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14 janvier 2016 4 14 /01 /janvier /2016 09:20

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Ce cercueil contenait, lorsqu'il fut acquis, sans-doute au Caire, en 1842 par le Comte de Saint-Ferriol, propriétaire du château d'Uriage et fondateurs des thermes d'Uriage, la momie MG 1994 d'un notable thébain de la Période Intermédiaire, Djemoutefânkh, avec son linceul et ses bandelettes dans son cartonnage  MG 1998. Pourtant, il s'agissait d'un montage composite dû à un ingénieux marchand d'antiquité, car ce cercueil en bois (Sycomore ??) est  plus récent, datant de la période saïto-perse.

Le propriétaire du cercueil partage d'ailleurs son nom avec le roi fondateur  de la XXVIe dynastie égyptienne, Psammétique Ier (-663/-609), dynastie qui  couvre la période de -664 à -525 dite période saïte, du nom de la ville de Saïs dont est originaire la dynastie. Lors de la  « renaissance saïte » les artisans et artistes  vont imiter l'art du Moyen Empire et même de l'Ancien Empire. A partir du roi Psammétique II (-595 à – 589), le déplacement du centre du pouvoir de Saïs à Memphis fait du classicisme memphite de l’Ancien Empire le modèle artistique plus que jamais imité pour affirmer la grandeur retrouvée.  Or, ce cercueil vient, selon Jean Yoyotte, de Memphis. 

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Nous sommes ici devant une pièce exceptionnelle, qui a suscité l'admiration des égyptologues qui l'ont décrits : l'abbé Tresson en 1933, et Jean Yoyotte en 1979. 

"Ce cercueil est d'une exécution particulièrement soignée. Les formes des figures, des hiéroglyphes, sont souples et fines ; les couleurs sont appliquées avec soin, elles ont conservées tout leur éclat. Les détails intérieurs des signes sont d'une grande délicatesse. Chaque figure, chaque signe est un chef-d'œuvre de réalisme précieux." (Kheny et Yoyotte 1979, p.109).

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Ici, un extrait d'une inscription affirmant "Je suis ta protection".

Le signe V16 de la corde avec boucles servant d'entrave pour le bétail. Il peut signifier comme ici, le nom sA,   "protection".

Le signe V31 du panier de vannerie avec poignée traduisant phonétiquement la lettre -k. On admirera le soin avec lequel le damier du tissage est tracé.

Le hiéroglyphe de la chouette G17, correspondant au son "m". Le plumage du ventre est rendu par des lignes fauves en zig-zag, alors que les ailes sont mouchetées en dix lignes concentriques. L'intérieur des ailes est orné de mouchetures plus fines. La face est traitée à la perfection.

Le superbe  hiéroglyphe du lièvre dans le désert (sekhat) E34 est le bilitère phonétique Wn (oun). Placé au dessus du signe de l'eau N35 (n), avec la fonction d'idéogramme, il forme le verbe "être" . Les oreilles du lièvre ont une pointe noire, et des bords crénelés . J'ai compté 36 coups de pinceau pour tracer chaque oreille !  Comparer avec celui-ci, du temple d'Edfou.

Osiris, appelé aussi Ounen-nefer l'être parfait, était aussi appelé Sekhât "le Lièvre Parfait". En effet après avoir été tué par son frère (coupé en morceaux) il a été ressuscité par sa sœur (qui a réuni les morceaux). Il a donc vaincu la mort, est devenu parfait.

L'animal représenté est  Lièvre du Cap Lepus capensis, reparti dans une grande partie de l'Afrique et du Moyen Orient, y compris en Sardaigne 

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Cercueil de Psamétique, Collections égyptiennes du Musée de Grenoble, photographie lavieb-aile.

Cercueil de Psamétique, Collections égyptiennes du Musée de Grenoble, photographie lavieb-aile.

Autre exemple de hiéroglyphes.

 

Cercueil de Psamétique, Collections égyptiennes du Musée de Grenoble, photographie lavieb-aile.

Cercueil de Psamétique, Collections égyptiennes du Musée de Grenoble, photographie lavieb-aile.

PRÉSENTATION GÉNÉRALE.

— Inv.: MG 1996 Cercueil anthropoïde de Psamétik fils de Sbarekhy VIe siècle av. J.-C.

Tenons et mortaises métalliques fixés sur les bords du couvercle Bois stuqué et peint 188 x 54 x 46 cm. Rapporté d'Egypte en 1842 par Louis de Saint-Ferriol. Don de Gabriel de Saint-Ferriol, fils du comte Louis de Saint-Ferriol, en 1916

 

Dans la tombe, "demeure d'éternité", le sarcophage reçoit et protège le corps momifié. Le cercueil demeure le reflet de la condition sociale : d'or et d'argent pour le roi, de bois pour les gens fortunés et les fonctionnaires.
C'est à cette dernière catégorie qu'appartient celui de Psamétik. Le cercueil prend ici l'apparence d'un mort ceint de bandelettes, à l'image d'Osiris, premier roi momifié. Psamétik est coiffé d'une lourde perruque ; le visage peint en vert, couleur d'Osiris, porte également la barbe recourbée du dieu.
Le collier rouge, bleu et or couvre une partie du gorgerin de perles multicolores. Sur le ventre, tenant la plume de Maat dans chaque main, la déesse céleste couronnée du disque solaire étend ses ailes. De chaque coté se distinguent les déesses sœurs, Isis et Nephtys présentes lors de la momification d'Osiris. Les jambes sont couvertes de colonnes de hiéroglyphes, textes protégeant le mort. De part et d'autre, les quatre fils d'Horus dans leur gaine de momie : Douamoutef (tête de chacal), Kébensénouf (tête de faucon), Hapi (tête de babouin) ainsi qu'Amset (tête d'homme) veillent à la conservation des viscères du défunt. Au registre inférieur, le dieu Anubis, couché sur son naos protège la tombe.
La fraîcheur de la palette colorée alliée à la précision du dessin fait de ce sarcophage une œuvre exceptionnelle. Soustraite au regard des vivants, la virtuosité des artisans égyptiens répond ici parfaitement aux exigences de la religion : assurer pour l'éternité la survie du défunt. (Les Incontournables, 
Egypte, Cercueil anthropoïde de Psamétik fils de Sbarekhy, VIe siècle av. J.-C. Musée de Grenoble)

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Image Jean-Luc Lacroix, musée de Grenoble.

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"Cercueil en bois ayant contenu la momie de Psamtik du numéro 9. Voir Planche III. Hauteur : environ 2 mètres.

Hiéroglyphes peints sur fond blanc. Textes liturgiques sur les deux faces. Aucune inscription à l'intérieur. Pièce tout à fait remarquable pour la finesse des signes. Assurément, l'un des plus gracieux spécimens de l'art saïte. Provient, très probablement, de la nécropolle thébaine de Cheikh Abd el-Gournah, comme les numéros 2, 9, 10-13, …" (Tresson 1933 page 47)

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I. LA PARTIE SUPERIEURE.

 

 

"La tête du défunt est coiffée d'une perruque à pans avec fortes raies noires. La figure, de couleur verte, aux gros yeux peints en blanc et en noir porte la barbe recourbée des morts osiriens. Sous le cou, s'étale un large collier à riches motifs floraux et à perles lacrymoïdes, retenu sur l'épaule par deux agrafes à tête de faucon pèlerin." (Tresson p.47)

Cercueil de Psamétique, Collections égyptiennes du Musée de Grenoble, photographie lavieb-aile.

Cercueil de Psamétique, Collections égyptiennes du Musée de Grenoble, photographie lavieb-aile.

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"Collier du mort, simple série de onze rangs parallèles rouges et bleues séparés par une étroite bande dorée. Vaste gorgerin couvrant toute la poitrine avec attaches à têtes de faucon traitées linéairement, sept rangées de perles, alternativement calices de lotus et rosettes, traitées shématiquement ; le rang inférieur est composé de perles lacrymales." (Kheny et Yoyotte p. 106)

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Cercueil de Psamétique, Collections égyptiennes du Musée de Grenoble, photographie lavieb-aile.

Cercueil de Psamétique, Collections égyptiennes du Musée de Grenoble, photographie lavieb-aile.

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Décor du couvercle, Cercueil de Psamétique, Collections égyptiennes du Musée de Grenoble, photographie lavieb-aile.

Décor du couvercle, Cercueil de Psamétique, Collections égyptiennes du Musée de Grenoble, photographie lavieb-aile.

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"En dessous, la déesse du ciel, Nouit,[sic] accroupie, la tête surmontée du disque solaire, rouge avec pourtour blanc, tient ses bras ailés complétement étendus et ses mains portent deux plumes, symboles de la Justice et de la Vérité."  (Tresson p.48)

 

Cercueil de Psamétique, Collections égyptiennes du Musée de Grenoble, photographie lavieb-aile.

Cercueil de Psamétique, Collections égyptiennes du Musée de Grenoble, photographie lavieb-aile.

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Cercueil de Psamétique, Collections égyptiennes du Musée de Grenoble, photographie lavieb-aile.

Cercueil de Psamétique, Collections égyptiennes du Musée de Grenoble, photographie lavieb-aile.

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Cercueil de Psamétique, Collections égyptiennes du Musée de Grenoble, photographie lavieb-aile.

Cercueil de Psamétique, Collections égyptiennes du Musée de Grenoble, photographie lavieb-aile.

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"Elle est flanquée, à droite, d'Isis, à gauche de Néphthys, toutes deux agenouillées, la figure et le corps peints en jaune, ayant perruque noire et ruban rouge, justaucorps avec bretelles, collier, bracelets aux poignets et aux chevilles. Leurs mains sont abaissées vers un sceau à l'intérieur rouge, lequel repose à terre. » (Tresson, p.48)

N.b : Le sceau est le signe hiéroglyphique shen, et signifie universalité et/ou éternité.

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Cercueil de Psamétique, Collections égyptiennes du Musée de Grenoble, photographie lavieb-aile.

Cercueil de Psamétique, Collections égyptiennes du Musée de Grenoble, photographie lavieb-aile.

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"L'inscription s'étend ensuite jusqu'à la base. Dans la partie centrale, trois colonnes d'hiéroglyphes, tournées vers la gauche, contiennent une invocation à « l'Osiris Psamtik, né de la dame Sba-rekhit, ["étoile des humains"]  inspecteur des favoris royaux, [mot à mot « des connus du Roi ». Il s'agit d'une catégorie de courtisans, vivant dans l'intimité du Souverain et toujours prêt à répondre à son appel] administrateur du quartier des nécropoles » pour lui annoncer la venue de « l'Horus-hetem-baouf » et des « quatre génies funéraires », qui assureront sa garde dans l'autre vie. Ces génies sont représentés sur les cotés et se font face."

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"A gauche, Hâpi à tête de cynocéphale et Qebeh-senouf à tête de faucon. A droite, Amsty à tête d'homme et Doua-moutef à tête de chacal. Ils promettent leur protection au défunt dans quatre discours à termes identiques : "O l'Osiris Psamtik, je suis (ici) pour ta protection »." (Tresson p.48)

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Ces formules évoquent celle n° 151A du Livre des Morts :


•  "Paroles dites par Amsit : je suis ton enfant, N.; je suis venu pour être ta protection; j'ai maintenu ta demeure de façon tout à fait durable, conformément à ce qu'a ordonné Ptah, conformément à ce qu'a ordonné Rê "
•  "Paroles dites par Hapy : Je suis venu pour être ta protection, Osiris N.; j'ai rattaché ta tête et tes membres, et j'ai frappé pour toi tes ennemis sous toi; je t'ai redonné ta tête, pour toujours"
•  "Paroles dites par Douamoutef : Je suis ton enfant, Horus bien-aimé, N. ; je suis venu protéger mon père Osiris de celui qui agit (contre) toi : je le mène sous tes sandales"
•  "Paroles dites par Qebehsenouf : je suis Qebehsenouf; je suis venu pour être ta protection, N.; je t'ai rassemblé tes os, je t'ai réuni tes membres, je t'ai apporté ton coeur et je le remets à sa place dans ton corps; j'ai maintenu ta demeure après toi." 

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L'un des fils d'Horus, Amset,  à tête d'homme : il protège, avec Isis, le foie. Inscription : 

1°) Amsty dit :« O l'Osiris Psamtik, je suis [venu pour être] pour ta protection ! »

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Cercueil de Psamétique, Collections égyptiennes du Musée de Grenoble, photographie lavieb-aile.

Cercueil de Psamétique, Collections égyptiennes du Musée de Grenoble, photographie lavieb-aile.

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L'un des Fils d'Horus,  Douamoutef, à tête de chacal. Il protège, avec Neith, les poumons. inscription : " Doua-moutef dit : « O l'Osiris Psamtik, je suis pour [être] ta protection ! »"

 

 

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Cercueil de Psamétique, Collections égyptiennes du Musée de Grenoble, photographie lavieb-aile.

Cercueil de Psamétique, Collections égyptiennes du Musée de Grenoble, photographie lavieb-aile.

Cercueil de Psamétique, Collections égyptiennes du Musée de Grenoble, photographie lavieb-aile.

Cercueil de Psamétique, Collections égyptiennes du Musée de Grenoble, photographie lavieb-aile.

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A. — Au centre (de gauche à droite) : [1] Paroles à réciter : « O l'Osiris, divin père, chéri du dieu, inspecteur des favoris du Roi, administrateur du quartier des nécropoles, connu du Souverain, Psamtik, né de Sba-rekhit, viennent à toi Horus-hetem-baouf, Hâpi, Doua-moutef, Amsty, Qebeh-senouf. Leur nom, c'est ton nom pour tes Akhmou-sek. Tu n'es point détruit, tu n'es point anéanti, éternellement, à jamais ! »

 

Cercueil de Psamétique, Collections égyptiennes du Musée de Grenoble, photographie lavieb-aile.

Cercueil de Psamétique, Collections égyptiennes du Musée de Grenoble, photographie lavieb-aile.

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Aux angles inférieurs, Anubis à forme de chacal est étendu sur un naos, surmonté de deux de ses épithètes, « Anubis, résidant dans Out », et « Anubis, le premier du Sehmouter ».

 

 

 

Cercueil de Psamétique, Collections égyptiennes du Musée de Grenoble, photographie lavieb-aile.

Cercueil de Psamétique, Collections égyptiennes du Musée de Grenoble, photographie lavieb-aile.

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La face inférieure de la cuve.

"Au dos du cercueil, sur deux lignes verticales, une allocution , dans laquelle le dieu Horus, s'adressant au défunt, célèbre son triomphe dans l'autre vie.

Voici, du reste, la traduction de ces passages :

 

  Horus te dit : « L'Osiris, divin père, connu du Roi, Psamtik, né de Sba-rekhit, tu vis comme celui qui réside au ciel (=Rê) et ta transformationest analogue à cfelle del'habitant de la terre (=Osiris). Dresse-toi en raison de taforce. Tu t'élèves (dans le ciel) vu que Nouit t'a enfanté semblablement à Sah (= la constellation d'Orion). Tu es maître de ton corps : tu es à l'abri de tes ennemis ! ». (Tresson p. 48 et 49)

 
Dos de la cuve du cercueil de Psamétik, photo J.L. Lacroix, Musée de Grenoble.

Dos de la cuve du cercueil de Psamétik, photo J.L. Lacroix, Musée de Grenoble.

Selon Dewachter,  le comte Saint-Ferriol possédait dans sa collection d'Uriage trois Oushebtis de Psamétique, dont un seul est conservé à Grenoble sous le n° d' inventaire 3574 :

Image J.L. Lacroix, Musée de Grenoble.

http://www.navigart.fr/grenoble-collections/#/artwork/60000000087852?layout=grid&page=8&filters=collection_department:Collection+%C3%A9gyptienne

Psamétique et la momie d'Uriage.

"Ni le manuscrit du journal ni le catalogue du comte ne précisent l'origine du cercueil de Psamétique (Uriage 74 -Grenoble Inv.1996). En fait, c'est l'abbé Paul Tresson qui, en 1933, rattacha abusivement à la nécropole thébaienne et à un achat auprès du Grec Wardi, le 29 avril 1842, un cercueil anthropoïde dont l'étude du décor, de la titulature et du reste de l'équipement de ce Psamétique a conduit Jean Yoyotte, dès 1971, à plaider avec raison pour une sépulture memphite et non thébaine. Oublions donc l'achat du 29 avril pour envisager plutôt une acquisition cairote, probablement en juin 1842, puisque le 2 juillet suivant le comte fait allusion dans son journal à sa « belle caisse de momie » d'une manière si précise qu'il ne peut s'agir que du cercueil de Psamétique. Mais cette caisse était-elle vide au moment de son achat, ou garnie d'une momie ? Au premier abord, il est impossible de trancher et tout ce qui peut être raisonnablement déduit du catalogue d'Uriage, à l'entrée n°74, c'est que la caisse de Psamètique était un cercueil intérieur : « cette caisse de momie est le deuxième cercueil, elle en contenait une autre en carton, celle qui enveloppait le corps. Un troisième n°75 était destinée à contenait celle-ci, n°74. ». En se reportant à l'entrée n°75, on apprend que, selon le comte -le mieux placé pour savoir ce qu'il avait réellemenbt acheté en Égypte – une partie de la caisse extérieure de Psamétique semblait bien alors conservée à Uriage : « n°75 :- Partie d'une caisse de momie de la même époque que la précédente. Elle faisait partie du même sarcophage. Ses dimensions étaient calculées de manière à ce qu'elle put contenir le n°74 ».

Qu'est devenue cette pièce d'Uriage n°75 ? Quant au recueil d'Uriage n°74, celui du Psamétique, contenait-il ou non la momie d'Uriage ?

En se reportant au procès-verbal établi par Hippolyte Bouteille, conservateur du Muséum de Grenoble, et secrétaire général de la Société zoologique , qui procéda en octobre 1858 à l'examen de la momie, on observe qu'il n'est mentionné là qu'une « caisse en carton » -rien au sujet de la caisse d'Uriage n°74- et rien bien entendu jamais encore le nom de Psamétique, puisque l'identité du propriétaire ne sera révélée qu'en 1861 par Théodule Devéria ; c'est manifestement cette seule mention du cartonnage par Bouteille qui conduisit [Kueny et Yoyotte page 97] à croire en 1979 que « rien n'indique que ce cartonnage ait jamais été contenu dans le cercueil 125, » celui de Psamétique.

 

Cependant, un simple recours au catalogue d'Uriage permet d'affirmer au contraire que cartonnage et momie furent, en 1858, retirés du cercueil de Psamétique. Voici en effet ce que le comte -rendu témoin de cet examen et n'ayant certainement pas oublié ce qu'il avait lui-même acquis – a enregistré : « 76- Première enveloppe en carton de la momie n°71 e », et « 71 – Momie du jeune homme imberbe, remontant au VIIIe siècle avant J.C. .M. Bouteille […] l'a extraite de sa caisse n°74 (...) ». Cette belle momie a été déposée dans une caisse en noyer, doublée de zinc."  La date donnée à la momie est la même que celle retenue par le comte suite à la visite de Devéria, pour le cercueil de Psamétique : preuve que Louis de Saint-Ferriol croyait, avant l'abbé Tresson, au lien entre la momie et son cercueil de Psamétique – un argument supplémentaire pour croire déjà à la présence de cette momie lors de l'acquisition du cercueil d'Uriage n°74. Dans ces conditions, et si, comme tout porte à le croire, le cartonnage d'Uriage n°76 correspond bien à l'enveloppe inv. 1998, comme le croyait déjà l'abbé Tresson, on en déduit que c'est bien un équipement artificiellement « recomposé » qui fut fourni au comte en 1842. En effet, le cercueil de Psamétique est memphite et ne date que de l'époque saïto-perse, alors que le cartonnage et sa momie sont thébains et remontent à la période intermédiaire. Quant à savoir si ce fut la momie de Djedmoutefânkh que les marchands d'antiquité déposèrent dans le cercueil de Psamétique, cela repose encore sur la lecture pas totalement assurée du nom du propriétaire du cartonnage. En sus, Hippolyte Bouteille n'ayant rencontré apparemment aucune difficulté pour extraire la momie de sa « caisse de carton », rien n'assure que cartonnage et momie proviennent du même équipement " DEWACHTER (Michel). - "Imbroglio Djedmoutefânkh et Psamétique : Le cabinet d'Uriage et sa contribution aux débuts de l'égyptologie (1843-1916)" 

 

 

SOURCES ET LIENS.

Notice du Musée de Grenoble, "Les incontournables".

http://www.museedegrenoble.fr/TPL_CODE/TPL_OEUVRE/PAR_TPL_IDENTIFIANT/20/951-antiquites.htm

— Images Jean-Luc Lacroix Musée de Grenoble

http://www.navigart.fr/grenoble-collections/#/artwork/60000000006028?page=1&filters=query:cercueil&layout=grid

 

 

DEWACHTER (Michel). - "Informations relatives à la collection du Comte de Saint-Ferriol et fournies par son journal de voyage" in Grenoble, musée des Beaux-Arts : Collection égyptienne par Gabrielle Kueny et Jean Yoyotte (Appendice E). - Paris : Editions de la Réunion des Musées Nationaux, 1979 ISBN 2-7118-0050-4 - Cit. p.206

DEWACHTER (Michel). - "Imbroglio Djedmoutefânkh et Psamétique : Le cabinet d'Uriage et sa contribution aux débuts de l'égyptologie (1843-1916)" in Le château d'Uriage: son cabinet de curiosités, pp.48-62. - Grenoble : Chapô public éditions, 2008 ISBN 978-2-916813-03-5 - Cit. pp. 52-53, reprod. p. 52

HAMON (Paul), LEMONDE (Anne), PARAVY (Pierrette). - Le Château d'Uriage : 1000 ans d'histoire. - [S.l.] : Chapô Public Editons, 2006. - Reprod. p. 69

 

KUENY (Gabrielle). - "Un sarcophage d'époque Saïte de la collection Saint-Ferriol" in Actualités Dauphiné, octobre 1966, n°114, pp. 15-17. - Grenoble : Actualités Dauphiné, 1966 ISSN 0335-4423 - Cit. pp. 15-17, reprod. P.16 et 17

KUENY (Gabrielle), YOYOTTE (Jean). - Grenoble, musée des Beaux-Arts : collection égyptienne. - Paris : RMN, 1979. - (Inventaire des Collections publiques françaises, n°23). n° isbn 2-7118-0050-4 - Cit. p. 106-109, cat. n°125

LEMOINE (Serge) et LE POMMERE (Marianne). - Image d'une collection, Musée de Grenoble. - Paris (France) : Réunion des Musées Nationaux, 1999. - 285 p. ; 30 cm ISBN 2-7118-3795-5 - Cit. p. 15, reprod. en coul. pp. 14-15

 

TOSATTO (Guy), sous la dir. de / Les collections du Musée de Grenoble. - Versailles (France) : Artlys, 2004. - 240 p. ISBN 2-85495-219-7 n° isbn 2-85495-219-7 - Reprod. en coul. p. 6

TOSATTO (Guy), sous la dir. de - Musée de Grenoble : guide des collections : antiquité-XIXe siècle. - Lyon (France) : Fage éditions, 2015. - 239 p. ; 25 cm ISBN 978-2-84975-384-2 n° isbn 978-2-84975-384-2 - Cit. et reprod. en coul. p.17

TRESSON (P.). - Catalogue descriptif des Antiquités égyptiennes de la salle Saint-Ferriol. - Grenoble, 1933. - Cit. p. 47-49, cat. n°22

 

 

— ALPHANDARI (Yves). - Les hiéroglyphes : du dieu Thot à Champollion. - Paris : Père Castor Flammarion, 2013 ISBN 9782081287020 - Reprod. p.87

— GASSE (Annie). - Le Livre des Morts de Pacherientaihet au Museo Gregoriano Egizio. - Le Vatican : Monumenti, Musei e Gallerie Pontificie, 2001. - Cat. n° 9-10

 

 

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Published by jean-yves cordier - dans Musée de Grenoble
10 janvier 2016 7 10 /01 /janvier /2016 22:26

Les Processionnaires du pin - Thaumetopoea pityocampa ( Denis & Schiffermüller, 1775) à Crozon.

J'ai souvent observé les nids de la Processionnaire du Pin, boules blanchâtres enveloppant, au bonheur la chance, une ou plusieurs branches d'un pin (Pin noir d''Autriche le plus souvent) lorsque j'emprunte l'autoroute et que je traverse la France. C'est plus fréquent encore que d'observer une buse posée sur un poteau de grillage.

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Ce serait un passe-temps bien agréable de jouer au "Tennis-processionnaire" comme lorsque nous jouions au "tennis-barbu" dans l'Aronde, ou dans la Dauphine Gordini du paternel lors de nos départs pour les Grandes Vacances.

Quoi, vous ignorez ce qu'est le "tennis-barbu"? Ces jeunes, il faut TOUT leur apprendre.

Voici un billet de Claude Duneton dans le Figaro qui va faire le point sur ce grave sujet. Ouvrez vos esgourdes.

 

"Il m'est parvenu l'autre jour une information bien curieuse: les gens âgés de moins de soixante ans ignorent tout du tennis barbu ! Ah ! j'entends d'ici votre interrogation, en effet : le tennis barbu? Mon Dieu, qu'est-ce? Eh bien j'évoquais l'autre jour un livre de Claude Meunier, lequel rappelle ce petit jeu de société, assez imbécile je le reconnais, qui avait cours dans les années… voyons, dans les années 1940, 1950 - avec prolongation possible jusque vers 1965 -, qui consistait à s'écrier «Quinze pour moi !» lorsqu'on croisait un individu qui portait la barbe. Le second barbu croisé donnait trente points, le troisième quarante, gagnant, selon le décompte habituel du tennis ordinaire. Quel drôle de jeu ! direz-vous…

Oui, mais il s'agit d'un temps sans transistor, sans baladeur, sans téléphone portable, une époque où la rue n'avait que les bruits que vous lui apportiez. » J'abrège.

Eh oui, nous pourrions nous exclamer "Quinze pour moi !" à chaque nid de Processionnaire observé. Mais hélas, les 15, 30, 40, se succéderaient, les 6 jeux feraient trop vite le set, et nous ne serions pas arrivés au Pont-Neuf que la partie serait finie.

Revenons à la Processionnaire. Il y a quelques dizaines d'années, on redoutait son expansion à travers la France, progressant  du sud vers le nord. Crozon, comme la Bretagne nord, était préservée. Mais aujourd'hui, le site Lepinet montre une carte uniformément verte pour notre Région : l'espèce serait connue partout.

 

Pourtant, je n'avais jamais observé le fameux défilé à la queue leu leu de ses chenilles, qui lui vaut son nom. C'est aujourd'hui chose faite. Justement sous des pins bordant une résidence secondaire, sur un sentier côtier allant de la Pointe de Raguenes vers la Pointe du Guern, sous des Pins. J'ai pris quelques images avec mon téléphone, avant de les écraser.

 

Rappellons les faits (Wikipédia) : 

Les papillons, qui éclosent durant l'été, entre juin et septembre selon le climat, pondent leurs œufs déposés en rangées parallèles par paquets de 150 à 220 sur les rameaux ou les aiguilles de diverses espèces de pin. L'éclosion a lieu cinq à six semaines après la ponte.

Elle donne naissance à des chenilles qui muent cinq fois. 

En hiver, les chenilles tissent un nid soyeux dans lequel elles passeront la journée pour profiter des rayons du soleil. Elles en sortent la nuit pour s'alimenter, se déplaçant en « procession ». La cohésion de la file en déplacement est assurée par le contact tactile de soie à soie.

Au printemps, la colonie, conduite généralement par une femelle, quitte le nid, toujours en procession pour gagner au sol un endroit bien ensoleillé et s'enfouir dans un trou où chacune des chenilles va tisser son cocon pour démarrer son processus de transformation en chrysalide.

Au bout de plusieurs mois, voire plusieurs années, les chrysalides sont transformées en papillon qui sortent de terre. Le cycle peut alors reprendre par accouplement de la femelle et du mâle. Ce dernier meurt un ou deux jours après, alors que la femelle s'envole vers une branche pour pondre jusqu'à 220 œufs avant de mourir aussi. Les petites chenilles émergent 30 à 45 jours après la ponte.

La chenille est d'une teinte brun foncé ponctuée de taches rougeâtres sur la partie supérieure et les flancs, tandis que la face ventrale est jaune. La tête est noire. Elle est très velue et couverte de poils urticants. " Elles possèdent au troisième stade larvaire 600 000 poils urticants qui sont projetés en l’air à la moindre agression ". Ces poils sont responsables de graves réactions urticantes ou allergiques cutanés (mains, cou, visage), oculaires ou respiratoires. 

Une description plus précise est donnée par Alain Fraval :http://www7.inra.fr/opie-insectes/pdf/i147fraval3.pdf

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Les Processionnaires du pin - Thaumetopoea pityocampa ( Denis & Schiffermüller, 1775) à Crozon. 10 janvier 2015
Les Processionnaires du pin - Thaumetopoea pityocampa ( Denis & Schiffermüller, 1775) à Crozon. 10 janvier 2015

Les Processionnaires du pin - Thaumetopoea pityocampa ( Denis & Schiffermüller, 1775) à Crozon. 10 janvier 2015

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Sur le forum de Bretagne Vivanteun membre signalait une procession de chenilles traversant son école (en Bretagne, mais où ?) le 14 décembre dernier. Mael Garrin a répondu : "En principe, c'est plutôt au printemps effectivement, mais avec cette année bizarre....".

J'ai bien-sûr hésité avec la Processionnaire du chêne, Thaumetopoea processionea Linnaeus, 1758. Mais les processions de la locataire du Pin se déroulent (normalement) au début du printemps, et celles de la locataire du chêne (et autre feuillus) ont lieu en avril.

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Le 1er août 2015, le Télégramme de Brest  publiait un article : Crozon. Chenille processionnaire. La Presqu'île touchée. "Depuis les années 1970, on assiste à une forte expansion de la chenille processionnaire du pin de l'ordre de 4 km/an, liée vraisemblablement au réchauffement climatique. Cet hiver, on a pu observer quelques nids sur la commune de Crozon qui avait, jusque-là été préservée, particulièrement à la lisière du bois du Kador, à Crozon, à Postolonnec et à Trébéron."

http://www.letelegramme.fr/finistere/crozon/chenille-processionnaire-la-presqu-ile-touchee-01-08-2015-10725713.php

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Les Processionnaires du pin - Thaumetopoea pityocampa ( Denis & Schiffermüller, 1775) à Crozon. 10 janvier 2015

Les Processionnaires du pin - Thaumetopoea pityocampa ( Denis & Schiffermüller, 1775) à Crozon. 10 janvier 2015

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En cherchant bien, je finis par trouver un jeune pin qui portait, en son sommet un seul nid. Incontestable, mais parfaitement isolé.

 

Nid de Processionnaire du Pin, Pointe de Raguenes, Crozon. Photographie lavieb-aile.
Nid de Processionnaire du Pin, Pointe de Raguenes, Crozon. Photographie lavieb-aile.

Nid de Processionnaire du Pin, Pointe de Raguenes, Crozon. Photographie lavieb-aile.

Le 24 janvier 2016, j'observais cette-fois un embouteillage sur le sentier allant de la Pointe du Menhir à Postolonnec ; el les nids, bien visibles sur les pins exposés au vent du large.

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Les Processionnaires du pin - Thaumetopoea pityocampa ( Denis & Schiffermüller, 1775) à Crozon. 24 janvier 2015, Photographie lavieb-aile.

Les Processionnaires du pin - Thaumetopoea pityocampa ( Denis & Schiffermüller, 1775) à Crozon. 24 janvier 2015, Photographie lavieb-aile.

Les Processionnaires du pin - Thaumetopoea pityocampa ( Denis & Schiffermüller, 1775) à Crozon. 24 janvier 2015, Photographie lavieb-aile.

Les Processionnaires du pin - Thaumetopoea pityocampa ( Denis & Schiffermüller, 1775) à Crozon. 24 janvier 2015, Photographie lavieb-aile.

Chapitre dans lequel je découvre les "miroirs urticants".

C'est sur le site d'André Lequet que je lis que : "Contrairement à une idée reçue la pilosité apparente de ces chenilles n'est pas en cause. En fait les poils urticants sont à la fois extrêmement nombreux et petits (1 à 2/10 de mm), et tel un feutrage ils tapissent des invaginations tégumentaires situées sur la partie dorsale des segments abdominaux. Ces plages urticantes, appelées des "miroirs" (ci-dessous), s'ébauchent au 3 ème stade larvaire et atteignent leur plein développement au 5 ème et dernier. Lorsque la chenille est excitée, dérangée, ou agressée, les zones urticantes "s'ouvrent" et libèrent les poils proprement dits. Ils ressemblent à de minuscules harpons, avec une partie basale aiguë, et un apex doté de barbules acérées qui tel l'ardillon d'un hameçon permettent la pénétration, mais s'opposent à l'extraction. Par-delà un effet purement mécanique ces poils sont enduits d'une sécrétion qui provoque de très intenses démangeaisons."

Je m'intéresse à ces miroirs. Combien sont-ils ? J'en compte un par segments, il doit donc y en avoir 13, mais j'en ai compté seulement 11 visibles sur ma photo. Ils sont ovales, blonds ou pain d'épice, et une ligne les parcourt, sinueuse comme la ligne qui sépare les lèvres d'une bouche humaine. Un peu de miel semble briller encore sur cette bouche mal léchée.  Certains miroirs sont , ou paraissent, fermés. Ils ressemblent à une plaie par incision d'un vieux cuir tanné et noir. Chacun est bordé de poils de la même couleur de miel, qui s'écartent lorsque le miroir est déployé, ou se rapprochent en herse si les berges sont jointes. Voilà du moins ce que je vois. Mais quelle en est la description scientifique ?

J'emprunte quelques figures à un mémoire de thèse d'un étudiant italien sous la direction d'Andrea Battisti. Les premières descriptions semblent être dues à G. Demolin, en 1963, et la proteine allergisante a été isolée et décrite par Michel Lamy en 1981-1986 sous le nom de thaumetopoeine. C'est un dimère de 28 kDa propre aux soies,  formé par deux sous-unités de 13kDa et  de 15 kDa. La thaumetopoein provoque chez des cobayes la dégranulation des mastocytes induite par un mécanisme non immun (Lamy et al., 1985). Cette dernière protéine a été retrouvée ensuite aussi chez la Processionnaire du Chêne (Lamy, 1988) . La première étude sur les protéines associées à urticants soies de Th. Pityocampa était publié dans par Lamy et al. (1983) mais ils ont mentionné thaumetopoein la protéine dans le 1985 (Lamy et al., 1985). Ils ont décrit 

 Plusieurs années plus tard, le même scientifique

groupe a décrit un homologue de thaumetopoein en soies de la processionnaire du chêne

larves (Lamy et al., 1988). Cette protéine Exposée le même effet que urticants thaumetopoein dans la peau de cobayes.

1.3.2 Tha p 1 (Moneo et al., 2003)

D'autres protéines, nommées Tha p1, p2 et p3 ont été ensuite décrites.

 

 

Les Processionnaires du pin - Thaumetopoea pityocampa ( Denis & Schiffermüller, 1775) à Crozon. 24 janvier 2015, Photographie lavieb-aile.

Les Processionnaires du pin - Thaumetopoea pityocampa ( Denis & Schiffermüller, 1775) à Crozon. 24 janvier 2015, Photographie lavieb-aile.

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La chenille processionnaire, à partir de son 3ème stade de développement, dispose  de plages de petits poils urticants (moins de 1 mm) appelées miroirs, cachées dans les remplis de la peau. On dénombre au minimum 120 000 poils par miroir, soit environ 1 million par chenille (60.000 soies / mm2). Ces miroirs, qui s’ouvrent et se ferment, libèrent les poils urticants lorsque la colonie est agressée. Ces poils se détachent facilement et restent en suspension dans l’air ambiant, formant un véritable nuage. Ils demeurent virulents plusieurs mois après la disparition des chenilles, notamment dans les nids qu’elles ont occupés. Le soies sont courtes (généralement 50-600 um de long, 2-8 m de diamètre), ont des barbes le long de leur axe et peuvent facilement entrer dans la peau à l'extrémité proximale, aidé par les barbes  .

 

Miroir d'une chenille de Thaumetopea pityocampa, Photographie lavieb-aile.

Miroir d'une chenille de Thaumetopea pityocampa, Photographie lavieb-aile.

Miroir d'une chenille de Processionnaire du Pin et schéma d'après Moneo & al. 2015, Figure 3 in Mitali  2015.

Miroir d'une chenille de Processionnaire du Pin et schéma d'après Moneo & al. 2015, Figure 3 in Mitali 2015.

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Co-existence de soies courtes et longues dans le même miroir ouvert de T. pityocampa, d'après P. Toffolo  in Mitali  2015.

Co-existence de soies courtes et longues dans le même miroir ouvert de T. pityocampa, d'après P. Toffolo in Mitali 2015.

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 La nature des soies est très différente des autres poils défensifs, tels que des épines (fig. 2). Les épines font partie du tégument et exigent un contact avec la chenille pour provoquer la réaction (par exemple les larves de Saturniidae, Megalopygidae et Limacodidae) alors que les  soies peuvent être facilement libérées dans l' environnement, créant des problèmes de santé à distance, et par des mécanismes allergiques ou immuno-allergiques.

 Les soies urticantes , comme le tégument des insectes, sont construits par un squelette de chitine avec un matrice de protéines et sont couverts par des couches de lipoprotéines, de  cire, et de mucopolysaccharides .

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Vraies soies, et soies modifiées comparées à des poils (A) et à des épines, in Mitali 2015.

Vraies soies, et soies modifiées comparées à des poils (A) et à des épines, in Mitali 2015.

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Le mécanisme de libération de soies par les larves a été explorée par en premier Demolin (1963), qui a montré que les chenilles peuvent ouvrir activement les miroirs lorsqu'elles sont dérangées (Figure 4). Chez  Th. Pityocampa, les miroirs  sont maintenus repliés dans des conditions normales  et seule l'extrémité distale de soies est visible. Lorsqu'elles sont dérangées, la larve ouvre le miroir (Fig. 5A), libérant des soies. Une fois dans l'air, les soies peuvent être portées par le vent loin de la source (3 à 7 km ?)Le soies peuvent persister dans l'environnement pendant une longue périodes soit dans des nids de soie utilisées par les chenilles, soit dans le sol où les chenilles font leur nymphose, soit sur du matériel ou des vêtements contaminés, bien qu'aucune des estimations précises sont disponible Le contact avec les poils chez l'homme et d'autres animaux induit la dermatite, en particulier dans les parties du corps les plus exposées. Ils sont responsables de troubles telles que l'urticaire ou de la dermatite, la rhinite, la conjonctivite, des lésions oculaires et des symptômes respiratoires.  Habituellement, les personnes les plus à risque sont les travailleurs forestiers au cours de leurs activités dans les forêts de pinsCes réactions sont attribuables à une combinaison de facteurs allergiques et non allergiques ; des études récentes ont démontré la présence d'un mécanisme complexe urticant où certaines protéines présentes dans les poils peuvent devenir des catalyseurs des réponses immunitaires.

 

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Miroir ouvert expulsant ses soies, et miroir fermé de T. pityocampa, in Mitali 2015.

Miroir ouvert expulsant ses soies, et miroir fermé de T. pityocampa, in Mitali 2015.

 

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Notes sur la taxonomie et la nomenclature:

Taxonomie .Cette espèce a été décrite pour la première fois (selon les règles de la nomenclature scientifique) par Denis & Schiffermüller en 1776 dans le genre Bombyx. En 1822, Hübner créa le genre Thaumetopoea pour toutes les espèces incluses aujourd'hui dans la famille des Thaumetopoeidae (élevée à cette catégorie en 1990). Certains auteurs ont suivi Stephens qui, en 1928, fit passer toutes les espèces du genre Thaumetopoea dans le genre Cnethocampa, qu'il a placé dans la famille des Notodontidae (Agenjo, 1941). 

Source : http://www.eppo.int/QUARANTINE/data_sheets/insects/F-thaupi.pdf

Zoonymie : [ Cramer page 30 d'après la Pithyocampa de Pline]

L'étymologie du nom d'espèce est  donnée par   Godart, Histoire naturelle des Lépidoptères ou Papillons de France volume 4 page 161, qui nomme ce papillon "Bombyx Pitiocampe". Dans sa  note 1 il écrit : "du grec  pitio, "pin" et campe, "chenille"".

La paternité du nom scientifique est attribuée aux deux auteurs viennois  Denis et Schiffermüller, dans leur Catalogue Systématique  des Papillons de la région de Vienne, Systematisches Verzeichniß der Schmetterlinge der Wienergegend, Vienne, 1775-1776, qui décrivirent cette espèce sous le Protonyme Bombyx pityocampa  dans la  Famille L des Phalaena Bombyces Tomentosae page 58 n° 11. Mais ces auteurs ont repris l'un des noms de papillons les plus anciens jamais connus, puisque c'est au premier siècle de notre ère que le grec Dioscoride l'utilisa, dans son Traité de Matière médicale.

Denis et Schiffermüller font aussi  référence à la Chenille du Pin de Réaumur, (Réaumur nomme "Chenille du Pin" T. Pityocampa, et "Chenille Processionnaire" Thaumetopoea processionea, la Processionnaire du Chêne)

.http://gdz.sub.uni-goettingen.de/dms/load/img/?PPN=PPN574458115&DMDID=DMDLOG_0005&LOGID=LOG_0007&PHYSID=PHYS_0066

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Nom vernaculaire.

– Le nom de Processionnaire du pin a été attribué par le R.P. Engramelle, Papillons d'Europe peints d'après nature tome 5 page 45 n°

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b8470145x.r=

– Réaumur, Mémoires pour servir à l'histoire des insectes I planche 7 figure 3, chenille planche 8

http://www.biodiversitylibrary.org/item/50298#page/287/mode/1up

– Réaumur, Mémoires pour servir à l'histoire des Insectes, tome II, Mémoire IV pages 179 à 208 et planche 10 : Des chenilles qui vivent en société pendant toute leur vie. A l'occasion desquelles on examine la cause des démangeaisons et des cuissons de peau qui sont produites par quelques chenilles.

http://www.biodiversitylibrary.org/item/49476#page/273/mode/1up

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LES PREMIÈRES DESCRIPTIONS.

La chenille, sous son nom grec  pityocampa et son nom latin Eruca Pinorum, est l'une des plus anciennement connue y compris dans  la description de ses mœurs processionnaires et le caractère dangereux de ses poils. Mais le détail de ce comportement ne sera étudié et illustré avec verve et précision qu'en 1734-1737 par Réaumur.

 

 

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Je citerai deux auteurs : 

1°) Thomas Moffet, Theatrum Insectorum, Livre II chapitre 3 page 185  1634.

"Les Pityocampes, c'est à dire, les chenilles du Pin et Epicéas, sont aussi fines qu'un petit doigt humain, et aussi long que la largeur de trois doigts. Ils ont onze incisions entre la tête et la queue, et ils ont 16 pattes comme les autres chenilles, précisément trois sur les deux cotés de la tête, quatre sur les deux cotés du milieu du corps, et une de chaque coté de la queue : mais la premières sont en crochet et petites, avec lesquelles elles trouvent leur chemin, et les autres sont plus larges et dentelées comme des scies, afin de mieux s'accrocher aux branches. La tête est comme celle des fourmis, le reste est semblable aux autres chenilles. Elles sont couvertes de poils et complètement entourées d'épines pointues ; les poils des cotés sont blancs et brillent dans le dos ; la partie médiane est ornée de points comme des yeux : les épines étant rasées, il y a une peau noire en dessous, leurs poils très fins, qui piquent plus vivement qu'une aiguille, et causent une grande douleur, un échauffement, de la fièvre, des fourmillements, et un malaise général. Le poison rentre subitement sans aucun sens de la blessure, et est transporté de part près des intestins. Elles tissent une toile fine comme les araignées, dessinant et disposant leur filet avec leurs pattes antérieures. Durant la nuit elles rentrent à l'intérieur, comme sous une tente, où elles échappent au froid et au vents. La matière dont est faite cette tente est si solide et si fine, qu' elles ne sont menacées ni par les plus forts vents, ni par les pluies ; et elles sont si spacieuses qu'un millier de chenilles peuvent y trouver place. Elles font leur toiles dans les petites touffes d' aiguilles de Pins et d'Épicéas, où elles ne vivent pas en solitaires comme les autres, mais en colonies. Moyen par lequel elles étendent leur course, elles tissent et transportent leur toile avec elles. Et dans la journée, seulement s'il fait beau, les plus grandes accompagnant les plus petites par troupes, et ayant dénudé l'arbre de ses aiguilles, car elles le dévastent totalement, elles travaillent durement au tissage. Seulement ce fléau des Pins et Épicéas n'atteint pas les autres conifères. Sur le Mont Athos, dans les Bois du Trentin, et dans les Alpes, elles abondent, en raison de la quantité de nourriture qu'elles y trouvent, comme en atteste Matthiolus. Ce sont vraiment les créatures les plus venimeuses, que vous les touchiez superficiellement avec les mains, ou qu'elles vous atteignent par voie interne. Elles sont considérées de longue date comme du poison, puisque Ulpian interprétant la loi Cornélienne De Sicariis concernant les meurtriers privés réclame contre eux qu'ils soient punis en leur donnant à boire une Processionnaire du Pin. Sect. Alium . ff. ad. Leg. Corn. De fic.

Signes de blessure par Processionnaire du Pin et traitement. 

Ancre "Lorsqu'on a léché une chenille, la douleur affecte sévèrement la bouche et le palais ; le corps de la langue et l'estomac sont fortement enflammés par le poison corrosif : aussi ils entraînent une terrible douleur, alors qu'au début cela ressemblait à une plaisante sensation de picotement. Un fort échauffement s'ensuit, ainsi qu'une répugnance à l'égard de la nourriture, et un désir incessant, mais infructueux de vomir. A la longue, si les soins ne sont pas donnés, la brûlure s'étend à tout le corps et l'estomac devient aussi ulcéré que par l'arsenic. Dioscoride. Aetius, Pline. Celse. Galien. Item II simpl. c.5. Et Avicenne Fos. Cap. 25. C'est pourquoi Aetius et Aegineta tiennent comme dangereux de servir les repas sous les Pins, ou de se reposer dessous, car, attirées peut-être par la viande ou le les vapeurs de bouillon, ou par le bruit des hommes, ces chenilles du Pins pourraient tomber sur la viande, ou laisser tomber leur semence, qui est aussi dangereuse qu'elles-mêmes. Ceux qui sont atteint par de tels maux devront utiliser les traitements en vigueur contre les Cantharides, car les mêmes moyens les soigneront : c'est à dire l'huile de Coing, appelée melinum oleum, qui doit être bue deux ou trois fois, pour déclencher le vomissement, comme l'a prescrit Dioscoride dans Aetius. Elles sont générées, ou plutôt régénérées, comme le Convolvulus, par la nourriture d'automne laissée dans la toile sur certaines aiguilles, ou du Convolvulus lui-même corrompu, comme le pense Scaliger."

Commentaires :

Matthiolus 1544 : voir le Discorsi en italien de Pietro Andrea Mattioli, dans la traduction française : - Les Commentaires de M.P. André Matthiole,... sur les six livres de la matière médicinale de Pedacius Dioscoride,... traduits de latin en françois par M. Antoine Du Pinet... augmentez... d'un Traité de chymie en abrégé... par un docteur en médecine. Derniere édition Lyon : J.-B. de Ville, 1680. Moffet s'inspire du Livre II chapitre LV page 164 :

"Quant aux Chenilles des Pins, les vallées d'Ananie et de Fleme auprès de Trente en sont toutes garnies parce qu'il y a force Pins. Elles font leurs nids aux cimes des branches des Pins, où on les voit par milliers, velues et roussâtres, avec plusieurs petites peaux dont elles sont enveloppées et revêtues. L'Hiver elles se cachent en ces petites peaux, et échappent par ce moyen la rigueur de l'Hiver. Leurs nids sont grands, et en peuvent tenir mille. Les pellicules dont elles sont enveloppées semblent à de fins draps de soie : mais elles sont plus subtiles. Elles sont fort bonnes à étancher le sang, étant appliquées : Voilà donc quant aux chenilles des Pins. "

 

Ailleurs, Moffet recopie Matthiolus dans sa traduction- commentaire de Dioscoride: Livre VI chapitre II page 496 : 

« Soudain qu'on a avalé des chenilles de Pin, il s'ensuit une grande douleur en la bouche, et au palais : et sent-on une inflammation véhémente en la lange, au ventre et en l'estomac. On a d'ailleurs, une douleur indicible des intestins : de sorte qu'il semble au patient qu'on lui ronge les boyaux. Tout son corps est en chaleur : et sent une anxiété intolérable. On y doit pourvoir avec les mêmes remèdes dont on use contre les Cantharides. Toute fois, au lieu d'huile d'olive simple, et d'huile de racine de Flambe, il faudra user d'huile de Pommes de Coing. 

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–Ulpianus in Lex Cornelia De sicariis et veneficis. (Loi Cornélienne contre les assassins et les empoisonneurs) : 3. Alio senatus consulto effectum est, ut pigmentarii, si cui temere cicutam salamandram aconitum pituocampas aut bubrostim mandragoram et id, quod lustramenti causa dederit cantharidas, poena teneantur huius legis. .Les Lois Cornéliennes ont été promulguées par Cornelius Sylla. http://droitromain.upmf-grenoble.fr/Leges/cornelia_sicariis.gr.html

 

2°) René-Antoine Ferchault de Réaumur.

http://www.biodiversitylibrary.org/item/49476#page/273/mode/1up

Réaumur fait mon admiration par son souci d'observer la nature dans ses plus petits mécanismes, et  de procéder à des expériences . Dans le troisième et le quatrième de ses Mémoires pour servir à l'histoire des insectes (tome II), il décrit les chenilles processionnaires du Chêne puis celles du Pin. Il est absolument fascinant de constater qu'il avait étudié, disséqué, examiné au microscope ou à la loupe, découvert et décrit les miroirs urticants dès 1734, soit 230 ans avant Demolin. J'en donnerai ici les morceaux choisis :

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TROISIEME MEMOIRE.

DES CHENILLES QUI VIVENT EN SOCIETE mais seulement pendant une partie de leur vie.

Page 121-176

Sur les processionnaires des Pins : page 149 :

Les forêts de pin nourrissent des chenilles [Pl.VII fig.3) d'une autre espèce, qui passent une grande partie de leur vie en société, et qui paraissent plus dignes d'attentions que les précédentes, par la quantité et la qualité de la soie dont elle fait le nid qu'elles habitent en commun. Je ne me suis pas trouvé à portée de les observer sur les lieux où elles s'élèvent, mais j'ai été mis en état de les suivre à Paris, par M. Raoul, Conseiller au Parlement de Bordeaux, qui a beaucoup de goût pour les observations d'histoire naturelle. Il m'écrivit à la fin de l'année 1731 que sur les pins de son pays on trouvait des nids de chenilles [Pl. III fig.1] qui étaient fort communs en certaines années, et qui quelquefois étaient plus gros que la tête d'un homme ; qu'il avait remarqué que la soie de ces nids étaient forte et blanche. Une lettre écrite conjointement par deux étudiants en médecine à Montpellier, et imprimée dans la même ville en 1710, sur la soie des chenilles du pin, m'avait donné envie depuis longtemps de connaître cette soie, et les chenille à qui elle est due. En faisant réponse à M. Raoul, je le priai de m'envoyer un nid de ces chenilles ; il eut l'obligeante attention de me le faire peu attendre, il m'en envoya un par le premier courrier qui partit après l'arrivée de celui par qui ma lettre lui avait été apportée. Le temps où je lui avais demandé, était celui où les chenilles d'un nid s'y sont retirées pour y passer l'hiver ; le nid arriva à bon port, et les chenilles dont il était peuplé ne parurent avoir souffert aucunement pour être venues en poste. Elles étaient en si bon état que plusieurs sortirent bientôt du nid, parce que je l'avais mis dans un cabinet où le printemps leur sembla être revenu. Je les portai ensuite dans un endroit plus froid, elles rentrèrent dans le nid, et n'en sortirent que quand 'air fut réellement devenu plus doux. Je voulus alors les nourrir, mais je ne pus avoir des feuilles de pins sur lesquels elles vivent : ce fut inutilement que je leur présentai des feuilles d'if, des feuilles d'épicéa, et d'autres feuilles que je jugeais les plus analogues à celles qui me manquaient. Elles périrent toutes successivement deux à trois semaines après que la douceur de la saison les eut invité à sortir, c'est à dire avant la fin de Mars. Nous verrons pourtant bientôt qu'il n'est pas sûr qu'elles soient péries de faim. M. Raoul m'a fait le plaisir de me renvoyer plusieurs de ces nids les années suivantes, autant que je lui en ai demandé. […]

page 152.

Les nids dont j'ai fait graver la figure, Planche VIII fig.1, était l'un des plus petits, il n'avait que huit pouces de longueur, et quatre pouces de diamètre à son gros bout ; mais les plus grands nids, et les plus petits sont faits sur le même modèle. Leur figure est toujours à peu près celle d'un cône renversé, ou pour parler moins noblement, et en donner une plus juste idée, le nid ressemble à un petit balai composé de beaucoup de feuilles étroites, telles que sont celles du pin ; des toiles de soie les ont forcées à prendre cette disposition, dans laquelle elles les maintiennent.

Page 155.

Les poils blancs ne sont point mêlés avec des poils feuille-morte : ils sortent immédiatement de la peau, et plus que d'ailleurs du milieu de la circonférence de chaque anneau, un peu au dessus des jambes ; Là il y a de chaque coté sur chaque anneau, ds poils qui forment une touffe, mais cette touffe n'a point un tubercule pour base. Pour revenir à la petite cavité renfermée par un rebord, Mlle du *** y observa encore une particularité : le dedans était rempli d'une matière comme cotonneuse, qui était formée de poils courts. [Planche VII fig.5]. Pendant que la chenille se donnait des mouvements, qu'elle ouvrait et qu'elle fermait cette espèce de stigmate, de petits flocons de ce coton s'élevait au dessus des bords de la cavité : ils paraissaient n'être plus adhérents au corps. Aussi étaient-ils poussés hors de l'enceinte, et quelquefois même ils étaient dardés dehors à quelque hauteur. Lorsque Mlle du *** voulut me faire voir le jeu de ces flocons, aucune des chenilles que je lui avais remises, ne voulut le montrer. Celles qu'elle avait eues venaient de sortir de leur nid pour la première fois depuis leur arrivée. J'eus quelque temps après un nouveau nid de ces chenilles, elles en sortirent, je fus attentif à les observer , et je vis le jeu des flocons de poils cotonneux. Apparemment que les poils courts, renfermés dans la petite enceinte, tiennent peu ensemble lorsque la chenille commence à quitter son nid, ; que les mouvements qu'elle se donne, achève de les détacher, et que ces mouvements sont même capables de les darder en l'air.

Aussi quelques jours après que ces chenilles ont commencé à sortir de leur nid, il ne paraît plus de poils dans ces enceintes, ou au plus il en paraît une petite touffe à chaque bout de l'ovale intérieur. On en voit alors une partie de la mécanique qui peut aider à les faire sortir, et même à les faire sauter, car dans certains moments, on voit que la partie du milieu de l'enceinte s'élève en pyramide bien au dessus des rebords de l'ovale.

Page 158 : la chrysalide puis le papillon 158-162 :

La chrysalide de cette chenille du pin [Planche VIII fig.4 et 5] est de la couleur la plus ordinaire aux chrysalides, d'un brun marron, mais la forme a quelque chose de particulier : sa partie antérieure est pointue, et beaucoup plus pointue que la postérieure : celle-ci est arrondie, et a deux courts crochets ; dans les chrysalides des autres chenilles, c'est le bout postérieur qui est pointu, et l'antérieur qui est arrondi.

Ce n'a été que vers la fin de juillet que les papillons de mon poudrier [Planche VIII fig. 6 à 9]ont quitté l'état de chrysalide, qu'ils sont sortis de terre. Le fond de couleur de leurs ailes supérieures est un gris qui n'est pas de la même nuance sur celles de tous ces papillons : le gris de celles-ci est un gris-blanc-cendré ; le gris de celles de quelques autres est un gris-brun ; des rayes brunes transversales, très ondées, et des taches brunes sont distribuées sur ce fond : le dessous des mêmes ailes est tout gris ; les deux cotés des ailes inférieures sont d'un gris clair, d'un gris presque blanc.

Ce papillon qui n'a rien dans les couleurs de ses ailes de propre à le faire bien distinguer de mille autres, a deux particularités qui ne permettent pas qu'on le confonde avec aucun de ceux que j'ai observés jusqu'ici. La première, et seulement remarquable dans les femelles de cette espèce, c'est que sur la partie supérieure de leur corps près du derrière, il y a une plaque brune, plus relevée que ce qui l'entoure, et un peu luisante [Planche VIII fig.8 ee] ; le reste du corps est velu et feuille-morte. La couleur, la forme et le luisant de cette espèce de plaque arrêtèrent mon attention la première fois que je la vis. Je tenais une épingle à la main, avec laquelle je la touchai, pour examiner la structure. Le frottement de l'épingle produisit un petit spectacle qui me surprit : sur le champ je vis une nuée de petites paillettes qui se détacha. Ces paillettes s'éparpillèrent de toutes parts, quelques-unes furent comme dardées en haut, d'autres sur les cotés ; mais le fort de la nuée fut de celles qui tombèrent doucement par terre. Chacun de ces corps que j'appelle des paillettes sont des lames [Planche VIII fig.12] extrêmement minces, qui ont quelques ressemblances avec les poussières des ailes des papillons, mais qui sont bien autrement grandes ; quelques unes ont plus d'une ligne et demi de longueur et les plus courtes ont une ligne. Leur figure est celle d'espèces de palettes : un de leurs bouts est pointu ; c'est celui qui est piqué dans la peau ; de là elles vont en s'élargissant, en prenant un peu de rondeur jusques à leur autre bout qui est arrondi, et l'endroit où elles sont le plus larges. Là leur largeur est à peu près égale à la moitié de leur longueur. Elles ne sont pas absolument planes, elles sont courbées de manière que celle de leur face qui est la plus proche du corps du papillon est un peu concave, et par conséquent la face supérieure et opposée est convexe.

La plaque élevée qui se fait remarquer sur le derrière de ces papillons est donc un amas, et un amas prodigieux de ces espèces d'écailles en forme de palettes : en frottant à diverses reprises cette plaque avec la pointe d'une épingle ou d'un canif, on peut faire tomber plusieurs fois des pluies de ces écailles : on est étonné qu'il puisse y en avoir autant d'entassées dans un si petit espace, mais c'est qu'elles sont extrêmement minces ; elles sont par conséquent légères ; d'où il arrive que pour peu qu'il y ait d'agitation dans l'air, elle suffit pour en faire élever assez haut un grand nombre, et pour en disperser beaucoup d'autres de différents cotés, indépendamment de celles qui tombent par terre.

Si on observe avec la loupe la plaque formée de toutes des petites écailles [fig.11], on voit qu'elles sont posées en recouvrement les unes sur les autres, mais de façon qu l'intérieur ne déborde de presque rien sur la supérieure.

Je ne sais s'il y a des papillons mâles de cette espèce sur le derrière desquels on trouve cette plaque d'écaille, mais je ne l'ai trouvée à aucun de ceux qui sont nés chez moi, et je l'ai vu à toutes les femelles. Celles-ci ont bien l'air d'en faire quelque usage pour envelopper leurs œufs : ces écailles ainsi placées sur le derrière, et si aisées à détacher, ont une forte analogie avec les poils entassés autour du derrière de certains papillons, et que nous leur avons vu mettre en œuvre avec tant d'adresse. Mais les papillons des chenilles du pin n'ont pas voulu pondre chez moi, et, par conséquent, ils ne m'ont point appris s'ils emploient ces écailles pour couvrir leurs œufs, ni ce qu'ils font de tant d'écailles rassemblées autour de leur derrière qui ne leur ont pas été données et placées là pour être inutiles.

(Voir ici [La Ponte]  le rôle de ces écailles et la justesse de déduction de Réaumur : http://www.insectes-net.fr/processionnaire/process2.htm   )

 

QUATRIEME MEMOIRE.

Mémoire IV. Page 179-204. Planches X à XII

DES CHENILLES QUI VIVENT EN SOCIETE PENDANT TOUTE LEUR VIE : A l'occasion desquelles on examine la cause des démangeaisons et des cuissons de peau qui sont produites par quelques chenilles.

De toutes les républiques de chenilles que je connais, les plus considérables sont celles d'une espèce de chenilles qui vit sur le chêne. Chacune de ces républiques, comme les autres dont nous avons parlé, n'est pourtant qu'une même famille, elle n'est de même formée que de chenilles nées d'un seul papillon, mais c'est une famille bien nombreuse : il y en a telle qui est peut-être composée de plus de 600, et même de 700 à 800 chenilles.

Page 197

Il faut pourtant avouer qu'il y en a qui en certains temps sont même à craindre, lorsqu'on ne fait que les observer de près, quoiqu'on ne les touche pas. Elles sont pour ainsi dire entourées d'une atmosphère dans laquelle voltigent de petits poils courts, et qui sont comme d'autant de petits dards qui pénètrent dans la peau, pour peu qu'ils viennent à la toucher. Les chenilles qui vivent en si grandes sociétés sur le pin [Planche 7 fig.3], dont nous avons parlé dans le Mémoire précédent, sont de celles que je crois entourées d'une atmosphère si propre à exciter des démangeaisons. Il m'est arrivé bien des fois d'en sentir, après les avoir considérées de près, sans les avoir maniées.

Aussi avons-nous vu dans le Mémoire précédent qu'elles ont sur le dos des espèces de stigmates, différents de ceux par lesquels elles respirent l'air, et qu'il y a des temps où des flocons de poils sont visiblement dardés assez loin par ces stigmates. Alors, assurément, de leurs plus petits poils, et qui n'étaient pas amoncelés, peuvent être portés et dispersés par des mouvements de la chenille, qui ne sufissent par pour détacher des flocons.

.

Les Pityocampes, c'est à dire, les chenilles du Pin et Epicéas, sont aussi fines qu'un petit doigt humain, et aussi long que la largeur de trois doigts. Ils ont onze incisions entre la tête et la queue, et ils ont 16 pattes comme les autres chenilles, précisément trois sur les deux cotés de la tête, quatre sur les deux cotés du milieu du corps, et une de chaque coté de la queue : mais la premières sont en crochet et petites, avec lesquelles elles trouvent leur chemin, et les autres sont plus larges et dentelées comme des scies, afin de mieux s'accrocher aux branches. La tête est comme celle des fourmis, le reste est semblable aux autres chenilles. Elles sont couvertes de poils et complètement entourées d'épines pointues ; les poils des cotés sont blancs et brillent dans le dos ; la partie médiane est ornée de points comme des yeux : les épines étant rasées, il y a une peau noire en dessous, leurs poils très fins, qui piquent plus vivement qu'une aiguille, et causent une grande douleur, un échauffement, de la fièvre, des fourmillements, et un malaise général. Le poison rentre subitement sans aucun sens de la blessure, et est transporté de part près des intestins. Elles tissent une toile fine comme les araignées, dessinant et disposant leur filet avec leurs pattes antérieures. Durant la nuit elles rentrent à l'intérieur, comme sous une tente, où elles échappent au froid et au vents. La matière dont est faite cette tente est si solide et si fine, qu' elles ne sont menacées ni par les plus forts vents, ni par les pluies ; et elles sont si spacieuses qu'un millier de chenilles peuvent y trouver place. Elles font leur toiles dans les petites touffes d' aiguilles de Pins et d'Épicéas, où elles ne vivent pas en solitaires comme les autres, mais en colonies. Moyen par lequel elles étendent leur course, elles tissent et transportent leur toile avec elles. Et dans la journée, seulement s'il fait beau, les plus grandes accompagnant les plus petites par troupes, et ayant dénudé l'arbre de ses aiguilles, car elles le dévastent totalement, elles travaillent durement au tissage. Seulement ce fléau des Pins et Épicéas n'atteint pas les autres conifères. Sur le Mont Athos, dans les Bois du Trentin, et dans les Alpes, elles abondent, en raison de la quantité de nourriture qu'elles y trouvent, comme en atteste Matthiolus. Ce sont vraiment les créatures les plus venimeuses, que vous les touchiez superficiellement avec les mains, ou qu'elles vous atteignent par voie interne. Elles sont considérées de longue date comme du poison, puisque Ulpian interprétant la loi Cornélienne De Sicariis concernant les meurtriers privés réclame contre eux qu'ils soient punis en leur donnant à boire une Processionnaire du Pin. Sect. Alium . ff. ad. Leg. Corn. De fic.

Signes de blessure par Processionnaire du Pin et traitement. 

Ancre "Lorsqu'on a léché une chenille, la douleur affecte sévèrement la bouche et le palais ; le corps de la langue et l'estomac sont fortement enflammés par le poison corrosif : aussi ils entraînent une terrible douleur, alors qu'au début cela ressemblait à une plaisante sensation de picotement. Un fort échauffement s'ensuit, ainsi qu'une répugnance à l'égard de la nourriture, et un désir incessant, mais infructueux de vomir. A la longue, si les soins ne sont pas donnés, la brûlure s'étend à tout le corps et l'estomac devient aussi ulcéré que par l'arsenic. Dioscoride. Aetius, Pline. Celse. Galien. Item II simpl. c.5. Et Avicenne Fos. Cap. 25. C'est pourquoi Aetius et Aegineta tiennent comme dangereux de servir les repas sous les Pins, ou de se reposer dessous, car, attirées peut-être par la viande ou le les vapeurs de bouillon, ou par le bruit des hommes, ces chenilles du Pins pourraient tomber sur la viande, ou laisser tomber leur semence, qui est aussi dangereuse qu'elles-mêmes. Ceux qui sont atteint par de tels maux devront utiliser les traitements en vigueur contre les Cantharides, car les mêmes moyens les soigneront : c'est à dire l'huile de Coing, appelée melinum oleum, qui doit être bue deux ou trois fois, pour déclencher le vomissement, comme l'a prescrit Dioscoride dans Aetius. Elles sont générées, ou plutôt régénérées, comme le Convolvulus, par la nourriture d'automne laissée dans la toile sur certaines aiguilles, ou du Convolvulus lui-même corrompu, comme le pense Scaliger."

Commentaires :

Matthiolus : voir Mattioli, Pietro Andrea dans la traduction française : - Les Commentaires de M.P. André Matthiole,... sur les six livres de la matière médicinale de Pedacius Dioscoride,... traduits de latin en françois par M. Antoine Du Pinet... augmentez... d'un Traité de chymie en abrégé... par un docteur en médecine. Derniere édition Lyon : J.-B. de Ville, 1680. Moffet s'inspire du Livre II chapitre LV page 164 :

"Quant aux Chenilles des Pins, les vallées d'Ananie et de Fleme auprès de trente en sont toutes garnies parce qu'il y a force Pins. Elles font leurs nids aux cimes des branches des Pins, où on les voit par milliers, velues et roussâtres, avec plusieurs petites peaux dont elles sont enveloppées et revêtues. L'Hiver elles se cachent en ces petites peaux, et échappent par ce moyen la rigueur de l'Hiver. Leurs nids sont grands, et en peuvent tenir mille. Les pellicules dont elles sont enveloppées semblent à de fins draps de soie : mais elles sont plus subtiles. Elles sont fort bonnes à étancher le sang, étant appliquées : Voilà donc quant aux chenilles des Pins. "

 

Ailleurs, Moffet recopie Matthiolus :: Livre VI chapitre II page 496 : 

« Soudain qu'on a avalé des chenilles de Pin, il s'ensuit une grande douleur en la bouche, et au palais : et sent-on une inflammation véhémente en la lange, au ventre et en l'estomac. On a d'ailleurs, une douleur indicible des intestins : de sorte qu'il semble au patient qu'on lui ronge les boyaux. Tout son corps est en chaleur : et sent une anxiété intolérable. On y doit pourvoir avec les mêmes remèdes dont on use contre les Cantharides. Toute fois, au lieu d'huile d'olive simple, et d'huile de racine de Flambe, il faudra user d'huile de Pommes de Coing. 

.

–Ulpianus in Lex Cornelia De sicariis et veneficis. (Loi Cornélienne contre les assassins et les empoisonneurs) : 3. Alio senatus consulto effectum est, ut pigmentarii, si cui temere cicutam salamandram aconitum pituocampas aut bubrostim mandragoram et id, quod lustramenti causa dederit cantharidas, poena teneantur huius legis. .Les Lois Cornéliennes ont été promulguées par Cornelius Sylla. http://droitromain.upmf-grenoble.fr/Leges/cornelia_sicariis.gr.html

Les Pityocampes, c'est à dire, les chenilles du Pin et Epicéas, sont aussi fines qu'un petit doigt humain, et aussi long que la largeur de trois doigts. Ils ont onze incisions entre la tête et la queue, et ils ont 16 pattes comme les autres chenilles, précisément trois sur les deux cotés de la tête, quatre sur les deux cotés du milieu du corps, et une de chaque coté de la queue : mais la premières sont en crochet et petites, avec lesquelles elles trouvent leur chemin, et les autres sont plus larges et dentelées comme des scies, afin de mieux s'accrocher aux branches. La tête est comme celle des fourmis, le reste est semblable aux autres chenilles. Elles sont couvertes de poils et complètement entourées d'épines pointues ; les poils des cotés sont blancs et brillent dans le dos ; la partie médiane est ornée de points comme des yeux : les épines étant rasées, il y a une peau noire en dessous, leurs poils très fins, qui piquent plus vivement qu'une aiguille, et causent une grande douleur, un échauffement, de la fièvre, des fourmillements, et un malaise général. Le poison rentre subitement sans aucun sens de la blessure, et est transporté de part près des intestins. Elles tissent une toile fine comme les araignées, dessinant et disposant leur filet avec leurs pattes antérieures. Durant la nuit elles rentrent à l'intérieur, comme sous une tente, où elles échappent au froid et au vents. La matière dont est faite cette tente est si solide et si fine, qu' elles ne sont menacées ni par les plus forts vents, ni par les pluies ; et elles sont si spacieuses qu'un millier de chenilles peuvent y trouver place. Elles font leur toiles dans les petites touffes d' aiguilles de Pins et d'Épicéas, où elles ne vivent pas en solitaires comme les autres, mais en colonies. Moyen par lequel elles étendent leur course, elles tissent et transportent leur toile avec elles. Et dans la journée, seulement s'il fait beau, les plus grandes accompagnant les plus petites par troupes, et ayant dénudé l'arbre de ses aiguilles, car elles le dévastent totalement, elles travaillent durement au tissage. Seulement ce fléau des Pins et Épicéas n'atteint pas les autres conifères. Sur le Mont Athos, dans les Bois du Trentin, et dans les Alpes, elles abondent, en raison de la quantité de nourriture qu'elles y trouvent, comme en atteste Matthiolus. Ce sont vraiment les créatures les plus venimeuses, que vous les touchiez superficiellement avec les mains, ou qu'elles vous atteignent par voie interne. Elles sont considérées de longue date comme du poison, puisque Ulpian interprétant la loi Cornélienne De Sicariis concernant les meurtriers privés réclame contre eux qu'ils soient punis en leur donnant à boire une Processionnaire du Pin. Sect. Alium . ff. ad. Leg. Corn. De fic.

Signes de blessure par Processionnaire du Pin et traitement. 

Ancre "Lorsqu'on a léché une chenille, la douleur affecte sévèrement la bouche et le palais ; le corps de la langue et l'estomac sont fortement enflammés par le poison corrosif : aussi ils entraînent une terrible douleur, alors qu'au début cela ressemblait à une plaisante sensation de picotement. Un fort échauffement s'ensuit, ainsi qu'une répugnance à l'égard de la nourriture, et un désir incessant, mais infructueux de vomir. A la longue, si les soins ne sont pas donnés, la brûlure s'étend à tout le corps et l'estomac devient aussi ulcéré que par l'arsenic. Dioscoride. Aetius, Pline. Celse. Galien. Item II simpl. c.5. Et Avicenne Fos. Cap. 25. C'est pourquoi Aetius et Aegineta tiennent comme dangereux de servir les repas sous les Pins, ou de se reposer dessous, car, attirées peut-être par la viande ou le les vapeurs de bouillon, ou par le bruit des hommes, ces chenilles du Pins pourraient tomber sur la viande, ou laisser tomber leur semence, qui est aussi dangereuse qu'elles-mêmes. Ceux qui sont atteint par de tels maux devront utiliser les traitements en vigueur contre les Cantharides, car les mêmes moyens les soigneront : c'est à dire l'huile de Coing, appelée melinum oleum, qui doit être bue deux ou trois fois, pour déclencher le vomissement, comme l'a prescrit Dioscoride dans Aetius. Elles sont générées, ou plutôt régénérées, comme le Convolvulus, par la nourriture d'automne laissée dans la toile sur certaines aiguilles, ou du Convolvulus lui-même corrompu, comme le pense Scaliger."

Commentaires :

Matthiolus : voir Mattioli, Pietro Andrea dans la traduction française : - Les Commentaires de M.P. André Matthiole,... sur les six livres de la matière médicinale de Pedacius Dioscoride,... traduits de latin en françois par M. Antoine Du Pinet... augmentez... d'un Traité de chymie en abrégé... par un docteur en médecine. Derniere édition Lyon : J.-B. de Ville, 1680. Moffet s'inspire du Livre II chapitre LV page 164 :

"Quant aux Chenilles des Pins, les vallées d'Ananie et de Fleme auprès de trente en sont toutes garnies parce qu'il y a force Pins. Elles font leurs nids aux cimes des branches des Pins, où on les voit par milliers, velues et roussâtres, avec plusieurs petites peaux dont elles sont enveloppées et revêtues. L'Hiver elles se cachent en ces petites peaux, et échappent par ce moyen la rigueur de l'Hiver. Leurs nids sont grands, et en peuvent tenir mille. Les pellicules dont elles sont enveloppées semblent à de fins draps de soie : mais elles sont plus subtiles. Elles sont fort bonnes à étancher le sang, étant appliquées : Voilà donc quant aux chenilles des Pins. "

 

Ailleurs, Moffet recopie Matthiolus :: Livre VI chapitre II page 496 : 

« Soudain qu'on a avalé des chenilles de Pin, il s'ensuit une grande douleur en la bouche, et au palais : et sent-on une inflammation véhémente en la lange, au ventre et en l'estomac. On a d'ailleurs, une douleur indicible des intestins : de sorte qu'il semble au patient qu'on lui ronge les boyaux. Tout son corps est en chaleur : et sent une anxiété intolérable. On y doit pourvoir avec les mêmes remèdes dont on use contre les Cantharides. Toute fois, au lieu d'huile d'olive simple, et d'huile de racine de Flambe, il faudra user d'huile de Pommes de Coing. 

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–Ulpianus in Lex Cornelia De sicariis et veneficis. (Loi Cornélienne contre les assassins et les empoisonneurs) : 3. Alio senatus consulto effectum est, ut pigmentarii, si cui temere cicutam salamandram aconitum pituocampas aut bubrostim mandragoram et id, quod lustramenti causa dederit cantharidas, poena teneantur huius legis. .Les Lois Cornéliennes ont été promulguées par Cornelius Sylla. http://droitromain.upmf-grenoble.fr/Leges/cornelia_sicariis.gr.html

Réaumur, Mémoire III tome 2, anneau et "stigmate" de Processionnaire du Pin, Planche VII fig. 3-7.

Réaumur, Mémoire III tome 2, anneau et "stigmate" de Processionnaire du Pin, Planche VII fig. 3-7.

SOURCES ET LIENS.

 

 

DEMOLIN (G.) 1963 Les 'miroirs' urticants de la processionnaire du pin (Thaumetopoea pityocampa Schiff.) - Revue de Zoologie agricole et appliquée, 1963

— FRAVAL (Alain), 2007, -Les Processionnaires. Première partie. La Processionnaire du Pin. OPIE - Insectes n°147, pages 35 à 39.

 

http://www7.inra.fr/opie-insectes/pdf/i147fraval3.pdf

— FABRE Jean-Henri-Casimir), 1898, Souvenirs entomologiques  chapitres 18 à 23 de la série VI 

http://www.e-fabre.com/e-texts/processionnaire.htm

— FRAVAL (Alain), 2010, Les insectes fileurs de soie INRA OPIE-Insectes http://www7.inra.fr/opie-insectes/pdf/i156fraval1.pdf

LAMY (Michel), Novak (Françoise), 1987, The oak processionary caterpillar (Thaumetopoea processionea L.) an urticating caterpillar related to the pine processionary caterpillar (Thaumetopoea pityocampa Schiff.) (Lepidoptera, Thaumetopoeidae) Experientia April 1987, Volume 43, Issue 4, pp 456-458

http://link.springer.com/article/10.1007%2FBF01940453

 

Thaumetopoein: An urticating protein from the hairs and integument of the pine processionary caterpillar (Thaumetopoea pityocampa schiff., Lepidoptera, Thaumetopoeidae)

Michel Lamy 1, Marie-Hélène Pastureaud 1, Françoise Novak 1, Georges Ducombs 2, Philippe Vincedeau 2, Jean Maleville 2, Lucien Texier 2

LAMY  M et al. 1987, : "Thaumetopoein: an urticating protein from the hairs and integument of the pine processionary caterpillar (Thaumetopoea pityocampa Schiff.)" Toxicon 24/4/1986. pages 347-56.

Abstract

Hairs of the Thaumetopoea pityocampa caterpillar (Lepidoptera) cause a cutaneous reaction in man and animals. The irritating fraction extracted from hairs contains soluble proteins which were separated by various electrophoretic and immunoelectrophoretic techniques. Some of these proteins are present also in cuticle and haemolymph. One protein of 28,000 mol. wt is hair specific and caused a reaction in pig skin identical to that produced by hair extract. It is therefore an urticating protein which we have named thaumetopoein. This protein is formed of two subunits of molecular weights 13,000 and 15,000. It is present in large quantities in the glands producing urticating hairs.

— MITALI (Ettore), 2015, Proteins associated with the urticating setae of the Pine processionary Moth  Thaumetopoea pityocampa (Denis & Schiffermüller 1775) Supervisor: Prof. Andrea Battisti Co-supervisor: Dr. Laura Berardi, Master Thesis in forest and environmental sciences. 

 

http://tesi.cab.unipd.it/47891/1/Mitali,_Ettore.pdf

MONEO   I., Battisti A., Dufour B., García-Ortiz J.C., González-Munoz M., Moutou F., Paolucci P., Petrucco Toffolo E., Rivière J., Rodriguez-Mahillo A.I., Roques A., Roques L., Vega J.M. & Vega J. (2015). Medical and Veterinary Impact of the Urticating Processionary Larvae. In: Processionary moths and climate change: an update (ed. A. Roques). Springer-Quae, Dordrecht: 359-410.

— RÉAUMUR (René-Antoine Ferchault de ),1734-1742,  Mémoires pour servir à l'Histoire des insectes, Tome 2, 

 

— Références Thaumetopoea INRA 

http://www7.inra.fr/urticlim/publications__1/references_thaumetopoea_generalites

— http://aramel.free.fr/INSECTES13-41'-1.shtml

— http://documents.irevues.inist.fr/bitstream/handle/2042/20421/RFF_1970_S_LBF_220.pdf?sequence=1?

— http://insectes-net.fr/processionnaire/process5.htm

— http://www.futura-sciences.com/fr/doc/t/zoologie-1/d/la-chenille-processionnaire-du-pin_700/c3/221/p4/

 

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Published by jean-yves cordier
10 janvier 2016 7 10 /01 /janvier /2016 08:56

Le manuscrit des Cocharelli : un bestiaire d'insectes du XIVe siècle.

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Le site web du Museum de Toulouse a publié un remarquable article sur le Manuscrit Cocharelli : "Des sciences naturelles avant la lettre : le surprenant bestiaire des Cocharelli."

Rédigé par Colette Bitsch, entomologiste, chargée de Recherche honoraire au CNRS, c'est le résumé de son travail antérieur publié en 2014 : Colette Bitsch, "Le Maître du codex Cocharelli: enlumineur et pionnier dans l'observation des insectes", in Laurence Talairach-Vielmas & Marie Bouchet (eds), History and Representations of Entomology in Literature and the Arts. (Bruxelles: Peter Lang, 2014).

Pour celui qui, comme moi, cherche à retracer l'histoire de l'étude des papillons, (et, par ce biais, l'histoire de l'entomologie) et à retrouver les illustrations les plus précoces des diverses espèces de papillons, cet article était un vrai cadeau. Et ce manuscrit s'avère un trésor. Car cinq genres ou espèces de lépidoptères, identifiables, s'y trouvaient enluminées sur un manuscrit italien du quatorzième siècle ! Entre 1330 et 1340, près de 250 ans avant Joris Hoefnagel, que je considère comme le précurseur du naturalisme scientifique !

Certes, on cite la Piéride du Chou enluminée sur le Alphonso and Bird Psalter anglais vers 1309 (The Bird Psalter, Fitzwilliam Museum, University of Cambridge, , MS 2- 1954, f. 1r). Ou bien la libellule Calopteryx splendens et les deux Aglais urticae (Petite Tortue) des marges du Bréviaire de Belleville entre 1323 et 1326, par l'atelier parisien de Jean de Pucelle. Mais l'ensemble des autres papillons peints ou enluminés sont fantaisistes (Nazari, 2014).

Le Codex Cocharelli nous est parvenu incomplet, fragmenté et dispersé. Les folios connus sont conservés à la British Library sous les cotes Egerton 3127 (folio 1 et 2) et Egerton 3781 ( folio 1), Additional 28841 (7 folios ff. 1-7) et Additional 27695 (15 fragments), mais on doit y ajouter ceux du Musée des Arts de Cleveland (J.H. Wade Fund n.1953.152) et du Musée du Bargello de Florence (inv. 2065). Une autre section a été vendue à Berlin le 12 mai 1930 comme appartenant au "Eine Wiener Sammlung", lot 3 avec planches. Le texte est disposé sur deux colonnes, dans une écriture gothique , sur des feuillets de parchemin de 170 x 110 mm environ, utilisées au recto et au verso, dans un ensemble relevant d'un artisanat de grand luxe et très coûteux.

En 1952, A.C. Combrie a commencé de tenter d'identifier les insectes du Ms 28841. Colette Bitsch a poursuivi ces identifications en 2014.

Je me suis d'abord contenté de copier l'article mis en ligne par le Muséum (j'en place le texte en retrait), mais j'ai ensuite approfondi, lorsque je l'ai cru utile, les informations sur les espèces de lépidoptères identifiées. Je me suis fait communiquer l'article de C. Bitsch de 2014, et j'en ai recopié également des extraits. Je souhaite rendre hommage à la qualité littéraire de cet article de Colette Bitsch.

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Colette Bitsch. Des sciences naturelles avant la lettre : le surprenant bestiaire des Cocharelli.

 

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"Depuis quand observe-t-on en détail les insectes au point de réussir des représentations fidèles et donc facilement identifiables ? Il faut attendre les XVIe et surtout XVIIe siècles pour que naisse une Entomologie illustrée. Pourtant, une exception existe à cette assertion bien établie : un manuscrit médiéval orné de nombreux insectes dont le naturalisme stupéfiant anticipe de trois cents ans au moins l'avènement des Sciences Naturelles. Ce document si peu ordinaire est présenté ici."

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.Des sciences naturelles avant la lettre : le surprenant bestiaire des Cocharelli.

Egerton 3127, extrait de la marge basse de f. 2v. British library de Londres. Domaine public.

"Portraits en médaillon de divers insectes extraits du manuscrit Cocharelli : en haut, de gauche à droite, criquet en plein vol montrant ses ailes postérieures rouges puis un cousin (Tipula) vu de profil. "

 

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enluminure insectes

Egerton 3781, marge basse de f. 1v. British library de Londres. Domaine public.  

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Dessous, de gauche à droite, on reconnaît aisément un criquet vu de profil puis trois insectes en plein vol et en vue dorsale : cousin, criquet à ailes postérieures bleues et un criquet à ailes postérieures transparentes.

    
 

Contexte historique

Au XIVe siècle, une riche famille de banquiers vivait à Gênes : les Cocharelli. Pour assurer l'éducation de leurs enfants, le père et le grand-père avaient écrit un manuel scolaire à usage privé. Le texte latin, transcrit sur parchemin et luxueusement enluminé, est tombé dans l'oubli pendant 5 siècles. Vers la fin du XIXe siècle, puis au siècle suivant, quelques uns des feuillets du manuscrit sont apparus sur les marchés de l'Art. Or certaines miniatures composent un véritable atlas de représentations entomologiques peintes dans un naturalisme totalement inédit pour l'époque. En effet, au XIVe siècle, les quelques papillons qui animaient les décors fleuris de manuscrits n'étaient que des schémas aussi improbables que fantaisistes et les abeilles, pourtant bien connues en raison de leurs productions de cire et de miel, étaient souvent évoquées comme de petits oiseaux.
    Les études de spécialistes en manuscrits anciens ont permis de dater ce manuscrit Cocharelli entre 1330 et 1340, mais l'identité de l'artiste enlumineur est restée une énigme. Ce trésor familial comprenait un traité de morale écrit en prose sous forme d'un dialogue entre un père et son fils Petit-Jean, puis un récit versifié par le grand-père Pelegrino, rapportant des évènements historiques survenus dans la Sicile du XIIIe siècle.


Les loisirs savants d'une famille riche et cultivée

Plusieurs grandes enluminures insérées dans le traité de morale présentent la famille Cocharelli. L'une d'elles offre, sur un fond de tapis orientaux, les portraits du grand-père, puis de Petit-Jean représenté avec un oiseau perché sur son poing gauche ganté tel celui d'un fauconnier et enfin le portrait du père guidant affectueusement son fils. Les trois personnages sontrichement vêtus selon le haut rang que tenait cette famille au sein de la société génoise médiévale.

https://www.bl.uk/catalogues/illuminatedmanuscripts/ILLUMINBig.ASP?size=big&IllID=1301


trois portraits
     
Trois portraits. Additional 27695, extrait de f. 2v. British library de Londres. Domaine public.


    Une seconde enluminure, également en pleine page, montre cette famille aisée dans la pleine campagne et s'adonnant à lachasse aux faucons en compagnie des enfants. Canards, cigognes, perdrix, huppes, faisans, chardonnerets, pies et autres oiseaux charognards sont ici parfaitement identifiables en dépit de leur miniaturisation. Il se pourrait que l'enlumineur, ou bien la famille Cocharelli, ait disposé d'une très rare copie enluminée du traité de fauconnerie « De l'art de chasser au moyen des oiseaux » écrit au XIIIe siècle par Frédéric II de Hohenstaufen (1194-1250) dans lequel l'empereur avait inséré une véritable faune ornithologique.

Folio 1v

https://www.bl.uk/catalogues/illuminatedmanuscripts/ILLUMINBig.ASP?size=big&IllID=7744

enluminure chasse

Chasse au faucon. Egerton 3127, f. 1v. (11cmx17cm). British library de Londres. Domaine public.   


    "Les enluminures parvenues jusqu'à nous à ce jour laissent penser que le cercle familial Cocharelli initiait la jeunesse à l'observation de la nature sur le terrain et que la conquête du milieu aérien par les animaux ailés, oiseaux et insectes, aurait été des sujets d'études privilégiés. Voilà un comportement surprenant d'anachronisme puisque, dans le même temps, tous les bestiaires médiévaux diffusaient des fables animalières édifiantes ou des contes à dormir debout venus de traditions anciennes."

Un remarquable répertoire d'insectes

"Notre surprise devient stupéfaction devant le décor animalier dispersé dans les marges cernant le texte du poème historique. Ces marges sont littéralement envahies d'une faune diversifiée, principalement entomologique. Cette galerie zoologique sans rapport avec le texte a été longtemps considérée comme strictement ornementale. Cependant, une analyse approfondie récente révèle que les animaux n'étaient pas du tout un décor anodin mais composaient des leçons de Sciences Naturelles mises en images et propres à susciter l'éveil du sens de l'observation de la nature et l'éveil de la curiosité à l'égard du concret.En outre, des répartitions d'animaux selon leurs mœurs, des figurations à l'évidence pédagogiques, les repérages de stades immatures et de stades adultes, mettent en relief une parfaite connaissance du Traité de Zoologie d‘Aristote.
 
Ad. 28841 Folio 4v. Observons par exemple les animaux identifiables sur deux pages empruntées au récit historique. Les échantillons sont comme posés sur des plantes volubiles. En haut d'une première page dont les marges sont tapissées d'un lierre ornemental schématisé, deux profils de Coléoptères Scarabéides (Oryctes nasicornis) se font face en haut de page. A coté est placé un Hémiptère aquatique muni de pattes postérieures natatoires : une notonecte. Dans la marge droite, en haut et en bas, sont représentés deux Hémiptères Pentatomides, des punaises aux formes géométriques typiques. L'artiste a représenté l'insecte du haut avec des ailes antérieures coriacées mises au repos sur le dos alors que celui du bas est pédagogiquement présenté avec les ailes antérieures écartées pour laisser découvrir la seconde paire d'ailes membraneuses. Ce type de démonstration didactique est repris sur l'Oryctes de la marge basale : la seconde paire d'ailes dégagées montre bien son réseau de nervures. Le coléoptère est encadré de deux papillons d'une même espèce mais l'un, dessiné  en vue dorsale, a les ailes étalées alors que l'autre, vu de profil, a les ailes au repos. A leur coloration typique il est aisé de reconnaître des Arctiidae mâles : Utethesia pulchella, une espèce méridionale migratrice. On remarque aussi dans le haut de l'entrecolonne, une forme immature de punaise avec des fourreaux alaires courts laissant voir la face dorsale aplatie de l'insecte."

-Bitsch 2014 : "La troisième punaise  est une forme juvénile placée sur le coté gauche de l'entre-colonne, à cheval sur les lignes 10 et 12 du texte versifié. L'immaturité de l'individu se reconnaît par les deux fourreaux alaires courts dégageant la face dorsale de l'abdomen."

 

enluminures insectes
  Insectes. Additional 28841, f. 4v. (11 x 17 cm). British Library de Londres. Domaine public.

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"Le  folio 5v présente deux espèces typiquement méditerranéennes, étalées sur les feuillages d'une courge en fleurs et en fruits. Dans la marge droite apparaît le stupéfiant réalisme objectif d'une véritable étude comparée des faces dorsale et ventrale de la cigale de l'Orne ou cigale grise, Cicada orni (un Homoptère de grande taille). La perfection des observations faites sur les nervures alaires, le rostre piqueur, les plaques ventrales recouvrant les organes du chant et l'armure génitale mâle, est totalement inédite dans cette première moitié du XIVe siècle.

-Bitsch 2014 : "l'artiste a vu parfaitement les petites antennes fines insérées entre deux yeux proéminents, le rostre piqueur glissé au repos entre la base des pattes thoraciques, la segmentation de l'abdomen. [...] Des petites taches sombres présentes sur les ailes de l'insecte permettent de reconnaître l'espèce, la cigale du frêne  ou Cicada orni".

 

Dans la marge du bas et comme posés au sol se font face deux Truxalis, soit deux curieux criquets dits « à long nez ». Ces Acridiens sont mal visibles dans la nature car leurs formes et couleurs les confondent avec les herbes où ils vivent communément. Mais ils n'ont pas échappé aux regards curieux et exercés des Cocharelli."

- Bitsch 2014 :  "L'enlumineur a bien repéré la tête prolongée en cône, porteuse de gros yeux ovales et d'antennes élargies à la base. Il a vu combien les pattes postérieures, allongées pour le saut, paraissent grèles. En outre, il a parfaitement repéré l'existence de deux formes, l'une claire, l'autre foncée. "

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enluminure insectes

Insectes.  Additional 28841, f. 5v. (11 x 17 cm). British Library de Londres. Domaine public.

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    "Enfin, le traité de morale accueille lui même des insectes ailés, associés par quatre dans  de nombreux bas de page. Chaque animal est enchâssé dans un médaillon schématiquement végétalisé. Ce sont de véritables portraits incrustés dans les marges dorées et filigranées de rouge vermillon éclatant. Voici de gauche à droite : un petit Sphingide, Macroglossum stellatarum, très commun et dont le comportement évoque celui de l'oiseau-mouche en vol stationnaire ; ensuite ce sont une Noctuelle et un petit Rhopalocère aux ailes tachetées de la famille des Hespérides, Pyrgus malvae; tout à droite, l'insecte présentant des ailes membraneuses et une « taille de guêpe » très allongée est un Sphécide qui pourrait être une guêpe solitaire et maçonne, tel un Sceliphron."

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Egerton 3127 Folio 1r
https://www.bl.uk/catalogues/illuminatedmanuscripts/ILLUMIN.ASP?Size=mid&IllID=11857

et zoom

 https://www.bl.uk/catalogues/illuminatedmanuscripts/ILLUMINBig.ASP?size=big&IllID=11857

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 enluminures insectes
Insectes. Egerton 3127, marge basse de f. 1r. (extrait de 11 x 3 cm). British Library de Londres. Domaine public.

 

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"En somme, cet étonnant atlas de figurations entomologiques aurait joué le rôle d'un cabinet de curiosités avant la lettre chez les Cocharelli : les représentations d'espèces, très diverses mais toutes méditerranéennes et toutes banales dans la campagne lombarde, auraient visé à éduquer des regards émerveillés à l'observation concrète de la nature. Ceci au moins trois siècles avant l'avènement des Sciences Naturelles. Cette galerie de portraits entomologiques a été peinte environ 165 ans avant le cerf-volant mâle, Lucanus cervus, une œuvre de Dürer datée de 1505, dont tout le monde célèbre la précocité de la vraisemblance totale. Voilà des anticipations troublantes! Un naturaliste inconnu, l'enlumineur lui-même ou un membre de la famille Cocharelli, aurait-il été un pionnier de l'entomologie bien avant la Renaissance, un précurseur vite tombé dans l'oubli car trop précoce, trop novateur pour les mentalités de l'époque ? Ou bien, à l'inverse, ce manuscrit porte-t-il le témoignage de références venues d'ailleurs, d'un autre temps et perdues à jamais ?"

Fin de l'article de Colette Bitsch.

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ETUDE DETAILLÉE DES FEUILLETS . Colette Bitsch, 2014.

Egerton 3127 folio 2r. 

 

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De haut en bas :

3ème ligne : Collembole ?

Bitsch, 2014, p. 64 "...un petit animal portant une paire d'antennes et présentant une morphologie générale tripartite. Ce serait donc un insecte dont les pattes thoraciques paraissent mutilées ou mal comprises. L'absence d'ailes oriente soit vers un stade larvaire d'une forme ailée, soit vers un représentant des Aptérygotes (des insectes primitifs dépourvus d'ailes). La difficulté majeure de la détermination  tient à la forme arborescente des antennes. Des Coléoptères peuvent présenter des antennes pennées, mais pas ramifiées; L'hypothèse d'un insecte aptérygote serait étayée par la forme de la tête évoquant une entotrophie (pièces buccales cachées). Cette hypothèse serait aussi bien soutenue par la présence d'un appendice abdominal ventral rejeté en arrière, et évoquant l'organe saltatoire singulier , nommé "furca", spécifique des Collemboles Arthropléones appartenant à la microfaune du sol et dont les plus grands (quelques millimètres) sont repérables par un observateur aussi minutieux et passionné que le pouvait être le Maître du codex Cocharelli. Cette identification, évidemment incontrôlable par d'autres critères de diagnose, est plausible, mais ne résoud pas le problème des antennes énigmatiques. Faut-il penser que l'artiste, émerveillé par la découverte du microcosme insoupçonné habitant la litière du sol, a recomposé un insecte chimérique dont l'anatomie mixte pouvait avoir un sens à l'époque médiévale ?"

 

— 5ème ligne Chenille :

 

Bitsch, 2014, p. 64 "L'artiste a parfaitement repéré la présence de petites ventouses ventrales sur l'abdomen des chenilles et appelées "fausses pattes".

— 7ème ligne. Chenille de Papilionidae.

D'après Bitsch, 2014, p. 64,  cette chenille porte une formation orangée en forme de Y (flêche sur la photo) derrière la tête. "Il s'agit d'une vésicule glandulaire , bifide et exsertile, typique de la famille des Papilionidae". Voir ici la photo de l' osmeterium des Papilionidés sur la chenille d'un Papilio machaon.

— Dixième ligne. deux chrysalides. 

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Cicacidae  cigale de l'Orne ou cigale grise, Cicada orni 

Codex Cocharelli, Egerton 3127 f.2.r, British Library de Londres. Domaine public.
Codex Cocharelli, Egerton 3127 f.2.r, British Library de Londres. Domaine public.

Codex Cocharelli, Egerton 3127 f.2.r, British Library de Londres. Domaine public.

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Egerton 3127 f.2.r. deux-tiers de la colonne de gauche.

Arthropoda, Myriapoda, Diplopoda (Mille-pattes), famille des Iulidae (Iules). 

Arthropode terrestre au corps pluri-segmenté et aux multiples pattes marcheuses. 

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Codex Cocharelli, Egerton 3127 f.2.r, British Library de Londres. Domaine public.

Codex Cocharelli, Egerton 3127 f.2.r, British Library de Londres. Domaine public.

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 Egerton 3127 folio 1r.

Incipit : ADERUNT duisi seneratores speciali iavveusis quai subtilio 

https://www.bl.uk/catalogues/illuminatedmanuscripts/ILLUMIN.ASP?Size=mid&IllID=11857

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Bitsch, 2014 page 64-65:

 "Les marges sont luxueusement ornées d'un fond d'or vivifié de filigranes rouge vermillon et parcourue de volutes feuillagées également dorées. Ainsi le texte parait enchassé dans les tourbillons d'une lumière étincelante. L'entrecolonne est une bande étroite de fond bleu filigrané de blanc et bordée d'or . La marge du bas apparaît dilatée car les diamètres de ses quatre volutes d'or s'élargissent en créant qautre médaillons circulaires égaux alignas sous le texte. Ces quatre cercles semblent découper, comme à l'emporte-pièce, le fond doré des marges, si bien que la teinte du parchemin redevient visible. Chaque médaillon contient la représentation d'un insecte ailé dessiné en vue dorsale avec les ailes déployées ou bien vu de profil avec les ailes redressées. Une petite plante schématisée est toujours présente en arrière-plan pour mettre en scène l'insecte dans son univers naturel."

 

"Les trois médaillons les plus à gauche sont occupés par trois papillons soigneusement représentés. C'est d'abord un individu typique de la famille des Sphingidae, Macroglossum stellatarum, une espèce qui butine les fleurs en vol stationnaire. A sa droite apparaît un représentant de la famille des Noctuelles. Le troisième Lépidoptère est un petit Rhopalocère (papillon diurne) aux ailes mouchetées de la famille des Hesperidae ; il s'agit de Pyrgus malvae. Enfin le médaillon le plus à droite montre un inscete avec des ailes membraneuses et un fort rétrecissement allongé au début de l'abdomen. Il s'agit d'un insecte ptérygote de l'ordre des Hyménoptères. La taille de  guèpe longuement pétiolée révèle la famille des Sphecidae et la répartition des couleurs noire et jaune suggère le genre Sceliphron."

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Egerton 3127 folio 2v.

Incipit : ..iste qui ne[m] vegnat no..

Une Punaise en bout de ligne 8 de la colonne de gauche. Lettrine R en or et rouge sur fond bleu. La description du folio 1r s'applique au folio 2v.

https://www.bl.uk/catalogues/illuminatedmanuscripts/ILLUMIN.ASP?Size=mid&IllID=11860

 

 

 

Cocharelli Egerton 3127 folio 2v, British Library, Droit commun.

Cocharelli Egerton 3127 folio 2v, British Library, Droit commun.

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Egerton 3127 f.2v, C. Bitsch, 2014 page 65:

"Le médaillon de gauche a été malencontreusement détérioré. Il se pourrait que l'artiste ait représenté, en vue de profil, une sauterelle à longues antennes fines (Orthoptères de la famille des Tettigonidae ou Sauterelles). Le second médaillon est occupé par la vue dorsale d'un criquet (Orthoptère de la famille des Acridiens) du genre Oedipoda, dont les ailes postérieures, déployées à l'envol, sont d'un rouge éclatant et bordées de noir. Ensuite apparaît le profil d'une sorte de grand moustique à très longues pattes grèles. C'est un Diptère de la famille des Nématocères, probablement du genre Tipula. Le dernier insecte est probablement une espèce d'Oedipoda à ailes membraneuses transparentes "

Mikaël Buord (29) s'est intéressé à cette "espèce d'Oedipode" du dernier médaillon : 

" Bitsch évoque un "Oedipoda à ailes membraneuses transparentes", et elle a raison d'y voir un criquet, ce qui ne m'avait pas du tout sauté aux yeux! En revanche, même si dans le deuxième médaillon on reconnaît bien Oedipoda germanica, elle a tort d'appeler tous les criquets Oedipoda. Le rouge de l'abdomen et l'allure générale m'avaient d'abord fait penser aux Alydidés, mais je m'expliquais mal les bandes blanches en avant de l'abdomen. En grossissant, on comprend que c'est un criquet avec ses gros yeux et ses fémurs postérieurs développés, et sa coloration abdominale en fait un Omocestus haemorrhoidalis très convaincant."  

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Egerton 3781 1v 

Première ligne : ista verba undie. ecce dico ub...

 

Même description générale que Egerton f.1r. Une punaise dans le bas de la marge droite.

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https://www.bl.uk/catalogues/illuminatedmanuscripts/ILLUMIN.ASP?Size=mid&IllID=12205

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Cocharelli Egerton 3781 1r, British Library. Droit commun.

Cocharelli Egerton 3781 1r, British Library. Droit commun.

Bitsch 2014 page 65.

"L'artiste a représenté de nouveau un Oedipoda, mais vu de profil. L'insecte est représenté avec exactitude jusque dans la répartition des taches colorées portées sur les longs fémurs des pattes postéreiures sauteuses, ou bien encore dans le petit détail de la présence de palpes appendues aux pièces buccales. Ensuite, de nouveau une Tipula apparaît, mais placée en vue dorsale cette fois. Puis ce sont encore deux autres espèces d'Oedipoda qui déploient leurs ailes postérieures en révélant une couleur bleu-vert chez l'une et très claire chez l'autre".

Mickaël Buord (comm. pers. 2015) identifie la punaise de la marge comme Graphosoma semipunctatum (Fabricius, 1775) le Graphosome ponctué, qui vit exclusivement dans les régions méditerranéennes. Il propose pour le 3ème médaillon à partir de la gauche le genre  Aiolopus (tegmina avec grandes bandes claires et sombres, ailes postérieures verdâtres avec apex sombres, tâches à la face interne des fémurs postérieurs).

 

—  Additional  28841

f4r : Saturnium pyri (cf. infra)

f. 4v : cf

f.5 : cf.

f.6v. : Sauterelle verte dans la marge droite (image infra).

Pour Mickael Buord, la punaise sous la sauterelle du folio 6v  "fait penser à Raphigaster nebulosa, sous toute réserve (on pourrait y voir aussi Dolycoris baccarum par exemple)".  

 

 

Sauterelle verte , marge , Additional  28841 f.6v. British Library de Londres. Domaine public.

Sauterelle verte , marge , Additional 28841 f.6v. British Library de Londres. Domaine public.

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COMPLÉMENT. 

I. Liste des espèces d'insectes.

Les noms placés entre crochets sont de simples suggestions ou éléments de comparaison. 

— Coleoptera

 a) Coléoptères Scarabéides

  • Oryctes nasicornis 

 

— Diptera

  • Tipula

— Hemiptera

a) Hémiptère aquatique Hydrocoride  : probable Notonecte. [Notonecta maculate selon Hutchison] . Voir note ici : Ad. 28841 f.4v

b)  Hémiptères Pentatomides,  "Punaises", Ad. 28841 f.4v.

  •  Graphosoma semipunctatum (Fabricius, 1775) le Graphosome ponctué,  Egerton 3781 1v

c) Cicacidae

  •  cigale de l'Orne (ou du Frêne) ou cigale grise, Cicada orni 

— Hymenoptera 

a) Sphécide 

  • un Sceliphron.

— Lepidoptera

a)​ Papilionidae

  • Chenille de Papilionidae

b) Hesperiidae

  •  Pyrgus [malvae ou Malvoides] Egerton 3127 f.1r 

     

c) Noctuidae " une Noctuelle"

d) Sphingidae Sphinx :

  • Macroglossum stellatarum
  • Acherontia atropos

e) Arctiidae

  • mâles : Utethesia pulchella, 

f) Saturniidae

  • Saturnia pyri Additional 28841 f 4r.

​g) Zygaenidae

  • Zygaena sp.

 

 

— Orthoptera 

 a) Acrididae (Criquets) 

  • Oedipoda [germanica] "Oedipode à ailes rouges"

  • Oedipoda [caerulescens] "Oedipode à ailes bleues"

  • Criquet Oedipoda à ailes transparentes ou possible Omocestus haemorrhoidalis (Charpentier, 1825), le Criquet Rouge-queue. 

 

  • Acrida sp.  "Truxales" (comme Acridia ungarica par exemple) Ad 28841 f.5v.

     

b) Tettigonidae (Sauterelle) 

  • Sauterelle verte  Ad. 28841 f.6v.

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En dehors des Insectes  :

Arthropoda, Myriapoda, Diplopoda (Mille-pattes), famille des Iulidae (Iules). Egerton 3127 f.2r

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II. Etude de quelques espèces de Lépidoptères.

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1°) . Utetheisa pulchella. Arctiidae.

Utetheisa pulchella pulchella (Linnaeus, 1758), la Gentille, l'Écaille du Myosotis.

Phalaena pulchella Scopoli, 1763,  Entomologia carnolica page 208 n° 514 

= PhalaenaTinea pulchella Linné, Systema naturae 1758 p. 534 n° 238 

Utetheisa pulchra ([Denis & Schiffermüller], 1775) in Systematisches Verzeichniß der Schmetterlinge der Wienergegend page 69 famille C

= James Petiver, Gazophylacii I, page 3 n°3

La Gentille, Chenille de l'Heliotrope,  Engramelle, 1788,  Papillons d''Europe peints d'après nature, Tome 6 p. 48 Pl.  221 n°309 (Gallica)

Le Bombix gentil,  Olivier, 1790, Encyclopédie methodique,  tome V,  page 100

 

La Lithosie gentille, Godart, 1824, Papillons de France tome 5, Nocturnes vol. 2 n°135 page 23

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Utetheisa pulchrella La Gentille, Chenille de l'Héliotrope,  Engramelle Tome 6 p. 48 Pl.  CCXXI n°309

Utetheisa pulchrella La Gentille, Chenille de l'Héliotrope, Engramelle Tome 6 p. 48 Pl. CCXXI n°309

Utetheisa pulchella, La Lithosie gentille, Godart, 1824, Papillons de France tome 5, Nocturnes vol. 2 n°135 page 23

Utetheisa pulchella, La Lithosie gentille, Godart, 1824, Papillons de France tome 5, Nocturnes vol. 2 n°135 page 23

 

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Additional 28841, f. 4v. , détail

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2°) La "Noctuelle" : Autographa gamma, le lambda ou Gamma ???

On pourrait rapprocher le Noctuidae de l'Autographa gamma, en supposant que l'artiste se soit laissé détourné de la réalité par la forme des ouïes de quelque instrument à corde.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Autographa_gamma

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3°) Hesperiidae. L'Hespérie de la mauve  Pyrgus malvae (Linnaeus, 1758).  Ou l'Hespérie de l'Aigremoine ?

Pyrgus malvae est une identification possible. Ce serait la première illustration disponible dans l'histoire de l'entomologie de ce papillon diurne. Mael Garrin me fait remarquer que "s'il vient d'Italie, et à considérer que ces taches soient fidèlement représentées, ce pourrait plutôt être P. malvoides l'espèce affine de P. malvae dans le sud"

 

https://fr.wikipedia.org/wiki/Hesp%C3%A9rie_de_la_mauve

 

  

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Insectes. Egerton 3127, marge basse de f. 1r. (extrait ). British Library de Londres. Domaine public

Insectes. Egerton 3127, marge basse de f. 1r. (extrait ). British Library de Londres. Domaine public

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4°) Une Zygène.

Le folio 6v est consacré à l' histoire versifiée de la Sicile du temps de Frédéric II, mais les marges sont ornées de feuillages et de fleurs, de lapins, d'une chenille, d'une libellule, et d'un papillon aux ailes bleu sombre à cinq points rouges posé sur une fleur violette. Ne peut-on y voir un Zygaenidae à cinq points comme la Zygène du Trèfle Zygena trifolii ...posée sur une fleur de trèfle ? Mais les cinq points rouges se rencontrent sur d'autres espèces, et leur combinaison avec un collier blanc complique encore les choses. Restons-en au genre Zygaena, c'est déjà bien.

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Image Wikipedia

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 Colette Britsch (2014, p. 62)   indique la présence dans le folio 6v d'un grand migrateur arrivant en début d' été en Europe, le  Sphinx à tête de mort Acherontia atropos  : "Il est posé au sol, vu de profil et la tête dirigée vers les pieds de pavots. Les ailes sont repliées en toit et laissent voir une extrémité abdominale caractéristique, rayée de noir et jaune, tel un frelon. 

Additional 28841  f. 6v British Library, Droits publics.

Additional 28841  f. 6v British Library, Droits publics.

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5°) Mâle d'un Grand paon de nuit Saturnia pyri .

J'ai abordé avec réserve l'image de cette page du Codex Cocharelli, et d'un Grand Paon de nuit qui s'y trouve en marge. En effet, Florence Dupont en donne la reproduction dans son article de 2011, en faisant référence à une publication d'Aguilar page 22, mais je n'ai pas découvert ce folio sur le site de la British library. Florence Dupont écrit : "Feuillet de vélin de la fin du XIVe siècle, attribué au moine Cybo d'Hyères (*), les marges y sont ornées de chenille, bourdon, libellule, Grand Paon de nuit… (Aguilar, p. 22)".

C'est Colette Bitsch (2014, p.70) qui me procure la précision nécessaire : il s'agit du manuscrit "Additional 28841 au bas du folio 4". Puisque la British Library ne donne à voir que le folio 4v, où je ne vois pas ce papillon,  j'en déduis qu'il s'agit du folio 4r. Les antennes pectinées bien visibles permettent de préciser qu'il s'agit d'un mâle. Ce n'est qu'un siècle et demi plus tard que Robinet Testard a représenté à nouveau cette espèce, dans le Livre des Simples médecines , traduction du Liber de simplici medicina, ou Circa instans de Matthaeus Platearius. (Bnf Français 12322 f.143v). Probablement vers 1487-1496, entre un Rosier (Anthera) et un Sceau de Salomon (Sigyllum Sanctae Mariae). Testard, enlumineur privilégié de la cour d'Angoulème  a travaillé en 1484 à Cognac pour Charles d'Angoulème. 

 

 

 

Saturnia pyri, attribué à Robinet Testard, vers 1487-1496,, Bnf fr.12322 f.143v 

Voir aussi : Bibliothèque nationale russe à Saint-Pétersbourg, fr. F.v.VI,1 

 

 

(*) Le Monge, ou le Moine de l'Ile d'Or, de l'antique famille Cybo de Gênes, est, selon les Vies les plus célères et anciens poetes provensaux de Jean de Nostredame,   un moine de Lérins qui  fréquentait un ermitage  des îles d'Or, ou île d' Hyères, qui dépendait de Lérins. Il était le bibliothécaire de la "literie" de l'abbaye Saint-Honorat de Lérins, "renommée dans toute l'Europe pour avoir été enrichie et douée par les comtes de Provence et rois de Naples et de Sicile". Bon enlumineur, il rédigea un recueil historique des victoires des Comtes d'Aragon, fit une transcription des poètes provençaux pour le roi Louis II, etc. 

On crut longtemps à l'existence de ce moine d'Hyères, avant de découvrir que son histoire avait été inventée de toute pièces par Jean de Nostredame. On en trouve par exemple la biographie en 1843 sous le nom de Monaco del Issoro del Oro , où on précise qu'il était né à Gênes en 1326. Le manuscrit Cocharelli lui a été attribué longtemps.

 

 

Le manuscrit des Cocharelli : un bestiaire d'insectes du XIVe siècle.

 

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SOURCES ET LIENS.

— BITSCH (Colette), 2014, "Le Maître du codex Cocharelli. Enlumineur et pionnier dans l’observation des insectes", in Laurence Talairach-Vielmas & Marie Bouchet (eds), History and Representations of Entomology in Literature and the Arts. (Bruxelles: Peter Lang, 2014) pages 57-80, .

BITSCH (Colette), 2015,  sur le site web du Muséum de Toulouse :  Des sciences naturelles avant la lettre : le surprenant bestiaire des Cocharelli, publié à l'occasion du Kiosque actualité du 1er septembre 2013 "les insectes, c'est fou” au Muséum d'histoire naturelle de Toulouse.  

DURAND (Florence), 2011, Petite histoire des classifications et collections entomologiques : en particulier les coléoptères chez Etienne Louis Geoffroy (1727-1810), pdf

http://www.acorep.fr/documentations/Florence%20Durand%20Dec%202011.pdf

NAZARI (Vasrick), 2014,  "Chasing Butterflies in Medieval Europe", Journal of the Lepidopterists’ Society 68(4):223-231. 2014 

A survey of illuminated medieval manuscripts from Europe reveals depictions of several different methods used in the Middle Ages for catching butterflies. A discussion on the meaning and iconography of lepidopteran imagery in these manuscripts is presented.

http://images.peabody.yale.edu/lepsoc/jls/2010s/2014/2014-68-4-223.pdf

— https://www.bl.uk/catalogues/illuminatedmanuscripts/record.asp?MSID=8329&CollID=28&NStart=3127

Catalogue of illuminated Manuscripts, British Library, 

https://www.bl.uk/catalogues/illuminatedmanuscripts/results.asp?OriginID=503

— The Cleveland Museum of Art : Leaf of a Cocharelli treatise on the Vices : Accidia and her Court, ca 1330. 

http://www.clevelandart.org/art/1953.152

 


A. C. Crombie, 'Cybo d'Hyères: a fourteenth century zoological artist',Endeavour, 9 (1952), 18-37 (figs. 1-2). 



G. Evelyn Hutchinson, 'Aposematic insects and the Master of the Brussels Initials', American Scientist, 62 (1974), 161-71.



Francesca Fabbri, 'Il "Cocharelli": osservazione e ipotesi per un manoscritto genovese del XIV sec', Tessuti, oreficerie, miniature in Liguria XIII-XV secoli, ed. by A. R. Calderoni Masetti, C. Di Fabio and M. Marcenaro, Atti del Convegno Internazionale di Studi: Genova-Bordighera, 22-25 May 1995 (Bordighera: Istituto Internazionale di Studi Liguri, 1999), pp. 305-20, fig. 1 [f. 5v].

Robert Gibbs 'Antifonario N: A Bolognese choirbook in the context of Genoese illumination between 1285 and 1385,' ibidem, pp. 247-78, (pp. 270-78).


Francesca Fabbri, 'Maestro del Codice Cocharelli', Dizionario biografico dei miniatori Italiani: Secoli IX-XVI, ed. by Milvia Bollati (Milan: Bonnard, 2004), pp. 495-97, 1040.

 

 

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Published by jean-yves cordier - dans Zoonymie des Rhopalocères.
9 janvier 2016 6 09 /01 /janvier /2016 12:32

Un Machaon Papilio machaon prête ses ailes à saint Michel dans une allégorie de la victoire de la mort. La Vanité (vers 1535) de Jan Sanders van Hemessen au Musée de Lille.

.

Les représentations scientifiquement exactes (ou du moins conformes à la réalité) des Lépidoptères sont rares dans les Arts et notamment dans la peinture avant que l'entomologie ne se développe comme science propre (Aldrovandi 1602), avec des gravures encore approximatives. J'ai souligné combien le peintre anversois Joris Hoefnagel a été, sur ce plan, un précurseur remarquable du naturalisme scientifique.

Le papillon diurne Papilio machaon est l'une des plus belles espèces de nos régions, et on pouvait penser que sa splendeur lui permettre de se faire remarquer par les peintres et enlumineurs bien avant les autres. C'est un autre membre de la famille des Papillionidés, le Flambé ou Iphiclides podalirius , tout aussi pittoresque, qui lui vole la première place, sur un petit tableau conservé au Louvre, le "Portrait de Marguerite de Gonzague" par Pizanello en 1440. Puis sur la Vierge à l'Enfant (Vergine col bambino) de Francesco di Gentile da Fabriano (op. Ca. 1475-1515), sd, au Musée du Vatican. Dans les deux cas, le papillon était porteur d'une valeur positive, et symbolisait peu ou prou la spiritualité, ou l'âme.

Dans mes recherches, Papilio machaon n'apparaissait qu'un siècle et demi plus tard, sur les planches VII et XIII du volume Ignis (1575-1582) de Joris Hoefnagel.

C'est dire l'intérêt (pour l'histoire de l'entomologie) avec lequel je découvrais, sur un tableau flamand de 1535, la représentation fidèle des ailes antérieures d'un Machaon. Intérêt doublé par le sujet du tableau, une Vanité présentée par l'archange saint Michel, psychopompe et psychostase. De quoi approfondir l'exploration de la symbolique des papillons.

Résumé :

1. Premier exemple de représentation des ailes d'un Machaon dans l'histoire de l'art.

2. Confirmation du symbolisme funéraire du papillon au XVIe siècle.

.

Voir aussi :

1. Le papillon réel :

Papilio machaon, Thomas Bresson in Wikipédia

.

2. Le papillon peint par Hoefnagel.

Joris Hoefnagel, Ignis, planche VII (1575-1582)

 

.

L'une de mes hypothèses pour comprendre pourquoi nos ancêtres ont  mis tant de temps à peindre ce qu'ils voyaient de si beau, est de penser que, sans-doute, ils ne peignaient pas les papillons réels car ils ne les regardaient pas et ne les voyaient pas. Et que, l'un expliquant l'autre, ils ne les nommaient pas (nous ne disposons d'aucun nom vernaculaire, dans aucune langue, pour le Machaon et pour les autres espèces, avant les balbutiements du XVIIe siècle et la nomenclature en règle du Systema naturae de Linné en 1758). Étrange cécité.

Enfin, pour expliquer ce scotome qui affectait la vision humaine jusqu'au XVIIIe siècle, je me donne l'explication suivante : les papillons étaient associés, pour nos ancêtres, par un lien indéfectible et funèbre, avec la mort.  Ils passaient, dans leur réalité, comme quelque chose d'aussi désagréable et effrayant qu'un feu follet. Ou un fantôme. Une citrouille grimaçante sous le battement de la flamme d'une bougie. Ils n'animaient les folios des parchemins enluminés que par exception, dans les marges, et sous une forme stylisée. Les moralistes faisaient aussi appel à cette silhouette stylisée pour rappeller à leurs contemporains l'approche de leur fin dernière et pour dénoncer l'attirance de ces bestioles vers la flamme des chandelles, où ils se brûlent comme tous les pécheurs à la flamme du désir. Bizarre, pour moi qui voit les joyeux lépidoptères comme des formes sublimées des fleurs : des aspects aériens et  féeriques du vagabondage inspiré.

Le tableau de Hemessen va me permettre d'argumenter, ou de remettre en cause, cette hypothèse.

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3.   La Vanité de Jan Sanders van Hemessen  (Hemiksen, vers 1500 - Anvers (?), vers 1560).

 

C'est une huile sur bois peinte vers 1535-1540, conservée au Musée des beaux-arts de Lille depuis 1994, sous le n°  Inv. P. 2009.

Le Musée de Lille !  Je pense immédiatement aux deux Allégories de la vie brève  (1591) peintes par Hoefnagel, et par l'étude desquelles j'ai débuté cette réflexion. Avec leurs Nymphalidés bien en évidence : la Belle-Dame et la Mégère.

Ici, nous voyons le buste (élargi) d'un homme jeune et imberbe, les yeux bruns, le front bouclé, en léger contrapposto accentué par l'inclinaison de la tête. Les ailes caudées reproduisent exactement le schéma des nervures du Papilio machaon, aussi nommé Grand Porte-queue. Les ocelles bleues des ailes postérieures sont cachées par le manteau rouge (maintenu par un fermail et par une ceinture) du personnage  qu'il faut identifier comme l'archange saint Michel malgré l'absence d'attributs tels que la cuirasse, le glaive ou la balance. (Bien que je réalise tout à coup que cette identification que je tenais pour acquise m'est parfaitement personnelle !) Terminons par la description de la jupe en étoffe soyeuse, quadrillée à motif floral d'or.  

Le paysage de l'arrière-plan apporte peu à la compréhension. On notera tout au plus derrière l'épaule droite des hauteurs boisées, et à droite du tableau un clocher dominant un village, et qu'un connaisseur pourrait peut-être identifier.

L'essentiel du tableau est désigné à notre attention par l'index du saint. ou du personnage ailé. (Notons au passage le traitement maniériste des mains.) Cet index désigne un miroir ovale, ou un bouclier ovale dont le centre est un miroir, et nous pouvons être certain qu'il s'agit d'un miroir puisqu'il reflète l'avant-bras du jeune homme, et une boucle de la bande de papier qui s'y enroule.

a) le cadre du miroir.

En haut, deux femmes tiennent un ruban noué, qui sert d'attache au verre par l'intermédiaire d'une corolle blanche en coquille que j'ai d'abord pris (et ce n'est sans-doute pas un hasard) pour un papillon).

Sur les cotés, un phylactère s'enroule autour d' une cascade de motifs architecturaux grotesques.

On y lit , en débutant en bas à gauche : ECCE . RA / PINÃ . RERVM . / ÕNI~V. Ce qui se lit, si on remplace le tilde ~ par un -N ou un -M, comme Ecce rapinam rerum Omnium.

J'ai cherché en vain si le peintre avait puisé cette phrase dans la Bible, ou dans la littérature religieuse des Pères de l'Église, ou de ses contemporains. Il semble l'avoir composée pour les besoins de son Allégorie. 

Comment la traduire ? Dans le Gaffiot, nous trouvons rapina,ae, f. (rapio) : 1. vol, rapine, pillage. 2. Action d'emporter. " Rapinam est l'accusatif singulier de rapina. 

Je vais être maintenant amené à découvrir que l'adverbe ecce , dont je connais surtout l'expression Ecce Homo, "Voici l'homme", dans la construction grammaticale ecce + nominatif, peut aussi être employé avec la construction ecce = accusatif, soit Ecce hominem.

Cela me vaut la petite école buissonière de la lecture d'un article dans Faventia 28/1-2, 2006 41-52 sur Les emplois de ecce, eccum, eccistum, eccillum chez Plaute par Hélène Perdicoyianni-Paléologou hperpal@hotmail.com.  Ainsi, j'apprends que chez Plaute Ecce  apparaît toujours en tête d’énoncé et qu' il est en grande partie doté de fonction déictique. Il peut désigner un objet sur la scène, ou faire allusion à une personne absente de la situation.  

La recherce des mots Ecce rapinam est infructueuse en dehors de son emploi par le peintre, mais on trouve Ecce rapina  dans l'exposé de la définition du péché de "rapine" par Alexandre de Halès: Secundum est voluntas spoliandi proximum: ecce rapina

En résumé, je peux traduire cette phrase par "Voici le vol (la rapine, le pillage) de toute chose", ou, de façon plus juste à mon sens, "Voici celle qui emporte toute chose" (sous-entendu, la mort, puisque l'index désigne le crâne).  

.

b) le miroir.

Il reflète l'intérieur d'une pièce, semblable à ces intérieurs flamands ou hollandais des tableaux de Vermeer, avec leurs fenêtres à petits carreaux losangiques. Ce qui devrait apparaître au premier plan, ce serait donc la tête du peintre, mais, en guise d'autoportrait, ce dernier a peint un crâne (dont la dentition bien entamée est peut-être celle de l'artiste). 

Attendez. Encore un détail. Sur le rebord de la fenêtre qui se reflète dans le miroir, on voit une pile de pièces de monnaie. Vous pigez le message ?

c) le phylactère enroulé sur le bras gauche de l'ange.

Il porte les mots :

INSPICE ROBORIS FORMÆ OPV~QVE FINE~, soit Inspice roboris formae opumque finem,  « Contemple la fin de la Force, de la Beauté, et de la Richesse".

Là encore, la recherche d'une origine de cette sentence dans la littérature reste infructueuse (et je remarque qu'un prédécesseur a signalé dans la Revue du Louvre de 1995 avoir rencontré le même échec). 

Conclusion.

J'identifie ce jeune homme, que ses ailes désignent comme un ange, avec l'archange saint Michel. Il renvoie alors au Livre de Daniel 12 :1-3 : En ce temps-là, se lèvera Michel,  le grand chef qui a pour mission d'aider ton peuple. Ce sera un temps de détresse tel qu'il n'y en a jamais eu depuis que des nations existent jusqu'à ce moment-là. En ce temps-là seront sauvés ceux de ton peuple dont le nom est inscrit dans le livre. 2 Beaucoup de ceux qui dorment dans la poussière de la terre se réveilleront, les uns pour la vie éternelle, les autres pour la honte et l'horreur éternelles. 3 Les hommes qui auront eu de la sagesse resplendiront alors comme le firmament, ceux qui auront amené un grand nombre à être justes brilleront comme les étoiles, à toujours et à jamais.

   Comme tel, il n'est pas celui qui terrasse le dragon du Mal, mais le juge du Jugement Dernier chargé de décider du salut des âmes ou de leur damnation éternelle. Le miroir (plus magique que "déformant" ) qui se substitue à son bouclier habituel n'informe pas seulement celui à qui il rend ici visite de la fin dernière de toute chose, qui est la Mort, mais il l'incite à une conversion susceptible de renoncer aux plaisirs temporels afin de se préoccuper de son salut.

C'est cette fonction qui explique que saint Michel soit doté d'ailes de papillon et non, comme d'habitude, d'ailes d'oiseau (d'aigle notamment, ou de paon, ou de Piérides). La symbolique de l'oiseau est liée à son versant céleste,  à la victoire de la Vie sur les forces du Malin, et donc à la fonction combattante de l'archange. Le choix du papillon, associé depuis toujours au destin de l'âme après la mort, et, par ses métamorphoses, aux possibilités de renaissance, est parfaitement judicieux pour cet ange annonciateur des fins dernières. A contrario, la présence d'ailes de lépidoptères dans ce contexte nous montre bien combien, au XVIe siècle, ces insectes portent une symbolique funéraire.  

Le motif grossièrement à damier des ailes peut aussi être lu comme un rappel de l'ambivalence du destin de l'âme après la mort, et de l'affrontement des forces du Bien et du Mal ici-bas, et dans le cœur de l'homme. La queue propre aux Papilionidés a aussi peut-être sa signification, mais faut-il aller jusque là ?

Le point de vue des conservateurs du Musée de Lille est que ce tableau n'est qu'une partie d'un  diptyque, le crâne n'étant "très probablement que le reflet d'un personnage qui occupait un volet droit disparu". Néanmoins, ce tableau me semble cohérent à lui seul si on considère, comme je l'ai fait, que le crâne est celui du peintre qui fait face au miroir, et, à travers lui, celui du spectateur du tableau.

 

 

 

 

 

Image Wikipédia https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/1/17/Lille_Hemessen_vanitas.JPG

 

 

Photo (C) RMN-Grand Palais / Philipp Bernard

SOURCES ET LIENS.

— Site du Palais des beaux-arts de Lille : http://www.pba-lille.fr/spip.php?article38

— article Wikipédia : http://fr.wikipedia.org/wiki/Fichier:Lille_Hemessen_vanitas.JPG

— article Wikimooks sur la Vanité de Hemessen : https://fr.wikipedia.org/wiki/Vanit%C3%A9_(van_Hemessen) 

 

— Deux articles essentiels du site artifex in opere :

— DONETZKOFF (Alexis), Conservateur du patrimoine au Palais des Beaux-Arts de Lille,   site Musenor Notice sur la Vanitas de Hemessen, 

http://moteur.musenor.com/application/moteur_recherche/consultationOeuvre.aspx?idOeuvre=393824

"Inédite jusqu’à son passage en vente publique, la Vanité de Jan van Hemessen est apparue dès ce moment comme une oeuvre incontestable et importante de ce peintre. Elle est à dater probablement vers 1535-1540. A ce tournant de sa carrière, l'artiste, qui a acquis une connaissance approfondie des peintres d'Italie du Nord, peut-être à l'occasion d'un voyage dans ce pays, achève d'élaborer une manière "romanisante" très personnelle dont cet ange à la stature puissante est un exemple caractéristique. Le triptyque du Jugement Dernier exécuté vers 1537 pour la famille Rockox (Anvers, église Saint-Jacques), avec lequel notre tableau présente plus d’un point commun, amène même à se demander si l’artiste n’a pas vu la fresque de Michel-Ange à la Sixtine en cours d’exécution. L'iconographie, qui est bien celle d'une Vanité, présente cependant des caractères insolites. Le crâne et les inscriptions correspondent bien à l'insistance traditionnelle sur la vanité des plaisirs de l'existence. Les ailes de papillon de l'ange, en revanche, sont sans doute là pour tempérer le pessimisme habituel du genre en rappelant la résurrection de la chair. Surtout, le crâne n'est très probablement que le reflet d'un personnage qui occupait un volet droit disparu, peut-être une figure allégorique des plaisirs de ce monde ou, plus vraisemblablement, le portrait d'un haut personnage qu'un messager céleste vient avertir de l'aboutissement inéluctable de toute destinée humaine. Une telle création, sans équivalent connu, contribue à confirmer la place éminente de Hemessen parmi les peintres flamands du 16e siècle. "

​— BOCQUILLON (Jean-Claude), Les insectes dans la peinture du siècle d'or  hollandais, Insectes n° 127

http://www7.inra.fr/opie-insectes/pdf/i127bocquillon.pdf 

— http://lecheneparlant.over-blog.com/article-l-ange-aux-ailes-de-papillon-ecce-rapinam-rerum-omnium-la-mort-comme-le-pillage-de-toutes-chos-109530786.html

 

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8 janvier 2016 5 08 /01 /janvier /2016 13:29

Les papillons dans l'héraldique.

 

 

Les insectes sont plutôt rares en héraldique, mais parmi ceux-ci,  l'abeille est privilégiée. Au contraire,  le papillon n'est guère de mise.  C'est pour moi la confirmation que les lépidoptères n'avaient pas bonne réputation dans les temps anciens. 

La preuve ? 

1°)  je lis dans l'Indice armorial ou sommaire explication des mots usitez au blason des armoiries de  1635, par Louvan Geliot et J. Daret que :

" Le papillon [est] le hiéroglyphe des amants, lesquels se brûlent au feu qu'ils adorent. Il se figure en armoiries les ailerons ouverts et étendus, et comme naturellement les ailerons de cet insecte sont peints en forme de miroirs, on blasonne le papillon de ce mot miraillé. N. porte de pourpre à trois papillons d'argent, miraillez d'azur et ombrez de gueules. [...] Il n'y a que les papillons, les cigales, et quelques poissons, qui s'ombragent en quelques endroits, et de là ils sontt qualifiés ombrez. Le papillon se dit ombré et miraillé"

Dans le même ouvrage :

"Papelonné : se représente en forme d'écailles ou demi-cercles dont les bouts tirent contre-mont, et les demi-cercles contre bas posés par rangées les uns sur les autres, ainsi les tuile ou ardoises rondes dont nous couvrons quelquefois nos maisons. Le plein de ces écailles tient lieu de champ et les bords de pièces et ornements. N. porte de gueules papelonné d'or.  Comme qui dirait papillonné ou papillotté, diaprés de papillotes, ou jonché d'ailes de papillons.

Je vérifie dans le CNRTL la définition et l'origine de ce mot :

" Héraldique. En parlant d'un écu ou, p.méton., d'une pièce honorable Qui est chargé d'écailles figurées par des demi-cercles imbriqués. D'Arquinvilliers; D'hermine, papelonné de gueules; Hauvet de Neuilly: D'azur, à la croix d'argent, papelonnée de gueules (Lar. 19e).  Étymol. et Hist.. Fin du xiiies. hérald. (Jakemes, Castelain de Couci, éd. M. Delbouille, 1167: escu papellonné [graphie du ms. BN fr. 7514, du xives.: le ms. BN fr. 15098, également du xives., porte: papeillonné]);. Issu d'une forme anc. de papillon*; suff. -é*.

.

 

Claude François Menestrier, Pierre Camille Lemoine Nouvelle méthode raisonnée du blason ou de l'art héraldique: mise dans un 1770, ...Leçon XXII page 161

http://www.musicologie.org/Biographies/m/menestrier_claude_francois.html

 

Les papillons ont quelquefois sur les ailes des marques rondes d'émail différent, alors on dit miraille.

Fig. 5, ALLAIRE porte de gueules au chevron d'or, accompagné de trois papillons volants d'argent.

Barrin de la Gallissonière , d'azur à trois papillons d'or volants.

DeTulles, d'argent au pal de gueules chargé de trois papillons volants d'argent.

Fig. 6, RANCROLLES, en Picardie, porte de gueules au papillon volant d'argent, miraillé de sable.

Boleuvre, en Angleterre, de sable au papillon volant d'argent, miraillé du champ.

On appelle papelonné un ouvrage à écailles, tel qu'il est représenté dans la figure 7. Le plein des écailles tient lieu du champ, et les bordures d'ornements.

Figure 7, 

FOULEUSE DE FLAVACOURT porte d'argent papelonné de gueules, fermé de trèfles renversés de même.

Ronquerolles, de gueules papelonné d'argent.

D'Arqainvilliers, d'hermine papelonné de gueules.

Ville, en Savoie, de gueules à deux fasces d'argent papelonnés du champ, fermées de flammes de même.

l'Indice armorial ou sommaire explication des mots usitez au blason des armoiries de  1635, par Louvan Geliot et J. Daretl'Indice armorial ou sommaire explication des mots usitez au blason des armoiries de  1635, par Louvan Geliot et J. Daretl'Indice armorial ou sommaire explication des mots usitez au blason des armoiries de  1635, par Louvan Geliot et J. Daret

l'Indice armorial ou sommaire explication des mots usitez au blason des armoiries de 1635, par Louvan Geliot et J. Daret

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2°) Dans mes recherches, (moteur de recherche héraldique + papillon, je parviens ensuite  à l'ouvrage suivant : 

Jean-Baptiste Dupuy-Demporte, 1754, Traité historique et moral du blason, Volume 2 chapitre LXXXII

"Du Papillon.

Le papillon est le symbole de l'étourderie , de l'inconstance et de l'hérésie ; de même que le papillon a la témérité d'approcher trop près de la chandelle, et en est puni puisqu'il se brûle ; de même les hérétiques et les impies sont brûlés par le soleil de justice, lorsqu'ils ont l'insolente curiosité de vouloir l'approcher de trop près. Il est aussi la figure de ces courtisans présomptueux, qui faisant un usage tyrannique de la faveur et de l'autorité du Prince, sont souvent renversés du haut de leur fortune, et accablés de cette même autorité qu'ils avaient profanée par un usage criminel et un orgueil démesuré.

Rancroles, en Picardie, porte de gueules, à un papillon volant et montant d'argent, miraillé, marqueté, ou ombré de sable.

Padilla, en Espagne, porte d'or, à trois papillons de sable volants, et montants."

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3°) J'effectue une autre tentative et j'arrive, en 1770,  à l'ouvrage du père Ménestrier :

Claude François Menestrier, Pierre Camille Lemoine Nouvelle méthode raisonnée du blason ou de l'art héraldique 1770, ...Leçon XXII page 161

Les papillons ont quelquefois sur les ailes des marques rondes d'émail différent, alors on dit miraille.

Fig. 5, ALLAIRE porte de gueules au chevron d'or, accompagné de trois papillons volants d'argent.

Barrin de la Gallissonière , d'azur à trois papillons d'or volants.

DeTullesd'argent au pal de gueules chargé de trois papillons volants d'argent.

Fig. 6, RANCROLLES, en Picardie, porte de gueules au papillon volant d'argent, miraillé de sable. https://archive.org/stream/lanouvellemtho00mene#page/n167/mode/2up

Boleuvre, en Angleterre, de sable au papillon volant d'argent, miraillé du champ.

On appelle papelonné un ouvrage à écailles, tel qu'il est représenté dans la figure 7. Le plein des écailles tient lieu du champ, et les bordures d'ornements.

Figure 7, FOULEUSE DE FLAVACOURT porte d'argent papelonné de gueules, fermé de trèfles renversés de même.

Ronquerollesde gueules papelonné d'argent.

D'Arquinvilliersd'hermine papelonné de gueules.

Ville, en Savoie, de gueules à deux fasces d'argent papelonnés du champ, fermées de flammes de même.

Dans ce dernier ouvrage, on ne trouve pas de discours dépréciatif sur le symbolisme du papillon, mais on constate combien est rare le recours à cet insecte en héraldique puisque Ménestrier ne cite que cinq familes portant  ce meuble dans leur blason. Allaire (par un jeu de mot sur "aile"), Barrin de la Gallisonnière, de Tulles, Rancrolles et Boleuvre. Le motif dit papelloné, s'il tire l'origine de son nom des papillons, n'est néanmoins pas un motif à papillon, mais à "écailles". 

 

 

     Notons que ces insectes pourront être "allumés" (avec l'oeil d'une couleur différente), "miraillés" (portant des cercles ou des ocelles de couleur différente), ou encore "volants" (les ailes étendues pour un "insecte" dont ce n'est pas le port naturel).

Je trouve encore :

 -- d’or à trois papillons de gueules, miraillés d’argent

Papeillon, sgr de Beillé et Braiteau, Maine, XVe s. (d'après Boos 744) (AP)
-- de gueules au papillon d'argent accompagné de trois larmes du même
Le Sr de Quidreen(?), Universel Wapenbook KM1187 (©KIK-IRPA, Brussels)
-- de gueules au papillon d’argent, miraillé et bigarré de sableRancrolles, Picardie (d'après Boos 745), déjà cité.

--N. Le Riviert-Papillon D'azur à une rivière d'argent mise en fasce, accompagné en chef d'un papillon de même.
 

.

Quelques images :

Armoiries de la famille Barrin D'azur, à trois papillons d'or. Supports: deux lions in  RIETSTAP© Jimmy NICOLLE, CC-BY-SA, Wikimedia Commons

 

 

 

 

SOURCES ET LIENS.

— Site La Langue du Blason, article L'abeille, le papillon et autres insectes,

 http://lalanguedublason.blogspot.fr/2013/10/labeille-le-papillon-et-autres-insectes.html

— DIDIER (Bruno), Les insectes dans les blasons / Insectes n° 164 - Inra

 http://www7.inra.fr/opie-insectes/pdf/i164didier1.pdf

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Published by jean-yves cordier
4 janvier 2016 1 04 /01 /janvier /2016 15:05

Une souris des mers Aphrodita aculeata Linnaeus, 1758 sur la plage de l'Aber à Crozon.

Merci à Stéphane Wiza pour la détermination de cette espèce insolite.

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La plage de l'Aber n'est pas dépourvue de ressources. Avez-vous oublié votre crayon à papier pour remplir votre grille de mots croisés ? Lavieb-aile vous tire d'embarras et vous explique comment ramasser dans les rochers un morceau d'ampélite qui se révèlera merveilleusement adaptée à cette fonction, tout en vous permettant aussi de jouer à votre Sudoku.

Sur la piste de la "Pierre Noire" : les ampélites de Crozon (Finistère). ​

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Mais une fidèle lectrice nous écrit :

"Bonjour monsieur lavieb. Pouvez-vous m'aider ? Que faire si mon mari doit faire la vaisselle de notre pique-nique sur la plage et qu'il a oublié l'éponge à récurer ? Et que la nuit tombe. Merci d'avance"

Soucieux de faire partager à tous ses lecteurs l'ingénieuse réponse fournie à cette lectrice, aujourd'hui, lavieb-aile vous présente :

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L'éponge à récurer double-face auto-éclairante de dépannage. Gratuite. A ramasser sur la plage.

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Vous avez bien lu, chers lecteurs : auto-éclairante. Mieux qu'à la maison. Mesdames, offrez la à votre mari, il n'en voudra plus d'autre.

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D'abord, il faudra la trouver, de préférence après un de ces bons coups de tabac qui ne manquent pas chez nous. Elle vous attendra, cachée sous un peu de sable pour qu'on ne le vous la vole pas. 

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Aphrodita aculeata la Souris des mers, Plage de l'Aber, Crozon, photographie lavieb-aile.

Aphrodita aculeata la Souris des mers, Plage de l'Aber, Crozon, photographie lavieb-aile.

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Vous la saissisez avec vos gants de ménage et vous la rincez à l'eau claire. Miracle, elle s'allume aussitôt de mille feux verts et dorés! 

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Aphrodita aculeata la Souris des mers, Plage de l'Aber, Crozon, photographie lavieb-aile.

Aphrodita aculeata la Souris des mers, Plage de l'Aber, Crozon, photographie lavieb-aile.

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Elle adopte spontanément la forme arrondie de vos casseroles. Elle régle l'éclairage en fonction du niveau de l'eau. Son dos de feutrine ne raye pas le revétement anti-adhésif de vos poêles.

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Aphrodita aculeata la Souris des mers, Plage de l'Aber, Crozon, photographie lavieb-aile.
Aphrodita aculeata la Souris des mers, Plage de l'Aber, Crozon, photographie lavieb-aile.

Aphrodita aculeata la Souris des mers, Plage de l'Aber, Crozon, photographie lavieb-aile.

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Alors, convaincu ? Merci lavieb !

Ce drôle d'animal si pratique appartient aux Annélidés, autrement dit aux Vers annélides marins. Il appartient aussi à la classe des Polychètes, dont la caractéristique est de porter des  "parapodes" munis de soies. Les Polychètes sont soit sédentaires et tubicoles, comme le ver arénicole, soit errants, à la recherche de nourriture. Notre Scotch-Brite est un errant. On la nomme Aphrodita aculeata, et on la surnomme  souris de mer, taupe de mer, ou Aphrodite épineuse.

La souris de mer vit enterrée dans les fonds sableux (substrats mous) peu profonds, du bord jusquà une vingtaine de mètres. C'est un ver fouisseur, un ver vorace et prédateur muni d'un pharynx dévaginable et de mâchoires pour capturer des mollusques et d'autres vers qui vivent dans le sable.

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Linné, qui l'a baptisée en 1758, la définit comme ovalis hirsuta aculeata car sa forme ovale est caractéristique. Elle mesure 7,5 à 20 centimètres de long pour 5 à 8 centimètres de large. 

Wikipédia ajoute qu'elle vit dans les fonds marins sablonneux de l'océan Atlantique, la mer du Nord, la Baltique et la Méditerranée, où on peut la trouver jusqu'à une profondeur de 2 000 m.

Son corps est couvert de setae d'environ 2,5 cm, dont l'aspect ressemble à des poils. 

C'est un animal nécrophage, son régime étant essentiellement constitué des restes d'animaux en décomposition au fond des mers. La locomotion est assurée par de nombreux appendices latéraux (ou parapodes), elle rampe et creuse dans une attitude évoquant la souris.

La souris des mers est dépourvue d'yeux. Elle est hermaphrodite, des organes reproducteurs des deux sexes apparaissant chez un même individu, en revanche les ovules d'un individu sont fécondés par le sperme d'un autre.

Par contre, on évitera de suivre l'encyclopédie Wikipédia lorsqu'elle affirme que " son nom scientifique, dérivé de la déesse grecque Aphrodite, viendrait du fait que la vue ventrale de l'animal évoque des parties génitales féminines." En réalité, Linné a donné à ces créatures marines le nom de divinités de la mer : dans l'ordre de ses descriptions,  Doris est une océanide, épouse de Nérée et mère des Néréides, Tethys  est la mère des océanides, Nereis renvoie aux néréides, Aphrodite est "née de l'écume", Lernaea renvoie à l'hydre de Lerne. Le nom d'Aphrodite est sans relation avec un caractère morphologique de ce genre. 

Son épithète spécifique aculeata vient du latin aculeatus "qui a des piquants" , car ce ver possède  des acicules (une grosse soie rigide à l'intérieur du parapode, qui soutient les touffes de soies externes et sert de point d'insertion aux muscles permettant la locomotion), et des touffes de soies rigides.

 

 

Linnaeus, C. (1758) Systema Naturae per regna tria naturae, secundum classes, ordines, genera, species, cum characteribus, differentiis, synonymis, locis. Editio decima, reformata. Laurentius Salvius: Holmiae. ii, 824 pp., page 655 n°256 

http://www.biodiversitylibrary.org/page/727383#page/676/mode/1up

 

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Il est temps de retourner notre animal et de l'observer de près, tout en lisant la remarquable notice de doris.ffessm :

" La face dorsale du ver, convexe, est totalement recouverte d'élytres, sortes d'écailles, et d'une épaisse couche de soies fines grises sombres, ressemblant à des poils. Une quarantaine de sétigères portent des touffes de soies magnifiquement irisées, dirigées vers l'arrière, et sur chaque parapode s'enracinent des soies noires rigides plus épaisses. La souris de mer agite ses parapodes pour renouveler l'eau au contact de ses branchies.  La face ventrale est aplatie et typiquement annélidienne."

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 Chaque parapode est formé de 2 « rames » :

  • une « dorsale  » ou « haemale  » → notopode

  • une « ventrale  » ou « neurale  » → neuropode

Chaque rame est soutenue par des « acicules » (aiguillons). Elles sont formées de lames foliacées. Les deux rames sont formées à partir d'une base commune, et le parapode est dit « monostique ».
Une extension porte des soies articulées (formées de 2 pièces), de nature chitineuses.
Chaque rame porte un cire (cire dorsal, cire ventral) qui ont un rôle sensoriel. Le cire ventral est en contact avec le fond alors que le cire dorsal réalise la respiration (qui est cutanée et se fait par le cire dorsal).

 

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Linnaeus, C. (1758) Systema Naturae per regna tria naturae, secundum classes, ordines, genera, species, cum characteribus, differentiis, synonymis, locis. Editio decima, reformata. Laurentius Salvius: Holmiae. ii, 824 pp., page 655 n°256 

http://www.biodiversitylibrary.org/page/727383#page/676/mode/1up

 

Aphrodita aculeata la Souris des mers, Plage de l'Aber, Crozon, photographie lavieb-aile.

Aphrodita aculeata la Souris des mers, Plage de l'Aber, Crozon, photographie lavieb-aile.

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Aphrodita aculeata la Souris des mers, Plage de l'Aber, Crozon, photographie lavieb-aile.

Aphrodita aculeata la Souris des mers, Plage de l'Aber, Crozon, photographie lavieb-aile.

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Jean-Hervéééé ? T'as fini la vaisselle ? La mer monte !

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SOURCES ET LIENS.

— http://www.marinespecies.org/polychaeta/aphia.php?p=taxdetails&id=129840

— http://www.marinespecies.org/polychaeta/aphia.php?p=image&pic=69376

— http://doris.ffessm.fr/Especes/Aphrodite4

— https://sv.wikipedia.org/wiki/Aphrodita_aculeata

— https://commons.wikimedia.org/wiki/Category:Aphrodita_aculeata

Fauvel, P. (1923) Polychètes errantes. Faune de France Volume 5. 1-488. Librairie de la Faculte des Sciences. Paris.,

—  Roule, Louis (1898) Notice preliminaire sur les especes d'annelides recueillies dans les explorations sous-marines du Travailleur et du Talisman. Bulletin du Muséum d'Histoire Naturelle, Paris, Ser. 1, 4: 190-195.,

Claparède, Édouard (1868) Les Annélides Chétopodes du Golfe de Naples. Mémoires de la Société de physique et d'histoire naturelle de Genève, 19(2): 313-584.,

Quatrefages, Armand de. (1866) Histoire naturelle des Annelés marins et d'eau douce. Annélides et Géphyriens. Volume 1. 1-588. Librarie Encyclopédique de Roret. Paris.,

—  Johnston, George (1840) Miscellanea Zoologica British Annelids. Annals and Magazine of Natural History, Ser. 1, 4: 368-375,plates10.,

Risso, A. (1826) Histoire naturelle des principales productions de l'Europe meridionale et particulierement de celles des environs de Nice et des Alpes Maritimes. Volume 4. 1-439. F.G. Levrault Libraire. Paris.,

—  Muller, Y. (2004) Faune et flore du littoral du Nord, du Pas-de-Calais et de la Belgique: inventaire. [Coastal fauna and flora of the Nord, Pas-de-Calais and Belgium: inventory]. Commission Régionale de Biologie Région Nord Pas-de-Calais: France. 307 pp.,

 

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3 janvier 2016 7 03 /01 /janvier /2016 18:24

Noël 2015 : Cinquante ans après le naufrage, je retrouve l'épave de la Tante Yvonne, chalutier-thonier de Morgat CM 2909.

Voir :

​Sur la plage de Postolonnec à Crozon : le moteur du thonier "Tante Yvonne" CM 2909. Souvenir d'une nuit de Noël.

En novembre 2011, lorsque j'avais découvert le moteur du Tante Yvonne CM 2909 sur la grève de Postolonnec à Crozon, j'avais cherché en vain d'autres parties du navire.

Cinquante ans après le naufrage qui avait eu lieu dans la nuit de Noël 1965, j'ai l'émotion, en retournant voir le bon vieux moteur Crépelle 224 CV, de constater la présence, vingt mètres plus loin, de la partie arrière du thonier : selon mon hypothèse, un morceau de la quille, de l'étambot et du massif d'étambot.

Et une superbe pièce métallique, à la robustesse bien marine.

Certes, ma découverte n'est pas celle d'un chasseur d'épave sous-marine à la recherche de trésors, mais le nom que portait ce navire, celui de la résistante Yvonne Le Roux du réseau Johnny, lui confère à mes yeux toute son importance. Comme si la ténacité de ces membrures et de ces pièces mécaniques à résister et à se rappeler à notre mémoire avait un sens.

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Épave du Tante Yvonne CM2909, Noël 2015, photographie lavieb-aile.

Épave du Tante Yvonne CM2909, Noël 2015, photographie lavieb-aile.

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Épave du Tante Yvonne, Noël 2015, photographie lavieb-aile.

Épave du Tante Yvonne, Noël 2015, photographie lavieb-aile.

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Noël 2015 : Cinquante ans après le naufrage, je retrouve la poupe de la Tante Yvonne

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Épave du Tante Yvonne, Noël 2015, photographie lavieb-aile.

Épave du Tante Yvonne, Noël 2015, photographie lavieb-aile.

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Je ne peux m'empécher de reprendre quelques clichés du moteur.

 

Épave du Tante Yvonne, Noël 2015, photographie lavieb-aile.

Épave du Tante Yvonne, Noël 2015, photographie lavieb-aile.

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Épave du Tante Yvonne, Noël 2015, photographie lavieb-aile.

Épave du Tante Yvonne, Noël 2015, photographie lavieb-aile.

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3 janvier 2016 7 03 /01 /janvier /2016 11:57

Sur la piste de la "Pierre Noire" : les ampélites de Crozon (Finistère).

Si vous parlez à un breton de "pierre noire", il pensera au Phare des Pierres Noires, qui signale, en Mer d'Iroise et aux approches du Goulet de Brest, la chaussée du même nom. Nul ne conserve, si ce n'est l'association Ampélite de Panzè (35), le souvenir de la "pierre noire de Bretagne", et il est nécessaire de fournir quelques explications de ce matériau qui précéda le fusain, la mine de plomb et le crayon gras chez les dessinateurs et les peintres.

Nous allons voir que cette petite enquête va satisfaire l'amateur d'arts graphiques, le géologue, le promeneur arpentant le littoral, et toute personne curieuse d'élargir ses connaissances sur son patrimoine. Ou de se procurer à bon compte un crayon. La réunion du patrimoine naturel (sous le nom d' "ampélite") et du patrimoine culturel (sous celui de "pierre noire"), voilà en tout cas ce qui fait l'affaire de mon blog.

Il suffit de lire l'article Ampélite de Wikipédia pour apprendre que l'ampélite est un schiste pyriteux qui doit son nom au latin :

 ampes et au grec : ἄμπελος, ampelos, "vigne" ; αμπελιτις[γη] : "qui est propre à l'entretien de la vigne", car on en répandait autrefois au pied des vignes .

 

—  Des vignes en Bretagne ?

Pas vraiment, mais on trouve  l'ampélite aussi en italie, entre autre. Le nom est employé par  le grec Strabon — "celui qui louche"—  dans sa Géographie, un peu avant notre ère puis a été repris en latin avec le substantif ampelitis par Pline pour décrire une « terre bitumineuse pour écarter les vers de la vigne » (Pline, 35, 194 ). Pline l'Ancien, celui qui est mort en l'an 79  à Stabies lors de l'éruption du Vésuve !

 Laissons là les vignes et les vignerons, pour mémoriser un nom : le SI-LU-RIEN. Car c'est  au Silurien (444 à 416 millions d'années) que  des sédiments argileux  se sont déposés dans une mer calme, puis ont été  enfouis sous forte pression et haute température, ont alors cruellement manqué d'oxygène, ce qui  a préservé le plancton et autres matières organiques marines contenus dans les sédiments. Laissez refroidir, démoulez et  servez le schiste très noir et gras ainsi obtenu :  c'est l'ampélite. Si vous découvrez un gisement d'ampélite, vous pouvez le dater du Silurien. Commode.

Son nom est féminin, on dit donc de l' ampélite qu'elle comporte certes, comme tous les schistes, des silicates, mais surtout beaucoup de carbone qui lui donne sa couleur noire soyeuse. Et aussi du pyrite (sulfure de fer, FeS2) en grains fins ou en nodules, qui est responsable, quand elle s'altère, de coulées de rouille. Son chic, c'est de conserver parfois des fossiles de Graptolites aux  dessins de lignes blanches.

Voilà pour la Leçon de chose, dans son versant géologique. Mais cette ampélite nous est aussi sympathique lorsque nous apprenons qu'elle portait aussi le nom — vernaculaire— de "pierre des charpentiers" , parce qu'ils l'utilisaient pour tracer des traits sur le bois. Ou bien qu'on l'utilisait également autrefois pour se noircir sourcils et cheveux.

Muni de ce bagage, je prends mon appareil photo et je sors de chez moi pour chercher un gisement.

Un quart d'heure plus tard, c'est chose faite. 

Grâce au site

 Geodiversite.net, qui me proposait trois sites de balades, à Camaret et à Crozon,  je me suis rendu sur le parking du Four à Chaux de l'Aber, j'ai suivi la rivière et je me suis arrêté devant l'affleurement le plus noir possible.

 

La rivière de l'Aber à Crozon et le cordon dunaire. Photographie lavieb-aile.

La rivière de l'Aber à Crozon et le cordon dunaire. Photographie lavieb-aile.

. Mes coordonnées ? 48°13' 56" N et 4° 25' 50 " O.  J'y suis.

Tout fier, j'avise une dame qui promène son chien sur le sentier : 

Eh, c'est du Silurien !

Mais elle me répond :

Bien-sûr, de la base du Silurien supérieur. C'est la formation de la Tavelle avec  les ampélites du Ludlow ! Depuis le temps que les étudiants en géologie de Brest viennent en procession ici écouter leur prof, on a fini par le  connaître, le fameux Silurien ! 

.....

Vous êtes passés voir les brachiopodes et graptolites des schistes ordoviciens ?

Grrr...

 

 

 

 

 

Affleurement d'ampélite, Aber, Crozon, photographie lavieb-aile.

Affleurement d'ampélite, Aber, Crozon, photographie lavieb-aile.

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 J'ai frotté mon doigt sur la roche, elle y a laissé une tache noire assez tenace. 

Affleurement d'ampélite, Aber, Crozon, photographie lavieb-aile.

Affleurement d'ampélite, Aber, Crozon, photographie lavieb-aile.

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Il me reste à en ramasser un morceau et de le placer sur un ajonc — aïe, "ajonc, je-pique, genêt, je-ne-pique-pas"— pour illustrer le nom de "Pierre noire de Bretagne" pour débuter mon second chapitre.

L'ampélite ou " Pierre noire de Bretagne", photographie lavieb-aile.

L'ampélite ou " Pierre noire de Bretagne", photographie lavieb-aile.

La Pierre noire, médium des arts graphiques.

L'ampélite est décrite sous ce nom dans un autre article de Wikipédia : 

"On trouve la pierre noire le plus souvent sous forme de crayon, brut ou entouré de bois, ou de craie rectangulaire.

Il est utilisé pour les esquisses, mais aussi pour les dessins plus raffinés. Il a été très utilisé pendant la renaissance, souvent sur papier gris ou brun, et souvent accompagné de rehauts de gouache blanche, d'encre de Chine sèche ou en lavis, de lavis de bruns ou encore desanguines. La pierre noire employée avec la sanguine et la craie blanche est une technique dite « aux trois crayons ».

La majorité des grands peintres de la Renaissance ont dessiné avec cet outil."

Il me restait à faire ici une double démonstration : d'une part, de mon évidente incompétence en dessin. Et surtout, de la parfaite capacité du morceau d'ampélite ramassé tout à l'heure à devenir un remarquable instrument graphique. D'autant plus remarquable qu'une fois tracés sur ma feuille, les traits ont resisté au frottement et n'ont pas bavés, alors qu'ils peuvent être estompés avec un mouchoir en papier.

On ne se moque pas du résultat, s'il vous plaît.

 

Essai de dessin à l'ampélite de l'Aber par un piètre débutant, photo lavieb-aile

Essai de dessin à l'ampélite de l'Aber par un piètre débutant, photo lavieb-aile

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SOURCES ET LIENS.

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— Au Musée de géologie de Rennes  1 , salle Mathurin Méheut : Ampélite à graptolites

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— La lithothèque de Rennes :

1°) Les Ampélites du Tertre Gris à Poligné (anciennes carrières) : Silurien inférieur.

http://www.ac-rennes.fr/pedagogie/svt/lithotheque/poligne/poligne_01-02.html

http://www.ac-rennes.fr/pedagogie/svt/lithotheque/poligne/poligne_01-03.html

2°) Les Ampélites de Crozon.

a) L'Aber ou Pointe de Raguenes.

  • Carte détaillée : http://lithotheque-svt.ac-rennes.fr/crozon/crozon_carte2.html
  • Carte d'accès : http://lithotheque-svt.ac-rennes.fr/crozon/arret1_acces.html
  • Strates géologiques : http://lithotheque-svt.ac-rennes.fr/crozon/arret1_acces.html

 

http://lithotheque-svt.ac-rennes.fr/crozon/arret1_acces.html

b) Les ampélites de Lamm Saoz .

 

— Sortie géologique au Veryac'h à Camaret 

https://sgmb.univ-rennes1.fr/vie-associative/excursions/12-excursions/55-veryac-h-camaret

— CHAUVEL J.-J. & PLUSQUELLEC Y. 1987- Découverte géologique en presqu’île de Crozon, éditions Ouest-France, 32p. 

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31 décembre 2015 4 31 /12 /décembre /2015 23:46

La Grande Singerie de Chantilly. La Grande Songerie ? Première partie.

Aujourd'hui, je vous propose de m'accompagner dans un décor de rêve, celui de la Grande Singerie du château de Chantilly, que le peintre animalier Christophe Huet a peint en 1737 pour le prince de Bourbon. Ici tout est ironie et drôlerie, légèreté, finesse des allusions, renversement des rôles et des valeurs. Un pur produit de l'esprit du XVIIIe siècle : champagne ! chantilly ! cotillons, masques et bergamasques !

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GÉNÉRIQUE pour faire patienter le public.

   Si vous m'avez suivi jusque là, vous savez que nous sommes dans le Grand Cabinet d'angle, l'ancien bureau où le prince de Condé recevait ses invités et tenait ses réunions. Poussons la porte de la pièce voisine : petite, carrée,  mesurant environ 5 à 6 m de coté et ses murs sont dotés de lambris blanc et or, typiques de la période Régence. Ce premier décor a été peint en 1717-1718, et c'est vingt ans plus tard qu'il recevra les peintures du peintre animalier Christophe Huet (Pontoise, 1700- 1759).

A main droite, deux baies vitrées. Devant nous, une porte nous mènerait vers la Grande Galerie des Batailles. Mais la pièce développe sur notre gauche ses trois parois décorées successivement d'une grande glace, de deux grands panneaux de singerie, d'une porte, de deux autres panneaux, d'une cheminée (avec son écran  au Singe Maître d'école) alors que deux autres panneaux prennent place entre les portes et les fenêtres. 

 

Puisque les deux portes reçoivent aussi leur décor d'arabesque (c'est ainsi que l'on nommait au XVIIIe siècle les singeries), et puisqu'une troisième porte, fermée, se remarque sur le mur opposé aux fenêtres, c'est un ensemble de cinq grands panneaux et trois portes qui se propose à notre curiosité gourmande, complété par le plafond. 

Le programme iconographique s'ordonne sur plusieurs thèmes entremêlés : les Continents, les Sens, les Arts, etc..Nicole Garnier-Pelle a su les discerner, et je suivrai ses indications. Mais ces thèmes sont accessoires, nous ne sommes pas aux temps studieux de la Renaissance et ils cèdent le pas à la fantaisie.

— Vous me dites ? Ah, qui est ce prince de Condé, alors maître des lieux à Chantilly ? Peut-être il y a-t-il parmi nous une prof d'histoire qui...

— Louis IV Henri de Bourbon-Condé, né à Versailles le 18 août 1692 et mort à Chantilly le 27 janvier 1740, 7e prince de Condé ( en1710), duc de Bourbon, duc d'Enghien et duc de Guise, pair de France, etc ... a été nommé Chef du Conseil de Régence à la mort de Louis XIV (1715-1723) aux cotés du Régent, le duc d’Orléans. Il devint Premier ministre (1723-1726) à la mort du duc d’Orléans, avant de connaître la disgrâce à la fin de 1725, et de s'exiler à Chantilly. S'étant considérablement enrichi, il pouvait se consacrer à son château, à la chasse, ou au Cabinet de Curiosité qu'il installa tout près de nous, dans les pièces qui suivent la Grande Galerie des Batailles. Il appréciait fort les peintures de Huet, car il commanda, avant même la Grande Singerie qui occupe l'étage noble, une Petite Singerie au rez-de-chaussée (1735), et une troisième Singerie qui fut détruite à la Révolution.

— Connaît-on d'autres décors analogues par Huet ?

— Oui-da, vous pouvez encore visiter les Singeries du château de Champs-sur-Marne, peint pour le financier Paul Poisson de Bourvallais, et le Cabinet des Singes de l'hôtel de Rohan-Strasbourg, dans le Marais, pour le cardinal de Soubise et Prince-évêque de Strasbourg François-Armand de Rohan. Tenez, mademoiselle, pouvez-vous nous lire  ce texte d'une élève des Beaux-arts, Catherine Auguste ?

"Le décor de la Grande Singerie est révélateur du goût pour l’Extrême-Orient dès le début du règne de Louis XV. D’autres exemples précèdent.

D’abord le thème de la singerie remonte au Moyen Age. Le singe par ses attitudes souvent comiques aux yeux de l’homme se prête parfaitement aux caricatures, aux « singeries » des activités humaines. Les plus anciens exemples se rencontrent dans les marges des manuscrits enluminés du XIIIe au XVe siècle. On y voit des singes s’activent avec parodie dans des rinceaux végétaux.

Celui de la chinoiserie en tant que thème décoratif est plus récent et elle est une pure création occidentale. Dès la fin du XVIIe siècle, Berain introduit le motif du Chinois pour les modèles de la Tenture des grotesques chinois. Les ornemanistes disposaient en cette fin de siècle d’une puissante documentation sur la Chine qui représentait pour l’Européen, l’exotisme, les oiseaux merveilleux, la richesse des fruits, l’insouciance et la gaieté. Outre l’engouement pour l’Extrême-Orient, l’attirance pour la chinoiserie venait d’une lassitude pour les ornements classiques ; elle répondait ainsi à un besoin de fantaisie. Cette pure création occidentale, où un Chinois ne pourrait s’y reconnaître, participe au renouvellement du répertoire ornemental traditionnel. Par sa souplesse, ses possibilités allégoriques elle s’insère très rapidement aux arabesques, au système rocaille où les singes trouvent leur place dans cet amalgame venu d’Orient. Avant la Grande Singerie de Christophe Huet, on peut citer Watteau, Boucher ou Audran. Watteau fut l’auteur d’une trentaine de peintures exécutées au château de la Muette en 1710-1716 dont il ne reste que les œuvres gravées par Boucher. Et Claude Audran, dont Huet fut un collaborateur, avait décoré des plafonds dans le goût de la chinoiserie notamment celui de l’hôtel Angran de Fonspertuis à Paris en 1721." http://www.meublepeint.com/chantilly-grande-singerie-huet.htm

— (Un visiteur, à sa voisine) Ce conférencier  est incollable !

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I. La porte à double vantail.

Poussons donc la porte. Oh !

Source image Wikipédia :

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Impressionnant, n'est-ce-pas ! Mais refermons la porte derrière nous, attention madame, merci, tournons-nous. Voici :

 

 

L'une des portes de la Grande Singerie, Château de Chantilly, photographie lavieb-aile.

L'une des portes de la Grande Singerie, Château de Chantilly, photographie lavieb-aile.

Le vantail de droite, rendant ironiquement hommage au duc de Bourbon comme chef de guerre et Grand-Maître de France,  nous montre un singe soldat comme emblème de l'Art de la Guerre.

 

 

Vantail droit de l'une des portes de la Grande Singerie, Château de Chantilly, photographie lavieb-aile.

Vantail droit de l'une des portes de la Grande Singerie, Château de Chantilly, photographie lavieb-aile.

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Ce  Porte-étendard porte, selon Nicole Garnier, le drapeau et l'uniforme de la maison de Condé. Mais comment en trouver une description ? Peut-être en le comparant à la tenue des officiers du Régiment de Bourbon de 1734 à 1757 ? "Les drapeaux du régiment de Bourbon avaient un quartier bleu, un autre rouge, le troisième noir et le quatrième feuille morte. Son premier habit était distingué par les parements et le collet rouges, avec doubles poches en long garnies chacune de 9 boutons disposés par 3 en patte d’oie ; il y avait 5 boutons sur la manche. La veste était rouge ; les boutons et le galon de chapeau était d’argent." (Général Susane) 

Ou bien à la tenue du  Régiment de Bourbon cavalerie de 1740 ?

  

 Ce dernier avait des étendards « de soye bleue, Soleil d’or au milieu & 4 fleurs de lys brodées en or aux coins, & frangez d’or ». Mais avant 1740, ils étaient de « soye ventre de biche, Soleil d’or au milieu, les armes de Condé & fleurs de lys d’or aux coins, & frangez d’or »  .

 

Le détail crucial, car nous le retrouverons tout-à-l'heure à propos de la tenue de chasse, est le qualificatif de couleur "ventre-de-biche". Le XVIIIe siècle a été sans-doute le siècle le plus créatif en termes de couleurs. Quelle est la couleur d'un ventre de biche ?

  • D'une couleur brun clair tirant sur le roux ou le chamois. 1609 « d'une couleur brun clair » (CNRTL)
  • Blanc roussâtre, faisant partie du champ chromatique orange. (Wiktionnaire) : Le comte Esterhazy choisit pour son régiment la couleur ventre de biche ou chamois, fort à la mode sous Louis XV. — (Les Hussards, de Chamborant (2e Hussards)., Firmin-Didot & Cie, 1897, p. 250
 

Une planche présente l'uniforme du 21e Condé et du 22e Bourbon entre 1737 et 1762 ; remarquez le tricorne à nœud blanc du 21e Condé ; remarquez aussi que le drap n'est pas blanc, mais presque chamois, pour ne pas dire "ventre-de-biche".

Cavalerie dite légère, française et étrangère (Mouillard - Les régiments sous Louis XV) http://pfef.free.fr/Anc_Reg/Unif_Org/Mouillard/Planches/03_05.htm

Cavalerie dite légère, française et étrangère (Mouillard - Les régiments sous Louis XV) http://pfef.free.fr/Anc_Reg/Unif_Org/Mouillard/Planches/03_05.htm

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En novembre 2018, j'ai reçu ce message d'un éminentissime spécialiste en uniformologie ; qu'il en soit éminentissimement remercié:

 

"Le petit singe est bien un officier du régiment d'infanterie de Condé suivant l'ordonnance uniformologique de 1720 à 1736 . A noter toutefois que l'habit gris fut encore porté jusqu'aux années 1740 bien que l'uniforme blanc fut prescrit pour l'ensemble des régiments dès 1734 .

Le Gorgerin (ou hausse-col qui fut arboré jusqu'au XIXe ) était l'un des signes caractéristiques pour signaler les officiers d'infanterie avant l'apparition des guenilles à Choiseul (épaulettes de grades) au cours des années 1760 , et il fut d'ailleurs conservé par la suite comme protection symbolique . Dans l'armée royale , la nature de conception et la couleur du métal du gorgerin était dénominative de l'origine du corps de troupes : française, allemande, suisse , irlandaise , etc .

L'excès de galons dorés sur l'uniforme d'officier de ce petit singe est tout à fait représentatif de l'infanterie du début du Siècle des Lumières qui permettait encore bien des excès vestimentaires .

La forme de la poche est également tout à fait conforme à l'ordonnance et aux modes de cette période , tout comme le plumetis rouge au tricorne bordé d'un galon d'or fin .

Idem pour la cocarde bicolore qui deviendra entièrement noire par la suite , puis blanche à la fin des années 1750 .

Pour ce qui est de l’étendard (la cavalerie étant munie de guidons, bannières ) , il n'est pas étonnant que vous ne l'ayez pas trouvé car vous avez recherché dans les drapeaux régimentaire or , ici, l’étendard porté par ce petit singe est l'étendard colonel d'infanterie , blanc sur fond de semi de fleurs de lys d'or . S'il existait plusieurs étendards régimentaires par unité, il existait aussi un , deux voire ou trois étendards colonel suivant le nombre de bataillon en général . Vous ne pouviez pas l'atteindre par la voie de recherche des drapeaux régimentaires . Le cordon bleu sur le fond blanc étant ici certainement en rapport avec la détention de l'Ordre du Saint-Esprit par le colonel (en l’occurrence le Prince de Condé ) .

Les uniformes des planches Mouillard que vous présentez dans votre article sont en réalité blancs et non ventre de biche (première couleur de la Maison de Condé avant le chamois Condé qui est plus rose orangé) car seuls les musiciens de ces régiments étaient autorisés à porter la livrée complète de leur colonel . Il y avait une couleur générale du justaucorps – puis habit à la française - (en dehors des régiments étrangers) pour la cavalerie de ligne comme pour l'infanterie . Autrement , c’était des unité particulières , privées , des troupes légères comme celle des Volontaires de Clermont-Prince , à Louis de Bourbon-Condé , qui portaient la livrée intégrale de Clermont-Condé , ventre de biche et rouge .

J'ai découvert en 2002 l'implication de ce régiment dans les chasses à la Bête du Gévaudan de 1764 à 1765 . Mes travaux et ma planche illustrée de reconstitution consacrés à cette unité se trouvent à la Bibliothèque de Chantilly . S'y trouve aussi un prestigieux Manuscrit (seulement deux exemplaires au Monde) par Henry du Rosnel et Guillemard en 1776 , que je vous invite à aller étudier à l'occasion d'un passage au Musée Condé , qui répondra à vos questions et attentes en matière de connaissances des livrées de chasses et autres de la Maison de Condé . "

Patrick Pierre Louis Berthelot, historien uniformologue , spécialiste du XVIIIe s , des livrées des Maisons civiles et militaires , de la vénerie royale de Louis XV et de Louis XVI , des Eaux et Forêts , de la Louveterie , etc … 

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Eh bien ! je lui tire mon tricorne !

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Vantail droit de l'une des portes de la Grande Singerie, Château de Chantilly, photographie lavieb-aile.

Vantail droit de l'une des portes de la Grande Singerie, Château de Chantilly, photographie lavieb-aile.

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Ce vantail comporte, en dessous, un petit panneau intermédiaire (j'ai oublié de le photographier ;  l'image qui suit qui a été inversée par le site, vient de Wikigallery.org )  avec un boulet de canon chauffé par un feu stylisé, et, dans les anses du dit boulet, deux refouloirs destinés à enfoncer la gargousse de poudre.

Cette artillerie est encadrée par un rameau d'olivier et par un rameau de chêne.

—Un chêne rouvre, si on en juge par le court pédoncule du gland.

 

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Et, plus bas, un panneau rectangulaire chargé de divers motifs. Que voyez-vous ?

— Des boulets dressés en tas devant un baril de poudre !

— Deux boulets, qui m'ont bien l'air d'être reliés par une chaîne.

— Un fusil, une poire à poudre, et une hallebarde !

— Les bustes d'un homme et d'une femme, piqués sur des sortes de haches ; peut-être les ennemis du royaume ?

— Une étoffe à bandes bleues et or.

— Une médaille d'or, suspendus à une chaîne...

— Et tout en haut ?

— un bonnet à plume, bien peu martial. Et un chaudron à deux poignées. 

 

Vantail droit de l'une des portes de la Grande Singerie, Château de Chantilly, photographie lavieb-aile.

Vantail droit de l'une des portes de la Grande Singerie, Château de Chantilly, photographie lavieb-aile.

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Porte vers le cabinet d'angle, vantail gauche.

Après avoir caricaturé son commanditaire, sur le vantail gauche, Christophe Huet trace de lui  un "autoportrait en singe" aussi cocasse que celui de Normann Rockwell

Comme chez cet artiste, le godet d'eau est en équilibre instable, l'appui-main joue un rôle emblématique, le couvre-chef tourne le peintre en ridicule, et les clins d'œil abondent, comme les deux rouleaux de papier suspendus en X sous le chevalet, qui singent les deux bâtons entrecroisés du Maître de France.

 

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On s'amuse aussi à découvrir qu'aux deux bustes en grisaille du vantail droit  répondent deux têtes à chapeau pointu, l'un à moustache droite, l'autre à moustache tombante.

On n'oubliera pas non plus de remarquer la carafe de vin et le verre à demi-vide que le singe-peintre a pris soin de placer à coté de main. 

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Vantail gauche de l'une des portes de la Grande Singerie, Château de Chantilly, photographie lavieb-aile.

Vantail gauche de l'une des portes de la Grande Singerie, Château de Chantilly, photographie lavieb-aile.

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C. Huet, Le Maître peintre, pl. 29, Singeries...Guélard, 1743. Gallica.

C. Huet, Le Maître peintre, pl. 29, Singeries...Guélard, 1743. Gallica.

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Vantail gauche de l'une des portes de la Grande Singerie, Château de Chantilly, photographie lavieb-aile.

Vantail gauche de l'une des portes de la Grande Singerie, Château de Chantilly, photographie lavieb-aile.

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Comme chez Rockwell, l'autoportrait se donne en abyme, puisque le panneau inférieur du vantail porte à son sommet une toile cloutée sur son cadre, représentant... le singe-peintre . Puis viennent, suspendus à une guirlande, son porte-main, ses pinceaux et sa palette, au dessus d'une esquisse à la pierre noire. La palette est la même que celle employée par le singe, avec le même ordre des couleurs (blanc-jaune-rouge-...) et le même emplacement du godet.

...puis, en suivant le fil de suspension, la pierre noire ou le porte-fusain, une règle graduée, une équerre,

...le fil se terminant, comme tout fil à plomb, par une rondelle et un plomb.

Encore plus bas c'est un buste de plâtre destiné à peindre "d'après la bosse", c'est-à-dire d'après une figure moulée, le plus souvent comme ici sur un antique (une tête grecque féminine).

Ici — mais c'est vrai partout sur ces lambris — l'esprit fin, léger, aimant l'impromptu et la pirouette, se donne libre cours sur les éléments graphiques non figuratifs directement hérités des grotesques, ces volutes, ces lignes brisées et recourbées sur elles-mêmes, ces feuilles et plumes d'or déroulant leur dos épineux, ces chorégraphies de traits virevoltant, s'envolant, sautillant et développant une musique spirituelle et gracieuse.

 

 

 

Vantail gauche de l'une des portes de la Grande Singerie, Château de Chantilly, photographie lavieb-aile.

Vantail gauche de l'une des portes de la Grande Singerie, Château de Chantilly, photographie lavieb-aile.

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Vantail gauche de l'une des portes de la Grande Singerie, Château de Chantilly, photographie lavieb-aile.

Vantail gauche de l'une des portes de la Grande Singerie, Château de Chantilly, photographie lavieb-aile.

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— C'est encore long ? Tu as mis assez d'argent dans le parcmètre ?

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II. Le panneau de la Chasse. L'Amérique. Le Toucher.

 

 

 

 

C'est lors d'une de ces chasses, le 27 juillet 1724, que « ...Mr le duc de Melun courait le cerf avec Mr le duc (de Bourbon, prince de Condé), ils en avaient déjà pris un, et en couraient un second. Mr le duc et Mr de Melun trouvèrent dans une voie étroite le cerf qui venait droit à eux ; Mr le duc eut le temps de se ranger, Mr de Melun crut qu'il aurait le temps de croiser le cerf et poussa son cheval. Dans le moment le cerf l'atteignit d'un coup d'andouiller si furieux, que le cheval, l'homme et le cerf en tombèrent tous trois. Mr de Melun eut la rate coupée, le diaphragme percé et la poitrine refoulée. Mr le duc, qui était seul auprès de lui, banda sa plaie avec son mouchoir, et y tint la main pendant trois quarts d'heure ; le blessé vécut jusqu'au lundi suivant qu'il expira à six heures et demie du matin, entre les bras de Mr le duc, et à la vue de toute la cour qui était consternée d'un spectacle si tragique. Dès qu'il fut mort, le roi partit de Versailles et donna au comte de Melun le régiment du défunt. Il est plus regretté qu'il n'était aimé ; c'était un homme qui avait peu d'agréments, mais beaucoup de vertus et qu'on était forcé d'admirer... ».

 

La maîtresse de M. le Duc, la marquise de Prie, avait beaucoup d’influence sur lui. Elle se contentait néanmoins, pour l’essentiel, de protéger les arts et les lettres.

Panneau de la Chasse, Grande Singerie, Château de Chantilly, photographie lavieb-aile.

Panneau de la Chasse, Grande Singerie, Château de Chantilly, photographie lavieb-aile.

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Vous voyez ici une femme légèrement vêtue au dessus d'un body léopard, coiffée d'une toque à plumes rouges, et chaussée de soques à bout recourbé, laissant le pied presque nu sous un laçage argenté. Le manteau de gaze bleue constellé de fleurs d'or n'est pas sans évoquer, par un trait d'ironie, le drapeau aux couleurs du duc de Bourbon. La lance et l'arc qu'elle tient benoîtement pourrait en faire une nouvelle Diane chasseresse, mais elle n'a pas la froideur lunaire et  hautaine d'Artémis. Quand au trône bleu-métal sur laquelle elle siège comme sur la gueule d'un canon, il pourrait faire d'elle une Pythie. 

Elle regarde avec bienveillance un singe vêtu comme un Marquis de Carabas, et qui lui fait "les honneurs du pied".

Les honneurs du pied ?

Oui, regardez bien : le singe qui tient son tricorne, et n'a pas ôté ses éperons, accourt pour lui présenter la patte du cerf que les chasseurs viennent d'abattre. C'est un terme de vénerie : Après avoir  et sonné l'hallali par terre et achevé la bête, on procède, avant la curée,  à la "cérémonie du pied" accompagnée de la sonnerie des cors. Le veneur lève le pied avant droit de l'animal et le coupe à la première jointure ; la peau de la jambe est nattée selon les conventions d'usage,  puis le veneur le pose sur une cape ou un linge et, faisant le tour des invités, il le présente à celui qu'il veut honorer tout particulièrement. On sonne alors les honneurs. Cet "honneur du pied" est une récompense ultime, un grand moment de fierté et de jouissance pour l'invité. 

Ah, "il prend son pied", c'est cela ?

Littéralement, oui. Et il le fera naturaliser et monter en souvenir du "laisser-courre", la journée de chasse. Mais le veneur peut encore offrir le pied à la reine de la journée, qui peut alors honorer le chasseur de son choix ...ou de son cœur.

La chasse à courre est l'occupation de la plus haute importance à Chantilly, et, au XIXe siècle sous le duc d'Aumale, les annales ont soigneusement notées le nom de ceux qui ont eu l'honneur du pied : la duchesse Decazes le 27 décembre 1877, le comte de Chézelles le 31 du même mois, la duchesse d'Uzès le 6 novembre 1882, le maréchal de Mac-Mahon le 24 novembre 1879, la baronne Gustave de Rothschild le 12 novembre 1883 et  le duc de Bragance le 28 janvier 1886.

Je fais passer parmi vous cette image : je l'ai trouvée sur la toile, avec cette légende : " Trophée de chasse pied d'honneur: patte de cerf à dix cors. Présentée sur un écu en bois avec cartouche: «Forêt d'Orléans. Rallye Fontainebleau. Cerf dix cors Attaqué à la vallée du Diable. Pris à la Cour Dieu après 2h de Chasse. Les honneurs à Mme Pierre Vatron. Le 4 octobre 1986.»

 

"La vénerie demeura des siècles durant l'une des activités favorites du roi et des princes du sang. Chantilly vécut ainsi au rythme des chasses de ses illustres propriétaires comme le prouve la richesse des témoignages recueillis en ces lieux depuis la fin de la disgrâce du Grand Condé en 1659 jusqu'à la mort du duc de Chartres en 1910. D'imposants moyens furent consentis à l'exercice du noble déduit qui, lorsque des hôtes illustres honoraient Chantilly de leur présence, donnait lieu au déploiement d'un faste sans égal. Un vaste territoire réservé aux laisser-courre princiers constitue la plus évidente illustration de cette passion cynégétique qui s'exprime également par le raffinement de la production artistique qu'elle a su inspirer dans l'architecture comme dans le décor de la demeure.  "

Ce singe qui porte son cor en bandoulière est le "piqueux". Il porte la tenue de chasse aux couleurs du duc de Bourbon: "ventre de biche à parements amarante".

Selon le comte des Nétumières (p.34), reprenant Paul Petit, en 1816, à la formation de l'équipage, le surtout ou habit de petite tenue pour les gens de l'équipage était en drap de laine ventre de biche à col et parements de velours amarante et orné de boutons en argent aux armoiries de Condé et de galons  or et argent.

C'était aussi la livrée des valets du maître de Chantilly.

Un dessin de 1829 du Musée Condé montre Louis-Henri Prince de Condé duc de Bourbon (1756-1830) en tenue de chasse :

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— Et de l'adjectif amarante, vous ne dites mot ?

— Ah, amarante, la couleur des bérets de parachutiste ! C'est un rouge-pourpre plus clair que le bourgogne. Elle tient son nom de plantes qui ne fânent pas, d'où leur nom grec ἀμάραντος, « immortelle », avec le a- privatif a- associé au  verbe  signifiant « flétrir, se faner ». Ces fleurs  sont donc un symbole de l’immortalité, ce qui justifie le choix d'un velours amarante pour des activités de guerre ou de chasse assez exposées aux dangers.  Ah, un monsieur veut intervenir ?

— Je me souviens d'avoir lu sous la plume de Jean-Baptiste Charcot la phrase suivante, qui m'avait marquée par la préciosité de sa poésie  : "Le ciel était taché seulement d’une main nuageuse de fines dentelles amarante qui se tendait comme pour nous souhaiter la bienvenue." ( Dans la mer du Groenland, 1928). Quel talent chez ce médecin de Neuilly-sur-Seine !

 —  ?

 

 

 

 

 

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— Que fait le singe de droite ? Il tient une lettre cachetée.

— Et une canne à pommeau d'argent.

— Et un bonnet doré et...amarante.

— Ne serait-ce pas le duc lui-même, caricaturé en amant ?

— Mystère, mystère...

 

 

 

 

 

 

 

Panneau de la Chasse, Grande Singerie, Château de Chantilly, photographie lavieb-aile.

Panneau de la Chasse, Grande Singerie, Château de Chantilly, photographie lavieb-aile.

Au dessus de cette belle dame courtisée, Christophe Huet a peint, de bas en haut, une cible de tir conservant le score d'un tireur habile, un cor de chasse ...

— dites "une trompe de chasse", comme les veneurs ! Accordée en ré, et non en mi bémol comme dans les fanfares ! Elle fait un tour et demi, soit 4,545 m.,  c'est la Dampierre de 1729. 

— Eh, vous êtes féru ! Je reprends ... deux arcs, et leur carquois, sur un filet de chasse au gibier d'eau (également figuré au plafond) . Des rubans bleus et rouges, et, de chaque coté, un miroir.

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Panneau de la Chasse, Grande Singerie, Château de Chantilly, photographie lavieb-aile.

Panneau de la Chasse, Grande Singerie, Château de Chantilly, photographie lavieb-aile.

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Plus haut encore, un magot chinois, qui a du se tromper de panneau, et qui tient au bout de deux longs manches un éventail et une poterie. Ces deux éléments dont je n'ai pas élucidé le rôle encadrent une tête de cerf.

— cinq cornes sur chaque bois, c'est un jeune dix-cors.

Panneau de la Chasse, Grande Singerie, Château de Chantilly, photographie lavieb-aile.

Panneau de la Chasse, Grande Singerie, Château de Chantilly, photographie lavieb-aile.

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En dessous de la dame, une étoffe rayée admirable par les jeux de transparence maîtrisés par le peintre sert de support à un ensemble d'objets de chasse : une dague, une gibecière et une blague de poudre. 

Mais l'essentiel de ce décor n'est sans-doute pas, une fois de plus, dans les objets représentés, mais dans la façon dont ils sont traités. Voyez les deux piques de chasseur dont les manches sont fichés dans des supports dorés. Des engins meurtriers, certes, mais dont la fonction cruelle est démentie par les pompons et les glands, qui s'enroulent sur la hampe ; et dont les pointes acérées est coiffée par deux couvercles comme la flamme d'une bougie. Voyez ces guirlandes fleuries, voyez ces gazes vaporeuses qui se transforment en génies bleutés, voyez ces franges, ces fanfreluches plumeuses, voyez comme ces arabesques sont féminines : aucune concession n'est accordée à Mars et à Nemrod, tout flotte dans un entre-deux irréel comme dans une opérette futile, toute agressivité et virilité cynégétique tombe en quenouille sous l'effet de rires cristallins. 

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Panneau de la Chasse, Grande Singerie, Château de Chantilly, photographie lavieb-aile.

Panneau de la Chasse, Grande Singerie, Château de Chantilly, photographie lavieb-aile.

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III. Le "Magot chinois". L'Asie. Le Goût.

"Le Magot chinois", c'est le nom donné par Nicole Garnier, Conservateur  général (sic) du patrimoine chargée du Musée Condé de Chantilly, à ce personnage aux moustaches de mandarin, à la bouche facétieuse, allongé dans un hamac et jouant du tambour et d'une sorte de maracas. 

C'est amusant, car le terme "magot" désigne d'une part (dès 1476)  un singe à queue rudimentaire, le Magot de Gibraltar Macaca sylvanus, et d'autre part, depuis 1698 avec la forme initiale magau, un bibelot à figure grotesque de porcelaine ou de jade qui tire son nom du roi eu pays de Magog, en Asie. On l'imagine, joufflu, ventre bedonnant s'échappant d'une robe de soie multicolore, pieds nus, tête rasée préservant la mèche rituelle, dans l'accumulation de poncifs que la manufacture de Chantilly appliqua à des sucriers, vases, et encriers.

Cela me permet de tenter d'identifier sur le plan zoologique le modèle des singes de cette Singerie. Le Magot, c'est Macaca sylvanus, la seule espèce de primate — excepté l'homme...—  que l'on peut trouver en habitat naturel  en Europe, et qui fut probablement introduit par les Maures . On le nomme aussi  Macaque de Barbarie, Magot ou Macaque berbère. Il figurait par exemple dans la ménagerie de Milan à la fin du XIVe. Les macaques berbères, disponibles au Moyen-Âge  en plus grand nombre que n'importe quelle autre espèce de singe, sont par excellence les singes du pauvre. À l'âge adulte, un magot mâle pèse rarement plus de 15 kg et peut mesurer jusqu'à 60 cm. Petit singe déjà imposant, il est assez docile pour se laisser apprivoiser par les montreurs d'animaux dans l'objectif d'amuser les habitants des villes et des campagnes dans des spectacles. C'est grâce aux bateleurs qui parcourent les contrées que la figure de l’animal devient familière, au moins dans les villes.

 Wikipédia

 

— Pourtant, les singes représentés ici ont le pelage du pourtour de la face qui est blanc. Et le singe de droite est doté d'une queue. Ne s'agirait-il pas du singe vert, Chlorocebus sabaeus, ou Callitriche ? ....bien qu'ils aient, certes des favoris blancs, mais une face sombre.

— Jacques Christophe Valmont de Bomare, qui fut le directeur du Cabinet d'histoire naturelle du Prince de Condé, distinguait en 1775 avec Brisson cinq races : Ceux qui n'ont point de queue, mais le museau court (Orang-Outang, Paresseux,...) ; les Cynocéphales qui n'ont point de queue, mais qui ont une tête allongée ; les singes à queue très courtes (babouins) ; les 29 espèces de Cercopithèques,  qui ont une longue queue et le museau court ; et les Cercopithèques cynocéphales...à queue longue et tête allongée. La majeure partie des singes de Christophe Huet ont une queue visible, ce sont donc selon ces distinctions des Cercopithèques. Sapajou ? Sagouin ? Tamarind ? Je retiens le Singe vert en raison des poils blancs de ses joues. Planche dans Buffon p. 283

François Alexandre Aubert de la Chesnaye des Bois ...

— Ah, j'adore ! 

— Aubert de la Chesnaye des Bois, disais-je, atteste de la présence de Cercopithèques (sans en distinguer l'espèce) à la ménagerie de Chantilly. En 1759.

 

 

Panneau chinois, Grande Singerie, Château de Chantilly, photographie lavieb-aile.

Panneau chinois, Grande Singerie, Château de Chantilly, photographie lavieb-aile.

— Laissons ces questions posées, et  revenons à notre personnage. Je ne lui trouve aucune ressemblance avec un bibelot, et il m'évoque plutôt un gai compagnon du duc, déguisé en chinois, avec sa moustache postiche, sa boucle d'oreille en or, sa luxueuse robe damassée sur laquelle est passée une veste courte de couleur rouge...

— Mais ce sont les couleurs ventre-de-biche et amarante !

— Bien vu ! 

Il joue d'un tambour à grelot, et d'un idiophone à manche : deux instruments à percussion (alors que le panneau de la Chasse était dédié à la famille des Cuivres). L'instrument à manche n'est-il pas un moulin à prière tibétain ( mani korlo) détourné de son pieux usage ?

Les deux singes sont "chinoisés" de façon caricaturale, affublés qu'ils sont, comme leur maître, de chapeaux chinois à plumet et de soieries bleu, blanc et or . 

— Mais ce sont les couleurs de l'étendard du porte-drapeau ! Et celle du manteau de la Diane chasseresse !

— Bravo, bravo, j'ai une belle équipe d'auditeur .

Le singe de droite frappe avec une baguette sur une sorte de triangle où sont enfilées des anneaux d'or. 
Celui de gauche joue d'un instrument à archet très long qui ne semble comporter qu'une seule corde : serait-ce une Trompette marine ?
 
Panneau chinois, Grande Singerie, Château de Chantilly, photographie lavieb-aile.

Panneau chinois, Grande Singerie, Château de Chantilly, photographie lavieb-aile.

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Plus bas, une médaille d'or est frappée du profil d'un mandarin chinois à chapeau conique. Puis vient une théière et trois tasses à thé en porcelaine bleue, posés sur un plateau ...à grelots.

 

Panneau chinois, Grande Singerie, Château de Chantilly, photographie lavieb-aile.

Panneau chinois, Grande Singerie, Château de Chantilly, photographie lavieb-aile.

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En partie haute, nous retrouvons la disposition à deux bustes de grisaille déjà rencontré sur la porte, mais les personnages ont, bien-sûr, des traits "chinois" prononcés sans grand souci d'authenticité, avec boucle d'oreille en goutte d'eau, ébauche de natte, et moustache tombante.

Au centre, un idiophone, dont on supposera qu'il est fait de onze lames de bambou plutôt que de métal , afin d'évoquer le nom chinois  du xylophone, 木琴;  mù qín. 

Cet instrument est posé devant une feuille de papier où sont inscrites quatre lignes (horizontales !)  de caractères  noirs : il serait très amusant qu'il s'agisse d'une partition en notation chinoise, ou gongche  工尺 ... , mais la ressemblance n'est que vague avec des caractères comme ceux-ci :

Bien-sûr, tout cela est surmonté d'un parasol octogonal à glands de passementerie, d'où retombent d'évanescentes mousselines aux emblématiques couleurs bleus et or .

A gauche, il faudrait savoir identifier ces instruments de musique, mais on distingue des flûtes, un tuyau évasé comme le bourdon d'une cornemuse, un manche surmonté d'une tête à grelots, ...

A droite, une lance, un arc et son carquois. 

Huet s'est-il inspiré d'objets exotiques des collections du cabinet de  curiosités ?

 

 

 

 

 

Panneau chinois, Grande Singerie, Château de Chantilly, photographie lavieb-aile.

Panneau chinois, Grande Singerie, Château de Chantilly, photographie lavieb-aile.

La description de ce panneau s'achève avec le registre supérieur où se découvrent sur des perchoirs dorés quatre oiseaux (hirondelles et/ou bergeronnettes), tandis que quatre lampions (bleus et blancs) sont suspendus à une branche.

 

Panneau chinois, Grande Singerie, Château de Chantilly, photographie lavieb-aile.

Panneau chinois, Grande Singerie, Château de Chantilly, photographie lavieb-aile.

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— On ferme, on ferme, messieurs-dames, le château va fermer ses portes.

— Déjà ! Mais ce n'est pas fini !

— Rendez-vous demain matin, et nous continuerons la visite.

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Emprunté sur la toile : deux tableaux de Chardin, dont son Singe peintre, réalisé trois ans après les Singeries de Huet et son autoportriat en peintre-singe.

Jean-Siméon CHARDIN  Le Singe antiquaire  Vers 1726  Musée du Louvre

Ce singe en robe de chambre qui examine des médailles avait pour pendant un Singe peintre, disparu.

Au long de sa carrière, Chardin porta à plusieurs reprises ce regard ironique sur les collectionneurs.

 Les singeries étaient à la mode : on en connaît notamment de Watteau, à qui le tableau fut jadis attribué. 

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Jean-Siméon CHARDIN Le singe peintre  Vers 1739 - 1740 Musée du Louvre.
Ce tableau dont on connaît plusieurs autres versions est peut-être 
celui du Salon de 1740,

qui avait pour pendant un Singe antiquaire, disparu. Comme Watteau, Lancret ou Huet,

Chardin s'inspire sans doute des singeries de Téniers, peintre flamand très en vogue au XVIIIe siècle.

Le singe semble bien, ici, un Singe vert Chlorocebus sabaeus .

Comme chez Huet, on retrouve le modèle en bosse, la carafe (de vin ?), l'appuie-main,

et la tenue militaire avec veste de velours et tricorne.

 

 

 

SOURCES ET LIENS.

— Très bonne description et nombreuses images sur :

http://www.meublepeint.com/chantilly-grande-singerie-huet.htm

http://www.linternaute.com/sortir/monument/photo/la-grande-singerie-du-chateau-de-chantilly-restauree/singes-geometres.shtml

http://singeries.picnpin.com/singes-et-singeries-a-la-renaissance

 

GARNIER-PELLE (Nicole), 2008,  Les Singeries, Paris, Nicolas Chaudun - Fondation pour le domaine de Chantilly,coll. « Trésors de Chantilly »,‎ septembre 2008 (ISBN 978-2-35039-063-5, LCCN 2008487526)

GARNIER-PELLE (Nicole), 2010 Anne Forray-Carlier et Marie-Christine Anselm, Singeries et exotisme chez Christophe Huet, Saint-Rémy-en-l’Eau, Monelle-Hayot,.

— GARNIER-PELLE (Nicole),  Une émission de la radio Canal Académie
Nicole Garnier, conservateur en chef du patrimoine au château de Chantilly présente la restauration de la Grande Singerie achevée en janvier 2008 et le programme iconographique de ce décor du XVIIIe siècle.

— GAUDRON ( Amandine ) Le singe médiéval Histoire d'un animal ambigu : savoirs, symboles et représentations  http://theses.enc.sorbonne.fr/2014/gaudron

— HUET, (Christophe), 1741-1743,- Singeries, ou différentes actions de la vie humaine représentées par des singes / gravées sur les desseins de C. Huet ; gravure de Guélard, édité par J. Guélard 2 suites de 12 pl. gravées : gravure à l'eau-forte Bnf Dept estampes et photographie 4TF-11

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b55006444q

 

—   Un reportage photographique de Cécile Debise pour l'Internaute
Une vingtaine de photographique avec détails des peintures de la Grande Singerie du château de Chantilly pendant leur restauration.

—  Un dossier de presse sur la restauration de la Grande Singerie

—  Depuis le magazine La Tribune de l'art
Pour voir les cinq panneaux restaurés de décors d'animaux peints par Christophe  Huet de la chambre de Monsieur le Prince au château de Chantilly.

—  Sur le site de l'Institut de France, propriétaire du château de Chantilly
Sur la restauration de cinq paysages avec animaux de Christophe Huet ; ces peintures sont encastrées dans des boiseries blanc et or de la chambre de Monsieur le Prince au château de Chantilly ; sont expliquées les techniques picturales de Christophe Huet et les restaurations engagées.

—  Les singeries
Nicole Garnier-Pelle, Editions Nicolas Chaudun, 2008, 80 pages

—  Les peintures du XVIIIe siècle du musée Condé
Nicole Garnier-Pelle, Editions du Musée Condé, 1995, 221 pages

—  L’Art décoratif en Europe, Classique et Baroque
Chinoiseries, pp 225-324
Alain Gruber, Editions Citadelles & Mazenod, 1992,

—  Les singeries de Christophe Huet : Exposition-dossier, Musée des beaux-arts de Valenciennes, 23 décembre 2006-19 mars 2007
Virginie Frelin, Marie-Christine Anselm, Editions Musée des Beaux-Arts de Valenciennes, 2007, 56 pages

—  Chinoiseries : Le rayonnement du goût chinois sur les arts décoratifs des XVIIe et XVIIIe siècles
Madeleine Jarry, Editions VIlo, 1981, 258 pages

— Chinoiseries
Dawn Jacobson, Editions Phaidon, 1999, 240 pages

— Les Singeries de Chantilly
Christophe Levadoux, docteur en histoire de l’art, in L’Estampille – L’Objet d’Art, n°435, mai 2008, pp 42-51

— Le cabinet d’histoire naturelle du duc de Bourbon
Christophe Levadoux, in Bulletin du musée Condé, 2008

— Restauration de la Petite Singerie : http://www.wukali.com/chateau-de-chantilly-la-petite-singerie-a-ouvert-ses-portes-apres-11-mois-de-travaux#.Voai4_nhCM8

— Vidéo : http://www.dailymotion.com/video/x4gaeo_la-grande-singerie-du-chateau-de-ch_creation

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Published by jean-yves cordier - dans Chantilly
30 décembre 2015 3 30 /12 /décembre /2015 18:53

Ma visite de la Grande Singerie de Chantilly. Deuxième partie.

Voir :

La Grande Singerie de Chantilly. La Grande Songerie ? Première partie.

Retour au château de Chantilly, dans l' antichambre, située dans les Grands appartements, entre la Galerie des Batailles et le cabinet de travail du prince de Condé, où je poursuis ma visite de la Grande Singerie : suivez le guide !

IV.  La porte à double vantail du fond : le singe géographe et le singe sculpteur.


 situation : entre le panneau du "Magot chinois" et celui de "l'Idole chinoise".


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Image Mélanie Demarié 


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 Description.

Comme les deux autres portes, celle-ci comporte deux vantaux, chacun orné d'un panneau supérieur, d'un petit panneau intermédiaire et d'un panneau inférieur. Le vantail de droite s'inscrit sous le thème de la Géographie, le vantail .gauche sous celui de la Sculpture, et la porte est ainsi dédié aux Arts et aux Sciences. Par allusion spéculaire aux passe-temps du duc de Bourbon à Chantilly, lorsqu'il n'y chasse pas à courre.

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a) Le vantail de droite : le singe géographe.

Ce singe studieux  est assis sur une mappemonde. Il porte une veste jaune moutarde à revers noirs, et sa queue, qui s'échappe derrière lui, tout comme les poils blancs de sa gueule et de ses favoris, pourraient aider un simiologue à en déterminer le genre, si ce n'est l'espèce. Accroché à sa ceinture par une chaînette, un étui lui sert à ranger son matériel de travail, mais je ne le décrire plus précisément qu'en parlant d'une sorte de pince, et d'une sorte de couteau. Christophe Huet n'oublie pas de le ridiculiser par un chapeau chinois ou mongol en fourrure d'où s'échappent, comme les flammes du Stromboli, deux plumes rouge et orangé.

Notre homologue primate a déroulé devant lui une carte tendue entre deux baguettes, et y mesure une distance à l'aide d'un compas à pointe sèche. Quelqu'un parvient-il à lire le nom inscrit dans sa partie haute ?

— FLAN... peut-être Flandre ? Ce serait une carte de l'Europe de l'Ouest ?

— On reconnaît aussi un cartouche rond tenu par des Allégories.

— Comme il serait amusant de s'approcher et de chercher avec une loupe d'autres indices !

— Mais ne trouverions-nous pas des indices dans la Bibliothèque du château, par lequel nous sommes passés ce matin ? Attendez-moi, j'y cours.

...

— Cela vaut ce que cela vaut, mais j'ai trouvé ceci : un parchemin du XVIe siècle, Cote Ms 701.dans sa reliure ancienne de maroquin vert, aux armes de Bourbon-Condé : Description des côtes de Flandre et de Zélande, par Jean Roche , dédicacé au "  très magnanime et très crestien roy Henry deuxième de ce nom, Jehan Roche, dict le petit boiteux.... ». Mais ce n'est là  qu'un des 17 titres ...tenez celui-ci , en maroquin rouge du XVIe : Abrégé de géographie des quatre parties du monde, par N. Clémen

Le singe géographe, Porte, Grande Singerie, château de Chantilly, photographie lavieb-aile.

Le singe géographe, Porte, Grande Singerie, château de Chantilly, photographie lavieb-aile.

Le singe géographe : inspiré par Joris Hoefnagel ?

L'enlumineur Joris Hoefnagel avait peint en 1591-1594 sur le Livre de modèles calligraphiques écrit par Georg Bocskay divers singes, dont , sur le folio 76, deux singes manipulant des instruments de géographie; Bien-sûr, ce précieux manuscrit restant dans les collections privées n'était pas accessible au peintre français, mais l'influence peut avoir cheminé par d'autres voies.

L'image est de mauvaise qualité et en noir et blanc, car elle est photographiée sur le livre de Théa Vignau-Willberg (Vignau-Schuurman),  Die Emblematischen Element im Werke Joris Hoefnagel provenant de sa thèse soutenue en 1969 à Leyden.

 

Joris Hoefnagel, ( Frankfurt, 1591-1594)    Georg Bocskay, 1571-1573, Schriftmusterbuch, folio 76, Kunsthistorisches Museum, Wien, KK.975

Joris Hoefnagel, ( Frankfurt, 1591-1594)    Georg Bocskay, 1571-1573, Schriftmusterbuch, folio 76, Kunsthistorisches Museum, Wien, KK.975

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Joris Hoefnagel, ( Frankfurt, 1591-1594)    Georg Bocskay, 1571-1573, Schriftmusterbuch, folio 76, Kunsthistorisches Museum, Wien, KK.975

Joris Hoefnagel, ( Frankfurt, 1591-1594)    Georg Bocskay, 1571-1573, Schriftmusterbuch, folio 76, Kunsthistorisches Museum, Wien, KK.975

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Joris Hoefnagel, ( Frankfurt, 1591-1594)    Georg Bocskay, 1571-1573, Schriftmusterbuch, folio 76, Kunsthistorisches Museum, Wien, KK.975

Joris Hoefnagel, ( Frankfurt, 1591-1594)    Georg Bocskay, 1571-1573, Schriftmusterbuch, folio 76, Kunsthistorisches Museum, Wien, KK.975

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Dans la partie haute du panneau, le peintre a suspendu un rapporteur, une équerre, une règle graduée, un compas d'épaisseur, un fil à plomb. Les outils d'un géomètre, d'un maçon ou architecte plutôt que ceux d'un géographe.

— A la bibliothèque, je n'ai compté que 4 ouvrages traitant des Arts mathématiques.

 

 

 

Porte du fond, Grande Singerie, château de Chantilly, photographie lavieb-aile.

Porte du fond, Grande Singerie, château de Chantilly, photographie lavieb-aile.

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— Voyons la partie basse du panneau. Quel est cet objet doré ?

— Un cadran solaire, avec son style triangulaire central projetant son ombre. Une fois de plus, il faudrait revenir avec un expert en gnomonique, et pouvoir scruter la peinture à la loupe.

— El les lorgnons ! Avec quel humour ils sont accrochés à des traits graphiques purement décoratifs, sans aucune réalité concrète !

 

Porte du fond, Grande Singerie, château de Chantilly, photographie lavieb-aile.

Porte du fond, Grande Singerie, château de Chantilly, photographie lavieb-aile.

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Le panneau inférieur.

Il représente un hommage au cabinet de physique du duc de Bourbon.Un peu de lecture : 

 

Germain Bapst , Histoire d'un cabinet minéralogique,  Revue des Deux Mondes, tome 110, 1892 

"Le duc de Bourbon, premier ministre de Louis XV, après la mort du régent, avait fait, dans les opérations de Law, une fortune colossale. Disgracié et exilé dans son château, en 1726, à l’arrivée au pouvoir de son successeur, le cardinal Fleury, il se livra à l’étude de l’histoire naturelle et s’occupa à réunir une collection des plus complètes.

A peine est-il retiré à Chantilly, où il vit dans la plus grande opulence, qu’il recrute des correspondants dans toutes les parties du monde : tantôt il prie le supérieur des Récollets du Canada de lui envoyer les types des oiseaux les plus bizarres de l’Amérique du Nord ; une autre fois, il donne mission à un capitaine de vaisseau de la compagnie des Indes de lui rapporter tout ce que l’on peut acheter de coquillages dans les Indes occidentales. D’autres missionnaires, jésuites, lazaristes ou franciscains et des diplomates même, sont sans cesse chargés de lui procurer des pièces pour sa collection ; à Paris, enfin, il achète à des marchands, ou se fait céder par des amateurs, des séries d’objets déjà toutes constituées [1]. Aussi, lorsqu’il meurt, en 1740, le cabinet de Chantilly existe-t-il déjà, et son fils et héritier, le futur généralissime de l’armée émigrée, appelle pour le diriger un savant français du nom de Valmont de Bomare .

La minéralogie était de beaucoup la partie la plus importante de ce cabinet. [...trouva place dans ] ..la première des quatre salles de la galerie d’histoire naturelle qui existaient au moment de la Révolution.

La première était le cabinet de physique ; on y pénétrait par une galerie célèbre dans l’histoire du château, nommée galerie « des Conquêtes » ou des « Actions de M. le Prince , » parce que les victoires du grand Condé y étaient représentées en douze grands tableaux. [...].

En entrant par la galerie « des Conquêtes » dans ce cabinet de physique, qui était à l’un des angles du château, on trouvait à gauche et en face des fenêtres qui éclairaient la pièce, des séries d’armoires ou vitrines murales renfermant des instruments de physique.

Entre les croisées, il y avait d’autres vitrines et, dans le fond, au milieu du panneau, on voyait le fameux meuble minéralogique, ayant, devant lui, au centre, divers objets de dimension assez grande tels qu’un planétaire, des télescopes, une balance romaine, etc."

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On trouve ici représenté un télescope, une sphère céleste , dite sphère armillaire, et un buste de femme, dont le seul indice d'identification est un croissant dans les cheveux, évoquant Diane.

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Porte du fond, Grande Singerie, château de Chantilly, photographie lavieb-aile.

Porte du fond, Grande Singerie, château de Chantilly, photographie lavieb-aile.

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Le panneau intermédiaire.

 

.Je vous le présente maintenant , car il est en rapport avec le cabinet d'histoire naturelle du duc, qui vient juste après le cabinet de physique. je reprends ma lecture : 

"AncrePar un passage étroit, dont les murs étaient entièrement couverts de panoplies, d’armes et de vêtemens de sauvages, on pénétrait dans trois autres pièces consacrées au cabinet d’histoire naturelle proprement dit. Elles étaient, comme la première, garnies tout autour d’armoires et de gradins au centre. Dans les armoires se trouvaient des bocaux, des oiseaux et des animaux empaillés, et sur les gradins, des coquillages et d’autres objets qui n’avaient rien à redouter des injures de l’air ni de la poussière. Au plafond et au-dessus des portes étaient accrochés des crocodiles empaillés, des lézards, des cornes de cerfs et de rennes, des fanons de baleines, des noix de coco et d’autres objets analogues, qui aujourd’hui nous paraîtraient d’une ornementation un peu bizarre."

 

Certes, les éléments les plus faciles à identifier, ce sont les dix grelots dorés suspendus par de grands anneaux à une ficelle —un ruban si vous voulez— aux supports fictifs. Par les sons cristallins qu'on imagine tinter au moindre souffle, ils confèrent une légèreté de bon aloi, légèreté à laquelle participent aussi les plumes jaunes ou rouge et bleu qui hérissent en joyeuse crinière les formes chimériques dorées, mi-feuillage, mi-concrétion marine. 

— Cela me rappelle ces vers de  Voltaire dans La Pucelle, chapitre III

Voici le temps de l'aimable Régence,

Temps fortuné, marqué par la Licence,

Où la Folie, agitant son grelot,

D'un pied léger parcourt toute la France,

Où nul mortel ne daigne être dévot,

Où l'on fait tout, excepté pénitence

— Oui, Huet met des grelots partout, c'est presque sa marque de fabrique.

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Mais au centre, nous trouvons un flacon de verre serti sur un support doré, et, si nous y prêtons attention, nous découvrons à l'intérieur un orthoptère (plus vraisemblablement qu'une libellule). Les longues antennes le classent parmi les sauterelles. Peut-être Tettigonia viridissima.

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Les autres formes sombres de la boite entomologique sont donc d'autres insectes.

Dites, c'est passionnant, car le cabinet d'histoire naturelle de Chantilly était de tout premier ordre !

 Dezallier d'Argenville  l'a décrit en 1742 , je devrais vous trouver ça sur mon portable...Voilà, écoutez :

Ancre" Le Cabinet de M. le Duc de Bourbon , qui se voit à Chantilly proche Senlis , à dix lieues de Paris, réunit toutes les parties de l'Histoire Naturelle dans deux pièces de suite, placées à l'entrée du petit Château. La première de forme longue toute entourée d'armoires, offre une grande quantité de Bocaux étiquetés aux armes du Prince. Cette pièce consacrée au régne Minéral, outre les Bols, les Sels, les Souphres, les Bitumes, les fossiles, et les Pierres figurées qui s'y voient en abondance, expose les Pierres précieuses parmi lesquelles se remarque une Améthiste renfermant une bulle d'air qui suit la direction qu'on lui donne , & quantité de Dendrittes . La suite des Métaux, et des Minéraux de France et d' étranger , est des plus complètes, on y voit plusieurs végétations chymiques en or ou en argent. Les tiroirs qui occupent le bas des armoires, sont remplis de quantité de Pétrifications , de Congellations , de Cristallisations , de Marbres , Icthyopetres , Ardoizes arboriées d'Allemagne, de Suisse et de saint Chaumont. La deuxième pièce qui est plus grande & de forme quarrée, renferme le règne Végétal de l'Animal. Des armoires pareilles à celles de la première pièce , contiennent des Bocaux remplis de fruits , de feuilles d'arbres, de plantes terrestres et marines de l'Europe & des Païs étrangers , des bois differens , des plumes de diverses parties Animales, Le Plafond est orné de grands Poissons de Reptiles & d'Amphybies. On trouve dans les tiroirs d'en bas les Eponges, les Coraux , les Plantes marines , ou les Coquillages compris dans quatorze tiroirs , partagés en compartimens revêtus de Taffetas verd , où chaque pièce est encastrée avec beaucoup d'art. On a pratiqué dans la croisée en face de la cheminée des gradins garnis de Phioles, dont l'arrangement est de bon goût. Les vitres de cette croisée sont peintes en jaune, pour faire un fond agréable à toutes ces belles choses : y on y voit des Serpens , des Oyseaux, des Reptiles , des Madrépores, de très belles Roches , d'Amethiste et de Calcédoine Orientales  Dans une petite antichambre à côté, est une armoire en vernis rouge , remplie de tiroirs, où sont arrangés sous des verres et dans des tubes, différens insectes rares & curieux."

AncreAncreAncre AncreAncreL'armoire en vernis rouge ! Ses tiroirs ! Ses verres et ses tubes ! Ses insectes rares et curieux ! Ils m'apparaissent ! 

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Porte du fond, Grande Singerie, château de Chantilly, photographie lavieb-aile.

Porte du fond, Grande Singerie, château de Chantilly, photographie lavieb-aile.

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b) Le vantail de gauche : le singe sculpteur.

— Ah, je vous réserve une surprise ! Mais regardons le panneau supérieur : un singe portant bésicles, tablier jaune sur robe blanche...et amarante, un foulard à franges sur les épaules, un bonnet où se dresse l'inévitable et ridicule plumet, s'affaire devant un bloc de marbre. Il a posé maillet, marteau à tête triangulaire, ciseaux, pointerolle, et il vérifie au fil à plomb la verticalité du bloc qu'il a dégrossi. Il a dessiné l'épure des contours d'une statue de femme grecque  à l'aide d'une pierre noire ou d'un crayon de maçon. Le modèle qu'il reproduit est placé au dessus de lui, c'est, à l'antique,  une femme à la toilette, tentant de dissimuler sa poitrine et de ramener le pan de sa robe tandis qu'elle se sauve.

Le singe sculpteur, Porte du fond, Grande Singerie, château de Chantilly, photographie lavieb-aile.

Le singe sculpteur, Porte du fond, Grande Singerie, château de Chantilly, photographie lavieb-aile.

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— je fais circuler une copie de la planche gravée du Peintre sculpteur de Huet .

 

Le Sculpteur, pl. 12, C. Huet, Singeries, ou actions...Guélard 1743.

Le Sculpteur, pl. 12, C. Huet, Singeries, ou actions...Guélard 1743.

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— Et la surprise ?

Je suis sûr que vous n'avez rien remarqué de particulier, mais approchez-vous, en prenant garde au mobilier. Voyez, sur le bloc de marbre, on peut lire une date. Non ?

— Si ! 1757 ?

—   Nicole Garnier, lors de sa préparation en 1994 du catalogue des peintures du XVIIIe, s'est aidée de la lumière ultra-violette (lampe de Wood) et elle a lu : 1737Or, auparavant, cette Grande Singerie était attribuée à Watteau, notamment par le duc d'Aumale et par Goncourt, mais Watteaui est décédé en 1721. Cela l'excluait donc, de même que les autres candidats comme Jean Berain, célèbre comme son père dans les arabesques mais décédé en 1726.

Et Claude Autran III, qui avait eu Watteau comme élève ? C'est le maître du genre des arabesques et des grotesques  ! C'est lui qui a peint les plafonds  de l'hôtel de Flesselles et de l'hôtel de Mme de Verrue. Sans compter celui récemment découvert à Paris, rue de Condé !

C'était un candidat de choix, mais il est décédé en 1734.

Et Claude Gillot ?

Il était mort depuis 1722 !

Aussi cette date a permis d'attribuer sans ambages la Grande Singerie à Christophe Huet. Remarquez que le boudoir de la Petite Singerie porte elle aussi un indice permettant de l'attribuer à Huet : sous le jeu d'arc surmonté des armes de Condé , on lit PRIX RAMPORTE 1735. C'est cohérent, car Huet travaillait en 1734-1735 pour la famille de Condé.

Et au château où nous nous trouvons, nous sommes passé dans la chambre du prince de Condé où nous avons vu cinq tableaux animaliers de Christophe Huet, où celui-ci s'est inspiré des animaux de la ménagerie de Chantilly ! 

Certes, mais ces cinq tableaux ont été peints en 1735 pour Mademoiselle de Clermont, Marie-Anne de Bourbon-Condé, la sœur du prince, pour son hôtel parisien du Petit-Luxembourg.

Le singe sculpteur, Porte du fond, Grande Singerie, château de Chantilly, photographie lavieb-aile.

Le singe sculpteur, Porte du fond, Grande Singerie, château de Chantilly, photographie lavieb-aile.

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Panneau intermédiaire.

Il ne manque pas de charme et d'ironie non plus, puisqu'il représente deux oiseaux posés sur des dentelles dorées autour d'un miroir : celui-de droite s'y mire, s'y découvre déformé et grossi, et gonfle ses plumes comme s'il était en  face d' un mâle concurrent.

 

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Panneau intermédiaire,  Porte du fond, Grande Singerie, château de Chantilly, photographie lavieb-aile.

Panneau intermédiaire, Porte du fond, Grande Singerie, château de Chantilly, photographie lavieb-aile.

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Panneau inférieur.

Parmi les rinceaux et guirlandes, les mousselines vaporeuses et les couronnes, les lignes d'arabesques en volutes et en formes géométriques, les coiffes de plumes faisant l'éventail, les faveurs de velours et les rubans noués,  un premier miroir est suspendu à un abat-jour, puis un miroir à main est lié à une canne et à un autre objet que je n'identifie pas.

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Bas de porte, Porte du fond, Grande Singerie, château de Chantilly, photographie lavieb-aile.
Bas de porte, Porte du fond, Grande Singerie, château de Chantilly, photographie lavieb-aile.

Bas de porte, Porte du fond, Grande Singerie, château de Chantilly, photographie lavieb-aile.

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V. L'Idole chinoise, d'après la déesse Ki Mâo Sao de Watteau. L'Europe. L'Odorat.

Que voyez-vous ?

Une dame sous une tonnelle,  accoudée à un banc de jardin, parmi les fleurs. Des pêchers ou cerisiers comme au Japon, mais où se remarquent des gousses comme des pois-de-senteur.

Ah "senteur", je te crois, car un peu plus haut, les fleurs par brassées (pivoine ? roses?) sont si épanouies qu'elles doivent embaumer. La dame doit être enivrée.

Et elle tient une ombrelle...

Non, ce n'est pas une ombrelle, mais un jeu d'enfant, un moulin à vent en papier ! Je t'assure !

Et dans l'autre main ? Prêtes-moi les jumelles...ah c'est trop drôle, c'est une sorte de marotte à quatre faces qui doivent tourner au vent et faire sonner les petits grelots qui y sont attachés : drelin drelin, drelin drelin...Et le plumet bleu doit s'agiter avec des frou frou... C'est délicieux !

C'est la reine des zéphyrs et des effluves...

Regardez sa coiffure : une plume noire, légère, légère,  mais l'axe qui déploie la dentelle de gaze rouge ou transparente  se termine par un petit bras où quatre perles sont pendues. Si on ajoute les deux perles noires en goutte d'eau de ses oreilles, lorsqu'elle tourne la tête, ses Non Non Non doivent être accompagnées d'une cascade de clochettes !

Bleu, bleu pâle, blanc jaune, rose, les couleurs de sa robe, de sa veste sans manche et de sa ceintures sont un rappel adouci de celles du propriétaire de Chantilly.

Les deux singes sont prosternés et font monter vers elle les fumées de leur brûle-parfum. Où le peintre a-t-il été chercher cela ?

—  Il s’agit probablement d’un pastiche de la scène d’adoration de la déesse Ki Mao Sao peinte par Watteau pour un plafond du château de la Muette (détruit) et gravée par Aubert , Paris  1731 sous le titre "Idole de la déesse Ki Mâo Sao dans le royaume de Ming au pays de Laos ".

 

Montrez la reproduction que vous avez amené. Ah, mais Huet surpasse de beaucoup Watteau par sa fantaisie !

 

https://fr.pinterest.com/pin/463941199092758701/

 

 

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L'Idole chinoise, Grande Singerie, château de Chantilly, photographie lavieb-aile.

L'Idole chinoise, Grande Singerie, château de Chantilly, photographie lavieb-aile.

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L'Idole chinoise, Grande Singerie, château de Chantilly, photographie lavieb-aile.

L'Idole chinoise, Grande Singerie, château de Chantilly, photographie lavieb-aile.

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L'Idole chinoise, Grande Singerie, château de Chantilly, photographie lavieb-aile.

L'Idole chinoise, Grande Singerie, château de Chantilly, photographie lavieb-aile.

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L'Idole chinoise, Grande Singerie, château de Chantilly, photographie lavieb-aile.

L'Idole chinoise, Grande Singerie, château de Chantilly, photographie lavieb-aile.

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L'Idole chinoise, Grande Singerie, château de Chantilly, photographie lavieb-aile.

L'Idole chinoise, Grande Singerie, château de Chantilly, photographie lavieb-aile.

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Au dessus d'elle, quatre instruments sont suspendus : une mandoline, un tambourin sans peau, une corne en S comme un serpent, et le triangle où sont enfilés des anneaux de métal. De chaque coté, encore deux parasols à 12 grelots. Plus haut encore, des brûle-parfums.

Ô plaisirs des sens, ô polyphonie des sens jusqu'à l'ivresse ! Emmenez-moi à Chantilly sous Louis XV !

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L'Idole chinoise, Grande Singerie, château de Chantilly, photographie lavieb-aile.

L'Idole chinoise, Grande Singerie, château de Chantilly, photographie lavieb-aile.

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VI. L'Alchimiste. [L'Ottoman]. La Vue.

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Rapprochez-vous. Faites attention à l'écran de cheminée. Tout le monde voit ?

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Emprunt sur la toile de cette photo : Copyright François Pitrou-Charlie

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J'attendais d'être arrivé à ce panneau pour préciser que cette antichambre était destinée à accueillir les collections de porcelaine chinoise et autres objets extrême-orientaux du prince de Condé. Celles que vous avez admiré dans la salle des porcelaines du Musée Condé.

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   Animé par le souci d' éviter les importations coûteuses, le duc avait décidé, pour occuper son exil à Chantilly,  de rechercher le secret de la porcelaine de Chine et du Japon. Pour cela, il fit venir un chimiste nommé Cicaire Cirou, et créa une  manufacture de porcelaine tendre à Chantilly  entre 1725 et 1735 (cette porcelaine ne contient pas de kaolin, argile blanche dont les gisements en France ne seront découverts que dans la seconde moitié du XVIIIe siècle à Limoges). Le duc de Bourbon possédait une collection de porcelaines japonaises décorées à l'émail selon les techniques découvertes par Sakaida Kaikemon et poursuivies par sa famille. Il  en fit alors copier les décors , il fait construire illico une manufacture de porcelaine et, parallèlement, il crée pour son usage personnel une manufacture de laques et une manufacture d’indiennes, si proches des originaux qu’on ne peut les distinguer, selon les contemporains.   

   Jean-Antoine Fraisse, responsable de la manufacture d’indiennes, copie donc en 1735 les motifs "kakiemon" des porcelaines et les dessins des indiennes de la collection du duc de Bourbon, et les reproduit en taille-douce, procédé de gravure en creux sur métal, dans son Livre de Desseins chinois.  Nous sommes seulement deux ans avant la décoration de la Grande Singerie .

— Ce Livre de Desseins est-il dans la Bibliothèque de Chantilly ?

— Bien-sûr, c'est l'un des trois exemplaires enluminés à la main. La Bnf en possède un autre.  Je vous ai amené une planche, folio 55  mise en ligne par la Réunion des Musées Nationaux. Regardez les dignitaires prosternés, ceux qui tiennent des brûle-parfums, et vous imaginerez que Huet a pu s'en inspirer.

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Cette introduction étant faite, découvrons le panneau, et cherchons les indices permettant de décrypter le portrait de cet Alchimiste comme celui du duc industrieux.

 

 

 

 

L'Alchimiste, Grande Singerie, château de Chantilly, photographie lavieb-aile.

L'Alchimiste, Grande Singerie, château de Chantilly, photographie lavieb-aile.

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L'indice le plus évident, c'est ce grand mongol ou cet ottoman en bonnet et col de fourrure, robe à franges, chaussures pointues qui tient d'une main une longue cuillère plongée dans un pot, tandis que sa main gauche est posée sur un livre, comme une ménagère en train de suivre une nouvelle recette. Mais il regarde un bocal où sont conservés des serpents, dont on espère qu'ils ne figurent pas dans la liste des ingrédients du potage. Tout cela sent un peu la sorcellerie, d'autant qu'un dragon, certes de petite taille, traverse en volant le toit de la pergola.

Que contiennent les bocaux en grès ou en verre des étagères basses ? Vous arrivez à lire les étiquettes, vous ?

Là où vous voyez l'exercice de pratiques occultes, je ne vois qu'une description de la fabrication de la porcelaine. Le chaudron central, dont on pense qu'il est posé sur un brasero, domine une motte jaune crème accompagné d'un couteau : n'est-ce pas un bloc d'argile ? Je vous lis  la description de la fabrication de la porcelaine de Chantilly :  "Cette pâte est obtenue à partir de matériaux extraits des sols de la région (marne de Luzarches, sable d'Aumont, etc.) et de poudre d'os broyés. Cuite à plus basse température que la porcelaine dure, elle permet l'usage d'une gamme de couleurs sous couverte beaucoup plus variée." 

Dans ce cas, le singe de gauche est en train de dessiner un décor un un vase...qui n'est pas vraiment en porcelaine, tant-pis.

 

 

 

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L'Alchimiste, Grande Singerie, château de Chantilly, photographie lavieb-aile.

L'Alchimiste, Grande Singerie, château de Chantilly, photographie lavieb-aile.

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L'Alchimiste, Grande Singerie, château de Chantilly, photographie lavieb-aile.

L'Alchimiste, Grande Singerie, château de Chantilly, photographie lavieb-aile.

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Et le singe de droite, lui, est en train de peindre sur une feuille de papier-peint des motifs chinois car, même s'il s'applique sur un ananas assez proche de nos damas à grenades, je vois au dessus de lui une belle courtisane, un seigneur à chapeau pointu, et un guerrier .

Vous avez une bonne vue, ou une excellente imagination? Mais je suis d'accord, ce sont trois personnages orientaux.

 

C'est le portrait de Jean-Antoine Fraisse, en singe !

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L'Alchimiste, Grande Singerie, château de Chantilly, photographie lavieb-aile.

L'Alchimiste, Grande Singerie, château de Chantilly, photographie lavieb-aile.

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— Au dessus, deux hirondelles s'abreuvent à une vasque tulipée où sont dressées des fleurs blanches en pompon.

— Papa, c'est toujours les mêmes qui décrivent. A moi maintenant ! Moi je vois un serpent qui a été noué sous un abat-jour, et de l'autre coté un lézard sous son parasol. Pouah !

— Et moi un soufflet, comme Mamie pour sa cheminée!

— Et moi, un entonnoir !

— Un tamis !

— Papa, là, c'est une canne !

— Sur le coté, un seau et sa pelle !

— Dites, vous êtes venu avec vos six enfants !

 

 

L'Alchimiste, Grande Singerie, château de Chantilly, photographie lavieb-aile.

L'Alchimiste, Grande Singerie, château de Chantilly, photographie lavieb-aile.

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La description de la partie basse va être plus ardue. Un écureuil, bien-sûr...

...L'animal emblématique de Nicolas Fouquet, Surintendant des finances avant d'être déchu, mais à une autre époque.

...le symbole de l'épargne ?

...ou celui de l'économie ?

— Sans-doute un peu tout cela, car l'instrument sur lequel il est installé est considéré comme étant une presse à billets. Adieu la porcelaine, nous abordons un autre aspect de la personnalité du duc de Bourbon.

— Presse à billets ?

— C'est ce qui est écrit partout.

— Je reconnais plutôt là une presse à balancier, pour la frappe des monnaies !

— De la monnaie de singe !

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J'peux lire, p'pa, j'peux lire , dis ?

"Le balancier se présentait comme une presse agissant par percussion du flan par les coins au moyen d'un arbre posé sur un socle, portant une vis et muni de deux bras d'acier, qui étaient prolongés par de lourdes boules de plomb et actionnés par 8 à 12 hommes au moyen de courroies attachées à des anneaux à l'extrémité des barres. La vis portait le coin mobile qui venait frapper le flan posé sur le coin fixe. Les équipes se relayaient tous les quarts d'heure tant le travail était pénible et fatigant." (Wikipédia)

C'est en 1840 que cette presse fut supplantée par la presse à levier.

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Le duc de Bourbon joua un rôle clé dans le krach du système de Law, en se rendant  demandant en février 1720 au siège de la banque générale (devenue banque royale) rue Quincampoix pour y  convertir en or ses billets   pour un montant de 25 milions de livres, comme le fit au même moment son cousin le Prince de Conti, pour 14 millions. Le duc en sort grandement enrichi , mais Law démissionne le 29 mai de sa charge de Contrôleur général et s'enfuit de Paris en décembre.

La peinture de Christophe Huet reste évasive, et met en place des motifs que les invités du duc , conviés à admirer ici la collection de porcelaine, décryptent parfaitement comme un éloge du maître de Chantilly dans sa capacité à développer ses richesses. 

 

 

 

 

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L'Alchimiste, Grande Singerie, château de Chantilly, photographie lavieb-aile.

L'Alchimiste, Grande Singerie, château de Chantilly, photographie lavieb-aile.

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C'est au cours de cette période qu'il joue un rôle clé dans le krach du système de Law, en demandant au printemps 1720 à convertir ses billets de la Banque générale en or, comme le fit au même moment son cousin le Prince de Conti.

 

Il s’était grandement enrichi (plus de 20 millions de livres) grâce au « système de Law ». Cela lui permettait de mener grand train à Chantilly où il entretenait un magnifique équipage de vénerie. Louis XV y passa un mois, du 30 juin au 1er août 1724, chassant presque tous les jours. Il y revint en 1725, y passant cette fois-ci deux mois (du 8 juin au 8 août).

 

 

 

 Après deux ans d’exercice, le duc de Bourbon se trouvait détesté de tous. Suite à l’effondrement du système de Law, il fallait assainir les finances, exercice qui rendait peu populaire, même s’il était en réalité conduit par le financier Joseph Paris Duverney. Un lit de justice fut nécessaire, le 8 juin 1725, pour faire enregistrer par le parlement de Paris les mesures fiscales indispensables.

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VII. La porte vers la Galerie des Batailles.

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L'un de ses vantaux nous offre un singe musicien, un autre un singe funambule, 

Porte vers la Galerie des Batailles, Grande Singerie,  château de Chantilly, photo lavieb-aile

Porte vers la Galerie des Batailles, Grande Singerie, château de Chantilly, photo lavieb-aile

1°) Le vantail de droite : le singe funambule.

a) le panneau supérieur.

C'est ce panneau supérieur qui montre un singe (à favoris blancs, et doté d'une longue queue) jouant un funambule. Il est vêtu d'une chemise blanche et porte des nœuds de satin rouge (ou "amarante") et bleus. Il s'agit peut-être d'une allusion au maître de maison, mais, dans tous les cas, la figure de l'acrobate s'aventurant dans les airs participe du ton général de ce cycle des Singeries, celui de la légèreté et de la grâce aérienne.

 

 

 

Singe funambule, porte vers la Galerie des Batailles, Grande Singerie,  château de Chantilly, photo lavieb-aile

Singe funambule, porte vers la Galerie des Batailles, Grande Singerie, château de Chantilly, photo lavieb-aile

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Singe funambule, porte vers la Galerie des Batailles, Grande Singerie,  château de Chantilly, photo lavieb-aile

Singe funambule, porte vers la Galerie des Batailles, Grande Singerie, château de Chantilly, photo lavieb-aile

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b) Le panneau intermédiaire.

Il reprend le motif des grelots dorés accrochés à un fil, qui évoque aussi les mouvements animés de l'air qui les mets en branle. On retrouve aussi le tambourin sans peau déjà rencontré. Un hautbois (ou chalemie, musette, ) est associé à un grelot d'argent. Nous retrouvons aussi les plumes bleues et blanches  en éventail sur une coque annelée et épineuse, jaune vif.

 

 

 

Porte vers la Galerie des Batailles, Grande Singerie,  château de Chantilly, photo lavieb-aile

Porte vers la Galerie des Batailles, Grande Singerie, château de Chantilly, photo lavieb-aile

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c) Le panneau inférieur.

Il porte un simple bouquet , et un couple d'hirondelles (approximatives) posées sur un support circulaire. Légèreté, fragilité éphémère de l'instant...

 

 

Porte vers la Galerie des Batailles, Grande Singerie,  château de Chantilly, photo lavieb-aile
Porte vers la Galerie des Batailles, Grande Singerie,  château de Chantilly, photo lavieb-aile

Porte vers la Galerie des Batailles, Grande Singerie, château de Chantilly, photo lavieb-aile

2°) Le vantail de gauche : le singe musicien.

Ce joueur de tambourin et de flûte, coiffé d'un chapeau de paille et vêtu d'un costume blanc comportant une veste longue à 8 boutons médians évoque les tambourinaires provençaux jouant une flûte à trois trous nommée galoubet

Image A. Bravay

 

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Image Velaux

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Image ici

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Le tambour du singe porte, bien-sûr, le soleil d'or et les couleurs bleu et blanc de l'étendard du Prince de Condé.

— Holà ! J'ai trouvé mieux : un dessin de Christophe Huet lui-même, de 1741 :

 

 

 

 

C. Huet, Le Tambourin, Pl. 11,  "Singeries ou différentes actions de la vie humaine, représentées par des singes,", Guélard 1743.

C. Huet, Le Tambourin, Pl. 11, "Singeries ou différentes actions de la vie humaine, représentées par des singes,", Guélard 1743.

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Singe musicien, porte vers la Galerie des Batailles, Grande Singerie,  château de Chantilly, photo lavieb-aile

Singe musicien, porte vers la Galerie des Batailles, Grande Singerie, château de Chantilly, photo lavieb-aile

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Le panneau intermédiaire.


Voilà un panneau qui m'intéresse ! Non pas pour le bleuet, les pois de senteurs, les anémones, et pas non plus pour l'escargot, (sans-doute quelque Helix aspersa ou Petit-Gris) ...

— Quoique... vous êtes sûr qu'il ne s'agit pas d'une forme enantiomorphe, dont la coquille est enroulée à gauche ? Car la coquille de tous les escargots terrestres est dextre, et non senestre , hormis quelques cas rarissimes ! 

— Là, je laisse cela aux spécialistes. Non, ce qui m'intéresse, c'est ce papillon. En 1737, Réaumur a déjà publié les deux premiers tomes de ses Mémoires pour servir à l'histoire des Insectes :

Tome I : Sur les Chenilles et les Papillons, Imprimerie royale, Paris, 1734, 654 p., 50 pl. .

Tome II : Suite de l'Histoire des Chenilles et des Papillons et l'Histoire des Insectes ennemis des Chenilles, Imprimerie royale, Paris, 1736, 514 p., 38 pl. . Il y donne les représentations précises (en planches gravées et donc monochromes) des principaux papillons autochtones.

Or, le papillon représenté par Huet n'a pas de réalité entomologique. Sa trompe en spirale pourrait être celle d'un Sphinx colibri, ses couleurs celles d'une Petite Tortue ou d'une Vanesse, et son ocelle, celle d'une Mégère ! Ce qui montre qu'au deuxième tiers du XVIIIe siècle, on peint toujours les papillons tels qu'on les imagine, et non comme on les observerait si on en prenait le temps. Il restent hors du champ du naturalisme scientifique. C'est d'ailleurs vrai dans cette  Grande Singerie pour toutes les espèces qui ne sont pas du gibier pour les chasseurs.

 

Mais sur un autre plan, les papillons manquaient jusque là dans ce grand déploiement du vocabulaire de la danse aérienne, après les fleurs agitées par la douce brise, les oiseaux, les plumes, les parfums et les rubans. 

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Porte vers la Galerie des Batailles, Grande Singerie,  château de Chantilly, photo lavieb-aile.

Porte vers la Galerie des Batailles, Grande Singerie, château de Chantilly, photo lavieb-aile.

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Le panneau inférieur.

 

Les leitmotiv reviennent ici à qui mieux mieux : grelots, plumes, plumes de paon, ombrelles en suspension balancées par le zéphyr, fleurs, fruits et cynorhodons, et la musique continue, avec ici sous un lutrin et sa partition, une viole de gambe à cinq cordes, un tambour, une guitare, une cornemuse, que Catherine et Jean-Luc Matte n'ont pas oublié de placer dans leur encyclopédie http://jeanluc.matte.free.fr/invchantilly.htm. Ils y détaillent "le sac vert et un seul tuyau visible : le tuyau mélodique, cylindrique, à léger pavillon et doté de 6 trous. Il est monté sur le sac via une petite souche en forme de tête animale."

— Et un serpent, comme sur le lutrin de Saint-Louis  à Brest, qui date de 1759 !

Maman, un serpent, c'est un instrument de musique ?

Puisqu'on te le dit !

Bien qu'il soit en bois, il appartient à la famille des cuivres. 

Nicole Garnier le désigne sous le nom d'ophicléide...

C'est une erreur, l'ophicléide est apparu près d'un siècle plus tard, tout équipé de clefs,  puisque son nom signifie précisément "serpent à clefs". 

Observons maintenant cet espèce de tête de Pierrot Gourmand sous son éventail de plumes : il porte un costume de bouffon, avec la collerette dentelée à grelots et le bonnet bicolore.

Et ses boucles d'oreilles à grelots aussi !

Il porte en guise de coiffe des ailes de papillon à ocelles et macules noires, sans aucune vraisemblance entomologique à nouveau. 

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Porte vers la Galerie des Batailles, Grande Singerie,  château de Chantilly, photo lavieb-aile.

Porte vers la Galerie des Batailles, Grande Singerie, château de Chantilly, photo lavieb-aile.

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Porte vers la Galerie des Batailles, Grande Singerie,  château de Chantilly, photo lavieb-aile.

Porte vers la Galerie des Batailles, Grande Singerie, château de Chantilly, photo lavieb-aile.

VIII. Le plafond.

 

La fortune amassée par le Prince de Condé lui permettait de mener grand train à Chantilly où il entretenait un magnifique équipage de vénerie. Louis XV y passa un mois, du 30 juin au 1er août 1724, chassant presque tous les jours. Il y revint en 1725, y passant cette fois-ci deux mois (du 8 juin au 8 août). La chasse est donc tout naturellement à l'honneur sur le plafond de la Grande Singerie.

Alors que les peintures précédentes étaient réalisées sur bois, celles-ci sont peintes sur plâtre, celui qui enduit le lattis de bois du plafond. Ce dernier a beaucoup souffert des infiltrations d'eau (il fut un temps où on ne se déplaçait pas dans la galerie voisine sans son parapluie), et le travail de Christophe Huet a été largement restauré.

 

Ce décor fonctionne peut-être en écho ironique de celui des  Grandes Écuries construites par l'architecte Jean Aubert à la demande de Louis-Henri de Bourbon en 1721. Dans la  Cour des Chenils  on y soignait  cinq meutes de chiens (500 chiens), alors que le personnel qui s’en occupait habitait à l’étage. Les écuries accueillaient  240 chevaux .

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1°) La chasse au sanglier.

C'est une action de chasse , celle où un sanglier grimpé sur un rocher est "au ferme", c'est à dire tenu sur place par la meute. C'est le moment culminant. Quelqu'un saurait-il préciser de quelle race sont les chiens blancs à taches noires ? "A l'époque de Louis XV, indique Guy de Laporte en 2004, le chien français de la vénerie princière a une robe toute blanche, avec quelques petites taches oranges, jaunes ou fauves disséminées, les oreilles foncées avec de nombreuses marques blanches et une bordure fauve dorée vers la face qui est blanche" (p.59)

A droite, un singe piqueur porte son cor en bandoulière, tandis qu'à gauche, un singe chasseur épaule son fusil.

Ce que je remarque, c'est la façon dont le réalisme de cette chasse est habilement superposé à une infrastructure parfaitement onirique de formes imaginaires (la "rocaille en or au centre), de feuillages et de fleurs qui font figure d'arbres, de palmiers fort déplacés à Chantilly, de fruits rouges (fraises ou cynorhodons) dont l'échelle n'est pas respectée, sans compter le réseau d'architecture bleu et or incluant des scènes à l'antique (qu'il faudrait identifier l'une après l'autre) : tout un monde dont l'extravagance ne nous choque pas, car chaque élément participe à l'impression générale féerique, joviale et festive, comme un ballet donné sur une scène de théâtre et dont personne ne nous demande d'être dupe plus d'un instant.

Rien à voir, donc, avec les sombres et héroïques tableaux cynégétiques  habituels, mais un coté déluré bien en accord avec le propos général des Singeries : l'art de singer les humains.

La tenue des singes est celle de la livrée de chasse de Chantilly, ventre-de-biche et amarante, avec pour le piqueur une ceinture bleue (couleur du prince de Condé) et pour le chasseur une gibecière ou une cartouchière.

 

 
 Plafond de la Grande Singerie,  château de Chantilly, photo lavieb-aile.

Plafond de la Grande Singerie, château de Chantilly, photo lavieb-aile.

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 Plafond de la Grande Singerie,  château de Chantilly, photo lavieb-aile.

Plafond de la Grande Singerie, château de Chantilly, photo lavieb-aile.

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2°) La chasse au daim.

Selon Guy Laporte, "de 1748 à 1760, les principaux animaux courus furent le sanglier et le chevreuil ; de 1760 à 1775, le cerf, le daim et le chevreuil ; de 1775 à 1785, tous les animaux courables." Sous le duc d'Aumale, "Le cerf et le sanglier sont donc les animaux de la vénerie des Princes, le chevreuil et le daim sont chassés épisodiquement faute de cerf, et sont souvent tirés avant d'être pris" (Chasse à courre, chasse de cour, 2004, page 54).

— Tonton, c'est quoi la différence entre le cerf et le daim ?

— Demandes à ta tante...

— Euh, la diff... le daim, c'est la femelle du cerf, non?

— Et le chevreuil alors ?

— C'est leur petit, quoi !

Un vieux monsieur, docte : Tout faux ! Ce sont trois espèces animales, le Cerf élaphe Cervus elaphus, le Daim Dama dama ...

— Le dalaï lama ?

— ... et le Chevreuil Capreolus capreolus.  La robe du cerf adulte est très différente de celle du daim par le fait qu'elle n'est tachetée en aucune saison (elle est brune rougeâtre l'été, et  gris brunâtre l'hiver). Tandis que le daim est fauve tacheté de blanc. Seule la robe du faon du cerf n'ayant pas encore atteint l'âge de six mois est ornée de mouchetures blanches. Pas de risque de se tromper : une robe tachetée d'un adulte, c'est un daim. Le chevreuil, lui, a une robe unie ; il  est aussi plus petit et moins lourd que le daim.  Les bois du cerf et ceux du daim sont également différents, car   le bois  du daim est plat,  terminé par une palette, ses bouts sont aplatis et palmés alors qu'il se finit chez le cerf par une empaumure formée de plusieurs pointes de section rondes ressemblant à des andouillers.  La queue du daim est plus longue que celle du cerf.

J'ajoute que si la femelle du cerf est est la biche, celle du daim est la daine et celle du chevreuil la chevrette. Et que les petits des trois espèces portent le nom de faon.

— Eh ben voilà, tu vois.  Maintenant, regardes sur le plafond pour vérifier.

— Sur le rocher doré, il y a un serpent. Et un oiseau dans son nid.

— Un faucon pèlerin . Et à coté, un oiseau blanc à crête jaune.

— Un dragon, à gauche. Un autre, à droite !

— Un faisan en vol, au dessus du singe. Tiens, ce singe en tenue de chasse de Chantilly part à l'attaque du daim avec un épée...

— Et le singe de droite porte son épée à la ceinture et brandit une dague. Je vois sa trompe de chasse !

— Non, c'est sa corne d'appel, retenue par son lacet de cuir. 

 Plafond de la Grande Singerie,  château de Chantilly, photo lavieb-aile.

Plafond de la Grande Singerie, château de Chantilly, photo lavieb-aile.

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3°) Chasse au filet.

 

 

Deux branches de jeunes saules ont été réunies et servent à accrocher un filet, vers lequel sera rabattu le gibier à plume levé par les chiens. Mais la chasse a pris fin, et un faisan est suspendu au filet, ainsi qu'un cor de chasse.  Deux chiens, blancs à taches fauves, se reposent. Dans le ciel évoluent des hirondelles et autres oiseaux, comme par une belle fin de journée d'été. Deux serpents grimpent dans le filet. Un porc-épic et un lièvre encadrent la scène.
 

 

 Plafond de la Grande Singerie,  château de Chantilly, photo lavieb-aile.

Plafond de la Grande Singerie, château de Chantilly, photo lavieb-aile.

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 Plafond de la Grande Singerie,  château de Chantilly, photo lavieb-aile.

Plafond de la Grande Singerie, château de Chantilly, photo lavieb-aile.

4°) Autre chasse au filet.

C'est le même dispositif d'un filet entre  deux saules (déracinés), mais ici un carquois, une corne,  une dague et une gibecière composent le trophée. Les serpents sont remplacés par des reptiles. Les chiens ont des taches noires et non plus fauves. Les mêmes oiseaux volent dans les airs, tenant dans leur bec les brindilles nécessaires à leur nid. Un lapin a remplacé le lièvre, et un écureuil le porc-épic. On retrouve la tenture damassée  bleue et or, peut-être aux armes du duc, à revers de rayures, de chaque coté du filet. Et aussi, en cherchant bien, on trouve le papillon qui ornait le milieu de porte, près d'un gland ou autre graine en train de germer.

 

 Plafond de la Grande Singerie,  château de Chantilly, photo lavieb-aile.
 Plafond de la Grande Singerie,  château de Chantilly, photo lavieb-aile.

Plafond de la Grande Singerie, château de Chantilly, photo lavieb-aile.

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 Plafond de la Grande Singerie,  château de Chantilly, photo lavieb-aile.

Plafond de la Grande Singerie, château de Chantilly, photo lavieb-aile.

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5°) Les quatre coins. 

a) La chinoise rouge au parasol.

Un paon ; un luth ; une clochette; une mandoline.

 Plafond de la Grande Singerie,  château de Chantilly, photo lavieb-aile.

Plafond de la Grande Singerie, château de Chantilly, photo lavieb-aile.

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b) Un chinois musicien.

Chinois à tresse rituelle robe rouge damassée de grenades d'or, portant une épée (?) à la ceinture et un étui en bandoulière. Un instrument de musique suspendu sous le parasol.

 

 Plafond de la Grande Singerie,  château de Chantilly, photo lavieb-aile.

Plafond de la Grande Singerie, château de Chantilly, photo lavieb-aile.

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c) La dame jaune.

Traits vaguement asiatiques. Robe bleue à fleurs ou feuilles argent. Instrument à cordes suspendu sous le parasol.

 

 Plafond de la Grande Singerie,  château de Chantilly, photo lavieb-aile.

Plafond de la Grande Singerie, château de Chantilly, photo lavieb-aile.

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d) Chinois en kimono bleu.

Chapeau de paille à grelot. Ustensile à long manche (lanterne ?). Lyre, ombrelle et moulinet à vent. Guirlandes de fleurs.

 Plafond de la Grande Singerie,  château de Chantilly, photo lavieb-aile.

Plafond de la Grande Singerie, château de Chantilly, photo lavieb-aile.

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La restauration de 2007-2008.

La Grande Singerie a connu plusieurs campagnes de restauration au cours de son histoire.  La précédente restauration datait de 1841, et avait été réalisée par les équipes du Louvre.

Celle de 2007 a été assurée par la Fondation pour la Sauvegarde et le Développement du domaine de Chantilly et le World Monuments Fund. Des mesures de conservation préventive et de protection des œuvres ont été prises, vue la rareté de cet ensemble décoratif. Cette dernière restauration s’est effectuée “en conservation”, rien n’a été démonté et restauré ailleurs. Le public a pu, de juin 2007 à janvier 2008, observer sur place, le travail de l’équipe des restaurateurs. Restaurateurs des peintures : Equipe Société ARCANES Cinzia Pasquali- Véronique Sorano (mandataires) . Restaurateurs de dorures : Atelier Mariotti (Nicolas Mariotti)

 

Le plafond de la Grande Singerie du Musée Condé de Chantilly, en cours de restauration, 2007

Le plafond de la Grande Singerie du Musée Condé de Chantilly, en cours de restauration, 2007

© Musée Condé de Chantilly

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Le mobilier en place :

Il s'agit de quatre chaises et un canapé en bois doré de Georges Jacob et d'un écran de cheminée avec une huile sur toile de Christophe Huet, La leçon de lecture des singes, acquis par le duc d'Aumale en 1880

 

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ANNEXE. Une initiation à la vénerie.

Conservé en archive d'un forum par "Rekkared, Archiviste" :

http://archivesrr.forumactif.com/t601-de-la-cynegetique-de-la-venerie

La cynégétique est l'art de la chasse dont une branche est la vénérie, l'art de la chasse à courre.


La vènerie est l'art de chasse avec des chiens courrants des animaux sauvages - lapin, lièvre, renard, cerf, daim, chevreuil, sanglier, loup & ours. 

Les principes de la vènerie médiévale

La vènerie repose sur l'action de chiens courants chassant en meute. Ce sont les chiens qui chassent l'animal couru jusqu'à sa prise, animal qui bénéficie de la fuite ou de la ruse pour sa défense.

Le rôle du veneur

Dès l'âge de sept ans, un maître-veneur devait lui apprendre à aimer et à soigner les chiens par tous les moyens, y compris le châtiment corporel. L'enfant devenait successivement "valet de chien", puis vers vingt ans, "aide" ; enfin, il "veneur", portant cor, couteau souvent estortoire, pour écarter les branches. C'était l’homme le plus important de la chasse à courre et son existence était dévouée à son métier. 

Le veneur devait soigner les chiens, entretenir les chenils, tresser des filets, relever les traces et débusquer l'animal, crier et sonner : il chasse "à cor et à cri", avec sa corne de chasse et sa voix, fait le bois avec son limier, chien courant employé à la recherche du gibier et se déplace à cheval ou à pied.

Le veneur, chargé de mener les chiens courant, prend soin de ne pas s'immiscer dans la confrontation entre la meute et l'animal chassé, mais il peut, s'ils tombent en défaut, les relever.

Il faut distinguer cinq races de chiens de chasse : l'alant, le lévrier, le courant, le chien d'oiseau et le mâtin. Hormis le lévrier, ce sont des chiens lourds et lents. Les chiens les plus forts et les plus sauvages étaient choisis pour chasser l'ours, le loup et le sanglier. Le lévrier était placé en tête en tête pour ses qualités esthétiques et sa sociabilité, et ensuite les chiens courants qui sont la base des meutes.

Un équipage doit découpler un nombre minimum de chiens courants créancés de races spécialisées. Ce nombre est fixé à :

30 pour le cerf et le sanglier, le loup et l'ours, 
20 pour le chevreuil et le daim, 
10 pour le renard, 
6 pour le lièvre et le lapin

Le déroulement de la chasse à courre

La vènerie médiévale était une chasse qui se pratiquait en dehors de la période de reproduction des animaux, soit en automne et en hiver.

Au jour dit, dès l'aube, le veneur s'en va "faire le bois" en forêt avec son "limier", afin de reconnaître l'emplacement des animaux susceptibles d'être chassés.

Ensuite, un "équipage" se rassemble dans un lieu ouvert avant la chasse. La chasse se déroule sous l'autorité d'un "maître d'équipage" qui reste à cheval, qu'il s'agisse d'une vénérie à cheval ou à pied, l'équipage chassant montée ou démontée, selon. Là, le maître d'équipage "prend le rapport", décide de se porter sur telle ou telle "brisée" et donne haut et fort aux membres de l'équipage, aux invités et aux suiveurs toutes les recommandations qui conviennent pour le bon déroulement de la chasse.

Les chiens sont ensuite emmenés sur le lieu choisi pour "fouler", derrière un veneur à pied ou à cheval. Si "l'attaque" est faite avec des "rapprocheurs", les chiens de meute devaient être donnés dès que possible après le "lancer", à la voie de l'animal déhardé ou encore donnés à l'écoute.

La chasse débute alors. Elle est ponctuée par les fanfares de "circonstances" signalées avec la corne de chasse et la voix du veneur, qui chasse "à cor et à cri", indiquant ses différentes phases : "la compagnie", "la vue", "le bien-aller", "le défaut", "le change", "le débuché", "le changement de forêt", "le relancé", "le bat-l'eau", etc... Si l'animal est pris, il sonne "l'hallali".

La prise marque la fin de la chasse. Au chevreuil, au renard, au lièvre et au lapin, les chiens "coiffent" l'animal pris. Au cerf, au sanglier, au loup et à l'ours, le veneur intervient pour servir l'animal qui tient les "abois" ou le "ferme". Les armes utilisées étaient l'épieu ou l'épée pour tuer alors l'animal. Par rapport à la fauconnerie, la vénerie offrait un plaisir plus sportif, plus violent et plus dangereux. C'était pour l'aristocratie une manifestation de sa force guerrière. Le maître d'équipage prenait toute disposition pour que cette conclusion soit aussi rapide et nette que possible.

Après la prise, la curée vise à rappeler les circonstances de la chasse, récompenser les chiens et saluer les participants, est sonnée selon le rituel de la vènerie.

La journée se clôturait par un banquet au cours duquel le gibier pris était consommé.
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Sources :
- Centre d'études médiévales de Nice (org. par), La chasse au Moyen Age : actes du colloque de Nice, 22-24 juin 1979, "Publications de la Faculté des lettres et des sciences humaines de Nice", 20, Les Belles Lettres, Paris, 1980, 554 p. 
- LONGUEVIALLE Christian de (préf.) & ANTHENAISE Claude d', Le Livre de la chasse de Gaston Phoebus, comte de Foix [Gaston III, 1387-1391], Bibliothèque de l'Image, Paris, 2002, 94 p.
- TILANDER Gunnar (éd. avec introd., glossaire et reproduction des 87 miniatures du manuscrit 616 de la Bibliothèque nationale de Paris par), Gaston Phébus, Livre de Chasse, E. G. Johansson, Karlshamn, 1971, 453 p.
- Site officiel de la vénérie. 

 

SOURCES ET LIENS.

—Exposition 2011 Singes et Dragons. La Chine et le Japon à Chantilly au XVIIIe siècle  

http://www.institut-de-france.fr/fr/article/903-exposition-singes-et-dragons-la-chine-et-le-japon-%C3%A0-chantilly-au-xviiie-si%C3%A8cle

Bibliothèques et manuscrits du château de Chantilly.

http://www.bibliotheque-conde.fr/collections-et-catalogues/bibliotheque/manuscrits/

FRAISSE (Jean-Antoine) / GARNIER (Nicole), 2011,   Livre de desseins chinois d'après des originaux de Perse, des Indes, de la Chine et du Japon [Reprod. en fac-sim.] 1 vol. (159 p.) Fac-sim. de l'exemplaire conservé au Musée Condé, Chantilly. - En appendice, inventaire du duc de Bourbon Édition : Saint-Rémy-en-l'Eau : M. Hayot , impr. 2011 Éditeur scientifique : Nicole Garnier-Pelle

GARNIER (Nicole), PASQUALI (Cynxia)  SORANO STEDMAN (Véronique) , 2009,  « La restauration de la grande singerie de Christophe Huet à Chantilly »,  in Technê, n°30,  2009, Les peintres autour de Watteau.

 — GARNIER (Nicole), PASQUALI (Cyntia SORANO STEDMAN (Véronique), 2008, « Chantilly, musée Condé : Restauration de la Grande Singerie », N. Garnier, C. Pasquali, V. Sorano Stedman, in La Revue des Musées de France – Revue du Louvre, février 2008. 

 HUET (Christophe), 1741-1743,-  Singeries, ou différentes actions de la vie humaine représentées par des singes / gravées sur les desseins de C. Huet ; gravure de Guélard, édité par J. Guélard . 2 suites de 12 planches gravées à l'eau-forte.   Bnf Dept Estampes et photographie 4TF-11

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b55006444q

L'art des arabesques de Jean Berainhttp://www.meublepeint.com/jean-berain-style-reduit.htm

 

INIZAN (Christelle), 2011, -« Découverte à Paris d’un plafond peint à décor de singeries attribué à Claude III Audran, Antoine Watteau et Nicolas Lancret », In Situ [En ligne], 16 | 2011, mis en ligne le 22 août 2011. URL : http://insitu.revues.org/805 ; DOI : 10.4000/insitu.805 

LAPORTE (Guy) 2004, Chasse à courre, chasse de cour : fastes de la vénerie princière à Chantilly au temps des Condés et des Orléans, 1659-1910   La Renaissance du livre 2004 Collection Références  363 p. ; ill. en coul., couv. ill. en coul. ; 32 cm 

Singes et singeries à la Renaissance 

http://singeries.picnpin.com/singes-et-singeries-a-la-renaissance

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Published by jean-yves cordier - dans Chantilly

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  • : Le blog de jean-yves cordier
  • : 1) Une étude détaillée des monuments et œuvres artistiques et culturels, en Bretagne particulièrement, par le biais de mes photographies. Je privilégie les vitraux et la statuaire. 2) Une étude des noms de papillons et libellules (Zoonymie) observés en Bretagne.
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  • "Il faudrait voir sur chaque objet que tout détail est aventure" ( Guillevic, Terrraqué).  "Les vraies richesses, plus elles sont  grandes, plus on a de joie à les donner." (Giono ) "Délaisse les grandes routes, prends les sentiers !" (Pythagore)
  • "Il faudrait voir sur chaque objet que tout détail est aventure" ( Guillevic, Terrraqué). "Les vraies richesses, plus elles sont grandes, plus on a de joie à les donner." (Giono ) "Délaisse les grandes routes, prends les sentiers !" (Pythagore)

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