (et donc le vitrail) est antérieur à 1466, date de l'introduction des armes d'Aragon (Mérindol 1982) dans le blason de René d'Anjou.
Même si on doit d'abord admirer la maîtrise des verriers (l'artiste initial et les restaurateurs) pour réaliser sur des verres de petite taille des montages remarquables (avec pièces montées en chef-d'œuvre) ; mais on peut remarquer que les fleurs de lys d'or sur fond d'azur (bleu) sont stylisés sous la forme de losanges. Les armes de Jérusalem (restaurées) sont seulement tracées en grisaille sur un verre blanc rehaussé au jaune d'argent.
Armoiries de René d'Anjou. Baie 6, détail. Photo Jean-Yves Cordier juillet 2024.Armoiries de René d'Anjou. Baie 6, détail. Photo Jean-Yves Cordier juillet 2024.
2. Armes de Jeanne de Laval.
Sous la couronne ducale se trouve le blason, qui est losangique puisque ce sont des armes féminines.
Les armes mi-parti associent celles de René d'Anjou à notre gauche [au 1 en chef, tiercé de Hongrie, Anjou ancien et Jérusalem, en pointe, parti d'Anjou moderne et Bar] et celles de Jeanne à notre droite [au 2, coupé de Bretagne et de Montmorency-Laval, soit coupé d'hermine plain et d'or à la croix de gueules chargée de cinq coquilles d'argent, cantonnée de seize alérions d'azur] qui sont les armes de ses parents, Isabelle de Bretagne et Guy XIV de Laval.
Christian de Mérindol signale que "Ces armoiries sont représentéesaussi sur la voûte lambrissée de la chapelle du manoir de la Ménitré exécutés vers 1460 . On trouve également à senestre écartelé, aux 1 et 4 de Montmorency-Laval, aux 2 et 3 de Bretagne, dans la marge inférieure du premier feuillet d'un manuscrit du Mortifiement de Vaine Plaisance rapproché à juste titre de la commande en 1457 au copiste Jehan Merlin d'un exemplaire pour Jeanne de Laval et sur un sceau utilisé en 1462. De 1466 à 1480 les armoiries de René sont modifiées par la présence de l'écusson d'Aragon en surcharge."
Là encore, on remarquera la prouesse technique de réalisation des verres anciens avec pièces en chef-d'œuvre (malgré des plombs de casse). Les parties restaurées par Jacques Le Chevallier sont sans-doute celles en haut à droite, soit les armes de Jérusalem et le semé d' hermines.
Armoiries de Jeanne de Laval. Baie 6, détail. Photo Jean-Yves Cordier juillet 2024.
SOURCES ET LIENS.
—HABLOT (Laurent) 2011, "L’emblématique du roi René : outil de pouvoir et de gouvernement", in René d'Anjou (1409-1480). Pouvoir et gouvernement sous la direction de Jean-Michel Matz. Presses universitaires de Rennes
https://books.openedition.org/pur/124779?lang=fr
—MÉRINDOL (Christian de), 1981, "Le roi René (1409-1480): décoration de ses chapelles et demeures", Musée national des monuments français (Paris, France), Éditions de la Réunion des musées nationaux, 56 pages
—MÉRINDOL (Christian de) 1982, « Recherches sur les armoiries de René d'Anjou et de Jeanne de Laval »Bulletin de la Société nationale des Antiquaires de France Année 1982 1980-1981 pp. 235-251
—MÉRINDOL (Christian de) 2000, L’ordre du Croissant. Mises au point et perspectives, Publications de l'École Française de Rome Année 2000 275 pp. 499-509
Neuville est une ancienne commune française du département du Calvados et la région Normandie, intégrée depuis 1953 à Vire.
L’église Notre-Dame de l'Assomption de Neuville est située dans le bourg de Neuville, au milieu du cimetière. Sa construction de l'église remonte au XVIIe siècle.
L’église, orientée, est bâtie selon un plan en croix latine et se termine par un chevet en mur pignon plat. Un transept à deux chapelles est inséré entre la nef et le choeur. Le clocher est une tour qui remplace la chapelle nord du transept. Un bâtiment annexe de plan carré jouxte le chevet (sacristie?).
La façade principale à l'ouest est un mur pignon plat épaulé de deux contreforts, et ajouré d’un portail en arc brisé. Ce dernier est surmonté d’un oculus. Le sommet du pignon est coiffé d’une petite croix de pierre.
La nef a trois travées, percées de trois baies en arc brisé sur chacun de ses murs gouttereaux.
Le choeur a trois travées ajourées de trois baies rectangulaires sur chaque mur gouttereau.
La chapelle sud du transept est en pignon plat et encadrée de deux contreforts. Elles est percée d’une baie en arc brisé et le sommet de son pignon coiffé d’une croix en pierre.
La tour clocher s’élève sur trois niveaux. Il est épaulé d’un contrefort sur sa face ouest. Son troisième niveau d’élévation est percé sur chaque face de deux très fines baies à abat-sons.
La toiture de l’ensemble de l’édifice est en bâtière, tout comme le clocher.
Photo lavieb-aile.
Photo lavieb-aile.
Situation des verrières. (Numérotation Corpus vitrearum).
Eglise de Neuville . Photo lavieb-aile 2024.Eglise de Neuville. Photo lavieb-aile 2024.Photo lavieb-aile.Photo lavieb-aile.
Description des verrières.
Aucun des vitraux ne porte de signature ou de chronogramme. Les verrières comportent toutes un blason ou un motif apparenté central, monté au plomb sur fond de vitrerie blanche quadrillée de lignes de plombs et sont entourées d'une bordure à carrés de motifs géométriques ou ornementaux de grisaille sur couleur, et d'une fine bordure de verres blancs. À l'exception des baies 7 et 9, les verrières ont neuf panneaux. Celles du chœur sont rectangulaires (bord supérieur faiblement cintrées), celles du transept et de la nef sont ogivales.
Baie
situation
Forme lancette
Dimensions
en mètres
description
1
Choeur côté nord
rectangulaire
1,30 x 2,40
Armes épiscopales André Jacquemin év. De Bayeux et Lisieux.
2
Choeur côté sud
rectangulaire
1,30 x 2,40
Armes papales Jean XXIII
3
Choeur côté nord
rectangulaire
1,30 x 2,40
Emblèmes royaux France
4
Choeur côté sud
rectangulaire
1,30 x 2,40
Armoiries et devise du duché de Normandie
5
Choeur côté nord
rectangulaire
1,30 x 2,40
Armoiries sgr d'Amphrenet
6
Choeur côté sud
rectangulaire
1,30 x 2,40
Armoiries et devise de la ville de Vire.
7
Chapelle côté nord
ogivale
0,58 x 1,40
Vitrerie blanche à bordure.
8
Choeur côté sud
ogivale
1,52 x 2,60
Blason au monogramme de la Vierge.
9
Choeur côté nord
ogivale
0,62 x 1,48
Vitrerie blanche à bordure.
10
Nef côté sud
ogivale
1,33 x 2,60
Armoiries fictives de saint Thomas Becket archevêque de Cantorbery
11
Nef côté nord
ogivale
1,33 x 2,60
Bannière confrérie Ste Geneviève.
12
Nef côté sud
ogivale
1,33 x 2,60
Armes de François Le Chartier curé de Neuville 1682.
13
Nef côté nord
ogivale
1,33 x 2,60
Chapelle St-Nicolas , « la maladrerie »
14
Nef côté sud
ogivale
1,33 x 2,60
Blason du Bienheureux Robert Le Bis.
15
Nef côté nord
ogivale
1,33 x 2,60
Plan région de Neuville
102
Au dessus porte pignon ouest
oculus
Non prises
Armoiries abbaye de la Couture
Mode de protection extérieure : néant (pas de grillage).
Description baie par baie.
Baie 1. Chœur côté nord, baie rectangulaire à bord supérieur faiblement cintré. Largeur 1,30 m, hauteur 2,40 m. Panneau central B2 : armoiries épiscopales de Mgr André Jacquemin, évêque deBayeux et Lisieux de 1954 à 1969 : de gueules au sautoir d'or au chef d'azur à une étoile d'argent et deux ? d'or. Croix de procession archiépiscopale d'or. Sommé d'un chapeau de cardinal de sinople, cordons à trois rangs de houppes.
Baie 2. Chœur côté sud, baie rectangulaire à bord supérieur faiblement cintré. Largeur 1,30 m, hauteur 2,40 m. Panneau central B2 : armoiries du pape Jean XXIII (1958-1963), sommées d'une tiare d'or et où les clefs de Saint Pierre l'une d'or et l'autre d'argent, sont posées en sautoir, sous la tiare, derrière l'écu, et liées ensemble par un cordon. Armoiries de gueules à deux fasces d'argent, à la tour crénelée aussi d'argent, ouverte, maçonnée de sable, brochant sur les deux fasces, accompagnée de deux fleurs de lys d'argent , au chef d'argent au léopard ailé d'argent (*) auréolé du même, tenant un évangile ouvert de même portant le texte "PAX TIBI MARCE EVANGELISTA MEUS" en lettres de sable.
(*) le léopard est d'or sur les armes officielles. Les fleurs de lys sont gravées sur le verre rouge.
Baie 3. Chœur côté nord, baie rectangulaire à bord supérieur faiblement cintré.. Largeur 1,30 m, hauteur 2,40 m. Panneau central B2 : armes de France d'azur à trois lys d'or sous la couronne royale devant un drap d'honneur d'azur au revers d'hermines. Devise MONTJOYE-ST-DENIS dans un phylactère bleu.
Baie 4. Chœur côté sud, baie rectangulaire à bord supérieur faiblement cintré.. Largeur 1,30 m, hauteur 2,40 m. Panneau central B2 : armoiries du duché de Normandie, de gueules à deux léopards d'or, sommé d'une couronne ducale d'or, avec dans un listel l'inscription DIEV AYDE, devise de la Normandie et cri de guerre de Guillaume le Conquérant DEX AÏE tirée de la scène 72 de la Tapisserie de Bayeux .
Baie 5. Chœur côté nord, baie rectangulaire à bord supérieur faiblement cintré. Largeur 1,30 m, hauteur 2,40 m. Panneau central B2 : armoiries des seigneurs d'Amphernet de sable à l'aigle bicéphale éployée d'argent, becquée et membrée d'or, timbré d'un casque d'or, de face, grillagé, et accompagné de lambrequins d'azur. Inscription dans un phylactère : SEIGNEURS D'AMPHENET (pour AMPHERNET alias Enfernet).
Famille originaire de Normandie et de Bretagne dont la branche ainée fut seigneur de Tracy dont le château était situé près de Neuville. « Race chevaleresque connue au temps de la conquête de l'Angleterre. Jordain, chevalier croisé en 1191. Guillaume, vicomte de Vire, 1254. Richard, chevalier, seigneur d'Enfernet, de Tracy, etc., chambellan du roi Charles V, lui rend hommage en 1371. Guillaume d'Amphernet, seigneur de Tracy, obtient du roi Charles VI, en juillet 1385, de faire fortifier, remparer ce fief en y faisant creuser des fossés, Tracy, est un des principaux officiers de Duguesclin, lorsque le connétable battit les Anglais à Pontvilliers ». Etc..
Baie 5. Photo lavieb-aile 2024.
Baie 5 panneau B2. Photo lavieb-aile 2024.
Baie 6. Chœur côté sud, baie rectangulaire à bord supérieur faiblement cintré. Largeur 1,30 m, hauteur 2,40 m.Panneau central B2 : armoiries de la ville de Vire, de gueules à la flèche d'argent, versée en pal, accostée de deux tours du même, ouvertes, ajourées, maçonnées et crénelées, de sable. L'écu est sommée de la couronne mariale. Dans un phylactère, inscription MARIE PROTÈGE LA VILLE.
Baie 7. Chapelle ou bras nord du transept, mur est. Baie ogivale. Largeur 0,58 m, hauteur 1,40 m. Verrerie blanche à bordure de couleur.
Baie 7. Photo lavieb-aile 2024.
Baie 8 . Chapelle ou bras sud du transept, mur sud. Baie ogivale. Largeur 1,52 m, hauteur 2,60 m. Panneau central B2 : blason en l'honneur de la Vierge, d'or. En chef, une couronne à trois fleurs de lys du champ. En abîme, le monogramme des lettres A.M entrelacées, aussi du champ. En pointe, une étoile de gueules. Sous l'écu, phylactère RESPICE STELLAM VOCA MARIAM « regarde l'étoile, invoque Marie » (citation de saint Bernard).Au dessus de l'écu, trois roses , blanche, rouge et or. Entre les roses et l'écu, la date 1857.
Chapelle occupant le bras sud du transept. Photo lavieb-aile 2024.Baie 8, photo lavieb-aile 2024.
Baie 8, photo lavieb-aile 2024.
Baie 9. Chapelle ou bras nord du transept, mur nord. Baie ogivale. Largeur 0,62 m, hauteur 1,48 m. Verrerie blanche à bordure de couleur.
Chapelle occupant le bras nord du transept. Photo lavieb-aile.
Baie 9, photo lavieb-aile.
Baie 10. Nef côté sud. Baie ogivale. Largeur 1,33 m, hauteur 2,60 m. Panneau central B2 : armoiries fictives de saint Thomas Becket , de gueules à l'épée versée d'argent, accompagnée des lettres S et T. Croix de procession archiépiscopale à deux traverses, d'or, sommées d'un chapeau de cardinal de sinople, au cordons à quatre rangs de houppes. Dessous, dans un listel, inscription ST. THOMAS DE CANTORBERY. L'épée et les lettres S et T sont gravées sur verre rouge.
Saint Thomas Becket était le patron de l'église Saint-Thomas de Vire (qui fut dédiée ensuite à saint Thomas l'apôtre).
Baie 11. Nef côté nord. Baie ogivale. Largeur 1,33 m, hauteur 2,60 m. Panneau central B2 : blason en forme de bannière de la confrérie Sainte Geneviève (inscription) portant le mouton blanc, attribut de la sainte. Initiales S G (Sainte Geneviève?). La confrérie fut fondée à Neuville en 1761 , mais dès 1726 et jusqu'en 1789, la chapelle Sainte-Geneviève était l'objet d'un pèlerinage ; tous les ans la paroisse Notre-Dame de Vire s'y rendait en procession (Guy Foucault). On trouve dans le transept sud une statue en bois de sainte Geneviève de Paris, devant son retable, et sculptée par le Virois Jean-Baptiste Duhamel.
"L'église a pour patronne la Sainte-Vierge, et fête son Assomption. Il y a une confrérie érigée en l'honneur de sainte Geneviève, qui est regardée comme seconde patronne. On en fait la fête le dimanche d'après le 3 de janvier, et, ce jour-là, l'église est pleine de pèlerins et de malades qui viennent implorer son intercession." (Michel Béziers)
Baie 12. Nef côté sud. Baie ogivale. Largeur 1,33 m, hauteur 2,60 m. Panneau central B2 : blason ecclésiastique de François Le Chartier, docteur en Sorbonne, qui fut curé de Neuville et doyen de Vire et fonda en 1682 le collège de Vire. Son écu est barré de gueules et d'or, sommé d'un calice sur lequel est posé une hostie blanche, le tout entouré d'une étole jaune et verte. Dans un phylactère, l'inscription FRANÇOIS LE CHARTIER 1682. Le prêtre est inhumé dans le cimetière de Neuville, et sa famille a laissé des dalles funéraires dans la nef de l'église.
La famille Le Chartier, de Bayeux, est illustre : Guillaume Chartier fut évêque de Paris en 1447-1472, Alain Chartier fut un écrivain important du début du XVe siècle, secrétaire des rois Charles VI et VII, Jean Chartier fut historiographe de Charles VII.
L'église de Neuville conserve les pierres tombales de Suzanne LAIR veuve de Jean-Baptiste Le Chartier, seigneur de l'Homme, décédée le 30 septembre 1694 (la plaque est ornée d'un blason à trois étoiles), et de Jean-Baptiste Le CHARTIER, prêtre et curé de Neuville décédé le 20 juillet 1707.
Plaque tombale de Suzanne Lair veuve de Jean-Baptiste Le Chartier
Plaque funéraire de Jean-Baptiste Chartier curé de Neuville .
François Le Chartier est enterré selon M. Béziers dans le cimetière où l'on voit son tombeau qui porte cette inscription:
"Tombeau de maître François Le Chartier, prêtre, docteur de Sorbonne, curé de Neuville, doyen de Vire et fondateur du collège de Vire, de trois petites écoles, de quatre lampes ardentes, et bienfaiteur des pauvres à Neuville, Campagnoles, Coulonces et Le Tourneur, décédé le 19 mai 1683."
Baie 12, photo lavieb-aile 2024.
Baie 12 panneau B2, photo lavieb-aile 2024.
Baie 13. Nef côté nord. Baie ogivale. Largeur 1,33 m, hauteur 2,60 m. Panneau central B2 : blason de la chapelle Saint-Nicolas (inscription) composé sous un portique rouge et de l'inscription MALADRERIE d'une chapelle stylisée d'or sur fond bleu avec la date 1226, et en dessous d'une torche à flamme rouge et d'une herse .
Cette chapelle et sa maladrerie sont décrites ainsi par Michel Béziers :
"Il y a dans Neuville une ancienne chapelle de Saint-Nicolas, que les vieux titres qualifient de prieuré ou de Maladrerie. Jean des Chevaux, qui prend les titres de miles et dominus de ecclesia parochialiB. M. de Neuville et deLeprosaria juxta Viriam, nomma en 1464 à cette chapelle (Registre du secrét, de l'évêché). M. Petite, dans un écrit de sa main, marque que de son temps le prieuré de Saint-Nicolas, sis à Neuville, pouvait avoir 400 livres de revenu; qu'une partie servait à payer les professeurs du collège de Vire, et que la nomination était alternative entre les échevins de Vire et le seigneur de Vire, et la colllation à Mgr l'évêque de Bayeux; mais qu'un nommé Gueuzet s'en fit pourvoir en vertu des provisions de M. le cardinal Antoine, grand aumônier de France, comme d'une maladrerie; qu'il en prit possession, et obtint arrêt du conseil pour jouir de la moitié du revenu comme administrateur. Il est dit ailleurs que cette chapelle fut donnée en 1666, aux chevaliers de Saint-Lazare, ensuite réunie en 1693, à l'Hôtel-Dieu de Vire, et depuis cédée à l'Hôpital-Général de cette ville, qui en possède le revenu. Cette chapelle, interdite par Mgr de Luynes, évêque de Bayeux, ne sert plus qu'à des usages profanes."
Baie 14. Nef côté sud. Baie ogivale. Largeur 1,33 m, hauteur 2,60 m. Panneau central B2 présentant le blason du bienheureux Robert le Bis, sous forme d'un écu entouré de palmes vertes, de gueules chargé des lettres d'or du du monogramme christique IHS (verre rouge gravé ?) surmonté au chef d'azur chargé du nom ROBERTUS en lettres d'argent (verre bleu gravé ?). L'écu est sommé d'une croix potencée d'or, dans une gloire de même.
Robert Le Bis, né à Saint-Amand le 21 décembre 1719 et mort à Paris le 2 septembre 1792, fut ordonné prêtre en septembre 1744 et devint vicaire de Neuville près Vire jusqu'en 1751. Chapelain des Augustines hospitalières de Coutances de février 1752 à novembre 1755, il devient chapelain des Augustines hospitalières de Saint-Cloud (Hauts-de-Seine).
Il fait l'objet de poursuite pour son attitude anti-janséniste. Banni le 6 février 1767, il est amnistié en 1771 et devient curé de Saint-Denis de Briis-sous-Forges (Essonne) le 3 juillet 1772.
Il est élu président de l'Assemblée de la commune en février 1790 mais refuse de prêter le serment constitutionnel le 23 janvier 1791. Il est obligé de quitter sa paroisse le 22 avril 1791 et vient s'installer chez les dames de Visitation de Chaillot.
En août 1792, il s'installe à la maison des Tourettes des Eudistes à Paris où il est arrêté le 29 août. Il est massacré aux Carmes le 2 septembre en compagnie de nombre de religieux. Une plaque en marbre blanc rappelle, dans l'église, cet événement (photo)
Il est béatifié le 17 octobre 1926 par le pape Pie XI. (article Wikipédia)
Plaque apposée dans l'église à la mémoire de Robert Le Bis. Photo lavieb-aile 2024.
Baie 15. Nef côté nord. Baie ogivale. Largeur 1,33 m, hauteur 2,60 m. Panneau central B2 : plan schématique de Neuville, (nom porté sur un cartouche). On repère le symbole de l'église, au dessus de Vire, en rouge, ainsi que les toponymes Vaudry, La Cour, Tracy, La Galonnière, Coulonce et La Graverie.
Cette baie, qui accueille le visiteur entrant dans l'église, propose une présentation générale de Neuville, correspondant aux lignes suivantes des Mémoires de Michel Béziers :
"Neuville (Notre-Dame-de). Banlieue et élection de Vire, 150 feux, 600 habitants, notariat de Vire. Cette paroisse, attenante au faubourg de la ville de Vire, est située sur la rive orientale de la rivière de Vire, qui partage en cet endroit le diocèse de Bayeux de celui de Coutances. Elle est encore arrosée de l'Allière, qui la traverse de l'Orient à l'Occident. Tout proche cette rivière est un côteau nommé le Pont-Ferron, d'où l'on tire d'excellente ardoise et de grands plâtrons propres à paver les églises, les cloîtres, et même les cuisines des particuliers. Le grand chemin de Vire à Saint-Lô, Caen et Paris, passe sur le territoire de Neuville.
Les principaux villages ou hameaux sont : Le Gast, La Milouzière, La Sorière-du-Moulin, La Sorière-duPerrey, La Grande et Petite-Herbélière, La Blanquaire, La Lande, La Papillionnère, Le Pont-Ferron, Lerrevie, Buain, Maupas, La Mercerie et Le Bois. Il y a deux châteaux le château de Neuville, remarquable par son fameux portail, son pont-levis, et ses deux grosses tours, et le château de Tracy; trois maisons distinguées : La Galonnière, La Butte et La Bastière; le bois-taillis de Neuville et le petit bois de haute-futaie nommé La Galonnière."
"Neuville a une foire tous les ans qui se tient dans le plant du château de ce nom le lendemain de la Saint-Nicolas. Il relève de la haute justice du Bény.
Il y a 3 fiefs: Neuville, qui est le principal et le dominant, relève du roi, et a les droits honorifiques; le fief de Tracy, c'est une châtellenie assez considérable d'où relèvent les fiefs de Saint-Vigor, le fief de Sainte-Marie-des-Monts, le fief d'Espagne en la paroisse de Saint-Vigor-des Monts, et le fief Rouxel en la paroisse de Sainte-Cécile. Le troisième fief est celui de La Galonnière qui relève du roi. Ces trois fiefs appartiennent aux héritiers de Mire le marquis de Renty, décédé sans enfants le 25 août 1756. La seigneurie de Neuville a été possédée anciennement par la famille de Néel, dont plusieurs se sont distingués dans les armes. Le dernier qui la posséda fut Robert Néel, écuyer, seigneur de Neuville, décédé en 1654. Après sa mort, les terres et seigneuries de Neuville, furent décrétées, et Mire Jean-Jacques de Renty, chevalier, seigneur et marquis de Renty, s'en rendit adjudicataire par décret, l'an 1671."
Guy Foucault ajoute :
"La commune de Neuville fut connue sous le nom de Nova Villa dans une charte de l'abbaye de Goufern en 1066. Elle fut baptisée Neuvilla en 1202 dans une charte de l'abbaye d'Aunay, pour devenir Neufville en 1679 dans un aveu de la vicomté de Vire. L'appellation Neuville date du XVIIIe siècle si on se rapporte au manuscrit de Lecoq.
De l'église de Neuville, dédiée à Notre-Dame, on retiendra que son côté nord présente les pierres disposées en arête de poisson, que les archivoltes qui ornent son porche représentent de nombreuses moulures, que la tour de la chapelle porte la date de 1620."
Baie 102. Oculus au dessus de la porte d'entrée élévation ouest. Dimensions non prises. Panneau central B2 : Armes de l'abbaye Saint-Pierre de Couture (Le Mans) parti en 1 de France et en 2 d'Angleterre timbré de la mitre et traversé par la crosse tournée à senestre, avec deux clefs en sautoir par référence à saint Pierre.
On lit dans les Mémoires de Michel Béziers , "La présentation de la cure appartient à l'abbé de La Couture du Mans. Le curé est seul décimateur."
Baie 102, photo lavieb-aile 2024.
Baie 15, panneau B2, photo lavieb-aile 2024.
CONCLUSION.
Je manque de données d'archives qui permettraient de préciser qui est le commanditaire de ce cycle très homogène de vitraux : probablement le curé de Neuville, assisté peut-être par un érudit local, historien de Vire. Mais je n'ai pu retrouver le nom du curé de Neuville en 1962. La source scripturaire probable est trouvée dans les Mémoires pour servir à l'état historique et géographique du diocèse de Bayeux Société de l'histoire de Normandie (Rouen, France) de Michel Béziers publiées par G. Le Hardy , ed. Rouen A. Lestringant, volume 2 (archidiaconé de Bayeux), 1894, pages 355-358. Complété par les monuments funéraires et commémoratifs conservés dans l'église.
Dans l'église est affiché un document de Guy FOUCAULT en deux pages sans date mais avec illustrations couleurs, donc assez récent
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Cet ensemble de vitraux centré sur des blasons d'allure héraldiques (mais souvent fantaisiste) est sans doute unique dans la production de Jacques Le Chevallier. Il faudrait pouvoir préciser quelles techniques ont été utilisées particulièrement ici , notamment pour les verres bleus et rouges où s'inscrivent des lettres et motifs, faisant appel jadis à la gravure (à la molette ou à l'acide) de verres doublés.
L'atelier de Louis Barillet (avec son collaborateur Jacques Le Chevallier) avait réalisé après la Première Guerre un premier programme de reconstruction des vitraux de la cathédrale. " Les bombardements de 1944 imposèrent de refaire à neuf l'ensemble des vitraux, illustrant l'évolution de l'art du vitrail religieux français de l'après-guerre. Les vitraux de la nef sont confiés à Max Ingrand selon un programme historié. Ainsi, il réalise les vitraux de la chapelle du Saint-Sacrement en 1954 sur le thème de l'Eucharistie, puis ceux de la façade occidentale en 1956, représentant des anges musiciens. Enfin, la même année, il crée deux baies pour le collatéral sud sur le sujet de Saint Malo et Saint Aaron et de Jacques Cartier. Du fait du décès de Max Ingrand en 1969, les vitraux du collatéral nord sont confiés à Michel Durand (son chef d'atelier depuis 1951) et Jean Gourmelin qui réalisent trois vitraux sur Saint Vincent, Jean de la Grille et le Tro Breizh en 1971. Les vitraux du transept et du chœur ont quant à eux été conçus dans un style non figuratif par le peintre Jean Le Moal en collaboration avec Bernard Allain". (d'après Wikipédia)
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1. La verrière hagiographique de saint Vincent de Saragosse.
Le collatéral nord date de la fin du XVIe siècle tandis que le collatéral sud date du XVe siècle.
Vincent de Saragosse est un diacre espagnol au temps de l’évêque Valère (290-315), mort martyr en 304 à Valence lors de la persécution de Dioclétien. Reconnu saint, il est commémoré le 22 janvier selon le Martyrologe romain par les catholiques et le 11 novembre par les orthodoxes. Sa passion, rapportée par plusieurs auteurs, dont le poète Prudence ou encore saint Augustin, lui a acquis une grande renommée depuis le Moyen Âge. La dissémination de ses reliques dont sa tunique ainsi que les nombreuses églises placées sous son vocable, attestent de l'importance de son culte.
La vie de Vincent de Saragosse est connue grâce à de nombreuses sources scripturaires, dont six antérieures à l'an Mil. Les plus anciennes apparaissent au début du Ve siècle. Il s'agit de quatre sermons de saint Augustin, ainsi qu'une œuvre du poète espagnol Prudence, le Peristephanon. Elles furent enrichies aux siècles suivants par divers remaniements.
Selon Anne Lunven, la titulature de la cathédrale de Saint-Malo à saint Vincent de Saragosse n'apparaît jamais dans les sources médiévales et lui fut peut-être attribuée ultérieurement. Pourtant Eugène Herpin (1927) indique que c'est Hélocar qui, au IXe siècle, redresse les ruines laissées par Charlemagne, rebatit l'église et la plaça sous le vocable de dédicace de l'église à Saint Vincent de Saragosse.
La verrière de Saint Vincent, (Michel Durand, 1971) au collatéral nord de la cathédrale de Saint-Malo. Photographie lavieb-aile 2024.
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Première lancette : trois personnages et palmes.
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La verrière de Saint Vincent, (Michel Durand, 1971) au collatéral nord de la cathédrale de Saint-Malo. Photographie lavieb-aile 2024.
La verrière de Saint Vincent, (Michel Durand, 1971) au collatéral nord de la cathédrale de Saint-Malo. Photographie lavieb-aile 2024.
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Deuxième lancette : triomphe de Dioclétien et ses légions romains, accompagnées de femmes sous un arc de triomphe. "VALENCE 304".
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La verrière de Saint Vincent, (Michel Durand, 1971) au collatéral nord de la cathédrale de Saint-Malo. Photographie lavieb-aile 2024.
La verrière de Saint Vincent, (Michel Durand, 1971) au collatéral nord de la cathédrale de Saint-Malo. Photographie lavieb-aile 2024.
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Troisième lancette : le supplice de saint Vincent sur les ordres du juge Dacien, devant saint Valère évêque de Saragosse qui lui tend l'étole. Flagellation et martyre par des crocs. Inscription "SAINT VINCENT".
Vincent de Saragosse († 304), diacre et martyr à Valence (Espagne) avec son évêque Valère, martyrisé par Dacien ; saint patron des vignerons pour la sonorité de son nom et parce que les diacres étaient préposés au service des tables ; célébré le 22 janvier en Occident, et le 11 novembre en Orient
Valère, alors très âgé fut condamné à la déportation en Aragon, ce dont il mourut dix ans plus tard, martyr de la foi.
On commémore saint Valère, évêque de Sarragosse qui prit part au premier Concile d'Elvire et, conduit à Valence avec saint Vincent, fut condamné à l'exil.
La verrière de Saint Vincent, (Michel Durand, 1971) au collatéral nord de la cathédrale de Saint-Malo. Photographie lavieb-aile 2024.
La verrière de Saint Vincent, (Michel Durand, 1971) au collatéral nord de la cathédrale de Saint-Malo. Photographie lavieb-aile 2024.
La verrière de Saint Vincent, (Michel Durand, 1971) au collatéral nord de la cathédrale de Saint-Malo. Photographie lavieb-aile 2024.
La verrière de Saint Vincent, (Michel Durand, 1971) au collatéral nord de la cathédrale de Saint-Malo. Photographie lavieb-aile 2024.
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Quatrième lancette : une femme tenant l'étole et deux hommes tena,t les palmes du martyre.
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La verrière de Saint Vincent, (Michel Durand, 1971) au collatéral nord de la cathédrale de Saint-Malo. Photographie lavieb-aile 2024.
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La verrière de Jean de Châtillon, dit Jean de la Grille, évêque de Saint-Malo de 1146 à 1163.
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Cette baie comporte quatre lancettes cintrées et deux médaillons au tympan.
Jean de Châtillon, connu aussi sous le nom de Jean de la Grille, (né en 1098 et décédé le 1er février 1163), fut le premier abbé de l'abbaye Sainte-Croix de Guingamp (1134-1144), puis évêque d'Aleth de 1144 à 1146, et de Saint-Malo de 1146 à 1163. C'est lui qui transféra son siège d'Alet à Saint-Malo, au grand mécontentement des habitants d'Alet. Ceux-ci détruisirent en 1255 la cathédrale Saint-Pierre, pour un confli d'impôts.
Il meurt le 1er février 1163, et fait l'objet d'un culte populaire local. Il faut d'ailleurs protéger son tombeau (toujours visible dans le chœur de la cathédrale Saint-Vincent de Saint-Malo) de la ferveur des fidèles par une grille de fer, ce qui lui valut son surnom de Jean de la Grille en latin Johannis de Craticula. Sa béatification officielle n'intervint néanmoins qu'en septembre 1517 après l'intervention de l'évêque Denis Briçonnet auprès du pape Léon X. Il est fêté le 1er février, mais faute de canonisation son culte n'a pas beaucoup perduré.
La verrière de Jean de Chatillon (Michel Durand, 1971) au collatéral nord de la cathédrale de Saint-Malo. Photographie lavieb-aile 2024.
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Première lancette. Trois habitants de Saint-Malo tiennent des cierges et assistent à la procession de la lancette voisine. Verrerie géométrique et huit ancres de marine.
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La verrière de Jean de Chatillon (Michel Durand, 1971) au collatéral nord de la cathédrale de Saint-Malo. Photographie lavieb-aile 2024.
La verrière de Jean de Chatillon (Michel Durand, 1971) au collatéral nord de la cathédrale de Saint-Malo. Photographie lavieb-aile 2024.
La verrière de Jean de Chatillon (Michel Durand, 1971) au collatéral nord de la cathédrale de Saint-Malo. Photographie lavieb-aile 2024.
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Deuxième lancette. Procession : Jean de Chatillon évêque d'Aleth suivi d'un reliquaire. Verrerie géométrique.
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La verrière de Jean de Chatillon (Michel Durand, 1971) au collatéral nord de la cathédrale de Saint-Malo. Photographie lavieb-aile 2024.
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La verrière de Jean de Chatillon (Michel Durand, 1971) au collatéral nord de la cathédrale de Saint-Malo. Photographie lavieb-aile 2024.
La verrière de Jean de Chatillon (Michel Durand, 1971) au collatéral nord de la cathédrale de Saint-Malo. Photographie lavieb-aile 2024.
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Troisième lancette. Jean de Chatillon évêque de Saint-Malo .
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La verrière de Jean de Chatillon (Michel Durand, 1971) au collatéral nord de la cathédrale de Saint-Malo. Photographie lavieb-aile 2024.
La verrière de Jean de Chatillon (Michel Durand, 1971) au collatéral nord de la cathédrale de Saint-Malo. Photographie lavieb-aile 2024.
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Quatrième lancette. Trois habitants de Saint-Malo tiennent des cierges et assistent à la scène de la lancette voisine. Verrerie géométrique et six ancres de marine.
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La verrière de Jean de Chatillon (Michel Durand, 1971) au collatéral nord de la cathédrale de Saint-Malo. Photographie lavieb-aile 2024.
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La verrière du Tro Breiz (Tour de Bretagne" ou pèlerinage reliant les anciens évêchés bretons liés aux sept saints évangélisateurs de la Bretagne aux V et VIe siècles.
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Saint-Malo fondé par saint Malo ou Maclou est l'une des sept étapes du tro Breiz, avec :
Dol-de-Bretagne fondée par saint Samson
Saint-Brieuc fondée par saint Brieuc
Tréguier fondée par saint Tugdual
Saint-Pol-de-Léon fondée par saint Paul Aurélien
Quimper fondée par saint Corentin
Vannes fondée par saint Paterne (ou Patern)
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Comme dans les deux verrières précédentes, les lancettes A et D montrent des fidèles tenant des cierges, et priant devant le passage d'une procession. On retrouve ces pèlerins agenouillés dans les lancettes B et C, où les saint évangélisateurs les bénissent sous une bannière aux hermines bretonnes.
Mes photos ont négligé ces saint patrons des anciens diocèses, au profit des pèlerins en beaux costumes régionaux. Dans la lancette B on voit trois évêques (les saints PAUL AURELIEN, TUGDUAL et CORENTIN coiffés de leur mitre, tandis que dans la lancette C, saint Malo porte l'habit monastique et tient, en main droite, la simple crosse des abbés, au dessus de saint GUILLAUME et de saint SAMSON (sans mitre). Saint PATERN tient également une crosse d'abbé. La photo de Foroa de l'article Wikipedia, bien meilleure, est disponible.
Mais qui est ce saint Guillaume ? C'est Guillaume Pinchon, évêque de Saint-Brieuc de 1220 à 1234, premier saint à être canonisé en Bretagne, avant saint Yves. Il prend la place du gallois du Ve siècle saint Brioc ou Brieuc, premier évêque de Saint-Brieuc. S'est-on ému en haut-lieu ou ailleurs de ce "détail" ? Est-ce un choix du clergé ou de la Commission d'Art Sacré, commanditaire, ou bien de Michel Durand ?
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Cliché Foroa, Wikipedia
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La verrière du Tro Breiz (Michel Durand, 1971) au collatéral nord de la cathédrale de Saint-Malo. Photographie lavieb-aile 2024.
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Lancette A.
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La verrière du Tro Breiz (Michel Durand, 1971) au collatéral nord de la cathédrale de Saint-Malo. Photographie lavieb-aile 2024.
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Lancette B.
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La verrière du Tro Breiz (Michel Durand, 1971) au collatéral nord de la cathédrale de Saint-Malo. Photographie lavieb-aile 2024.
La verrière du Tro Breiz (Michel Durand, 1971) au collatéral nord de la cathédrale de Saint-Malo. Photographie lavieb-aile 2024.
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Lancette C.
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La verrière du Tro Breiz (Michel Durand, 1971) au collatéral nord de la cathédrale de Saint-Malo. Photographie lavieb-aile 2024.
La verrière du Tro Breiz (Michel Durand, 1971) au collatéral nord de la cathédrale de Saint-Malo. Photographie lavieb-aile 2024.
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Lancette D.
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La verrière du Tro Breiz (Michel Durand, 1971) au collatéral nord de la cathédrale de Saint-Malo. Photographie lavieb-aile 2024.
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SOURCES ET LIENS.
—HERPIN (Eugène), 1927 Histoire de la ville de Saint-Malo: la cité corsaire : depuis son origine jusqu'à la Révolution.
—LUNVEN (Anne), 2019, Du diocèse à la paroisse: Évêchés de Rennes, Dol et Alet/Saint-Malo (Ve-XIIIe siècle) Presses universitaires de Rennes, 3 mai 2019 - 432 pages
La baie 2 (donateur vers 1520 ; Résurrection vers 1570; Jugement dernier 3ème quart XVIe ; rest. 1999) de l'église de Saint-Nic. Une représentation de l'Enfer froid ?
Classement Monuments historiques le 10 novembre 1906.
Le nom de la commune proviendrait du nom d'un saint breton dénommé saint Maeoc ou saint Maëc ou saint Mic ou saint Nic. Le nom de la paroisse apparaît dès le XIe siècle dans des chartes sous les noms de Plebs Sent Nic in pago Porzoed ou Plebs Sent Mic, puis au XIVe siècle sous le nom de Seinctnic, puis en 1410 sous celui de « Saint Vic » et en 1599 Saint Nic. Issue d'un démembrement de la paroisse de l'Armorique primitive de Plomodiern, Saint-Nic dépendait de l'évêché de Cornouaille, ce qui fut maintenu au Concordat.
D'un premier édifice, il persiste, si on suit les dadations des auteurs du Corpus vitrearum, un fragment de verrière de 1520 représentant un donateur (cf. Baie 2).
L'église, en forme de croix latine a été reconstruite après 1550 : les inscriptions attestent la vitalité du chantier : mur Nord ou porche datant de 1561, mur Sud de 1562, arcades de la nef de 1566 avec l'inscription :"M. Le Parlat. Fa. 1566", et clocher de 1576. A cette époque, elle reçut ses verrières figurées, dont un Cycle de la Passion — très certainement dans la maîtresse-vitre —, et un Jugement dernier de belle facture. Les archives mentionnent qu'en 1578, la Fabrique se pourvoit de vitraux. Certains panneaux avaient été intégrés, comme celui du donateur de l'actruelle baie 2, datant vers 1520.
A une date indéterminée — sans-doute lors de la restauration générale achevée en 1838—, ces ensembles ont été regroupés dans le transept (Baie 1 au nord et Baie 2 au sud). On ôta alors les meneaux de ces baies du transept, et la partie inférieure de celle du sud fut murée pour en réduire la surface. Les panneaux qui les occupaient furent mêlés aux panneaux anciens récupérés de la vitre axiale. On relève deux Suites de la Passion différentes, l'une vers 1560, l'autre vers 1600. Or, si on se base sur les trois lancettes de la maîtresse-vitre, celle-ci n'a pu donner que six scènes en deux registres: des vitres exogènes sont donc été introduites.
Les verrières ont été restaurées en 1928 par Touraine, puis déposées pendant la guerre en 1942, remontées par Gruber en 1955, et reaturées et complétées en 1994 (baie 1) et 1998-1999 par le maître-verrier quimpérois Jean-Pierre Le Bihan.
Pour Gatouillat et Hérold, "seule une partie de ces vitraux appartenait donc à l'église, et les autres y on été rapportés pour remplir les verrières. Les panneaux de la série la mieux représentée [la Passion] qui comportait nécessairement des épisodes supplémentaires dont une Crucifixion, paraissant trop nombreux pour avoir logé dans la maîtresse-vitre, qui n'admettait que dix scènes disposées en deux registres au vu des dimensions de ses trois lancettes, il est probable qu'ils ont été importés ici depuis un édifice inconnu."
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Description de la baie 2.
Une seule lancette de 2,80 m de haut et de 1,70 m de large est divisée en quinze panneaux dont on décrit deux registres. Mais cette verrière est recomposée, associant 1) un donateur en bas à gauche datant vers 1520, 2) à sa droite quatre panneaux d'un Jugement dernier et Resurrection des morts datant du 3ème quart du XVIe siècle, 3) en haut au milieu une Résurrection détachée d'une Passion datant vers 1570 et 4) des panneaux ornementaux créés par Le Bihan en 1999., parfois associés en haut à des pièces anciennes (angelots, frangments d'un Baiser de Judas).
La baie 2 de l'église de Saint-Nic. Photographie lavieb-aile.
La baie 2 de l'église de Saint-Nic. Photographie lavieb-aile.
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Deux panneaux inférieurs gauches. Le donateur, un dignitaire ecclésiastique présenté par saint Jean (v.1520?).
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Ce panneau provient peut-être de la maîtresse-vitre, avant qu'elle soit refaite vers 1560. La scène est surmontée d'un dais en grisaille à double volutes, identique à celui qui surmonte les scènes de la Passion de la baie 1 (mais ces dais sont-ils postérieurs?). Le sol est un carrelage noir et blanc en dents de scie, qu'on ne retrouve pas ailleurs. Il existe de nombreuses restaurations dans la partie basse.
Saint Jean est identifié à ses attributs : son manteau rouge, l'absence de barbe, ses cheveux blonds, son calice de poison d'où sort un dragon (ici en vert).
Le donateur pouvait être identifié par son blason suspendu au drap vert du prie-dieu, mais celui-ci a été effacé pendant la Révolution.
L'inscription en lettres gothiques miserere mei domine ("Prends pitié de moi Seigneur") ne permet pas non plus de connaître le donateur. Il s'agit d'un verset du Psaume 6, l'un des psaumes pénitentiels.
L'élément remarquable, c'est la chape pluviale porté par le donateur, qui est donc non seulement un écclesiastique, mais un dignitaire : Évêque ? Père abbé ? l'absence de crosse et de mitre ne plaide pas en faveur de ces hypothèses. Chanoine de Quimper ? La bande blanche tigrée de gris est-elle une aumusse ?
Ce panneau est plus ancien que les autres et daterait des années 1520. Connaît-on un dignitaire du début du XVIe siècle, prénommé Jean, et attaché à la paroisse de Saint-Nic ?
Le personnage le plus considérable fut Claude de Tréanna, "noble et discret messire, grand archidiacre de Cornouaille et recteur de St Nic". La famille Tréanna porte d'argent à la macle d'azur. Ces armes figurent sur le retable de la chapelle Saint-Côme, et le nom et le titre de Claude de Tréanna sont inscrits sur l'un des deux reliquaires provenant de cette chapelle, qui porte la date de 1680.
S'agirait-il d'un Abbé de Daoulas ? Dans la période concernée, nous trouvons, avec le prénom Jean :
1502-1519 : Jean du Largez, abbé de Daoulas, était originaire de Botlézan, évêché de Tréguier. En 1505, il est aussi nommé évêque suffragant de Quimper (administrant le diocèse à la place de Claude de Rohan, l'évêque titulaire, simple d'esprit) et en 1515 évêque de Vannes. Il démissionne en 1519 et meurt à l'abbaye de Daoulas le 5 juin 1533. On trouve une inscription portant son nom à Plougastel, Chapelle de la Fontaine Blanche.
1550-1573 : L'abbé Jean Le Prédour gouverne l'abbaye (ses armoiries se trouvent dans l'oratoire Notre-Dame-des-Fontaines). Il était originaire de la paroisse de Plourhan, diocèse de Saint-Brieuc).
1573-1581 : Jean de Kerguiziau, abbé de Daoulas, originaire du manoir de Kerguiziau en Bohars, il fut inhumé dans la chapelle du Faou, attenante à l'église abbatiale.
Jean du Largez, dans son rôle d'évêque suffragant de Quimper, serait un bon candidat dans notre recherche. Mais il n'a aucun lien connu avec Saint-Nic.
Cette chape pluviale en tissu d'or damassé est orné d'orfrois de scènes brodées rectangulaires dont quatre sont visibles et représentent sans-doute les apôtres puisque saint Pierre peut y être identifié par ses clefs. Saint Jean (sans barbe) est vraisemblablement en dessous.
On comparera ce donateur au portrait du recteur Henri de Coatsquiriou, peint vers 1566 à la chapelle de Kergoat à Quéménéven (proche de saint-Nic), devant un Jugement dernier (baie 9). Le visage aux cheveux courts, et toute la tenue, sont assez similaires. Les recteurs des paroisses bretonnes, d'origine nobles, portaient-ils de telles chapes?
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La baie 2 de l'église de Saint-Nic. Photographie lavieb-aile.
La baie 2 de l'église de Saint-Nic. Photographie lavieb-aile.
La baie 2 de l'église de Saint-Nic. Photographie lavieb-aile.
La baie 2 de l'église de Saint-Nic. Photographie lavieb-aile.
La baie 2 de l'église de Saint-Nic. Photographie lavieb-aile.
La baie 2 de l'église de Saint-Nic. Photographie lavieb-aile.
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Quatre panneaux inférieurs droits. Scènes d'un Jugement dernier (vers 1550-1575).
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La scène est celle de la Résurrection des morts à l'appel des trompettes du Jugement, embouchées par les anges.
La baie 2 de l'église de Saint-Nic. Photographie lavieb-aile.
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À gauche, un ange en manteau rouge et ailes vertes souffle dans sa trompe, mais on devine au dessus des nuées les saints et saintes (dont un moine et peut-être un évêque) en grisaille qui s'apprêtent à accueillir les élus. Il devait y avoir au moins quatre autre panneaux décrivant cette assemblée autour du Christ du Jugement.
Sous l'ange devant une architecture antique bleue, trois morts enveloppés de leur linceul, debout, mains jointes figurent parmi les élus. Ils regardent, en haut, des êtres nus poussés vers un lac par des démons (verre bleu, nuées en boucles de grisaille, personnages en grisaille, cheveux parfois rehaussés de jaune d'argent).
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La baie 2 de l'église de Saint-Nic. Photographie lavieb-aile.
La baie 2 de l'église de Saint-Nic. Photographie lavieb-aile.
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L'ange buccinateur de droite porte un manteau vert, des ailes violettes et un bandeau sur le front. Au dessous, un diable monstrueux conduits des damnés enchaînés vers un lac où quatre hommes et femmes nus font des gestes de supplication.
Il s'agit là très vraisemblablement d'une représentation de l'Enfer froid,an Ifern yen, un « enfer froid » mais brûlant, d’origine celtique, une conception a-chrétienne de l’enfer qui se serait maintenue en Bretagne .
Christian Maol relève une soixantaine de références à l’« ifern yen », à l’« abim yen » (l’abîme froid) ou la « maru yen » (la mort froide)en remontant au xve siècle. Comme le dit l'inscription de l’ossuaire de La Martyre , daté de 1619, et copie directe du Mirouer de la mort, ouvrage du recteur de Plougonven, Jehan An Archer Coz de 1519 : An maro : han ba : han : ifern : ien : pa : ho : soing : den : e : tle : crena : "La mort, et le jugement, et l'enfer froid, quand l'homme y songe, il doit trembler".
Selon Christian Moal, l’enfer froid punit les coupables de malice, de luxure et enfin d’envie. La représentation de l’enfer froid s’est formée et diffusée en France et a circulé en Bretagne où elle n’apparaît que dans une inscription de l’ossuaire de La Martyre (1619), copie du Miroir de la mort (1519), dans Buhez mab den (avant 1530) et dans la Passion d’Eozen Quilivéré (1530). Cette production, datée du XVIe siècle, s’inscrit dans un mouvement qui concerne la France et l’Europe, un thème à la mode à la Renaissance qui disparaît ensuite.
Iconographie :
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Jugement dernier,BnF fr 19 f.38r, Saint Augustin, la Cité de Dieu, traduite par Raoul de Presles, enluminures Maître François , vers 1469-1473.
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Tourment de l'enfer, l'enfer froid,BnF fr 19 f211r, Saint Augustin, la Cité de Dieu, traduite par Raoul de Presles, enluminures Maître François , vers 1469-1473.
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Kompost des bergers BNF, VELINS-518
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La baie 2 de l'église de Saint-Nic. Photographie lavieb-aile.
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Les deux panneaux inférieurs montrent la foule des ressuscités guidés par saint Pierre, manteau rouge et robe violette, tenant la clef du royaume des Cieux. La femme nue au premier plan pourraît être Éve, et Adam pourrait être à droite de saint Pierre. Le panneau inférieur droit rassemble divers fragments et les complète.
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La baie 2 de l'église de Saint-Nic. Photographie lavieb-aile.
La baie 2 de l'église de Saint-Nic. Photographie lavieb-aile.
La baie 2 de l'église de Saint-Nic. Photographie lavieb-aile.
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Six panneaux supérieurs droits. La Résurrection ou Sortie du Tombeau (vers 1600).
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La baie 2 de l'église de Saint-Nic. Photographie lavieb-aile.
La baie 2 de l'église de Saint-Nic. Photographie lavieb-aile.
La baie 2 de l'église de Saint-Nic. Photographie lavieb-aile.
La baie 2 de l'église de Saint-Nic. Photographie lavieb-aile.
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SOURCES ET LIENS.
— BARRIÉ (Roger) 1979 Étude sur le vitrail en Cornouaille au 16e siècle : Plogonnec et un groupe d'églises de l'ancien diocèse de Quimper / ; sous la direction d' André Mussat, 1979 Thèse de 3e cycle : Art et archéologie : Rennes 2 : 1979. Bibliogr. f. 9-32. 4 annexes (vol. 2)
— COUFFON (René) LE BARS 1959 1988, Notice sur Saint-Nic, Diocèse de Quimper et Léon, nouveau répertoire des églises et chapelles, Quimper, Association diocésaine, 1988. - 551 p.: ill.; 28 cm.
"Vitraux du XVIè siècle (C.) dans les fenêtres du transept : au nord, la Passion en sept panneaux, et, au sud, mosaïque d'un Jugement dernier avec donateur à genoux présenté par une sainte."
— GATOUILLAT (Françoise), HEROLD (Michel), 2005 "Les vitraux de Bretagne", Corpus Vitrearum France- Recensement VII, Presses Universitaires de Rennes, Rennes : 2005, 367pp. pages 192-193.
"Saint-Nic.Dépose et éloignement des vitraux pour sauvegarde durant l'état de guerre
Publié le 26 avril 2008 par jeanpierrelebihan2 Les illustrations ne sont pas reproduites et puevnet être consultées sur l'article original.
Ces deux baies nous apprennent que l'église possèdait au XVI°siècle plusieurs vitraux de sujet diffèrent. Tout d'abord une Passion à laquelle il faut ajouter un panneau de la baie sud offrant quelques éléments de la scène où le Christ recolle l'oreille du serviteur du grand prêtre,ayant servi dans les deux lieux et l'auteur étant, il y a de grande chance, le même.Nous trouvons ensuite une Résurrection du Christ Sujet qui occupe deux panneaux qui ne sont pas de la même main ni du même esprit que la Passion.
Par contre, pour le panneau supérieur de Saint Nic, ici à gauche,
sauf la tête du Christ,nous relevons que ce panneau est du même carton que celle que l'on voit à l'église de Saint-Thuriau dans le Morbihan.
Autre sujet, cette Crucifixion du haut de la baie nord n'est pas d'un atelier cornouaillais connu et où certaines présentations de personnages se retrouvent à Saint-Thuriau, entre autres,Marie et Marie Madeleine
Dans la baie sud,deux sujets n'ont aucun rapport entre eux: le Jugement Dernier et le Donateur.
Ce dernier pourrait provenir de la baie du chevet où aurait régner ses armoiries. Son intercesseur et saint patron est ici Saint Jean tenant de la main gauche la coupe d'où sortent les serpents
LES ARCHIVES D'AVANT LA REVOLUTION.
il y en a peu .On sait seulement qu’en 1578, la Fabrique se pourvoit de vitraux. S’agit-il des deux baies du transept. Cette date correspondrait assez bien aux scènes de la Passion mais encore plus particulièrement aux restes d’un Jugement Dernier dont l’esprit correspond bien aux canons de l’école de Fontainebleau. Ll'église comme les deux vitraux sont bien de la seconde partie du XVI° siècle; A première vue, l’église, elle-même, semble bien être de cette époque. Le porche est daté de 1561, ainsi que les socles de certaines statues. De 1566, on relève un texte entre deux arcades de la nef avec: "Parlat Fabricien". Quant au clocher, il est de 1576.Mais aucune date n’a encore été trouvée sur le choeur.
L’abbé Corentin Parcheminou, dans "une paroisse cornouaillaise pendant la révolution " relève des débris de verre peints dans les réseaux d’autres fenêtres, ce qui indique l'ancienne présence de vitraux à sujets religieux.
A cette fin du XVIe siècle, la commune devait être assez riche, car nous découvrons qu’en 1578 la Fabrique de la chapelle Saint-Côme et Saint Damien offre un reliquaire en argent doré.
LA REVOLUTION
Cette époque a vu l'envoi, par les mairies, du département, de peintres vitriers ou vitriers souvent incompétants, pour supprimer les armoiries qui étaient le symbole de la féodalité.Cela fut le cas ici à Saint-Nic;
En novembre 1790, le conseil municipal charge le procureur de la commune, Henry Join, de faire disparaître les enfeus et armoiries de l'église paroissial et "autres chapelles" Cependant, semble-t-il, on a hésité à briser les armoiries ds vitraux.
Cependant le 30 avril 1791,on fit appel à un vitrier quimpérois du nom de Jean Louis Cavellier qui se charge pour la somme de 72 livres d’enlever les écussons des vitres peintes de l’église paroissiale et de la chapelle Saint-Côme. En voulant enlever ces armoiries, il brise les vitres qui les encerclaient.Il ne semble pas avoir fait entièrement son travail, car un blason est signalé, par de Courcy en 1860, à la chapelle Saint-Côme. Cette façon de travailler a été le cas de nombreux vitraux du Finistère,
La restauration de 1929. Dès 1927, l'architecte Paul Génuys propose un devis de restauration de ces vitraux. dans lequel il signale que les deux baies ont été murées dans la partie inférieure.
Il lui semble que les vitraux sont restés enfouis dans la maçonnerie.
Un peintre verrier parisien, Tournel, le contacte, car ce dernier souhaiterait vivement restaurer ces vitraux. C'est ce verrier,qui, a reconstitué les manques des sujets figuratifs de façon approximative.
La RESTAURATION DE LA PASSION EN 1929 ;
Suivant le constat dressé par l’abbé Parcheminou, le verrier restaurateur s’est donc trouvé devant des vitraux dont les manques étaient en verre blanc et qui étaient évalués à une surface de 1m2 par l’architecte.
L’armature de ferrures, qui devra être conservée, partageait la verrière en 15 panneaux dont les sujets, au nombre de sept, emplissaient deux panneaux chacun.
Les manques en verre blanc concernaient les parties hautes de la Flagellation et du Couronnement d’épines. Un filet encore en verre blanc devait courir le long des fers verticaux et au-dessus des scènes de l’Arrestation et du Couronnement d’épines.
L’abbé Parcheminou signalait de chaque côté de la Crucifixion » dans les petits panneaux, il y a un ange à genoux adorant le Christ ».Actuellement, nous n’avons rien de cela ; nous nous trouvons devant deux têtes dont une ancienne qui n’est pas, semble-t-il, celle d’un ange.
Le verrier de 1929, qui pourrait être le verrier parisien Tournel, a donc reconstitué les manques des sujets figuratifs de façon approximative sans se référer à une source possible telle qu'un carton antérieur, ce qui est le cas ici pour beaucoup de panneaux.
Les filets verticaux ont été traités en cannelures. Ces pièces n’ont pas du résister à la rouille des ferrures et à la dépose de 1942 ; De nombreux plombs de casse les défiguraient.
Pour faire une séparation entre le panneau de l’Arrestation et le bas de celui du Portement de Croix, une clôture d’enclos, dans l’esprit des arrestations du XVI°, mais incompréhensible, a été posée.
L'abbé Parcheminou confirme en partie nos propos sauf pour ce dernier et ajoute-t-il "cela montre de façon saisissante, toute la distance qui sépare encore dans l'art du vitrail, les conceptions modernes de la technique ancienne".
La guerre 39-45
le 6 mai 1942, l’architecte Prieur propose un devis de dépose et d’éloignement des vitraux pour sauvegarde durant l'état de guerre. Ce qui est approuvé par Monsieur le Secrétaire général des Beaux Arts et dont l’exécution est demandée sans délai par les autorités d’occupation car «St Nic se trouve à proximité du rivage et au pied des collines du Ménez Hom. De plus cette commune se trouve sur la route de Quimper à Morgat».
Le devis se monte à 8 181 francs 35 et dans le dossier, il n’est fourni aucune photo ni carte postale comme il est demandé.
Les vitraux déposés devaient être mis en caisses avec couvercles vissés et remplies de copeaux ou de paille. Celles-ci devaient rejoindre un dépôt provisoire à Quimper. Les caisses restent dans l'église de Saint-Nic. Cela ne semble pas avoir été exécuté car la mémoire des habitants de Saint-Nic se rappelle très bien de ces caisses qui ont traversé la guerre dans l’église près du clocher et qui ont manqué d’être pulvérisées par un obus. Ils avaient subis des dégats suite à la chute de l'obus, on ne sait qu'elle en était le style.
Pour en remplacer les restes, il est prévu une vitrerie losange. L'atelier quimpérois Le Bihan-Saluden, qui s'en charge, a une correspondance fournie en 1946 avec Monsieur Chabal architecte des Monuments Historiques, en avril, juin et octobre 1946.
Celui-ci transmet la maquette à Mr Cornou à l’Inspection générale.
Copie du texte, voir les illustrations sur le lien :
"SAINT NIC ET SAINT FIACRE DU FAOUÊT
Lors de la restauration de la Passion que nous avons mené en 1995, (Atelier jean pierre le bihan) vitraux, nous sommes donc trouvés devant trois sujets d’une Passion:l’Arrestation, la Flagellation et le Couronnement d’épines, dont la restauration de 1929 ne nous
satisfaisait pas.Pour conforter nos propositions de remplacement des apports d’il y a soixante six ans, nous avons dû faire des recherches auprès des autres Passions du XVIème siècle.
Trois d’entre-elles présentaient des analogies :
Un bourreau tire la langue au Faouêt, le même bourreau de Saint-Nic est moins démonstratif.
Cet échange de cartons, ou utilisation du même, nous l’avons déjà relevé entre Guengat et Gouézec pour une Passion (Cf BSAF tome CXVIII 1989).
LES CARTONS
Une quinzaine d’années maximum séparent ces deux verrières du Faouêt, et de Saint-Nic. Nous sommes dans cette deuxième moitié du XVIème siècle qui a vu éclore entre autres de nombreuses Passions dans le Finistère et dont il nous en reste encore ving quatre. On peut estimer que leur nombre, il y a 400ans, à plus du double.
Beaucoup d’entre elles se ressemblent et l’appétit des chercheurs bretons des XIXème et Xxème siècle en a été stimulé.Cela n’est pas spécifique à notre région et ce réemploi de cartons, autant sur le plan national qu’européen n’est pas prêt à donner son dernier mot.
Mais je pense que la région Bretagne est la première pour le remploi de cartons d’un même sujet, qui est la Passion."
— PARCHEMINOU (Corentin), 1930, une paroisse cornouaillaise pendant la Révolution.
Mes sources principales sont l'article de Christian Moal, puis les articles de Jérôme Baschet.
— BASCHET (Jérôme), 1993 Les Justices de l’au-delà. Les représentations de l’enfer en France et en Italie (XIIe -XVe siècle), Rome, EFR, 1993, p. 437-448 et fig. 152-159.
https://journals.openedition.org/ccrh/2886
— BASCHET (Jérôme), 1993, Les justices de l'au-delà. Les représentations de l'enfer en France et en Italie (XIIe-XVe s.). Rome, Ecoles françaises d'Athènes et de Rome, 1993. Christe Yves, compte-rendu Cahiers de Civilisation Médiévale Année 1995 Suppl. 1995 pp. 4-7
En résumé, on retiendra ces quelques conclusions. L'enfer gothique est figuré le plus souvent par la gueule d'enfer — elle est déjà attestée au xne s. — d'abord comme seuil infernal, ensuite comme lieu de tourments. Celle-ci est également l'image usuelle de l'enfer dans les manuscrits contemporains. Elle est accompagnée par la marmite sur le feu qui, à partir du milieu du xine s. (Bourges, puis Rouen), tend à se confondre avec elle. Il est rare au nord des Alpes que Satan intronisé préside aux supplices infernaux. Le portail de Conques et celui de Notre-Dame de la Couture au Mans, un siècle plus tard, en présentent une illustration exceptionnelle. À cette courte liste, j'ajouterai un témoignage précoce mais très important, celui des tituli de Gauzlin pour le revers de la façade de Saint-Pierre de Fleury au début du xie s. « Satan enchaîné dans une prison qui vomit des flammes » évoque exactement le même sujet dans YHortus Deliciarum d'Herrade de Landsberg.
— BASCHET (Jérôme), 1985, "Les conceptions de l'enfer en France au XIVe siècle : imaginaire et pouvoir", Annales Année 1985 40-1 pp. 185-207
— FRAPPIER ( Jean), 1953,. "Châtiments infernaux et peur du Diable". In: Cahiers de l'Association internationale des études francaises, 1953, n°3-5. pp. 87-96;
1550 : maîtresse-vitre de l'église de Guimiliau. Attribuable à l'atelier Le Sodec. Cartons communs avec Guengat, et certains avec Quéménéven, Gouézec, et Tréguennec.
1550 : Tourch
1550 : Trégourez
Milieu XVIe : ancienne maîtresse-vitre de Saint-Gunthiern à Langolen, aujourd'hui au Musée Départemental Breton de Quimper.
1556 : Saint-Herbot (Plonévez-du-Faou) par Thomas Quéméneur de Morlaix.
3e quart XVIe siècle (vers 1560), Quéménéven église Saint-Ouen:Attribuable à l'atelier Le Sodec . Cartons communs (Le Bihan) avec Guengat, Gouezec et Guimiliau, ou La Martyre et La Roche-Maurice (Gatouillat).
3e quart XVIe siècle Tréguennec ; Attribuable à l'atelier Le Sodec
"Jacques Le Chevallier est né à Paris en 1896. Il est peintre, décorateur, verrier, illustrateur-graveur. Il entre à l École nationale supérieure des arts décoratifs de Paris. En 1919, il rejoint Louis Barillet en tant que décorateur. Son talent de dessinateur le fait rapidement reconnaître et dès 1922 il appose sa signature au bas des vitraux avec celle de Louis Barillet. Il exerce également une activité personnelle d illustrateur, de décorateur et de peintre et participe à de nombreux salons. Il fait des recherches sur les luminaires qui sont exposés au salon d automne de 1927. Il utilise pour ces derniers des matériaux empruntés à l' univers industriel comme l' aluminium par exemple. Il est membre fondateur de l Union des Artistes Modernes (UAM), mouvement qui exploite les matériaux modernes pour les adapter à une vision nouvelle des arts décoratifs. Décorateur partisan de la modernité il dessine ainsi de nouvelles gammes dans les années 30, mais aussi des décors de papiers peints à la demande d' établissements producteurs. Il expose des verrières à l' exposition internationale des arts et techniques des Ami de Maurice Rocher, il réorganise avec lui les anciens Ateliers d' art sacré fondés par Maurice Denis et Georges Desvallieres en proposant un enseignement sur les techniques ayant un caractère architectural (vitrail, mosaïque, fresque). En 1950 il en assure la direction. A partir de 1952, il est chargé de l' enseignement du vitrail à l Ecole nationale supérieure des beaux-arts de Paris. Quelques années plus tard, il crée les vitraux des fenêtres hautes de la nef de Notre-Dame de Paris. Ensuite il effectue de nombreuses réalisations pour les sanctuaires de la deuxième reconstruction. Son œuvre se répartit sur 150 édifices religieux pendant 50 ans d activité. Il utilise différentes techniques : vitrail au plomb puis dalles de verre serties au ciment ou sciées et collées. La notoriété venue il est invité à la triennale de Milan en 1954, à la première triennale de l art français contemporain à Paris en 1956, à l' Exposition internationale de Bruxelles en 1958 où il reçoit un grand prix. Sa production artistique est importante et très variée et son œuvre s inscrit dans l' émergence et la réalisation d un art moderne. Il décède en 1987 à l âge de 91 ans." (source)
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NOTICE .
Désignation : Verrières
Titre courant : Verrières de Jacques Le Chevallier
Auteur des cartons : Jacques Le Chevallier, peintre-verrier
Auteur de l'œuvre (verrier) : Atelier du vitrail de Fontenay
Lieu d'exécution : Fontenay-aux-roses 92 ( J. LE CHEVALLIER 6 r. Joseph Leguay 92260 FONTENAY AUX ROSES .)..
Siècle de création : troisième quart 20ème siècle.
Note : les mesures de largeur sont approximatives à 10 cm près, les hauteurs n'ont pas été prises.
Datation : 1969-1970
Date et typologie de la protection : date ?, classé MH
Description : Ensemble des 21 verrières de l'église réalisées sur les cartons de Jacques Le Chevallier et par son atelier. 3 verrières figuratives Baies 0 (Passion), 9 (Quatre évangélistes) et 10 (Arbre de Jessé). 18 verrières non figuratives.
Surface totale : 89 m².
Schéma approximatif :
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Baie 0 : situation : baie d'axe du chœur. Passion et Crucifixion.
Titre : Passion et Crucifixion. 2,90 m de large. Trois lancettes de huit panneaux chacune et un tympan de cinq soufflets et quatre écoinçons. Verres blancs et verres colorés peints à la grisaille. Cette baie datait de 1605-1615. Elle était dès le XVIIe siècle consacrée à la Passion. Dans une dominante rouge très fidèle aux ciels rouges des Passions du Finistère, on reconnaît de haut en bas la Crucifixion avec Marie, Jean et Marie-Madeleine au pied de la Croix, scène surmontée de la lune, du soleil et de la colombe de l'Esprit ; la Flagellation , et Pilate se lavant les mains face au Christ ; l'Agonie au Mont des Oliviers au centre, l'arrestation de Jésus (saint-Pierre levant le glaive sur le serviteur du grand-prêtre) et le reniement de saint Pierre (un coq au sommet d'un clocher).
Inscription sur la 1ère lancette an bas à droite :J LE CHEVALLIER 1970/ATELIER DU VITRAIL DE FONTENAY.
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Vitraux (1970) de Jacques Le Chevallier dans l'église de Gouesnou. Photographie lavieb-aile 23 mai 2024.
Vitraux (1970) de Jacques Le Chevallier dans l'église de Gouesnou. Photographie lavieb-aile 23 mai 2024.
Vitraux (1970) de Jacques Le Chevallier dans l'église de Gouesnou. Photographie lavieb-aile 23 mai 2024.
Baie 1 : Chœur côté nord. Largeur 2,40. Trois lancettes lancéolées (24 panneaux) et un tympan à 5 mouchettes et 4 écoinçon. Non figuratif.
Vitraux (1970) de Jacques Le Chevallier dans l'église de Gouesnou. Photographie lavieb-aile 23 mai 2024.
Baie 2 : Chœur côté sud. Largeur 2,40. Trois lancettes lancéolées (24 panneaux) et un tympan à 5 mouchettes et 8 écoinçons. Non figuratif.
Vitraux (1970) de Jacques Le Chevallier dans l'église de Gouesnou. Photographie lavieb-aile 23 mai 2024.
Baie 3 : Chœur côté nord,largeur 1,50 m : Trois lancettes et un tympan à 3 mouchettes et 2 écoinçons . Non figuratif.
Vitraux (1970) de Jacques Le Chevallier dans l'église de Gouesnou. Photographie lavieb-aile 23 mai 2024.
Baie 4 : Chœur côté sud ; largeur 1,50 m.Trois lancettes (12 panneaux) et un tympan à 3 mouchettes et 2 écoinçons . Non figuratif.
Vitraux (1970) de Jacques Le Chevallier dans l'église de Gouesnou. Photographie lavieb-aile 23 mai 2024.
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Baie 5 : bras nord du transept. Largeur 1,00m . Deux lancettes cintrées et un tympan à une rose et un écoinçon. Non figuratif. Bordure bleue et blanche.
Vitraux (1970) de Jacques Le Chevallier dans l'église de Gouesnou. Photographie lavieb-aile 23 mai 2024.
Baie 6 : bras sud du transept. Largeur 1,00m . Deux lancettes cintrées et un tympan à une rose et un écoinçon. Non figuratif. Bordure bleue et blanche.
Vitraux (1970) de Jacques Le Chevallier dans l'église de Gouesnou. Photographie lavieb-aile 23 mai 2024.
Baie 7 : bras nord du transept. Largeur 1,50 m.Trois lancettes ; un tympan à 3 mouchettes et 2 écoinçons. Non figuratif.
Vitraux (1970) de Jacques Le Chevallier dans l'église de Gouesnou. Photographie lavieb-aile 23 mai 2024.
Baie 8 : bras sud du transept. Largeur 1,50 m. Trois lancettes ; un tympan à 3 mouchettes et 2 écoinçons. Non figuratif .
Vitraux (1970) de Jacques Le Chevallier dans l'église de Gouesnou. Photographie lavieb-aile 23 mai 2024.
Baie 9 : bras nord du transept. Largeur 2,15 m. Quatre lancettes cintrées et un tympan à 7 ajours et 2 écoinçons. Verres blancs et verres colorés peint à la grisaille. Quatre évangélistes, un par lancette au dessus de l'animal du Tétramorphe correspondant. Matthieu et l'ange, Jean et l'aigle, Luc et le taureau, et Marc et le lion. Pas d'inscription ni signature.Tympan non figuratif.
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Vitraux (1970) de Jacques Le Chevallier dans l'église de Gouesnou. Photographie lavieb-aile 23 mai 2024.
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Baie 10 :bras sud du transept. Largeur 2,15 m. Quatre lancettes cintrées et un tympan à 7 ajours et 2 écoinçons. L'Arbre de Jessé. Verres blancs et verres colorés peint à la grisaille.
Jacques le Chevallier avait déjà traité ce thème de la généalogie royale de Jésus, issu du début de l'évangile de Matthieu, à Granville en 1954 pour l'église Notre-Dame.
Il est possible de discerner deux registres.
Dans le registre inférieur (4 panneaux), Jessé est à demi étendu, dans un long manteau rouge ; bizarrement pour ce propriétaire de troupeaux, il porte les insignes régaliens de la couronne et du sceptre. Ses yeux semblent clos.
A ses pieds se trouve un rouleau de parchemin ; et, sur ce vitrail qui ne comporte aucune inscription, ce parchemin remplace de l'inscription qu'on retrouve in scrite sur les vitraux plus anciens de ce thème "Un rejeton sort du tronc de Jessé, une fleur pousse de ses racines et l'esprit du Seigneur est en joie. Isaïe 11,4". Les citations d'Isaïe ou de Jérémie, voire de Matthieu 1 :1-17 sont implicitement placées dans ce rouleau aux mots invisibles, mais, par l'intermédiaire d'un rectangle violet qui crée un lien avec le déploiement de l'arborescence généalogique, les rois de Juda, la Vierge et l'Enfant "issu de la race de David" semblent naître tout autant des Écritures prophétiques que du ventre de Jessé et du tronc qui en émerge.
Dans le registre supérieur (seize panneaux), on voit peut-être d'abord les deux taches rouges des manteaux royaux, répondant en filiation à celui de Jessé, et le bleu du manteau de la Vierge. Marie (qui n'est pas couronnée) et son Enfant occupe les quatre panneaux de la seconde lancette, encadrée par cinq rois de Juda ; parmi ceux-ci, seul David est identifiable par sa harpe (ou psaltérion). Salomon, Roboam, Abia, Asa, Josaphat et les autres descendants de David sont représentés symboliquement par des rois de carte à jouer posés sur des feuilles ou bourgeons de l'arbre de Jessé.
On retrouvera ces feuillages sous les pieds de Marie.
Le tympan renferme trois éléments hébraïques : le chandelier à sept branches ou Ménorah, les tables de la Loi reçues par Moïse (déjà présent à Granville), et l'étoile de David. Cela exprime l'une des significations théologiques de l'arbre de Jessé, la réalisation par le Christ des valeurs anté-testamentaires.
Signature en bas de la 4ème lancette : J LE CHEVALLIER PEINTRE-VERRIER/ATELIER DU VITRAIL DE FONTENAY (92)
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Vitraux (1970) de Jacques Le Chevallier dans l'église de Gouesnou. Photographie lavieb-aile 23 mai 2024.
Vitraux (1970) de Jacques Le Chevallier dans l'église de Gouesnou. Photographie lavieb-aile 23 mai 2024.
Baie 11 : Nef côté nord. Largeur : 1,15 m.Deux lancettes cintrées, tympan à 3 mouchettes et 3 écoinçons. Non figuratif (bordure verte, jaune et rouge).
Vitraux (1970) de Jacques Le Chevallier dans l'église de Gouesnou. Photographie lavieb-aile 23 mai 2024.
Baie 12 : Nef côté sud. Largeur : 1,15 m.Deux lancettes cintrées, tympan à 1 mouchettes et 2 écoinçons. Non figuratif (bordure à dominance jaune).
Vitraux (1970) de Jacques Le Chevallier dans l'église de Gouesnou. Photographie lavieb-aile 23 mai 2024.
Baie 13 : Nef côté nord. Largeur : 1,10 m.Deux lancettes cintrées, tympan à 1 mouchettes et 3 écoinçons. Non figuratif (bordure à dominance bleue ).
Vitraux (1970) de Jacques Le Chevallier dans l'église de Gouesnou. Photographie lavieb-aile 23 mai 2024.
Baie 14 : Nef côté sud. Nef côté sud. Largeur : 1,50 m.Deux lancettes cintrées, tympan à 3 mouchettes et 2 écoinçons. Non figuratif (bordure à dominance jaune).
Vitraux (1970) de Jacques Le Chevallier dans l'église de Gouesnou. Photographie lavieb-aile 23 mai 2024.
Baie 15 : Nef côté nord. Largeur 1,67 m. Deux lancettes cintrées tympan à 3 mouchettes et 2 écoinçons. Non figuratif (bordure à dominance jaune).
Vitraux (1970) de Jacques Le Chevallier dans l'église de Gouesnou. Photographie lavieb-aile 23 mai 2024.
Baie 16 : Nef côté sud. Largeur 1,30 m. Trois lancettes lancéolées et 2 écoinçons. Non figuratif.
Vitraux (1970) de Jacques Le Chevallier dans l'église de Gouesnou. Photographie lavieb-aile 23 mai 2024.
Baie 17 : côté nord de la façade ouest, dimension non prise, un oculus. Non figuratif (bordure jaune).
Vitraux (1970) de Jacques Le Chevallier dans l'église de Gouesnou. Photographie lavieb-aile 23 mai 2024.
Baie 18 : nef côté sud, trois lancettes lancéolées à 3 mouchettes et 2 écoinçons. Non figuratif (bordure à dominance bleue).
Vitraux (1970) de Jacques Le Chevallier dans l'église de Gouesnou. Photographie lavieb-aile 23 mai 2024.
Baie 19 et 20 : centre de la façade ouest. Dimension non prise. Deux baies jumelles à une seule lancette cintrée, à bordure jaune et bleue. Non figuratif.
Vitraux (1970) de Jacques Le Chevallier dans l'église de Gouesnou. Photographie lavieb-aile 23 mai 2024.
Vitraux (1970) de Jacques Le Chevallier dans l'église de Gouesnou. Photographie lavieb-aile 23 mai 2024.
DEUXIÈME PARTIE : LES VERRIÈRES FIGURATIVES,LECTURE DE DÉTAILS.
LA BAIE D'AXE n°0 : PASSION ET CRUCIFIXION.
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Vitraux (1970) de Jacques Le Chevallier dans l'église de Gouesnou. Photographie lavieb-aile 23 mai 2024.
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La Flagellation de Jésus lié à la colonne.
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Vitraux (1970) de Jacques Le Chevallier dans l'église de Gouesnou. Photographie lavieb-aile 23 mai 2024.
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La comparution devant Pilate qui se lave les mains.
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Vitraux (1970) de Jacques Le Chevallier dans l'église de Gouesnou. Photographie lavieb-aile 23 mai 2024.
Vitraux (1970) de Jacques Le Chevallier dans l'église de Gouesnou. Photographie lavieb-aile 23 mai 2024.
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La nuit sur le Mont des Oliviers avec Pierre, Jean et Jacques endormis. L'ange présente à Jésus le calice de sa Passion.
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Vitraux (1970) de Jacques Le Chevallier dans l'église de Gouesnou. Photographie lavieb-aile 23 mai 2024.
Vitraux (1970) de Jacques Le Chevallier dans l'église de Gouesnou. Photographie lavieb-aile 23 mai 2024.
Vitraux (1970) de Jacques Le Chevallier dans l'église de Gouesnou. Photographie lavieb-aile 23 mai 2024.
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L'apôtre Pierre en robe blanche devant Malchus, le serviteur du Principal sacrificateur dont il a tranché l'oreille.
Vitraux (1970) de Jacques Le Chevallier dans l'église de Gouesnou. Photographie lavieb-aile 23 mai 2024.
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Le coq rappelant le reniement de Pierre arprès la crucifixion.
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La crucifixion entre Marie (en bleu) et Jean l'évangéliste (en vert).
Vitraux (1970) de Jacques Le Chevallier dans l'église de Gouesnou. Photographie lavieb-aile 23 mai 2024.
Vitraux (1970) de Jacques Le Chevallier dans l'église de Gouesnou. Photographie lavieb-aile 23 mai 2024.
Vitraux (1970) de Jacques Le Chevallier dans l'église de Gouesnou. Photographie lavieb-aile 23 mai 2024.
Vitraux (1970) de Jacques Le Chevallier dans l'église de Gouesnou. Photographie lavieb-aile 23 mai 2024.
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Marie-Madeleine éplorée au pied de la croix devant les pieds sanguinolents de Jésus.
Le tympan et les têtes de lancettes.
Vitraux (1970) de Jacques Le Chevallier dans l'église de Gouesnou. Photographie lavieb-aile 23 mai 2024.
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La lune, rappel des évènements cosmiques (tremblements de terre) accompagnant la mort du Christ.
Vitraux (1970) de Jacques Le Chevallier dans l'église de Gouesnou. Photographie lavieb-aile 23 mai 2024.
Le soleil assombri.
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Matthieu 27:45 « De midi jusqu'à trois heures de l'après-midi, il y eut des ténèbres sur tout le pays. »
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La colombe du Saint-Esprit et les mains ouvertes de Dieu le Père.
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Vitraux (1970) de Jacques Le Chevallier dans l'église de Gouesnou. Photographie lavieb-aile 23 mai 2024.
Dans le soufflet sommital, le monogramme Pax Christi PX.
Vitraux (1970) de Jacques Le Chevallier dans l'église de Gouesnou. Photographie lavieb-aile 23 mai 2024.
LA BAIE n°9 DU TRANSEPT NORD : LES QUATRE EVANGÉLISTES.
Baie 9. Vitraux (1970) de Jacques Le Chevallier dans l'église de Gouesnou. Photographie lavieb-aile 23 mai 2024.
Baie 9. Vitraux (1970) de Jacques Le Chevallier dans l'église de Gouesnou. Photographie lavieb-aile 23 mai 2024.
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Saint Matthieu et l'Ange du Tétramorphe.
Baie 9. Vitraux (1970) de Jacques Le Chevallier dans l'église de Gouesnou. Photographie lavieb-aile 23 mai 2024.
Baie 9. Vitraux (1970) de Jacques Le Chevallier dans l'église de Gouesnou. Photographie lavieb-aile 23 mai 2024.
Saint Jean et l'Aigle duTétramorphe.
Baie 9. Vitraux (1970) de Jacques Le Chevallier dans l'église de Gouesnou. Photographie lavieb-aile 23 mai 2024.
Baie 9. Vitraux (1970) de Jacques Le Chevallier dans l'église de Gouesnou. Photographie lavieb-aile 23 mai 2024.
Baie 9. Vitraux (1970) de Jacques Le Chevallier dans l'église de Gouesnou. Photographie lavieb-aile 23 mai 2024.
Saint Marc et le Lion du Tétramorphe.
Baie 9. Vitraux (1970) de Jacques Le Chevallier dans l'église de Gouesnou. Photographie lavieb-aile 23 mai 2024.
Baie 9. Vitraux (1970) de Jacques Le Chevallier dans l'église de Gouesnou. Photographie lavieb-aile 23 mai 2024.
Saint Luc et le Taureau du Tétramorphe.
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Baie 9. Vitraux (1970) de Jacques Le Chevallier dans l'église de Gouesnou. Photographie lavieb-aile 23 mai 2024.
Baie 9. Vitraux (1970) de Jacques Le Chevallier dans l'église de Gouesnou. Photographie lavieb-aile 23 mai 2024.
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Le tympan non figuratif. Verres blancs et verres colorés, rehauts de grisaille.
Baie 9. Vitraux (1970) de Jacques Le Chevallier dans l'église de Gouesnou. Photographie lavieb-aile 23 mai 2024.
Baie 10. Vitraux (1970) de Jacques Le Chevallier dans l'église de Gouesnou. Photographie lavieb-aile 23 mai 2024.
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Le patriarche Jessé allongé et songeant à sa descendance, qui lui apparaît comme royale.
Un arbre nait de son bassin. À ses pieds, un rouleau de parchemin figurant les écritts prophétiques de la Torah, dans lesquels les Pères de l'Église ont reconnu l'annonce d'un enfant né d'une vierge et qui deviendra l'Emmanuel, le Sauveur. De ce rouleau s'élève lui aussi un rameau (violet) qui rejoint la branche de l'arbre de Jessé.
Baie 10. Vitraux (1970) de Jacques Le Chevallier dans l'église de Gouesnou. Photographie lavieb-aile 23 mai 2024.
Baie 10. Vitraux (1970) de Jacques Le Chevallier dans l'église de Gouesnou. Photographie lavieb-aile 23 mai 2024.
Baie 10. Vitraux (1970) de Jacques Le Chevallier dans l'église de Gouesnou. Photographie lavieb-aile 23 mai 2024.
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La Vierge à l'Enfant (nimbée mais non couronnée) est dans la lancette B, à côté de trois Rois de Juda, dont David, fils de Jessé, identifié par son psaltérion. De même que les deux autres rois en dessous, chacun porte la couronne et le sceptre, et leur buste semble naître d'un des bourgeons de l'arbre.
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Baie 10. Vitraux (1970) de Jacques Le Chevallier dans l'église de Gouesnou. Photographie lavieb-aile 23 mai 2024.
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Le tympan.
On y remarque la Menorah (chandelier rituel à sept branches), l'étoile de David (deux triangles enchevétrés) et les Tables de la loi reçues par Moïse.
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Baie 10. Vitraux (1970) de Jacques Le Chevallier dans l'église de Gouesnou. Photographie lavieb-aile 23 mai 2024.
SOURCES ET LIENS.
— ARCHIERI (Jean-François) FOUCART ( Bruno) et al , 2007, « Jacques Le Chevallier: 1896 - 1987, la lumière moderne « (exposition, Roubaix, la Piscine-Musée d'art et d'industrie André Diligent, 17 mars - 20 mai 2007, Beauvais, Musée départemental ; de l'Oise, 26 juin - 30 septembre 2007, Paris 15e, 15 square de Vergennes, 18 octobre 2007 - 8 février 2008), Gourcuff Gradenigo, 2007, 247 p..
— DILLASSER (Maurice), 2000, "Sculpter la lumière. Le vitrail contemporain en Bretagne", ed. NEO Centre international du Vitrail
—SAMSON-EWALD (Isabelle ), 2019, "Les vitraux de Notre-Dame de Cap Lihou (Granville)" éditions du Signe, 2019.
Mon propos n'est pas de rédiger une notice nobiliaire, et la famille noble de Rosmorduc, dont Logonna est le fief héréditaire qui dès le XIIIe siècle englobait le territoire de la commune actuelle avec d'importantes emprises dans les paroisses voisines, est bien connue. Je m'intéresse plus à décrire, et à faire admirer et comprendre, les objets du patrimoine monumental que les familles de la noblesse. Toutes les données sont déjà connues, je me soucie surtout d'en publier les images commentées.
Rappel :
1.Les terres de Rosmorduc appartiennent à la famille éponyme depuis le 13e siècle (Salomon de Rosmorduc, cité en 1265), le manoir primitif ayant été un édifice fortifié. Un nouvel édifice est construit au milieu du 16e siècle puis transformé au début du 17e siècle après l'alliance avec la famille des Le Gentil. Délaissé au 18e siècle, le manoir est saisi comme bien national à la Révolution, puis transformé en ferme. Il a été racheté par la famille de Rosmorduc.
2. Au XVe siècle la maison noble de Rosmorduc appartenait en 1405 à Guyon. Réformation de 1426 :Olivier Rosmorduc. . Réformation de 1536 : Michel Rosmorduc.
3. Guillaume de Rosmorduc, seigneur du dit lieu, a restauré en 1495 le pignon nord de l'église ou chapelle du Rosaire et y établit l'enfeu familial.
4. L'église de Logonna était un prieuré de l'abbaye de Daoulas. Le chanoine prieur en 1538 était Guillaume de Rosmorduc (succédant à Charles Jégou) jusqu'en 1548, date à laquelle Olivier Le Jeune lui succède.
5. La famille LE GENTIL, seigneurs de Coëtninon et de Pencran, portant d'azur à un serpent volant d'or s'est alliée à la famille de ROSMORDUC par le mariage, en 1608, d' Alain LE GENTIL, écuyer, avec Anne de Rosmorduc portant d'argent aux trois roses de gueules.
Les Rosmorduc, puis les Le Gentil de Rosmorduc, ont fait figurer les armoiries dans l'église, sur l'ossuaire, et sur la chapelle Sainte-Marguerite (vitraux) et la chapelle Saint-Jean.
Ma précédente description des vitraux de la chapelle Sainte-Marguerite de Logonna-Daoulas m'a fait découvrir les armoiries des deux familles des Le Gentil et des Rosmorduc, et du couple Jacques Le Gentil de Rosmorduc et de Mauricette de Ploeuc. Je poursuis mon inventaire à l'église et sur l'ossuaire.
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I. L'ÉGLISE.
Ma visite de l'église Saint-Monna de Logonna me permet de constater que les armes de ces familles sont sculptées à trois reprises dans l'église (sans compter les vitraux généalogiques modernes) :
Enfeu de Rosmorduc dans le bras nord du transept (vers 1495?).
Armes de Rosmorduc en hauteur, à l'angle nord du bras du transept.
Armes de Le Gentil et Rosmorduc sur un banc seigneurial daté de 1608.
L’ensemble de l’église date du 17e et du début du 18e siècle. Un pilier porte la date de 1623. La façade occidentale et sa tour-clocher ont été érigés au 17e siècle en deux campagnes de constructions : la partie basse porte la date de 1618 ; la tour-clocher porte la date de 1667. Des parties antérieures au 17e siècle il ne reste rien, la nef, les bas-côtés, le double transept et le chevet ayant été reconstruits au début du 18e siècle, comme l’indique les nombreuses inscriptions marquées sur les façades. Ces éléments héraldiques ont donc valeur de témoignage.
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Selon Henri Pérennès :
"Les prééminences et droits honorifiques dans l'église de Logonna appartenaient de temps immémorial ab omni aevo et tempore immemorabili, à la maison de Rosmorduc, ainsi que l’atteste un décret de l'Official de Quimper, en date du 11 Juillet 1495. Reconnus par un acte prônal du 2 Mars 1597 et par un procès-verbal du sénéchal de Quimper, du 29 Mars 1668, ces prééminences furent encore confirmées par une sentence du Présidial de Quimper, rendue, le 8 Février 1685, contre le duc de Richelieu, qui, en qualité de seigneur du Faou, avait cru pouvoir disputer au seigneur de Rosmorduc la première place dans le choeur. " La cause et l’origine des prééminences dont est question, est-il dit dans une des pièces de la procédure, vient de la munificence et des libéralités que les prédécesseurs dud. seigneur de Rosmorduc ont faites jadis à lad. esglise parroissialle de Logonna. Ils ont autrefois contribués non seulement à la structure et édiffice, restauration et réparation de lad. esglise, mais encore à la fourniture des ornements nécessaires pour le service divin et à la manutention et entretennement de lad. église, en plusieurs autres mannières. Ce qui est auhenticquement prouvé et explicqué, en termes fort élégans, par les lettres en datte du 11 Juillet 1495, contenant un décret de l'Official et Grand Vicquaire du seigneur Evesque de Quimper ».
Ces prééminences consistaient, pour les seigneurs de Rosmorduc, à avoir leurs armoiries dans les vitres de l’église et au sommet du premier pilier de la chapelle du Rosaire. Ils possédaient également une voûte et tombe « enlevée », avec leurs armes, dans le choeur, du côté de l'Evangile, ainsi que cinq tombes plates, également de ce côté, sur lesquelles était placé leur banc clos à queue et accoudoir. Enfin ils avaient encore une voûte et tombe armoriées dans le sanctuaire de la chapelle du Rosaire, et un caveau sous l’église, derrière le maître-autel. Le choeur, ou chanceau, se trouvait autrefois en avant du maître-autel, et était séparé de la nef par une traverse de bois, reposant au haut de deux piliers et portant en son milieu un grand crucifix. Il était réservé au clergé et au seigneur de Rosmorduc, qui y avait son banc."
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I. L'enfeu aux armes de Rosmorduc (trois roses) et de la famille Le Gentil de Rosmorduc . Extrémité orientale de l'élévation nord.
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Rappel : un enfeu est une niche à fond plat, pratiquée dans un édifice religieux et destinée à recevoir un tombeau ou la représentation d'une scène funéraire (gisant par exemple). Mais en Basse-Bretagne, c'est un monument des bas-côtés, souvent armorié au sommet et au départ de l'accolade, et parfois sur la dalle, mais sans fonction funéraire, les corps des seigneurs étant ensevelis dans le sol de la chapelle ou de l'église, le plus près du chœur et notamment "du côté de l'évangile", au nord du chœur.
Selon Henri Pérennès, "Le pignon nord de l'église, c'est-à-dire la chapelle du Rosaire, où l'on voit un bel enfeu du Moyen Age, aux armes de la maison de Rosmorduc, a été restauré une première fois, en 1495, par Guillaume de Rosmorduc, seigneur du dit lieu. Plus tard, en 1597, cette chapelle fut agrandie par Michel de Rosmorduc, arrière-petit-fils de Guillaume, dont on voit les armes au sommet du premier pilier. "
C'est donc tout le bras nord du transept qui servait de chapelle seigneuriale aux Rosmorduc.
Cet enfeu en pierre de kersanton du bras nord du transept associe trois représentations armoriées :
1. Les armes de Rosmorduc au sommet de l'arcade.
2. Les armes de Rosmorduc au centre d'une croix bourgeonnée, sur la dalle horizontale (cachée par les bancs sur ce cliché)
3. Les armes sous la couronne de comte, dans des palmes nouées, de l'alliance Le Gentil (serpent volant) et Rosmorduc (trois roses)
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Je pense que l'enfeu initial, créé par un seigneur de Rosmorduc (Guillaume, en 1495, par exemple, ou Michel vers 1597), a été complété dans un second temps par le riche blason couronné des Le Gentil de Rosmorduc, forcément après 1608 (mariage d'Alain Le Gentil et d'Anne de Rosmorduc), mais même un peu plus tard à la fin du XVIIe siècle s'il faut justifier la couronne comtale, voire même plus tard encore.
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1°) Le blason de Rosmorduc (Bas-relief, kersanton).
À la jonction des deux arcs moulurés de l'accolade, les trois roses (8 et 6 pétales autour d'un bouton) témoignent des prééminences des Rosmorduc avant leur alliance avec les Le Gentil. Si ces armes étaient peintes, nous blasonnerions ici d'argent à trois roses de gueules boutonnées d'or, les fleurs rouges sur fond blanc ayant un bouton peint en jaune.
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Les armoiries de Rosmorduc, église de Logonna-Daoulas; Photographie lavieb-aile.
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2°) Les armes de Rosmorduc (bas-relief, kersanton) au centre de la croix bourgeonnée.
Sur la dalle
Les armoiries de Le Gentil de Rosmorduc, église de Logonna-Daoulas; Photographie lavieb-aile.
Les armoiries de Rosmorduc, église de Logonna-Daoulas; Photographie lavieb-aile.
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3°) Le blason de Le Gentil de Rosmorduc (bas-relief, kersanton, après 1602) installé sur la façade de l'enfeu.
Cet écartelé associe en 1 et 4 le serpent volant (Le Gentil) et en 2 et 3 les trois roses de Rosmorduc . Les armes de Le Gentil sont d'azur au serpent (alias dragon) volant d'or.
Il est entouré de deux palmes nouées, comme à la chapelle Sainte-Marguerite et sur l'ossuaire.
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Les armoiries de Le Gentil de Rosmorduc, église de Logonna-Daoulas; Photographie lavieb-aile.
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II. En haut à l'angle sud-est du bras nord du transept (ou chapelle des Rosmorduc), les armes des Rosmorduc.
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Les armoiries de Rosmorduc, église de Logonna-Daoulas; Photographie lavieb-aile.
Les armoiries de Rosmorduc, église de Logonna-Daoulas; Photographie lavieb-aile.
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III. Contre le mur ouest du bras nord du transept (ou chapelle des Rosmorduc), le banc seigneurial des Le Gentil de Rosmorduc (1608).
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On remarquera que la date inscrite sur le nbanc est aussi celle du mariage d'Alain Le Gentil et d'Anne de Rosmorduc.
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Le banc (1608) de Le Gentil de Rosmorduc, église de Logonna-Daoulas; Photographie lavieb-aile.
Le banc (1608) de Le Gentil de Rosmorduc, église de Logonna-Daoulas; Photographie lavieb-aile.
Le banc (1608) de Le Gentil de Rosmorduc, église de Logonna-Daoulas. Photographie lavieb-aile.
Le banc (1608) de Le Gentil de Rosmorduc, église de Logonna-Daoulas. Photographie lavieb-aile.
Le banc (1608) de Le Gentil de Rosmorduc, église de Logonna-Daoulas. Photographie lavieb-aile.
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L'OSSUAIRE (après 1608) ADJACENT À L'ÉGLISE, ANGLE SUD-EST DU PLACÎTRE ET DE SON CIMETIÈRE.
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Cet ossuaire de plan rectangulaire a trois fenêtres du coté nord, deux fenêtres et une porte cintrée au sud. Il mesure 7 m. 50 de longueur, 4 m. 50 de largeur, avec une hauteur moyenne de 6 mètres.
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Il différe radicalement des ossuaires des enclos de Basse-Bretagne (La Roche-Maurice, La Martyre, Ploudiry, Pencran, Hanvec 1653, Landivisiau, Saint-Pol-de-Léon, Pleyben, Sizun, Saint-Yvi, Saint-Thégonnec, Guimilaiu, Lampaul-Guimiliau Plougonven, etc, et d'alleurs Jean-Marie Abgrall, si exhaustif, ne le cite pas dans sa monographie :
Rappel sur les ossuaires bretons d'après le chanoine Abgrall :
Les ossuaires bretons sont tantôt appuyés à l'église, tantôt isolés.
Les reliquaires d'attache sont parfois enclavés dans l'église, généralement à l'angle sud-ouest. Ils occupent assez souvent l'un des angles rentrants du porche. Ils sont parfois situés entre deux contreforts ou à la base du clocher.
Les ossuaires formant un monument isolé de l'église sont généralement situés contre le mur de clôture du cimetière, souvent au sud-ouest. Ceux de Saint-Thégonnec, Lampaul-Guimiliau, Sizun, Saint-Germain de Plogastel, sont soudés à l'arc de triomphe.
Ces ossuaires affectent généralement une forme rectangulaire ; ceux de Lampaul-Guimiliau et de Saint-Thégonnec sont terminés par une abside à pans du type de celles conçues par Philippe Beaumanoir. L'ossuaire de Kermoroch (Côtes-d'Armor) est octogonal, c'est le seul de cette forme.
Dans quelques-uns de ces ossuaires une partie était réservée aux ossements, l'autre, éclairée par une grande fenêtre percée dans l'un des pignons, servait de chapelle pour les cérémonies funèbres.
Les ossuaires de l'un et l'autre type comportent généralement un ou deux bénitiers, rarement plus , cependant quelques-uns en sont dépourvus. Ces bénitiers servaient à asperger d'eau bénite les ossements pieusement recueillis ou le cercueil qui y était exposé.
L'ossuaire de l'église de Logonna-Daoulas diffère notamment de ces ossuaires par deux aspects : d'une part l'abondance des armoiries, qui le désignerait plutôt comme une chapelle funéraire seigneuriale, et d'autre part par l'absence des éléments caractéristiques des ossuaires : bénitiers (nécessaires au geste d'aspersion des ossements), larges baies non vitrées d'exposition de ces ossements, crossettes emblématiques, inscriptions à type de Memento mori, et ornements sculptés macabres (crânes et fémurs entrecroisés) ou bien présence de l'Ankou armé de sa flèche.
J'ignore s'il existe des données d'archives attestant de l'usage de cet édifice comme ossuaire paroissial. Je reprends la dénomination consacrée par l'usage.
L'intérêt de ce monument est principalement héraldique, car il est orné dix fois des armes en bas-relief d'Anne de Rosmorduc et d'Alain Le Gentil, et de leurs familles maternelles. L'"ossuaire" peut donc être daté malgré l'absence de chronogrammes, de l'année 1608, ou être postérieure de cette date de quelques années.
Inventaire :
Sur la façade orientale (nord-est exactement) : trois baies rectangulaires aux linteaux sculptés d'accolade. Aucune armoirie.
Pignon sud : un oculus. En hauteur, armes des Le Gentil (dragon ailé), kersanton.
Façade occidentale : une porte haute. Deux portes murées de chaque côté. Linteau armorié en pierre de Logonna avec les armes mi-parti Le Gentil/Rosmorduc, entourées de l'aigle bicéphale de Jeanne de Kerleuguy mère d'Alain Le Gentil, et du cerf d'Isabeau Le Jeune mère d'Anne.
Pignon nord : porte rectangulaire haute ornée d'une clef armoriée (deux animaux se faisant face ?). Au dessus, armes des Le Gentil (dragon ailé), kersanton.
Clocheton (en pierre de Logonna) : chaque face porte alternativement les armes aux trois roses de Rosmorduc , et le dragon ailé de Le Gentil .
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Ossuaire de Logonna, schéma de localisation des armoiries (n'est pas à l'échelle).
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Sur la façade orientale (nord-est exactement) : trois baies rectangulaires aux linteaux sculptés d'accolade. Aucune armoirie.
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L'ossuaire (vers 1608) de Logonna-Daoulas. Photographie lavieb-aile.
L'ossuaire (vers 1608) de Logonna-Daoulas. Photographie lavieb-aile.
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Le pignon sud : un oculus. Au dessus, armes des Le Gentil (dragon ailé), kersanton.
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L'ossuaire (vers 1608) de Logonna-Daoulas. Photographie lavieb-aile.
L'ossuaire (vers 1608) de Logonna-Daoulas. Photographie lavieb-aile.
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La façade occidentale : une porte haute. Deux portes murées de chaque côté. Linteau armorié en pierre de Logonna avec les armes mi-parti Le Gentil/Rosmorduc, entourées de l'aigle bicéphale de Jeanne de Kerleuguy mère d'Alain Le Gentil, et du cerf d'Isabeau Le Jeune mère d'Anne.
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L'ossuaire (vers 1608) de Logonna-Daoulas. Photographie lavieb-aile.
L'ossuaire (vers 1608) de Logonna-Daoulas. Photographie lavieb-aile.
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Les armes mi-parti d'Alain Le Gentil et d'Anne de Rosmorduc, mariés en 1608.
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La famille LE GENTIL, seigneurs de Coëtninon et de Pencran, portant d'azur à un serpent volant d'or s'est alliée à la famille de ROSMORDUC par le mariage, en 1608, d' Alain LE GENTIL, écuyer, avec Anne de Rosmorduc portant d'argent aux trois roses de gueules.
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L'ossuaire (vers 1608) de Logonna-Daoulas. Photographie lavieb-aile.
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L'aigle bicéphale de Jeanne de Kerleuguy mère d'Alain Le Gentil.
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Placées à gauche, les armes de la mère d'Allain le Gentil, Jeanne de Kerleuguy ou Kerleugny, d'argent à l'aigle de sable. Ici l'aigle est bicéphale, comme dans l'armorial de Charles d'Hozier, et sur les vitraux de la chapelle Sainte-Marguerite.
L'ossuaire (vers 1608) de Logonna-Daoulas. Photographie lavieb-aile.
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Le cerf d'Isabeau Le Jeune mère d'Anne de Rosmorduc.
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Les armes de la mère d'Anne de Rosmorduc, Isabeau Le Jeune, de la maison de Kergongant, en Landéda, sont de sable au cerf d'argent.
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En somme, nous retrouvons sur ce linteau l'équivalent de la partie supérieure du pennon de la chapelle Sainte-Marguerite :
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Vitrail de la chapelle Sainte-Marguerite en Logonna-Daoulas. Photo lavieb-aile 2024.
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L'ossuaire (vers 1608) de Logonna-Daoulas. Photographie lavieb-aile.
L'ossuaire (vers 1608) de Logonna-Daoulas. Photographie lavieb-aile.
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Le pignon nord : porte rectangulaire haute ornée d'une clef trapézoïdale armoriée (deux animaux se faisant face ?). Au dessus, armes des Le Gentil (dragon ailé), kersanton.
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L'ossuaire (vers 1608) de Logonna-Daoulas. Photographie lavieb-aile.
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Cartouche dont je n'ai pas su déchiffrer les armes.
L'ossuaire (vers 1608) de Logonna-Daoulas. Photographie lavieb-aile.
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Blason couronné au dragon ailé des Le Gentil, entre deux palmes nouées.
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L'ossuaire (vers 1608) de Logonna-Daoulas. Photographie lavieb-aile.
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Le clocheton au dessus du pignon ouest : chaque face porte alternativement, dans un cartouche trapézoïdal à ailettes, les armes aux trois roses de Rosmorduc , et le dragon ailé de Le Gentil (en pierre de Logonna).
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L'ossuaire (vers 1608) de Logonna-Daoulas. Photographie lavieb-aile.
L'ossuaire (vers 1608) de Logonna-Daoulas. Photographie lavieb-aile.
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Les trois roses des Rosmorduc.
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L'ossuaire (vers 1608) de Logonna-Daoulas. Photographie lavieb-aile.
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Le dragon ailé des Le Gentil.
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L'ossuaire (vers 1608) de Logonna-Daoulas. Photographie lavieb-aile.
L'ossuaire (vers 1608) de Logonna-Daoulas. Photographie lavieb-aile.
L'ossuaire (vers 1608) de Logonna-Daoulas. Photographie lavieb-aile.
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III. Les deux piliers du portail du bâtiment adjacent à l'ossuaire les armoiries mi-parti Le Gentil/Rosmorduc.
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Pilier aux armes de Le Gentil de Rosmorduc. Photographie lavieb-aile.
Pilier aux armes de Le Gentil de Rosmorduc. Photographie lavieb-aile.
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SOURCES ET LIENS.
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—BLANCHARD (Romain), L'HARIDON (Erwana) 2016 & 2017, Inventaire topographique du patrimoine IA29010125 et IA29131975
— LE SEAC'H (Emmanuelle), 2014, Sculpteurs sur pierre en Basse-Bretagne, les ateliers du XVe au XVIIe siècle, 1 vol. (407 p.) - 1 disque optique numérique (CD-ROM) : ill. en coul. ; 29 cm ; coul. ; 12 cm; Note : Index. - Notes bibliogr., bibliogr. p. 373-395. Rennes : Presses universitaires de Rennes , 2014. Éditeur scientifique : Jean-Yves Éveillard, Dominique Le Page, François Roudaut
—MAUGUIN (Michel), 2012, L'église de Logonna Daoulas. Les écussons des vitraux Une généalogie de neuf générations, de 1608 à 1890 de la maison Le Gentil de Rosmorduc. comm. pers..
— PÉRENNÈS (Henri), 1928, Notice sur Logonna-Daoulas, Bull. diocésain d'histoire et d'archéologie du diocèse de Quimper. BDHA Quimper
—TUDCHENTIL Le Gentil de Rosmorduc, Georges, La noblesse de Bretagne devant la Chambre de la Réformation 1668-1671, 4, 1896, p. 207-218, transcription sur www.Tudchentil
Le nom de la localité est attesté sous les formes locus Monnae faisant partie d' Irvillac en 1218 (*), Locmonna en 1513, Logonna en 1535, Locgonna en 1536. Du breton lok qui signifie ermitage et de sant Monna, alias saint Nonna . Saint Monna est aussi le patron de la paroisse de Logonna-Quimerc'h.
(*)"La même année 1218, Guillaume, évêque de Quimper. confirmait la donation des annates des prébendes canoniales au profit des chanoines de Daoulas, et concédait à l'abbaye du consentement du chapitre les églises de loco sanctæ Brigida Loperchet, Sanctæ Nonnita (Dirinon), sancti Baharni, saint Baharn, patron de l'église de Trévarn. ancienne trève de Dirinon; sancti Monnæ, d'Irvillac; saint Monna qui fut avant saint Pierre le patron de cette paroisse, et est encore le patron de Logonna, indùment appelé Nonna, car tous les anciens titres jusqu'au 17° siècle traduisent en latin Logonna par locus monnæ, et il n'est pas rare de rencontrer des pièces en français appelant saint Monna le patron de cette paroisse." (SAF 1895)
Logonna est au Moyen-Âge (1237) un prieuré-cure, "Lougonna" de l'abbaye de Daoulas, possédé par un chanoine avec un bénéfice évalué à la fin du XVIIe siècle à 600 livres. La liste des prieurs est la suivante :
" Jean Lochan, prieur 1405.Frère Salomon Sourt ou Bouzard. pourvu 1422 ÷ 1477. Frère Jean Tartoux, pourvu 1477. Frère Riou du Guermeur, pourvu 1480. Frère Christophe Kersulguen, pourvu 1495. Charles Jégou, abbé et prieur de Logonna, avant 1535. Guillaume Rosmorduc, chanoine prieur de Logonna, 1538. Frère Olivier Le Jeune, pourvu 1548 Frère Guillaume Rosmorduc, prieur résigne 1549. Olivier Le Jeune, prieur 1553-1555. Frère Mathieu Morvan, résigne 1563 à frère Alain Maucazre 1563. Frère Alain Maucazre pourvu sur résignation en 1571. Frère Yves Maucazre, pourvu 1583. François Autret, 1601-1605. Frère Guillaume Kerouartz, pourvu 1605-1615. Frère François Boloré, pourvu 1622. 1626-1630. Tanguy Jouhan, prieur. Urbain de Kerouartz, prieur de Logonna et d'Hanvec, 1664. résigne 1671. Vincent de Kerouartz vicaire à Logonna, 1661. 1733.Guillaume Clevede (*). 1733, octobre. Nommé Pierre Le Gentil, de Quélern, licencié. 1744. Sur résignation. Michel Dumoulins, religieux profes., nommé 1758. 1758. Jean Raguénés, novice, nommé" (SAF 1895)
(*) inscription lapidaire sur le chevet de l'église avec les dates de 1710 et 1715.
Logonna était le chef-lieu du fief héréditaire de la famille de Rosmorduc (Salomon de Rosmorduc, qui vivait en 1250, est le plus ancien membre connu de cette famille) qui dès le XIIIe siècle englobait le territoire de la commune actuelle avec d'importantes emprises dans les paroisses voisines.
Logonna possédait au XVe siècle au moins deux maisons nobles : celle de Rosmorduc (qui appartenait en 1405, à Guyon, seigneur de Rosmorduc) et le manoir du Bretin, qui appartenait au sieur de Roserf. (Wikipédia)
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1°) SAINT ÉVÊQUE : SAINT NONNA ? Kersanton polychrome. XVIe siècle.
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Il existe en Finistère un grand nombre de statues de ces saints évêques du XVIe siècle, sans attributs particuliers permettant de les identifier mais dans lesquels chaque paroisse, voire chaque chapelle, voit le portrait du saint fondateur, très souvent un de ces moines venus évangéliser l'Armorique au VIe siècle et qui établit son ermitage près d'une source.
C'est le cas de saint Nonna (ou ou saint Monna à Logonna, ou saint Onna ou saint Vougay ou saint Vio , disciple de saint Dewi, qui aurait été au vie siècle évêque d'Armagh en Irlande avant de traverser la Manche sur un vaisseau de pierre pour s'installer d'abord dans l'île Saint-Nonna en Penmarc'h, avant de terminer sa vie dans le Léon à Saint-Vougay [sant Nouga] où il décède vers 585.
Une inscription était peut-être lisible sur le socle, permettant à H. Pérennès de décrire : "Près de l'autel , une vieille statue en pierre de saint Monna , représenté en évêque , et dont la main droite est levée pour bénir."
Le saint porte une mitre rouge à ornements dorés rehaussés de pierreries et de perles en rosette, et de deux losanges. Il tient sa crosse par l'intermédiaire d'un linge ou sudarium blanc. Le crosseron est centré par un quatrefeuille. On retrouve ce décor, associé à des barrettes et des losanges, sur la bande de la chasuble rouge et or, frangée au bord inférieur. Le surplis blanc à galon d'or laisse apparaître l'extrémité d'une chaussure à bout rond, aux couches de couleur noire et rouge.
Il lève la main droite pour la bénédiction épiscopale : cette main gantée (on voit le gland d'or au poignet) porte deux anneaux d'or, l'un à l'index et l'autre au majeur.
La vue de profil révèle, sous la chasuble, une tunique courte fendue latéralement , pouvant correspondre à une dalmatique ; ses bords sont perlés.
L'autre vue de profil, côté gauche, montre un manipule à l'avant-bras.
Cette statue, de même que les autres statues de pierre de l'église, n'est pas décrite par Emmanuelle Le Seac'h dans l'ouvrage de référence Sculpteurs sur pierre en Basse-Bretagne ; René Couffon parle de "statues anciennes". On peut comparer cette statue à celle de Saint-Thuriau au porche sud de Landivisiau (Prigent, 1554-1564), de saint Eloi à Plabennec (Prigent), de saint Pol-Aurélien à La Martyre (Maître de Plougastel, 1619), de saint Maudez de l'église de Plogonnec.
On prendra donc mes datations "XVIe siècle" pour ce qu'elle valent.
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Saint Monna (kersanton polychrome), église Saint-Momma de Logonna-Daoulas. Photographie lavieb-aile 2024.
Saint Monna (kersanton polychrome), église Saint-Momma de Logonna-Daoulas. Photographie lavieb-aile 2024.
Saint Monna (kersanton polychrome), église Saint-Momma de Logonna-Daoulas. Photographie lavieb-aile 2024.
Saint Monna (kersanton polychrome), église Saint-Momma de Logonna-Daoulas. Photographie lavieb-aile 2024.
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2°) SAINT ÉVÊQUE : SAINT UGEN selon inscription. Kersanton polychrome. XVIe siècle.
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Ce saint est également représenté en évêque, mitré, tenant sa crosse (brisée) et bénissant, portant ses gants épiscopaux, ses bagues et anneaux, mais il est vêtu d'une chape rouge/bleue fermée devant la poitrine par un large entrelacs à boules, et orné sur ses orfrois (bandes latérales) de successions de roses ou quintefeuilles et de deux-points. Cette chape recouvre un surplis court et une cotte plissée d'où dépassent deux solides chaussures noires.
L'inscription sur le socle indique J: FALAFAS suivie d'une ancre de marine. Le patronyme FALAFAS n'est pas attesté (sauf une mention au XVIIIe siècle dans l'Aude sur la base Geneanet). Les généalogistes pourraient rechercher des patronymes locaux s'en rapprochant.
Quand au saint, il pourrait s'agir, si on suit l'inscription, de saint Tugen, dont la graphie Ugen est attestée, mais son attribut, la clef, est absent.
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Saint évêque (kersanton polychrome), église Saint-Momma de Logonna-Daoulas. Photographie lavieb-aile 2024.
Saint évêque (kersanton polychrome), église Saint-Momma de Logonna-Daoulas. Photographie lavieb-aile 2024.
Saint évêque (kersanton polychrome), église Saint-Momma de Logonna-Daoulas. Photographie lavieb-aile 2024.
Saint évêque (kersanton polychrome), église Saint-Momma de Logonna-Daoulas. Photographie lavieb-aile 2024.
Saint évêque (kersanton polychrome), église Saint-Momma de Logonna-Daoulas. Photographie lavieb-aile 2024.
Saint évêque (kersanton polychrome), église Saint-Momma de Logonna-Daoulas. Photographie lavieb-aile 2024.
Saint évêque (kersanton polychrome), église Saint-Momma de Logonna-Daoulas. Photographie lavieb-aile 2024.
Saint évêque (kersanton polychrome), église Saint-Momma de Logonna-Daoulas. Photographie lavieb-aile 2024.
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3°) SAINT YVES. Kersanton, traces de polychromie, XVIe siècle. Livre de ceinture et geste d'argumentation judiciaire.
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Cette statue est décrite par René Couffon comme un "saint moine tenant un livre dans un sac", mais nous pouvons identifier ici saint Yves, non seulement à sa tenue (camail, cotte talaire et surcot), malgré une ceinture de cordelier grossièrement repeinte, mais surtout à son livre de droit porté dans un sac de transport dont l'étoffe serré dans le poing est bloqué par une boule, et plus encore par le geste de la pulpe de l'index droit posé sur la pulpe du pouce gauche pour énumérer ses arguments juridiques (saint Yves était official de Tréguier) : ce sont là des caractéristiques qui sont presque des attributs du saint "avocat des pauvres" dans la statuaire bretonne :
Saint Yves était vénéré à Logonna-Daoulas comme ailleurs en Bretagne, et sa statue se retrouve dans la chapelle Sainte-Marguerite (revêtu de la même tenue mais coiffé de la barrette de docteur, avec son livre de ceinture au poignet droit), et ici même (cf. infra), toujours avec son livre de ceinture.
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Saint Yves (kersanton, traces de polychromie), église Saint-Momma de Logonna-Daoulas. Photographie lavieb-aile 2024.
Saint Yves (kersanton, traces de polychromie), église Saint-Momma de Logonna-Daoulas. Photographie lavieb-aile 2024.
Saint Yves (kersanton, traces de polychromie), église Saint-Momma de Logonna-Daoulas. Photographie lavieb-aile 2024.
Saint Yves (kersanton, traces de polychromie), église Saint-Momma de Logonna-Daoulas. Photographie lavieb-aile 2024.
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4°) VIERGE DE PITIÉ. Kersanton polychrome. XVIe siècle.
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Les représentations sculptées de la Vierge de Pitié, tenant le corps de son Fils déposé de la croix, soit seule (Pietà), soit entourée de plusieurs personnages (Déplorations), apparaissent au XVe siècle (Pietà du calvaire de Tronoën, de Plozévet, de Quintin, chapelle N.D. des Portes ; Déplorations de La Chapelle-des-Fougeretz au nord de Rennes, du Musée départemental breton de Quimper etc.) et témoignent de l'importance, dans le duché de Bretagne, du culte centré sur les plaies du Christ crucifié et le sang versé, d'une part, et su les larmes ou le chagrin suscités chez le chrétien par cette mort, d'autre part.
Ce culte s'amplifie encore au XVIe siècle avec la multiplication des calvaires, où les pietà ou déplorations sont rarement absentes, et des verrières de la Crucifixion avec leur scènes de la Pâmoison ou de la Déploration. Les Vierges de Pitié sont encore fréquentes au XVIIe siècle sous le ciseau de Roland Doré.
La posture de Marie, figée par son chagrin, et celle du Christ reposant sur les genoux de sa mère, sont les plus courantes, mais ces Pietà se distinguent notamment par les positions des bras et des jambes du Christ : la formule choisie ici associe la position verticale du bras droit, montrant en évidence la plaie de la paume, tandis que le bras gauche est allongé horizontalement , et que les jambes sont fléchies mais non croisées. La plaie du flanc droit est bien exposée, et son saignement est souligné par le peintre, qui en montre l'écoulement jusqu'à la cuisse. Le saignement de la tête sous l'effet de la couronne d'épines est également bien visible.
La tête aux yeux clos est paisible, les cheveux tombent en mèches peignées, la barbe est courte.
La Vierge assise soutient de la main droite la tête de son Fils et prend tendrement sa main gauche. En réponse aux écoulements de sang, ses larmes sont présentes, mais elles ne sont pas sculptées, mais peintes. Dans l'encadrement d'un voile "coqué" (à plis raides formant des angles), le visage montre un front et des sourcils épilés, des yeux en amandes longues et étroites dont les paupières ne sont marquées que par le peintre, un nez triangulaire, des lèvres fines et raides.
Le vêtement est original : on voit peu cette robe ajustée prés du corps, moulant la poitrine et les bras, au col mandarin remontant, et surtout à l'ouverture médiane en fente étroite. La chemise remonte également en encolure ronde.
Le long voile vient servir de drap sous le corps du Christ. Ce détail se retrouve, dans un autre style, dans les déplorations du Maître de Laz (vers 1563).
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Vierge de Pitié (kersanton polychrome), église Saint-Momma de Logonna-Daoulas. Photographie lavieb-aile 2024.
Vierge de Pitié (kersanton polychrome), église Saint-Momma de Logonna-Daoulas. Photographie lavieb-aile 2024.
Vierge de Pitié (kersanton polychrome), église Saint-Momma de Logonna-Daoulas. Photographie lavieb-aile 2024.
Vierge de Pitié (kersanton polychrome), église Saint-Momma de Logonna-Daoulas. Photographie lavieb-aile 2024.
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5°) SAINT ISIDORE. Bois polychrome. Atelier du sculpteur Antoine Chavagnac,, 4e quart 17e siècle.
Patron des paysans, il est représenté dans son costume du dimanche sur cette statue du XVIIe siècle. La datation de cette oeuvre est importante, puisqu'elle apporte un document iconographique sur le costume régional d'une classe sociale, et je trouve sur la fiche de Protection PM 29000524 des Monuments historiques consacrée aux 4 statues de saint Isidore, la Vierge à l'Enfant, saint Monna, saint Yves, que celles-ci sont attribuées à l'atelier d'Anthoine et datent du dernier quart du XVIIe siècle, soit 1675-1699. Il s'agirait de cet Anthoine qui a signé le Sépulcre de Lampaul-Guimiliau (Anthoine fecit) en 1676, et qui a réalisé quatre statues à L'Hopital-Camfrout (Christ, Vierge, saint Jean, saint Yves).
Si on lit René-Yves Creston, (Le Costume breton, écrit entre 1953 et 1958, ed Tchou 1978, p. 30), on apprend que nous ne disposons pas de documents matériels sur les costumes bretons avant la Révolution en dehors des sculptures sur bois des sablières, d'ornementation de meubles, qui ne nous montrent "que des costumes d'origine française et plus particulièrement de l'époque Louis XIII", et que c'est sous cette forme qu'apparurent à la fin du XVIIIe les costumes masculins des paysans bretons, sans existence de modes locales ou régionales, le phénomène de fragmentation des modes n'apparaissant qu'après la Révolution.
Philippe Le Stum, dans son introduction de l'ouvrage de Yann Guesdon (Costumes de Bretagne, ed. Palantines, 2009) conteste cette notion en écrivant page 12 : "On a longtemps supposé que la diversification locale des costumes ne datait que de l'extrême fin du XVIIIe siècle "...mais "le dépouillement et l'analyse des sources d'Ancien-Régime, effectués principalement par Marie-Thérèse Sclippa dans une thèse soutenue à Brest en 1982 dément cette croyance en une rupture post-révolutionnaire"..."faisant remonter la multiplication de formes locales du vêtement populaire breton au moins au début du XVIIIe siècle, et très vraisemblablement avant cette date".
Plus loin, cet auteur cite le travail mené par Marie-Dominique Menant, chercheur à l'Inventaire régional de Bretagne, pour classer et analyser les représentations des saints Fiacre et Isidore, tous deux protecteurs de l'agriculture et représentés dans le costume paysan contemporain du sculpteur.
Comment est habillé ce fermier qui vient, faucille en main, offrir une gerbe de blé?
En partant du bas (la statue est placée en hauteur...d'où ma photo en contre-plongée) on remarque les chaussures à boucles d'argent, les guêtres qui semblent de cuir mais qui étaient le plus souvent de toile, boutonnée sur le coté, qui ne couvrent pas les chaussures ; la culotte bouffante de drap blanc semblable aux bragou braz ; le gilet de drap bleu fermé sur le coté droit par une douzaine de boutons ronds en métal ; la ceinture de flanelle, rouge, comparable au turban mais portée ici très haut.
La veste est longue (comme dans l'habit à la française), dotée de larges poches au rabat fermé par deux boutons arrondis dorés, de manches à revers. Elle reste ouverte malgré le double alignement de boutons (boutons convexes comme nos boutons de blazer). Le col est relevé dans le cou autour du col de chemise blanche, laquelle épanouit sa corolle après avoir été sévèrement fermée par un joli petit bouton d'or:
On remarque le collier de grosses perles dorées auquel est suspendu une croix.
En résumé, ce costume fin XVII n'est pas très éloigné, pour un néophyte, de celui que porteront deux ou trois cent ans plus tard les paysans de Logonna.
Logonna-Daloulas est placé par R.Y. Creston dans la guise de la presqu'île de Plougastel (p. 138) : le costume masculin y est décrit avec un seul gilet et une veste à manche, entièrement bleues.
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Saint Isidore, statue en bois (Atelier Antoine Chavagnac), église Saint-Momma de Logonna-Daoulas. Photographie lavieb-aile 2024.
Saint Isidore, statue en bois (Atelier Antoine Chavagnac), église Saint-Momma de Logonna-Daoulas. Photographie lavieb-aile 2024.
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6°) SAINT YVES. Bois polychrome. Atelier du sculpteur Antoine Chavagnac, 4e quart 17e siècle.
Le saint est présenté, dans le faste propre au XVII/XVIIIe, dans une posture d'éloquence rappellant celle des grands prédicateurs de la Cour. Il porte le costume du clergé de l'époque, avec barrette à quatre cornes, camail noir à boutons ronds, surplis blanc sur une cotte ou soutane noire, et longue étole. Il désigne de l'index droit le texte de sa plaidoirie, en rouleau dans la main gauche.
Une confrérie de saint Yves est attestée par les comptes de la paroisse, conservés pour la période de 1764 à 1790 dans les archives départementales.
Antoine Chavagnac, qui signe "Anthoine fecit" la Mise au tombeau de Lampaul-Guimiliau de 1676, était sculpteur de la Marine de Brest au XVIIe siècle. Originaire de Clermont-Ferrand, maître sculpteur du Roi, il réalisa les figures de proue des vaisseaux de Louis XIV comme celles de "l’Admirable" et du "Souverain".
On lui doit aussi le saint Yves et le Christ en croix de l'Hôpital-Camfrout, et, de son atelier , plusieurs statues à Lanildut et Tréglonou. Et sans doute le Christ en croix de la chapelle Sainte-Marguerite de Logonna, très proche de celui de l'Hôpital-Camfrout.
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Saint Yves, statue en bois (Atelier Antoine Chavagnac), église Saint-Momma de Logonna-Daoulas. Photographie lavieb-aile 2024.
Saint Yves, statue en bois (Atelier Antoine Chavagnac), église Saint-Momma de Logonna-Daoulas. Photographie lavieb-aile 2024.
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Il resterait à décrire :
les deux autres statues du sculpteur Anthoine : saint Monna en évêque, saint évêque portant sur le socle une inscription.
Le christ en croix provenant de la poutre de gloire de l'ancien chancel.
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Je place ici la description du retable en kersanton polychrome des Cinq Plaies, présenté dans l'enfeu nord. XVIe siècle.
Ce retable ou panneau globalement rectangulaire (objet classé mh) de 60 cm de haut, 43 cm de large et 10 cm de profondeur est consacré à un motif aussi courant que celui de la Vierge de Pitié et relevant du même culte du sang versé par le Christ lors de la Passion, dont la contemplation doit provoquer chez le fidèle un élan de compassion (com-passion, souffrir avec) et de reconnaissance.
Il est répandu dans toute la Bretagne, et ailleurs, et je m'étonne qu'on le considère ici, par un singulier contresens, comme le blason des carriers, à cause des plaies des mains. Et je m'étonne que ce contre sens soit repris par la base Palissy PA00090100 (qui y ajoute une autre erreur en le localisant à Logonna-Quimerc'h).
Il représente les cinq plaies (celles des deux mains, des deux pieds et du flanc droit, remplacé par un cœur pour faciliter la compréhension), mais aussi les instruments de la Passion : la croix (tenue par un ange), la couronne d'épines, la lance et les clous.
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Panneau des cinq plaies, kersanton, église Saint-Momma de Logonna-Daoulas. Photographie lavieb-aile 2024.
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Un panneau sculpté presque identique a été déposé au pied de la croix de Ruliver ; mais il n'a pas conservé sa polychromie. La couronne d'épines entoure les cinq plaies, les clous et la lance sont absents, et la croix est d'une facture plus rectiligne sans doute plus récente.
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Croix de Ruliver, Logonna-Daoulas. Photographie lavieb-aile 2024.
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SOURCES ET LIENS.
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—BEAULIEU (Michèle), 1956, De quelques sculptures finistériennes de la fin du XVIIe siecle [compte-rendu] Bulletin Monumental Année 1956 114-3 pp. 225-226
—COUFFON (René), 1952, La sculpture au port de Brest aux XVIIe et XVIIIe siècle. Son influence sur l'art breton. Mémoires de la Société d'émulation des Côtes-du-Nord
—COUFFON (René), 1955, De quelques sculptures finistériennes de la fin du XVIIè siècle Saint-Brieuc Presses bretonnes .
—COUFFON (René), 1955, Les sculptures de la Marine de Brest, Anthoine, ses disciples et ses imitateurs. 8 planches. Mémoires de la Société d'émulation des Côtes-du-Nord p. 78-95.
—LAURENCEAU (Elise), Le château de Rosmorduc, inventaire topographique
—LE DEUNF (Roger), 2011, Les pietà de Basse-Bretagne, editions LN
— LE SEAC'H (Emmanuelle), 2014, Sculpteurs sur pierre en Basse-Bretagne, les ateliers du XVe au XVIIe siècle, 1 vol. (407 p.) - 1 disque optique numérique (CD-ROM) : ill. en coul. ; 29 cm ; coul. ; 12 cm; Note : Index. - Notes bibliogr., bibliogr. p. 373-395. Rennes : Presses universitaires de Rennes , 2014. Éditeur scientifique : Jean-Yves Éveillard, Dominique Le Page, François Roudaut
—MAUGUIN (Michel), 2012, Les écussons de la chapelle Sainte Marguerite de Logonna-Daoulas, comm. pers..
—MAUGUIN (Michel), 2012, L'église de Logonna Daoulas. Les écussons des vitraux Une généalogie de neuf générations, de 1608 à 1890 de la maison Le Gentil de Rosmorduc. comm. pers..
— PÉRENNÈS (Henri, 1928, Notice sur Logonna-Daoulas, Bull. diocésain d'histoire et d'archéologie du diocèse de Quimper.
:
1) Une étude détaillée des monuments et œuvres artistiques et culturels, en Bretagne particulièrement, par le biais de mes photographies. Je privilégie les vitraux et la statuaire. 2) Une étude des noms de papillons et libellules (Zoonymie) observés en Bretagne.
"Il faudrait voir sur chaque objet que tout détail est aventure" ( Guillevic, Terrraqué). "Les vraies richesses, plus elles sont grandes, plus on a de joie à les donner." (Giono ) "Délaisse les grandes routes, prends les sentiers !" (Pythagore)